DES FONDS DE TERRE
avaient pu, comme nous, consulter îles historiens anterieurs à eux tic plusieurs siècles , ils nous auraient probablement appris que ces peuples avaient passé par un état analogue à celui où se trouvaient 1rs indigènes du nord de l'Amérique à l’époque de la tlécouverlede ce continent. Iles! impossible, en effet, quand ou observe la marche graduelle de la civilisation , de ne pas rester convaincu que , dans tous les pays , les hommes sont partis à peu près du même degré de barbarie pour arriver au point où nous les voyons.
Admettant que les nations européennes sont sorties graduellement de létal de barbarie, il faudrait se livrer à deux opérations pour connaître exactement quelles sont les propriétés auxquelles l'industrie humaine a donné naissance. Il faudrait déterminer, d’un côté, la valeur qu’avaient, dans les temps les plus reculés , les propriétés d’un territoire déterminé , du bassin de la Seine, par exemple; et voir , d'un autre côté , quelle est aujourd'hui la valeur des propriétés renfermées dans le même espace. En comparant les premières aux secondes , on trouverait , dans la différence, les richesses ou les propriétés formées par la main des hommes.
On pourrait, sans remouter à un temps très-reculé , se demander , par exemple , ce que valaient, au temps de César, les marais qui environnaient la petite bourgade qui portail le nom de l.utèce, et comparer cette valeur à celle de toutes les propriétés mobilières ou immobilières qui occupent aujourd’hui la place de ces mêmes marais. Il n’y aurait pas d’exagération à dire qu’un hôtel, d’une grandeur moyenne . situé dans un des bons quartiers de Paris , est une propriété plus considérable , c’est-à-dire qu’il a plus de valeur il nos yeux . que n’en avaient aux yeux des contemporains de César, les terres sur lesquelles repose la capitale de la France. On peut faire, sur la plupart drs villes et des villages, les memes observations que nous faisons sur les terres qui environnaient Die de l.utèce.
Les terres cultivées ou susceptibles de culture ont éprouvé un accroissement de valeur analogue à celui qu’ont subi les lieux sur lesquels des villes ou des villages ont été bâtis. Au temps où Paris n’était qu’une petite bourgade, et où les autres villes du bassin de la Seine n’existaient pas , ou n’étaient que des hameaux, les terres ne produisaient que les subsistances nécessaires pour faire exister cette chétive population. I.es hommes auxquels elles donnaient les moyens de vivre .
étaient mal vêtus, plus mal nourris, et surtout plus mal logés que ne le sont les hommes de notre temps; car moins l’industrie a fait de progrès, plus les hommes sont misérables. Ces propriétés qui consistent en fonds de (erres , se sont donc accrues de tout ce quelles produisent de notre temps , au delà de ce qu'elles produisaient, quand elles fournissaient à quelques petites peuplades de faibles moyens d’existence. Nous avons vu précédemment , eu effet, que les propriétés, quelle qu’en soit la nature, s'évaluent, non par le volume ou par l'étendue, mais par les avantages qucles hommes savent en retirer.Un hectare de terrede telle qualité, ou situé dans un tel lieu , est souvent une propriété plus considérable que dix hectares situés dans tin autre lieu, ou d'une qualité différente.
Il y aurait donc un moyen tout simple de déterminer, du moins approximativement, l’accroissement qu’ont éprouvé les propriétés territoriales d'uue nation dans un temps douné : ce serait de comparer le nombre d'hommes auxquels elles fournissent des moyens d'existence à uue certaine époque , au nombre de ceux qu’elles font subsister dans une autre, en tenant compte de la différence de bien être qui existe entre les deux. Si le bassin de la Seine , par exemple , ne fournissait des moyens d'existence qu’à cinq cent mille personnes , au temps où ce pays fut envahi par 1rs Romains ; s’il en fournissait aujourd’hui à six millions, et si les hommes de notre temps étaient, en général, deux fois mieux poun us que ne l’étaient les pre-