‹ Traite de la propriete par m. Ch. ComteChapitre 33 sur 192 · CONVERSION DU TERRITOIRE NATIONAL EN PROPRIÉTÉS PRIVÉES · texte numérisé non relu

CONVERSION DU TERRITOIRE NATIONAL EN PROPRIÉTÉS PRIVÉES

manufacturière et pour le commerce ; il suit île là que la population industrieuse des villes s'accroît par la culture , en même temps que celle des campagnes.

Il faut ajouter à ces divers avantages qui résultent de la création d’une propriété foncière , ceux qui en résultent pour le propriétaire et pour sa famille. Ceux-ci ne consistent pas seulement dans la jouissance du revenu que la terre produit ; ils consistent, en outre, dans la considération qui s'attache à ce genre de propriété, dans l’inHuence qu’elle donne , et surtout dans la sécurité qu'elle produit pour les familles , relativement à leurs moyens d'existence.

Si donc nous admettons comme un principe incontestaldc, que toute valeur appartient à celui qui l'a créée, il s'ensuivra que les hommes qui, par la culture , ont converti en propriétés individuelles une partie du territoire national sur lequel ils s’étaient formés , n’ont rien ravi à personne, et que loin de commettre une usurpation , ils ont puissamment contribué au bien-être de leurs semblables.

Quand on jette un regard superficiel sur la société même la mieux organisée, et qu'on voit à côté d'un grand nombre d'hommes qui vivent du produit de leurs terres, un nombre plus grand encore qui n'ont pour vivre que les produits de leur travail de chaque jour, on est tenté de considérer les premiers comme d’adroits usurpateurs, et les seconda

(IJ En 1793, au moment où quelques hommes attaquaient la société jusque dans ses fondements, un philosophe , M. Rcederer, posa cette question dans un cours public :

ii l.e droit de propriété est-il inhérent à la nature de l'homme, antérieur à la société, inaliénable de la part de l'individu, et inviolable pour le corps social ?

comme des dupes ou des victimes ; on demanderait volontiers que les parts fussent faites de nouveau, afin que chacun eût la sienne.

Cette injustice apparente s’évanouit , au moins en grande partie, lorsqu'on admet en principe que tout homme est le propriétaire des valeurs qu'il a créées , lorsqu'on observe la manière dont les propriétés se forment , et la marche que suivent les diverses classes de la population dans leur accroissement. I-es fortunes nées de la fraude ou de la violence, sont les seules que la morale et la justice puissent condamner (1).

On a vu, par ce qui précède, comment ont été formées les propriétés individuelles qui consistent en fonds de terre ou en bâtiments ; mais on n’a pu voir quels sont les travaux , les fatigues , les dangers auxquels il faut se livrer pour mettre en état de culture des contrées désertes et sauvages. Les voyageurs qui ont le mieux observé les moeurs des peuples les moins éloignés de la barbarie , n’ont pas su ou n'ont pas voulu nous apprendre par quels moyens et à quel prix ces peuples parvenaient à cultiver la terre. Nous pourrons nous en former une idée , en observant comment plusieurs peuples d’Europe sont parvenus à fonder des colonies dans des contrées où la civilisation n’avait jamais pénétré. On verra, par cette exposition , que , si l'homme crée la valeur des terres qu’il s'approprie, ce n'est qu’en se livrant à des soins, à des fatigues, et souvent même à des dangers très-grands.

« Je n’hésite pas, ajouta-t-il, à répondre: «Oui,» sur toutes ces questions , en rappelant toutefois la distinction que j'ai déjà faite entre le droit et l'exercice du droit. ■ Kl il prouva son affirmation. (l'oy. le Journal d'économie publique , de morale et de politique rédigé par M. Rcederer, l. III, p. 118, 212 et 237.)

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