CHAPITRE XI
DES OBSTACLES QUE PRÉSENTE l'»PP«OF*1ATION INDIVIDUELLE DES FONDS
DE TEHBK
Vers la fin du xv* siècle, un inonde nouveau s'ouvrit tout à coup aux yeux des peuples d'Europe , par une suite naturelle des progrès de la navigation. Ces peuples ne reconnaissaient des droits qu'aux chrétiens ; ils considéraient les hommes qui se trouvaient en dehors du christianisme, comme des ennemis de leur cuite, dévoués à la destruction ou à la servitude. Ceux d’entre eux qui étaient les plus habiles dans les arts de la navigation et de la guerre, se précipitèrent donc sur les nations les plus opulentes qui n’étaient pas chrt^iennes, pour les asservir, et les dépouiller de leurs richesses. Les autres s'emparèrent du territoire de quelques peuplades qui commençaient à peine à sortir de l'état sauvage, et qui vivaient , en grande partie, des animaux qu’elles prenaient dans les forêts.
Je n'ai pas à m'occuper ici des richesses ou des propriétés acquises à celte époque par l'asservissement et la spoliation de peuples qui. par leur industrie, étaient déjà parvenus à un certain degré de prospérité; ce fut un immense déplacement de richesses, et non une formation nouvelle de propriétés. Les terres occupées par des peuplades de sauvages étaient sans doute aussi leurs propriétés, puisque ce n’est que par elles que les hommes auxquels elles fournissaient des moyens d'existence s'étaieut formés et pouvaient continuer
de vivre; mais ces propriétés qui formaient leur territoire national, n’avaient reçu de l'industrie humaine aucun accroissement de valeur. Elles peuvent donc nous donner le moyen d’apprécier le genre de services que la terre rend à l’homme , dans les conlrées où l’industrie humaine ne lui a point donné d’utilité, et les obstacles qu’il faut vaincre pour la mettre en culture.
Lorsque l'Amérique eut été découverte, les navigateurs de toutes les nations se dirigèrent vers cette partie du monde, et y trouvèrent des territoires d'une immense étendue , qui leur parurent entièrement inoccupés. La terre était à leurs yeux une chose aussi commune que l'eau de la mer ; chacun pouvait , â ses risques et sans nuire à autrui, aller en cultiver autant que ses besoins en demandaient.
Personne cependant ne se hâta d’aller faire sa fortune en établissant de vastes domaines dans des pays où la civilisation n’avait jamais pénétré. Il semble que tout le monde prévoyait que des contrées désertes ne pouvaient être mises en état de culture par des efforts individuels, et sans le secours d'immense richesses.
En 1663 , le gouvernement français , séduit par l'étendue et la fertilité de ces terres , prit la résolution d'établir dans la Guianc une puissante colonie. Il fil préparer des vaisseaux; il les remplit de provisions , de semences de