H DES OBSTACLES
tonie espèce, d'instruments d’agriculture, et de tentes pour abriter les travailleurs. Douze mille hommes vigoureux, habitués à la fatigue et à la sobriété, furent embarqués, et , après une navigation heureuse, arrivèrent au lieu de leur destination.
Placés en présence d’un territoire immense que personne ne leur disputait, pourvus de vivres et d’instruments d'agriculture, ils n’avaient qu’à se partager la terre pour se former de vastes domaines. Cependant qu'arriva-t-il? En peu de temps, la pluie, la fatigue, et surtout l'insalubrité de l’air, eurent fait périr dix mille hommes dans les horreurs du désespoir.
Le deux mille qui restaient , découragés par les travaux excessifs auxquels il fallait se livrer pour donner à la terre quelque valeur, s’estimèrent heureux d’ètre ramenés en France. Ils pensèrent qu'il était plus avantageux pour eux de faire le métier de manœuvre au sein d’une nation civilisée, que de s'approprier une grande étendue de terre dans une contrée sauvage.
On sacrifia, dans cette expédition, en vivres, en semences , en instruments d’agricuL ture, une somme de vingt-six millions de livres tournois , qui représente une valeur de plus de cinquante millions de francs au temps où nous vivons; dix mille hommes y perdirent la vie, et, après ces énormes sacrifices , il ne resta pas , en fonds de terre, une valeur suffisante pour tenter des hommes qui n’avaient que leurs bras pour toute fortune (1).
Les Anglais avaient déjà fait, à celte époque, des expériences analogues. Ayant découvert, en 1S84. cette partie de l'Amérique qui compose aujourd’hui l’État de Virginie, ils voulurent y former un établissement. Plusieurs personnes puissantes par leur crédit et par leurs richesses, y envoyèrent, sous la direction de Ralegh, sept petits navires et cent quatre-vingts hommes, pour cultiver la terre
(1) Raynal, H Moire philosophique cl politique des établissements des Européens dans tes Indes.