PAR SUITE DE TRAVAUX PUBLICS
exécuter que les travaux dont les avantages se répartissent d'une manière à peu près égale sur la population tout entière; il arrive souvent, au contraire , qu'un peuple a le plus grand intérêt à faire des dépenses dont les avantages apparents et immédiats ne tombent que sur une des fractions de lui-même, et quelquefois sur une des fractions les moins dignes d'intérêt.
Lorsque les diverses parties dont une nation se compose ne sont pas toutes parvenues au même degré de civilisation , et que néanmoins elles jouissent des mêmes droits civils et politiques , les moins avancées profitent de tous les avantages qui sont la suite naturelle des progrès que les autres ont faits. De leur eôlé, celles qui se trouvent au premier rang par leurs richesses , leurs mœurs et leurs lumières, ont à souffrir une partie des maux qui résultent de la misère , des vices et de l'ignorance des autres parties. Dans toute association, il y a toujours une sorte de solidarité pour le mal comme pour le bien entre les associés.
Si, par exemple, une partie de la population est assez vicieuse ou assez ignorante pour se faire représenter dans une assemblée législative par des hommes disposés à sacrifier sans cesse l'intérêt publicà leurs intérêts individuels, les conséquences de son ignorance et de sa corruption ne tomberont pas exclusivement sur elle ; elles se feront sentir sur toutes les parties qui n’auront pas de pareils reproches à se faire. Si elle est assez aveugle ou assez corrompue pour être l'instrument d'une faction , ou pour devenir l'auxiliaire de l’ennemi en cas d'invasion , son aveuglement et ses vices ne seront pas funestes seulement pour elle, ils léseront principalement pour ceux qui ne les partageront pas.
Des nations ont quelquefois pensé qu’il était de l'intérêt de leur industrie, de leur commerce , de leur sûreté , de porter la civilisation chez les nations voisines ; et si celte politique , aussi éclairée que généreuse , mérite d'être approuvée , à combien plus forte
raison ne faudrait-il pas approuver les efforts et les sacrifices d'un peuple qui chercherait à répandre les bienfaits de la civilisation d’une manière h peu près égale sur toutes les parties de son territoire? Si les divers gouvernements qui se sont succédé parmi nous depuis la révolution de 1789, avaient fait, pour civiliser certaines parties de la France, la moitié des frais qu’ils ont cru devoir faire pour les surveiller , les combattre . les subjuguer ou les corrompre , ils seraient parvenus à des résultats plus satisfaisants que ceux qu'ils ont obtenus. Les autres parties de la nation auraient eu des charges moins lourdes à supporter, et les dépenses qu'elles auraient faites auraient tourné au profit de leur industrie, de leur commerce et de leur propre sûreté.
Ainsi, en admettant que les personnes dont les propriétés augmentent considérablement de valeur, par l'effet des travaux exécutés aux frais du public, doivent supporter, dans les dépenses , une part proproliounéc aux avantages particuliers qu’elles en tirent, il ne faudrait pas tirer de ce principe la conséquence qu'un peuple ne doit jamais faire exécuter à ses frais que les travaux qui profitent d'une manière à peu près égale à chacune des diverses fractions dont il se compose, ou ceux dont il peut se faire rembourser la dépense , quand cette dépense tourne au profit particulier d'une ou plusieurs personnes d’une commune ou d'un département. Il y a certainement des circonstances dans lesquelles une nation , pour son intérêt, doit faire des sacrifices dans l’intérêt de quelques-unes des fractions dont elle se compose , et quelquefois même dans l’intérêt d'autres nations. Il faut seulement prendre garde que la faculté de faire ainsi des sacrifices qui doivent produire un avantage immédiat et spécial pour certaines personnes ou pour certaines parties de la société , ne devienne, entre les mains de ceux qui ordonnent les travaux , un moyen de corruption ou une source de scandaleuses faveurs.
La loi du 16 septembre 1807 n'imposait