‹ Traite de la puissance ecclesiastique dans ses rapports avec les souverainetes temporelles dedie au prince des apotres traduit de l'italien du P. JeanAntoine Bianchi de Lucques (volume 2)Chapitre 21 sur 38 · INIQUES PROCÉDÉS 1)E PHILIPPE LE BEL CONTEE BONIFACE · texte numérisé non relu

INIQUES PROCÉDÉS 1)E PHILIPPE LE BEL CONTEE BONIFACE

Sommaire.

1 . On répand malignement en France le bruit mensonger que Boniface voulait s’attribuer le domaine temporel de ce royaume. Articles calomnieux proposés contre Boniface mi roi dé France par Guillaume de Nogaret, qui demande en même temps gu roi de convoquer un concile national.

2. Le roi assemble les États de son royaume; fausses imputations que Flotey intente à Boniface; menaces faites au clergé par les ministres du roi ; lettre du clergé au pape.

a. Philippe publie un édit pour défendre aux prélats convoqués au concile de se rendre à Borne. Lettres de ce prince injurieuses à Boniface.

i. La cause du soulèvement des barons de France contre Boniface et de la connivence du clergé avec les barons , ce furent uniquement les fausses imputations portées contre ce pape par les conseillers du roi. Lettres du clergé a Boniface et des barons aux cardinaux ; réponses du pape et du sacré collège.

. Discours du cardinal do Porto et allocution du pape dans son consistoire , oè so trouvaient présents les députés du clergé de France et ceux du roi , pour réfuter l’imputation calomnieuse qui lui était faite de vouloir étendre sa domination temporelle sur le royaume de France.

fi. Droiture des intentions de Boniface; expose apologétique de ses véritables sentiments.

7. Causes qui obligèrent Boniface a publier sa décrétale Unam mnelami articles de cette décrétale et conclusion qui la termine.

8. Cette décrétale ne renferme rien , soit dans la pensée, soit dans l’expression , qui ne soit conforme , d'un côté à la foi catholique , et de l'autre au sentiment des Pères, dont il suffit d’alléguer les testes pour répondre aux raisons qui nous sont opposées.

9. L’application que fit Boniface du passage de Jérémie a la puissance de l’Église , comme s'étendant sur les peuples et sur les royaumes, est conforme au sentiment commun et perpétuel de l’ancienne Eglise grecque comme de l’Église latine, à celui des papes , de l’Église gallicane elle-même et de ses plus illustres docteurs.

10. Le pouvoir indirect de l’Église sur le temporel des fidèles chrétiens est tout spirituel et est la conséquence du pouvoir des clefs, auquel sont soumises les choses temporelles a raison des péchés auxquels elles peuvent fournir matière.

11. Le pape fulmine une sentence d’excommunication contre quiconque empêcherait l’accès de quelqu’un au saint-eiége, mais sans mentionner ni le roi ni le royaume de France. Ses procédés envers Charles de Valois, frère du roi, et envers ses ambassadeurs, en vue d’accommoder le différend. Promesses que lui font ceux-ci relativement à cet accommodement projeté. II envoie un légat en France pour proposer à Philippe les articles de cet accommodement. Dure réponse que lui fait le roi et qui dément les espérances que le frère et les ambassadeurs de ce prince lui avaient fait concevoir. Nouvelles dépêchés envoyées au légat et interceptées par les ministres du roi, qoi jettent en prison celui qui eu était chargé. Reproche non mérité de précqiitatiou intenté au pape par Noël-Alexandre.

11. Le roi fait ouvrir devant les États assemblés de son royaume les lettres que le pape avait adressées!) sou légat. Lu cardinal légat prend la fuit*!. Horribles calomnies entassées contre le pape par Guillaume du Plessis en présence du roi et de ses états généraux assemblés. Appel du roi au concile général et au futur pape légitime , appuyé par l’ordre de la noblesse et par celui du clergé. Irrégularité de cet appel

13. La conduite que tinrent Philippe et les États de sou royaume dans les accusations dirigées contre Boniface était subversive de tout ordre comme de toute raison et sans exemple jusque-la dans l’Église. Celle du roi Théodoric et des évêques d’Italio au sujet des accusations intentées a Symmnquc met un relief l’iniquité et toute l’irrégularité des procédés de Philippe et de ses conseillers à l’égard de Boniface.

11. Iss sentiments témoignés par toute l’Église des Gaules dans la cause du pape Symmaque sont la condamnation de b faiblesse du clergé de France donnant son adhésion a Philippe le Bel et a ses conseillers dans la cause de Boniface.

i i. Dernières mesures prises par ce pape contre le roi et le royaume de France et bulles qu’il n’eut pas le temps de publier. Sou arrestation et son emprisonnement. On examine si cela se fit sans l’autorisation et à l’insu de Philippe le Bel.

16. Vengeance que Dieu exerce contre les auteurs et les complices de l'emprisonnement de Boniface VIII. Lis procédés du roi et du clergé do France contre Boniface ôtent toute autorité a leur sentiment en ce qui touche la question du pouvoir indirect.

17. Actes de Benoit XI et de Clément V relatifs aux decrets portés par Boniface dans la cause de Philippe le Bel , et conclusion de ce paragraphe.

i. Après avoir plus d’une fois dans cet ouvrage donné à la France tous les éloges qu’elle mérite de tout bon catholique et de tout juge impartial pour les services signalés rendus par ses rois à l’Église romaine et au saint-siège, qui leur doit en grande partie sa puissance temporelle et ses moyens matériels de défense ; après avoir représenté ce royaume comme l’unique asile où les papes ont toujours trouvé un port assuré contre les tempêtes que soulevaient les princes rebelles à leur suprême autorité ; après m’être surtout attaché à excuser les torts de quelques-uns de ses rois et à les faire paraître moins graves que ne les suppose l’auteur même de la Défense , je me serais volontiers dispensé de rapporter ici les mauvais procédés de Philippe le Bel contre Boniface VIH , comme ne méritant qu’un éternel oubli, si j’avais pu les passer sous silence sans abandonner la cause de la vérité. Mais puisque certains légistes et même certains théologiens de France, tels que Noël-Alexandre et l’auteur de la Défense , non contents de rappeler la mémoire de ces excès, ont osé en faire l’apologie pour flétrir d’autant la mémoire de Boniface et la rendre par contre-coup l’objet des insultes des protestants, je pense qu’on me pardonnera si, pour servir la justice de la cause que j’ai entrepris de défendre, je signale ce qu’il y a eu dans ces actes de contraire aux règles et par conséquent d’indigne d’éloges. Enfin, même en admettant que l’honneur du catholicisme n’a reçu qu’une faible atteinte des outrages faits à la dignité et à l’autorité du saint-siège dans la personne de Boniface par un prince laïque, quelque grand qu’on le suppose , qui s’était laissé vaincre par une passion aveugle et séduire par de mauvais conseillers, il importe beaucoup au moins de faire voir que ce même pape n’avait pas fait un tel abus de son autorité qu’il se fût rendu digne d’être ainsi vilipendé et traîné dans la boue par un roi catholique. La piété elle-même des rois très-chrétiens et leur dévouement pour le saint-siège ne perd rien de sa gloire de ce qu’un seul d’entre eux a dégénéré de ces ancêtres , puisque son triste exemple n’a point été imité par ses successeurs. Pour reprendre donc le fil de notre narration en suivant l’ordre des temps, après que Boniface eut, ainsi que nous l’avons dit.

convoqué les évêques de France vers la fin de l’année 1310 pour le concile qu’il voulait tenir à Rome, suspendu les privilèges précédemment accordés à la France et adressé à Philippe les lettres dont nous avons mis le contenu sous les yeux de nos lecteurs , tous ces faits étant parvenus à la connaissance de Philippe le Bel, ce prince, de l’avis de Flote, qui était revenu à Paris de son ambassade, jugea à propos de donner aux choses une apparence différente de ce qu’elles étaient en rendant publique la petite lettre composée par son conseiller, et de répandre le bruit que , par une nouveauté inouïe, Boniface prétendait, en vertu de la dignité de son rang, étendre sa juridiction temporelle sur le royaume de France et en obliger le roi à reconnaître qu’il tenait de lui son autorité, prétention qui, si elle eût été réelle, n’aurait pu que rendre le saint-siège odieux à toute la nation. En même temps les Romains exilés qui étaient à la cour du roi , voyant la discorde allumée et Philippe disposé A prendre les partis les plus extrêmes contre Boniface, revinrent à débiter leurs anciennes calomnies contre ce pontife , en se servant de Guillaume de Nogaret, autre méchant homme, publiquement soupçonné de partager l’hérésie des patarins, pour charger Boniface de crimes énormes et le décrier ainsi dans l’esprit des fidèles. Parmi les actes dont se compose l’histoire de cette funeste querelle se trouve un réquisitoire présenté à Philippe par ce même Nogaret, en date du 12 mars 1302, qui commençait par ces mots : « Sur la chaire de Pierre est assis un docteur de mensonges, qui se fait appeler Boniface , tandis qu'il n’est qu’un être malfaisant (1). Puis il soutenait contre ce pontife les quatre articles suivants : 1° que Boniface n’était point pape; 2° qu’il était un hérétique notoire , coupable de plusieurs sortes d’hérésies qui seraient expliquées en temps et lieu, et complètement retranché du corps de la sainte Église; 3“ qu’il était si horriblement simoniaque que jamais personne ne l’avait

(l) « Sedet in Pétri cathedra mendaciorum magister, faciens se, cumsitomnifarie maleiicus, Bonifarium nominari , etc. » flUloire du différend, pag. 56 et

été autant depuis le commencement du monde; b° qu’il était manifestement plongé dans des crimes énormes et sans nombre, et qu’il y était endurci au point d’être incorrigible (1). En conséquence il suppliait le roi d’assembler un concile pour juger et punir ce monstre (2) . Je ne sais s’il peut y avoir maintenant un catholique qui n’envisage avec horreur je ne dis pas seulement cette sacrilège impudence de Nogaret, mais de plus la complaisance du roi à l’écouter et la connivence donc il fit preuve en admettant ses schismatiques et horribles imputations contre Boniface.

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