‹ Traite de la puissance ecclesiastique dans ses rapports avec les souverainetes temporelles dedie au prince des apotres traduit de l'italien du P. JeanAntoine Bianchi de LucquesChapitre 14 sur 24 · On discute le témoignage d'Othon de FrUinguo · texte numérisé non relu

On discute le témoignage d'Othon de FrUinguo

t. Henri dépouillé de le royauté meurt séparé de la communion de l'Église. La nouvelle de sa mort fut reçue avec joie de tous les catholiques.

1. Pour savoir quel fut à cette époque le sentiment commun de tous les bons et de tous les vrais catholiques sur les décrets de Grégoire, ce n’est ni à des conjectures hasardées, ni à quelques écrivains schismatiques , ni aux complices ou aux séducteurs de Henri qu’il faut le demander, mais à tous les catholiques qui vécurent dans ces mêmes temps et dont la véracité a toujours été depuis généralement reconnue. Qu’on voie donc ce qu’ont pensé lô-dessus les deux Anselme , l’un archevêque de Ciintorbéry et l’aulre évéque de Lucqucs, tous deu.x renommés pour leur science com ne pour leur sainteté et dont l’Église a in.scrit les noms parmi ses plus saints pontifes; saint Étienne, évêque d’Halbersfiit , Hugues de Flavigny , Lambert d’Aschaffem bourg , Marien Scot et Conrad, abbé d Ursperg , qui , quoiqu’il ait écrit quelque peu d’années après la mort de Henri , a certainement emprunté ce qu’il raconte de Grégoire à des témoins oculaires de cette grande querelle élevée

entre le sacerdoce et l’empire (1). Or tous ces écrivains et d’autres encore de celte époque, en même temps qu’ils n’épargnent pas le blâme à la conduite obstinée de Henri, comblent d’éloges la fermeté de Grégoire et sa juste sévérité contre ce prince contumace. Le docte Pagi a donc affirmé avec beaucoup dé raison que Grégoire a été loué de tous les écrivains contemporains, excepté ceux qui adhéraient au parti schismatique de Henri (2) . Sans doute que la sentence de Grégoire a trouvé des improhateurs; mais, comme le témoigne Marien Scot , elle n’en a trouvé que parmi les simoniaquesetles fauteurs de Henri, en même temps qu’elle a rempli de joie tous les catholiques (3).

2. Du reste, rien n’atteste mieux la justice de cette sentence de Grégoire et de la conduite toute conforme d’Urbain 11 et de Pascal 11, ses successeurs, que la fin malheureuse de Henri et l’impression qu’elle laissa à tous les gens de bien. Car, quoique ce prince, rebelle aux censures fulminées contre lui par trois papes , ait continue plusieurs années à occuper tyranniquement le trône dont il avait été justement déposé, l’Allemagne cependant, lasse enfin de le supporter, l’obligea, en 1106, dans une assemblée de tous les princes, tant ecclésiastiques que laïques, tenue à Mayence, et où les légats du saint-siégé publièrent de nouveau contre lui les sentences fulminées par les papes , â céder à son fils les marques de la royauté et la royauté elle-même, en le dépouillant de tout honneur comme de tout droit (i) . Or cet acte si solennel, fait en présence des

(1) s. AiUielmus Cantuar. , lib. de t'ermento et .isgmo , ad Waleranum ; S. Ansclman Lucensis , Apoloij. pro Gregorio VII; S. Stéphanua Halberstat., Epist. ad Valtramum Magdeburgensem , sub nomine Ludovic! comitis, apud Dodechinum, ad ann. 109o ; Hugo Flaviniac., in Chrontro Kirdun.; Lambertus Scafnaburg., Hist. rer. Germanicarum ; Mar. Scotus, ad aiui. 107 S; Conradus Ursporg., ad ann.. 1106; Paulus Bcnried., Cononic. régulant, in nia Grejorii;, apud Rollandittat in .4rli< Xanclorum, ad diem 25 maii.

(2) <1 Laudatur Gregoriu.s non tantum a S. Anselmo Lucensi, a Willelmoabbate monn.st. Metensis, sed otiam a scriptoribus illius temporis omnibus, paucis oxceptis Henriciana’ factioni adhærcntibus. a Pagius, ad ann. Cbristi I085, n. 8.

(3) n Gregorius qucrimoniis et clamoribus catholicorum justis adversus Henricum et .scelerum eju.s immanitatcm auditis , zelo Dei acccnsus, jam dictum regem excommunicatum pronuntiavit. Quod factum catholicis viris bene plaçait; simoniacis vero et fautoribus regis nimiumdisplicuit. »Mar. Scot., ad ann. 1075.

(4) Dodechinns, ad ann. iin6;abba.s tTrsperg.,ad ann. 1 106 ; Otbo Prising., lib. VII, i-ap 12.

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légats et en exécution de la sentence pontificale, fait bien voir ce que pensait rAllemagne de la déposition de Henri, savoir qu’à partir de cette déposition il avait cessé d’étre roi pour n’étre plus qu’un tyrcui, puisque, si on l’avait regardé comme un légitime souverain, on n’aurait pas pu sans une injustice notoire et sans une rébellion ouverte l’obliger, soit par autorité, soit par violence, à céder le trône à son fils, et celui-ci ' aurait dû alors passer pour un injuste usurpateur du royaume de son père ; mais quoique tout cela ait été dit effectivement par certains écrivains schismatiques, aucun catholique non prévenu n’a jamais rien écrit de semblable; au contraire, tous les écrivainsdignes de foi delà même époque louent cet acte comme tout à fait conforme à la justice, si l’on excepte Othon, évêque de Frisingue, cité par Bossuet, et qui a mis en doute si les résolutions prises dans cette assemblée contre Henri étaient ou n’étaient pas fondées en droit (1).

3. Mais le témoignage de cet écrivain, quel que digne qu’il paisse être des éloges de Bossuet, peut justement être récusé, comme tout auteur suspect et intéressé aux prétentions d’une des parties contendantes pourrait l’être légalement devant tout tribunad. Car nous savons par Badevic, continuateur de l’histoire d’Othon sur Frédéric I", que cet historien était neveu d'Henri IV et oncle de ce même Frédéric (2) ; de sorte qu’à ce . double titre il avait tout intérêt à excuser ce prince autant qu’il pouvait le faire , et rendre au moins douteuse sa déposition; car, outre la proximité du sang qui le liait à son oncle, il devait encore être retenu par la considération de son neveu, qui descendait de cet autre Frédéric à qui Henri déjà dépos<; avait assigné le duché de Souabe , après en avoir chassé Bertolphe, gendre de Rodolphe, nommé roi par les Allemands et confirmé en cette qualité par Grégoire. Voyant donc que, si la déposition de son oncle avait été valide, la concession faite par lui du duché de Souabe aux a.scendants de son neveu Fré-

(I) « Quæ omnia ultrum licite an secos acta sint non diacernimus. » Otlio frisin);., apud Bossuet, tom. I, part, i, lib. vu (al. 3), cap. S.

(1) Radevicus , lib. il , cap. 1 1, de Gestis Frideriei I.

déric perdrait sa valeur , Othon , sans oser pourtant affirmer que celte disposition avait été nulle, en a parlé de manière k donner occasion à Bossuet , comme é d’autres modernes écrivains français, de faire valoir jusqu’à satiété son témoignage. Cependant, après tout, Othon de Frisingue n’a rien écrit autre chose sinon qu’il n’a pas trouvé, en lisant et relisant les vies des rois et des empereurs romains, qu'aucun d’eux avant ce prince aitété excommunié ou déposé par un pape (1). Or, quand cela serait vrai, il ne s’ensuivrait jamais de là que les rois et les empereurs ne sauraient être déposés, pas plus qu'il ne s’ensuivrait qu’ils ne pourraient être validement excommuniés, d’autant mieux qu’Othon parle ici de l’e.xcommunication comme de la déposition; mais nous reviendrons plus loin sur la prétendue valeur de ce témoignage. Quoi qu’il en soit, il nous importe peu qu’un écrivain aussi suspect de partialité, passant à l’alambic la sentence de Grégoire, mette en doute si l’assemblée de Mayence a eu tort ou raison de contraindre Henri à abandonner le trône avec les marques de la royauté ; il nous suffit que cette mesure ait été louée comme juste par tous les écrivains non schismatiques de l’époque. Cela fait voir en même temps que, quoique Henri, faisant pré- valoir sur la justice la force qu’il avait en main , ait gardé le trône longtemps après en avoir été déposé, il n’était plus considéré comme prince légitime, puisque les princes ses va.ssaux, du moment où ils purent l’obliger par force à se soumettre à^la sentence de Grégoire et de ses successeurs, se firent un devoir de l'y contraindre , et montrèrent par cet acte qu’ils se croyaient affranchis de tout engagement envers lui.

V. Que tel soit en effet le jugement qu’en portèrent alors tous les bons catholiques , c’est ce que démontre clairement l’impression que produisit sur eux 1a nouvelle de la triste fin de Henri, succombant à Liège aux peines d’esprit et de corps qui le dévoraient et sous le poids des censures portées par

(I) « Lego (•! relfgo romaiiorum ivgum et impcnitorum gesta , et nusquani iiivenio quemquam acte hune (Henricum IV) n roiiwnn pontiticc exeomniunicatum v«l regno pi-ivotum. » Otlio, lib. vi, Hlit.,cap. 36. Gadeftt terme habet Gejlii Fndma I, lib I, cap. 1.

trois papes contre lui, et non-seulement privé des honneurs de la sépulture tels qu’ils conviennent à un roi, non-seulement sans être pleuré de personne , mais aux acclamations de joie de tous les catholiques (1). L’historien, poursuivant son i>écit des derniers moments de ce malheureux prince, dit que, si ses partisans continuèrent pendant qu’il vivait à l’appeler roi etempereur, il n’en fut pas de même des catholiques, qui g'ardèrent la fidélité et l’obéissance A siiint Pierre et A ses successeurs, et qui ne voyaient en lui rien moins qu’un roi ou un empereur (2). Et c’était là le sentiment que tout le monde avait alors et qu'on continua même d’avoir depuis de la justice de la condamnation prononcée contre Henri par le saint-siège : ce qui a fait dire à Dodechin qu’il était clair jiour tout le monde que Henri avait été retranché de l’Église pai’ un juste jugemtMit de Dieu à cause de sa perversité (3). Ce sentiment donc et cette idée arrêtée de tous les gens de bien, en même temps qu’elle nous confirme la justice des décrets de Grégoire et de ses successeurs, doit aussi nous convaincre qu'il n’y eut rien que de juste et de raisonnable dans le fait de la déposition de Henri par ce même pape, puisque cette déposition non-seulement a été confirmée par ses successeurs Urbain II et Pascal 11, mais a été de plus approuvée d’un commun accord par tous les catholiques contemporains, et enfin mise à exécution, en vertu d’une délibération commune, par les princes de l’AllemagiHi.

(1) « Miserabile dictu est tanti nominis, tanlæ dignitatis.taiitianimi virum sut) proffssione christiana mundura tanto temporc lucratum, nœ ad instar cujuslibet i>eupais defunoti piuin vel oompessivum luctum a quavis inter tôt ctuiatianos porsona promeruisse ; sed potius univarsurum tam ibidem quam ubivis ven; christiaiiorum ,corda simul et ora ialuiito nirais tripudio sut oblilos révéra replesae. » Abbas Ursporg., aiin. 1106.

(2) « Uic Unis , bic exitus , hase sors idUma Henrici sub vocabulo IV Romano-' rum imperatoris a suis appollati, a catholicis vero, id est cunotis B. Petro sulsque suceessoribus fidem et obedientiam lege duri-stiana consorvantibus , arrbipirata simul et tueresiarcha , neenon et apostate , persecutorque plus aoiinarum quam corponim competenter dioebatur. » Uiisporg., lot', cil.

(3) « Rorum in brevi epilogo onerosam istiu.s viri rxtmplix’tor Instoriam : Heiiricuin homiitem perversum et juste Uei Judicio ab Eedesia ejeetum omnibus ravera constat raauirestum. » Dodeebinus, ad anuum llüo.

LBS rATHOLlQUli^ QUI ONT AüUÉRK A GftROOiMv V|| ET APPROUVÉ LA OKPOSmON DE HENRI FAITE PAR CE PAPE SB SONT-ll^ TROMPÉS DANS LEUR MANIÈRE D* EN- TENDRE LES EFFETS DE L* EXCOMMUNICATION.

I . Fausse opinion attribuée par Bossuet à S. Gebhard et à S. Etienne d’Ilallierstat sur les effets de l'excommuniration.

1. On fait voir quel était au fond le sentiment de t«$ sainte personnages.

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