Mais un autre reproche bien plus injuste ailres.sé par
(1) « De ca'tcro notum sit libi quod legate ad te desfinavimiis , qui super his, qua* pro lionorificeiiti<i regni tui , tum de mctropolitann sede , tuin de quibusdam aliis rébus, quas in b'inporq domini uostri Alcxandri paps al) apeistolira st“de et postulasti et inviccin promisisti, tibi responsuri, ac Us'um aeturi «ssent ; sed propter perturbationem Teutoniræ terræ periculosum ifer tum forte cognoscenti's, ad nos reversi sunt. Quapropb'r si qua de his tibi cordi sunt, et,si te ac regnum tuum, sirut pnrlegatos tuos aliquotius aceopinnis, apostolorum principi pia devotiono committere et eju» auctoritate fulcire volueris, fideles nunciüs ad nos sine dilatione transinittere stude, qualenus, |s'r ef)s tuam iji omnibus fdocti voluntntcm , deliberato consilio quid tibi n spondendum , quidque super his omnibus agendum sit perspicer*) ac providere valeanaus. » l.ib. n, epist. 51. — «Quia veroapudanteci.-ssorem nostrum lieatfe memoriæ Alexandrum quædam expeüsti, quibus beatutn Petrura debitorem faceres, iniroo tibi et regno tuo nobile patrocinium ejus acquircres, per eosdem legatas mandes utrum eadem voluntas sit , an fuerit passa defoctum , aut , quod magls optamus , susceperit aupmentum. » l.ib, ii, apist. 75.
— il6 —
Bossuet à ce même pape, c’est celui d’avoir promis au roi Suénon une riche province peu éloignée de Rome , possédée alors par de vils et l&ches hérétiques, en lui faisant entendre que cette province qu’il lui promettait appartenait à l’Église romaine par cela seul que c’étaient des hérétiques qui l’avaient en leur pouvoir (1). Nous ne saurions dire ici combien malignement il dénature les paroles de Grégoire, pour rendre sa mémoire etson nom odieux aux ennemis de l’Église romaine. Qu’on lise ce qu’écrivit ce pape en cette occasion , et on verra combien est étrange l’interprétation qu’en donne Bossuet. « 11 y a non « loin de nous, écrivait Grégoire, une province fort riche, a située sur le littoral de la mer , occupée maintenant par de « vils et lâches hérétiques, et où nous désirons qu’un de vos « (ils soit établi en qualité de souverain en même temps que de « défenseur de la foi , si , comme un évêque de votre royaume O m’a annoncé que vousen aviez le dessein, vous mettiezee jeune « prince au service du saint-siège avec un certain nombre de « fidèles chevaliers (2) . » Comment peut-il inférei de ces paroles, qui témoignent simplement du désir qu’avait ce pape de voir gouvernée par le fils d’un roi catholique une province tombée à cette époque au pouvoir des hérétiques, qu’il regardât cette province comme sa propriété ? Que trouve-t-il de déplacé dans ces paroles, qui lui donne droit d’en faire la critique? Suénon avait d’avance conçu le dessein de mettre un de ses fils au service du saint-siège, c’est-à-dire de l’employer à la défense de l’Église romaine : là-dessus Grégoire lui demande s’il n’a point abandonné cette idée , et lui exprime le désir de voir son fils devenir le souverain d’une province qui se trouvait en proie à de vils hérétiques , parce qu’à ses yeux le saint-siège ne pourra
(1) « Intérim opulentam provinciam, romanæ urbi vidnam, qnam viks rt ignavi hsretici tenereiit , ei pollicctur, quo jure suam non signilicat , nisi lia^ reticorum omnia sua esse duceret. » Bossuet, tom. I, part. 2, Uli. iv, r. XII, in Une.
(2) a Est etiam non longe a nobis provincia quædam opulenlissima juxta mare, quam vili-s et ignavi Imiretin tenent, in qua mium de filiis tuis, si eiini. sirut quidam episeopus terræ tuæ in aniino tibi fon> nuntiavit, ai>asfoli<'a‘ aulæ militandum dares cum aliquanta multitudine eorum qui .sibi fidi militc.s essi-nl, dun-rn, ac prindpcm,ac defensorem rhristianitatis lien oplamu.s. » Episf. ;>l,
lit). II.
que gagner aux conquêtes de la religion et à l’extirpation de l’hérésie dans celte province. Y a-t-il donc de l’ambition à désirer l’extirpation des hérétiques et la conquête des terres qu’ils occupaient faite au profit des princes catholiques? Eh quoi ! le pasteur suprême de l’Église doit-il jamais avoir d’autres pensées?
10. Si par hasardnotre écrivaiinne trouvait pas que cette idée de persécuter ou d’expulser les hérétiques pût se concilier avec la mansuétude chrétienne , nous aurions à lui répondre que Grégoire n’est pas le premier qui l’ait nourrie dans son esprit. Longtemps avant Grégoire les plus pieux des premiers empereurs chrétiens, tels que Gratien, Théodose le Grand, Arcade, Houorius et tant d’autres, avaient eu la même pensée et avaient porté des lois très-sévères pour exterminer les hérétiques ou les expulser de leurs États, non-seulement en leur défendant de se réunir et en mettant û l’encan leurs biens, leurs maisons, tous les lieux où ils .se réunissaient (1), mais encore en leur interdisant toutes les magistratares et toutes les dignités militaires (2), et enfin en les bannissant comme ennemis de la république de l’enceinte des villes, de la société des citoyens et du commerce des honnêtes gens (3). Je sais très-bien que les donatistes se plaignirent de ces lois (t»), que les pélagiens crièrent à la tyrannie et que ce fut toujours là de quoi se lamentèrent tous les hérétiques, comme saint Augustin le fait observer aux pélagiens eux-mêmes (5). Mais je sais aussi que ces lois furent louées et justifiées en même temps et par les évêques d’Afrique, dans la conférence qu’ils eurent avec les
(1) Leg. 3 et 4 d( Marti., Cod. Theodos.
(î) Leg. 3 de Marti., Cod. Theodos.
(3) « Omnes hæreticos illiritas agere intra oppida oongregationcs vetamus ; et si quid erectio factiosa tciitaverit, ab ipsLs etiam urbium nuBnibas extemiinato furoru propelli jubenius. » Lib. vi, de Marti., Cod. Theodos. « A|)olliiiariiinos ceeterosque diversarum biBresum scctatores ab omnibus locis jubemus inhiberi , a nuEnibos urbium , a congressu lioiicstorum , etc. » Lib. xiv , de Marti. « Hieteticorum poUuta cuntagia ptili urbibus vieillis, proturbari ac nullis penitus jubemus patere conventibus. » Lib. xx, de Marti., Coà. Theodos.
(i) D. Augustin., contra litter. Petiliam , lib. ii, cap. 19 et 30.
(6) Lib. ni cont. Julian., cap. 1.
donati6tes|(lj, et par saint Augustin lui~m6mc en particulier en plus d'un endroit de ses ouvrages (2) ; que les évêques d’Afrique en firent la deiuaude aux emjmreurs dans le concile qu’ils tinrent à Carthage en 404 (3) : enfin que l’Église les adopta dans les canons de plusieurs de ses conciles.
1 1 . Si Bossuet se retranchait à dire que, les hérétiques dont parle Grégoire n’étant pas les sujets de ce pape an temporel, il n’avait pas le droit de les chasser de la province qu’ils possédaient etd’en donner la possession à un autre prince, il devrait démontrer que ces hérétiques étaient légitimes possesseurs, soit à titre de prescription , soit à tout autre , de la province qu’ils occupaient , ou du moins que cette province avait alors un légitime souverain , à qui il appartenait de la revendiquer contre ses usurpations. Mais comment pourra-t-il fournir de pareilles preuves pour l’époque dont il s’agit et surtout pour ritaUe et les lieux voisins de Rome, où, soit par suite des guerres entre ce qui restait des Lombards et ce qui restait des Grecs , soit parles conquêtes des Normands, soit par les inclussions des Sarrasins, les provinces maritimes voisines de Rome, dont les anciens maîtres avaient d’ailleurs pris la fuite ou avaient été enlevés par la mort, n’échappaient k un usurpateur que |K»ur passer entre les mains d’un autre ? Et, quoiqu’il soit assez difficile de deviner quelle était cette province que possédaient les hérétiques, dont parlait Grégoire, néanmoins, comme cette province n'était pas éloignée de Rome et qu’elle était voisine de la mer, nous pourrions conjecturer que c’était une des marches soitdelaToscane, soit de la Campagne Romaine, soit du Picentin ou de l’Émilie, dite aujourd’hui la Romagne , et qu’ainsi elle pouvait faire partie des domaines de l’église romaine. Je sais que l’histoii'o ne dit rien d’hérétiques du temps de Grégoire qui auraient possédé soit l’une, soit l’autre de ces provinces; car, quoiqu’on parlAt alors beaucoup de l’hérésie de Bérenger, ar-
(1) D. Augufitiii., iu brevicnlo coUationis cum donatfstis*, coll. primi diei
cap. 6. ’
(2) Coatra litteres Peüliaiii, lib. ii , cap. 20 , et lib. iii contra Juliaiium , cap. I.
(3) D. Augustin., lib. .seu epist. 185 ad lionitarram , cap. 7.
chidiacre d« l’église d’Aogers , c’était en France que cet hérésiarque répandait ses erreurs, qui aussi y furent condamnées par plusieurs conciles, il est vrai que la même condamnation fut également prononcée à Rome par plus d'un concile, tenus sous les papes Nicolas II, Alexandre 11 et Grégoire Vil lui-même; mais on ignore néanmoins si cet hérétique avait des partisans en Itahe, surtoutdans les provinces maritimes voisines de Rome. Peut-être d’ailleurs Grégoire prend-il ici ce nom d’hérétiques dans un sens large, et entend-il un reste de Sarrasins qui se maintinrent longtemps en possession d’une partie considéralde de la Campagne Romaine entre Gaête et le moût Gargan , comme le prouve le récit de Léon d’Ostie (1); et quoiqu’ils eussent été vaincus à plusieiii’s reprises et chassés de ces lieux avant le siècle où vécut Grégoire (2), leur race ne fut pourtant pas tout A fait détruite dans ces parages ; mais beaucoup d’entre eux trouvèrent une retraite dans les montagnes : il a donc pu arriver que ces restes de Sarrasins eussent corrompu les peuples de ces contrées et leur eussent fait emlirasser leurs erreurs avec leur manière licencieuse de vivre, et qu’au temps de Grégoire la contagion eût gagné les pays voisins de la mer. Mais, quoi (ju’on puisse penser de ce fait paidiculier, il est certain cpie Grégoire appelait ici hérétiques les infidèles, puisqu’il témoignait désirer qu’on plaçAt danscette province que possédaient des hérétiques un prince qui prltla défense, non de la religion catholique en particulièr, mais du nom chrétien en général : Prlncipem ac defensorem chriatianitatis fieri oplamun. Or il est certain qu’il n’y avait pas en Ilalfè A cette époque d’auti'es infidèles contre lesquelson eût A défendr' le nom chrétien, que ces restes de Sarrasins qui, tantôt de l’Afrique, tantôt de laSicile, infestaient lescôtes de l’Italie. Et en demandant leur e.xpulsion et en souhaitant de voir les pays qu’ils occupaient devenir la conquête d’un prince chrétien qui pût y prendre la défense de la religion, que faisait Grégoire qui ne fût digne du ministère apostolique dont il était chargé et du zèle qu’il devait montrer pour la religiou chrétienne'? Était-il donc; le premier qui aurait en ce cas excité les princes catholiques à
(I) Chron. Gassin., lib. i, oap. 43.
^’i) bv Ostîi*n., Clirou. t il., lib. i, gji]i. >0
prendre les armeà contre les Sarrasins? D’antres papes n’ont-ils pas fait la même chose avant lui, non-seulement en invitant les princes à prendre les armes, mais en entreprenant eux-mêmes de formidables expéditions contre les Sarrasins (1)? Pourquoi donc lui infliger ce bl&me sévère, sinon pour le rendre odieux aux ennemis du catholicisme?
§ XIV
EXAMEN DE LA QUESTION SI GRÉGOIRE A CHERCHÉ A FAIRE ENTRER DANS SON DOMAINE LE ROTACME D'eSPAGNE ET l’iLE DE SARDAIGNE.
Sommaire.
I . Passage de Grégoire cités par Bossuet pour prouver que ce pape , séduit par de faux titres, prétendait que l'Espagne était soumise au domaine temporel du saint-siège.
î. En admettant le raisonnement de Bossuet, on ne peut pas aocuser Grégoire d'ambition. On est daas l'impuissance de démontrer que le royaume d'E.spagne n'avait pas été mis sous la dépendance de l'Église romaine par les rois goUis cattiuliqucs , qui en avaient été les maîtres avant l'invasion des Sarrasins. Piété du roi Récaréde et d'autres princes goths.
3. Mauvais raisoimement que fait Bossuet, en se fondant sur les paroles de Grégoire , pour prouver que ce pape regardait l'Espagne comme domiée en fief à l'église romaine avant l'invasion des Sarrasins.
4. L'emploi de certaines expressions usitées sous l'empire des lois féodales ne suffit pas pour marquer l'époque de rétablis.sement des fiefs.
5. En quel sens Grégoire affirme que le royaume d'Espagne, en vertu d'anciennes con-stitutioiLs , avait été donné en propriété ii saint Pierre et à l’église romaim\ Princes qui ont rendu leurs royaumes tributaires, comme h titre de fiefc, de l'ÉgUso et des monasti';rcs.
«. Bossuet d’accord avec Baronius sur l’époque à laquelle l'Espagne cessa de payer tribut à l’église romaine.
7. Les droits revendiqués par Grégoire sur les royaumes de l'Espagne étaient reconnus par les rois et les princes catholiques qui régnaient alors dans ce pays.
8. Nouveaux droits acquis en E.spagne par le saint-siège du temps de Grégoire.
9. lais princes mettaient les provinces sous la dépendance de l’église romaine, non |K)ur s’en assurer la pos.si’ssion contre leurs légitimes malti^, mais pour en devenir eux-mêmes les maitis>s ajin-s en avoir chassé les infidèles.
10. Bossuet impute faussement a Grégoire d’avoir mieux aimé laisser l’Espagne en proie aux infidèles que do rien céder des droits qu’il prétendait avoir sur cette nation.
I I . Bossuet a tort d’inférer de certaines paroles de Grégoire que ce pape prétendait exercer une domination temporelle sur l’Ile de Sardaigne.
(1) Léo Ostien., lib. i, cap. 53 ;Ditmarus, ad ann. lOlO, apud Baron., tom. XI,
ad annum MXVI.
— fc21 —
lî. Le droit que Grégoire revendiquiiit sur la Surdaigne était revomiu par les juges de cette Ue et n'était ignoré de personne à cette épo<]ue.
13. Raisonnement faux et injurieux du Bossuet fondé sur quelques expressions mal interprétées par lui.
1. Du Oauemarck Bossuet passe à l'Espagne et prétend que Grégoire tenta de soumettre encore ce royaume à sa domination. Pour le prouver, il cite demc passages des lettres de ce pape, dans l’un desquels il affirmait que le royaume d’Espagne était d’ancienne date la propriété de saint Pierre et que, quoique occupé longtemps par les païens, il n’appartenait point à d’autres, si la justice était consultée, qu’au siège apostolique (1). Dans l’autre passage allégué Grégoire soutient qu’en vertu d’anciennes constitutions le royaume d’Espagne avait été assujetti en toute propriété à. saint Pierre et à la sainte église romaine ; que, par le malheur des temps pa.ssés ou par l’effet de la négligence de ses prédécesseurs, un tel droit de saint Pierre sur ce royaume était resté ignoré ou du moins oublié depuis que l’envahissement de l’Espagne par les Sarrasins en avait arrêté ou suspendu l’exercice pendant une longue suite d’années (2). Il ajoute que les légats qu’il avait envoyés en EIspstgne mettraient cette affaire dans tout son jour et administreraient les preuves des droits de saint Pierre sur ce royaume , et il finit par exhorter les princes d’Espagne à honorer comme autrefois saint Pierre et leur mère la sainte église romaine. De là Bossuet, ne trouvant pas qu’il fût possible de trouver d’anciens documents qui fissent foi de ce droit du saint-siège sur l’Espagne avant que ce royaume eût été envahi par les Sarra-
(1) < Non latere vos credimus regnum Hispaniœ ab antiquo proprii juris sancti Pctri fuisse, et adbuc (licct diu a paganis sit occupatum) loge tamen justitim non evacuata, nulli mortalium, sed soli apostolicœ sodi ex aequo iiertincre. i> Lib. I, epist. 7.
(2) « Notum vobis fieri volumus quod nobls quidem tacere non est liberum , vobU autem non sdum ad futuram , sed etiam )>ræ.sentem gloriam valde noces- .sarium , videlicet regnum Hispaniœ exantiquis coustitutionibus Beato Petru et S. Rom. Eccl. in jus et proprietatem esse traditum, quod nimirum hactenas et pr.Tferitorum temporum incommoda et aliqua anteec.ssorum occultavit ne- BliKentia. Nam jiüstquam illud regnum a Saracenis et paganis perva.sum est, et servitiuni , quod Beato Petro inde solebat üeri , propter infidelitateni eorum et tyrannidem detentum , et abusu nostrorum tôt anuis inteiveptum est , pariler etiam reriim et proprietatis memoria dilabi cœpit. » Lib. iv, epist. 28.
sins, ainsi que Grégoire le prétendait, conclut que ce pape, sans vouloir tromper les autres, avMÎt été lui-méme trompé par de faux titres, comme l’histoire de tous les temps en fournit tant d’exemples (1).
2. Mais quand même tout ce qu’il dit ici serait vrai, son raisonnement n’en manquerait pas moins totalement son but, qui est de prouver le projet qu’aurait eu Grégoire d’assujettir par toute sorte de moyens tous les royaumes de la chrétienté à son domaine temporel; car, pour prouver cette dernière thèse, Bossuet aurait dû faire voir que Grégoire avait inventé de faux titres, et non pas seulement qu’il en avait mentionné de faux en se laissant induire par d’auti'os en erreur ; à moins donc qu’il ne nous prouve que Grégoire voulait tromper les princes d’Espagne, il ne pourra jamais donner une erreur innocente de ce pape comme une preuve de son ambition. Du reste, quoique les documents positifs nous manquent ici pour démontrer l’existence des droits revendiqués par Grégoire VII , il ne s’ensuit pas pour cela qu’on puisse en prouver la fnu.sseté. Pour pouvoir soutenir que ces droits étaient faux, il faudrait le démontrer, et il ne suffit pas de dire qu’il n’y en a pas d’autres preuves que l’assertion de Grégoire. Une preuve négative de ce genre est nulle devant l’affirmation d’un tel pape, qui mérite d’en être cru jusqu’à preuve du contraire. En conséquence nous accordons à Bossuet que le royaume d’Espagne n’a pas pu être mis sous la dépendance de l’église romaine par les rois goths ariens, qui y régnèrent depuis la chute de l’empire romain jusqù’à l’an 587 ; mais il nous est impossible de lui accorder de même qu’il n’a pas pu être mis sous la dépendance du saint-siège par les rois goths catholiques, qui régnèrent eu Espagne depuis l’an 588 jusqu’à l’invasion des Sarrasins, arrivée en 7I V , ou selon d’autres en 715, ou du moins jusqu’à l’apparition de l’impie Witiza, c’est-à-dire jusqu’à l’an 701. Le pieux dévouement pour le saint-siège du roi Bécarêde, le
(l)« Ncquf propti-Tca (ji'igoriiim aiitiijua Eocl''siæ voniaiiic jura iu lli'|wm<r irgimm meinorantiMii ilmiptomii putainus, mxI faLsb» titulis , quaks; oumi irvo niulti conkrli sunt, licripi potuissu ruiilik-mur. » Bossuol, tom. I, part. 2, lib iv (al. 1, secl. 2 ), cap. 13.
— ki3 —
premier des rois goths converti à la foi catholique par les soins de saint Léandre, évéque do Séville, et qui, après avoir abjuré l’arianisme, le fit condamner dans toute l’étendue de son royaume par le troisième concile de Tolède, tenu l’an 627 de l’ère espagnole, le même que l’an 589 de l’ère vulgaire de Jésus- Christ, nous est abondamment prouvé par les lettees de saint Grégoire et particulièrement par celle que ce saint pape écrivit à ce prince et qui nous apprend que ce prince religieux, après su conversion, envoya au pape une amliossade cliargéc de riches présents pour l’église de saint Pierre (1) ; fait confirmé d’ailleurs par la lettre de Kécarède lui-inéme adressée à saint Grégoire et éditée par Baluae (2), où, après s’ètre excusé de n’avoir pas plus tét fait [lartir ses ambassadeurs, il lui marque qu’il a chargé quelques abbés de ses offrandes pour saint Pierre. L’exemple de ce priuce fut suivi par plusieurs de ses successeurs catholiques, comme on i>eut le voir par ce que rappoi te Théodoric (ou Rodrigue ), archevèc|ue de Tolède (3), que Tagion ou Taïon, évoque do Sm'agosse, fut député vers le pape Martin 1" par le roi Ciudasvinde , avec des présents que ce prince offrait au saipt-siége. Gomment donc pouvoir affirmer avec certitude qu’aucun des rois gotbs catholiques d’Espagne, dont plusieurs sc sont rendus si célèbres par leur piété, tels que Sisebut, Sisenand, Cintila et d’autres, n’a pu rendre sem royaume tributaire de l’église romaine en témoignage de son dévouement?
3. Mais, dit encore Bossuet, Grégoire VU parle d’on droit do propriété et fait mention de services , ce qui , ajoute-t-il , ne peut s’entendre que de droits féodaux, qui n’étaient pas môme connus en Espagne à l’époque de l’invasion des Sarrasins (4).
(I) » Btiatus vero IVtrus, apostolorum priocept;, quain libonter munera excelleutiie vustrœ susceperit ipsa cuncta liquido vita vestra Wstatur... Vtjstra itaque üblatio qu.am sit grata osteodisUs, quia datuvus aurum , prias ex conversiuue gentU subditæ.auimavuin munera dtHlistis. » Lib. iv.epist. 21.
(ï) Il lit post hoc ad vos ex monnsteriis abbates elogimus, qui usquo ad tuam præsontiaiu |ieraccederei\t, et muneva a nobis direrbi suucto Petro offorreut , ot tua; saactiB reveroutiai salub'iii aobls maaift^stias uuiK’iai'eat. » Ivpust. Recai- ^xli ad Gregoriaai 1. apud Baiuziuia, lib. v Misixdlaa'.'oruni.
(3) Hodericus ïolutauus , lib. ii , rap. 30.
(4) Bossuet, loc. cit. .
Nous répondons qu’il interprète trop à la rigueur les expressions employées par ce saint pape ; car il est certain que cc mot service ne s’entend ^vas seulement d’un service féodal , comme on le trouve employé dans les lois des fiefs (1), mais qu’il signifie encore toute autre espèce de contributions. Tout le monde sait d’ailleurs que les annates, ou taxes imposées sur les bénéfices ecclésiastiques majeurs on faveur du saintsiège, du pape et de ses ministres, et que se sont attachés à justifier, entres autres fameux docteurs, Pierre d’Ailly, cardinal de Cambrai, et Jean Gerson (2), tous deux de l’Université de Paris, comme conformes au droit divin, naturel et canonique, sont appelées services communs et menus services, eu égard aux diverses distributions qui sont faites de ces taxes à différents officiers de la chambre apostolique, d’après l’usage où l’on est d’appeler service tout ce qui peut servir à un autre , et qu’on lui donne, soit à titre de dette , soit par pure libéralité : de là vient que môme en Espagne on appelle services les contributions payées par les divers royaumes pour les besoins communs de l’État , comme on peut le voir dans Prosper Fagnan, écrivain dont les Français ne récusent pas l’autorité et qui traite doctement cette matière (3). On pouvait encore appeler service dams ce même sens toute espèce de contributions ou de deniers de Saint-Pierre que les nations catholiques payaient au saint-siège ; et c’est ainsi qu’au lieu de la demiannate, prescrite par Boniface IX pour les bénéfices moindres , et appelée pour celte raison annate l)Ouifacienne, les papes
(1) Lib. feud. ii, tit. 61, $ 8.
(2) Pelrus Alliacensis, tract, de Auctoril. papa, tum. I operum Gcrsonis, p. 917 ; Joan. Gerson., tract. d< Simon., tom. 11.
(3) « Communo scrvitium est quantitas certa pro quolibet epLscopatu vel -abbatia consistoriali secundum antiquam taxani solvenda, quam alias muderatus est Joannes XXll bi Extravag. C«m nonnitUa, (ït ha?c propterea scrvitium dicitur, quia juxta yulgare italicumque dictum quæliljet datio imnrupatur scrvitium , siyo débita sit, .sive non, sicuti in lllspaiiia hoc snîrvitii nomine appcilantur contributiones illtn quas faciunt régna ad sublevandas regni nec«3ssitatcs. Dicitur autem commune scrvitium, quia ejus dimidium tribuitur papæ, reliquum S. collegio cardinaliuin. Minuta vero servitia sunt quinijue jvirtiuncul® , qu;r secuudum proportionem taxœ fructuum episcopatus vel aidjatiæ inter emteros papæ ministros et ofliciales distribuuntur. » Kagnanus, in lib. v Decret., in cap. 1, JVe pratali vices suast vel eectes, sub ann. cen. eoHced.
voulaient bien se contenter du denier de saint Pierre que leur payait le royaume d’Angleterre d’après l’ancien usage , comme le rapporte ce même Fagnan (1).
i 4. Quelle que soit donc l’origine des fiefs, soit qu’on l’attribue aux Lombards, qui les premiers les auraient établis en Italie, ou aux Goths, qui envahirent d’autres parties de l’empire romain, il est certain que l’emploi de certains termes qui se rencontrent fréquemment dans les livres composés depuis l’établissement des fiefs ne suffit pas pour qu’on puisse en inférer l’exercice de quelque droit féodal ; car U est certain qu’en Espagne, sous les rois catholiques de la nation des Goths, on appelait ducs et comtes, comme on le voit dans les actes du huitième concile de Tolède, tenu l’an 691 de l’ère es^iagnole, ou 653 de J.-C. , cinquième année du règne de Reccsvinde, des officiers ou des dignitaires qui pourtant ne'possédaicnt aucune seigneurie féodale, comme le prouve Pierre Pantin dans une savante dissertation (2) , quoiqu’il en fût autrement chez les Lomljards quand une fois les fiefs eurent été établis. Ainsi donc, de ce que dit ici Grégoire VII que le saint-siège avait eu coutume de recevoir des services de l’Espagne avant que ce royaume fût a.ssujetti par les Maures, Bossuet a tort d’inférer que ce pape considérait ce royaume comme un fief de l’église romaine.
5. 11 serait beaucoup plus difficile d’expliquer en quel sens Grégoire VII a pu dire que l’Espagne avait été donnée en propriété à saint Pierre et au siège apostolique en vertu d’anciennes constitutions si nous ne connaissions d’ailleurs ses sentiments et n’étions assurés que tout ce qu’il a voulu dire par là c’est que ce royaume avait été placé sous la protection spéciale et sous le patronage spirituel du prince des apôtres, en
(1) (I Hox Angliæ pormisit ut in .suo re^cio wclosia-stid pcrgm'nt in solutioiie CuinmuJii.s et iiiinuturum servitiorum , atque ut ivgni incolir pra^tarent denarios S. Pétri: medium onim annatam Boiiiraeiaiiam Angli luiiiquam solverunt, quia illius loco satis visum est romanis \>ontilicibus haliere Ikjc vertigal deiiariorum S. Pétri , de quo lit mentio in cap. ..(iidUis, de pra?scriptione , cl in cap. ea qinr, de C«!i:s... in cujusexactione perrexerunt Pontilict5iquous(|ue Henricua VIII Clementi VII subtraxit obedientbm. » Fagnanu.s , Icx:. cit., uum. GO et 61.
(2) Tom. Il Hüpan. Uliulrat., pag. I9S et seq.
sorte qu’il ne reconnaissait point d’autre autorité souvei'aine à laquelle il fût soumis, sans préjudice toutefois do celle qu’y exerçaient ses rois. Que tel fût le sens de cette expression dans la lettre circulaire citée par Bossuet, qui fut adressée çénérydeiqent à tous lesrois, comtes et autres seigneurs d’^pagne sous la date de l’an 1077, c’est ce que démontrent assea clairement d’autres lettres écrites par le même pape, soit avant, soit depuis, telles que sa lettrcàSauche, roi d’Aragon, écrite en 1074 (1), celles à Alphonse, roi de Castille, et A Sauclie, roi de NavaiTe, écrites en eette même année (2), une autre lettre de ce pape au même Sanche, roi d’Aragon, écrite en 1075 (3), et d’autres écrites au même Alphonse, roi de Castille, en 1079 et 1080 (4), puisque dans toutes ces diverses lettres il ne témoigne attendre de ces princes autre chose qu’une obéissance filiale çt une soumission chrétienne. Dans une de ces letti'es, adressée à Sanche Uanimir, roi d’Aragon, qui avait ordonné qu’on adoptùt dans ses Étals la récitation de l’office divin suivant l’ordre romain, il loue pour ce sujet ce prince de sa fidélité à l’église romaine; il lui marque qu’en jwrlant ce décret il s’était montré le digne Uls de cette église et avait fait voir qu’il lui gardait la méjne amitié et le même dévouement que les anciens rois d’Espagne avaient toujours témoigné envers les pontifo^VP' mains (5). Écrivantà Alphonse, roi de Castille, et A ^aohn, rpi de Navarre, U exhorte ces princes A faire adopter dans leurs États la liturgie romaine, aün que, faisant cesser Iqs divisions causées par les Sarrasins, ils reconnaissent comme des fils dévoués la sainte église romaine en qualité de leur mère, en le considérant lui-même comme leur frère (6). De semblables
(1) Ijb. I, oplst. G3.
(2) Lib. I, episl. 7.
(3) Lib. Il, cpi.<t. io.
(i) Lib. VII, t'pLst. fi, et lib. viii, epist. 3.
(3) ■ lu hor. autom quod sub dirtione tua romani ordiuis ufllcium tieri i^tudio et jmii-iouilias tuis asserls, romanas lio'losiæ to üüum, ac eam (oiicordiam et eannlem aniicitiiiin te nobiscum habore quam olim reges lli.'ipania! cum romanis [lOiitilicilms liala.'laiit coguoseeris. » Lib. i, epUt. 03.
(0) Il Qiiapropter ut lilio.s rliaris.siiiias vos adbortor, et nioneo, ut sieut lioiue soIkiIcs, etsi i«jst diuliinia.s, etc... deinmn taineii ut inalrum rêvera veslraiii minaiiam Ei'clesiam recognü.-a'atis, lu qua et nos l'raUes ruptiriatis. » Lib. i, epist. 6L
expressions se retrouvent partout dans ks autres letkes que nous venons de citer; et si l’on veut en peser le sens, on verra combien oela s’accorde peu avec ee droit de propriété reveor diqué par Grégoire en vertu dlanciennes oonstitutions sur ow royaumes, si l’on prend ce* mot é la rigueur pour un droit de souveraineté temporelle, au lieu de l’entendre , comme nous l’avons fait nous-inème d’une soumissioD religieuse toute particulière, en vertu do laquelle oe royaume était comme consacré au prince des apétres, et payait tribut au saint^eiége nou à titre de vassalité, mais en témoignage de dévouement à ses intérêts ; de même que nous voyons dans l’histoire tels et tels princes rendre leurs Éf<ats tributaires d’églises partiomlières en témoignage de leur dévotion pour quelques saints , comme le rapportenten particulier les annales de Clteanx d’Alphonse, roi de Portugal, qui rendit son loyaunio Uilmtaii-c de l'église de Notre-Dame de Clairvaux (1) au diocèse de Uiiigros, en s’engageant à payer à cette église une somme animeUe, comme l’eût fait un vassal. Pienai le. Vénérable raconte de même qu’Alphonse, roi d’Espagne, rendit sou royaume tributaire de l’église de Gluny (2). Ce fut doue de celte méme^mar nière que les anciens rois catholiques d’Espagne de la nation des Goths mirent ce royaiuuc sous la protection et Iq tutelle du prince des apôtres , en obligeant leurs sujets û lui payer pu tribut annuel appelé du nom de services par Grégoire VIL , ^ Ce droit annuel de l’église romaine sur le royaume d’Espagne parait à Baronius assez clairement prouvé (lar le décret de l’impie Witiza ayant [wur objet de soustraire l’Espagne à l’autorité du pontife romain , avec défense aux évêques et aux fidèles, souspeine de mort, de lui prêter obéissance; car, comme ce méchant prince passait pour catholique , ce n’est pas pour
(I) a Me ipsum, regnuiu meum senhm roeam et succ,«ssort», meos... Bcato* Mario) de Clara Valle tutelam , dereneionem et patrocinium ronsbtuo ; mandando omnibus surcessorïbus meis ut singulis annis Ecck'siæ B. Mariie du Clara Vallu di(rc(sis Lingonensis in regno Francité, tribuant in modum feudi et vassaUtii (juiuquaginta marabitinos auri probati. » Annales Cistereienses, ad annum l Ul.
(t) « Magnirieentissimus et famosus rex eensualem se regiiumque suum Cliristi paiiperibus ejusdem Christ! amon' focerat, et tara a se qnam a pâtre sua Predelanno constitutum emsum ducmilas auri uncias singulia annis Cluniacansi Eccicsiai persolvebat. » Potr. adibas Cluiùac., dcMiniauÙa, lib. i, cap. ult .
cause de religion , mais par motif d’intérêt , qu’il publia ces décrets, dont la date est de l’an 701 (1). Celte interprétation de Baronius ne contredit en rien, quoi qu'en dise Bossuet (2) , le récit du pape, qui attribue l’interruption de ce tribut non au roi Witiza, mais à l’envahissement de l’Espagne par les Maures ; car, outre qu’il ^t certain que l’envahissement de l’Espagne par les Sarrasins, à qui Witiza ouvrit méchamment l’enté de ce royaume , suivit de près le règne de ce prince , Grégoire attribue aux Sarrasins bien moins l’interruption de ce tribut que la mise en oubli du droit qu’y avait l’église romaine. De cette manière, le récit de Baronius s’accorde sans aucune peine avec celui de Grégoire Vil.
7. Mais que les droits allégués ici par ce pape aient été ensuite justifiés par les légats qu’il envoya en Espagne pour cet effet et reconnus par les princes de ces contrées , c’est ce que prouve la démarche que firent ces mêmes princes de mettre leurs Étais sous la dépendance du prince des apôtres, ainsi que le tribut qu’ils s’engagèrent à payer annuellement à l’église romaine. Bossuet lui-même n’ose nier aucun de ces faits, parce qu’il est trop bien prouvé que Sanche Ramir ou Ranimir, roi d’Aragon, qui fut aussi dans la suite roi de Navarre et s’illustra par d’éclatantes victoires sur les Maures, qu’il chassa de la Suparbia et de Ribracercia, se montra très-dévoué à Grégoire VII, se fit son vassal , et s’engagea à lui payer un tribut annuel de cinquante écus d’or, comme l’atteste Pierre d’Aragon, son fils, dans ime lettre écrite par ce prince à Urbain II (3) . Bossuet accorde bien que ce prince s’engagea à payer une pension annuelle au saintsiège; mais que ce prince l’ait fait après examen et en recon-
(I) « Quibus omnibus causam ipsam perspicias, cor rex perfidus pubKco |>cr universas Hispanias promulgato decreto sancivitno quisobadirot romniio pontifiai. Cum ergo ista a regc, qui caUiolicus babebatur, inWUigis promulgata, utiquc non fidei, aed uUUtatis causa, id ab eo factum agnosce. » Baronius, tom. VIII, ad ann. 70l , num. 76.
(7) Tom. I, part. 7, lib. iv (al. iib. i,sect. l),cap. 13.
(3) B Præsrrtim cum pater mens, vester fideli.s, romani ponlificis seipsum domiiuitui subdiderit, atquti etiam singulis annis e.x ccnsu quinquagintorum aupcorura .seae tributarium a banporibus papæ üregorii usque ad obitum suum fidelitnr exhibuit. » Epist. Pétri, régi* Aragon., ad ürbanom 11, apud Pagium, in Ciitic. Baron., tom. IV, ad annum 1074, num. 13.
naissance d’anciens titres, c’est , dit-il , ce qne les actes n’expliquent point. Mais il nous suffit, à nous, que ce roi ait consenti à payer ce tribut annuel sur les instances que lui en fit Grégoire pour pouvoir affirmer avec fondement qu’il ne le fit pas sans avoir discuté les titres et reconnu le droit que le pape faisait valoir auprès de lui. Bossuet ajoute qu'on ne voit nulle part que les rois de Castille aient payé aucun tribut ou reconnu aucun droit spécial au siège apostolique sur leurs États, pour pouvoir assurer que ce que firent sous Grégoire VII quelques rois d’Espagne, ils l’aient fait plutôt pour acquitter d’anciennes obligations que pour suivre le mouvement de leur piété. Mais si nous ne lisons pas expre^ment dans les actes ou les mémoires de ces temps que les rois de Castille aient fait ce que nous lisons en toutes lettres que firent les rois d’Aragon, nous en lisons assez pour comprendre que les uns comme les autres satisfirent aux demandes de Grégoire, et c’est ce que nous pouvons bien inférer des lettres que ce même pape écrivit à Alphonse, roi de Castille, en 1079 et 1080, et dans lesquelles il faisait l’éloge de la fidélité, du dévouement et de la soumission de ce monarque au prince des apôtres et à l’église romaine (1) : éloge que sans doute il n’aurait pas donné à ce prince si, après la demande qu’il lui faisait de lui rendre le devoir dont il avait demandé l’observation aux autres souverains d’Espagne en vertu d’un droit spécial du saintsiège sur ces provinces, Alphonse avait refusé de le lui acquitter.
8. Hais il faut de plus considérer qu’outre ces anciens titres l’église romaine avait alors de nouveaux droits acquis sur une partie de l’Espagne en vertu de pactes et de conventions passées entre elle et des princes étrangers, qui se rendaient en armes dans ces provinces pour en expulser les Maures et qui, pour donner à leurs conquêtes un caractère plus rebgieux, les consacraient au prince des apôtres , en s’engageant à reconnaître l’autorité et le |souverain domaine du saint-siège sur ce qu’ils pourraient enlever aux Maures des pays occupés par
(1) Epist. 0, lih. VII , et epist. 3, lib. viii.
ctiü infixlèlee. Tout cela se trouve clairement expliqué dans une lettre que Grégoire VII écrivit aux princes qui avaient formé ce |M*üjet de porter la guerre en Espagne contre les Sarrasins , etpiu^ laquelle nous voyons qu’Évole, comte de Roceiu, désirant porter ses armes en Espagne pour eu chasser les infidèles à la gloire du prince des apôtres, en obtint la pei'mission du saintsiège , à condition que ce serait au nom et de la part de saint Pierre qu’il se mdttrait en possession des terres dont il ferait la conquête (1). Et observons ici que cette convention elle-même ne peut pas avoir été concertée entre lui et Grégoire VII, mais qu’elle doit avoir été bien antérieure à l’élévation de Grégoire sur le trône apostolique , puisque la lettre qui rappelle cette convention fut écrite par Grégoire en 1073, et le dernier jour d'avril, peu de jours après son élection, arrivée le 22 de ce même mois, et avant qu’il fût sacré; et de là vient qu’il s’y donne le titre do Grégoire élu poutife romain, outre qu’il y parle d'Evole comme d’un prince déjà connu pour ses exploits en Espagne. 8i donc Grégoire VU demandait soit à ceux (|ui suivaient la bannière d'Evole, suit à ceux qui voulaient coudiattre les Sarrasins pour leur propre compte, la même soumission jKJur le siège apostolique qu’Evole avait promise longtemps aujmravant, qu’y a-tril dans cette demande que Uessuet trouve à reprendre? . o'ibi -
9. Je sais, dit-il encore, que nou-seulemenl le roi d’Aragon et llérard , comte de Barcelone , mais d’autres comtes aussi se rangèrent sous la domination de l’église romaine , afin de garantir par ce patronage leur propre autorité contre leurs souvei’aius (2), comme si les jmpes en accordant leur luleUe aux princes qui metUiient leurs liitais sous la protection de .saint Pierre cherebaient à lessoustraii-e à l'autorité de leurs légitimes
(() « Itiuiue romi's Evolus do Rcx'ejo , cujus faninm apud vos liaud obscuram esse patomus, torram illam ad bonorem sencti Eetri ingrudi et paganorura manü)us oripere cupieiis , liane concessionem ab apostolica sede obtinuit , ut parb'in illam undo paganos suu studio et adjuncto sibi aliorurn auxilio exjielleru possat .sub conditkme inter nos facto pactionb «x paitc sancti Pétri possidorct. » Ub. I , epiat. 7.
(4) n Quod ii lüinitis, ubi .se .sedi apostolica) addixissiiiit , eo piatrochùo tutiores atsjue adversu.s dominos .sccuriores essent. » Bossuet, tom. I , part. 2, lib. iv ( al. lib. I, swt. I ), cap. 13.
sottverttins, et à leur Assurer contreces derniers lesuccès de leur révolte. S’il voulait impritner cette tache à l’honneur du saintsiéfrect des pontifes romains, ilaurait dd nous ftiire connaître quels étaient du temps de Grégoire les légitimes seigneurs des provinces d’Espagne occupées alors par les Sarrasins , i>oup montrer que c’était au préjudice de leurs souverains que ce pape promettait sa protection aux princes chrétiens qui allaient en faire la conquête au nom de saint Pierre. Mais si ces provinces qu’occupaient alors les infidèles n’avaient pins de légitimes Uinltres, puisque la famille royale de la face gothique était depuis longtemps éteinte, et s’il y a eu autant de nouvelles royautés légitimes fondées en Espagne qu’on peut compter de ces princes magnanimes qui parvinrent A expulser les Sarrasins des diverses parties de ce vaste royaume , quel inconvénient trouve donc Bossuet A ce que des princes chrétiens soient allés au nom de saint Pierre et sous la tutelle du saint-siège faire la conquête de tous ces pays qui gémissaient toujours sous la tyrannie des Sarrasins, A ce qu’ils s’en soient rendus maîtres, et qu’alors ils n’aient reconnu personne antre au-dessus d’eux que le souverain pontife? u >miaiyo
10. Bossuet trouve cependant Grégoire hlAmahle en ce que, dans cette môme lettre adressée aux princes (jui voulaient entreprendre l’expédition contre les Maures d’Esjiagne, ce pape protestait que, s’ils ne prenaient l’engagement de satisfaire aux droits qui appartenaient à saint Pierre sur ce royaume , il interposerait son autorité pour les empêcher d’y porter leurs armes plutôt que de souffrir que la sainte Église univei'selle, leur mère, essuyAtde ses enfants la même atteinte à ses droits que celle qu’elle endurait de la psu*! des intidèles (Ij. Et il prend de lA occ<ision pour censurer ce pape, en disant qu’il ne saurait comprendre comment il aimait mieux voir l’Espagne rester sous le joug des infidèles que de rien relAcher du droit
(1) « Hoc nemincin vi-slrum igiioraw voliimus quoiiiam, nisi (i’(|ua pacHoiu; solveudi jurU sandi Pétri in regiium illud aiiimadvertert; statuerilis , ixjtius vubis apostulica uuctoritale, m! illuc tciidatis interdin-ndo , contra feremnr quam sancla et universali.s mater Ecclusia idi'm a suis Tdiis quod ab liostil)Us palioudo, non jani proprietatis suæ, sed filiumm detrimento saudetur. » Lih. i, epist. T.'
tel quel qu’il prétendait avoir sur ce royaume, et comment, au lieu de penser que ce dommage qu’il recevait de ses fils pouvait être réparé par la simple remise qu’il leur ferait volontairement d’une redevance temporelle de cette espèce , il pensait non à arracher ses brebis de la gueule du loup , mais plutôt à les tondre (1). Mais, pour faire voir l’injustice de ce reproche acerbe, faisons alorsplusieurs remarques. La première, c’est qu’il n’était pas question alors de délivrer les chrétiens du joug des infidèles, mais de chasser les Sarrasins des lieux d’où ceux-ci avaient auparavant expulsé les chrétiens; et que les chrétiens d’Espagne de cette époque n’étaient pas asservis aux infidèles, mais que ceux-ci occupaient les contrées qu’avaient occupées ceux-là à une époque antérieure. La seconde, c’est que Grégoire ne demande pas le tribut aux chrétiens qui pouvaient être alors sous le joug des infidèles, mais qu’il le demande à ceux qui marchaient à la conquête de ces pays occupés par les Sarrasins. La troisième, c’est que Grégoire, en interdisant cette expédition aux princes qui refuseraient de reconnaître le droit qui appartenait au saintrsiége sur ce royaume, n’entendait pas l’abandonner en proie à ces barbares plutôt que de rien relâcher de ses droits temporels, mais en accorder de préférence la conquête à d’autres princes plus religieux , qui demandaient à être chargés de cette expédition. De ces observations, fondées sur l’évidence des faits, il résulte clairement qu’il est faux et calomnieux que Grégoire ait mieux aimé laisser les chrétiens asservis aux Maures que de faire le sacrifice de ses droits , et qu’il ait pensé à tondre ses brebis , au lieu de les arracher palpitantes de la gueule des loups ; car quelles étaient ces brebis palpitantes sous la dent des loups , que Grégoire aurait eu la pensée de tondre ? Assurément il ne demandait de tributs ou de reconnaissance du droit qu’il avait sur ce royaume en vertu d’antiques conventions
(I) « Utcumque est illud, anime capere vix possumus quod is pontifex mavult llis])aniam servire iiifidolibus quam illud qualeounique jus ultro rtwitt*re , quasi vulnus illud reoiksione siwiitanea temiwralis tribut! curaiv non [wss«!t. St'd ista non rural, et oveni in ferœ faucibus palpitantem non eripore, srd kaidore cogitât. » Hos.suct, loc, cit.
qu’A ceux qui allaient, les armes A la main , faire la guerre contre les Maures, üuclle action de ce pape, si irréprochalde quelle soit, pourra donc échapper aux censures de notre écrivain s’il a su peindre de si noires couleurs le portrait de ce pontife, afin de pouvoir le censurer à propos d’une action où il n’y a que la critique la plus téméraire qui pui.sse trouver à redire?
11. Continuons à suivre Bossuet, qui de l'Espagne passe A la Sardaigne, et voyons un peu quelles sont ces dures conditions qu’il prétend que Grégoire VH imposa à ces insulaires. Dans une lettre que ce pape écrivit en 107.3 aux juges de Sardaigne il leur rappidait l’antique dévouement de leurs ancêtres jMjiir le saint-siège et la charité qui tenait autrefois ces peuples étroitement unis A l’église romaine, en même temps qu’il leur faisait le reproche d’avoir laissé se refroidir ces sentiments de charité, en sorte qu’ils ne se considéraient plus que comme étrangei’s par rapport A lui , au grand détriment de la religion chrétienne. Puis il les exhorte A i-econnaltre l’église romaine comme des enfants hien nés savent reconnaître leur mère et A montrer pour elle le même dévoue ment que celui dont leui’s ancêtres avaient tant de fois fourni la preuve; et il conclut en disant que si, fermant l’oreille A ses exhortations, ils refusaient de lui prêter l’obéissance qui lui était due, ils n’auraient A imputer qu’A leur propre faute, et non A sa négligence, les dangers que pourrait courir leur patrie (1). Jamais on ne pourra inférer de ces paroles que Grégoire ait demandé aux juges et au peuple de Sardaigne une obéissance telle qu’un souverain temporel l’exige de ses vas-
(1) « Verum quia negligentia ankics-ajrum nostrorum cliaritas ilia friguit quBf antiquis temporibus inter romanam Ecflpsiam et gentem vestram fuit, in tantum a nobis plu.s quam gentea quæ aunt in Une muudi vos extranais feelstis, quod cliristiana religio inter vos ad maximum detrimenlum devenit, unda multum vobLs nis-i'ssarium est ut de salubi animarum vestrarum studiosius admodum cogitetis, et matrem vestram romanam Ecclesiam sicut legitimi Blii ree-ognoscatis, et eam devotiouem quam mitiqui parentes vestri sibi impenderunt vos quuque imptaidatis... Quod si aliter, quod non speramus, feceritis , et ad sonum exhortationis nostræ aurem débitée olsHlieutiæ non inclinaveritis , non nostræ incuriæ, sed vestræ pobTilis eulpa' imputarn si quod perieuli patriæ vestræ coiitigerit. » Lib. i, episb ’H.
Digilized by Goc^Ie
saux, OH qu’il ait prétendu Mre reconnu ou quali**^ de seigneu’r temporel de cette lie, puisqu’il est plus clair que le jour qu’il demandait simplement par là un respect filial et une soumission telle que les royaumes chrétiens doivent la professer envers la sainte église romaine. Et cependant Bossuet explique ces paroles de Grégoire dans le sens d’tme demande de tribut. Mais admettons que Grégoire ait demandé à ces insulaires une sorte de reconnaissance temporelle, telle que le saint-siège l’obtenait à cette époque de tous les autres royaumes chrétiens à titre de denier de saint Pierre ; il faudrait qu’il prouvât en outre que Grégoire exigeait cette reconnais- ,4nce à litre de féodalité ou de sujétion temporelle, et non comme témoignage de leur attachement filial à la mère commune de tous les chrétiens, ainsi qu’il s’en explique lui-même. Voyons cependant si, à l’aide d’autres lettres de ce pape, il pourra le convaincre d’avoir eu des prétentions semblables à celles qu’il lui impute. Le pape avait sacré Constantin en qualité d’archevêque de Torre, ville considérable de l’ile de Sai^ daigne, et il avait en même temps chargé ce prélat de faire connaître aux juges de Sardaigne quels étaient ses sentiments relativement à l’obéissance qu’ils devaient rendre au saintsiège. Écrivant donc à Orzocor, juge de Cagliari, qui lui avait fait savoir l’intention où il était de se rendre à Rome, après l’avoir averti de délibérer de concert avec les autres juges de cette lie sur les commissions qu’il avait données à l’archevêque Constantin et de lui faire part de la résolution qu’ils prendraient entre eux d’un commun accord, il conclut que, s’ils ne l’informaient dans l’année de ce qu’ils auraient arrêté ensemble, il ne se mettrait plus en peine d’obtenir d’eux une réponse, mais qu’il ne cesserait pas pour cela de réclamer le maintien des droits et de l’honneur de saint Pierre (1). C’est ici que Bossuet croit avoir trouvé que Gré-
(I) B Prætcroa admonemus prudentiam tuam iit de causa qiiam por arfhiepiscopum Constantinum Turronsem, a nobis Capuæ con.sccn)tum, tibi mandavimus cum cæterls Sardinioc judidhiis loqiiaris, et finniter inter vos communicalo consilio, quidquid vobis inde cordi et animo sit releri nobis nspoasione notificate ; sciante quoniam, niai hoc anno certa nobis super bac re ratione respon-
gwirâ d«naanda à oes insulaires un tribut tempcn^l sous ee nom de droit de saint Pierre, o^me â ce droit, dans la pensée de Grégoire et suivant l’usage de ces têmps>là, ainsi que nous l’avons démontré plus haut, «gnifiait autre chose 'que le droit spirituel qui lui appartenait sur tous les États catholiques, et en vertu duquel il prétendait obtenir de tous une obéissance fibale et un respect religieux.
li. Du reste, comme notre intention n’est pas de révoquer en doute ou de contester les droits temporels dont l’église romaine jouit dopais bien des siècles sur l’ile de Sardaigne, accordons toutefois que c’était d’un droit temporel que Grégoire parlait iei ; pour pouvoir l’en blâmer il faudrait prouver que c’était un droit nouveau, dénué de fondement, et non résonna de œs insulaires, qu’il faisait valoir. Hais le fait est que les juges de Sardaigne, après avoir entendu les raisons qui leur furent exposées pair les légats de Grégoire, ne refusèrent point de lui prêter l’obéissance qu’il demandait d’eux et qu’ils Ncounurent le droit qu’il leur avait rappelé , comme on le voit par la lettre qu’il écrivit en lOSO à ce même Onooor ou Onocoo, juge de GagUari, qu’il loue du respect et du dévouement qu’il avait témoigné pour le saint-siège par l’accueil qu’il avait ^t à ses légats, et qu’il vent bien informer que non-seulement lee Normands, les Toscans et lesI.ombards, mais encore plusieurs souverains d’au delà des monts lui avaient demandé la permission de -prendre possession de cette lie, en lui promettant d’en laisser la moitié en jouissance au saint-siège et d’en garder l’autre moitié avec le titre de ses vassaux s’il leur permettait d’en faire la conquête ; mais qu’il n’avait pas voulu leur accorder leur demande avant d’avoir envoyé ses légats sur les lieux pour connaître les dispositions de ces insulaires; il conclut que, s’ils persévèrent dans les sentiments dévoués qu’ils ont témoignés à saint Pierre dans la personne de son légat, non-seulement il n’accordera à personne la liberté d’entrer dans cette lie à main armée, mais qu’il se servira des armes spirituelles ou même temporelles pour empêcher qui que
deatis, nec amplius vestra responsa quæremus, nec tamen ulterius ju» et honorem sancti Pntri irrequisitum ri'linquemiie . » Lib. i , cpiet 1 1 .
ce soit d’en tenter l’entrée (1). Ces paroles font bien voir qu’on reconnaissait généralement alors le droit temporel du saintsiège sur nie de Sardaigne ; autrement, ni les Normands, ni les Toscans , ni les Lombards, ni les princes d’au delà des monts n’auraient demandé au pape la permission de porter leurs armes dans ce pays, ou ne lui auraient promis \m aussi fort tribut en signe de leur dépendance que celui qu’ils lui offraient, s’il leur permettait d’envahir cette lie. Mais nonobstant ce droit Grégoire n’exige point de ces insulaires une sujétion temporelle ; il ne leur demande point de tribut ; il ne prétend point faire d’eux ses vassaux ; mai^il témoigne être content s’ils reconnaissent avec un respect lilial et un dévouement religieux l’autorité du prince des apôtres et de l’église romaine, et c’est là tout ce qu’on doit inférer de cette lettre que nous avons citée.
13. Et ici, laissant Bossuet déchirer à belles dents la mémoire de ce grand pape en disant, comme il le fait, que ce droit véritable ou faux qu’il s’attribuait avec emphase sur nie de Sardaigne il ne l’appuyait sur aucun titre qu’il pût avoir au tribut qu’il en exigeait; qu’il ne rappelait qu’en termes vagues des droits surannés, obscurs, effacés de la mémoire des hommes, et qu’il prodiguait les menaces les plus terribles pour se créer des titres nouveaux (2) ; laissant, dis-je, Bossuet se livrer à ces invectives aussi injustes qu’insultantes, je m'attacherai seulement à combattre la conséquence qu’il
(1) « Gratias omuipotenti Deo referimus quod tua sublimitas , Boatum Petrutn recogm>soen.s , di j>itum honorem ut reverentiam legato noetro, t^puloiiieusi episl'opo, uxliibuit , etc. Præturca nolumus sriuntiam tuam latere nobis turram sestram a multis gcntibu.s asse putitam, maxima servitia, si eani purmitterumus iiivadi , Futssu promlssa ; ita ut medietatum totius terræ nostro usui vellent rulinquure, partemque altaram ad nostram üdelitatem sibi babere. Cumquu hoc non sulunia Nortmaimis, et a TbuscLs, ac Lungubardis, sud ctiam a quibusdam ultniniontanis crubro ex nobis es.set postulalum, nemini in ea ru unquam assunsum diuv dixi-uvimus donuc , ad vos legaUim nostrum mittentes , animum rusli'um deproliendcremus. Igitur, quia devotionum B. Petro tu habere in legato suo monstrasti, si eam sicut oportet servare volueris, nonsolum por nos nulli terram veatram vi ingrediundi licuntia dabitur, sud etiam si quis attentaveht, et sucularitur et spiritualiter proliibebitur a nobis ac repulsabitur. » Lib. viii, epist. 10.
(2) Bossuet, loc. cit., in fine cap. 13.
déduit des paroles que nous lisons de ce pape dans la dernière des deux lettres citées. Car, conune Grégoire y écrivait que, si ces insulaires persévéraient constamment dans le dévouement qu’ils montraient à l’église romaine, il ne permettrait pas que leur terre fût envahie par qui que ce fût, Bossuet raisonne ainsi là-dessus : « Que serait-il donc arrivé si « ces insulaires avaient refusé à Grégoire ce qu’il leur de- « mandait? Certainement ils seraient devenus la proie de « leurs ennemis. Devait-il donc attacher un tel prLv à ce « tribut à payer à l’église romaine, que pour cette seule rai- « son il permit, lui pasteur, aux loups ravissants d’envahir « cette lie et d’en dévorer les malheureux haliitants (1)? » C’est ainsi que cet écrivain cherche à deviner ce qu’aurait fait Grégoire VU, pour trouver l’occasion de le censurer. Mais qu’aurait fait Grégoire VU si le peuplé de Sardaigne avait refusé de faire ce qu’il demandait de lui, c’est ce que ni Bossuet ni personne au monde ne saurait savoir. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que, si après avoir reconnu ce droit sur leur lie de l’église romaine, tel que Grégoire le leur avait imposé par ses légats, ces insulaires avaient refusé de le reconnaître et de faire acte de soumission, Grégoire, en permettant à quelque prince chrétien d’envahir leur lie et de se l’assujettir, ne les amait pas livrés comme des agneaux entre les dents des loups, mais les aurait domptés et punis comme des 1*6belles. Si] d’ailleurs Grégoire, en ne leur demandant pas autre chose que l’obéissance liliale que doivent tous les chrétiens au pasteur suprême de l’Église, s’était vu refuser par ces insulaires une si juste demande, et qu'en conséquence il eût permis à un autre peuple plus religieux de se les assujettir, bien loin de livrer les brebis aux loups, il aurait expulsé les loups du liercail, pour y former un troupeau plus docile à la voix du pasteur. Mais cessons de perdre le temps à rechercher les
(I) * Quid si denegaverint quæ Gregorius postulabat? Nrmpo liostibus priedæ eruut. Tiintini! (irai tributum rotnanæ Bx'lcsiæ [«ersolviaidum ut propbif eam i-au.sain miscros insulaiios , data ticcntia , lapis pestor expouuret? * Bossuid, loc. cit.
suites d’un événement conditionnel , qui pourrait renverser toutes nos conjectures.
§ XV
■XAMBR DB LA «DÏATIOB SI UBÉGOIRB VII A (JlBBIlHt A SOSMKTTBk A BON DOMAUi TEMPOML LB ROYACHE U£ HONCRIB ET LES ALTBES ÉT.ATS DE M CBBÉTIBHTi.
Sommaire.
I. Le royaume de Hongrie fut placé par le roi saint Étienne I" sous la protection et la tutelle de saint Pierre et de l'église romaine. Les rois de Hongrie se sont crus pour cette raison assujettis au domaine temporel de cette église.
î. C’est injustement que Bossuet fait é Grégoire VII un sujet de reproche d'avoir rappelé dans une de ses lettres a Salomon , roi de Hongrie , eet antique droit de régUse romaine , en reprenant oe prince de ce qu'il s'était fajt tributaire da roi lie Germanie. Manière artificieuse autant qu'embarrassée dont Bossuet présente ce fait de Salomon.
3. Quelques mots sur André, père de Salomon , sur le duo Bêla, frère d' André , et sur la victoire que gagna celui-ci contre l’empereur Henri, père de Henri IV, roi de Germanie.
«. Mariage de Salomon avec la fille de l’empereur Henri; son couronnenieat; discord entre le roi André et le duc Bêla. Mort d'André et élévation de Bêla au trône de Hongrie. Le roi Salomon est rétabli sur le trône après la mort de Bêla. Ses démêlés avec Geisa, fils de Bêla. Geisa monte sur le trône après en avoir fait descendre Salomon .
5. Recours de Salomon à Henri IV, dont il rend tributaire le royaume de Hongrie , et vains efforts de Henri pour rétablir ce prince sur le trône.
0. Juste reproche qu’adresse Ot^oire au roi Salomon pour avoir assujetti la royaume do Hongrie à celui do Germanie. Piété de Geisa et sa vénération pour le saint-siège. Extrême douceur de Grégoire VH à l’égard de Salomon.
7. Le droit que Grégoire déclarait avoir sur le royaume de Hongrie fut reconnu par Geisa et par Ladislas , deux princes remplis de piété. En quoi consistait c« droit de seigneurie que Grégoire prétendait avoir sur la Hongrie.
8. En quoi consistait Pobéissance prêtée à l’église romaine par le roi Ladùias et dont Grégoire se tint content.
9. L'application de Grégoire à ménager la paix entre des princes unis par le sang interprétée en mauvaise part par Bossuet.
10. Le fait de Démétrius, roi de Bussie, altéré par Bossuet. Intentions louables qu'avait Grégoire en recevant sous la protection de saint Pierre le royaume de Russie.
I I . La faveur qu’accordaient les papes aux princes qui se soumettaient à l'sutorité du saiut-siége contre ceux qui tentaient d'envabir leiws ÉtaU justifiée contre les interprétations forcées de Bossuet,
. 12. Grégoire n’était pas exempt des défauts qui tiennent à l’humanité; mais il était ferme dans la poursuite du juste et de l'honnéte. Calomnies des hérétiques contre ce saint pape.
1 . Enfin Bossuet, après nous avoir t'ait parcouru- uii« grande partie des États delacbrétienté, pour nous convaincre, pense-t-il.
des iirtilices qu’aurait employés Grégoire en vue de les souluettreà sa domination temporelle, nous faitarriver eiiHongrie, et moins il trouve ici de quoi appuyer ses prétentions, plus il fait d’étalage. Que le royaume de Hongrie ait été offert au prince des apôtres et placé sous le patronage de l’église romaine par le saint roi Étienne, le premier de ce nom qui ait porté dans ces contrées le titre de roi, c’est ce qui est attesté non-seulement par Grégoire VII, mais encore par les actes de ce saint monarque et dans sa vie écrite par l’évêque Cartuizius et rapportée par Siuùus (1), et qui en outre a été reconnu par les rois même de Hongrie ses successeui-s. André, roi de Hongrie, a fait en particulier cet aveu dans sa lettre au cardinal de Palestrine, légat de Grégoire IX, où il dit du saint roi Étienne « qu’il ne voulut pas s’asseoir de su propre autorité sur le « trône royal, mais qu’il l'eçut son diadème du vicaire de « Jésus-Christ, successeur de saint Pierre, à la suite d’une ré- M vélalion faite au souverain pontife (2). » Ladislas, autre roi de Hongrie, fit un semblable aveu en 1279, dans son manifeste adressé à tout le monde chrétien, où il dit de saint Étienne que « ce prince, pour faire voir que la pri- « mauté de la foi réside dans la sjiinte église romaine, mérita « d’obtenir, par suite d’une révélation divine , le diadème « royal des mains de cette même église romaine, mère et inai- « tresse de tous les chrétiens (3). « Non-seulement donc le fait de saint Étienne, roi de Hongrie, était notoire et célèbre
(!) Surius, tom. iV, in Vita S. Stephani, Hung. regis.
(î) « Hune regem sanctœ et recolendæ memoriæ intelligimus beatissimum Stephanum, gi'nti» Hungariæ primum regem , qui ad regni .suliuin propria auctoritahs notait Rublimari, sciens scriptum quixl nemo a.æumit sibi honorera, wd qui vocatur a I>eo ; et ideo non a quolibet , sod a vieario Jeau Christi et Pétri Beatiæimi auw's.sore per revelationem divinam .sumnio pontilici faetaiu awumpsit regni diaderaa. » Epist. André*, reg. Hong., ad Jaiobum Prœnestinum, apud Harnald., tora. XIII Annal., ann. I2S3, nuin. 6i.
(3) « Ët ut principatum fidoi in sarrosancta romana Kci lesia lon-sistere... demonsti*aret, non a se vel ab alio, sed ab eadem romana Brclesia, matre omnium et magiatra , regni diadema , revelatione divina, meruit obtmere , ut ab ea quasi quodam capite principali dona sua in omne corpus diffunderet lux divina , et ex.sortem mysterii se intelligeret es» divini qui a Pétri soliditate rocederet deviando. » Epiât. Ladial., reg. Hung., ad omnes Christi fideles, apud Raynald., tuni. XIV Annal., ad ann. 1279, n. 31.
dans la mémoire des hommes , mais encore les rois successeurs d’Étienne se reconnaissaient, en conséquence de ce fait, soumis temporellement à l’église romaine; c’est de celte église qu’ils recevaient la règle à suivre pour l’administration de leur royaume, et qu’ils juraient d’observer (1).
2. Et cependant Bossuet blâme Grégoire de ce que, écrivant i\ Salomon, roi de Hongrie, qui, au préjudice du droit de l’église romaine, s’était fait tributaire de Henri, roi de Germanie , ce pape remettait sous les yeux du prince le fait du saint roi Étienne, qui avait offert son royaiune,avec tousses droits et toute sa puissance, au prince des apôtres, et de ce qu’il lui rappelait que l’empereur Henri, deuxième de ce nom parmi les rois de Germanic,aprèsavoir soumis ce royaume pour l’honneur de saint Pierre, avait envoyé au tombeau du saint apôtre la lance et la comonne des rois de cette nation, en reconnaissance des droits qu’avait l’église romaine sur ce même royaume (2). Pour donner ensuite quelque vraisemblance à son reproche , il confond artificieusement plusieurs choses ensemble, et dit que Salomon, roi de Hongrie, ayant été couronné par l’ordre du roi André, son père, avec le consentement de tous les ordres de l’État, et puis détrôné après la mort de son père à cause de la faiblesse de son âge, et rétabli encore plusieurs fois sur le trône par la faveur de Henri, dont il avait épousé la sœur Judith, ou Sophie, comme d’autres l’appellent, rendit le royaume de Hongrie tributaire de cet empereur, et là-dessus il fait cette réflexion, que Grégoire lit un crime à cet infortuné prince de ce que la nécessité l’avait forcé de faire (3). C’est ainsi qu’il prend à cœur de
(1) Vide Rayaald., ad anu. tiad, u. à?., et ad aiiu. 1279, n. 32 ut seq.
(2) « Nam, sicut a majoribus patriæ tuœ coguoscure potes, reguum Huiigariæ sancta! romaiia) Kcclesiæ proprium est, a rege Stepbaiio olim lieato Potro ruin omiii jure et potustate, sua oblatum et dévote^ Iradituiu. Prieterua lleuricus, pi* memoriæ imperator, ad bonorem saneti Pétri ivgnumillud expugiiaus, vicbjregu ut facta Victoria, ad corj)US B. Pétri lanceum coronamque Irausmisit, et pru gloria triumpbi sui illuc regni direxit iiisigiiia quo prinripatum diguitatis ejus attinerc cogiiovit. » Lib. ii, upisl. 13.
(3) «Salomon lluiigai-iæ rex iiifans Andruje palrisjussu atque omnium m'diiium plau.>(u rite ooronalu.-< : inox pâtre niortuo propter iufaiitiam pulsus , ac (1er Henricuni iV imperatorem »a;pe i-ogiio i-estitutus, oidem Heiirico Huugariain feeit tributariam. id ueeessitatu gesluui , (iregoriu.% régi crimiiii vertit. » Uoasuet, tom. I, part. 2, lib. iv (al. l , sect. 1 j, cap. 14.
justifier ce prince malavisé, pour pouvoir accuser Grégoire d'injustice et d’indiscrétion dans le reproche qu’il fit à ce prince d’avoir assujetti son royaume à celui de Germanie.
3. Mais le fait se passa bien autrement que Bossuet ne le raconte ici sans appuyer ses assertions sur aucune preuve. Lors({ue Salomon, roi de Hongrie, était encore enfant, il ne fut jws chassé du trône après la mort de son père, mais du vivant même de son père, qui, ayant été vaincu en bataille rangée par son frère Bêla, duc des Hongrois , fut contraint de lui céder la royauté , et mourut peu après sa défaite ; et après que Salomon eut atteint l’àge viril, son père était mort lorsqu’il fut Ini-même chassé du trône, comme cela se prouve par les archives de Hongrie, recueillies par Jean de Thnrocz, écrivain dont Trithémius parle avec^éloge (1) dans la Chi’o nique de Hongrie dont il est l’auteur (2). Mais pour éclaircir davantage le fait en question disons avant tout qu’ André, père de Salomon, étant monté sur le trône de Hongrie en 1047, rappela de Pologne son frère Bêla, prince aussi pieux que vaillant, et partagea son royaume avec lui, de manière A en retenir les deux tiers comme apanage de sa couronne, et à lui en céder l’autre tiers en propriété avec le titre et l’autorité de duc (3) . Bêla avait contracté une étroite aUiance avec le duc de Pologne, dont il avait épousé la fille, mère de Geisa et de Ladislas, qui dans la suite se succédèrent l’un àl’autre sur le trône de Pologne. Pendant plusieurs années les deux frères restèrent parfaitement unis, et André fut puissamment secondé par Bêla dans plusieurs guerres qu’il eut A soutenir et dont il sortit victorieu.x', particulièrement dans ses guerres contre l’empereur Henri II, père de Henri IV, roi de Germanie, qui, étant entré en Hongrie, fut défait par l’habileté du frère du roi ; celui-ci, en effet, ayant resserré l’armée allemande dans des
(1) Trithi'iiiius, de Sniplor. taies
(2) Chronica Huiigarorum, part. î, cap. ii.
(3) « Post ha^' aiikm n;x i:t frater «jus Bi'la, liahilo cuiisiliu, divMjruiit Ii3piura in lr«s partes, rjuarum duæ ia pioprirlatcm rrgicT majrslatis suiD maiiserujit, tiTlia vero pars in propriutalcÈn ducis «st tolUila » Joanucs Tliurocius, in Chronic. Ilungar., part. 2, cap. 42.
gorges étroites, où elle ne pouvait s’approvisionner, força l’empereur de lui demander la paix plutôt que de périr avec toute son armée, en lui promettant, ainsi qu’au roi son frère, que, s’ils lui fournissaient des subsistances et le laissaient s’en retourner en Germanie, il ne porterait plus ses armes dans leur pays, soit contre le roi André, soit contre ses successeurs ; et que de plus il donnerait sa fille en mariage à Salomon , fils de ce roi, qui était encore enfant (1).
h. La paix ayant été conclue à ces conditions, que l’empereur continua même par serment, la nouvelle alliance formée entre te roi André et l’empereur et l’amour que ce roi portait à son fils lui firent oublier les obligations qu’il avait à son frère , et en faisant couronner roi de toute la Hongrie son jeune fils il n’excepta pas môme la partie du royaume qu’il avait donnée en propriété à son frère Bêla (2). Telle fut la raison de là mésintelligence qui éclata entre lesdeux frères, comme des deux partis (jui se formèrent parmi les Hongrois, les uns faisant entendre au roi que Salomon ne pourrait monter sur le trône tant que Bêla serait vivant, les autres pressant Bêla de venger ses injures et de s’emparer de la royauté. Lesdeux fières s’aigrissant tous les jours de plus en plus l’un contre l’autre. Bêla, qui craignait quelque piège de son frère André, se retira en Pologne chez son beau-père avec toute sa famille. Alors André, dans la crainte que son frère, aidé des Polonais, ne lui fit la guerre en Hongrie, mit en sûreté le jeune roi son fils en le confiant à l’empereur son l)cau-père ; et, ayant reçu de ce dernier de nombreuses troupes d’Allemands avec des chefs expérimentés à leur tète, il se tint prêt jmur une vigoureuse défense; mais Bêla, étant entré en Hongrie avec l’armée polonaise, sans s’effrayer de la grande supériorité des forces que son frère avait à lui opposer, lui livra une sanglante bataille , qu'il gagna en le faisant luiraème prisonnier ; puis, comme celui-ci, après s'ètre échappé de sa prison, mourut dans sa fuite môme, le prince vainqueur
(4) Chronic. Huiignr., pari. î, cap. 43 (à) Chronic. Hiuigar., loc. cit., cap 44.
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nitcoliroQné s&ns obstacle èt sacre roi dé Hongrie (I). Béia moumt à son tour trois ans après, prince généralement Iodé par les historiens hongrois pour sa valeur, sa pmdénce ét sa piété. Salomon, qui se trouvait encore près de l’empereur, soii beau-père, profita de cette occasion pour le prier de le rétablir sur le trOne ; et ayant obtenu de lui une armée noüibreuse d’Allemands et dltaliens, il fit son entrée en Hongrie, et bien-* tôt, comme Geisa et Ladislas , fils du fëu roi , se trouvaient hors d’état de lui résister et qu’ils se réfugièrent en Pologne, il redevint maître, comme la première fois, du royaume entier (2). Cependant Geisa rentra en Hongrie peu de temps après avec les renforts qu’il avait reçus de la Pologne ; de sorte que des évêques et leS grands, craignant que les deux princes ennemis, quoique cousins, ne se fissent une guerre longue et funeste, s’entremirent pour la paix, qui se conclut en effet à la grande satisfaction du peuple hongrois et au grand avanteige de tout le royaume. Dans la suite le prince Geisa fut chargé pendant plusieurs années, avec le consentement de Salomon , de conduire à la guerre les troupes hongroises ; il remporta par sa valeur d’éclatantes victoires sur les Bohémiens (3), comme sur le peujde de Cumane, nation belli-^ queuse et barbare, et encore idolâtre; tellement cpie le x-oi, lui enviant sa gloire et l’amour que lui portaient les Hongrois, essaya plus d’une fois, par suite des mauvais conseils qui lui furent donnés, de lui enlever son duché ou même de Ixri ôter la vie (h). Mais Geisa, s’étant aperçu des pièges que lui tendait le roi, sut le prévenir en se mettant à la tète d’une armée avec laquelle il s'avança contre lui, et l’ayant défait et mis en fuite an bout de pende jours, il le mit dans la nécessité de quitter le royaume ; puis il fut preiclamé roi à sa place, du consentement et aux Vives acclamations delà nation entière (5) .
(1) CbTOOic. Huugar., part. 2, cap. 44 et 48; Pefarus Ranzauus , Kpitoffieier. hanaaric., indice 10.
(2) Joaimes Tfaurocius, in Chronic. Hungar., part. 2, cap. 47.
(3) Chronic. Hungar., part. 2, cap. 49 et 50 ; Ranzanus, Epitoni. rer. hungar , indice 10.
(4) Ranzauua, loc. cit.
(5) Chronic. Hungar., part. 2, cap. 52 ; Raiizan., loc. cit.
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5. Ce fut alors que Salomon eut recours à Henri IV, roi de Germanie, son allié, qui avait succédé à l’empereur Henri U, et qu’il lui offrit de constituer le royaume de Hongrie son tributaire s’il l’aidait à le recouvrer. Mais il n’est pas vrai que Salomon fût enfant à cette époque ; il n’est pas vrai non plus que Henri IV l’ait rétabli plusieurs fois dans sa royauté. Lambert d’Aschaffembourg, écrivain très-exact et très-élégant de ces temps dits de barbarie, raconte à la vérité que Henri IV se disposa à marcher contre la Hongrie avec une armée qu’il avait levée à la hâte sur les instances de Ssdomon et sur l’offre que lui faisait ce prince , expulsé de ce royaume , de lui en al)andonner une partie ; mais il ajoute aussi que ce roi, se trouvant menacé d’une guerre plus sérieuse par le roi d’Angleterre, renonça à cette entreprise (1). 11 dit bien que Salomon fit de nouvelles instances par ses envoyés auprès du roi de Germanie, en lui rappelant leur alliance réciproque et le temps de son enfance qu’il avait passé avec lui lorsque son père l’avait envoyé en Germanie auprès de son beau-père, et en lui donnant douze otages en gage de la sincérité de ses promesses; qu’il lui promettait de reconnaître tenir son royaume de lui à titre de fief, de se faire son tributaire et de lui abandonner six des plus fortes places de la Hongrie ; que Henri leva en conséquence une armée, composée de troupes mercenaires, qu’il fit marcher contre la Hongrie, après avoir vainement sollicité les seigneurs d’AUemagne de se joindre à lui pour cette entreprise. Hais il ajoute aussi que, Geisa ayant dévasté le pays dans toute l’étendue que l’armée ennemie avait à traverser, l'armée de Henri fut bientôt assaillie par la faim et par le manque absolu de toutes choses ; ce qui força Henri à reprendre le chemin de l’Allemagne plus promptement qu’il n’en était venu, sans avoir pu rien faire pour son beau-frère (2) . Et nous ne voyons plus après cela que Salomon ait recouvré son royaume, puisque Geisa eut pour successeur .son frère Ladislas, et eelui-ci Coloman (3),
(I) Lambortu.s Schafiiab., de rebus germanic., ad aim. I0à4.
(?) Ibidem, ad anu. 1074.
(3) Petriis Ratizan., Epitom. rer. bungar., indice 11.
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après avoir occupé le trône l'espace de dix-neuf ans (1).
6. Ce fut dans la circonstance que nous venons de dire que Grégoire Vil écrivit à Salomon la lettre citée par Bossuet et dans laquelle il reprit sévèrement ce prince d’avoir offert de rendre tributaire du roi de Germanie le royaume de Hongrie, que le saint roi Étienne avait placé sous la tutelle de l’église romaine. Il écrivit aussi à Geisa pour lui rappeler que ce même royaume ne devait être assujetti qu’à la sainte église romaine, mère commune de tous les chrétiens , et que son cousin Salomon , pour avoir voulu tenir ce royaume à titre de fief du roi de Germanie, avait vu ses projets renversés par la volonté divine (2). 11 répéta la même chose à ce prince dans une autre lettre , en lui disant que Dieu , pour punir le roi Salomon d’avoir, an mépris de sa noble dépendance du prince des apôtres, soumis sa couronne au roi de Germanie, avait vengé cette injure en lui transférant à lui-méme la puissance royale (3). Ici, sans nous arrêter à la critique maUgne que Bossuet , suivant sa coutume , se permet de faire de ces paroles de Grégoire Vil, présentons une réflexion qui prouvera de plus en plus l’extrême désintéressement de ce grand pape, sa douceur inaltéraljle et le désir qu’il entretenait en lui-même de procurer la paix et la concorde entre les souverains. Quoique ce fût du consentement de toute la nation que Geisa fut élevé sur le trône de Hongrie, que son père Bêla avait occupé avant lui; quoique ce prince fit briller dans sa personne toutes les vertus chrétiennes ; qu’il ait été loué par tous les écrivains hongrois, qui l’appellent du nom de grand (V), et qu’il ait été comblé d’éloges' par Grégoire lui-
(t) Idem ibid., indice 12.
(2) « Quod quia coiisanguineus tuusa rege teutonico, non a rocnano pontiflco usurpativc obtinuit, dominium ejus, ut credimus, divinum judicium impedivit. » Ub. Il, epist. 63.
(3) « Verum ubicontempto uobili dominioB. Pétri apostolormn principls, cnjas regnum esse prudentiam tuam laiere non credimus, rox subdidit se Tentonico régi, et reguU nomen obtinuit, Dominus autem injuriam suo illatam principi prævidens, potestatero regni suo ad te judicio transtulit. » Lib. ii , epist. 70.
(4) « Regiam dignitatem Geisa adeptus est. Fuit is vir christianissimus , ideoque Kvangelü zelator prœcipuus... ob virtutes multas, quibus fuit eximie prsditus... regem magnum ipsum Hungari cognominaverunt. » Petrus Ranzan., Epit. riT. hung., indiix 10, in line.
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m^me siir 4fe ijae lo8 récits publies lui uvuieui appris de sa piété (1) ; enfin, quoique Geisa fût rempli de soumission et de dévouement pour le sainb-siége , comme le reconnaît ce même pape (2) , ce pape cependant ne lui donnait pas le titre de roi, mais seulement celui de duc, et il se fit médiateur entre lui et Salomon pour réconcilier ces deux*prino«a l’un avec l’autre, pour rétablir entre eux deux une union durable, pour remettre ce royaume dans son premier état, en attribuant à Salomon la royauté et à Geisa le duché seulement de Hongrie (3). Nous nous persuaderons sans peine, d’après cela, que ce furent ces saints avertissements donnés à Geisa par Grégoire qui firent prendre à ce prince la résolution de rendre le Irène à Salomon, résolution qu’il aurait eiïectuée s’il u’ar vait été prévenu par la mort (4). On peut voir par là combien ce pape était enclin à la douceur, combien il était porté à la paix, combien il aimait l’équité, combien il tenait strictement à l’observation de la justice, puisqu’il ne refusait pas ses bons offices à un prince qui avait porté une grave atteinte à l’autorité et aux droits du saint-siège, pour le faire remonter sur le trûne, sans s’arrêter à considérer que celui qui occupait ce trène à sa place savait reconnaître et respecter ces mêmes droits. On voit encore par là que jamais il n’aurait reproché à Salomon d’avoir soustrait son royaume à la jm^idiction de l’église romaine, en offrant au roi de Germanie de le rendre son tributaire, s’il n’avait eu des raisons prépondérantes pour lui adresser ce r^roche.