‹ Traite de la puissance ecclesiastique dans ses rapports avec les souverainetes temporelles dedie au prince des apotres traduit de l'italien du P. JeanAntoine Bianchi de LucquesChapitre 5 sur 24 · Kéfutation de l’argument de Bossuet tiré des Macbnls-i-s · texte numérisé non relu

Kéfutation de l’argument de Bossuet tiré des Macbnls-i-s

y, Ls guern.-s entreprises par les princ-is chrétiens (Kiur causi-Jde i-eligion et les croisiidi-s ayant iMjiir but le ri-couvrement de la Terri’-Sainte font voir qu’il est jM^rmis de i-ésister aux princes ennemis de la religion. Proiiosition de Luiber sur ce sujet i-ondainnée par Leon X.

K). Ri-|)on.se qu’oppose Bo.ssuet au discours du cardinal Duiierron sur ce sujet réfutée.

1. Un moment où nous avons démontré, comme nous l’avons fait plus haut, que la religion chrétienne n’autorisi! pas les sujets chrétiens ù manquer de lidéiité A leurs princes même païens, il est clair que la fausse religion du prince n’est jHiiiit pour ses sujets un juste motif de lui manquer de üdélilé, et que ce ii’est pas lù non plus le cas quo nous avons à débattre.

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de qu’on demande donc ici, c’estdesavuii' si, dans le eus où uii [U'ince, soit par des luis ouvertement iniques, suit par d’autres moyens sacrilégeset violents, tenterait de détruire la vraie religiondans son empire et forcerait ses sujets à manquer de fidélité i\ leur Dieu, ceux-ci ne seraient pas libérés pur cela seul de tout engagement envers lui, fussent-ils liés à sou service }>ar des serments solennels. Et il y a sur ce point deux sentiments diamétralement opposés, quoique ayant l’un et l’autre pour défenseurs des écrivains protestants : l’un qui nie absolument que les siqets soient déliés de leur promesse de fidélité et qu’ils puissent défendre leur religion contre leur prince par la voie des armes, et ce sentiment parait avoir été en même temps celui de Bossuet; l’autre qui affirme que, sans jugement d'aucun autre tribunal que celui de leur propre raison, les sujets sont libres alors de tout engagement envers leur souverain, et acquièrent un juste droit de défendre contre lui leur religion par la force des armes. Or ces deux sentinieuLs non-seulement sont faux, mais tendent encore ;V favoriser l’hérésie, soit dans les souverains, soit dans les sujets.

2. La fausseté de la première opinion se prouve par la même raison qui nous a servi plus haut à démontrer que les sujets peuvent justement se soustraire, pour conserver leur vie, à l’autorité do leur prince; car on doit faire un plus grand cas de sa religion que de sa propre vie, et de sou salut éternel que de sa prospérité temporelle; et les princes smit eux-mêmes tenus de protéger la religion plus eucore que les biens temporels do lem's sujets. De là il résulte que, lorsque les rois nian({uent à cette obligation qu’ils ont contractée envei-s leurs sujets, leurs sujets à leur tour sont dispensés de celle qu’ils auraient de leur être fidèles. Et en vérité, si, lorsque le prince manque au devoir naturel qui lui est imposé de procurer le Imnbeur temporel de ses sujets et qu’il se fait l’enuemi de leur vie temporelle, ils peuvent licitement se soustraire à son lH)uvoir et s’opposer à lui par la force des armes, il ne sera pas aisé de comprendi’e pour quelle raison, le prince venant à enfreindre le précepte divin de protéger la vraie religion dans chacun de ses siyets et à vouloir la détruire en eux aillant

(jii’il dépend de lui, en les faisant contrevenir à la loi de leur Dieu, ils resteraient néanmoins toiÿours obligés de lui garder la fidélité, sans (ju’il leur fût permis de lui résister pour venger l’injure faite à leur Dieu ainsi qu’à eux-mêmes.

3. I.ÆS peuples ne peuvent pas non plus, quelque consentement tacite ou exprès, quelque pacte même confirmé par serment cpi’on suppose de leur part , rester liés envers leurs souverains dans les choses temporelles et civiles quand ceuxci abusent de leur pouvoir en ces matières au préjudice de la religion. Car, de même que ce serait un serment illicite, nul et sacrilège que celui que prêteraient les sujets d’être fidèles à leur prince dans tout ce qu’il pourrait entreprendre de contraire à l’honneur de Dieu et à l’intérêt de la religion, de même , lorsque le prince abuse de son .autorité et de sa puissance temporelle, dont la force principale est dans l’o- Wissance de ses sujets, pour corrompre la foi ou pour perdre les âmes, il ne saurait être permis aux sujets de garder le .serment qu’ils auraient fait de lui obéir dans les choses civiles et temporelles. Car il ne peut jamais être permis de garder un serment qu’il n’est jamais permis de faire. Et quand même nous croirions que tel serait le serment que font les sujets, la même loi qui le défend aurait aussi pour effet de le dissoudre : ce qui a lieu non-seulement par rapport aux contrats et aux promesses défendus par la loi de Dieu , mais aussi par rapport aux promesses qui ne sont défendues que par les lois humaines. Aussi Sénèque , après s’ètre fait à lui-même cette question , la résout de cette manière : « S’il y a une loi qui me défende la chose que j’ai promis à mon ami de faire, la loi qui me le défend est aussi la loi qui me protège (1). »

i-. Et il ne servirait à rien de dire que dans ce cas les sujets seraient à la vérité dispensés d’obéir au prince en ce qui intéresse la religion et la conscience, mais non en ce qui appartient au gouvernement temporel et à l'administration civile. Car même en supposant que cela soit vrai lorsque le prince, en

(l)a Si lex lata la'it ne id quisquam facial quod ego me amico meo facturum proinisi, «adein lox me d'dendif quæ velat. » S>.‘nei:., rie lienef., lib. iv, cap. 35

tombant dans l’infidélité ou dans l’hérésie, ne fait tort qu’à lui-méme , laissant chacun de ses sujets libre de pratiquer la vraie religion , sans grave danger poiu* eux de se laisser entraîner par son exemple , il faut toujours admettre que , lorsqu’il fait de la puissance que lui donne l’obéissance de scs sujets et de l’autorité qu’il exerce sur eux un usage contraire au bien de la religion et à la gloire de Dieu , on est lil)i*e alors de toute obligation envers lui dans les choses même temporelles , puisque lui obéir en ce cas, et sous ce rapport , serait la même chose que de mettre un glaive entre les mains d’un homme furieux, fournir à quelqu’un des instruments pour commettre un crime, et coopérer à l’injure qu’un autre ferait à Dieu; outre qu’il est impossible ou du moins trèsdifficile que l’hérésie ou l’infidélité du prince n’ait pas pour contre-coup, en raison du mauvais exemple, ral'faiblissement général de la religion dans son royaume. Et l’expérience ne nous apprend que trop la vérité de cette sentence de l’Ecclésiastique : « Tel prince d’une ville, tels les habitants (1), »

« Car le peuple qui voit ses guides convoiter la chose dont il est lui-mëme avide en repaît sa cupidité, et ne demande rien de plus. Vous pouvez bien^voir par là que le mauvais exemple est la cause qui a rendu le monde coupable, plutôt que d’en accuser la nature, que vous supposeriez corrrompue en vous (2). »

Ainsi l’idolâtrie de Jéroboam entraîna dans sa complicité tout le royaume d’Israël, et telle fut la contagion de l’exemple de ce prince sacrilège qu’elle s’étendit aussi à ses successeurs. Sous l’empire du pieux ,Constantin on vit fleurir la religion chrétienne et la foi de Nicée ; sous l’arien Constance on vit triompher l’arianisme, et sous l’apostat Julien on vit se relever l’i-

(t) « Qualis Toctor est civitatis, taies et habitantes in ea. » Ecrits., X, %

(2) « Perché la gente, cbe sua guida vede

« Para quel ben ferir ond' ella è ghiutta,

« Di quel si pasci' , e più oltre non rhiede.

« Ben puoi veder cho la mala condotta a K la cagiun chu'l mundu ha fatto reo,

« E non natura, ch’en vo’sia coirotla. »

(Daht., Purgal., cant. XVI.)

doliUrie. Et s;uis chercher plus loin d’autres exemples, les vicissitudes de l’Angleterre, tantôt schismatique etapostasiant la religion romaine sous Henri Vlll et sous Édouard VI, tantôt ül)t?issiint à l’Église et professant la foi catholique sous le règne de Marie, tantôt enfin se faisant hérétique et l’égout de toutes les erreurs sous Élisabeth et les princes hérétiques qui lui ont succédé, montrent assez clairement que, dans les matières de religion , l’exemple des rois a une force invincible pour se faire suivre de leurs sujets. C’est pourquoi de très-graves et trèssiiints théologiens (1) ont pensé qu’il suffit de l’hérésie ou de l’infidélité dans les princes, quand même ils ne chercheraient point à pervertir à leur tour leurs sujets, pour qu’ils puissent 'justement être dépouillés de leur domaine temporel.

5. Mais, quoi qu’il en soit, je parle seulement du cas où le souverain voudrait forcer ses sujets à violer la loi divine et ù abandonner la vTaie religion, et je dis <pi’alors il est très-certain (jue les peuples sont déliés du serment de fidélité, comme de tout autre devoir (pi’ils auraient à remplir envers le souverain. Car il est évident que les liens les plus forts qui nous tiennent dans la dépendance d’autrui .sont dissous quand on ne peut y rester fidèle sans faire injure à Dieu. De là vient que |K)ur cette même raison le fils se trouve dispensé d’obéir à son père , le serviteur d’ol>éir à son maître . la femme d’ol>éir à son mari (2). Par conséquent les sujets, une fois déliés du serinent de fidélité, non-seulement pourraient, mais devraient môme (piclquefois, pour conserver la religion, s’opposer par la force des armes nu prince qui voudrait la détruire (3), attendu que te précepte divin de conserver la vraie foi l’emporte sur le précepte humain de garder la fidélité au prince.

6. Et bien que quelques-uns aient soutenu que dans cc cas les sujets devraient, pour rester fidèles A la religion , plutôt se laisser mettre A mort que de se défendre avec les armes contre leur prince hérétique ou infidèle, leur opinion n’en est [kis moins contraire A toutes les lumières de ta raison ; car une

(1) Div. Thomas, ii. 2, quæst. lo, art. 10.

(2) IniKMriit. III, cap. (jaifdcntiiNjt, tixtrav. de divortiis.

^3) Vid. Cardin. IMUitniin., Iil>. v,dc Wom. Ponfi/*., c. 7, § T'criia r«lio.

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telle obligation de ne pas d(^fcndre sa vie injustement attaquée et de se laisser égorger par un tyran non-seulement n’est fondée sur aucune loi , mais de plus est réprouvée par la loi naturelle, qui nous fait un devoirde mettre en sûreté notre vie injustement menacée. Il n’y a qu’une circonstance où cesse pour nous une obligation semblable; c’est lorsque nous ne pouvons garder la fidélité à Dieu qu’en faisant le sacrifice de notre vie. Mais lorsque nous pouvons conserver notre religion et notre vie tout à la fois , quel doute peut-il y avoir que nous ne soyons naturellement obligés de conserver l’une et l’autre? C’est donc bien à tort que Grotius allègue les exemples des premiers chrétiens, qui défendirent leur religion contre leurs persécuteurs non en prenant les armes, mais en versant leur sang et on donnant leur vie ; car quiconque examinera avec attention les conditions de cette époque reconnaîtra combien l’exemple qu’on y cherche cadre mal ici. Ces chrétiens n’avaient pas de forces matérielles suffisantes pour les mettre en état de résister à leurs persécuteurs (1), et quoiqu’ils fussent déjà immensément multipliés, ils manquaient des moyens indispensables pour pouvoir prudemment espérer de se défendre avec succès contre leurs puissants ennemis ; et ainsi, sauf quelques mouvements de révolte , qui auraient plutôt servi à enflammer qu’à éteindre la colère des tyrans, ils ne pouvaient rien faire qui pût améliorer leur position. Mais ces soulèvements même, outre qu’ils auraient été inutiles pour leur défense, auraient tourné à la ruine entière de la religion, eu donnant occasion aux tyrans de la persécuter comme une ennemie de l’État et comme une cause perpétuelle de sédition. Et cequeditTertullien (2), ouquelqueautreancienaveclui,queles chrétiens de ces temps-là , quoiqu’ils fussent nombreux et répandus dans tout l’empire romain , ne conspiraient ni en public ni en secret contre tes empereurs leurs ennemis, mais présentaient le cou sans aucune résistance au glaive de leui‘s persécuteurs, montre bien avec quelle prudence ils s’abstenaient de recourir à des moyens de défense qui , en même

(1) C.ii‘din. Bi'llarm., lib. v, de Rom. Ponlif , c. 7. Ç Teriia ratio.

(2) Tertull., .lpo/o((t.,cap. 37.

temps qu’ils n’eussent avancé en rien leurs affaires , auraient porté un notable préjudice à la cause publique ; mais ce ne serait pas comprendre le véritable sens de ces paroles que d’en conclure que ces chrétiens avaient alors des forces suffisantes pour pouvoir résister avec avantage ; car leur nombre, quoique grand, était fort petit et très-faible en comparaison de l’immense multitude des gentils dont ils étaient entourés et qui les cernaient pour ainsi dire d^ toutes parts. S’ils avaient été dès lors assez forts pour se mesurer contre les tyrans, disons-le avec assimance, non-seulement ils auraient pu, mais même en certains cas ils auraient dU faire emploi de leurs forces |>our conserver et leur religion et leur vie.

7. Et qu’on ne dise pas que prétendre, comme nous le faisons, que les martyrs manquaient de moyens de défense, ce soit amoindrir la gloire de leur triomphe, en faisant envisager le sacrifice qu’ils faisaient de leur vie comme l’effet non du propre mouvement de leur volonté , mais de l’impuissance où ils se trouvaient ; car il sera toujours vrai de dire qu’en confessant leur foi ils préféraient les tourments et la mort aux riches.ses et aux honneurs, qui auraient pu être le prix de leur ajjostasie, et c’est dans cette préférence donnée par eux à leur Dieu (jue consistait le mérite de leur martyre et la victoire qu’ils remportaient sur leurs tyrans. Au surplus, il y a deux manières de défendre sa religion contre les persécuteurs, la première en recourant aiLX armes ou à l’emploi de la force lorsqu’on peut le faire prudemment et avec avantage ; la seconde en faisant le sacrifice de son sang et de sa vie quand on manque de moyens de résistance et qu’il n’est pas loisible de prendre la fuite. L’histoire des Machabées nous fommit de mémorables exemples de chacune de ces deux manières différantes de défendre sa religion. Le vieux Éléazar, ne pouvant ni se défendre avec avantage ni prendre la fuite avec honneur, se laissa mettre à mort plutôt que de violer la loi, tout en protestant, dans la prière qu’il fit avant de mourir, qu’il aurait pu se soustraire iVla mort, et que c’était volontairement qu’il la subissait (1); non qu’il fût question [xmr lui de moyens de défense

( I ) « Sed cum plagis |M!rimcretur, ingemuit, et dixit : Domine, qui Imlies .«aiu'-

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qu’il aurait pu mettre en œuvre et auxquels il renonçât volontairement , mais parce que, pouvant sauver sa vie en violant la loi, il préférait en faire le sacrifice pour demeurer fidèle; et c’est en cela seulement que pouvait consister la palme de son triomphe et sa victoire sur son persécuteur. Le prêtre Mathathias au contraire , fort de son courage et de l’appui que lui prêtaient cinq fils valeureux, se mit en mesure de défendre la religion de ses pères par la force des armes contre le roi Antiochus, et après avoir immolé sur l’autel même avec une intrépide hardiesse et celui de sa nation qu’il voyait enfreindre la loi et l’officier du roi qui contraignait le peuple à sacrifier aux idoles, il appela à son aide tous ceux qui avaient du zèle pour la loi , résolu de chercher son refuge dans quelque lieu fortifié pour opposer la force à la violence (1). Et personne jusqu’ici n’a été assez téméraire pour oser blêmer ou condamner cette insurrection des Hachabées, que Dieu justifia par tant d’ éclatantes victoires, quoiqu’on sache bien que le roi de Syrie, contre qui prenaient les armes' ces vaillants capitaines, état légitime souverain de la Judée et des peuples de la Palestine, comme Grotius le prouve par de solides raisons (2).

8. Or cet exemple suffit pour démontrer qu’il est quelquefois non-seulement permis, mais nécessaire et louable pour les sujets de prendre les armes contre leurs princes lorsque ceuxci cherchent à détruire la religion dans leurs États et forcent les peuples è manquer de fidélité à leur Dieu. Bassuet, sentant la force invincible de cet argument et voulant pourtant lui opposer quelque chose, s’imagine pouvoir l’affaiblir en alléguant que les Machabées furent poussés dans celte occasion par une inspiration divine ete.\traordinaireetqu’ainsi leur exemple ne

tam scientiam , manifeste tu scLs quia , cum a morte possem liberari , duros eoriwris sustineo dolores : socundum animam vero pro]i{er limorem tuum lilwnter hipc patior. » Il Machab., VI, 30.

(1) « Et vidit Mathathias , et doluit, et eontromuerunt renes ejus, et arceiisus est furor cjus secundum judieium logis, et insiliens trucidavit eum super aram : sod et virum , quem rex Antiochus miserat, qui rogebat imniolare , oeridit in ipso tempore, et aram destruxit. Ex exelamavit Mathathias voce magna in civitite, dii'ens : Omnis qui zclum habet logis statuons testamentum exeat iswt me. » I Marhab., II.

(2) ürotius, de Jure belli etpaeis, lib. i, cap. 5, § 7, num. 7

saurait lireràconséquence(i).Maisnousaurionsdroit d’attendre d’un aussi illustre écrivain qu’il cherchât à fournir quelque pr<!uve de cette inspiration extraordinaire, que rien ne nous indique dans tout ce deuxième chapitre du premier livre des Machabées, où sont données en détail les raisons<|ui jmrtèrent le prêtre Mathathias à prendre les armes contre le roi Antiochus pour la défense de la religion de ses pères. Et ({uand même on voudrait inférer cette inspiration spéciale de ce qu’on y lit que Mathathias imita en cette occasion le zèle de Phinéès, cela ne pourrait s’appliquer qu’à l’action par laquelle ce saint homme mit à mort et le Juif qui sacrifiait aux idoles et le ministre sacrilège de ce sacrifice, mais non à la résolution qu’il prit de soustraire son peuple par la force ouverte à la domination des rois de Syrie. Car l’Écriture n’indique pas d’autres motifs de cette résolution généreuse que le zèle de Mathathias, de ses fils et de leurs jiartisans pour la religion de leurs pères. «Que celui, ditil , qui a le zèle de la loi me suive (2). » Tel fut le cri de ralliement qui réunit les Juifs en armes contre les Syriens. Et quoique Dieu ait fait paraître des prodiges dans le ciel en faveur de ces héros, cela ne prouve pas que ceux-ci aient été particulièrement inspirés de lui , puisque l’histoire nous a})preiid (jue, sans qu’il soit mention d’inspiration particulière. Dieu favorisa de même par des prodiges les entreprises militaires des Juifs contre les peuples de la Palestine et celles des chrétiens contre les infidèles, comme elle nous apprend aussi que, sans inspiration particulière de la même espèce. Dieu lit ^laraitre dans le ciel le signe du salut en faveur de Constantin combattant contre Maxence. Bossuet, sentant apparemment le faible de cette réponse, finit par alléguer que l’esprit de l’Évangile n'est j)as le môme que celui de la loi , ni l’esprit de l’Église le même que celui de la synagogue. Mais, quelque différence qu’il lui plaise d’établir cnii’e ces deux esprits, il ne poiuTa jamais prouver ({ue ce <pii était permis aux Machabées sous l’ancienne loi ne le soit pas aux chrétiens sous la loi nouvelle, comine ■serait, par exemple, l’action de défendre pur les armes leur

(I) llossut't, t. 1, 2, lili. v^al. lil>. i, sirt. 2), rap. Irt.

12) I A/arh., Il, 27.

religion contre les mauvais pririces qui voudraient la détruire.

9. Que s’il n’en était ainsi, il faudrait donc considérer comme injustes les entreprises des princes chrétiens contre les princes infidèles quand elles n’ont d’nulrc motif comme d’autre cause (jue la religion, puisque, dans l’opinion de nos advei'saircs, les rois même infidèles ne tiennent que de üien le pouvoir qu’ils ont sur leurs sujets : si donc une semblable raison ne suffit i>as aux sujets pour qu’ils renversent cet ordre établi de Dieu, pour qu’ils rompent ce lien qui existe entre le prince et son peuple, on ne voit pas à quel titre des princes étrangers jH)urraient, chrétiens comme on les suppose, venir troultler et renverser cet ordre établi par Dieu lui-mème entre les princes infidèles et les peuples ou les pays de leur dépendance. Ainsi donc il faudrait appeler injuste la guerre entreprise par le grand Constantin contre son beau-frère Liciuius pour le seul motif de religion ; ainsi il faudrait appeler déraisonnables et contrairesà la disposition de la Providence tant de lois portées et tant de guerres entreprises par les princes chrétiens [xmr le recouvrement de la Terre-sainte, tombée depuis longtemps au [Miuvoir des princes infidèles ; et, pour tout dire, il n’y aurait plus qu’à faii-e l’éloge de ce bLaSphèine de l’impie et fougueux f.uther, que faire la guerre aux Turcs, c’est résister à la volonté divine (1). Ces conséquences et d’autres semblables s’ensuivraient certainement de l’opinion de nos adversaires.

10. Néanmoins Bossuet a trouvé si peu péremptoire cet argument, allégué pourtant entre beaucoup d’autres preuves par le cardinal du Perron dans cette fameuse harangue qu’il i>rouonça devant le tiers état aux états généraux de 1615, qu’il a cru le réfuter en disant simplement (jue ces entreprises des princes chrétiens contre les mahométans ou les Turcs étaient suffisamment justifiées par les dispositions hostiles de ces peuples à l’égard du nom chrétien et par les guerres incessantes tju’ils suscitaient à nos princes, sans qu’on ait Ixîsoin de recourir

O) « Præliari adverses Tuiras ivpusiian* Deo vlsilaiiU iniciuitites luislras |K‘r illos. » l’rop. 29 Lutbrri, damnala a Leone X, in l■onJ•ti^ut. indp. Kxurge, Domine, amio 1620.

pour les expliquer à aucun motif de religion (1). Mais si ccite réponse lui semblait bonne, il aurait dù alors nous apprendre quelles hostilités les princes mahométans d’É^pte, de Syrie et de Palestine exerçaient contre saint Louis, cet illustre roi de France, ou quelle guerre ils lui avaient déclarée, pour que nous n’ayons pas à condamner, comme l’inférait doctement le grand cardinal, la mémoire d’un aussi grand saint, qui, mû par le seul motif de religion, ainsi que le témoignent les historiens (2), porta ses armes en Orient contre les princes sarrasins, en bravant tant de dangers, de dépenses et de fatigues. D’ailleurs, puisque ces infidèles avaient conquis la Palestine, ils en étaient devenus, en vertu du droit des gens ou par le droit de la guerre, les légitimes soxiverains, surtout après une possession et une prescription de tant d’années. Comment donc, après que les princes mahométans étaient devenus maîtres de la Palestine, les princes latins d’Occident, contre les- (jiiels ils n’avaient ni guerre ni hostilités, pouvaient-ils diriger contre eux leurs armes et envahir leurs États? Quel moyen de justifier ces levées en masses de tout l’Occident, qui n’avaient d’autre objet que de retirer d’entre les mains des infidèles les lieux sanctifiés par la présence du Sauveur et consacrés par les mystères qu’il a bien voulu y opérer? Un homme aussi versé dans l’histoire que cet illustre prélat ne pourrait certainement soutenir que les princes d’Occident, en portant leurs armes en Orient contre les Sarrasins, ne se proposaient que d’aller au secours des princes chrétiens voisins de ces barbares et malmenés par eux ; car il sait bien que les Grecs, qui conservaient encore en Orient quelques débris de leur empire, bien loin de réclamer le secours des Latins, firent tout ce qu’ils purent pour traverser les projets de ceux-ci et arrêter leurs conquêtes, soit qu’ils fussent jaloux de leur gloire, soit qu’ils tinssent è conserver ce qui leur restait mi.v-mèmes de leur ancien empire. Si donc on écarte le motif de religion, il n’en reste plus aucun pour justifier ces expéditions de Terre-sainte , qui

(1) Bo.ssuet, t. I, part. 2, lib. vin (al. lib. iv), cap. 15.

(2) Vide Henricum Spondanum, ad ann. Christi 1248, num. 10.

tinrent pendant plus d’un siècle tous les princes chrétiens d’Occident en état de guerre contre les infidèles.

§ VI

MOmilTK d'opinions des protestants sdr i.aqoestion traitée dans le

PARAGRAPHE QDI PRÉCÈDE.

Sont nuire.

1 . Diytrine des protestants sur la puissance souveraine contredite par leur propre conduite. L’indépendance de l’autorité royale , comme venant immédiatement de Dieu, soutenue par les Anglais sous le règne de Jacques et sacrilégement violée par ces mêmes Anglais dans la personne de Charles successeur do Jai'ques.

2. Les huguenots de France professent l’indépendance absolue de la puissance royale, et en font un des principaux articles de leur croyance née avec l’hérésie de Calvin.

.1. Les huguenots prêchent l’indépendance complète de la puissance des rois par rapport à celle de l’Église , même en matière de religion , en même temps qu’ils .soumettent les rois, sur ces mêmes matières, aux caprices et à la violence du leurs propres sujets. Conduite tenue par les chefs de la secte réformée et leur séditieuse doctrine, ayant pour but d’exciter les peuples à défendre par les armes leur religion contre leurs légitimes souverains.

4. (Juerres civiles excitées en France par les huguenots pour cause do religion contre les rois légitimes et révoltes contre ces princes approuvées par leurs prétendus synodes, avec l’assentiment général de leurs .soi-disant pasteurs.

5. On réfute les prétextes allégués par les protestante pour justifier les révoltes dis huguenots contre leurs souverains légitimes, et on fait voir que l’unique motif en a été leur faux zèle pour la liberté qu’ils réclamaient d’enseigner leur doctrine et de propager leur secte.

6. Conjurations des huguenote contre la personne de leurs légitimes .souverains et de leurs héritiers présomptifs.

7 . Doctrine exécrable prêcbée par les huguenots contre la personne sacrée de leurs souverains.

8. Prises d’armes pour la défense de la religion approuvées par les huguenote et par les autres protestants dans leurs prétendus synodes et dans les as.semblées de leurs soi-disant pasteurs.

9. Les protestations de soumissionà la puissance légitime faites par les protestante dans leurs assemblées n’ont d’autre objet que de nier le pouvoir indirei’t de l’Église soutenu par les catholiques sur le temporel des rois, nullement de mettre ceux-ci à l’abri des révoltes de leurs peuples. Doctrine remarquable de Bossuet sur ce sujet.

I O. Conclusion de ce paragraphe, où l’on montre que le sentiment qui subordonne la puissance des princes en matière de religion à celle du souverain pontife en est la sauvegarde la plus sûre contre la fureur et les révoltes de leurs sujets.

1. Si l’on voulait ajouter foi à ce qu’ont affecté d’enseigner eu diverses occasions les écrivains des sectes réformées sur les

droits de la puissance tenn>oreUe , on serait forcé de croire qu’ils sont les plus aislents défenseurs de cette puissance , et que ce sont eux qui ont soustrait les rois à tout autre pouvoir hunwiiij en matière de religion comme en tout le reste, et qui ont enseigné que l’autorité des princes leur vient immédiatement de Üieu. Mais comme ils ont cux-mémes contredit leur doctrine [>ar des faits contraires, ils ont fait voir par là que leurs enseignements sur ce point n’étaient le fait que de l'adulation ou de l’hypocrisie, ou bien un artifice imaginé pour retenir les princes hérétiques dans leur fausse religion et pour détacher, s’ils le pouvaient, les princes catholiques de l’affection et d«; l’obéissance au successeur du prince des apôtres. Il est certain que ce sentiment n’a été soutenu nulle part et en aucun temps avec plus de passion qu’en Angleterre sous le règne de Jac(iues l". Alors, pour flatter ce prince hérétique et fournir quelque honnête prétexte à ses injustes emportements contre ses sujets eatholiques, les hérétiques prêchèrent plus que jamais dans ce royaume l’indépendance de l’autorité royale à l’égard de tout autre pouvoir humain , la source immédiatement divine de cette autorité et son inviolabilité absolue, quel- <|ues maux que la léligion ait à endurer de sa part. Mais bientôt après, sous le successeur de Jacques I", ces bons et fidèles chanq>ions de l’autorité royale , sans autre prétexte que celui de religion, non-seulement se crurent permis de prendre les armes contre leur légitime souverain et de le déposer du trône ; mais encore, par un attentat horrible et inouï môme parmi les nations les plus barbares, on vit ces rebelles dresser un tribunal pour juger leur roi, et ce prince, condamné par ses propres sujets à la suite d’un jugement qui insultait à toutes les lois humaines, porter sa tète sur un échafaud et recevoir le coup de mort de la hache d’un bourreau.

2. Et si l’on veut savoir ensuite quels ont été en France les auteurs et les principaux défenseurs de cette opinion, on retrouvera devant soi les huguenots, qui en revendiqueront toute la gloire et tout le mérite auprès de leurs souverains. Dans la harangue ([lie firent en l(il7 au roi li’(>s-clirétien les dé|)utésd’une de leurs assemldées, ou de leur prétendu synode

tenu à Vitré, après avoir témoigné au roi, au nom de cette même assemblée, leur reconnaissance de ce qu’il leur avait i>ermis de se réunir pour traiter des affaires de leur religion , ils ajoutèrent la protestation suivante : « Hais il y a d'autres liens tt qui nous y obligent, encore plus fortement que ceux-là, à « savoir nos consciences et notre religion , qui nous ensei- « gnont à nous soumettre aux puissances su{>érieures , et que « de leur résister c’est résister à l'ordonnance de Dieu. — « C’est pourquoi. Sire, après Dieu, nous l'econnaissons que « Votre Majesté est notre unique souverain ; et c'est un article U de notre croyance qu’il n’y a point de puissance médiale « entre Dieu et les rois : c’est une hérésie damnalile |>arini a nous que de le révoquer eu doute, et c’est un crime capital « que d’en disputer parmi nous. Sire, nous avons appris celte « leçon de nos prédécesseurs ; nous en sommes persuadés .et « nous la publions partout ; nous prêchons cette doctrine en « chaire dans nos églises; nous voulons vivre et mourir dans « ces sentiments, alin que notre postérité apprenne à les pra- « tiquer à notre exemple (1). » Et dans une autre de leurs assemblées générales, tenue à Alençon en 16:17, ils se donnent hautement pour être les promoteurs et les défenseurs de l indé|>endance absolue des princes. Là le ministre Ferrand, de Bordeaux, au nom de tous les ministres de sa secte et de toutes les prétendues Églises réformées de France, adressa au roi la protestation suivante : « .Nous sommes les mêmes personnes qui « croienlel (jui enseignent que l’autorité royale n’eslpasd’insti- « tution humaine, mais qu’elle est de Dieu; et nous sommes ceux « qui croient etenseignent la souveraineté et l’indépeudance do « votre couronne. Sire , vous la tenez de Dieu , et ne dépendez « que de lui , et votre puis.sance vient iininédiatement de la « sienne (21. » Et qu’on ne s’imagine pas que celte opinion leur vint alors pour la première fois à l’esprit ; car dans un autre de leurs prétendus synodes ils aflirment par la bouche

(I) Synode nntioiul tenu à Vitré l’an 1017; harangue faîteau roi, tome II des Sgnodes nationaux îles Kglises reformées île France, (lage loG

(*) 4i les rrriesiasliques el rici/s de tous les sydones nalioniuu des Églises ri formées de Franee, tome II; synode national tenu a Alenron, ann 1637, i hui)itru 24

du ministre D’Aillé, qui y présidait, que le premier et le plus fameux article de leur religion est de croire que les rois ont une autorité souveraine sur toutes sortes de personnes sans excepter aucuns de leurs sujets, fussent-ils ecclésiastiques; qu'ils dépendent immédiatement de Dieu, et qu'il n’y a pas d'autorité médiate entre la leur et celle de sa toute-puissance (1).

3. On serait assurément étonné de voir ces excellents chrétiens professer si nettement , comme le premier article de leur religion , le respect pour l’autorité des rois, entre laquelle et la toute-puissance divine il n’y a pas, disent-ils, d’autorité médiate et à laquelle les sujets ne peuvent en aucun cas o[>poser de résistance; de les voir, dis-je, professer cette doctrine comme leur ayant été enseignée par leurs devanciers, c’est-à-dire par les chefs de leur prétendue réforme , tandis que nous savons que ces derniers, au contraire, n’ont inspiré par leurs enseignements à leurs disciples quel’espritde sédition et de révolte contre leure princes légitimes pour la défense de leur nouvelle religion, si l’on ne savait en même temps ce qu’ils se proposaient par ces belles protestations de respect et de soumission à l’égard de la majesté royale, et qui était non de garantir tes princes des insurrections de leurs sujets lorsque ceux-ci auraient pour motif de s’insurger le zèle de leur fausse religion ou le désir fanatique d’obtenir la liberté de conscience, mais de rendre odieuse la croyance des «itholiques qui soumettent indirectement en matière de religion la puissance temporelle des princes au jugement et à l’autorité de l’Éghse. Il suffira d’observer pour preuve de cette intention la conduite tenue par les eoryphées des sectes protestantes ainsi que par leurs principaux disciples : bien qu’au commencement de leur révolte contre l’Église romaine ils se soient montrés soumis

(1)« Nos s%nodos nationaux ne sont en aueune manière préjudiciables au service de Sa Majesté ; tout au contraire, leur principal but est de nous conformer dans notre religion , dont le priunier et le plus fameux article est de croire que les rois ont une autorité souveraine sur toutes sorbsî de personnes sans excepter aucuns de leurs sujets... Nous avons appris des chrétiens de la primitive Eglise que les rois dépirndent immédiatement de Dieu , et qu’il n'y a pas d’autorité médiate entre la leur et celle de sa toute-puissance. » Ibid., Synode tenu à I-ondres en 1660, chapitre 4.

aux princes du siècle tant qu’ils ont espéré de les gagner à leur parti , ils changèrent d’avis à leur égard quand ils vi rent qu’ils ne pouvaient vaincre leur répugnance pour leurs nouvelles maximes ; ils apprirent alors aux sujets par leur doctrine séditieuse à défendre par les armes leur religion prétendue réformée, et excitèrent les peuples à se révolter contre leurs légitimes souverains pour la défense de l’Évangile interprété ii leur façon. Bossuet, dans son excellente Histoire des variations des Églises protestantes, nous fournit des preuves si éclatantes de cette vérité qu’il n’est pas possible d’élever là-dessus le moindre nuage. Il démontre, par les témoignages de Sleidan, dePhilippe Mélanchtbon, de Théodore de Bèze et d’autres écrivains protestants, que la ligue de Smalcalde, formée entre les luthériens contre l’empereur Charles-Quint , fut l’ouvrage des négociations de Bucer, autorisées par les conseils de Luther et de Zwingle ; que Luther lui-méme, qui jusque-là avait toujours enseigné qu’il n’était pas permis aux sujets de résister pour quelque motif que ce fût à la puissance légitime, changea de sentiment lorsqu’il fut question pour les protestants de former cette ligue entre eux, et publia un séditieux lilielle où il disait sans détour que non-seulement la raison d’État , mais la conscience même obligeait les fidèles à prendre les armes contre leurs légitimes souverains }X)urladéfense de sa nouvelle doctrine , ce qui mit en rumeur toute l’Allemagne ; que Philippe Mélanchtbon, quoiqued’abord il se fùtmontré mécontent de cet écrit et qu’il eût improuvé cette prise d’armes qui avait pour motif la défense de la nouvelle religion , se décida pourtant à la fin à l’approuver en même temps qu’à faire l’apologie de la déclaration de Luther; que le brave Zwingle , cet autre chef de la réforme, après avoir appelé aux armes les Suisses des cantons protestants contre les cantons catholiques, mariant ensemble dans sa personne la profession de militaire et celle de pasteur, périt sur un champ de bataille où il fut tué l’épée à la main (1). Mais si l’on veut savoir jusqu’à quel point pouvait aller la fureur de Luther contre les puis-

(1) Voir ri/ljloirf det rnriations des Églises protestantes, liv. iv, n, I, 7 ot 3.

saiR'es liigilimes, on n’aura qu’à parcourir les thèses qu’il soutint en 15Ï0, oh il enseignait avec un emiKU'tement inouï que toute villf! comme tout village devait s’iirmer pour exterminer le piq)e, sans se mettre en peine ni des juges, ni des magistrats, ni des rois, ni des empereurs qui pourraient prendre sa défense; que le titre que prenaient les rois et les empereurs de défenseurs de l’Église ne les rendait pas davantage dignes de respect (1) ; et en publiant de nouveau, en 1545, ces propositions sanguinaires, il affirmait, comme le rapporte Sleidan , que pour faire de la peine au pape il l’allai t attaquer sans crainte des châtiments tous ceux qui s’opposaient à ce que sa puissance fht détruite, ceux qui prenaient sa défense ne devant être considérés que comme les soldats d’un ctief de luindits, fussent-ils rois ou enqiereurs (2). Calvin n’était pas moins enqHU-té sur cet article que Luther. Quoique dans les premiers temps de .son afwslasie et dans la dédicace qu’il lit de ses Institutions à François 1*' il eiït, pour faire accepter plus aisément sa doctrine, exalté la soumission et la lidélilé doses i«»rtisans aux princes légitimes et protesté hautement qu’ils subiraient toutes les i>ei’sécutions plutét que de manquer à rol)éiss.ince qu’ils devaient à leurs souverains, toutefois, quand il vit sa secte assez forte pour soutenir ses erreurs les armes à la main contre les édits des princes, il ne se gêna plus d’exciter son parti à la révolte en enseignant que les princes de la terre perdent leur autorité dès qu’ils se révoltent contre Dieu , (ju’ils sont indignes d’être comptés parmi les hommes et qu’ainsi on doit leur cracher au visage plutôt que de se soumettre à leurs lois (3). Mais aucun ministre ou docteur sorti de l’école de Oilvin ne se montra aussi fanatique .sur ce p<jint que le fameux Jean Rnox , appelé par Calvin un digne ouvrier de l’Évangile (4) et comparé par Bèze aux apôtres eux-mêmes (5).

(1) Dis|iut. Luther., an. 1540, prop. i9 et .seq.

(2) Sli)iilan, lili. xvE, 2r«I .

(.!)« Atidiraiit <(' pùte4atc terreni prinriiKSî i iim in-iurs>mit contra ni'um ; in- Jigni HUiit (jui in nuniLW hominum eensi^ntur, Hleoi)ue in rapiUi potius onrum ruiLspuoriî o|iorti‘t quara illLs pureo'. » Calvin., in Uanielem, c. o,

(i) Gilvin., rpul. 300.

(i) Buza. in Ironibut.

Portant à un déféré inouï ses emjKjrtemenfs contre la princesse Marie, reine catholique d’Angleterre, il disait à son sujet ; « Si « les souverains agissent tyranniquement contre Dieu et sa « vérité , leurs sujets sont déliés du serment de fidélité à leur « égard. Je puis affirmer sans crainte que les nobles, les gou- « verneurs, les juges et le peuple d’Angleterre auraient drt « non-seulement résister à Marie, cette Jézabel qu’ils appellent « leur reine , mais même la punir de mort et avec elle ses « prêtres et tous ceux qui lui ont prété assistance du moment « où ceux-ci ont pris ù tâche de supprimer l’Évangile de Jé- « sus-Christ (c’est-à-dire la nouvelle hérésie) (1). »

4. Mais, pour revenir aux huguenots de France, qu’on a vus se vanter dans leurs assemblées ou prétendus synodes d’élrc les ardents défenseurs de l’autorité royale et de rindé|>endance des rois à l’égard de tout autre pouvoir humain, doctrine qu’ils avaientreçue, disaient-ils, de leurs maîtres comme un article de foi , quel fondement peuvent faire sur de telles protestations les princes catholiques pourla garantie de leur autorité contre les violences de ces hérétiques , c’est ce cpie nous disent assez les guerres civiles de France décrites par fiinl d’écrivains et en particulier par l’exceUenl historien Henri Catharin d’Avila. On y verra sans ombre de doute que jama is en aucun royaume des sujets n’ont entrepris des guerres aussi acharnées, ou tenté des révoltes aussi menaçantes, ou dressé des embûches aussi perfides contre le pouvoir et la personne de leiii-s légitimes princes que l'ont fait les huguenots de France pour la défense de leur prétendue réforme contre leurs souverains naturels François II, Charles IX et Henri Hl. Les historiens protestants conviennent eux-mèmes que la première insurrection des huguenots, qui mirent à leur tète le prince de Condé et l’amiral de Chàtillon , ces deux puissants suppôts du

(1) « Si principes ailversus Dcura et veritatem ejas tyrannice so gerant, sul)diti forum a juratnento llJeliUitis absolvunlur. Illud audacter afürmaverim debuisso nobiles , ructores, judices, populumquo anglicanum non solum risisbire , et ivpugnare Mariœ, iUi Jezabrl, quam vocant n^ginam suam, vcrum idiain df fji, et sacerdotibus ejus, et aliis omiiibas quutquot oi auxiiium tulorunt, morlis supplidum sumun-, ut primumcœporuntËvangelium Cliristi supprimer»!. » Joaiines Kami»., in .lilmonit. ad not. et popul. Seolia.

calvinisme, fut mise en délibération et approuvée par l’assemblée des pasteurs et des ministres de leur secte. Théodore de Béze affirme que, dans une assemblée tenue à Paris par les huguenots en 1562 et où intervinrent les chefs des Églises réformées , il fut résolu qu’ils devaient se mettre sur la défensive et prendre les armes du moment où le besoin de leurs Églises l’exigerait ainsi (1) ; et d dit en parlant de lui-méine « qu’il avait averti de leur devoir tant M. le prince de Condé « que M. l’amiral et tous autres seigneurs et gens de ^toute U qualité faisant profession de l’Évangile pour les induire à « maintenir pai‘ tous moyens à eux possibles l’autorité des « édits du roi ( en faveur de la secte ) et l’innocence des pau- « vres oppressés, et (que) depuis il a toujoui'S continué en «cette même volonté, exhortant toutefois un chacun d’user « des armes avec la plus grande modestie qu’il est possible (2) . » Castelnau atteste aussi dans ses Mémoire» qu’en cette même année « les huguenots firent assembler leur synode général « en la ville d’Orléans , où il fut délibéré des moyens de faire « une armée, d’amasser de l’argent, lever des gens de tous « côtés. Puis ils firent publier jeûnes et prières solennelles par « toutes leurs Églises pour éviter les dangers et persécutions « qui se présentaient contre eux (3). » M. de Thou dit de son côté que, dans la même année 1562, dans un synode tenu à Saint-Jeau-d’Angely en Saintonge par les pasteurs et les nobles protestants réunis , on proposa la question s’il était permis ^>ar la parole de Dieu de prendre les armes contre tous les violateurs des édits royaux , pour défendre la liberté de conscience et pour tirer de captivité le roi et la reine-mère , et qu'il fut résolu que cela éüiit permis (4) ; et il ajoute que la même question fut également agitée dans un autre synode tenu

(1) Bèw, Uist. Eedes., 6b. vi.

(2) Ibid.

(.1) Castelnau, iii.

(i) Il Cum ante ad Joanni.s fanum. VIII kal. aprilLs, protestantium pa.stor»; l’um nobililate illuc a Rupifuliaudio voiata funvwiLs.sent oon.su Italiiri , an per verbum l>i, pro coiiscientiaruin libertate, rej'e ac regina a captivilatelilaa-andis, contra edioturum ivgiorum violatores arma sumert' liccret, et licercproiiuncialuni esset, III nona.s aprilis nobilita.s in annis oomparuit, etc. » Jacob, Aug Tliuan., Ilisl. siii (mj).,tom. III, lib. \xx, pag. •>7H, iHÜt. Paris., IBOfi

4 Saintes , où se trouvèrent environ soixante pasteurs des soidisant églises huguenotes, et qu’il fut résolu d’un commun accord qu’il était juste et même nécessaire de prendre les armes contre les violateurs des édits royaux (1). Il est clair, par tous ces témoignages d’écrivains protestants, que les révoltes et les insurrections des huguenots avaient été miges en délibération et approuvées dans leurs assemblées du commun consentement de leurs ministres. Et c’est bien vainement que les protestants prétendent aujourd’hui que la religion ne fut que le prétexte de ces guerres et que d’autres causes politiques en furent le vrai motif. Car il est certain, d’après tous les actes et tous les mémoires du temps, que l’unique motif de cette révolte fut la révocation de l’édit qui accordait aux huguenots le libre exercice de leur religion, et que tous les autres motifs, allégués pour colorer leur rébellion, n’étaient que de fausses imputations et de calomnieux prétextes.

5. Mais, entre tous les mémoires les plus dignes de foi de cette époque, qui nous font voir la fausseté de ces prétextes inventés par les huguenots pour justifier leur révolte contre leur légitime souverain , où ils n’avaient d’autre motif que de défendre leur fausse religion contre les édits royaux, distinguons eu particulier les lettres adressées au cardinal Borromée par le cardinal de Sainte-Croix, alors nonce du pape Pie IV en France et témoin oculaire de tout ce qu’il écrivait. Outre qu’on ne saurait penser d’un homme de ce caractère qu’il ait voulu altérer la vérité des faits, puisqu’en raison même de sa charge il était tenu d’informer exactement la cour de Rome de ce qui se passait chaque jour en France dans ces temps de troubles et de désordres , U suffirait de considérer que ces lettres ont été publiées par un écrivain protestant , c’est-à-dire par Jean Aymon Cravet, comme propres à mettre en lumière les véritables causes du progrès et puis de la décadence de la religion réformée, surtout si l’on fait attention à cette autre circonstance

(1) « Rupifulcandius Modiolani, quod est Santonum metropolis, synodum cuegit ' rui Lx circiter pastores interfuere, in qua quiestio ea utrinque agitata fuit, taudemque commuiübus votis deoretum arma jussu regiiiœ sumpta eunti-a regis ae regni liostes et edictorum violatores légitima esse atque utiam necessaria. » Ibid., pag. ïSI.

(jui; cel ûcriviiiii lt*s u mises en t»He de son recueil des synodes nalionauxdes églises réformées (1), pour les regurder comme des témoignages produits par nos adversaires eux-mômes et qu’d ne leur est plus après cela permis de récuser. Ges lettres donc nous apprennent que la véritable raison qui mit les huguenots en fureur, ce fut de voir la révocation de l’édit qui jusque-là avait laissé à leurs ministres lu liberté de prêcher les dogmes de leur secte, et l’administration du royaume pendant la minorité du roi et sous la régence de la reine confiée au duc de Guise, au connétable de Montmorency et à d’autres seigneurs catholi(}ues. Les huguenots ayant en conséquence pris ouvei>tement les armes sous la conduite du prince de Condé, et la reine-mérc désirant éteindre dès le principe cet incendie, après Ijeaucoup d’expédient.s mis en oeuvre pour déterminer le prince à désai iner, on se persuaila qu’on arriverait à quelque accord si l’on rendait aux huguenots ta même lilierté de prêcher dont ils s’étaient vus en possession avant que l’édit eût été révoqué. « On ignore, écrivait de Paris le cardinal de « Sainte-Croix le 111 avril 1502, l’ensemble de cet accord. Ce « qu’on dit , c’est qu’ils déposeront leurs armes à condition « qu’on mette à exécution l’édit antérieur, qui leur permettait « de prêcher hors des villes , tout en leur défendant de le faire « dans les villes mêmes , et de plus jusqu’à une lieue au debi H de l’enceinte de la ville de Paris. » Mais cette espérance ne tanla pas à s’évanouir, les huguenots n’ayant d'..utres pensées que de se rendre maîtres du roi et de la reine pour bannir du royaume la religion catholique, en leur étant l’appui des pi'inces et des ministres de cette religion , et refusant pour cela de mettre bas les armes, si d’abord on ne cessait de conlier à ces derniers l’administration du royaume et la garde des jMM'sonnes royales. « .\utant qu’on peut en juger, écrivait de « Paris ce même nonce sous la date du 17 avril de la même « année , le prince. ( de Condé ) refuse de désarmer, à moins

(I) O Usi ,'éritabliM caus*s des progrès et des catastroplies de la religion rtiforirèi', dcvouviTtes jmr la production de cinquante lettres anis'dotes , qui éi rites au eardinal Bon'omét* par le cardinal do SainbM^roix , nonce du pape ie IV auprès de la néne Callierine de Médicis , dans le temps des fameu.ses ligui-sqiii ont troublé la Fnmee diquiisl’aii liOl ju.^qii’à l.'ifl.t.

— an —

« qu’on ne congédie de la cour M. de Guise et M. le conné- « table, et qu’on n’indemnise les huguenots des pertes que « leur u fait essuyer M. le connétable quand il est venuderniè- « rement à Paris, où il a fait brûler quelques vêtements dans la « maison où ils faisaient leur prêche , etc. » Cette téméraire exigence, avec laquelle ils voulaient faire la loi àleur souverain déplut tellement au roi et aux princes ses frères que, bien que le roi fût d’un naturel très-doux et très-porté à la clémence et que ses frères fussent encore dans leur première enfance , ils ne purent s’empêcher d’en témoigner de la colère et du ressentiment ; aussi le nonce ajoutait-il en parlant d’eux dans cette même lettre : « Quoique sa Majesté très-chrétienne soit par « son caractère , aussi bien que par son âge , très-éloignée de « vouloir faire du mal k personne , elle n’a pu s’empêcher, O en voyant ces mouvements séditieux, de dire contre eux des « i>aroles fort dures. M. d’Orléans, son frère, qu’on aurait cru « en quelque façon bien disposé pour eux , change d’opinion « ù leur égard maintenant qu’il voit l’atteinte portée par eux a ù l’autorité royale. Et M. d’Enghien , enfant de sept ans, ne « cesse de dire <jue, sans perdre de temps, on doit brûler tous « ces hérétiques sans miséricorde. » .\insi les huguenots, voyant qu’ils ne pouvaient s’emparer du roi et de la famille royale, ni les dépouiller de l’assistance et des soins des princes et des ministres catholiques, se mirent ù diffamer ces derniei’s comme ennemis de la patrie, en publiant, dans leur langage hypocrite , qu’ils prenaient les armes [wur délivrer le roi et la reine de la prison où les tenaient leurs ennemis, violateurs, A leur dire, des édits royaux, tandis qu’ils les violaient euxmèmes les prcmiei's, puisqu’ils s’obstinaient à prêcher publiquement, particulièrement dans la ville de Paris et autour de ses murs , malgré la défense qui leur en était intimée. « Dans « le môme temps, écrit le nonce en date du 19 mars 1552, « Bèze alla prêcher ù la porte Saint-Jacques, qui est de l’autre « côté de la ville, et le prince de Condé , qui était revenu à « la cour peut-être à dessein, lui faisait escorte avec quatre ou « cinq cents cavaliei's tous armés d’arquebuses. » Il ajoute un peu plus loin : « U; prince de Gondé continue tous les jours

« d’accoinpafrner le prédicateur huguenot avec quatre ou cinq <( cents cavaliers, etc. » Telle est la belle manière de prêcher la parole de Dieu inventée par ce nouvel apôtre et ce nouveau ministre de l’Évangile; on peut juger par cette escorte militaire, dont Bèze se faisait accompagner pour ses prêches, quel était le véritable motif de la révolte de son parti. Mais l’autre prétexte allégué par M. de Thou pour justifier les révoltes du parti , approuvées et jugées nécessaires par un synode de soixante de leui’s pasteurs, .savoir qu’ils avaient pris les armes par l’ordi'c de la reine mère et régente , esi encore bien plus faux et plus calomnieux. Une preuve péremptoire de cette vile calomnie est celle que nous fournit le nonce de Sainte-Croix dans sa lettre écrite de Paris en date du 17 avril , où il dit : « Ce matin on a présenté au parlement un paquet de lettres du « parlement de Toulouse ê celui de Paris. Ce paquet ayant été « ouvert , on a trouvé que c’était une lettre du prince de Condé « de huit ou de dix feuillets, dans laquelle ce prince leur recom- « mandait de ne pas sc laisser induire en erreur; que tout ce « qu’il faisjiit, il le faisait par l’ordre de la reine; que le contt nétable et M. de Ciuise voulaient perdre le royaume, et raille « autres indignités semblables. L’homme qui avait présenté le « paquet a été mis en prison, quoiqu’il nie avoir su de qui était « la lettre. La reine est entrée dans une si grande colère pour <( la honte dont on la couvrait en la calomniant de cette matt nière qu’elle a dit publiquement que cette pièce ne venait « que de m»k;hants et de scélérats et qu’on s’occuperait de leur tt affaire. » 11 est évident, par ces monuments irrécusables, que la véritable raison qui porta les huguenots à prendj’e les armes contre leur légitime souverain, ce fut le désir fanatique de défendre leur fausse religion , et que c’est pour cela que la révolte fut avant tout mi.se en délibération et résolue d’un commun accord par leurs ministres ou prédicants , de sorte que tous les autres motifs (pi’ils ont allégués pour pallier leur rébellion ne sont que des prétextes faux et calomnieux. D’ailleuin, si leur insurrection n’était l’auivre que de la politique, quel Ijesoiii avaient-ils du conseil et de l’approbation de leurs jvisteurs assemblés dans leurs prétendus synodes pour s’auto-

riser, comme ils se l’imaginaient , par la parole de Dieu à en venir à l’exécution?

6. Ce n’eùl pas encore été assez que les huguenots, en usant en quelque façon du droit de la guerre , eussent résisté pour défendre leur secte à leurs princes légitimes, s’ils n’avaient aussi conspiré contre leurs personnes sacrées et conjuré l’extermination de toute la famille royale. Je ne veux pas me prévaloir, pour le prouver, de ce que dit Bolsecus de la conjuration ourdie à Genève par les chefs de la secte réformée, tels que Théodore de Bèze, Ottoman , Spifame , sous Tinspiration de Calvin , et de concert avec les calvinistes insurgés de Finance, d’assassiner à un jour marqué le roi, les princes de sa famille, la reine mère, avec tous les grands, tous les ministres et tous les magistrats catholiques; conjuration dont il démontre la réalité par une lettre de Calvin à Viret, qu’il a trouvée, dit-il, imprimée à Lausanne (1). Je ne veux pas , dis-je , me prévaloir de ce témoignage, que je sais être suspect aux protestants. Mais la perfidie des huguenots , dans leur conspiration tramée contre les ministres catholiques et la maison royale de France, nous est assez prouvée par d’autres monuments qui la rendent indubitable. Nous avons entre autres le témoignage du nonce de Sainte-Croix , qui se trouvait alors à la cour de France et qui de là écrivait à la cour de Rome, jour pour jour, ce qui se passait, pour ainsi dire, sous ses yeux. Celui-ci donc, dans une lettre datée du 22 février 1563, dit en parlant de l’assassinat du duc de Guise : « Celui qui l’a frappé a été pris à cinq lieues du camp, et « par l’effet du hasard, par quatre soldats qui s’en étaient allés « pour d’autres affaires et qui le virent tout occupé de prendre « la fuite. Il confesse l’avoir fait par commission de l’amiral a (fameux protecteur des huguenots ) et de Sou bise, et qu’ils « sont bien trente conjurés qui voulaient assassiner Guise , « Syner et Martigues dans le camp môme, et puis la reine, le roi (( et le légat , persuadés qu’en cela ils rendaient un signalé « service au Seigneur Dieu, puisque par ce moyen ils procu-

(1) Bol^us, in Kila Coicini , cap. 21.

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« raient la réintégration de l’Évangile. » Et dans une autre » lettre, datée du 22 mars 1563, il ajoutait en parlant de ce môme assassin : « Cel assassin a été envoyé à Paris, où on lui « fait son procès, et on saura de lui la vérité. Tout ce qu’on a en rapporte jusqu’ici, c’est qu’il dit avoir été une autre fois, a il y a deux mois, sur le point de faire son coup de main ; « mais que M. de Guise l’avait tellement accablé de caresses « qu’il s’était repenti, et était rentré à Orléans, où Bèze avait « tant répété à ses oreilles que c’ébiit un service qu’il rendrait « au Seigneur Dieu, et que sa gloire en serait immortelle, qu’il « s’était enlin résolu à le faire. » Ainsi donc ces nouveaux apôtres chercbaient à faire triompher l'Évangile au moyen des assassinats et des parricides les plus affreux.

7. Mais les doctrines par le.s<juelles les huguenots prétendaient justifier leurs révoltes n’étaient pas moins exécrables que leurs actes mômes. On vit quelque tenqis se répandre en Erance cette opinion aussi funeste qu'effrénée que tout sujet pouvait .sans crime tuer son roi pour cause de religion. Celte iloctrinc enqiestée, venant às’insinuer dans l'esprit de quelques frénétiques, leur inspira une telle audace qu’ils ne craignirent pas de rougir leurs mains, par un crime e.vécrable, du sang des christs de Dieu et des oints du Seigneur. Mais si l’on veut savoir à quelle source remontait ce poison funeste, on trouvera qu’il s’était formé chez les huguenots, ces ardents défenseure de l’autorité des rois. « La plume des écrivains huguenots n’était pas « moins hardie que les é|iées de leurs soldats, puisque dans ce « môme temps ( sous le règne de Charles IX ) un ministre natif « d’Orléans allait prêchant partout sa doctrine séditieuse « contre le pouvoir du roi , et qu’il avait môme fait imprimer « un livre où il soutenait que le peuple français n’était plus «obligé d’obéir au roi, attendu que celui-ci était devenu « idolAtre, et il prétendait pour cetb* môme raison qu’il était « permis de l’assassiner. C’est de cette semence impie et dia- « bolique (ju’est ensuite sortie dans d’autres temps cette per- « nicieuse doctrine, qui, par un horrible renversement de toute « loi divine et humaine, a appris aux hommes à tremper leurs « mains, sous le. beau prétexte de piété et de religion, dans le

« sang des princes légitimes, établis au-dessus des autres « hommes comme les représentants do Dieu (1). »

8. Je ne s<iis si cette exécrable doctrine a cto universtillenient adoptée i>ar toute la secte; ce que je sais bien , c’est que les huguenots , dans leurs prétendus synodes, ont approuvé et canonisé l’insurrection faite contre les princes légitimes pour la défense de la religion. Deins le synode national de Lyon , tenu l’an 15G3, on proposa le cas d’un ministre du Limousin qui , s'étant laissé intimider par des menaces , avait écrit à la reine mère qu’il n’avait jamais pris les armes quoiqu’il eût donné son consentement à la prise d’armes et qu’il y eût contribué, et qui lui avait promis de môme par écrit de ne plus j)rèchcr jusqu’à ce que le roi le lui permit; ce ministre avait depuis reconnu et confessé ses fautes , et comme il en témoignait publiquement son repentir, on demandait s’il devait être rétabli dans son ministère, et la réponse fut (ju’on devait l’y rétablir (2). Mais la prise d’armes pour la défense de la religion est encore plus clairement préconisée comme un acte digne d'un soldat de l’Évangile dans l’article 47 de ce même synode, où l’on propose et l’on résout le doute suivant : « Un « abbé parvenu à la connaissance de l’Évangile, ayant abattu a les idoles, brûlé ses titres, sans qu’il ait jvermis depuis six U ans qu’il se soit chanté mease dans son abbaye, ne fait aucun « exercice du service de l’Église romaine , mais au contraire « s’est toujours montré fidèle, et a porté les armes polb main- < TENIR l’ Évangile. On demande s’il doit être reçu à la cène?

(1) Davila, Islorie ririli di /■Voiiria, lib. iv

(K) « Un ministrt! du Limosin, qui s'était liieii l omporté dans «es ai'tions, ayant été menacé par nos ennemis, a écrit à la reine mère qu’il n’avait jamais consenti a la prisc d’armes, quoiqu’il ait donné .«on consentement et contribué [lour cela. Il lui a paTeillement écrit qu’il promettait de ne point prfà her ju.squ’n ce que le roi lu lui eàt permis , pourvu qu’on lui promit de le laksiT vivre dan.s la maison en sûreté et .sans lui gêner la consi’ience. 0'"'lque b'm|>s apré-s ayant ri'j onnu sa taute, il en (it pulili(]uiîment une confe.ssion volontaire devant tout le j«uple. Il a vésTi d’une manière tri’s-é'difiante depuis ce bmps-là et dotmé plusieurs témoignages d’une grande; rcixmtance. Le peuple désire (|u'il en fas.se maintenant l'i.'.xercic»’. Doit-on le lui [«'rinetlre? Krponsc On fst d’avis (|u’il si'it réLdili. » .Synode nation, tenu o l.yon, failf /mrliriilicrs , art. 37, ban I; .Sijnod. nation dej hgl . reform . de France, pag . 43 .

« Réponse : Oui (1). » Ici chacun peut voir sans ambiguité le fait d’avoir porté les armes pour leur prétendu Évangile compté parmi les actes d’un bon huguenot et .qui le rend digne d’étre admis au sacrement de la Cf'-ne. Vainement donc les protestants voudraient alléguer, en preuve de leur fidélité et de leur soumission aux princes légitimes, les Ijelles protestations qu’ils en ont faites dans plusieurs de leurs synodes , puisqu’on sait qu’ils ont pratiqué ce langage résigné toutes les fois qu’ils se sont vus hors d’état de résister au pouvoir légitime et de maintenir leur hérésie par la force des armes contre les édits royaux. Mais ils ont parlé et agi tout autrement, ainsi que nous venons de le voir, lorsqu’ils se sont vus en force de tenir tête à leurs souverains les armes à la main. C’est encore ainsi que les ministres hérétiques d’Angrogne et des autres vallées livrées é l’hérésie de Valdo et puis à celle de Calvin ont montré d’almrd de la répugnance à permettre au peuple qui les suivait de défendre par la force des armes leur fausse religion contre les édits du duc de Savoie, leur légitime souverain, ainsi que le rapporte M. de Thou; mais quand ils virent couronnée de quelque succès la résistance armée que ce peuple opposa en 15G1 aux officiers du duc, « alors, ajoute « le même historien , les pasteurs d’Angrogne changèrent de « sentiments, et il fut décrété d’un commun accord qu’à l’a- « venir ce serait par les armes que la religion devrait être « défendue et propagée (2). »

9. Quant à ces belles protestations de soumission à l’autorité royale faites par les huguenots dans leurs synodes , elles ne sont pas au fond incompatibles avec l’esprit de révolte qui s’allie eu eux avec celui de leim secte ; car si ces protestations ont j)our l)ut d’exclure ce pouvoir indirect que les catholiques reconnaissent au pontife romain sur le temporel des rois et en vertu duquel il peut , quand le bien de la religion le demande, absoudre les sujets du serment de fidélité, elles ne

(1) Ibidem, pag. 4o.

(2) n Tum mutata angi’uinorum pastorum sententia, communique conscasu decrctum religioiiem in jKisterum armis tuendam et propagandam » Tbuanus, nùl.,lib. xxvit, ad annum lâRl.

mettent pas pour cela les rois à l’abri soit des caprices , soit de la fureur, soit des poignards de leurs sujets devenus leurs en» nemis par motif de religion. Les auteurs de ces protestations nient, il est vrai, qu’il y ait aucun pouvoir ici-bas du jugement duquel dépende au moins indirectement la puissance royale; mais c’est pour soumettre celle-ci à leur propre volonté sans obligation pour eux de reconnaître un juge qui réprime leurs factieuses et criminelles entreprises. Le ministre Jurieu n’avait donc pas besoin d’écrire, en vantant la fidélité de ses protestants de France , que « tous les huguenots étaient prêts de si- « gner de leur sang que les rois ne dépendent pour le temporel « de qui que ce soit que de Dieu, et que, sous quelque prétexte « que ce soit, les sujets ne peuvent être absous du serment de « fidélité (1). » Car nous savons très-bien que ce sont eux qui ont inventé et soutenu cette doctrine pour rendre odieux aux princes de la terre ce pouvoir indirect que les catholiques reconnaissent au-dessus d’eux dans le pontife romain en ce (jui intéresse la religion. De là vient qu’ils se font les défenseurs de la puissance royale, pour le plaisir de contrecarrer le sentiment des catholiques, mais non pour soustraire les princes aux violences et aux fureurs de leur zèle fanatique pour leur prétendue religion. Ce dessein des huguenots a été assez clairement mis en lumière par le célèbre auteur de l’yteis aux réfugiés en Hollande, imprimé à Amsterdam en 1690, ou\Tage qui convainquait les protestants de France d’être animés de l’esprit de révolte contre leurs souverains , et que M. de la Bastide a cru pouvoir attribuer à M. Pellisson (2). Cet auteur donc a fait voir que les huguenots se vantaient d’être fidèles à leurs souverains en cela seulement qu’ils refusaient au pape le pouvoir indirect que lui accordaient sur eux les catholiques (3), tout en se réservant à eux-mêmes le droit de les soumettre à leurs propres cjiprices. Et Bossuet, dans sa Défense de l' Histoire des Variations, dit en adoptant les réflexions de cet

(!) Jurieu, Po/il. du cter., p. 217.

(2) tuteur de /Mrii oiix réfugiés <Wr hiflré , etc. , par M. do la Ba>tide.

(3) .Irù iinporlaiil aux réfugiés sur leur prorliain retour en Praiire, p. 2IU, 211, 2H.

(■crivain ; « Ce qui donnait prétexte aux protestants de préférer « leur fidélité à celle des catholiques était la prétention des « |wpes sur la temporalité des rois. Mais on montre encore « plus clair que le jour que, s’U fallait comparer les deux sen- « liments, celui (jui soumet le temporel des souverains aux « papes et celui qui le soumet au peuple, ce dernier parti, où la « fureur, où le caprice, où l’ifjnorance et l’emportement do- « minent le plus, serait aussi sans hésiter le plus à craindre.

« L’expérience a fait voir la vérité de ce sentiment, et notre « iVfre seul a montré parmi ceux qui ont abandonné les souvea rains aux cruelles bizarreries de la multitude plus d’exem- « pies et plus tragiques contre la personne et la puissance des U rois qu’on n’en trouve durant six il sept cents ans iKirmi les « peuples qui en ce point ont reconnu le pouvoir de Rome (1). »

10. Celle déclaration franche et candide du grand évêque de Meaux nous démontre l’inutilité du fracas que fait l’auteur de la liéfense, qui se couvre du Ijeau nom de ce prélat, dans le reproclic (ju’il adresse il notre d(x:trine de scandaliser les protestants, de les éloigner de notre communion et de leur rendre notre nom odieux. Car il n’est point étonnant que le sentiment iles catholiques leur attire la haine des protestants, puiseju’il leur ôte les armes des mains, qu’il met un frein à leurs caprices et qu’il les convainc de s’arroger, en ne reconnaissant aucune autorité supérieure qui puisse les délier du devoir d’obéissance ù l’égard de leurs souverains, un pouvoir qui ne saurait appartenir ù de simples sujets, tel que celui de résister à leurs souverains pour quelque raison ou sous ipielque prétexte que ce soit. Mais ce même sentiment ne peut pius les scandaliser, puisqu’on réservant :V l’Église la décision d’une question aussi grave que celle de savoir si le prince est déchu ou non de ses droits au trône par suite de ses révoltes contre Dieu, et si ses sujets sont (]uittes ou non envers lui du devoir de fidélité , il em[)èche ceux-ci de [jcendre inconsidérément les armes contre lui sous quelque prétexte de religion (jue (X soit, et le soustrait lui-même aux caprices effrénés de

(l)Bnswuot, Drffnst de l'Ilisloirc des Cnrialioiis, imm. iS.

la multitude. Or entre ces deu.-ï partis, dont l’un soumet le lemporel des princes à l’autorité de l’Église dans les causes de religion, et l’autre les rend dépendants du jugement de leurs peuples, il n’y a d’autre milieu que le parti extrême d’affranchir la puissance temporelle des rois de toute dépendance tant i\ l’égard de l’Église qu’à l’égard des peuples, quelque impiété, quelque excès qu’ils puissent commettre, de sorte cjue les sujets devraient plutôt se laisser ravir injustement les biens et la vie que de résister, pour quelque raison que ce soit, aux puissances supérieures. Mais cette opinion, outre qu’elle est injurieuse à l’espèce humaine, contraire au sentiment de la nature et au droit des gens , et qu’elle favorise la tyrannie, n’a jamais été suivie dans ta pratique, excepté dans les cas où la résistance a été reconnue inutile. Les chefs de la prétendue réforme, qui ont été les premiers à la prêcher, ont été aussi les premiers à l’aljandonner, en se jetant tétc Ijaissée dans l’extrémité contraire. Et les catholiques même qui la soutiennent spéculativement aujourd’hui, je ne sais si, dans le cas où ils verraient leurs princes vouloir les forcer de changer de religion, ils renonceraient par le fait à se défendre plutôt ipie de résister avec espérance de succès et de s’opposer à leurs injustes entreprises, en un mot s’ils .sc laisseraient dépouiller de leurs biens et de leur vie plutôt que de chercher des remèdes propres à réprimer l’impiété de mauvais princes. Je ne sais trop, dis-je, ce qu’ils feraient en pareil cas. Mais ce que je sais bien , c’est ce qui est arrivé de semblable dans les siècles écoulés; et je sais qu’il est prouvé par l’expérience que, plus cette opinion est favorable aux princes dans la spéculation, plus elle leur est pernicieuse dans la pratique, puisqu’elle a pour effet de précipiter les esprits dans l’extrémité opposée, et qu’en refusant à l’Église tout pouvoir sur le tcnqiorel des rois elle oblige les sujets à s’attribuer témérairement le droit de s’opposer violemment à leurs princes quand ils peuvent le faire avec profit et à chercher avec inquiétude les moyens de le faire (juaiid ces moyens leur manquent pour le moment.

§VII

EST-II. PERMIS AUX SDJKTS DE SE SOUSTRAIRE POUR CAUSE UE RELIGION A L'oBÉIS- SANCE DUE A LEURS SOUVERAINS SANS UN JUGEMENT PREALABLE UE L’aUTORITE SACERDOTALE?

1. Sentiment disi prot<\stants d’Allemagne , d’Angleterre et d’Écossc, qui soumet dans les causes de religion les mauvais princes au |X)UVoir du peuple.

2. L’événement tragique dont l’Angleterre a offert le spectacle dans la pei-sonne do Charles 1" a eu |)our cause les maximes séditieuses des iirotestants sur la dépcndaneedcs rois par rapport à leurs peuples. .Aux yeux des calvinistes de Hollande, c’est une gloire que d’opposer la force des armes à son souverain (Hjiir eonquérir la lilierlé de conscience.

3. la's calvinistes de France convaincus d’avoir adopté avec l’hérésio de Calvin l’esprit de révolte contre! leurs légitimes princes; vaines répoiLsi?s qu’ils allèguent pour se laver do ce crime. Ils affranchissent les princes de l’autorité de l'Kglise ixiur les soumettre au caprice de la multitude.

4. Le .sentiment diss catholiqui's , qui soumet le pouvoir temporel des princes à l’autorité de l’Églisi* en tout ce qui intéres.se la religion n’a été réprouvé par les huguenots de France que dans la vue, de la part de ceux-ci, di- so concilier les bonnes grâci-s de Jacques l*', roi protestant d’Angleterre; faux nile qu’ils affectent à condamner ce sentiment . Ils se glorifient d’avoir été les premiers eu France qui aient réprouvé ce sentiment des catholiques.

5. L’opinion des protestants, qui .soumet le pouvoir des princi's à l’autorité du peuple, est fausse et .séditieuse. En quels cas les sujets peuvent se .soustraire de leur propre autorité à l’oliéissance qu’ils doivent à leurs souveraius. Fausse opinion de quelques-uns sur cet artii'le. Il n’e.st pas ]iernns aux sujets de se soustraire pour cause de irligion à l’oliéi.ssanco due à leurs souverains , et (lourquoi.

6. Le lien qui unit les .sujets à leurs souverains , quoiqu’il puisse être dissous en certains cas par l’infidélité des princes, a besoin jiour les cas où il l'est effectivement de la déclaration de l’Église. Le prétexte de la liberté de conscience est souvent un voile employé pour couvrir la révolte.

7. Ce piét'xte a .si>rvi plus d’une fois à colorer li^s révoltes des sujets contre leurs souverains. Les opinions contradictoires dos hérétiques sur ce point tendent les unes comme les autrcsi à soutenir l’héresie.

8. |j' fsmvoir des princes serait mal affermi jiar ces opinions contradictoiies. le sentiment qui sciumet, en qiatiére de religion, le pouvoir temiiorel des princes à l'autorité de l’Église, est avanUigeux non-seulement à la religion, mais aux princes eux-mémivs, et c’est bien injustement iju’il a été décrié par quelques éi'rivains modernes.

1 . Après avoir fait voir la fausseté de l’opinion qui refuse

aux sujets toute espèce de droit de résister aux princes persécuteurs notoires de la religion , il nous reste maintenant à examiner l’autre opinion totalement opposée, qui exclut

toute autorité ou tout jugement intermédiaire entre le prince et le peuple et qui admet que celui-ci est affranchi de tout devoir d’obéissance envers celui-là et peut légitimement prendre les armes contre lui toutes les fois que l’exige l’intérêt de la religion. Cette opinion , ainsi que nous venons de le voir dans le précédent paragraphe , est la plus commune parmi les protestants , celle qui leur a été enseignée par leurs propres chefs et qu’ils ont fréquemment mise en pratique. Beaucoup de leurs écrivains en Allemagne , en Angleterre , en Hollande et en France, pour autoriser ceux de leur secte à se défendre par la voie des armes contre leurs légitimes souverains , ont enseigné que les rois restent soumis en tout cas à l’autorité du peuple, et que dès qu’ils abusent de leur pouvoir ils deviennent indignes du trône; en conséquence ils ont transféré au peuple le droit de souveraineté sur les souverains eux-mêmes, qu’il peut déposer et détrôner à sa volonté. Cette doctrine fut enseignée par les protestants de Magdebourg dans un écrit qu’ils publièrent en 1550 et qui a été traduit et réimprimé en français en 1577, sous ce titre : Bu droit des magistrats sur leurs sujets. David Paré soutient la même doctrine dans un T belle séditieux, et Jacques I", roi d’Angleterre , ayant condamné cet écrit comme rempli de ma.ximes pernicieuses contre la majesté des rois, Philippe Paré, fils de David , entreprit la défense de son père en donnant pour toutes raisons que son père n’avait fait que suivre le sentiment unanime des théologiens protestants [l) . Mais nulle part cette doctrine n’a été préchée plus ouvertement et avec plus de fureur que dans l’Angleterre même. Sans parler de Goodman et de Buchanan , dont le premier a soutenu que les rois tiennent du peuple le droit de régner, que cc droit peut suivant les occasions être révoqué par le peuple (2), que d’après la loi de Dieu les mauvais princes doivent être déposés, et que, lorsque les magistrats refusent de faire en cela leur devoir,

(1) « Omnem chonim theologorum protestautium. » Voir VApotogie pour Us ealhoUques, l"* partie, chap. 3 et 4.

(2) « Reges ju-s regnandi a populo habent, qui oceasione data illud revocare potest. » Goodmanus, lib. de Obeiientia , pag. 2h.

le peuple est lilun; île les déposer lui-inéme sans se mettre en peine des imif,^istrîils, Dieu lui donnant alors le droit d’user de l’épée (1), et enlin n’a jws eu horreur d’écrire que Marie, reine catholique d’Anj-deterre , devai'i être mise à mort en vertu des lois divines et humaines (2) , et dont le second a écrit à son tour que c’est le droit du peuple de disposer comme il le juge à propos du sceptre des rois (3) et que le peuple peut juger à mort son souverain (4) ; sans parler, disje , de ces deux écrivains et d’un autre non moins séditieux, je veux dire, le protestant Jean Knox, dont j’ai entretenu le lecteur dans le paragraphe précédent, je me bornerai i\ rapporter le sentiment des protestants d’Écosse , exprimé par les députés qu’ils envoyèrent à la cour d’Angleterre en 1571 pour justifier l’acte inique par lequel ils avaient déposé leur reine Marie Stuart. Ceux-ci donc, comme le rapporte Camhdcn, écrivain protestant , entre autres choses qu’ils avancèrent pour justifier cet attentat, « s’efforcèrent de prouver, en s’aj)- « ])uyant de l’autorité de Calvin , que les magistrats du peuple « étaient établis en tous lieux pour réprimer lalicence des rois, « et qu’ils avaien. le droit de punir de la prison les mauvais « princes et de les déposer du trône (5). » Et assurément ils n’avaient pas puisé ailleurs cette doctrine que dans l’esjirit de Calvin.

2. 11 est clair, d’ailleuisi, que ce sont ces maximes qui ont fourni l’idée de cette horrible tragédie que l’Angleterre offrit au monde dans la personne de son roi Charles 1” . Quoiipie cet affreux parricide fasse horreur au T protestants eux-mèines, ils ne peuvent cependant nier que ce soit à leur école qu’il a été préparé et exécuté, l’our laver leur secte de cette tache inef-

(1) O Mali principi.'!» juxta IcKem Dei deponi debeiit ; cumqui^ magistrjtus oflii-iii suo fungi di'twtaiil, tuni lihcrupi est plebi ae si milium liabi'rel magistratum, et lime temporis Deus illi usum gladii conccdit. » Idem, In Apolog . , pag. 1 4 et as . (î)ldem, lib. de Olinlimlin, pag. 99.

(3) « Populo jus est de seeptru regis pro débita suo dispoue.ndi. » Buchaiianus, (le Hcgno, [«g. 13.

(i) Il Populus prmei|)em iu juscapitis vocare potest. » Ibid., pag. Oü.

(;i) Il Imo, ex Calviiii auctoritate , populares ubique magistratus ad lihidinem regum moderindam eoustitutos esse, iisque liaTe malos regu.scareiîribu.scüeraw. et regnoexuero.pixiliarecünati. »Guill. Camdeiius, .tnn., pag. 2,adaimum 1 37 1 ,

tiicable, quelq»ies-uns de leurs écrivains se sont avisés d’attribuer la mort de cet infortuné prince au fanatisme des indé[x;ndants; mais une telle excuse est insuffisante : car, outre que les indépendants étaient un fruit ou un germe de leur réforme, on sait que les presl)ytériens ont concouru avec les indépendants î\ cette horrible tragédie , et, comme le dit fort à propos le calviniste Saumaise, « les presbytériens ont présenté la « hache qui a servi à abattre la tète du roi ; ils ont eux-mèmes « lié la victime, et ce sont les indépendants qui lui ont donné te « coup de mort (1). » Pour passer maintenant de l’Angleterre à la Hollande, il est vrai que Hugues Grotius a soutenu avec éclat l’indépendance du pouvoir des rois, nftirraant, comme je l’ai observé plus haut , qu’aucune raison ili même le motif de défendre la religion ne peut autoriser tes sujets à prendre les armes contre leurs souverains; mais Gronovius, en Imn calviniste, a rejeté cette opinion, qui irait à condamner huit de héros dont la réforme sc glorifie et qui n’ont pas craint de prendre les armes pour la liberté de conscience et do sc mesurer contre leurs propres gouvernants en Flandre, en France, en Allemagne , et par d’iieureux efforts ont propagé leur religion i\ coups de victoires (2). Et il n’est pas croyable que tel n’ait pas été aussi le sentiment des calvinistes de France, dont nous pouvons considérer leur ministre Hubert Pa<juet comme l’interprète, dans le livre qu’il a publié sous le litre de Junius Brutus , où il soutient ouvertement la prédominance du pouvoii- du peuple sur celui des rois, et souinei ceux-ci A l’autorité des magistrats populaires, pour qui c’est un devoir, dit-il, de déposer les mauvais princes; et l’opinion de ce ministre a été suivie depuis par le ministre Jurieu.

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