Quanta la lésion organique des poumons
(1) Ces détails nous ont été fournis par M. Plainchand, chirurgien interne à la Pitié.
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nous ne voyons là rien que de très ordinaire, puisque le jeune malade, tout à fait chétif, et véritable avorton pour son âge, était depuis long-temps atteint d’une tumeur blanche. Aussi ne dirons-nous pas que les tubercules aient été la cause de la mort. En bonne philosophie, ce n’est pas assez que de découvrir des altérations pathologiques, pour expliquer par là la cessation de la vie; il faut qu’il ait existé, durant la vie, des symptômes dont la nature et la succession aient été en harmonie avec les désordres que l’on trouve à l’examen du cadavre. Or, chez le malade dont il est question, tout annonçait une lésion profonde du système circulatoire; après la mort, on rencontre du pus dans la veine principale du membre : donc c’est là qu’était la cause du mal. Voilà la vraie manière de procéder en anatomie pathologique.
5°. Si le fémur a été vu dénudé dans une certaine étendue, c’est qu’il était déjà dans cet état immédia» tement après l’opération : à peine M. Lisfranc avaitil terminé sa section, qu’il s’aperçut que le périoste était séparé de l’os. Il était trop tard alors pour penser à couper ce dernier plus haut ; il fallut donc faire courir à la réunion cette nouvelle chance d’insuccès.
En cherchant à commenter ces deux faits, nous ne voulons pas dire que ce soient là les seuls revers dont nous ayons été le témoin, et que l’on doive toujours réussir en tentant la réunion immédiate ; mais nous devions nous livrer à ces réflexions pour prouver qu’en chirurgie comme en médecine les
calculs numériques ne sont admissibles que dans de certaines limites.
Il est nécessaire, disait le patriarche de la médecine, de contempler par intervalles d’un œil critique les progrès des sciences et des arts , et de chercher curieusement pourquoi certaines vues , certaines expériences n’ont pas réussi , quoiqu’elles dussent réussir, et pourquoi d’autres ont eu du succès, quoiqu’elles ne dussent point en avoir (i) : tel est le seul motif de toutes nos remarques.
Conclusions. i°. Ce quia eu lieu chez la première malade prouve que la réunion n’est point une opération arbitraire et soumise au caprice du chirurgien. Elle exige, pour réussir, une série de combinaisons qu’il faut connaître avant de s’armer du bistouri. Ce n’est point quand une opération est faite , qu’il convient de se demander s’il est urgent ou non de rapprocher les bords de la plaie : il faut y avoir pensé à l’avance et avoir fait tout ce qu’il est nécessaire pour arriver à cette fin. Amputer un membre ou une tumeur de telle ou telle autre manière n’est point une chose indifférente pour le mode de pansement à adopter : tout se lie et s’enchaîne dans les opérations, et souvent on n’échoue que parce qu’on n’a pas fini comme l’on avait débuté.
2°. Chez cette même malade , nous avions remarqué, quelque temps avant sa mort, que l’extrémité du fémur pressait douloureusement contre les muscles de la partie antérieure de la cuisse, et nous
(i) Tourtelle, Histoire de la médecine, tome I, page viij .
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avions cru pouvoir en rapporter la cause à la position vicieuse du moignon. En effet, toutes les fois où nous allions la visiter, nous trouvions le bassin beaucoup plus bas que le membre, ce qui devait faciliter Faction du psoas et de l’iliaque, et tendre à porter le fémur en avant. Ce n’était certainement pas faute de soins donnés à la malade; mais le lit était trop mou et le seul poids du corps occasionait à chaque instant un nouveau déplacement. Ainsi donc, la direction seule du plan sur lequel reposent et le corps elle membre d’un opéré peut influer sur le succès de la réunion.
3°. Quoique ces deux opérations n’aient pas réussi, ceux qui en ont étudié les suites auront vu, à coup sûr, avec étonnement que les accidens ont presque cessé dès l’instant où le pansement a été fait, et que les sutures n’en ont provoqué d’aucune espèce : il n’y a eu ni douleur, ni gonflement inflammatoire, ni pyrexie, si ce n’est celle qui accompagne toutes les opérations. La première malade était , depuis près d’un mois, dans un état de fièvre hectique quand l’opération a été faite, et, quelques jours après, l’affection fébrile avait cessé. Croit-on qu’il eût été sans danger, dans l’état où elle se trouvait, de joindre à la pyrexie déjà existante l’influence d’une nouvelle phlegmasie? Ce n’est rien que de dire d’une manière vague et générale que deux malades ont succombé : la question est de savoir s’ils ont péri , parce qu’on a tenté la réunion , et s’ils eussentsurvécu en livrant les plaies à la suppuration.
En quittant Montpellier, nous n’avions vu faire
que deux opérations de îithotritie, et les deux malades étaient morts. Qu’eût-on dit de nous si , arrivant à Paris, nous avions avancé que cette opération devait être bannie de la pratique chirurgicale?
Depuis notre séjour dans la capitale nous n’avons assisté qu’à deux opérations de staphiloraphie et toutes deux ont échoué. Que dirait M. Roux, si nous tirions de ces deux faits les conséquences que des esprits étroits pourraient tirer des deux cas d’amputation que nous venons de raconter?
Enfin, les deux premières amputations du col de l’utérus, que nous avons recueillies à la Pitié, ont été suivies d’accidens mortels, et bien nous en a valu de ne pas nous hâter de conclure ; car nous en avons vu ensuite pratiquer sept à huit avec succès.
Que peuvent deux revers contre des milliers de faits recueillis sur tous les points du globe, et constituant un corps de doctrine ? Ce que peut l’exception contre la règle , ce que peut un événement malheureux mais inévitable, contre tous les calculs de l’expérience et de la raison (i).
Au reste, M. Lisfranc, d’abord si satisfait de la méthode adhésive, a voulu pousser plus loin ses recherches. Il a donc fait de nouveaux essais, et les
(i) Nous regrettons beaucoup que des occupations pressantes, en nous éloignant de l’ hôpital de la Pitié , ne nous aient pas permis pour le moment de multiplier assez nos épreuves ; mais nous nous dirons à les poursuivre jusqu’à satisfaction , en présence de quiconque voudra nous en fournir les moyens.
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résultats qu’il en a retirés depuis lui ont paru assez encourageans pour en continuer l’usage. Espérons qu’il finira par l’adopter entièrement , et se ranger an nombre des protecteurs de cette méthode. Qu’il est beau alors que l’on a déjà manifesté une opinion contraire, de savoir se rétracter!
4°. Enfin , quelles que soient la masse et la nature des faits que nous avons à présenter, nous n’exigeons pas qu’on nous croie sur parole ; mais que celui qui voudra en nier les conséquences descende dans sa conscience, et se demande s’il a répété comme nous les épreuves, s’il les a faites assez nombreuses, assez variées, avec assez de soin, dans le véritable dessein de s’instruire, et s’il a suffisamment visité les écoles et les hôpitaux du royaume.
Si l’on a des objections à nous adresser (et nous les sollicitons dans l’intérêt de la science), nous désirerions beaucoup quelles sortissent de la bouche d’un chirurgien qui eût suivi la clinique de l’Hôtel - Dieu de Montpellier ; ce n’est que par comparaison que l’on peut juger. Qu’un seul de ceux qui ont fréquenté cet hôpital depuis quinze ans élève la voix contre nous, et nous dise s’il a vu à la suite de la réunion immédiate ces accidens qu’on lui a si mal à propos imputés !
Quoique nous puissions proposer ce défi avec confiance , nous sommes loin d’aspirer à porter également la conviction dans les esprits. Nous savons combien la raison humaine prend plus facilement le moule de nos opinions que celui de la
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vérité, et qu’entre deux hommes d’un avis contraire , ce que l’un considère comme démontré n’est souvent encore que problématique pour l’autre. Mais , avant tout , il faut chercher à penser et à parler juste sans vouloir ramener forcément les autres à nos goûts et à nos sentimens. « C’est une » trop grande entreprise, a dit La Bruyère. »
DES AVANTAGES