‹ Traité de la réunion immédiate et de son influence sur les progrès récens de la chirurgie dans toutes les opérationsChapitre 12 sur 34 · J)K S AVANTAGES · texte numérisé non relu

J)K S AVANTAGES

lie la mort du malade. Le 2 décembre, il avait cessé d’exister.

Autopsie . Une caverne au sommet du poumon gauche, des adhérences nombreuses et anciennes entre les plèvres, et un grand nombre de tumeurs cancéreuses. Les unes étaient enkystées et les autres unies d’une manière plus intime avec le tissu pulmonaire. A la base du poumon droit , et immédiatement au dessus du foie, un cancer très volumineux et déjà ulcéré : toutes ces tumeurs avaient l’aspect de celle qu’on avait extirpée à la cuisse ; c’était encore le tissu dit cérébriforme.

La synoviale du genou fut trouvée remplie de pus.

Réflexions. Si la réunion immédiate réussit dans le midi de la France , on doit voir que la salubrité seule du pays ne suffit pas pour assurer le succès des opérations ; ce que l’on attribue à l’influence du climat tient plus souvent encore à l’application bien entendue des règles de la thérapeutique. Une large plaie avait été faite dans la profondeur d’un membre et près d’une articulation , et l’on avait été obligé de bourrer la cavité avec des tampons de charpie; aussi le malade est mort au milieu des douleurs les plus vives et de l’agitation la plus grande : il ne pouvait pas en être autrement. Ici , Feffet est trop évidemment lié à la cause pour méconnaître la source de tous les accidens.

Les faits analogues tjue nous possédons sont déjà en assez grand nombre.

Fallait-il donc réunir la plaie ? nous dira-t-on.

Non.Puisqu’il nous est permis d’exprimer notre avis, il n’eût fallu peut-être ni réunir ni opérer de la sorte ; il fallait amputer la cuisse, ou s’abstenir d’y toucher. Nous établissons en principe que toutes les fois qu’il s’agit d’emporter des tumeurs très étendues , il faut renoncer à l’opération si l’on n’a pas la certitude de pouvoir fermer aussitôt la plaie. Le professeur Delpech eût-il pu , eût-il dû jamais entreprendre cette belle opération dont il a été déjà question, s’il n’eût compté d’avance sur les bienfaits de la méthode adhésive ? Quand nous nous retraçons le tableau de tout ce que nous avons vu de bien et de mal en fait de réunion primitive et secondaire , nous ne pouvons nous figurer que l’on puisse encore s’élever contre la première de ces deux méthodes.

Le fait que nous venons de raconter offre un nouvel exemple d’opération oit le malade est mort daccidens pneumoniques , quoique cependant la plaie n’ait pas été réunie. Nous le soumettons à l’examen de M. Hervez de Chégoin et de tous ceux qui pensent comme lui.

5°. Puisque la phlébite est une maladie si funeste, n’est-ii pas à redouter qu’en livrant la plaie à la suppuration , la phlogose se transmette à la membrane interne des vaisseaux , et ajoute ainsi à la gravité de l’opération? On concevrait alors comment M. Blandin a tant trouvé de phlébites chez les amputés.

M. Lisfranc prétend avoir observé que si , après avoir pratiqué la section des veines, on les laisse

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exposées au contact de l’air, on les voit rougir presque à l’instant , se gorger de sang et passer bientôt à l’état inflammatoire. Aussi, dit-il, après avoir excisé les veines variqueuses il faut en ensevelir les bouts au dessous des tégumens et tenter la réunion immédiate (i).

Si cette remarque est juste (et le talent observateur de M. Lisfranc en est pour nous le garant ), n’est-ce pas une raison de plus pour recourir à la méthode adhésive à la suite de la plupart des opérations ?

Peut-on, avec de telles idées, laisser à découvert une plaie récente durant deux ou trois heures, dans l’intention de lier plus exactement les vaisseaux? Ils veulent , disent-ils, attendre que le sang coule, pour mieux saisir les artères ; et quand elles en versent à plein jet, ils feignent de ne pas les voir. L’opération va plus vite, il est vrai ; mais une opération est toujours assez tôt faite quand elle est bien exécutée. N’est-ce rien que les douleurs qu’il faudra plus tard imposer au malade pour lier ces mêmes vaisseaux et panser la plaie?

6°. Enfin, se persuaderait-on qu’on ait pu se fasciner les yeux jusqu’au point de considérer la pourriture d’hôpital comme une contre-indication à la méthode par recouvrement? S’il fut jamais un cas dans lequel ce mode de guérison convînt, c’est certainement celui - là. Oui , la pourriture d’hôpital a fourni, à elle seule, les plus belles pages de l’his-

(i) Leçons de clinique à F hôpital de la Pitié , hiver, 1829-.

toire de la réunion immédiate, et rien ne pourra les ternir.

N’a-t-on pas été encore jusqu’à avancer que cet accident pouvait être la conséquence de la méthode adhésive;mais,en vérité, quel rapport de causalité y a-t-il entre ce mode de pansement et la complication fâcheuse dont il s’agit? 11 faut avoir lu ces choseslà pour y croire.

Voici comment s’exprime, à cet égard, le professeur Delpech , dont l’opinion en fait de pourriture d’hôpital doit être toute prépondérante : Si nous n’eussions pas été convaincu d’avance de l’utilité de la réunion immédiate à la suite des amputations, le danger de voir bientôt les plaies des moignons infectées de pourriture nous aurait naturellement conduit à cette pratique ; néanmoins , elle ne nous a pas suffi , et nous avons été obligé d’y ajouter des précautions particulières. Les fils des ligatures, quoique disséminés, afin de réduire la plaie aux moindres dimensions possible , ont cependant été cause de l’accident que nous voulions éviter, en laissant subsister quelques surfaces suppurantes extérieures. La pourriture d’hôpital s’est emparée de ces points , et quoiqu’elle ait marché avec une grande lenteur, à raison de l’étroitesse de l’espace, elle n’en a pas moins fini par détruire la cicatrice récente , dénuder et nécroser l’os, et faire des moignons coniques toutes les fois qu’elle a été abandonnée à elle-même. Pour éviter cet inconvénient, nous avons pris le parti de ne plus réserver les bouts des ligatures et de couper les fils contre le

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nœud, afin de n’avoir plus d’interposition et de pouvoir réunir plus exactement les parties : dès lors , n’ayant plus de plaie extérieure , nous n’avons plus eu de pourriture à la suite des amputations.

A cela M. Roux répond : Quels ont été les avantages de cette pratique ? N’y a-t-il eu aucune suppuration dans la plaie ainsi parfaitement réunie dans tous les points? Le moignon a-t-il été consolidé plus promptement qu’il ne l’est dans les cas où l’on conserve les fils des ligatures, soit qu’on les réunisse en un seul faisceau vers l’angle le plus déclive de la plaie , soit qu’on les dissémine sur différens points de cette plaie? N’est-il rien survenu qui tînt à l’incarcération des anses des ligatures au milieu de cette plaie ? C’est sur quoi M. Delpech ne s’explique pas (i).

Nous pouvons aujourd’hui donner au professeur Roux les éclaircissemens qu’il demande, el dire :

i°. En opérant, comme le conseille le professeur Delpech , quelquefois on est assez heureux pour obtenir une réunion primitive presque dans toute la force du terme , et en supposant qu’il y ait un peu de pus formé, sa présence ne s’oppose pas in vinciblement à la réunion.

2°. Bien qu’en coupant les fils des ligatures tout près du nœud on ne puisse pas se promettre de les

(î) Voyagea Londres; par M. Roux, page

ensevelir pour toujours dans la plaie, et que leur présence dans l’épaisseur du moignon donne lieu le plus souvent à la formation d’un petit abcès, il est bien reconnu que leur interposition entre les lèvres de la solution de continuité empêche l’adhésion de s’effectuer. Ainsi , dans un cas urgent comme celui où se trouvait le professeur Delpech , valait-il mieux courir la première de ces chances , que de s’exposer à voir échouer la réunion ? Plusieurs malades ont pu sortir de l’hôpital et échapper à la contagion avant que le travail d’élimination fût établi.

Telle est , en abrégé , l’idée que nous nous formons des avantages de la réunion primitive sur la réunion secondaire : les principes que nous professons ne sont donc, chez nous, ni le fruit d’une opinion préconçue, ni celui d’un système que nous avons pris à cœur de défendre; ils découlent d’un grand nombre de faits froidement observés et soumis à un examen comparatif et sévère. Au surplus , s’il fallait compter les opinions et non les peser, l’avantage serait encore de notre côté. Le nombre des chirurgiens qui emploient la méthode adhésive est plus grand qu’on ne pense : si l’on faisait un relevé des modes divers des pansemens suivis dans les hôpitaux de France, il serait aisé de démontrer que le parallèle est tout en faveur de la réunion. Que serait-ce si nous par-^ lions de ce qui se fait en Angleterre et dans les États-Unis !

La suppression de l hémorrhagie et la réunion des

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surfaces divisées, dit Thompson , sont, dans toutes les blessures et dans toutes les opérations, le premier et le seul objet de l’attention des chirurgiens, et l’on peut dire que les succès de sa pratique sont proportionnés à la connaissance qu’il a des moyens d’y atteindre (i).

Terminons, en disant avec M. Maunoir aîné : « Il faut enfin que ce grand procès soit plaidé et jugé; que les partisans de l’ancienne méthode lais^sent arracher le bandeau qui leur couvre les yeux, ou qu'ils appuient, s’ils le peuvent, la supériorité de leur doctrine par leurs nombreux succès, et qu’ils prouvent que la réunion immédiate fait un plus grand nombre de victimes (2). »

Puisse la prévention ou l’amour-propre ne pas entraver les débats!

(1 )De V inflammation , page 2-5o.

(2) Mémoire sur les amputations , page 1 (>.

DE LÀ. REUNION IMMÉDIATE, et C. 2^^

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