‹ Traité de la réunion immédiate et de son influence sur les progrès récens de la chirurgie dans toutes les opérationsChapitre 14 sur 34 · DES PLAIES DE LA TETE · texte numérisé non relu

DES PLAIES DE LA TETE

Après avoir parlé des avantages de la réunion immédiate à la suite des plaies simples, nous eussions dû nous abstenir de traiter en particulier de celles de la tète, d’autant qu’elles ne diffèrent en rien sous ce rapport des autres solutions de continuité : telle est, du moins , l’opinion la plus généralement admise. Mais nous avons promis de ne rien cacher de ce qui est en opposition avec nos principes, et nous devions conséquemment répondre aux objections faites par M. Margot.

La plupart des écrivains, dit ce chirurgien, conseillent de tenter la réunion immédiate dans les plaies qui intéressent les parties molles extérieures du crâne, quel que soit d’ailleurs l’instrument qui les ait produites. Nous savons que quelquefois ce mode de traitement réussit, et qu’en peu de jours on obtient la guérison sans accident; mais dans un grand nombre de cas, on voit la réunion ne se faire que superficiellement , le pus séjourner dans le fond de la plaie, irriter les tissus, s’infiltrer et produire des inflammations du cuir che» velu, souvent très dangereuses. Nous pensons donc, d’après M. Lisfranc, que jamais on ne doit recourir à la réunion immédiate des bords d'une solution de continuité siégeant sur la partie des tégumens du crâne habituellement recouverte de cheveux (i).

(i) Revue médicale, tome I, août 1826.

Ce ne sont pas les faits que nous avons recueillis nous-méme, que nous voulons opposera M. Margot, c’est dans les écrits des auteurs les plus recommandables que nous irons puiser nos preuves.

i°. Laissons parler Lamotte : Sans que je veuille pénétrer la raison ni demander pourquoi un chirurgien, au lieu de remplir son intention, qui est de réunir la plaie , la dilate par une quantité de bourdonnets qu’il y fourre avec force, je ne doute pas que si je demandais à ce chirurgien raison de sa méthode , il ne me dît que c’est comme il l’a vu pratiquer à ses maîtres. Mais nous ne devons jamais imiter leur mauvaise manœuvre , comme est celle de tenir les lèvres d'une plaie divisée par des bourdonnets , contre le précepte formel d'ôter les corps étrangers dans la vue de procurer la réunion des plaies ; au lieu de quoi les tamponneurs des plaies semblent y en mettre exprès pour empêcher la réunion . C’est donc un abus qu’il faut absolument abandonner pour suivre les judicieux préceptes que les anciens nous ont légués (i).

En s’en rapportant au langage que tenait Lamotte, il est aisé de voir que la réunion immédiate appliquée au traitement des plaies de la tète n’est point une méthode nouvelle. Cependant, nous croirions mal faire si, comme lui, nous appliquions sur la plaie des compresses trempées dans le vin

(i) Traité complet de chirurgie , tome ï, pages 526 et 527.

ou l’eau-de-vie, la dénudation des os du crâne ne nous empêcherait pas non plus d’avoir recours à la réunion.

2°. L’exfoliation du crâne dénudé par une violence extérieure , sans aucune complication, serait beaucoup plus rare , disait le célèbre Pott, si on ne la «regardait pas comme inévitable, et si le traitement n’était dirigé précisément dans l’intention d’obtenir ce résultat; les os des enfans et des jeunes sujets sont d’un tissu si tendre qu’ils se recouvrent facilement d’une surface de bourgeons charnus, qui rendent leur exfoliation inutile. Chez les adultes même, dont les os sont plus durs, l’exfoliation est aussi souvent un effet de l’art qu’une conséquence naturelle du mal. Alors elle reconnaît presque toujours pour cause un mode de pansement vicieux, et dans lequel on s’est proposé d’obtenir cette terminaison.

5°, J.-L. Petit ne pensait pas autrement: ce chirurgien, qui a eu occasion de traiter et de voir un si grand nombre de plaies à la tête , notamment à Courtray, où il reçut dans son hôpital quatre ou cinq cents blessés qui avaient été massacrés dans une charge de cavalerie, ne fait nullement mention des inconvéniens que l’on voudrait attribuer à la réunion immédiate. Seulement, il pense que dans le cas où le lambeau est détaché de haut en bas, il faut faire une contre-ouverture à sa base pour assurer l’écoulement du pus en cas de suppuration. Mais aussi, il rapporte l’histoire d’un cocher sur la tète duquel la roue d’une voiture

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ayant passé et détaché les parties molles du front et le périoste , il réunit avec des bandelettes d'emplâtre d André de Lacroix , et la plaie fut trouvée exactement réunie le troisième jour . J’ai vu plusieurs fois, dit il, une grande partie de la calotte enlevée et presque entièrement séparée du crâne se recoller en vingt-quatre heures , parce que la contusion n’était pas considérable. Ce n’est pas le déchirement, si grand qu’il soit, qui fait obstacle à la réunion, c’est la contusion (i). h-L. Petit était donc encore bien loin d’avoir sur les plaies de la tête les mêmes idées que M. Margot.

4°. Voyons ce qu’en dit Richter dans sa Grande Chirurgie , ouvrage trop peu connu en France. Le ferite di communi integumentifatte da stromento tagliente, senza offensa del cranio , sono ferite sim plici, ni cui niente di particolare da notar presentasi. Puossi parimente se niente havvi che vi si opponga , passare alla immediata riunione délia disgiunte parti. Un cosi fatto trattamento non escludono nepurè le simplici ferite lacerate et le contuse degli integumenti. Quand’anche poi il tentativo délia pronta riunione non riesca, non porta seco alcun reale inconveniente . Ad un tal uopo ordinariamente bastano le strice d’empiastro agglutinente. Ogli è anchè talvolta necessario un punîo di cucitura cruenta. Quando in grazia di una cosi fatta ferita l’osso alla scoperto trovasi, onde non lasciarlo lun-

(i) Maladies chirurgicales, tome I, page 56,

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gamente denudato, ad evitarne la sussequente mortificazione ed esfoliazione, hassi ben tutta la ragione di tentare la riunione delle disgiunte parti ( i )

5°. A l’autorité d’un nom aussi respectable que celui de Richter joignons celle de Callisen : simplex incisio instrumente* scindente acuto lente , in ducta, vulnerum simplicium therapeiam omninô sequitur ... si obliqua seu transversa fuerint vulnera cœsa , attamen nisi cranii lœsio , vel alia symptomata adsint, instar vulneris simplicis, emplastris, fasciis, situ , compressione reuniri possunt , nec denudatio cranii simplex hune methodum excludit. Ictu sepa ratus partium mollium cranium obtegentes pannb culus, cuti unius later'is adhuc vel absque vel cum cranii denudatione , nisi prof undioris lœsionis signa adsint, citum reunionis tentamen requirit, quo lorigâ atque molestâ curât, ossisque aller atio interdum avertitur. Siangustus fuerit panniculus , una alterave sutura , interdum versus anguli externum requis ritur (2 ).

6°. Enfin, dit John Bell, il n’est pas étonnant que les chirurgiens anciens, qui craignaient de fermer les plaies avant que l’exfoliation de l’os eût lieu, montrassent tant de répugnance pour la suture ; on est cependant convaincu aujourd’hui que l’on peut, quandde cas l’exige, avoir recours à ce moyen. Si V adhésion immédiate ne s'effectue pas

(1) Elément i di chirurgia di Richter , da Volgi, tome II, pages 11 et 12.

(2) Systema chirurgiœ hodiernœ , tome I, pages 61 1 et 612,

dans le temps ordinaire , on enlève les fils et il n en résulte pas le moindre inconvénient ; si elle a lieu , elle met le malade à Vabri de tout danger. Supposez que les parties molles extérieures de la tête soient tenues séparées du crâne , les os restent à découvert, l’exfoliation se fait attendre pendant six, huit, dix mois, suivant les circonstances. Pendant tout ce temps , la vie du malade est continuellement menacée (i).

7°. Enfin, Petit, de Lyon, qui, dans sa Clinique. , a consacré un article très étendu au traitement des plaies des parties molles de la tête, loin de parler des inconvéniens de la réunion, cite plusieurs faits dans lesquels il a obtenu les succès les plus beaux et les plus prompts. Lisez sa première, sa cinquième et sa dix-huitième observation, et vous verrez des exemples de guérison complète obtenue le cinquième, le sixième et le dix-huitième jour. A la vérité M. A. Petit dit quelques mots d’une plaie à lambeaux pour laquelle on avait employé la suture sans nécessité, et où elle fut suivie d’un peu d’engorgement; mais qu’est-ce qu’un peu d’engorgement à côté des accidens mentionnés par M. Margot ?

Disons tout (car il faut de la bonne foi dans les discussions scientifiques). Petit, de Lyon, parle aussi d’une autre plaie à lambeaux avec dénuda-

(i) Ouvrage cité, page 4^4*

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tion de l’os à la partie postérieure de la tête. La plaie ayant été réunie, il fallut pratiquer une incision à la base du lambeau , une fièvre intermittente survint le onzième jour et le malade mourut le dix huitième . Nous pressentons toutes les arrière-pensées qu’un semblable fait peut faire naître dans l’esprit de M. Margot et de ceux qui pensent comme lui ; mais il nous reste un regret en lisant ce fait, c’est que M. A. Petit n’aitpas fait l’autopsie de ce malade. Sans doute, il est possible que le chirurgien de Lyon ait donné le nom de fièvre intermittente à des phénomènes fébriles purement symptomatiques.Toutefois ne mettons pas une supposition à la place d’un fait : d’ailleurs , serait-ce la première et la seule plaie superficielle de la tête qui eût causé la mort d’un blessé ?

8°. Samuel Cooper, qui paraît avoir observé avec attention ce qui se passe lorsque la réunion n’est que partielle , nous dira plus textuellement ce qu’il en est. « Dans ce cas , du pus se rassemblera dans les endroits où la réunion ne se fera pas ; mais la guérison n’en sera pas moins complète. Une ou deux petites ponctions donneront issue à la matière, la tête conservera ses tégumens propres , et la cure ne sera réellement que peu retardée par la formation de quelques petits abcès (i). »

Enfin, que l’on se rappelle les cas de plaie de

(i) Dictionnaire de chirurgie, art. plaies de la tête.

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tête que nous avons déjà cités, et Ton sentira que si nous ne voulions éviter de parler trop souvent de ce que nous avons vu nous-même, nous eussions pu trouver dans notre recueil d’observations des faits plus que suffisans pour répondre au mémoire de M. Margot. Développons notre pensée.

90. Quoique d’un sentiment opposé à celui de ce jeune chirurgien, nous ne prétendons pas nier la vérité des faits qu’il a avancés : c’est une manière à la fois peu logique et peu décente, mais trop commune, que de repousser de la sorte les opinions d’autrui. Celui qui ne croit rien fait preuve tout au plus d’une ignorance présomptueuse, et se condamne à la nullité de savoir ; mais celui qui croit tout sans examen fait preuve, à son tour, d’une ignorance timide et paresseuse , et se réduit à la nullité de penser. Tenons donc compte des observations de M. Margot, et que M. Margot ne rejette pas celles des autres. Si, comme il le dit luiraème, la déchirure de la cicatrice a presque toujours suffi pour faire avorter Forage, pourquoi ne pas commencer par tenter la réunion ?

Quelque simple que soit une solution de continuité à la tête, il ne faut jamais oublier que les organes renfermés dans la cavité du crâne peuvent avoir souffert, et que la prudence exige que l’on éloigne avec soin tout motif d’inflammation. Si alors meme que l’on réunit exactement la plaie , la phlogose y est quelquefois assez vive pour compromettre les jours du malade, que sera-ce quand on interposera

de la charpie entre les lèvres de la plaie, dans la vue d’empêcher par là leur adhésion mutuelle (1)?

io°. Peu de parties de notre corps sont aussi bien disposées que celles de la tête , et présentent des conditions anatomiques aussi favorables à la réunion. Outre qu’il existe dans cette région un plan solide sur lequel on peut aisément appliquer les lambeaux , la peau du crâne offre encore beaucoup d’épaisseur, et renferme des artères assez considérables. C’est à la faveur de cette «

heureuse disposition que l’on est souvent parvenu à obtenir le recollement du cuir chevelu là où toute autre portion des tégumens eût été indubitablement frappée de mort. Comment les plaies de la tête auraient-elles tant de difficulté à se réunir alors que celles de la face se prêtent si aisément à l’adhésion?

ii°. Quoique nous nous soyons montré jusqu’ici grand partisan de la suture , nous partagerions assez volontiers l’opinion des auteurs qui veulent que l’on s’en abstienne dans les plaies de la tête.

(i) Nous aurions pu nous dispenser de répondre aux argu— mens allégués par M. Margot ; car nous avons appris que ce i jeune praticien, aujourd’hui fixé à Voiron, département de l’Isère, est entièrement revenu des préventions qu’il avait contre la réunion : il en convient lui— même. Celte conversion ne sera ni la seule ni la dernière. C’est moins à lui que ces objections s’adressent qu’à ceux qui pourraient avoir adopté ses idées.

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d’autant que la piqûre des tégumens du crâne nous a paru très propre à donner lieu au développement de l’érysipèle. Cependant il est quelques circonstances dans lesquelles l’emploi de ce moyen devient indispensable; nous en avons déjà offert quelques exemples, nous en aurons encore quelques autres à faire connaître dans la suite.

A propos d’éruption érysipélateuse à la suite des solutions de continuité à la tête, ne nous laissons pas imposer au point de croire toujours à l’existence d’un embarras gastrique ou d’un dérangement des voies alimentaires. Nous ne voudrions pas nous charger d’expliquer pourquoi les plaies de cette région donnent lieu plus souvent à l’érysipèle que celles des autres parties du corps ; mais nous avons appris par des essais malheureux à nous méfier, dans ces cas, de l’emploi des vomitifs, et nous devons le dire, Desault, qui a tant préconisé le tartre stibié, n’employait guère ce remède qu’en lavage.

Stoll , dont l’opinion sur les mauvais effets de la méthode évacuante réveillera l’attention de tout le monde, fait remarquer qu’après des coups à la tête, il est bien souvent difficile de déterminer avec précision si les nausées et les vomissemens dépendent de l’estomac ou du cerveau; il importe donc d’y regarder de près. Quand on a vu, en pareil cas, l’administration de l’émétique suivie de la mort quelques heures après, il est bien permis de manifester ses doutes et ses craintes.

12°. Enfin, quel que soit le mode de pansement que l’on adopte pour les plaies de la tête, il faut,

d’un coté, Dupliquer jamais de bandage trop serré et, de l’autre, pratiquer au moins une ou deux saignées. Souvent on serait dans l’erreur si l’on voulait calculer d’avance la gravité des accidens par l’étendue de la blessure.

ARTICLE III

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