‹ Traité de la réunion immédiate et de son influence sur les progrès récens de la chirurgie dans toutes les opérationsChapitre 20 sur 34 · OPÉRATION DE LA HERNIE · texte numérisé non relu

OPÉRATION DE LA HERNIE

i°. L’opération de la hernie, considérée dans ses mille variétés, est une de celles qui prouvent de la manière la plus forte l’influence que l’étude *de l’anatomie peut exercer sur le perfectionnement des procédés opératoires; mais ici s’ouvre un nouveau champ d’étude. Il ne s’agit plus d’examiner la position, la forme, la texture ou les rapports naturels d’un ou de plusieurs organes, il faut tenir compte tout à la fois et des déplacemens que les parties ont éprouvés, et des altérations quelles peuvent avoir subies. C’est, en un mot, une application continuelle des connaissances puisées dans l’anatomie descriptive, l’anatomie chirurgicale et l’anatomie pathologique. Quand on saura que le célèbre

moitiés de la voûte palatine est un grand obstacle non pas à l’exécution, mais au succès de la staphyloraphie. Puisqu’il en est ainsi , ne pourrait-on pas, par une action prolongée sur les dents ou sur les arcades alvéolaires , avant que ces os aient acquis toute leur solidité , obtenir le rapprochement des deux parties de la voûte palatine ? On ramènerait ainsi ce vice de conformation à la forme la plus simple , et on pourrait alors pratiquer la staphyloraphie avec les mêmes chances de succès que dans le cas d’un écartement partiel et peu étendu des os du palais : c’est «à quoi Levret, Jourdain et Autenrieth avaient déjà pensé. (Archives de médecine, tome VII, page 53^.)

Ce mode de traitement a été employé avec succès tout récemment par MM. Pointe de Lyon et Maunoir de Genève.

Arnaud, qui consacra tant d’années de sa vie à l’étude des hernies , disait n’avoir jamais trouvé , dans sa pratique, deux cas parfaitement semblables, on pourra se faire une juste idée de l’étendue des difficultés que présentent ces maladies.

2°. Au point où en sont les choses, on ne peut plus se contenter de ces notions légères à l’aide desquelles on se croyait jadis appelé à faire les opérations: aujourd’hui, pour cultiver la chirurgie avec avantage , il faut connaître le corps humain dans ses détails comme dans son ensemble, dans ses formes physiologiques comme dans ses formes anormales, dans son état embryonnaire comme dans son état de développement. Ce besoin , que nous exprimons, a été tellement senti que les hommes qui professent l’anatomie dans les grandes écoles ont modifié depuis peu leur enseignement. Déjà, nous avions vu le professeur Dubreuil introduire cette heureuse réforme à la Faculté de Montpellier et en obtenir les succès les plais encourageans (4). Plus tard , nous avons suivi à Paris les leçons du professeur Cruveilher, et le résultat nous a paru être le meme. Encore quelques années, et l’enseignement de l’anatomie sera parfait en France. Quand l’impulsion est une fois donnée par les bons esprits il faut que la révolution s’opère (2).

(1) Qu’ii est doux, eu rendant hommage au talent, de pouvoir en même temps satisfaire aux besoins du cœur!

(?) Plusieurs ouvrages remarquables se rattachent à celle

3°. L’opération de la hernie inguinale (car c’est celle que nous prendrons pour type) remonte jusqu’à Franco : avant lui, le défaut de lumières sur le mécanisme de ces hernies, sur les tuniques qui les enveloppent, sur les rapports de situation et de connexion entre les viscères déplacés, le cordon spermatique et le sac herniaire, avaient toujours égaré les chirurgiens. Pour la cure de la hernie inguinale simple, on avait recours aux moyens les plus barbares, tandis qu’on laissait périr les malades atteints de hernie étranglée. Franco sentit le premier la nécessité de remédier à l’étranglement par une opération qui, en débridant l’anneau, mît les parties déplacées à l’abri de la compression; mais qu’il y avait loin de ce mode opératoire à la manière dont Scarpa, par exemple, envisage cette même opération! L’anatomie pathologique et l’anatomie topographique seules pouvaient fournir les moyens de remplir cette lacune.

A travers les erreurs dans lesquelles le défaut des connaissances anatomiques entraîna souvent les anciens , on ne peut s’empêcher de voir avec plaisir le soin avec lequel ils rapprochaient les bords de la plaie qui résultait de l’opération. Au dire de Sabatier, dont l’ouvrage renferme un grand nombre de documens historiques , Franco était

époque : tels sont ceux de MM. Meckel , Blandin et Velpeau, qui, quoique jeunes encore, ont su, par leurs travaux, prendre rang parmi les anatomistes les plus distingués.

APPLIQUÉE AUX GRANDES OPERATIONS. 3/j()

dans l’usage d’avoir recours à la suture (i). Roussel, qui écrivait en i 58o, recommande le même procédé. Ambroise Paré, Pigrai etThévenin tiennent le même langage. Enfin, ce n’est que sur la fin du dix-huitième siècle qu’on commença à se servir d’une tente, que l’on portait] à travers l’anneau jusque dans la cavité du bas-ventre, et que l’on ôtait lorsque la suppuration était bien établie. L’effet qu’on en attendait, dit l’auteur de la Médecine opératoire , était d’empêcher que les parties se déplaçassent de nouveau , et de conserver une voie par laquelle les écoulemens intérieurs pussent se faire avec facilité Cette dernière méthode, modifiée par Petit et plusieurs autres praticiens, fut ensuite assez généralement adoptée, nous ne saurions trop dire pourquoi. Cependant Mertrud, membre du Collège de chirurgie de Paris, écrivait encore, en 1740, que la plaie qui résulte de l’opération de la hernie peut être regardée comme une plaie simple, et ne demande que la réunion. Si on en rapproche les bords sans y introduire ni tente, ni pelote, ni bourdonnet, le malade sera, dit-il, guéri en sept ou huit jours, au lieu de six semaines ou deux mois , et quelquefois plus, que l’on emploie ordinairement, et par là on évitera toutes les douleurs que causent de si longs et de si fâcheux pansemens. Leblanc partage entièrement ces idées (2), et le professeur Sabatier

(1) Médecine opératoire;, tome II, page 36i.

(2) Nouvelle méthode d'opérer les hernies , page 83,

55o DE LA RÉUNION IMMEDIATE

s’exprime à cet égard en ces termes : Il est certain que la plaie qui résulte de V opération de la hernie peut , en quelque sorte, être considérée comme une solution de continuité faite aux parties saines. Il ri y a rien de mieux à faire que rien rapprocher les bords (ï).

4°. Tels étaient, en effet, les principes que nous avions puisés dans les leçons du professeur Delpech, lorsque, dans son grand ouvrage de chirurgie clinique, publié en 1828, il a manifesté pour la première fois des idées contraires. Ce change» ment, survenu tout à coup dans sa manière de voir, ne nous a point surpris; car nous l’avons vu souvent, dans l’intérêt seul de la science, faire le sacrifice de ses opinions les plus chères. Mais désirant connaître la raison de sa pensée, voici ce que nous avons lu :

« Lorsqu’après l’opération de la hernie on a recours à la réunion immédiate, il se fait dès les premiers jours un épanchement pseudo-membraneux dans le sac herniaire, qui pourrait faire craindre à des gens inexpérimentés que les parties fussent déplacées de nouveau. Cette tuméfaction, comme celle qui suit l’opération de l’hydrocèle par l’injection, diminue, durcit et se dissipe. Elle atteste l’union des parois du sac herniaire. Mais cette union, qui se relâche beaucoup avec le temps, est purement celluleuse et ne peut opposer une résistance

1) Médecine opératoire , tome II, page 3f>3

APPLIQUÉE AUX GRANDES OPERATIONS. 55 i

aux viscères, qui tendent à se déplacer. Cette adhérence peut même être partielle, en sorte que le déplacement des viscères venant à se reproduire, ces derniers peuvent trouver dans le sac des brides, des collets, des compartimens , toutes dispositions très propres à les gêner, à les embarrasser, sinon à les étrangler.

Lors, au contraire, que l’on garnit le collet et toute la cavité du sac herniaire de tampons de charpie, en provoquant l’inflammation suppurative, on provoque aussi la formation du corps fibreux y lequel, par sa coarctation progressive, efface la cavité du sac en rapprochant ses parois, et oppose toute sa force à la tendance des viscères à un nouveau déplacement. Aussi, après des pansemens prolongés et soignés , on observe que la reproduction de la hernie ne se fait que lentement, qu’un bandage bien fait peut la prévenir totalement ; tandis qu’après la réunion immédiate la hernie reparaît presque aussitôt, malgré le soin de ne quitter jamais le bandage. Il paraît donc ration nel de préférer la conduite propre à provoquer la formation des modules (i).

Pour résoudre cette question, il ne faut pas, ce nous semble, avoir égard seulement au résultat défi nitif de l’opération; on doit aussi faire entrer en considération les accidens qui peuvent provenir de l’un ou de l’autre mode de pansement. En effet, n’est-il pas à craindre qu’en livrant à la suppuration

(1) Clinique chirurgicale de Montpellier, tome II, page 443

5Ôa M LA RÉUNION IMMÉDIATE

le sac herniaire resté au dehors, l’inflammation se propage jusqu’au péritoine, et donne lieu à une péritonite mortelle ? Presque tous les malades qui succombent à la suite de la herniotomie meurent de cet accident. Quoi! avant de pratiquer l’opération et après l’avoir terminée, nous allons réunir tous nos efforts pour étouffer l’inflammation; et au moment du pansement, nous ferions précisément tout ce qu’il faut pour provoquer la phlogose ! Quand un malade atteint d’une hernie étranglée réclame nos soins, il ne nous demande pas de le débarrasser pour jamais de l’infirmité qu’il porte; avant tout, il s’écrie qu’on l’arrache à la douleur ou à la mort.

Trente-troisième observation.

Hernie crurale. — Étranglement. — Operation. — Re'union immédiate. — Adhesion des lèvres de la plaie le quatrième jour. Le huitième , la malade sort.

Le docteur Martin , professeur d’anatomie à l’École secondaire de Marseille, fut appelé, il y a environ six mois, pour voir, au village Saint-Henry, une femme, âgée de soixante-cinq ans , sujette depuis plusieurs années à une hernie crurale du côté droit, qu’elle maintenait assujettie par un bandage. Dans un violent effort qu’avait fait la malade, l’intestin s’était échappé à travers Panneau, et toutes les manœuvres que l’on avait tentées pour le réduire avaient été vaines.

Les symptômes d’étranglement persistant, l’opération fut pratiquée : elle n’offrit rien de particu-

lier. Les bords de la plaie furent rapprochés et maintenus par trois points de suture, un bandage inguinal recouvrit le tout.

A la levée du premier appareil , qui eut lieu le quatrième jour, la réunion de la plaie était intime; les fils furent coupés et retirés; les trous faits aux tégumens se cicatrisèrent, et au bout de huit jours la malade sortait et commençait à vaquer à ses occupations.

Réflexions. Est-il rien de plus simple et de plus satisfaisant que le résultat de cette opération ? En supposant que la hernie dût se reproduire , la malade ne serait-elle pas suffisamment dédommagée par la rapidité de la guérison ? Est-on , d’ailleurs , bien sûr que , dans tous les cas où l’on réunit la plaie, la hernie doive reparaître, et que l’on puisse au contraire se mettre à l’abri de cet accident en ayant recours à la réunion secondaire? C’est là une double question qu’il importe encore d éclaircir.

Déjà, à Montpellier, nous avions cherché à lever les doutes qui nous restaient à cet égard; mais comme l’opération de la hernie y est très rare, nous en étions parti sans savoir trop à quelle idée nous arrêter. Depuis lors , nous avons saisi toutes les occasions que pouvaient nous offrir la capitale et les hôpitaux nombreux que nous avons visités, et nous en sommes enfin venu à reconnaître que, quel que soit le mode de pansement auquel on donne le choix, l’opération de la hernie met rarement à l’abri de la récidive.

« Le retour fréquent de la hernie, dit Lawrence,

354 de réunion immédiate

» doit être principalement attribué à l’agrandisse- » ment de l’anneau par l’incision (i). » Si cette condition locale existe, il n’est rien hors de l’abdomen qui puisse opposer une résistance capable d’empêcher les viscères de sortir. Quand on pense que la masse entière du tube intestinal , même une partie de l’estomac ont pu passer peu à peu à travers l’anneau inguinal , et venir se loger dans un scrotum énorme formé aux dépens de la peau du périnée et de la partie interne des cuisses , est-il bien sûr qu un peu de tissu fibreux, engendré par la suppuration , puisse y à lui seul , empêcher une petite anse d'intestin de passer à travers Vanneau ? Pourquoi donc voit-on tant d’éventrations à la suite des plaies pénétrantes de l’abdomen qui n’ont pas été réunies?

Nous ne manifestons ces doutes que parce que M. Delpech n’a peut-être pas encore assez souvent constaté par l’examen cadavérique les faits sur lesquels il a établi son opinion. Nous en jugeons par le peu de temps depuis lequel il a changé de manière d’agir et par la rareté de l’opération de la hernie dans le pays qu’il habite. S’il en était autrement, nous n’aurions rien à lui opposer; car nous respecterons toujours les faits, et plus encore ceux sortis de la bouche de nos maîtres.

Toutefois, avouons que Scarpa semblerait assez partager, sous un rapport, les idées du professeur de Montpellier : Si la tumeur est assez volumineuse

(i) Traité des hernies } page 258,

et ancienne , dit le chirurgien de Pavie, il vaut mieux laisser suppurer la plaie , et favoriser ainsi le développement des bourgeons charnus dans son intérieur (i). Mais Scarpa ne pense pas qu’il faille agir ainsi dans tous les cas.

Quant à la reproduction constante de la hernie après la réunion immédiate , nous avons quelques raisons de penser quelle n’a pas toujours lieu s outre que le raisonnement seul fait entrevoir la possibilité d’une cure radicale, l’expérience le prouve.

Trente-quatrième observation .

Hernie crurale. — Symptômes d’étranglement.. — - Herniotomie. — Reunion immédiate par la suture. — Cessation des accidens. — Guérison rapide. — Deux ans après , la hernie ne s’est pas encore reproduite.

Bernade Josse, âgée de trente ans, ayant fait une chute du haut d’un escalier, éprouva des douleurs violentes dans le ventre et un malaise général. Dix heures après l’accident, les douleurs augmentent, elle porte la main au pli de la cuisse, et y trouve une tumeur fort douloureuse au toucher. Le volume de cette dernière s’accroît, les douleurs se propagent au reste de l’abdomen; vers le soir, il survient des vomissemens et des lipothymies , et l’on se décide enfin à transporter la malade à l’hôpital le 20 mars 1827, quarante-huit heures après l’accident.

(1) Addition au mémoire sur les complications des hernies inguinale et scrotale, page 2.4,

Abdomen ballonné , tendu , fort douloureux ; pouls petit; vomisserpens ; hoquet; le taxis avait été pratiqué plusieurs fois, mais en vain. La peau qui recouvrait la tumeur était rouge et enflammée. Les accidens allant toujours croissans, M. Rolland pratiqua l’opération.

L’incision fut pratiquée parallèlement au ligament de Fallope, de manière à dépasser la tumeur d’un demi-pouce en dehors et en dedans. Les enveloppes extérieures et le sac ayant été incisés selon les règles de l’art, l’intestin se trouva à découvert. Le doigt de l’opérateur, porté vers la partie supérieure, reconnut que l’étranglement était produit par la tension du ligament de Gimbernat. Le débridement fut donc fait en rasant le pubis; mais l’ouverture n’étant pas encore assez suffisante pour permettre la rentrée de l’intestin déjà bien enflammé, M. Rolland se vit obligé de débrider légèrement le ligament de Fallope, en dirigeant le tranchant de l’instrument en haut et un peu en dedans. Par ce moyen, la réduction fut rendue très facile.

La plaie fut réunie par première intention à l’aide des bandelettes adhésives : des plumasseaux, des compresses et le spica complétèrent l’appareil. La malade fut mise au lit, les cuisses fléchies sur le bassin.

Le lendemain, douleurs abdominales , pouls petit et fréquent; langue sèche et effilée. (Trente sangsues sur l’abdomen, demi-lavement émollient , fomentations, diète, tisane d’orge.)

Le 22 , nuit moins agitée, mais sans sommeil : les

sangsues ont tiré beaucoup de sang; le lavement a procuré l’issue de quelques matières fort dures et arrondies; le pouls acquiert un peu de plénitude.

Le a3 , les douleurs ont bien diminué; le ventre devient souple et le pouls moins fréquent; la langue s’humecte ,1a soif diminue. (Diète, bouillon de poule, levée de l’appareil , la plaie est presque toute réunie. )

24, la malade a dormi et poussé une selle très copieuse; les douleurs abdominales ont presque disparu; elle demande à manger.

26 , on lui accorde le quart de la portion ; la plaie est totalement fermée.

Le 6 avril, elle sort de l’hôpital.

Je l'ai vue souvent depuis lors ? m’écrit PÆ. Rolland , et quoiqu'elle ne veuille point porter de bandage , la hernie n a point reparu.

Réflexions . Ces faits ne sont pas aussi rares que l’on pense : nous avons consulté à ce sujet un grand nombre de praticiens, et tous nous ont dit que, quoique le plus souvent la hernie se reproduise, il il est des cas où la récidive n’a pas lieu. Si donc la réunion secondaire met quelquefois à l’abri de cet accident, la réunion immédiate peut aussi, à son tour, le prévenir (1). Mais quelle différence 11’y a-t-il pas entre ces deux modes de pansement sous

(i) M. Foullioy, chirurgien en chef au port de Brest, nous a raconté le cas d’un boucher opéré trois fois par M. Duret pour la meme hernie; la plaie avait été livrée à l’inflammation suppurative après chaque opération.

le rapport des dangers immédiats que court le malade?

Du reste, malgré cette dernière considération, qui, selon nous, est du plus haut intérêt, nous sommes loin de vouloir proposer la méthode adhésive dans toutes les opérations de herniotomie. Si l’intestin était dans un état d’inflammation tellement profonde que l’on craignît la gangrène, il serait prudent de ménager à la nature une voie d élimination pour les escarres, les produits inflammatoires et les matières renfermées ou sécrétées par le tube digestif. La doctrine que nous proposons n’est donc ni exclusive ni irrationnelle: d’une part, elle repose sur l’étude attentive des accidens propres à la herniotomie; de l’autre, elle découle des principes déjà émis.

C’est dans un cas de ce genre que nous avons vu le professeur Delpech, à une époque où il s’attachait à réunir la plaie, s’en abstenir avec raison; car une portion de l’anse intestinale fut frappée de mort, et il y eut pendant long-temps un écoulement de matières fécales par la solution de continuité. Ce malade est celui sur lequel le professeur Lallemand fut appelé dans la suite à faire l’application des pinces de M. Dupujtren dans le traitement de l’anus artificiel.

En posant cette restriction au principe de la réunion immédiate, nous ne voyons pas ce qu’on pourrait nous opposer. « Il n’y a pas de raison , dit Law- » rence , pour que les bords de la plaie provenant » de l’opération de la hernie ne se réunissent pas » parle procédé de l’adhésion. »

APPLIQUÉE AUX GRANDES OPÉRATIONS. 5 5q

T rente- cinquième observa don .

Hernie crurale. — Etranglement. — Symptômes graves. — Operation*

— Reunion de la plaie. — Cicatrisation complète le neuvième jour.

— La malade se promène le quatorzième.

Madame Plag..., âgée de soixante-douze ans, mais jouissant néanmoins d’une bonne santé , avait , depuis très long-temps , au côté gauche une hernie crurale peu volumineuse, rentrant avec facilité, mais se reproduisant souvent, d’autant que la malade ne portait aucun bandage pour la maintenir. Le 8 février, la tumeur parut à la suite d’un léger effort que fit madame Plag... Quelques tiraillemens, quelques douleurs dans le bas-ventre attirèrent alors son attention , et lui indiquèrent combien il importait de faire rentrer sa hernie : tous ses efforts furent inutiles. Le professeur Delmas fut appelé, et trouva dans la région crurale gauche une tumeur dure , rénitente , ayant le volume d’une grosse noix , déjà très sensible au toucher, mais sans aucun changement de couleur à la peau. D’après le rapport de la malade (c’est l’opérateur qui parle), je reconnus que j’avais à réduire une hernie étranglée; je fis quelques tentatives , mais Timpatience de la malade, et les souffrances qu’elle me disait éprouver me firent renoncer au taxis. Les douleurs aiguës qu’elle éprouvait , quoique l’étranglement fût encore tout récent, l’état du pouls et l’excitation générale me dénotaient une inflammation commençante. (Quinze sangsues, bain général , fomentations émollientes.)

Cinq heures après, je retournai chez la malade, et fis, mais en vain, de nouvelles tentatives. (Bain général, potion calmante , lavemens , boissons adoucissantes.)

A neuf heures du soir, vomissement de matières bilieuses ; légère tension du bas-ventre, devenu douloureux; rougeur de la peau, sensibilité extrême. Les vomissemens continuent toute la nuit, et le jour d’après, vers neuf heures du matin, la malade se décide à se faire opérer.

L’intestin, mis à découvert, était d’un rouge brun , offrant quelques adhérences légères et récentes , qui furent facilement détruites avec le doigt. Parce moyen, l’anse intestinale fut complètement dégagée; elle était rénitente et paraissait bien jouir de la vie. L’anneau crural était fortement tendu et comprimait une anse complète d’intestin grêle.

J’introduisis une sonde cannelée entre Jeligament de Gimbernat et l’intestin ; dans la rainure de la sonde je glissai le bistouri herniaire de Cowper, et je coupai le ligament de Gimbernat dans une très petite étendue. Je portai de suite le même bistouri à la partie supérieure et moyenne de l’anneau, qui fut incisé peu profondément; l’anse intestinale fut tirée légèrement à l’extérieur, et ce qui se présenta de l’intestin était sain.

La partie étranglée fut lavée avec du vin chaud et réduite bientôt après; je coupai avec les ciseaux une portion du saç herniaire, les lèvres de la plaie furent ensuite rapprochées l’une de l’autre et main-

tenues dans cette position par trois points de suture; un plumasseau enduit de cérat fut appliqué sur la plaie et recouvert par des masses de charpie, le tout contenu par un bandage triangulaire , destiné à exercer une légère compression pour maintenir les lèvres de la plaie appliquées contre le fond. (Diète , eau de veau, fomentations émollientes, potion de Richter. ) A cinq heures du soir (l’opération avait été faite vers midi), la malade rendit quelques vents; à neuf heures, éruption nouvelle de quelques gaz; dans la nuit, deux selles abondantes, sueur légère, détente générale, sommeil durant trois heures.

Le 10, pouls presque dans l’état naturel, basventre souple, indolent, nouvelles évacuations dans la journée, nuit calme.

Le 12, on enlève le premier appareil , légère douleur dans la plaie, peu de rougeur, les parties sont déjà agglutinées. Le lendemain, la peau est un peu douloureuse , la portion longitudinale de l’incision est cependant réunie , on enlève un point de suture.

Le 1 4 ? la sensibilité de la plaie est nulle et la cicatrice complète; on enlève les deux autres points de suture. Déjà la malade a pris quelques alimens,

Le 1 5 , consolidation de la cicatrice , augmentation en alimens, évacuations alvines faciles. La malade se leva le neuvième jour après l’opération, et comme sa fortune lui permettait de prendre des ménagemens, elle ne sortit que le quatorzième;

362 DE LA IîÉïJNJON IMMÉDIATE

mais depuis le neuvième , la plaie n’a plus réclamé aucun soin.

Réflexions. Quelque éclatant qu’ait pu paraître le succès obtenu par M. Martin, celui dont nous trouvons l’exemple dans l’observation ci - dessus n’est pas moins important à noter : ce fait acquiert encore bien plus de prix quand on sait que tel est le mode de pansement adopté par le professeur Delmas, et le résultat qu’il en retire assez généralement. Mais ici deux conditions fondamentales sont nécessaires pour l’obtenir: ce sont l’emploi de la suture et l’application d’un bandage compressif. Le premier de ces moyens sert à maintenir en contact les lèvres de la solution de continuité, l’autre est destiné à effacer la poche qu’occupait la hernie et à appliquer la face interne des tégumens contre le fond. Ce n’est donc pas chose si simple que de combiner à propos l’action de divers moyens: autant la compression est utile à la suite de la herniotomie, autant elle serait préjudiciable après une amputation.

Ce n’est pas seulement à Marseille , à Montpellier et à Toulouse que la réunion immédiate réussit à la suite de l’opération de la hernie. MM. Willaume, à Metz, Foulliôy, à Brest, etGensoul à Lyon suivent aussi cette méthode et en retirent tous les jours de nouveaux succès. Ce dernier, nous écrivant tout récemment à ce sujet, et nous parlant d’un cas de réunion complète obtenue par la suture au bout de huit jours , nous disait : « Je dois avouer » que Ton est rarement aussi heureux , et que le

j) tissu cellulaire inguinal déchiré par le taxis sup~ » pure quelquefois. Mais la plaie reste toujours » moins large et devient plus facile à faire cicatri- » ser. »

Renonçons donc aux tentatives trop souvent dangereuses de réduction , et la méthode adhésive donnera encore des résultats bien plus satisfaisans; ce n’est pas assez que de réunir immédiatement la plaie, il faut surtout opérer à propos. Que de malheureux la herniotomie n’eût-elle pas sauvés , si toujours elle eût été pratiquée dans un moment opportun !

Ne terminons pas ce que nous avions à dire sur la herniotomie , sans accorder un instant de réflexion au procédé à la fois hardi et ingénieux par lequel le professeur Dupuytren a appris à triompher des anus contre nature. Quoiqu’à la rigueur ce sujet ne soit pas du domaine de la réunion immédiate , on ne peut s’empêcher de reconnaître que , tandis que les branches des pinces travaillent à l’ulcération de la cloison intestinale, l’adhésion des feuillets du péritoine s’établit sur les côtés. Sans cette assistance de la part de la nature , les efforts de l’art eussent été infructueux , et les matières fécales eussent dû s’épancher sur le péritoine.

Ce procédé opératoire, que l’on a pu considérer dans le principe comme étant d’une difficulté presque insurmontable dans son exécution, est aujourd’hui réduit à des règles tellement fixes, qu’il doit compter dhors et déjà parmi les découvertes les plus importantes de la chirurgie de notre époque.

564 de la réunion immédiate

Nous l’avons vu nous-même réussir entre les mains du professeur Lallemand , et nous ne saurions trop applaudir à la gloire de celui qui en fit le premier l’application (i).

ARTICLE Y

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