‹ Traité de la Sainte Écriture d'aprés S.S. Léon XIIIChapitre 12 sur 39 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

Conduite de l'Église inspirée par cette excellence. — Législation canonique. — Fructueuse et savante étude de la Bible inspirée par l'Église aux écrivains apostoliques, aux premiers apologistes, aux

* Pères orientaux et occidentaux, aux moines, aux scolastiques, aux érudits modernes. — Conclusion contre les hérétiques. |

De là, on peut conclure que l’Église a été d’une remarquable, d’une excellente pru-

dence, en ne cessant de pourvoir, par des

institutions et des lois parfaites, « à ce que

ce trésor céleste des Livres sacrés, donné

aux hommes par la souveraine libéralité de l’'Esprit-Saint, ne fût jamais enseveli dans leur négligence (1). » Elle a établi, en effet, non seulement qu'une grande partie de l’Écriture fût récitée et pieusement considérée par tous ses ministres dans l'office quotidien de la psalmodie sacrée (2), mais aussi que dans les églises cathédrales, dans les monastères, dans les couvents d’autres

réguliers où les études pouvaient être com-

modément suivies, des maîtres capables fussent chargés de l’exposition et interprétation de la Bible. De plus, aux jours de dimanches et de fêtes solennelles, elle a rigoureusement prescrit de nourrir les fidèles des salutaires paroles de l'Évangile (3). De même, c’est à la prudence et à la diligence de l’Église que l’on doit ce culte, si

(4) S. Hier. 2x Mich. 4, 10.

(2) Conc. Trid. sess. V, decret. de reform. 1. (3) Ibid. 1-2.

vivant et si fécond en multiples avantages, voué par tous les siècles à l’Écriture Sainte. À ce sujet, pour fortifier Nos enseignements et Nos exhortations, il est bon de rappeler comment, dès les origines de la religion chrétienne, tous ceux qui ont brillé par la sainteté de leur vie et par la science des choses divines, ont toujours été ardents et assidus à étudier les Lettres sacrées.

Nous voyons les disciples immédiats des Apôtres, — spécialement Clément Romain, Ignace d’Antioche, Polycarpe, — puis les apologistes et nommément Justin et [rénée, — emprunter surtout aux Lettres divines cette foi, cette force et toute cette grâce de piété, qui remplissent leurs lettres et leurs livres, soit pour la défense soit pour la démonstration des dogmes catholiques.

Les écoles catéchétiques et théologiques établies en beaucoup d’églises épiscopales, notamment celles d'Alexandrie et d’Antioche qui furent les plus célèbres, n’avaient presque pas d'autre méthode d’enseignement que la lecture, l'explication, la défense

de la parole divine scripturaire. De là sortirent pour la plupart ces Pères et ces écrivains, dont les laborieuses études et les beaux ouvrages ont tellement enrichi les trois siècles suivants, ou à peu près, qu'à bon droit cette époque a été appelée l’âge d'or de l’exégèse biblique.

Chez les orientaux, le premier rang appartient à Origène, admirable par la promptitude de son génie et la constance de ses travaux; à ses nombreux écrits, à son immense ouvrage des Æeæaples, presque tous ont ensuite puisé. Énumérons plusieurs écrivains qui ont étendu les frontières de cette science : ce sont, entre les plus éminents, Clément et Cyrille d'Alexandrie; en Palestine, Eusèbe et l’autre Cyrille; en Cappadoce, Basile le Grand et les deux Grégoire, celui de Nazianze et celui de Nysse ; à Antioche, ce Jean Chrysostome en qui la possession de cette science le disputait à la plus sublime éloquence. A

Les occidentaux ne se distinguèrent pas moins en cette matière. Dans. le grand

j Ne TT PRES PE PE EP EU 0 ERNEST ARE AT SOS A ETAT "| -1à ME CE Pa: LE ne , = :

Là

nombre de ceux qu’on doit absolument louer, il faut citer les noms illustres de Cyprien et de Tertullien, d'Hilaire et d’Ambroise, de Léon le Grand et de Grégoire le Grand. Mais les plus éclatants sont ceux d'Augustin et de Jérôme. Le premier fut merveilleusement perspicace pour découvrir la pensée du divin Livre, et très habile à en tirer les plus abondants secours pour la vérité catholique. Le second a mérité, par sa Science extraordinaire de la Bible et par les grands travaux qu'il lui a consacrés, d'être honoré par l’Église du titre si louangeur de « très grand Docteur. »

Depuis ce temps-là jusqu'au xr° siècle, quoique ces studieux efforts n'aient pas été poursuivis avec autant d’ardeur et de fruit, ils ont pourtant continué, grâce surtout aux membres du clergé régulier. On les vit, en effet, s'occuper d’abord à choisir ce que les anciens avaient laissé de plus fructueux en cette matière, à le coordonner habilement, à l’enrichir par des recherches personnelles, et à le répandre dans le public, ainsi que

CNE D'ANTUE

OUPS V7 NE

A a NOR 25 RC LI TS RO AAA PR NAS EN EME EIRE PE ETS

le firent plus que personne Isidore de Séville, Bède, Alcuin ; ensuite éclairer les Livres sacrés par des gloses, comme Valafride Er ds et Anselme de Laon; enfin pourvoir à à leur intégrité par de nouveaux soins, comme Pierre Damien et Lanfranc.

Au xu° siècle on s’employa généralement

avec bon succès à l'exposition allégorique de l'Écriture : en ce genre, saint Bernard surpassa facilement les autres, et ses discours ne respirent presque rien que les divines Lettres. *

Mais de nouveaux et plus heureux progrès résultèrent de l’enseignement des Scolastiques. Bien qu’ils ne négligeassent pas de rechercher le véritable texte de la version latine, comme le montrent clairement les Correctoires bibliques composés par eux, ils consacrèrent pourtant la plus grande partie de leur zèle et de leur industrie à l’interprétation et à l'explication. Mieux qu'on ne l'avait encore fait, ils distinguërent avec art et clarté les différents Sens des paroles sacrées; ils pesèrent la valeur de chacun

d'eux pour la science théologique; ils déterminèrent les diverses parties des livres et l’objet propre de chacune ; ils recherchèrent le but des écrivains sacrés, et ils expliquèrent l’enchaînement et le rapport des idées entre elles : — personne ne peut donc méconnaître la grande lumière qu’ils répandirent, par de telles études, sur les endroits plus obscurs. Du reste, leurs livres de théo logie, leurs commentaires bibliques, témoignent nettement d’une science scripturaire choisie et abondante : et à ce point de vue aussi, la palme appartient entre eux:

à saint Thomas d'Aquin. |

Mais quand Notre prédécesseur Clément V eut fait établir des chaires de langues orientales dans toutes les plus célèbres Universités et principalement dans celle de Rome, les savants catholiques commencèrent à cultiver plus industrieusement les textes originaux et la version latine de la Bible.

‘Ensuite la renaissance des études grecques chez nous, et bien plus encore l’heureuse invention de l’imprimerie, donnèrent une

très large impulsion à la science scripturaire. C’est merveille, en effet, de voir en quel court espace de temps la presse mul-

tiplia les exemplaires du Livre sacré, de la

Vulgate surtout, au point d'en remplir presque l’univers catholique: tant le volume divin était, contrairement aux calomnies des ennemis de l’Église, un objet d'honneur et d'amour en ce temps-là.

N’omettons pas de dire combien grand fut le nombre des savants, appartenant

surtout aux ordres religieux, qu du Concile

de Vienne à celui de Trente servirent utilement la cause de la Bible. Employant les nouvelles ressources offertes à leur talent, et recueillant une riche moisson dans les diverses régions de l’érudition, non seulement 1ls accrurent le trésor acquis par leurs devanciers, mais ils ouvrirent pour ainsi dire la voie aux splendeurs du siècle qui suivit le Concile de Trente, et qui parut avoir ramené la très noble période des #Péres:cirl pe PÉTROLE

Car, personne ne l’ignore, et le rappeler

ln

Sr. DAT dre ANT A ST CT EU SULE PREUVE SON A À OMC NP CNE l'E ARS ENE Pre ein LEE |

est pour Nous une joie, Nos prédécesseurs, de Pie IV à Clément VIII, firent préparer ces remarquables éditions des versions anciennes, la Vulgate et l'Alexandrine, qui furent publiées par l’ordre et l’autorité de Sixte V et du même Clément VIII, et qui sont universellement en usage depuis. On sait qu'à la même époque s’éditaient très soigneusement, et d’autres versions anciennes de la Bible, et les polyglottes d’Anvers et de Paris, apportant ainsi un très utile secours à la recherche du vrai sens de la Bible. Pas un livre de l'Ancien ou du Nouveau Testament qui ne trouvât plus d'un bon commentateur ; pas une question importante, touchant ces matières, qui n’exerçât d’une facon très féconde beaucoup d’esprits; et parmi eux il s’en trouva, non pas en petit nombre, qui se firent une grande réputation, — ceux-là surtout qui cultivaient le plus ardemment les Saints Pères.

Après cette époque enfin, qu’on ne croie pas que nos exégètes alent manqué d'habileté. De temps à autre, il à surgi des

RAT NE | Do SD 2 À NE Le" A b EEE. RU ia CE Ait S Me a LA EU AE QE ec) 7 D ne 0 x © LEA AT F M 2 13 ur, EAST RNA 7e fe PUA FE PS \ "A ‘

hommes illustres qui ont bien mérité des études bibliques, et qui, contre les systèmes rationalistes illogiquement étayés sur la phi- | lologie et les sciences connexes, vengèrent * les Saintes Lettres par des arguments em- À pruntés aux mêmes sources. à

Si l’on considère avec la loyauté te à tous ces faits, on conviendra certainement que l’Église n’a jamais négligé aucun moyen de prudence pour faire arriver à ses enfants les sources salutaires de ia divine Écriture; que toujours elle a gardé et enrichi, par toute espèce d’études, le poste où Dieu l’a placée pour la défense et pour l'honneur de la !

Bible; qu'énfin elle n’a eu et n’a encore aucun besoin d’y être engagée par des hommes étrangers au catholicisme.

Le plan que Nous Nous sommes proposé Nous amène maintenant à vous communiquer, Vénérables Frères, ce qui Nous paraît excellent pour la bonne direction de ces études.

Page 1