‹ Traité de la Sainte Écriture d'aprés S.S. Léon XIIIChapitre 19 sur 39 · DEUXIEME QUESTION · texte numérisé non relu

DEUXIEME QUESTION

Comment peut-on démontrer la divinité de l'Écriture Sainte?

Erreur de méthode à éviter, 8; véritable procédé à suivre, 9; difficultés et solutions, 10-13: théorie catholique et théologique, 14-15.

8. — Le Souverain Pontife ne craint pas de le dire, « c’est chose également très importante et très laborieuse que d'établir très solidement l’autorité complète des Livres sacrés (p. 45). » Les théologiens et les apologistes feront donc bien d'y regarder de fort près, et de ne pas se contenter d’arguments peu rigoureux, empruntés à l'ordre sentimental et rappelant de plus ou moins loin le procédé connu sous le nom de cercle vicieux. Ils éviteront de prouver la divinité de l’Écriture par son propre témoignage, par l'impression de vive admiration

ou de douce consolation qu’elle produit sur les âmes, par son évidente supériorité relativement à tous les livres de religion ou de philosophie dont se glorifient les peuples les plus civilisés. Peut-être arriverait-on ainsi à ébaucher un commencement dé preuve, s'appliquant à tel livre, à tel chapitre, à tel passage de la Bible; mais, de démonstration « parfaite et universelle, »

pleinement logique et s'appliquant à toute la Bible, on n’en obtiendra point par là :

nullo pacto plene licebit universeque assequi (P: 45), Her |

9. — Quel est donc ici le moyen efficace et nécessaire? Uniquement « le magistère vivant et propre de l'Église, » eæ vivo et proprio magisterio Ecclesiæ (p.46). Il n'y en a pas d’autre : nullo alio pacto (p. 45). Déclaration catégorique et ne. souffrant aucune réplique, de la part de qui que ce soit.

. 10. — Mais comment ce magistère vivant, exclusivement propre à l’Église catholique, est-il recevable dans cette matière et peut-il en décider sans pétition de principe ni

PAT PAS PE NOEL SRRE, 2e Se OO ES OT PUERTO CADRE ANNEE DIN < 4 EL CPE 1 a LINE A : (W, ? n'Uutde 4 Res UE | ; » ’ Le, 2

aucune sorte de sophisme? Est-ce que nous ne connaissons pas d’abord l'Église par la Bible? Est-ce que nous ne prouvons pas sa divinité par la Bible? Et de quel droit vouloir ensuite connaître la Bible et sa divinité par l’Église? N'est-ce point là démontrer À par B, et B par À, c'est-à-dire, ne rien démontrer qu'un manque absolu de logique ? |

11. — Eh! bien, non, nous ne commettons pas ce sophisme, et nous ne commencons pas à connaître l'Église et sa divinité par la Bible. L'Église, comme l’a si opportunément déclaré le concile du Vatican cité par Léon XII, « est par elle-même, per se ipsa, un certain motif puissant et perpétuel de crédibilité, ét un irréfragable témoignage de sa divine mission (p. 46). »

Motif de crédibilité pour elle-même et pour la religion qu’elle enseigne, telle est véritablement l’Église aux yeux de qui sait voir et réfléchir; car « son admirable propagation, son excellente sainteté, son unité catholique, son invincible stabilité (tbid.),» ne sont

point des faits d'ordre naturel et humain :

ils sont d’une catégorie supranaturelle et divine, et ils témoignent incontestablement qu’une délégation a été donnée par Dieu à l'Église catholique. À sa marche au milieu du monde, à travers les siècles et les obstacles, on la reconnaît aisément pour divine. S'il eût été chrétien, le poëte latin eût dit d'elle :

Incessu patuit dea,

mille fois plus justement que de sa déesse mythologique. |

12. — Nous voici donc arrivés, sans la Bible, à savoir avec certitude que l’Église existe supranaturellement, et ce qui revient au même, qu'elle est divine. Sera-t-il maintenant 1illogique de croire, sur son témoignage, à l'existence et à la divinité des Écritures? Sûrement non, et c’est ce que nous faisons à la suite du Pape. — Il nous signale cependant en cet endroit une difficulté dont la solution nous apportera de nouvelles lumières. « Soit, dira-t-on, vous

êtes parvenus à connaître, sans la Bible, que l’Église est supranaturelle et divine :

mais comment savez-vous qu’elle possède un magistère divin et infaillible, sur la foi duquel vous croirez ensuite à la Bible?

N'est-ce pas uniquement la Bible qui vous apprend que Dieu a conféré à l’Église ce divinum. et infallibile magisterium (p. 46)?

Et ne retombez-vous pas forcément dans un autre cercle vicieux, comme de Charybde en Scylla? »

13. — Notre encyclique, d’une facon très concise sans doute, répond deux choses :

le magistère confié à l'Église ne nous est pas exclusivement connu par la Bible; il n’y à, d’ailleurs, aucun cercle vicieux dans la facon dont il nous est connu par la Bible. — 1° Le Souverain Pontife dit que ce magistère « est fondé aussi sur l'autorité de la Sainte Écriture, » in auctoritate etiam sacræ Scripturæ consistit (ibid.); par conséquent il est fondé aussi sur une autre autorité.

Sur laquelle? Précisément sur les notes manifestement supranaturelles que nous

avons énumérées, et qui sont pour elle un « grand motif de crédibilité, un irréfragable témoignage de sa divine mission. » Divinement envoyée, divinement croyable, comme elle l’est évidemment, il faut bien qu’elle

ait « un divin et infaillible magistère, » con-

naissable et en partie connu antérieurement aux déclarations de la Bible en sa faveur.

— &° Cependant, celles-ci éclairent et précisent au plus haut point le fait et la surnaturelle puissance de ce magistère dont le Pape dit : in auctoritale etiam sacræ Seripturæ consistit. Qui ne se rappelle, en effet, les promesses et les assurances d'assistance

divine ét d’infaillibilité dogmatique données

par Jésus-Christ, Fils de Dieu, à Pierre et aux autres Apôtres ? | 14. — La Bible témoigne donc pour É

A itare de l’Église, mais de deux ma-

nières et avec deux autorités différentes :

comme document « au moins humain, »

et comme document garanti par l’Église. — 4° La Bible est d’abord « un des témoins les plus autorisés de l'antiquité, » ex antiqui-

tatis probatissimis testibus (p. 46). Ce n’est pas très difficile à prouver, et les arguments scientifiques ne manqueront certes point pour cela aux religieux spécialement appliqués à cette tâche, selon le désir et le conseil du Pape (tbid.). Or, ce témoignage historique rendu par la Bible à la divinité et à la mission de Jésus-Christ, à l’Église établie et hiérarchisée par lui, à la pri- - mauté par lui conférée à Pierre et à ses successeurs, s'accorde pleinement, logiquement, sans l'ombre de procédé sophistique, avec le témoignage que l’Église se rend à elle-même par les notes et les phénomènes que nous avons précédemment observés en elle. — 2° Mais quand l’Église, munie de cette double attestation de divinité, — attestation interne et pour ainsi dire biologique, et attestation externe ou historique et biblique, — nous présente à son tour les Écritures comme des livres qu’elle nous garantit et que Dieu garantit par elle, elle les revêt à nos yeux d’une autorité supranaturelle comme la sienne, d’une

autorité même divine comme la sienne la Bible nous apparaît dès lors comme un témoignage d'ordre supérieur, sacré, miraculeux, céleste, sans que la moindre erreur de logique vicie cette supranaturelle et divine élévation. Et la Bible qui témoignait tout à l'heure, comme document historique naturellement très recevable, en faveur de l'Église, témoigne maintenant pour elle comme document théologique supranaturellement, que dis-je? divinement recevable; et cela encore sans la moindre tache ou apparence de sophistique.

15. — Au témoignage de la Bible comme document historique, nous répondons par un acte de foi humaine et historique; à son témoignagne comme document supranaturellement garanti par l’Église, société évidemment suprahumaine, nous répondons par un acte de foi ecclésiastique et supranaturelle; enfin, à son témoignage comme document divinement garanti par le Christ vivant et enseignant dans l’Église, nous répondons par un acte de foi pareillement

divine et formellement surnaturellee — De

même, à l’enseignement de l’Église seulement considérée comme société humaine digne de toute considération, nous répon-

drions par un acte de foi humaine et naturelle; à son enseignement comme société

certainement supérieure à la nature, nous

répondrions par un acte de foi suprana-

turelle motivée par cette supériorité bien constatée; et enfin, à son enseignement

comme témoin et interprète divinement

institué de la révélation, nous répondons par un acte de foi formellement divine motivé par l'autorité de Dieu révélateur. —

Ces distinctions ne sont peut-être pas sans quelque utilité pour se rendre parfaitement

compte de cette phrase pontificale : Hujus

(Seripturcæ) fides saltem humana asserenda

in primis vindicandaque est (p. 46).

Page 1