‹ Traité de la Sainte Écriture d'aprés S.S. Léon XIIIChapitre 26 sur 39 · CINQUIEME QUESTION · texte numérisé non relu

CINQUIEME QUESTION

Quel est, sous le rapport critique et textuel, l’état présent de la Sainte Écriture ?

Position de la question, 32; réponse de l’encyclique, 33-34; application à la Vulgate, 35; deux distinctions importantes, 36 ; solution d’une difficulté, 37.

82. — Au miracle de l'inspiration de toute la Bible, Dieu a-t-1l ajouté celui de la conservation absolue, universelle, immuable enfin, de tous les textes et de tous les mots bibliques? Avons-nous quelque part, dans quelque manuscrit ou quelque imprimé, la représentation rigoureusement exacte, et pour ainsi dire photographique, de toutes les paroles écrites par les auteurs sacrés?

Leur rédaction originale est-elle entre nos mains sans l’ombre de corruption, sans que le moindre changement y soit survenu par addition ou par diminution d’un

mot ou d’une syllabe? Les traductions que

nous en avons, une d'elles au moins, sontelles d’une si indiscutable et si rigoureuse exactitude, que jamais le sens primitif n’y soit même légèrement modifié? — Dieu aurait pu maintenir dans cet état de com-— plète perfection les textes primitifs, et y établir quelques versions privilégiées : l’at-1l voulu et l’a-t-il fait?

33. — L’encyclique recommande «d’étudier avec toute l’habileté possible la véritable leçon, quand cela sera nécessaire, » post expensam, ubi opus sit, omni industria lec-

tionem (p. 34). Il y a donc quelquefois néces-

sité de le faire, opus est; et on ne peut le faire avec trop d'industrie, omnt industria; d’où nous devons inférer que la lecon du texte original ou de la traduction n’est pas toujours indiscutable, et que Dieu n’a pas fait le miracle dont nous parlions.

34. — C'est qu’en effet, soit pour les originaux soit pour les versions, «il a pu arriver

que les copistes chargés de les transcrire.

n'aient pas évité certaines inexactitudes; Jieri quidem potest ut quædam librariis in

1x°vE CPE Ts ', - CA Va T2 re but y, À .

codicibus describendis minus recte eæciderint. Il faut en juger avec circonspection, quod considerate judicandum est, et ne pas l’admettre facilement, sinon dans les endroits où ce sera bien démontré, » nec facile admittendum, nist quibus locis rite sit demonstratum (p.59). On serait fort téméraire assurément, et fort médiocre critique, de soupconner partout et d'accepter d'emblée ces erreurs de copistes; mais enfin il peut y en avoir, et elles peuvent être démontrées scientifiquement, riée demonstratum. Saint Augustin, cité par Léon XIII, admettait précisément cette hypothèse quand il disait : « Si je me heurtais, dans ces Lettres sacrées, à quelque chose qui me parût contraire à la vérité, je n’hésiterais pas à penser, ou bien que le manuscrit est fautif, vel mendosum esse codicem, ou bien que le traducteur n’a pas compris ce qui a été dit, etc. » (p. 59). 395. — Cette seconde hypothèse de saint Augustin, vel interpretem non assecutum esse quod dictum est, est admise par l'encyclique, comme la première, pour la Vulgate elle-

même. Car, après avoir rappelé comment les scolastiques « recherchèrent avec zèle le véritable texte de la version latine » (p.24) qui, par conséquent, était corrompu; après avoir mentionné avec éloge les Correctoria ou recueils de corrections établis par eux (tbid.); après avoir résumé les travaux que les papes, depuis Clément V et Pie IV jusqu’à Clément VIII, firent exécuter sur la Vulgate (p. 25-26), Léon XIII reconnaît possible qu’elle renferme des passages « ambigus et moins soignés, » si quid ambigue, si quid minus accurate intbi elatum si (p. 34).

36. — Enfin le très docte et sage Pontife établit incidemment mais clairement une ‘double distinction, de haute importance théologique et apologétique : 1° entre «les endroits authentiques des Livres sacrés » et les endroits non authentiques ; 2° entre « les Lettres divines, telles que les hagiographes les éditèrent, » et les mêmes Lettres divines, telles que le temps, les copistes, les imprimeurs, nous les ont laissées, Sans doute, il ne faut point abuser de ces deux distine-

tions, mais il ne faut point non plus les négliger comme inutiles. — a) Tout d’abord, Léon XIII dit : « En conséquence, ceux qui pensent que, dans les endroits authentiques des Livres sacrés, quelque chose de faux peut être contenu, consequitur ut qui in locts authenticis Librorum sacrorum quidpiam falsi continert posse extstiment, ceux-là certainement, ou bien pervertissent la notion catholique de l'inspiration divine, ou bien font Dieu même auteur de l'erreur. » (p. 58). Si tous les endroits des Livres Saints, tels que nous les possédons aujourd'hui, étaient pleinement authentiques, pourquoi cette restriction, cette réserve, cette limitation ? Pourquoi dire que dans les endroits authentiques il n’y a pas d'erreur, s'ils le sont tous? Pourquoi ne pas dire catégoriquement et simplement qu'il n’y a d'erreur en aucun endroit de la Bible? — b) Léon XIII continue: « Tous les Pères et Docteurs étaient absolument persuadés que les Lettres divines, telles que les hagiographes les éditèrent, sont totalement indemnes de toute erreur : »

Patribus omnibus et Doctoribus persuasissimum fuit divinas Litteras, quales ab hagiographis editæ sunt, ab omni omnino errore esse immunes (ibid.). Si la Bible est aujourd'hui telle qu’au jour où elle sortait des mains de ses auteurs inspirés, si. elle n’a perdu ni.un mot ni une syllabe, si elle n’en a reçu ni un seul ni une seule en plus,

pourquoi ne pas dire sans réserve, sans

restriction, sans limitation, que-« les Saintes Lettres sont absolument exemptes de toute erreur? » Mais le Pape ne le dit point, parce que le temps et les hommes, les copistes et les typographes, les correcteurs et les traducteurs, ont pu introduire quelques altérations accidentelles dans la Bible.

37. — Une difficulté peut surgir 1ci dans certains esprits, au sujet de cet enseignement pontifical. Ils se demanderont si, après avoir déclaré avec les conciles de Trente et du Vatican que « les Livres de l'Ancien et du Nouveau Testament doivent être reçus pour sacrés et canoniques, tout entiers et avec toutes leurs parties, » /ibri

g. Q dr ad

ne La :

ee FAR

Mt:f

integri cum omnibus suis partibus (p. 56), l’on peut supposer et indiquer clairement qu'il y a peut-être bien des textes interpolés dans ces mêmes Livres, in locis authenticis Librorum sacrorum ? — Rien de plus facile à comprendre et à concilier, si l’on remarque le sens des mots #ntegri….. cum suis partibus, et si l’on se rappelle la distinction faite dans les délibérations du concile de Trente, par plusieurs prélats et théologiens, entre les partres et les parcelles de la Bible. Très certainement chaque Livre contenu dans la Vulgate est entièrement, et avec toutes ses parties, sacré et canonique. Mais tel mot ou telle incise, telle phrase ou telle particule de texte, pourraient n'être pas authentiques, sans que le Livre cessât le moins du monde de l'être intégralement et avec toutes ses parties; et sans qu'il cessât d’être, dans la même intégralité et totalité, sacré et canonique. Que si cela se rencontre, l’on dira comme saint Augustin que l’exemplaire est fautif, mendosum esse codicem.

Page 1