DE LA TROISIÈME ÉDITION
La deuxième édition de notre Traité de la Science des finances^ s'est épuisée presque aussi rapidement que la première.
Cette faveur du public pour un livre traitant de matières auxquelles il ne portait guère d'intérêt autrefois nous a imposé le devoir de reviser avec un soin scrupuleux la troisième édition que nous lui soumettons aujourd'hui.
Nous estimons que ce que les lecteurs ont bien voulu appré* cier dans les éditions précédentes, c'est d abord Tindépendance d'esprit et la sincérité de Tauteur, c'est ensuite le grand nombre de faits et d'informations qu'il s'est efforcé de recueillir et de commenter.
On trouvera dans l'édition présente le même souci de l'indépendance d'esprit et de la sincérité. La violence de nos luttes ' politiques, la forme hautaine des opinions régnantes et des préjugés populaires, tendent à singulièrement ravaler les sciences sociales, à leur enlever toute dignité, toute liberté, toute objectivité, comme disent nos voisins. La plupart des livres qui se publient sur ces sujets et qui ne sont pas de simples manuels versent ou dans l'apologie ou dans le pamphlet.
Nous croyons avoir évité cet écueil. Ce n'est pas que nous ayons cherché à ignorer ou à oublier les circonstances et le» difficultés actuelles ; cela n'était pas nécessaire, ni utile.
Depuis qu'ont paru les précédentes éditions de cet ouvrage^ des faits nouveaux et considérables ont fourni des matériaux jieufs à l'observation du politique et du financier : la suppression du cours forcé aux Etats-Unis et en Italie; l'amélioration des finances de nations qui, depuis un quart de siècle ou un demi-siècle, étaient en proie aux déficits et aux expédients^
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ritalie, par exemple, et même rAutricbe-Hongrie ; la détériora-' tien, au contraire, des finances naguère splendides de plusieurs des plus riches pays du monde, la Belgique et surtout la France. Le budget a été en diverses contrées Tobjet d^expériences et de propositions intéressantes. £n France, il est devenu la proie des volontés incohérentes et des appétits illimités d^un Parlement peu éclairé. Eu Allemagne, un ministre dominateur s'efforce de substituer le budget biennal au budget annuel. Dans le même temps, sur le continent européen, et particulièrement sur notre terre française, se développait rapidement un monstre qui menace d'engloutir toute liberté, toute activité et toute richesse sociale, le socialisme d'État, le plus terrible et le plus nsidieux ennemi des sociétés modernes. C'est ce monstre, cependant, qui est devenu chez nous une idole devant laquelle s^inclinent servilement et les conseillers municipaux, et les députés, et les ministres.
11 nous était impossible de ne pas tenir compte, dans la troisième édition de ce livre, de ces circonstances nouvelles. L'heureuse suppression du cours forcé aux États-Unis et en Italie, par des moyens analogues à ceux que nous indiquions dans les précédentes éditions de cet ouvrage, est venue confirmer nos prévisions. Le désarroi des finances françaises, depuis trois ans, a démontré une fois de plus que rien n'est plus difficile à gouverner que la prospérité, et qu'un développement trop rapide de richesse est l'une des plus dangereuses épreuves que la Providence impose au bon sens et à la moralité d'un peuple.
11 ne se pouvait pas que, sur plus d'un point, les faits nouveaux ne modifiassent quelques-unes de nos idées. C'est ce qui est arriyé en partie sur un sujet capital, les mérites respectifs des impôts directs et des impôts indirects.
La sincérité nous oblige à dire que nous sommes, am*ourd'hui, un partisan moins déterminé de l'extension des impôts directs. Dès la première édition de cet ouvrage, nous nous sommes efforcé de mettre en parallèle avec impartialité les avantages et les inconvénients de chacune de ces deux grandes catégories d'impôts. Depuis lors, les conséquences fâcheuses d'un système fiscal où les taxes directes prévaudraient sont devenues plus évidentes à nos yeux.