X\V PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION
de toute nature. Nous laissons de côté tout ce qui concerne la répercussion de l'impôt.
Ces calculs, qui ne sont et ne peuvent être qu'approximatifs, démontrent quMl s'en faut considérablement que les classes aisées ou riches soient ménagées en France par l'impôt et qu'elles n'acquittent pas la totalité de leur dû.
Si les ouvriers payent de lourds impôts, ce n'est pas qu'ils soient plus chargés que le reste de la nation, c'est que par l'cfTet de notre imprévoyance et de notre gaspillage, le poids des impôts en France est effroyable. L'appétit monstrueux du 6sc dévore le septième ou le huitième de l'ensemble des revenus du pays.
L'erreur populaire, propagée par beaucoup d'économistes, sur les impôts indirects tient aux causes suivantes : on considère isolément tel ou tel impôt qui est le moins proportionnel à la fortune, et on néglige toutes les autres taxes qui servent de contre-partie ou de contre-poids; on ne lient compte que de la consommation individuelle de l'homme riche, on n'y joint pas celle de ses domestiques et de tous les gens que, à titre temporaire du permanent, il héberge et défraie. On oublie que beaucoup de taxes indirectes sont très loin d'être des taxes de consommation, ei que, notamment, parmi nos impôts dénommés indirects figurent les 700 millions de droits de timbre et d'enregistrement qui, pour la plupart, sont approximativement proportionnels à la fortune^
Un régime d'impôts directs, qui ne contient aucun droit sur le blé et sur les farines, et seulement de très légers droits sur la viande, est donc moins inique qu'on ne se le figure d'ordinaire.
Le lecteur verra dans le courant de cet ouvrage que les questions d'incidence, de répercussion et de diffusion de l'impôt sont très délicates, et de celles que Ton ne peut résoudre en un clin d'œil. 11 nous a paru bon de* nous livrer, dans cette préface, à celte analyse sommaire, parce que l'on parle plus que jamais avec une singulière légèreté de ce qu'on appelle la réforme des impôts.
Si notre opinion sur les mérites et les inconvénients respectifs des taxes directes et des taxes indirectes dans une démocratie s'est en partie modifiée, nous n'en avons pas moins laissé sub-
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sister, en général, le texte des précédentes éditions de cet ouyrage. Nous nous sommes contenté, d^ordinaire, d'y joindre des notes et des observations.
Un livre sérieux doit conserver de Tunité ù^s vues; on ne saurait, après coup et à différentes reprises, en modifier plus ou moins les doctrines. L'auteur, dont certaines opinions ont changé, ne doit plus intervenir que comme ua commentateur qui reverrait avec conscience Tœuvre d'autrui et qui , sans altérer le texte primitif, présenterait des réserves ou des res*trictions.
En ce qui concerne les chiffres et les faits^ déjà très abondants dans les éditions antérieures, nous les avons soumis à une vérification et nous en avons ajouté de nouveaux. Notre livre a encore grossi ; c'est l'inconvénient des travaux de ce genre.
La situation économique et financière de la France, tant au point de vue des doctrines qu'au point de vue des résultats, est devenue beaucoup plus critique qu'en 1877 ou en 1880. Heureux serons-nous si la nouvelle édition de ce livre peut, dans une matière si grave et où Ton s'abandonne trop à l'aventure, dissiper quelques erreurs et prévenir quelques fautes (1).
Juin 1883.
Paul LEROY-BEAULIEU.
(1) Depuis \é9Z quelques impôts ont étA modifiés : ainsi I*impôt foncier sur les propriétés non b&ties a été un peu attéDué, odiui sur les propriétés bâties a été, au contraire, accru ; d'autre part, l'impôt sur le revenu des Yaleurs mobilières a été augmenté d'un tiers, porté de 3 p. 100 à 4 p. 100 ; beaucoup de droits de douane ont été relerés, et il est question par compensation, au moment où nous écrivons (ayril 1891), de réTiser en l'atténuant l'impôt sur les boissons dites hygiéniques et d^accroltre l'impôt sur Talcool ; enfin le projet de budget de 1892 comporte la réduction d'enviroii moitié de l'impôt sur les transports do voyageurs et sa suppression pour les transports de marchandises. Tontes ces mesures, dont les unes déchargent, les autres grèvent les différentes catégories de la population, n'empêchent pas que la France ne soit très lourdement taxée ; elles n'enlèvent rien non plus à la vérité du tableau comparatif que nous avons dressé de la part approximative d'impôts que payent les gens ricbee et les ouvriers. La première catégorie, celle des riches, est certainement plus imposée en proportion de son revenu. (Note de la S* édition.)
PRÉFACE