‹ Traité de la science des finances (volume 2)Chapitre 20 sur 111 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Depuis 1871, Tauteur de ce livre a été amené à s^occuper spécialement des finances publiques. Comme directeur du journal hebdomadaire VEconamiste Français^ comme rédacteur du Journal des Débats, comme professeur à Y Ecole libre des sciences politiques j il a dû traiter presque journellement, tantôt au point de vue théorique, tantôt au point de Tue pratique, les questions d'impôts, de budgets, d'emprunts, de crédits, etc. Le liyre qu'il offre aujourd'hui au public est le fruit à la fois de cet enseigne* ment scientifique et de ces fréquentes études sur des faits d'actualité. L'auteur pense avoir ainsi rempli une lacune dans notre littérature économique. •

Sans doute les bons ouvrages en matière de finances ne man* quent pas. 11 suffit de citer pour la France les importants travaux de M. le marquis d'Âudiffret, de M. de Parieu, de M. Joseph Garaier, le traité fort estimable et fort utile de M. Vignes sur les impôts. Mais il a paru à Fauteur de ce Uvre que, après les grandes expériences faites par les États-Unis depuis 1860 et surtout par la France depuis 1871, la science des finances devenait plus complète, plus précise, que plusieurs parties en étaient renouvelées ou agrandies. On ne peut nier, par exemple, que la matière du crédit public, qui forme la presque totalité du second volume de cet ouvrage, n^ait été particulièrement éclairée par nos grandes opérations d'emprunts.

Peut-être quelques personnes feront-elles des objections au titre même de ce livre : il n'y aurait pas, selon elles, de science des finances ; il n'y aurait que quelques règles approximatives et peu certaines que Tobservation indiquerait et qui ne se montreraient pas infaillibles. La conduite des finances d'un pays serait seule-

XXVlll AVANT-PROPOS.

ment affaire de tact et d'intuition, non d'érudition et de science.

On nous permettra d'être d'un autre avis. Nous croyons qu'il y a une science des finances publiques. Si l'on nous dit qu'à toute science il faut un principe, nous répondrons que le principe de la science des finances, c'est le développement constant de la richesse nationale dans un pays civilisé, toutes les fois qu'un législateur malhabile ne s'oppose pas à ce développement. C'est ce phénomène dont le lecteur trouvera la démonstration dans la plupart des chapitres de ce livre. Quand î'auteur parle des impôts, du budget, des emprunts, des conversions de dettes, de l'amortissement, il n'oublie jamais ce principe constaté par l'observation, que la richesse nationale a une tendance marquée à s'accroître d'une manière continue. Si ce livre a quelque originalité, c'est pour s'être particulièrement inspiré de cette vérité et l'avoir mise en lumière.

Au dix-huitième siècle^ en Angleterre, il ne paraissait guère d'écrit financier où l'on n'annonçât la faillite prochaine de la Grande-firetagne. Ces terreurs étaient patriotiques, mais peu scientifiques. L'optimisme, c'est-à-dire la vue claire des lois qui président au progrès des nations, n'exclut d'ailleurs pas l'esprit de critique.' Le lecteur trouvera dans les différentes parties de cet ouvrage la censure impartiale des mauvais impôts, des emprunts imprudents et des divers expédients financiers auxquels recourent parfois d'habiles empiriques. Si les finances forment, dans le domaine théorique, une science indépendante, elles sont malheureusement dans la pratique l'humble servante et presque l'esclave d'une maîtresse arbitraire et fantasque, la politique.

L'une des principales préoccupations de l'auteur de cet ouvrage, c'a été de ne rien affirmer sans le démontrer, non seulement par des raisonnements, mais par des faits. Quelques lecteurs trouveront peut-être que l'on a abusé dans ce livre des chiffres et des données pratiques. La plupart, croyons-nous, ju*^ geront que c^est par respect pour le public et dans le désir de Pé> ciairer que l'auteur a ainsi accumulé les faits et les chiffres.

Décembre 1876.

TRAITÉ

DB

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