‹ Traité de la science des finances (volume 2)Chapitre 29 sur 111 · Recouvrements de rentes et créances · texte numérisé non relu

Recouvrements de rentes et créances

3. Produits des établissements gérés ou aftermés par TÉtat (voir

le développement ci-dessous) 2.0C8.530

4. Redevances pour frais d'analyse, etc., dans les laboratoires

de rÉlat ' 3.300

5. Produits des ventes effecluées à la manufacture de Sèvres. . . 74,700 8. Aliénation d'objets mobiliers (1) 9.081.500

7. Aliénation d'immeubles (sans désignation spéciale) 3.76Î.730

8. Successions en déshérence, épaves et biens vacants 1 .398.1 70

9. Aliénation des terrains des fortifications de Lyon 3.000.000

10. Produits de l'anoien pcnitcnlier de Casablanca (Corse) 35-200

Total des produits domaniaux antres que les forêts. .. . 22.250.760 Développement de V article /•' {Revenus du domaine public).

Concessions temporaires pour exploitation de p(*chcrics maritimes , 111 .300

Concessions temporaires pour tout autre objet 1.18C.800

Revenus du domaine militaire 370.050

Autres revenus (du domaine public) de toute nature 1.038.980

Total pour les revenus du domaine public 2.707.130

Développement de l'article 3 {Produits de l'exploitation des établissements régis

ou a/fermés par lÉtat).

Écoles nationales : vétôrinairos 2) 26.610

— d'agriculture 177.310

— d'horticulture de Versai! los 40.060

— des arts et métiers 16.400

Bergeries 68.190

Haras et dépôts d'étalons 1.389.500

Établissements therm<iux (notamment Aix et Vichy) 350.400

(1) Les aUénations d'objets mobiliers se décomposent comme suit au budget de 1897 : Objets provenant des ministères : de la justice, 16,800 fr. ; des affaires étrangères, néant ; de rintérieur, 11,000; des finances, 105,310; des postes et télégraphes, 75,420; de la gnerre, 5,680, 110; de la marine, 2,090,700 ; de l'instruction publique, beaux-arts et cultes, 15,000; du commerce, 10,600; de l'agriculture, 19,300; des travaux publics, 393,340 ; des colonies, 300; domaine de Versailles, concessions d'eau, 413,350; objets de toute origine, 249,970; ensemble, 9,081,200. Dans cette énumération se trouvent comprises les vieilles matières de la marine qui antérieurement étaient transformées par l'industrie privée et que, à partir de 1883, le ministère de la marine remet à l'administration des domaines.

(2) Ces chiffres et les suivants ne comprennent pas les pensions et les trousseaux des •élèves des écoles du gouvernement, qui, en y comprenant les écoles militaires, mais non -celles de l'enseignement secondaire ou supérieur ordinaire, fourniraient 2,100,875 francs.

Outre les recettes indiquées ci-dessus, qui sont classées par Tadministration comme recettes du domaine autre que les forêts, on peut considérer qu*une bonne partie, environ un tiers, des 56,6i0,8G0 francs qui figurent, au budget de 1897, sous la rubrique générale de produits divers du budget, constituent des recettes domaniales, soit 18 à 19 millions de francs; il faut y joindre les produits des bacs, passages d'eau, chasse, francs bords, droits de touage et autres recettes accessoires à la navigation, qui tous étaient autrefois classés comme recettes domaniales et qui procurent aujourd'hui 2,468,000 fr. à l'administration des contributions indirectes. Avec les produits du domaine proprement dit, les deux articles qui viennent d'être énumérés atteindraient 43 millions. Enfin le réseau des chemins de fer de l'État y joindrait, d'après les chiffres du budget de 1897, 114 millions et demi bruts ou 10 millions 1/2 nets. Avec les 28 millions des forêts et en laissant de côté les industries exercées par TËtat à titre de monopoles : postes et télégraphes, tabacs, allumettes, poudres, on arriverait à un total brut de 185 millions (1) de recettes ayant un caractère domanial, mais ne laissant que 50 à 60 millions nets.

Dans peu d'années la participation de l'Ëtat aux bénéfices des grandes compagnies de chemins de fer au delà d'une certaine limite viendra ajouter des sommes assez considérables aux recettes ayant un caractère domanial. Alors même que le gouvernement s'abstiendrait de développer, comme il le fait depuis peu de temps, le socialisme d'Ëtat, il est dans la nature des choses que les revenus du domaine augmentent.

Le produit des domaines est déjà à l'heure actuelle beaucoup plus élevé en France que sous la Restauration. Sauf pendant les un- !

nées 1816-1817 où cette branche de revenu monta à 29 et à 12 millions, elle fut singulièrement faible sous ce régime ; à partir de 1820 elle tomba même au-dessous de 3 millions de francs, produisant 2,491,000 en 1826, 2,206,000 en 1827, et 2,669,000 en 1828 (2). C'est que les ventes d'immeubles domaniaux, autres que les forêts, étaient alors suspendues ; d'un autre côté, le matériel des administrations de l'État étant beaucoup moindre, les ventes d'objets mobiliers hors d'usage étaient très peu considérables, enfin la plu-

(1) Ce chiffre de 185 millions bruts serait même de plusieurs dizaines de millions de francs au-dessous de la réalité, si Ton ajoutait au budget les recettes brutes de la Monnaie, de rimprimerie nationale et d'autres établissements dont les budgets figurent comme simples annexes au budget général de TÉtat, qui ne contient en recettes ou en dépenses que leurs soldes bénéficiaires ou défîcitaires.

(2) Voir un intéressant tableau, à ce sujet, dans le tome 11, page 325, de Touvrage de M. d'Audiffret sur le Système Financier de la France. Il est vrai de dire qu'à ces recettes dénommées domaniales du temps d<^ la Restauration il faudrait ajouter quelques autres ressources ayant ce caractère et rangées au budget sous une autre dénomination, mais elles étaient presque insigniliantes.

part des établissements spéciaux appartenant aujourd'hui à TËtat n'existaient pas.

Cette faible partie du domaine de l'Etat qui se compose de biens ruraux ou susceptibles de culture, les lais et relais de la mer, les tlots, les atterrissements y etc., est-elle bien exploitée et donnet-elle tous les revenus qu'on en pourrait attendre? Un rapport d'une commission du budget, il y a quelques années a été très sévère à ce sujet. C'est une nouvelle preuve de l'incapacité de l'État à administrer les fonds de terre, autres que les forêts qui se prêtent à une gestion mélhodique établie d'après des règles générales.

Parmi les recettes qui figurent dans les tableaux ci-dessus se trouvent des droits sur les ponts et les bacs, les droits de pèche, de franc bord des rivères et des canaux. Les droits sur les ponts ont disparu. Quant aux droits de bacs et de passage d'eau, ce sont des restes de la féodalité. Une loi de 1790 supprima ces droits exclusifs de bacs et permit à tout le monde d'en établir sous les loyers et les tarifs fixés par l'administration. Le droit de pêche dans les rivières navigables est aussi la propriété de l'Ëtat ; tantôt il est loué par adjudication, tantôt on l'accorde par des licences à prix d'argent.

En définitive les revenus domaniaux, même en y comprenant les forêts et le réseau des chemins de fer de l'Ëtat sont en France encore assez minces, guère plus d'une cinquantaine de millions nets en 1897.

Il n'en, est pas ainsi dans certains autres pays continentaux ; plusieurs, la Russie, la Prusse, l'Autriche, ppssèdent de vastes étendues même de terres labourables; de l'autre côté des mers, les Etats- Unis d^Amérique, les colonies australiennes, ont des territoires presque indéfinis qu'ils n'exploitent pas, il est vrai, mais qu'ils aliènent au fur et à mesure des demandes. Ces contrées, qui ne sont pas encore complètement peuplées, forment une exception passagère ; ce n'est pas pour se conformer à un plan économique ou financier que l'État y possède des domaines énormes, c'est comme biens vacants et sans maître qu'il les détient, prêt à les concéder à tout amateur moyennant une redevance qui ne représente guère que les frai» d'allottissement et de viabilité qu'il a dû faire.

Au contraire, quelques États, comme la Prusse, sont propriétaires de terres arables dont ils tirent un revenu, soit en les faisant cultiver par leurs agents, soit en les affermant. Ce revenu pour la Prusse est assez important; il s'élevait au budget de 1886-87, en y comprenant

divers droits fonciers, au chiffre brut de 37 millions de francs, soit 27 ou 28 millions de francs déduction faite des frais d'exploitation ou de surveillance. En 1896-97 il est inscrit pour la somme brute de 27,645,950 marks, environ 34 millions de francs.

Le professeur Wagner, dans son ouvrage sur la science des finances, donne d'intéressants détails sur les divers éléments du domaine prussien autre que les forêts et sur la répartition entre les différentes provinces des biens qui le composent. En 1870, ce domaine agricole comprenait 858 biens affermés, ayant une étendue de 1,367,819 arpents (348,793 hectares, Tarpent prussien valant 25 ares 50) et rapportant 3,424,164 thalers (12,840,646 fr.). Des parcelles séparées {einzelne grundslûcken), des moulins, des pêcheries et des eaux minérales appartenant à rÉtat y ajoutaient un revenu de 2,261,281 thalers (8,479,804 fr.); les terrains des fortifications donnaient un autre appoint de 22,253 thalers (83,440 fr.). Enfin un produit de 1,741,172 thalers (6,529,355 fr.) de rentes foncières, et une somme de 1,998,049 thalers (7,492,684 fr.) représentant l'amortissement annuel de domaines vendus, toutes ces différentes recettes et d'autres de moindre importance portaient à 9.580,820 thalers (35,928,075 fr.) l'ensemble des recettes du domaine prussien, autre que le domaine forestier, en 1870. Ce chiffre diffère peu de celui que nous avons donné plus haut d'après le budget de i873. On remarquera que daus ces recettes ne figure pas, comme en France, le produit des ventes du matériel vieilli des différentes administrations civiles et militaires.

G*est un fait curieux de voir un État posséder près de 1,500,000 arpents (1,367,819 affermés et en outre des parcelles isolées dont la contenance n'est pas indiquée) de terres arables, c'est une étendue égale à celle d'un petit département français. On peut considérer que le revenu net de ce domaine agricole, non compris les rentes foncières, les recettes des eaux minérales et les paiements annuels pour l'amortissement des biens vendus, est d'une dizaine de millions de francs au plus par année. Les frais d'exploitation, en effet, s'étaient élevés en 1870, d'après le professeur Wagner, à 2,100,740 thalres (7,877,775 fr.). S'il fallait déduire celte somme entière du seul produit des biens ruraux affermés, il ne resterait plus que 5 millions de francs environ de produit net; mais une forte partie de ces dépenses incombe sans doute aux autres chapitres, ceux des parcelles isolées, des moulins, des eaux minérales. Ces frais d'exploitation, qui s'élèvent au total de 7,877,775 francs, se divisent en 2,429,000 francs pour les bâtiments, les routes et les ponts; 1,589,000 francs pour le personnel d'exploitation ou de surveillance^

BU DOMAINE PBIVfi DE L*ÉTAT. 43

1,262,000 francs pour les charges foncières ou taxes, et le reste pour les dépenses diverses (1).

La distribution de ces domaines ruraux, autres que les forêts, dans les diverses provinces de la monarchie prussienne n*est pas sans intérêt. Cette catégorie de domaines n'existe pas dans les provinces rhénanes ; en Wéstphalie on n'en compte que six avec une surface de 8,574 arpents; c*est surtout dans les provinces orientales qu'ils sont nombreux; en Poméranie il y en a 159 avec une surface de 253,300 arpents ; dans la province de Prusse proprement dite on en trouve 160 avec 25l;800 arpents; viennent ensuite la province de Saxe avec 158 domaines et 218,100 arpents; le Brandebourg avec 148 domaines et 216,400 arpents; le Hanovre avec 200 domaines et 141,800 arpents. Cette absence de biens domaniaux sur les bords du Rhin, et leur rareté en Wéstphalie, peuvent sans doute tenir & la domination française qui pendant longtemps a régné sur ces provinces; ce n'est pas, cependant, un fait sans importance que les domaines agricoles de l'État soient surtout situés dans les régions les plus pauvres et les plus incultes. ^

La plupart des États allemands ont, comme la Prusse, des domaines agricoles très étendus, sans parler des forêts. Dans le duché de Bade ces propriétés domaniales avaient été réduites, en 1830, à 37,321 arpents par des aliénations successives; dans l'intervalle entre cette date et celle de 1870 le gouvernement acheta d'autres biens ruraux qbi portèrent la contenance des terres domaniales (autres que les forêts) à 54,218 arpents, qui rapportaient 996,800 florins (2,133,152 francs) ; cette somme est relativement très considérable, quoique ce soit sans doute un revenu brut; les domaines purement agricoles du duché de Bade représentaient 1,17 p. 100 de la superficie totale du pays. La Bavière et le Wurtemberg ont aussi des domaines agricoles, mais d'une moindre importance. Au contraire, le Mecklembourg-Schwerin, qui a conservé Torganisation du moyen âge, présente une proportion énorme de biens domaniaux par rapport à l'étendue du territoire. Ces domaines embrassent, en effet, plus de 90 milles allemands carrés, ils contiennent plus de 206,000 habitants et comprennent ainsi 37 p. 100 de la population du pays.

Les écrivains allemands ont beaucoup disserté sur le meilleur mode d'administration de ces domaines agricoles. Ils n'ont pas eu de peine à prouver que la gestion directe par l'État a de grands inconvénients : ils lui ont préféré le fermage moyennant une adjudication pour fixer les conditions du prix ; ils ont recommandé surtout le

(1) Rau's Lehrbuch der^Floaniwisseacbaft 6** Avisgabe betrbeitet Ton D' Adolph Wtgner, t. I, p. 334.

morcellement en exploitations de moyenne étendue. A notre avi?^ TÊlat ne peut être un bon agriculteur, et même il peut malaisément surveiller des fermiers, entreprendre des travaux d*amélioration, tels que drainages, irrigations et autres. Ce n*est pas que TÉtat soit incapable d^exécuter de grandes entreprises, mais précisément Vœuvre du propriétaire rural, même quand il est aidé par un fermier, est une t&che minutieuse, demandant une application constante. Nous comprendrions à la rigueur que TÉtat conservât momentanément une étendue compacte de terres, (Conquises, par exemple, sur les eaux par des dessèchements : il serait plus propre peut-être que de simples particuliers à exécuter d*importants travaux de préservation et de mise en valeur : mais, une fois ces grandes œuvres accomplies, il n^aurait rien de mieux à faire qu'à dépecer ce domaine et à le livrer à la petite ou à la moyenne propriété. Dès que TÉtat peut vendre à un prix convenable un domaine agricole autre qu'une forêt, il sert ses propres intérêts, même financiers, en le faisant. On ne comprend pas que certains Étals allemands, la Bavière entre autres, conservent des vignes ; celles de cet État, en Franconie, ont rapporté, en 1870, 39,000 florins bruts et 43,000 nets : nous en ignorons la superficie, mais il nous parait difficile que, livrées à des paysans, elles n*eussent pas fourni un plus considérable revenu brut et une plus forte proportion de revenu net par rapport au revenu brut.

Diaprés un.tableau que nous trouvons dans le livre du professeur Wagner, le taux moyen du fermage pour les domaines de TÉtat est de 3 th. 9 gros (12 fr. 37) par arpent dans le district de Wiesbaden, 3 th. 7 (12 fr. 13) dans la province de Saxe, 2 th. 6 (8 fr. 25} dans la Poméranie, 1 th. 9 (4 fr. 87) en Silésie, 1 th. 5 (4 fr. 37) dans la province de Posen; Tarpent prussien est de 23 ares 50 centiares, soit en chiffres ronds le quart d'un hectare. Le taux moyen de location de» domaines agricoles de la Prusse actuelle varie donc, suivant les provinces, entre 18 francs et 50 francs par hectare. Ces prix de fermage nous sont représentés comme étant assez notablement plus élevés que les fermages moyens des terres en culture dans les mêmes provinces : on fait remarquer, il est vrai, que les domaines de TÉtat sont composés en général de terres d*une qualité supérieure à la moyennedes terres environnantes, qu*ils contiennent notamment beaucoup deprairies (1). Quoi qu'il en soit, il ressortirait des chiffres ci-dessus que l'État peut conserver des domaines dans les contrées qui ont une très faible population spécifique et oii l'agriculture est extensive : ils ne démontrent nullement que TÉtat ait intérêt à les garder ou à ea

(1) Rau, édition WagDcr, 1. 1, p. 348-49.

acquérir dans les contrées où la population est considérable et où Tagriculture a fait de grands progrès. Le morcellement même de ces domaines ou leur conversion en propriétés privées est un des moyens d*accroltre la population agricole et de rendre Tagriculture plus intensive. Les écrivains allemands nous donnent quelques exemples des curieux et rapides elTets qu'a produits la division des domaines agricoles en fermes de médiocre étendue. Trois grands domaines, appelés Solikante, Posedin et Wilhelmsaue, ayant ensemble 3,610 arpents de Prusse (905 hectares), furent loués par morceaux de petite étendue à 107 familles; 39 exploitations avaient chacune 3 arpents; 22, chacune 30; 26 autres, chacune 60 arpents ; 5 exploitations comprenaient chacune 94 arpents ; enfin une exploitation s'étendait à elle seule sur 578 arpents. Voici quelle a été avant et après ce morcellement la situation des domaines :

Avant Aprèi le moreellemeal. le morcellement.

l" Nombre d'hommes sur les domaines. . 45 595

$• Nombre de chevaux 10 124

a*" Nombre de vaches 16 833

4« Produit en blé. 521 wisp. 1,414 wisp.

S* Consommation de blé sur les lieux. 28 — 439 —

C* Excédent pour la vente %10 — "52 —

7* Produit de relève du bétail, des œufs,

de la paille 7,765 thalers 8,226 thaler»

8* Recette totale des produits vendus.. 15,537 — 22,726 —

9* Revenu pour l'État 4,077 — 5,175 —(1)

Ces chiffres sont fort concluants ; le revenu net de TÉtat a augmenté de 26 p. 100, et la valeur des produits disponibles pour la vente s'est accrue de 46 p. 100. La vente de ces domaines ainsi morcelés aurait sans doute eu des effets plus heureux encore que le fermage par exploitations de médiocre importance. Les biens vendus produisent en outre au Trésor un revenu indirect considérable par les droits d'enregistrement, de donation etde succession. L'État n*^ donc aucun intérêt à conserver des domaines agricoles, autres que des forêts, dans les pays ot la population est dense et aisée ; dans ceux où les habitants sont médiocrement nombreux et médiocrement fortunés, le morcellement progressif des locations des biens domaniaux peut être une bonne mesure de transition.

Nous n'avons étudié jusqu'ici dans le domaine immobilier de l'État que les biens agricoles, c'est-à-dire ceux qui sont en culture, sous la forme de champs, de prairies, de vignes ; mais la plus grande partie

(1) Le lecteur minutieux trouvera peut-être que tous les chiffres de ce tableau ne concordent pas complètement entre eux : nous les empruntons textuellement à U 4* édltiou de la Pinanxwissensehafl de Rau, t I, page 172. Le wispei vaut 13 hecto> litres 19 litres*

du domaine immobilier des États se compose de forêts. Celles-ci diTfèrent très notablement des propriétés agricoles : TÉtat est plus propre à exploiter les premières, parce que l'exploitation s*en fait en grand, d'après des procédés méthodiques, des règles, pour ainsi dire^ scientifiques. Sa capacité est mieUz établie pour le domaine forestier que pour le domaine agricole. Pour le premier, il est supérieur aux particuliers : il semble avoir une mission naturelle pour la conservation de cette nature de richesses, qui est nécessaire à un pays et que les particuliers ont trop de penchant à dilapider. L*État, étant dans nos sociétés modernes le seul 6tre immuable, le seul qui représente la perpétuité et qui ait charge des générations à venir, ne sort pas de ses attributions légitimes quand il garde la propriété des forêts dont le maintien est jugé utile à la prospérité du pays.

Ce n'est pas ici à un point de vue purement financier, ce que les Allemands appellent le point de vue caméral, qu'il convient de se placer. Quoique les forêts soient une source de revenu pour l'État et, comme nous le montrerons, une source de revenu généralement croissante, cette considération n*est qu'accessoire : elle ne suffirait pas pour justifier la propriété de forêts par l'État. Ce n'est pas, non plus, au point de vue des administrations et des services publics qu'il faut envisager ce sujet et trancher cette question. Jadis une des raisons alléguées pour la conservation des forêts de l'État, c'était que la marine avait besoin de bois de construction d'une beauté rare et que ne pouvaient guère fournir les forêts des particuliers. Aujourd'hui que les vaisseaux se font principalement en fer, cet argument a perdu sa portée ; mais, à vrai dire, il n'en a jamais eu beaucoup, TÉtat pouvant se procurer à l'étranger, en les payante bon prix, les bois de construclîon dont il avait besoin. Ce n'est pas non plus, enfin, au point de vue démocratique, si nous pouvons parler ainsi, que ce sujet doit être étudié : quelquefois on a invoqué pour la conservation des forêts de l'État l'intérêt des consommateurs et des classes pauvres pour lesquels le bois est un objet de première nécessité et dont le prix ne doit pas être trop élevé ; l'État n'est pas plus chargé d'assurer aux consommateurs un certain prix pour leur provision de bois que pour leur provision de blé ; d'ailleurs, on pourrait dire qu'en diminuant artificiellement le prix du bois, par la conservation d'une grande quantité de^forêts, il élève artificiellement le prix du blé et le prix de la viande, puisqu'il réduit les espaces qui sont consacrés à la production de celle-ci ou de celui-là.

Le vrai point de vue auquel il convient de se mettre, c'est celui de l'influence des forêts sur le climat, sur le régime des eaux et, par conséquent aussi, sur la production générale du pays. S'il est démon-

ou DOMAINE PRIVÉ DE L*ËTAT. 47

tré que la disparition complète ou ramoindrissement notable des forêts a pour effet dé rendre les sécheresses plus fréquentes et les torrents plus dévastateurs, il est évident que le grand intérêt du maintien (In régime des eaux légitime l'appropriation d'une partie des forêts par rËtat. La disparition de ces réserves de bois, qui sont les régulateurs naturels des eaux, nuirait à toute la contrée environnante, lui enlèverait une partie de sa force productive et diminuerait la salubrité du pays. Or, ces phénomènesont été universellement constatés. L'eifet ordinaire des déboisements immodérés dans les contrées montagneuses, c'est de hâter l'écoulement des eaux pluviales et de faciliter les inondations, les avalanches, les éboulements; Teffetplus lointain, c'est de rendre le pays impropre à quelques cultures qui réclament une certaine quantité d'humidité et une température modérée. Ces faits ont été observés sur bien des points de la France', notamment en Provence^ en Algérie» ainsi que dans d'autres contrées d'Europe, en Autriche, en Italie, en Amérique aussi, particulièrement au Brésil, à Rio-Janeiro.

L'expérience prouve que les particuliers sont en général très enclins à défricher, et très peu à reboiser, du moiàs par grandes masses. Le défrichement offre l'appât, souvent trompeur, d'une plusvalue très prochaine de la terre transformée en champs ou en prairies ; un grand nombre de propriétaires se laissent séduire par cette décevante perspective, le paysan surtout; au contraire, les plantations ou les semis par grandes masses, entraînant une dépense immédiate qui né sera rémunérée qu'au bout de très longues années, ne sont entrepris que par des propriétaires prévoyants et aisés. Quoique, dans ces derniers temps, quelques contrées de la France, telles que la Sologne, les aient vus se multiplier, dans l'ensemble des propriétés privées la tendance au défrichement domine.

Il était utile jadis que le goût du défrichement fût prédominant. La plus grande partie des terres arables et des prairies de l'Europe a été lentement conquise sur les forêts. On estime que l'ancienne Gaule, an temps des Romains, avait plus de 40 millions d'hectares de forêts ; les trois quarts avaient disparu au commencement du dix-huitième siècle. Yauban calculait,, en 1700, que la France possédait 5,130,000 hectares de forêts et de bois : c'était une évaluation très modérée, trop modérée assurément. Le marquis de Mirabeau, en 1750, portait cette étendue à 12,662,000 hectares; Arthur Youug, en 1788, à 9,713,000 (1) ; c'était ce dernier, sans doute, qui se rapprochait le plus de la vérité. La statistique agricole de 1862 évalue à 9,167,710 hectares rétendue du sol forestier ; on a jugé ce calcul trop élevé de 6 ou

(t) Nous emprantona ces renseigoements à an article de M. de Foville, dans VÉco* nomiste français do 10 jnin 187S.

48 TBAITÉ DB LA SCIENCB DES FINANGKS.

*IOO,000 hectares. A Theure actuelle, après la perte de TÂlsace-Lorraine, il est probable que nous ne possédons plus que 8 millions environ d^hectares de forets ou de bois. On estime encore aujourd'hui à 270 millions d*hectares la surface boisée de TEurope, ce serait 28 p. i 00 de sa superficie ; mais il s'en faut que cette quantité de forêts soit uniformément distribuée sur toute cette partie du monde : 190 millions d'hectares appartiennent à la Russie, 30 millions à la péninsule Scandinave. Il n'en reste guère aux autres peuples. Beaucoup de ces forêts aussi ne méritent point ce nom, ce ne sont que des espaces oh poussent quelques broussailles. Dans cette situation il est fort naturel que les États interviennent pour conserver une partie de ces débris du sol forestier.

Il n'est donc pas étonnant de voir la plupart des États posséder une partie notable des forêts qui sont situées sur leur territoire. Voici à cet égard quelques chiffres instructifs que nous empruntons pour la plupart aux ouvrages de Rau et de Wagner. Le sol forestier de TAllemagne, d'après des statistiques qui remontent à 1864. se composait de 12,880,000 hectares (50 millions 510,000 arpents, l'arpent valant en f^russe 25 ares 50 centiares] ; sur ces 12,880,000 hectares, 4 millions 431,900 appartenaient aux fitats, 2 millions 315,000 aux communes, 170,000 hectares étaient la propriété des églises ou de corporations, enfin 5,959,350 hectares appartenaient aux particuliers (1). Les États allemands possèdent ainsi plus du tiers du sol forestier, et les États joints aux communes détiennent plus de la moitié do ce même sol. Si, au lieu de considérer l'empire actuel d^AUemagne, on se borne à examiner l'ancien royaume de Prusse, celui d'avant les événements de 1866, on trouve qu'il y a dans ce pays C millions 834,000 hectares de bois (26 millions .S0O,O0O arpents de 25 ares 50 centiares chacun). Cette étendue du sol forestier représente 20 p. 100 environ de la superficie totale du royaume. Sur ces 6,834,00i) hectares de bois, 1,828,350 sont la propriété de l'État, 961 ,350 appartiennent aux communes, le reste, soit 4 millions 45,000 hectares, appartient aux particuliers. Ainsi, dans l'ancien royaume de Prusse, l'iillat possède 27 p. 100, les communes 14 p. 100, et les particuliers 59 p. 100 du sol forestier total; c'est pour l'État prussien une proportion moins favorable que pour les États allemands proprement dits. L'État en Autriche possédait, en 1848, d'après le professeur Rau,

(1) Si l'on additionne les chiffres du texte pour la part dos Etals, des communes, des églises et des corporations dans le sol forestier de l'Allemagne, on n'arrive qu'au total de 12,87G,250 hectares, au lieu de 12,880,000 : l'écart doit^tre représenté par des fractions négligées. Rau's Finanzwmenchaft, édit. de Wagner, t. I, p. 387. On trouvera plus loin, p. 50, note, une évaluation plus récente et un peu différente, due à Roscher,

3,530|452 jochs de forêts, soit 2,040,857 hectares (le joch correspon* dant à 57 ares). D'après le professeur Wagner, les forêts appartenant à rÉtat autrichien seraient beaucoup plus considérables ; elles auraient une surface de 5,460,000 jochs en 1862, soit 3,112,200 hectares. C'est ^n Russie que l'État possède la plus grande étendue de forêts : dans la partie européenne de cet empire il est propriétaire de 127,797,000 hectares de bois (123 millions de dessiatines, chaque dessiatine correspond à 1 hectare 039) : c'est 70 p. 100 du sol forestier de la Russie d'Europe, lequel comprend 172 millions de dessiatines (1). L'étendue des bois de l'État dans ' cette partie de l'empire russe est ainsi plus du double de la superficie totale de la France.

Dans les pays que nous venons de citer les forêts de l'État ont une étendue exagérée, et qui peut tenir à ce que ces contrées ne sont pas encore complètement peuplées on que l'agriculture y est, au moins sur certains points, dans des conditions primitives. Cette réflexion s'applique surtout à la Russie; il est évident qu'avec le temps l'État y aliénera une vaste portion de ses domaines. Ceux-ci comme les immenses réserves de terre que possèdent les États-Unis d'Amérique, l'Australie ou le Canada, sont destinés à se restreindra à mesure que le peuplement se développera et que la culture se per» fectionnera.

La France est dans une situation différente : tout le territoire y est peuplé et livré à la culture ; l'État y est propriétaire cependant d'étendues de bois assez considérables, qui pourraient utilement être augmentées par Tacquisition de terrains de montagnes propres au reboisement. En 1869, l'État possédait en France 1,057^234 hectares de bois, et la liste civile impériale 65,000 hectares, soit ensemble 1,122,234* En 1872, d'après un rapport fait par H. de Yentavon à l'Assemblée nationale, TEtat avait perdu sur le territoire cédé à l'Allemagne 139,533 hectares ; il avait restitué 25,211 hectares à la famille d'Orléans, qui s'en était trouvée dépossédée à l'avènement de l'empire ; il restait ainsi au domaine de l'État 957,490 hectares de forêts. La France a une étendue superficielle de 53,500,000 hectares; les forêts de l'État en forment donc la cinquante-cinquième partie. Les bois des communes et des établissements publics sont en outre évalués à 2 millions 50,000 hectares : c'est ainsi un ensemble de plus de 3 millions d'hectares, soit 6 p. 100 du sol national qui est formé par les forêts ou les bois de l'État et des communes. On estimait en

(I) Ce chiffre de 172 milliODs de dessiatines, soit 178 miUions d'hectsres, pour les saperficies boisées de la Russie est un peu inférieur à Tévaluation que nous avons empruntée à H. de Foville et citée plus haut, soit 190 millions d'hectares pour l'en» semble des Torèts de la Russie d'Europe.

1865 les bois des particuliers à une superficie double de celle des bois deTËtat et des communes réunies, ce qui eût porté le sol forestier de la France à 9 millions d'hectares, un sixième de l'étendue totale du pays. Depuis notre perte de territoire en 1871 , on incline plutôt à 8 millions environ, le septième de la surface de la France ; un peu plus du f tiers du sol forestier appartiendrait soit à TËtat, soit aux communes et f: aux établissements publics ; à peine le huitième à TËtat (1).

En Belgique; sur 489,423 hectares de forêts existant en 1880, soit 16.61 p. 100 du territoire, 25,309 seulement appartiennent à TËtat, 149,671 aux communes, 4,808 à des établissements publics et 309,634 aux particuliers. {Annuaire statistiqt4e de la Belgique pour 1895, p. 259.) En Angleterre, les forêts appartenant à TËtat sont insignifiantes, on les évalue à 60,000 acres, soit 24,300 hectares. Sur les autres pays, les renseignements manquent; mais la plupart des Ëtats du midi de TËurope ne possèdent guère que des montagnes déboisées. ' Les forêts des Ëtats devaient surtout se rencontrer dans les provinces pauvres, les contrées montagneuses ou sablonneuses ; c'est là qu'il est le plus utile de les avoir pour donner aux eaux un cours régulier et assainir le soi ; c'est aussi là qu'elles sont le meilleur mode d'exploitation de la terre, les cultures intensives y étant malaisées. En Prusse, les forêts domaniales sont rares dans l'Ouest, dans les provinces de Trêves, Aix-la-Chapelle, Coblentz, Munster ; elles abondent dans TEst. En France, au contraire, c'est dans les départements les plus riches, dans le Nord, et l'Est, que les forêts domaniales ont le plus d'étendue; elles sont moindres dans le Midi, où il serait le plus utile qu'il y eût

(!) D'après des statistiques un peu plus récentes que fournit Roscher [System der

Finanzwissentchaflj 1880, p. 63), les forêts dcnnamales représenteraient dans les

principaux pays les proportions suivantes des superficies boisées et de la contenance

totale de chaque temps.

Proportioo des forètt domaniclM.

Pays. à la superGcie boisée, au territoire entier.

Prusse 30.3 p. 100 7.09 p. 100

Bavière 34.3 — 11.08 —

Saxe 40.6 — 11.09' —

Wurtemberg 82.2 — 9.90 —

Bade 17.9 — 6.40 —

Alsace-Lorraine 33.6 — 10.20 —

Autres États allemands 49.1 — 11.70 —

Allemagne en général 32. 7 — 8.40 —

Autriche 10.4 — 8.21 —

Hongrie 19.8 — 5.60 —

France 10.5 ~ 1.83 —

D'autre part, les communes et établissements publics détiendraient de la totalité du sol forestier : 13.1 p. 100 en Prusse, 13.9 en Bavière, 6.6 en Saxe, 81.5 en Wortemberj;^, 47.4 dans le duché de Bade, 44.9 dans l'Alsace-Lorraine, 16.6 dans les antres États allemands, 16.5 dans Tensemble de l'empire d*Allemagnei 14.1 en Autriche, ^2.8 en France, toujours d'après Roscher [Finanzwinenachaft^ p. 64).

ou DOMAINE PRIVt DE L'ÉTAT. 51

des bois considérables et bien entretenus pour préyenir, autant que possible, les inondations. Voici, en effet, quelle était la distribution sur tout le territoire de nos forêts domaniales ayant la perte de TAlsace et de la Lorraine, et avant Tannexion de la Savoie et de Nice ; la superficie en était de 1,019,139 hectares, qui étaient répartis comme il suit entre les trente-deux circonscriptions administratives, appelées Conservations forestières.

i'* Conservation (Paris), comprenant 6 départements, étendue des orèts domaniales 52,625 hectares; 2* conservation (Rouen, 2 départements), 47,164 hectares ; 3* (Dijon, 1 département), 42,435 hectares ; 4* (Nancy, 1 département), 70,564 hectares ; 5* (Strasbourg, i département), 53,498 hectares; 6*(Golmar, 1 département), 22,97j hectares ; 7* (Douai, 4 départements), 39,629 hectares ; 8* (Troyes, 2 départements), 28,256 hectares ; 9"^ (Ëpinal, 1 département), 85,858 hectares ; 10* (Gbâlons, 2 départements), 40,046 hectares ; 11 "^ (Metz, 1 département), 50,219 hectares ; lâ^" (Besançon, 1 département), 5,806 hectares ; 13'' (Lons-le-SauInier, 1 département), 31,907 hectares ; 14* (Grenoble, 3 départements), 27,272 hectares ; IS"" (Alen- Qon, 5 départements), 38,767 hectares: 16"* (Bar-le-Duc, 1 département), 36,695 hectares ; 17* (Ghaumont, 1 département), 15,812 hectares ; 18* (Yesoul, 1 département), 6,950 hectares ; i9* (Màcon, 3 départements), 18,930 hectares ; 20* (Toulouse, 4 départements), 89,081 hectares ; 21* (Tours, 4 départements), 30,953 hectares ; 22* (Bourges, 2 départements), 30,290 hectares ; 23* (Moulins, 4 départements), 25,928 hectares; 24* (Pau, 3 départements), 18,720 hectares; 25* (Rennes, 5 départements), 16,668 hectares ; 26* (Niort, 4 départements), 22,197 hectares; 27* (Alby, 4 départements), 16,436 hectares; 28* (Âix, 4 départements), 14,054 hectares ; 29* (Nîmes, 4 départements), 10,751 hectares; 30* (Aurillac, 4 départements), 1,801 hectares ; 31* (Bordeaux, 4 départements), 5,285 hectares ; 32* (Ajaccio, 1 département), 21, 554 hectares.

Si Ton parcourt avec attention cette liste, on voit que le plus grand nombre des conservations forestières sont situées au nord de la Loire ou dans la région de TEst, et que, en outre, chaque conservation du Nord ou de l'Est a une étendue de forêts infiniment plus considérable que chaque conservation du Centre ou du Midi. Ainsi il n*existe qu'une conservation dans le Midi, qui ait de vastes espaces de bois domaniaux, c'est celle de Toulouse, où les forêts de l'État comprennent 89,000 hectares; la conservation forestière du Midi, qui vient après Toulouse, est celle de Grenoble, qui possède 27,000 hectares de forêts domaniales. Mais la plupart des conservations du Nord ou de l'Est ont des superficies boisées infiniment plus grandes.

^Ile d*ÉpiDaI, par exemple, 85,000 hectares ; celle de Nancy, 70,000 i celle de Paris, 52,000 ; et celle de Rooen, 47,000. Les conservations da Midi, autres que les deux que nous avons citées plus haut et que la Corse, ont chacune moins deâO,000 hectares, chiffre qui est audessous de la moyenne générale. Le centre n'est guère mieux pourvu que le Midi en forêts domaniales, comme on peut s*en convaincre par rétendue très faible des bois de la conservation d'Aurillac, qui comprend A départements et qui ne renferme que 1,800 hectares de bois de TÉtat.

Non seulement le centre et le midi de la France ne présentent qu*une très faible superficie de forêts domaniales, mais encore, à égalité de contenance, les bois de l'Etat y ont une valeur très faible, comparativement à celle des bois de l'État dans les régions du Nord ou de TEst.

L^inventaire, fait en 1833, des propriétés immobilières de TÉtat,. fournit des indications intéressantes sur la situation relative des différentes parties de notre domaine forestier. Les 1,019,139 hectares de forêts de l'État étaient estimés ensemble à 726,993,456 francs, soit une moyenne de 713 francs par hectare.

Cette moyenne était considérablement dépassée dans beaucoup de conservations du Nord et de l'Est, elle était atteinte dans la plupart des autres conservations des mêmes régions : au contraire, dans la sone du Midi, la valeur des forêts de TÉtat tombait à des prix tout à fait infimes. Tandis que dans la conservation de Besançon Thectare de forêt domaniale était évalué à 1,800 francs, dans celle de Douai à 1,300, dans celles de Rouen et de Paris à environ 1,200; dans celles de Ghàlons, de Troyes et de Yesoul à plus de 1,000 ; dans celles d*£pinal, de Bar-le-Duc, de Chaumont et de Mâcon à plus de 900 ; dans celles de Dijon, de Colmar, d'Alençon, de Tours à 800 francs environ ; dans celles de Nancy, de Strasbourg, de Metz, de Lons-le-Saulnier à plus de 650 : il tombait à des chiil'res beaucoup plus bas dans les autres conservations appartenant toutes aux régions du Midi, du Centre ou de l'Ouest : ainsi, Tfaectare de forêt domaniale n*était estimé qu'à 600 francs environ dans les conservations de Bourges et de Moulins, à 450 dans celle de Rennes, à 400 dans celle de Niort, à 300 dans celle d*Alby, à 250 francs dans celle de Grenoble ; il ne valait pastoutàfaitâOO francs dans la conservation d'Aurillac ; Testimation était de 150 francs pour les conservations de Toulouse et de Bordeaux ; enfin Thectare de forêt domaniale descendait à la valeur dérisoire de 130 francs dans la conservation de Nîmes, 65 francs dans celle de Pau, 64 francs dans celle d'Aix.

Cen*est pas seulement la difficulté des transports, le faible prix du

DU DOMAINE PRIvà DE L*ÉTAT. 5*

bois à brûler dans ces régions qui réduit à des chiffres infimes la valeur des forêts domaniales du Midi, c'est que ces forêts ne méritent pas leur nom : ce sont, pour la plupart, des espaces dénudés où les broussailles mêmes sont rares.

Le nouvel inventaire des propriétés de l'État, publié en 1876, vient compléter ces renseignements et confirme les conclusions que nous en tirons. D'après ce document les bois et les forêts de l'État comprennent 986,437 hectares qui sont, répartis en 3â conservations forestières (1). La valeur vénale de ces forêts est estimée à 1,261,870, 7C4 francs, soit en moyenne 1,280 francs par hectare. On a vu qu'en 1833 1a valeur totale de nos 1,019,139 hectares de bois domaniaux était estimée à 726,993,456 francs, ce qui faisait ressortir la valeur moyenne de chaque hectare à 713 francs. Ainsi, dans cet espace de quarante ans, le capital qtie représentent les forêtsde l'État a augmenté de 535 millions, soit de 73 p. 100, et la valeur moyenne de chaque hectare s'est accrue de 80 p. iOO. G*est toujours dans les conserva* tions de la région du Nord et de l'Est qu'existent non seulement les forêts les plus étendues, mais aussi les meilleures. Le maximum de la valeur vénale par hectare est atteint dans la conservation de Besan-çon ; les 4,848 hectares de cette circonscription sont estimés à la somme considérable de :35,270, 680 francs, soit 7,270 francs par hectare, chiffre singulièrement élevé. Vient ensuite la conservation d'Amiens, qui avait jadis son siège à Douai : les 57,710 hectares de cette circonscription sont évalués à 208 millions et demi de francs, soit 3,610 francs par hectare. La moyenne par hectare est supérieure à 2,000 francs dans les conservations d'Alençon et de Moulins ; elle approche de ce chiffre, dans celles de Rouen, Nancy, Tours, Bourges :' elle est encore supérieure à 1,500 francs dans les circonscriptions» de Bar-le-Duc, Épinal, Troyes, Mâcon : elle dépasse 1,200 francs' dans celles de Ghàlons-sur-Mame, Lons-le-Saulnier, Ghaumont,,; Yesoul. La valeur moyenne de l'hectare fléchit à 1,100 francs dans laji conservation de Rennes, à 1 ,000 francs dans celle de Paris, à 950 franc^" dans celle de Grenoble, la plus favorisée de toutes les conservation^ méridionales, à 800 francs dans celle de Niort et celle de Nîmes, ti 700 francs dans celle de Dijon, à 580 francs dans celle deGarcassonne! (dont le chef-lieu était jadis Alby), à 520 francs dans celle d'AurillacJ à 500 francs dans celle de Nice, à 300 francs dans celle deGhambéry;;

(1) Le tableau porte 85 coDservations, mais dans ce nombre sont comprises celles de Strasbourg, Metz et Colmar qui n'appartiennent plus à la France : il y a, par contre, 3 conservations noavelles, celles de Ghambéry, Nice et Gap, qui n'existaient pas lors du recensement de 1833, de sorte que, déduction faite des trois conservationik perdustt le nombre reste fixé à 82, comme il y a trente ans«

280 francs dans celle d'Ajaccioet celle de Gap, 2â0 francs dans celle de Bordeaux ; enfin la valeur moyenne de Thectare de forêt domaniale tombe aux chiffres dérisoires de 160 francs dans la conservation de Pau, de 145. francs dans la grande conservation de Toulouse, qui contient plus de 92,000 hectares, 135 francs dans celle d'Aix.

Ainsi une grande plus-value s'était manifestée pour les forêts du Nord, celles deTEst et même quelques-unes du Centre. Mais la plupart des forêts domaniales du Midi restaient des espaces dénudés. Le tableau évaluatif le plus récent porte à 1 milliard 263,031,000 fr. à la fin de l'année 1879 la valeur des bois et des forêts de TÉtat (non compris rAlgérie). C'est 536 millions de fr. de plus qu'en 1833. La valeur moyenne de l'hectare restait aux environs de 1,280 fr. (1). Mais de 1879 à 1897, par suite de la baisse du bois, cette valeur a dû baisser d'un quart.

Cet aperçu montre que les forêts domaniales ne répondent pas en France au rôle que l'économie politique leur assigne : elles sont nombreuses et bien entretenues dans les provinces du Nord et de l'Est, c'est-à-dire dans les contrées les plus riches, les plus .naturellement humides, celles où le sol se prête le mieux à l'agriculture : elles sont peu étendues et surtout très dégarnies dans les districts montagneux du Midi, là où elles seraient le plus utiles pour l'assainissement du pays et pour le bon régime des eaux.

Considérons maintenant les forêts domaniales au point de vue financier. Ces ressources ont-elles une véritable importance budgétaire? Ont-elles une tendance à croître ou à rester stationnaires ? On a vu plus haut (p. 21) que le produit brut des forêts dans le royaume de Prusse figurait au budget de 1896-97 pour une somme de 76 1/2 millions de francs (62,305,000 marks). En évaluant, d'après les antécédents, les frais à une quarantaine de millions de fr., il resterait un produit net d'envirJon 36 millions de francs (2) : c'est là un chiffre assez réduit et qui ne forme qu'une faible fraction du budget prussien. La proportion des frais d'exploitation doit, au premier abord, paraître très élevée. D'après les renseignements que donne le professeur Wagner, le produit net des forêts de la Prusse agrandie eût dû être plus considérable. Le produit net des forêts de l'ancien royaume de Pousse, celui d'avant Sadowa, fut en 1849 et en 1850 de 10,643,000 fr. (2,827,800 thalers) en moyenne par année : dans la période 1864-1865, il s'éleva à 24,190,800 francs (6,450,200 tha-

(1) Voirie Bulletin de statistique du ministère des finances^ !•' semestre 1881, p. 317.

(2) Nous n'avons les frais d'exploitation des forêts prussiennes, pour 1896-97, que joints à ceux d'exploitation des domaines et formant ensemble 41 1/2 millions de marks^ ou &0 millions de francs. Les frais propres aux forêts étaient portés an budget de I88S-86> pour 30,660,000 marks, soit 37 millions de francs (Note de la 6« édition.)

lers) (1) en moyenne par année ; or, l'ancien royaume de Prusse ne possédait que 7 millions 170,000 arpents (1,828,350 hectares) de forêts domaniales, le nouyean royaume de Prusse (depuis Sadowa) en possède 10,190,000 (2,598,430 hectares). En 1873, les frais d'exploitation étaient de 28 millions de francs pour une recette brute de 54 ; mais il est possible que ce rehaussement des dépenses ait pour cause des. constructions de routes ou des améliorations.

On remarquera, d'ailleurs, que le produit net des forêts a notablement augmenté en Prusse de 1848 à 1865; il a plus que doublé. Il en a été de même dans la plupart des autres pays. Ainsi en Bavière, d'après le professeur Wagner, le produit net moyen annuel était de 4,080,378 francs (1,906,700 flot.) pendant la période de 1826 à 1828; il s'est élevé à 6,115,380 francs (2,867,000 flor.) pour chaque année de la période de 1835-1837 ; enfin il a atteint le chiffre de 8,115,173 francs (3,792,137 florins) pour chaque année de la période de 1853-1856, il avait donc doublé en trente ans. Dans le Wurtemberg, de 1828 à 1853 le produit net des bois domaniaux s'est accru de 50p. iOO environ dans une période de vingt-cinq années, ayant passé du chiffre de 712,526 florins en 1828 à celui de 1,074,963 florins en 1853. L'augmentation a été encore plus frappante pour une période analogue dans le royaume de Saxe; de 484,000 thalers en 1828, le produit s'y est élevée 1,186,000 thalers en 1860, soit près de 150 p. 100 de plus-value. En France aussi le développement du produit net des forêts a été sensible jusque vers 1880. On concluait alors de tous ces faits que les revenus forestiers de l'Etat avaient une tendance caractérisée à s'accroître. La baisse des bois depuis quinze ans a dû faire abandonner cette opinion.

Le produit des forêts figurait au budget français de 1879 pour la somme brute de 38,102,600 francs ; l'ensemble des dépenses s'élevait à 13,492,732 francs, il restait donc un produit net un peu inférieur à 25 millions de francs. Ce chiffre est assez faible, mais une notable partie des dépenses (2,942,000 fr.) est consacrée à des constmctions de routes nouvelles ou bien au reboisement et au gazonnement des montagnes. Les évaluations inscrites pour les forêts au budget de 1879 ont été à peu près maintenues dans les trois budgets suivants : ainsi la recette inscrite au budget de prévision de 1882 était de 38,558,000 francs. Il en a été tout autrement au budget de 1883 où le produit des forêts n'est plus inscrit que pour 35,188,000 francs, soit 3 millions de moins que dans le budget de 1879. On donne différentes causes à cette décroissance. Le rédacteur du budget de 1883 l'explique par la nécessité de mettre les évaluations budgétaires d'accord.

(1) Lehrbuch tUr Finanzwlssenschaflt t. I, p. 390.

avec les faivS. Or, depuis 1876 celles-là n'avaient jamais été atteintes." On ne se serait pas assez bien rendu compte de l'influence que devaient avoir sur les encaissements les remaniements effectués dans retendue des forêts de TËtat depuis 1870, à savoir la perte des vastes étendues forestières de TAlsace-Lorraine, la restitution à la famille d'Orléans des bois qu'on lui avait confisqués, deux causes de réduction du domaine forestier qui n'ont été que très insuffisammentcompensées par le retour à l'Ëtat des forêts de la liste civile impériale. D'autres personnes, notamment des fonctionnaires de l'administration des finances, attribuent à une autre cause la réduction depuis vingt années du produit forestier; cette diminution du produit viendrait de ce quC; le 15 décembre )877, on a distrait du ministère des finances l'administration des forêts pour la confier au ministère de l'agriculture. Il en résulterait que l'exploitation serait moins dirigée qu'auparavant en vue du rendement fiscal. Les agents des forêts, pour augmenter indirectement la dotation de leur service, imposeraient aux adjudicataires de coupes de bois des travaux d'amélioration ou d'avenir, ce qui réduirait d'autant les prix de vente. Il est certain que toute administration fiscale qui est soustraite à la direction immédiate du ministère des finances devient presque immédiatement moins productive. On y gagne peut-être, il est vrai, à un autre point de vue que le point de vue financier. Les dépenses d'exploitation ont augmenté, d'autre part ; elles étaient inscrites au budget de 1883, en mettant de côté les forêts de l'Algérie, pour la somme de 14,415,000 francs, de sorte que le produit net des forêts n'était que de 20 millions et 1/2 de francs. Ce chiffre de 20 millions 1/2 de francs de revenu net est très supérieur au rendement de la Restauration ou du règne de Louis-Philippe. En 1856 le produit brut était porté au budget pour 26 millions de francs ; en 1834 pour 22,853,000. M. le marquis d'Audiffret, dans son ouvrage sur le système financier de la France (1), donne un tableau des produits des forêts de 1816 à 1828: en 1816, les coupes vendues comprenaient 27,855 hectares et 359,864 arbres, le nombre des arbres réservés dans les coupes de taillis n'était que de 865,342 ; le produit brut monta en principal à 13^057,002 francs, et avec les droits accessoires perçus par l'administration de l'enregistrement à 17,849,956 francs; cinq ans après, en 1820, les coupes vendues embrassaient 23,966 hectares et renfermaient 483,358 arbres; le nombre des arbres réservés était de 902,354 ; le produit en principal fut de 13,700,000 francs, et avec les droits accessoires il s'éleva à 15,857,000 ; c'était un chiffre légèrement moindre qu'en 1816. Mais cinq ans plus tard, en 1825, le nombre des

(1) \oir\Q Système financier de la France, pAT M Ag marquis d'Audiffret, t. II, p. 32G.

hectares vendus était de 25,904, celui des arbres, de 474,288; les arbres réservés étaient au nombre de 1,874,743; le produit en principal montait à 22,690,481 francs, et, avec les droits accessoires, à 28,215,547 francs; en 1828, les coupes comprenaient 24,324 hectares et il y avait 275,707 arbres vendus; le nombre des arbres réservés s'était encore accru, il n'était pas moindre de 1,912,408 : le produit s'élevait en principal à 24,069,100 francs, et il atteignait, avec les droits accessoires, 29,308,653 francs. Ainsi, dans l'espace de douze ans, l'étendue des coupes et le nombre des arbres réservés dans les coupes avait plus que doublé ; cependant le produit avait augmenté dans la proportion de 70 p. 100.

Dans ces dernières années, par suite- de la prédominance du point de vue forestier sur le point de vue financier et aussi par la baisse du prix du bois, le produit net des forêts a beaucoup diminué : le produit brut (Algérie non comprise) figure au budget de 1897 pour 28,514,000 fr. seulement, dont 1,116,000 fr. de contributions de communes et établissements publics pour frais de régie de leurs bois ; Les dépenses sont inscrites au même budget pour 13,750,583 fr., ce qui ne laisse, comme produit net, que 14,750,000 fr. ; chiffre modique pour une étendue d'environ 1 million d'hectares de forêts.

Les aliénations considérables de sol forestier qui ont été faites depuis 1815 n'ont pas empêché le produit des forêts de se développer jusqu'à 1870. 11 y a quatre causes de ce développement : 1° le bois a augmenté de valeur depuis le commencement du siècle ; 2** une administration intelligente a amélioré les forêts ; on en trouve la preuve dans les chiffres des arbres réservés ; 3* des travaux de reboisement et de gazonnement ont été entrepris ; 4<* on a construit des routes qui ont permis d'exploiter des forêts jusque-là inaccessibles.

La hausse du prix du bois jusque vers 1880, où la baisse lui a succédé, avait trois causes : la dépréciation des métaux précieux ; l'amoindrissement ou la disparition d'une grande partie des forêts qui existaient autrefois dans le monde civilisé; la plus grande demande de bois, par suite de l'augmentation de la population, du développement de l'aisance, et du nombre de plus en plus multiplié des industries qui emploient cette matière première. Cette dernière cause a été en partie contre-balancée par l'emploi plus général de la houille pour le chauffage et du fer pour les constructions. Le bois n'a pas laissé, néanmoins, d'augmenter de valeur jusque vers 1880. Le docteur Rau estime qu'en Allemagne le bois a quadruplé de prix du milieu du dix-septième siècle au milieu du dix-huitième et qu'il a encore quadruplé, à peu de chose près, du miliefu du dix-huitième siècle à 1830. D'un autre côté, le docteur Engel, le chef du bureau

de statistique de Berlin, constatait une augmentation de plus de 300 pour 100 depuis 1830 ; ce qui valait alors 100 francs en Prusse en valait déjà 150 en 1840, 200 en 1851, 260 en 1860, 360 en 1865 (i). Ces chiffres témoignent d'une progression formidable: si les calculs du docteur Engel et ceux de Bl. Rau étaient parfaitement et universellement exacts, la même quantité de bois qui se serait vendue en Prusse 360 francs, en 1865, et 100 francs seulement en 1830, n'aurait guère valu que 25 ou 30 francs, en 1750, et 6 ou 8 francs, en 1650 ; il y aurait donc eu, sur ce produit, une multiplication de valeur dans la proportion de 1 à 50, en un espace d'un peu plus de deux siècles : ce serait le plus merveilleux accroissement de prix d'un objet naturel. Il est difficile d'accepter, comme une vérité universelle, ces constatations ; elles doivent s'appliquer particulièrement à quelques localités, qui étaient dépourvues jadis de voies de communication et où le bois abondait en même temps que la population y était rare, circonstances qui se seraient modifiées depuis lors.

Si l'on ne peut admettre qu'en général, et notamment pour les grandes villes, la valeur du bois ait augmenté depuis deux siècles dans la proportion de 1 à 50, on doit reconnaître qu'elle peut avoir, dans cet espace de temps» quintuplé ou même décuplé. M. Wells, commissaire des revenus publics aux Ëtats-Unis. a relevé les cours du bois de 1861 à 4868, sur le marché d'Albany, et a trouvé qu'ils avaient en général doublé, le prix passant de 16 dollars à 32 pour le pin, pour le sapin noir de 10 à 20, pour le sapin du Canada de 8,5 à 17 ; mais il faut dire que le papier-monnaie a été introduit dans cette période aux Etats-Unis et que sa dépréciation explique une partie de la hausse des cours du bois comme des autres marchandises américaines. En France, on calcule que le bois d'œuvre, qui coûtait dans le bassin de la Seine, 32 francs en 1814, se vendait 60 francs en 4860. ! D'après les tableaux de la douane, la valeur des bois importés dans '' notre pays aurait, selon les catégories, doublé ou triplé de 1826 à 1873 : ' le chêne brut ou équarri ayant passé de 25 francs en 1826 à 80 en 1873, ' le noyer, dans les mêmes conditions, de 25 francs à 65 le stère, les ' merrains de chêne de 0 '% 30 à 1 franc, les mâts de 100 francs à 350, les 'perchesde0^45à0'%50,leséchalasde0^02à0f%041apièce:cesonl surtout les belles pièces de bois qui ont augmenté de valeur : les bois , de chauffage, quoique plus chers qu'autrefois, ne présentent pas un essor aussi grand et aussi rapide à cause de la concurrence de la houille.

M. Wagner faisait remarquer que cette hausse du prix du bois, qui

(1) Nons extrayons ces détails, ainsi que ceux qui suivent sur le prix du bois, des intéressants articles pobliés par M. de Foviilc, dans VÉconomiste français du 19 juin et du 18 juillet 187S.

s'opère sans aucune coopération active du propriétaire, est un motif de plus pour que l'État conserve la propriété des forêts. Mieux v^ut que cette hausse lui profite, c'est-à-dire à Tensemble de la communauté nationale, plutôt que de profiter à quelques individus. Cet argument disparaît devant la baisse qui sévit depuis 1880.

La seconde cause de la plus-value des forêts, les travaux de reboisement et de gazonnement, n'a pas été aussi active qu'elle aurait dû l'être. Il faudrait consacrer des sommes considérables, chaque année^ à cette œuvre de réparation et de préservation du sol national contre les éléments. En France, pour 4876, un médiocre crédit de 1,183,000 francs était employé à cette destination: encore une partie de ces 1,183,000 francs passait*elle en subventions aux particuliers : ilrestait peu de chose pour les travaux de ce genre faits par l'Ëtat. Dans le budget de 1879, le crédit pour les travaux de reboisement et de gazon-> nement a été porté à 1 ,683,000 francs ; dans celui de 1897 cette désignation a disparu, mais on trouve un crédit de 1,310,583 francs pour l'amélioration et l'entretien des forêts, dunes et cours d'eau, et un crédit de 3 1/2 millions pour la restauration et la conservation des forêts. Le gouvernement devrait ensemencer ou planter chaque année 20^000 hectares ; ce ne serait pas trop pour posséder dans un demisiècle un million d'hectares de bois en bon état dans les Pyrénées, les Alpes et les Gé venues, ces trois points de départ des grandes inondations. Ce placement serait productif. Dans le duché de Bade, de 1850 à 1856, on a semé ou planté 21,262 arpents, c'est-à-dire environ 6,000 hectares, un millier d'hectares par an: la France, si elle opérait avec la même activité, devrait semer ou planter 20,000 ou 25,000 hectaresannuellement: encore ce chiffre serait-il trop faible. Dans le Wurtemberg, de 1830 à 1852, on a planté ou semé complètement 32,287 arpents, environ 9,000 hectares, qui auparavant n'étaient pas en forêts, et l'on a. amélioré 267,709 arpents, soit 70^000 hectares, c'est une moyenne de 410 hectares mis en forêts et 3,200 améliorés tous les ans : si Ton multiplie ces chiffres par 20, on verra ce que la France devrait faire. Bade, en 1870, a dépensé 58,000 florins, soit 124,000 francs* en cultures forestières ( Waldculluren); la Bavière, dans la même année, 308,000 florins, soit 659,000 francs; la France a huit fois la population et beaucoup plus de huit fois la richesse de la Bavière: elle devrait donc dépenser plus de 5 millions de francs pour la même destination : la Prusse proprement dite a consacré, en 1870, aux cultures forestières et aux améliorations {Verjnehf^ng und Einrichiung) 814,000 thalers, soit 3,043,000 francs (1) : la même proportion, par rapport à notre popu-

(1) Rau*s Finantwisscnschaft^ édition de Wa^rner, 1. 1, d. 411-413.

latîon, exigerait de nous une dépense annuelle de 4 millions de francs, ce qui est à peu près, comme nous le verrons tout à Theure, notre dépense actuelle, si au reboisement et aux plantations proprement dites on joint la construction des routes, l'achat des terrains dans les montagnes et les améliorations dans les forêts domaniales : mais les cultures forestières, proprement dites, ne prélèvent pas, sur notre budget, plus de 2 millions et demi ou 3 millions de francs au plus, chiffre relativement très inférieur à celui des dépenses de la Bavière pour la même destination.

**Ka construction des routes est nécessaire, non plus au point de vue climatérique, mais au point de vue de l'exploitation : c est un des moyens d'accroître à la longue les produits de notre domaine forestier. En 1879, la construction de routes forestières ne figurait que pour 1,259,000 francs au budget du ministère des finances, on peut y joindre 150,000 francs qui étaient inscrits au budget des travaux publics pour l'entretien des routes forestières de la Corse : ce n'est encore que 1,400,000 francs qui ne furent même pas entièrement employés k des travaux neufs : ces chiffres sont restés presque exactement les mê* mes au budget de 1883; 1,264,000 francs pour laconstruction de routes forestières, de maisons de garde, etc. : on est tombé à 900,000 fr. au budget de 1887 (1 ). Ce chapitre n'est plus spécialisé au budget de 1897. n est temps de passer à l'examen rapide de la décomposition des revenus des forêts domaniales. En France le produit des coupes de bois est porté au budget de 1897 pour le chiffre de 24,140,240 francs. Les produits accessoires montent à 3,240,240 francs. Cette somme se réparti t en 824,220 francs pour les exploitations accidentelles^élagages, abatages sur tracés de routes ; 576,580 francs de menus produits, plants, fruits, minerais, etc. ; le principal article des produits accessoires est la location du droit de chasse qui atteint 1 ,83t ,700 francs ; le prix de cession de terrains aux chemins de fer ou aux communes pour travaux publics et les recouvrements des frais d'adjudication fournissent quelques milliers de francs. Une troisième grande catégorie de recettes, qui monte à 996,860 francs, se compose des contributions des communes et des établissements publics pour les frais d'administration de leurs bois. Un quatrième chapitre est le rembour-

(1) Voici quelques chiffres que nous empruntons à un article publié par M. Clavé dans la Revue des Deux Mondes du 15 avril 1878 : Dans la forêt de Gérardmer (Vosges), 60 kilomètres de chemins en terrain naturel, ayant coûté 160,000 francs, ont eu pour effet d'augmenter le revenu annuel de 130,000 francs. Dans l'Aude et les Pyrénées- Orientales, une dépense de 650,000 francs, consacrée à rétablissement de 180 kilomètres de routes, a fait réaliser à l'État une plus-value annuelle de 180,000 francs. Le réseau total des routes dans les forêts de l'État est de 4,800 kilomètres; on estime que, pour les terminer, il faudrait en construire encore 3,300 qui coûteront environ 13 millions.

sèment parle ministère de la marine et celui de la guerre de la valeur des bois qu'ils prennent dans les forêts domaniales et qui sont estimés à 16,880 francs seulement en 1887 contre 232,000 francs en 1887 ; c'est en tout 28,394,020 francs. Dans les budgets d'autrefois figuraient deux articles, aujourd'hui disparus, à savoir les recettes provenant des condamnations et montant à 240,000 fr. en 1877, et différents pro-^ duils extraordinaires donnant 2,000,000 fr. dans la même année. La disparition de ces deux articles semble donner raison à ceux qui' croient que le produit fiscal des forêts a été réduit par l'enlèvement du service forestier au ministère des finances et son transfert au ministère , de l'agriculture. Les forêts algériennes figurent, en outre, au budget de 1897 pour 805,800 fr. de recettes, contre 2,914,598 fr. de dépenses. Un article des produits forestiers mérite qu'on s'y arrête, c'est celui des droits de chasse dans les forêts domaniales. Cette branche de revenu date de la révolution de 1830 : auparavant des permissions de chasser dans les forêts de l'Ëtat étaient accordées gratuitement à titre de faveur personnelle. Sous le régime de Juillet, en vertu d'une loi da 1832, on mit en adjudication le droit de chasse dsms les forêts domaniales : les prix obtenus furent d'abord très modiques; la moitié seulement des forêts de l'État, c'est-à-dire les mieux placées, avait été afTermée pour la chasse ; le revenu ne s'élevait en 1834 qu'à 96,007 francs, soit 20 centimes en moyenne par hectare ainsi adjugé. Depuis lors cette source de revenu a plus que vingtuplé, puisqu'elle aatteint dans le budgetde 1897 le chiffre considérable de 1,831, 700fr.^ ce qui est 2 francs environ par hectare de forêts domaniales: mais, comme certains de ces biens sont situés dans des districts trop reculés et trop privés de voies de communications pour que l'adjudication de la chasse puisse utilement en être faite, la moyenne' pour les hectares adjugés est, en définitive, beaucoup plus élevée. - Dans la région du Nord, les prix de location de la chasse atteignent, et dépassent souvent 30 ou 35 francs par hectare.

Les dépenses de l'administration des forêts en France sont, depuis» vingt ans, fort élevées par rapport au produit relies montaient dans leL budgetde 1887, à 16,144,000 francs (Algérie comprise) pour un produit" de 26,783,362 francs, soit près de 60 p. 100 ; au budget de 1897 (Algérie; non comprise^ elles sont de 13,076,090 francs (frais de l'administration centrale non compris) pour 28,394,020 francs de receltes soit, uvec' les frais généraux, environ 50 p. 100. 11 est vrai que la possession des forêts par l'État n'a pas seulement pour objet le revenu, elle offre avant^ tout des avantages économiques : c'est un service public d'une grande*^ utilité pour la société tout entière. En outre dans ces trois millions et demi de dépenses de l'administration des forêts, il est des sommes

assez importantes consacrées à des travaux d'amélioration qui augmentent chaque année la valeur de cette partie des domaines de TËtat .

Le personnel de l'administration des forêts, qui se compose de 4,007 agents de tous grades (les écoles et l'administration centrale non comprises) est inscrit au budget de 1897 pour 5,757,380 francs. Le personnel et le matériel de l'enseignement forestier y figurent pour 175,000 francs. ; les améliorations des forêts domaniales [k savoir rachats de droits de pâturages, pacage, etc. ; délimitations et aménagements, constructions et améliorations de routes, de maisons forestières, travaux de repeuplement, créations de pépinières, acquisitions de terrains), y sont portées pour 1,336,348 fr. dont6,â48 francs seulement sont consacrés aux achats de terrains. Les travaux neufs de repeuplement absorbent 230,000 francs. Le chapitre très important de la restauration et de la conservation des terrains en montagne est doté de 3,200,000 fr. en 1897, dont quelques subventions aux particuliers et 200,000 fr. pour achats de terrains soit nus, soit à demi boisés, situés dans les montagnes. La fixation des dunes sur le littoral, qui formait un chapitre à part doté de 300,000 fr. en 1887, est maintenant confondu dans le chapitre de l'amélioration et de l'entretien des forêts. Les dépenses diverses du service des forêts figuren t pour 240,000 fr. On a inscrit 1,810,000 fr. pour les contributions des forêts domaniales aux dépenses des localités, communes et départements. Il faut ajouter 480 000 fr. pour aménagements et exploitations non précisés et 28,162 fr. pour remboursement sur produits divers.

On ne doit pas perdre de vue que l'administration des forêts en France est chargée de la surveillance des bois des communes et des établissements publics ; cette dépense, on l'a vu page 60, est remboursée à l'Etat par les intéressés, elle figure néanmoins au budget.

L'administration, par le régime vicieux qui est connu sous le nom de Système des rattachements y confondait, autrefois, dans le budget, les forêts domaniales de l'Algérie avec celles de la France. Il n'y a point d'assimilation à. établir entre les deux catégories de propriétés domaniales. Les forêts de l'Aigérie sont, pour la plupart, des espaces dénudés, à peu près improductifs; aujourd'hui on retrouve les dépenses et recettes de l'Algérie dans une section spéciale du budget. Les forêts algériennes donnent, à peine, un revenu brut de 865,800 francs en 1897 ; elles coûtent des frais d'exploitation trois fois supérieurs à leur revenu brut, 2,914,520. Les dépenses de l'administration forestière algérienne restent cependant fort au-dessous des besoins et de ce que demanderait le souci intelligent de l'avenir de notre colonie. Il serait pour % elle du plus haut intérêt que nous nous missions sérieusement [l la reboiser. Sur les 2,914,590 fr. du budget des forêts domaniales en Algérie

895,000 seulementserventàdes travaux de régénération^repeuplement, routes, construction de maisons forestières, etc. Quant à la France, sur les 13 millions du budget des forêts, 4 millions environ représentent les dépenses qui augmentent soit Tétendue, soit la valeur en capital de cette partie du domaine de TËtat et pourraient, d'après les habitudes des compagnies financières, être inscrits au compte de premier établissement.Les frais d'administration, d'exploitation et d'entretien ne s'élèvent vraiment qu'à 9 millions en chiffres ronds. Il résulte de ces observations que les forêts domaniales, déduction faite de ces frais d'administration, d'exploitation et d'entretien, produisent en France un revenu net de 15 millions environ sur lesquels on prélève 4 millions de francs en chiffres ronds pour augmenter la valeur de ce domaine par des acquisitions de terrains dans les montagnes, par des constructions de routes, par des travaux de reboisement et de gazonnement.

On a reproché à l'administration des forêts un luxe excessif d'employés : elle en compte 4,007, en dehors de l'administration centrale : le pays est divisé en 32 conservations, qui5ontsubdiviséesenl40 inspections, lesquelles se repartissent à leur tour en cantonnements. Ces 4,007 agents représentent environ i agentpar 220 hectares. M. de Hock, Tauteur autrichien d'un Traité sur les finances de la France, a cité, comme critique de notre administration, l'exemple de la Prusse où, en 1858, pour une étendue de forêts beaucoup plus grande que celle de nos forêts domaniales, il n'y avait que !2,i67 gardes, inspecteurs, etc., soit 1 agent par 800 hectares environ. Mais il faut tenir compte de différentes circonstances qui exigent pour une même étendue de territoire plus d'employés en France qu'en Prusse : les forêts de la France sont dans des contrées beaucoup plus peuplées, où les délits par conséquent sont plus nombreux ; elles sont, en outre, moins compactes ; enfin les agents de l'administration des forêts ont chez nous la surveillance des bois des communes.

Le professeur Rau, dans son ouvrage sur la science des finances (1) BOUS donne la contre-partie des critiques de M. de Hock : recherchant quelle est dans plusieurs pays la proportion des frais d'administration des forêts avec les produits, il a dressé le tableau suivant qui s'applique à la période de 1857-1859 : les frais ont prélevé sur le revenu brut :

81 p. 100 dans le Harz (Uanoyre).

64 — dans le bas pays [Landforsten) du Hanovre.

54 ~ dans le ^nd duché de Uesse.

49 — en Bavière.

48 — en Prusse et en Wurtemberg.

46 — dans le duché de Bade.

37 — en Saxe.

20 — dans le Mecklembourg-Schwérin.

21 — en France.

(1) ÉditiÔD de 1859, t. 1, p. 186.

M. Rau attribue cette faible proportion des dépenses en France, à rhabitude que Ton a, dans notre pays, de vendre sur pied et à la réduction du personnel, ce qui ne concorde pas avec les critiques de M. de Hock. il est à remarquer que depuis Tépoque où a été dressé ' le tableau de M. Rau, la situation relative des différents États, sous ce rapport, s'est modifiée. La proportion des dépenses de l'administration des forêts s'est relevée en France : elle n'a guère changé dans le nouveau royaume de Prusse (celui d'après Sadowa), les forêts figurant dans le budget prussien de 1873 pour un revenu brut de 54,525,000 francs (14,540,000 thaï.), sur lesquelles frais d'administration prélèvent 28,353,000 francs (7,562,000 thaï.) (1). Malgré une plus grande étendue, les forêts de l'Ëtat, en Prusse, ne produisent qu'un revenu net, tout au plus équivalents celui des forêts domaniales en France.

Les opérations principales de l'administration des forêts sont l'entretien et la vente des bois, puis l'aménagement, le cantonmement, le gazonnement et le reboisement.

Nous ne nous arrêterons pas à la vente des coupes, qui peut se faire, soit par adjudication aux enchères et à l'extinction des feux, soit par adjudication au rabais, soit par soumissions cachetées.

L opération de l'aménagement est assez compliquée : Texploitation ne doit pas se faire au hasard : il convient qu'elle soit conforme à un plan. Jusqu'à la fin de la Restauration, l'aménagement était resté en France tel, que sous Golbert, en vertu de la grande ordonnance forestière de 1669. En 1827, quand fut discuté le Code forestier, on proposa d'adopter un plan nouveau, les bois devant être exploités tantôt en taillis sous futaie, tantôt en futaie pleine. De 1827 à 1859 on n'a aménagé que 361,000 hectares, dont 154,000 en futaie pleine et 207,000 en taillis sous futaie. Depuis lors, jusqu'en 1865, on a aménagé 60,000 hectares de la masse qui restait, il est donc probable que, t l'heure actuelle, seulement la moitié de l'étendue des forêts domaniales est en bon état d'aménagement.

L opération dite du cantonnement a une très grande importance. Une grande partie des forêts domaniales étaient ou sont encore grevées de droits d'usage au proGl de particuliers ou de communes. Par cantonnement on doit entendre l'affranchissement complet d'une forêt

(1) n semble que la proportion des frais d'exploitation n*ait pas considérablement varié depuis lors; car en 1885-86, le produit des forêts en Prusse est inscrit au budget pour 65 millions et demi de francs (53 millions de marks), et les dépenser pour 37 millions de francs environ (30,660,000 marks). C'est 8 millions de francs

.de dépenses de plus qu'en 1873; mais le produit brut s'est acpru de 11 miiUons;

j les forêts de la Prusse, presque toutes en plaine, ne nécessitent pas les dépenses de nos reboisements en montagnes. Nous n'avons pas de renseignements plus récents pour les dépenses.

moyennant Tabandon aux usagers d'une de sespartiefi. Tous les ans on fait un certain nombre de cantonnements. Enl857,surlesi, {00,000 hectares environ de forêts domaniales* il y en avait 319,000 grevés de droits d'usage. Ces servitudes etcesdroîtsd'usageontlesinconvénients les plus grands : ils sont beaucoup plus nuisibles àl'Elat qui les souffre qu'utiles aux particuliers ou aux communes qui en jouissent. On a remarqué, par exemple, que du bois de hôtre, qui pourrait se vendre 15 ou 20 francs pour la carrosserie est brûlé comme du bois de feu qui ne vaudraitque 7 francs.

Quant à la construction de routes, c'est aussi un travail d'une suprême importance. M. Achille Fould disait, en 1865, qu'une partie des bois qui étaient la propriété indivise des communes et de l'Étal ne produisait annuellement que 5,700 francs en moyenne de i844 è 4853, mais que, depuis cette époque, une somme de 500,000 francs ayant été affectée à la construction de routes, le produit s'était élevé, <în 1864, à 270,732 francs. Voilà un capital qui rapportait plus de î>tj p. 100 par année (voir plus haut la note de la page 60).

C'est une question souvent discutée que celle de savoir si les forêts de l'État sont moins bien exploitées que celles des particuliers. Il est malaisé de la trancher par des preuves concluantes. La plupart des écrivains allemands qui ont approfondi cette question donnent l'avantage à l'État. En Bavière, le produit en bois des forêts de l'État se« rait de 0,58 klafter (le klafter égale 3 stères 13) par tagwerk (le tagwerk égale 31 ares), celui des bois des communes et des établissements publics seraitde 0,46 klafter et celui des bois des parliculiersde0,47kl. Il y aurait donc une supériorité marquée pour l'administration de l'État. En Prusse, pour l'année 1870, le produit net desforêts deTÉtat était de | de thaler par arpent (environ 10 francs par hectare), celui de rensemble des ilbrêts du pays ne dépassait pas 0 thaï. 36 par arpent (5fr.20 environ par hectare). Dans le duché deBadeonconstataitaussi que les forêts domaniales rapportaient plus que celles desparticuliers. En Belgique, les forêts de l'État produisaient 34 fr. 42 par hectare, celles des communes 26 fr. 13, la moyenne du revenu cadastral pour les bois était de 19 fr. 33; mais, ce revenu cadastral étant quelquefois de moitié du revenu réel, aucune induction ne peut être tirée de ce i-approcbement (1). En France jusqu'à ces dernières années, le revenu net des forêts de l'État dépassait celui des bois des communes et égalait sans doute celui des forêts des particuliers, mais le rendement a singulièrement baissé dans ces derniers temps : en effet, d'après une note du budget de 1887. le produit brut des forêts

(1^ Fan'* FivanzwUsenschaff, ddition de Wagnor, p o'J.-'.

domaniales a été successivement en France de 36,202,987 Ar. en 1880, 30,413,819 en 1881, 28,440,259 en 1882, 28,008,505 en 1883. 29,201,205 en 1084, et 26,187,133 en 1885. Or, dans le môme temp»^ les dépenses de l'administration des forêts ont augmenté.

En définitive, on peut dire que, le million d'hectares des forêts de rÉtat rapportant 15 millions de francs (déduction faite des frais'd'entretien, d'exploitation, mais non des constructions nouvelles, de» achats de terrains ou des travaux de reboisement), cette moyenne de 15 francs par hectare est assez modeste. Plusieurs de ces forêts, il est vrai, celles du Midi, sont de vastes espaces dénudés, et celles de la Corse n'ont pas de voies d'exploitation.

Nous nous sommes assez longuement arrêté sur ce sujet, malgré le peu d'importance budgétaire qu'il a actuellement. Hais l'intérèl économique de cette question est de premier ordre. Les générations à venir trouveront que nous et nos pères avons été fort négligents pour les forêts et pour les eaux. Nous n'avons pas su entretenir et augmenter un domaine que la nature a destiné à être la propriété de l'État. Si nos gouvernements étaient bien inspirés, ils devraient employer plusieurs millions de francs chaque année à replanter les forêts domaniales et plusieurs autres millions à acheter dans les montagnes des terrains incultes qui ne peuvent être exploités que par une culture forestière. Il n'y aurait rien d'exorbitant à ce que l'État en France possédât dans les Pyrénées, dans les Alpes, dans les Gévennes, des massifs de forêts ayant 1,500,000 hectares, ce qui devrait porter à 2 millions d'hectares l'étendue totale des forêts domaniales. Un aussi beau domaine rendrait au pays les plus grands services économiques, préserverait nos plaines à la fois de la sécheresse et des inondations, et pourrait, dans un demi-siècle ou trois quarts de siècle, produire à l'État 60 millions de revenu brut et 30 ou 40 millions de revenu net. Mais nous n'avons pas encore assez conscience du rôle écono» mique qui appartient à l'État dans les sociétés modernes, et malgré nos progrès si vantés nous sommes encore presque barbares pour le régime des forêts et des eaux (1).

(1) Noos maintenons le texte des éditions antérieures de cet onTrage; mais dans ces dernières années Tadministration a mieux compris son rôle en mati^ de forèta. On commence à acheter des terrains dans les montagnes, à planter de vastes étendues et à prendre des arrangements arec les communes. Malheureusement l'ignorance des paysans est souTent on grand obstacle que des considérations électorales portent à trop ménager. (Note de la 8« édition.)

Sur les défauts de radministratiou française dans Tadministration des forôts, consulter mon ouvrage VÉtai moderne et ses fonctions (2* édition, 1890) ; y voir le cta*» pitre 4 du livre III. (Note de la 5* édition.)

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