CHAPITRE PREMIER
LE CRÉDIT PDBLIC EST UN PHÉNOMÈNE UNIVERSEL. — DES DIFFÉRENCES ENTRE LE CRÉDIT PUBLIC ET LE CRÉDIT PRIVÉ.
Définition du crédit. -— Le crédit public est un phénomène universel. — Impossibilité pour les États de se passer de crédit.
Différence entre un particulier emprunteur et un État emprunteur. — L'absence de patrimoine réalisable ou de réserves soit métalliques, soit mobilières, rend inévitables dans certaines circonstances les emprunts d'État. — L'État ne jouit en général que de revenus ; il ne peut pas réduire instantanément ses dépenses avec la même facilité que le fait un simple particulier. — Les revenus de l'État sont élastiques, et sans limite nettement déterminée : importance de ce fait pour le crédit public. — Un État emprunteur est seul juge de sa solvabilité et peut imposer à ses créanciers un concordat. — Un État est considéré comme un être impérissable, ce qui permet pour les emprunts publics des combinaisons très variées.
D'une manière générale le crédit consiste dans la faculté de se procurer la jouissance ou la disposition d'un capital étranger obtenu librement du véritable propriétaire (1), soit moyennant la promesse d'un remboursement futur à date fixée ou à la convenance des parties, soit moyennant une rémunération qm reçoit d'ordinaire le nom d'intérêt et dont la durée peut être limitée ou indéfinie, soit enfin moyennant l'une et l'autre conditions. Celte disposition définitive ou momentanée d'un capital étranger est un fait presque universel dans les nations civilisées. Il n'est guère de personnes qui ne se livrent chaque jour, sans en avoir conscience, à des opérations de crédit élémentaires, en achetant sans payer aussitôt le prix de leurs
(1) Si la disposition de ce capital n'est pas obtenue librement du véritable propriétaire et qu'elle soit imposée par la force ou par la ruse , on ne se trouve plus €n présence d'un phénomène de crédit à proprement parler, mais d'un acte de domination plus ou moins excusable et légal : c'est ce qui arrive en matière d'emprunt forcé et de cours forcé de papier-monnaie.