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DES TRÉSORS MÉTALLIQUES ET DES RÉSERVES

tomba entre les mains de Paul -Emile (4). Dans notre propre histoire les rois francs de la première race avaient aussi des réserves métalliques quMls partageaient entre leurs enfants en même temps que leur royaume. Celte coutume dura, même en France, jusqu'à des temps assez rapprochés de nous. Henri lY et Sully avaient accumulé nn important trésor. L*allié de Charles XII, Mazeppa, le chef des Cosaques, nous est représenté comme ayant une immense réserve.

Parmi les puissances contemporaines une seule, la Prusse, a persisté et persiste encore dans ce système. C'est pour ses souverains une tradition à laquelle ils sont restés fidèles. Frédéric II, lorsqu'il monta sur le trône, trouva un trésor de 8,700,000 thalers, soit 32,625,000 francs, accumulé par son père. Pour retendue de la Prusse à cette époque, qui n'avait que trois ou quatre millions d'habitants, et vu le prix de l'argent alors, c'était une somme considérable, à peu près analogue à ce que serait aujourd'hui une réserve métallique de 1 milliard pour le gouvernement français. Frédéric II lui-môme, prince guerrier et prévoyant s'il en fut, trouva, malgré les vicissitudes de son long règne, les moyens d'amasser une épargne métallique encore plus considérable. Le montant du trésor laissé par ce prince n'est pas exactement connu parce que les finances n'étaient pas alors sous le régime de publicité où elles sont aujourd'hui. Mais les écrivains financiers de l'Allemagne estiment à CO ou 70 millions de thalers (2), soit 225 ou 262 millions et demi de francs, le trésor laissé par Frédéric. C'était plus de la moitié de notre budget français du temps, et la Prusse n'avait pas le tiers de notre population d'alors. Ce trésor, toutes proportions gardées, avait à cette époque une importance politique et militaire aussi grande qu'une réserve métallique de 1 milliard et demi ou 2 milliards aujourd'hui. En aucun temps le gouvernement prussien ne s'est départi de cette pratique. Mais le trésor qu'il avait avant la guerre de 1870 était bien moins considérable, surtout si Ton tient compte de la dépréciation de la monnaie et des besoins des États modernes, que le trésor laissé par Frédéric IL Bien loin que la Prusse rejette actuellement ce système, elle semble disposée à le développer. Sur les cinq milliards de l'indemnité de guerre que lui a payée la France, il a été décidé que 150 millions reconstitueraient le trésor de guerre traditionnel, que 660 millions seraient remis au gouvernement pour former une caisse des invalides et que 500 millions lui seraient aussi confiés pour être employés en plusieurs années à des travaux de forteresses, de ports, etc. En attendant cet emploi, ces deux dernières sommes, c'est-à-dire 1,160 miU

(1) Mac-[Ci]locli, On taxation and the funding syslem^ p. Zièl. 42) Rau, Finaniwissenschaftf U, p. 279.

lions, pouyaient être placées par le chancelier de Fempire, soit dans les banques , soit en yaleurs nationales ou étrangères. En admettant tous les prélèvements qu*il a fallu faire successivement sur ces sommes immenses pour les construclions de forteresses, les travaux maritimes et les pensions, il n*en demeure pas moins vrai qu*un capital considérable, certainement supérieur à un demi-milliard, est resté et reste peut-être encore disponible et réalisable à toute heure entre les mains du gouvernement de Berlin, capital qui se présente sous deux formes : une réserve métallique de 150 millions de francs et plusieurs centaines de millions de francs en titres et en valeurs ayant un grand marché et susceptibles d*ôtre vendus à Télranger.

D'après des renseignements que le Journal des Débats a extraits du rapport de la Commission de surveillance de la dette allemande, voici quelle aurait été, vers le milieu de Tannée 1876, c*est-à-dire cinq ans après la paix, la composilion du portefeuille de valeurs de Fempire d'Allemagne. Le fonds des invalides possédait 169 millions de marks en obligations de chemins de fer allemands (soit 211 millions 250,000 francs). Le fonds pour la construction des forteresses détenait 94 mil- Uons de marks (117 millions de francs) en obligations de chemins de fer; 23 millions de marks (28 millions 750,000 francs) en 4 et demi de la dette bavaroise ; 4 millions et demi de dollars (23 millions de francs) en 5 p. 100 de la dette des États-Unis; 20,000 livres sterling (500,000 fr.) en consolidés anglais, et enfin OOO^OOO livres sterling (22 millions et demi de francs) en 5 p. 100 russe (1). C'était un total de 400 millions de francs.

Ces chiiTres sont moins considérables que le public ne le pensait et la composition de ce portefeuille était aussi tout autre qu*on ne le croyait. Le gouvernement allemand a eu le tort de choisir pour ses placements principalement des valeurs nationales ; aussi a-t-il dû subir une notable perte en capital par suite de la dépréciation de toutes les valeurs allemandes depuis 1873. Le cabinet de Berlin eût été bien mieux inspiré s'il eût placé tous ces capitaux en consolidés anglais, en 5 p. 100 des États-Unis et môme en rentes françaises. Si l'Allemagne avait voulu recevoir en titres de la dette publique française une notable partie de Tindemnité de guerre, elle eût fait une excellente aifaire, tandis qu'elle en a fait une médiocre ou même une mauvaise avec les valeurs composant son fonds des invalides et son fonds pour les fortifications. On a pu aussi justement ou injustement accuser le gouvernement allemand d'avoir favorisé, par les placements de ses nombreux capitaux, des spéculations peu loyales. Ce sont là

(I) JoutTiat des Débals du 28 novembre 1876.

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