CHAPITRE XIX
RÉSUMÉ DOGMATIQUE DES PRINCIPES FONDAMENTAUX QUI FORMENT PAR LEUR ENSEMBLE LA CONSTITUTION DE LA SCIENCE MÉDICALE.
« Memoria renier est animi. «
(Saint Acccstiü.)
La science médicale est la science des principes de la médecine ; elle a pour objet la connaissance des phénomènes vitaux et des lois primordiales qui les dirigent.
La médecine repose sur ce principe: qu’il y a au sein de tous les êtres organisés une force vive qui les anime, et qui est à la fois formatrice, conservatrice et médicatrice; cette force active, c’est la nature, c’est la force vitale.
De ce principe et de son application philosophique à l'étude des phénomènes vitaux, dérivent, à titre de conséquences logiques, les propositions suivantes, qui prennent sous la sanction de l’expérience les caractères du dogme.
1° Toute maladie est le combat de la nature contre une cause morbifique ; elle est le résultat de deux actions distinctes, savoir: d’une action morbide et d’une action médicatrice ; d'une action morbide produite par une cause morbifique, et constituant une affection ; d’une action médicatrice organisée par la force vitale médicatrice, et formant une réaction. Il résulte de là que le premier devoir du médecin avant de rien entreprendre, est d’étudier séparément: 1° la nature de la cause morbifique et du mal produit par elle ; 2° la nature de l’être réagissant et l’étendue de ses forces. Ainsi donc, d’une part, étude des modificateurs et de leurs effets ; et de l’autre, étude des forces vitales et de leurs ressources : tels sont en dernière analyse les objets principaux des méditations du médecin.
2° La nature d’une maladie participe à la fois de la nature de ses deux principes constituants, l’alfection et la réaction; quant à la nature de l’affection, elle dépend de la nature de la cause morbifique déterminante, comme la nature de la réaction dépend elle-même de la nature du sujet réagissant.
3° Deux sortes de diagnostic, le diagnostic nosologique et le diagnostic médical, éclairent ces deux points de vue différents; le premier indique le siège de l'affection , le second fait connaître
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la nature de la réaction, c’est-à-dire la tendance de l'action médicatrice à laquelle répond tel ou tel agent thérapeutique.
â° H y a trois degrés dans l’état morbide : l’indisposition, l’affection et la maladie.
5° En dehors de ces trois états, l’homme est sujet à des changements et à des modifications notables, qui ne sont ni des affections, ni des maladies proprement dites, mais seulement des modifications qui se lient aux changements climatériques et aux grandes révolutions des âges. Ces changements inévitables ou nécessaires sont le produit de l’exercice même de la vie, dont nous parcourons les phases, en passant successivement du printemps à 1 été et de 1 automne à 1 hiver de notre existence, en laissant physiquement et moralement sur notre passage les traces délicates ou profondes de notre jeunesse et de notre maturité. Ainsi donc, que nous le voulions ou que nous ne le voulions pas, il nous faut, de par la nature, subir les métamorphoses aiguës et chroniques de la vie, et en supporter en quelque sorte toutes les hypothèques légales.
6° Dans ses efforts de conservation, la nature réagit de trois manières contre les causes morbifiques : 1° par expulsion ou élimination ; 2° par neutralisation ; 3° par récorporalion et régénération. Ces trois modes d action spontanée constituent trois lois pathologiques naturelles, autrement dit trois lois vitales médicatrices, que l’on peut désigner sous les noms de lois d’expulsion, de neutralisation et de récorporation.
7* Chacune de ces lois offre trois choses importantes à considérer: 1° les moyens qu’elles choisissent pour arriver à leurs fins ; 2° les instruments ou les organes quelles emploient dans ce but; les voies quelles adoptent dans leurs mouvements complexes.
8° L’action des lois vitales est subordonnée à certaines conditions d’opportunité et de force, en dehors desquelles elles s’exercent mal ou infructueusement. Parmi ces conditions, les unes sont relatives aux situations dans lesquelles le malade se trouve accidentellement placé; les autres se rapportent aux ressources vitales dont il dispose : la science de l’occasion et l’art de diriger les forces de la vie dominent de toute leur importance ces hautes questions de tact et d exécution.
9° Le devoir du médecin, en présence des maladies, est d’imiter la nature, et de ramener toute la thérapeutique à l’application
6/tÜ PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE,
expérimentale et raisonnée, de trois grandes lois artificielles ou artistiques, qui répondent exactement aux trois grandes lois médicatrices naturelles, dont elles prennent les noms. Ces lois bien dirigées président à l’accomplissement des phénomènes thérapeutiques.
10° Les lois médicatrices artificielles ou artistiques emploient trois médications spéciales: la médication expulsive, la médication neutralisante ou spécifique et la médication récorporante.
11° A ces trois médications spéciales correspondent trois ordres d’agents médicamenteux, savoir : les évacuants qui poussent au dehors les principes morbifiques ; les spécifiques qui neutralisent ou détruisent les principes qui résistent a i élimination des évacuants ; les altérants qui réparent les pertes de l'économie ou qui modifient avantageusement l’organisme, en le faisant autre qu’il n’est, c'est-à-dire en l’altérant favorablement.
12° Parmi les altérants, les uns, les tempérants, remédient à l’état de surexcitation de l’organisme; les autres, les toniques, relèvent le ton et les forces du malade; quelques uns enfin, les antispasmodiques et les narcotiques, régularisent l'action vitale et en assurent l'harmonie.
13° Quand la nature est soutenue par l’art véritable, elle suffit à tout. En effet, la providence a mis en chacun des êtres vivants un instinct qui le dirige sûrement au milieu des écueils et des périls de la santé, et cet instinct est la source abondante d’une médecine naturelle et salutaire.
1Zi° L’art médical dicté par la nature est le produit raisonné de l’observation, de l'expérience, de la méditation et de la science appliquée. Il indique les règles à suivre et les conditions hygiéniques à observer pour diriger médicalement les forces radicales de la vie.
Telle est la vraie médecine, c’est 1 histoire même des phénomènes vitaux, conduits par le principe qui les domine, et montrant tous les faits qui partent de ce principe, s’avançant vers le but suprême qui est la guérison des maladies.
Cette médecine se préoccupe sans doute de la force qui préside à l’action vitale; elle en recherche même, à titre de haute spéculation philosophique, l’origine et la nature ; mais ce qui commande et fixe surtout son attention, c’est l’action intime de cette force dans les mouvements et dans les luttes complexes de la vie.
Ramenée à ces propositions modestes, la médecine hippocra-