‹ Traité de la science médicaleChapitre 99 sur 106 · THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE. — DES LOIS VITALES MÉDICATRICES · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE. — DES LOIS VITALES MÉDICATRICES

Tout est soumis à des lois, et l’homme le plus savant ne suit jamais, eu toute espèce de science, que ce que d’avance la nature a règle. (Chaules Bonnet.)

La thérapeutique est la branche de la médecine qui enseigne l’art de diriger et de régler l’action des forces vitales. Elle a pour base la connaissance de la nature exerçant son action médicatrice et réparatrice; or elle ne saurait avoir un guide plus fidèle et plus sûr, car la nature est toujours une sublime harmonie et un grand modèle; elle a pour appui la pathologie naturelle , c’est-à-dire la science des lois primordiales auxquelles la force vitale obéit dans ses luttes avec les causes morbifiques; lois admirables qui ont pour but et très souvent pour résultat d’opérer la guérison des maladies , et qui ont reçu à cause de cela le nom de lois pathologiques.

Selon M. Blaud , de Beaucaire, on entend par loi pathologique : « un mode vital qui, dans un état donné, préside au développement, à la succession et à la terminaison des mouvements organiques qui s’y manifestent; ordre constant qui est propre à cette affection, qui en forme les caractères distinctifs, la nature intime, qui la constitue ce qu elle est et sans lequel elle n existe pas. »

En partant de cette définition, qui est irréprochable, on peut dire des lois pathologiques qu’elles sont les divers modes d évolution, de coordination, de succession et de terminaison des phénomènes et des symptômes qui consument dans 1 état morbide ce que nous nommons l'action médicatrice; phénomènes et symptômes dont les caractères sont tellement constants et arrêtés qu’on en forme en nosographie des groupes spéciaux et des types généraux qui se prêtent parfaitement à la classification méthodique des maladies. Nous ajouterons que ce mode de développement des symptômes est si inviolable qu il semble posséder tous les caractères et la nécessité de la loi. En ellet, comme une loi, il a un objet, un moyen et un but, et ce but ou cette fin c'est la guérison de la maladie, qui n est (tas le produit du hasard, comme quelques uns le prétendent, mais qui est 1 œuvre intelligente de la nature qui préside à l’ordre des mouvements, a leur

G'22 PRINCIPES GÉNÉRAUX DK LA SCIENCE MÉDICALE, direction et à leur degré d’intensité et de durée relatives. Il est donc évident que la nature ne peut remplir son œuvre de conservation et de guérison qu’auiant qu’elle s’assujettit à la règle et à l’ordonnance de certaines lois que nous appelons pathologiques, par opposition aux lois physiologiques; lois, du reste, d’une extrême sagesse, qui assignent ^ chaque organe son rôle, à charpie mouvement sa direction, à chaque effort son effet, et qui règlent ainsi l’action médicatrice, de façon : 1° qu’il y ait de justes proportions entre elle et l’action morbide ; 2° que le conflit ait lieu en temps opportun et dans une mesure convenable ; 3° que les efforts de la nature médicatrice soient assez énergiques et assez durables pour remplir le but qu’ils se proposent, car, comme l’a dit très judicieusement M. le docteur Blaud : « Que deviendrait un péri pneumonique s’il ne se développait en lui cette réaction générale qui prédispose le système cutané à une transpiration salutaire, la mue/ ueuse pulmonaire à la sécrétion qui doit dériver l’inflammation primitive et l’y épuiser, et la muqueuse nasale à cette hémorrhagie critique qui semble entraîner au dehors les éléments morbides? L’organe respirateur incessamment engorgé, comme dans les cas graves où l’art et la nature demeurent impuissants, entraînerait fatalement l’extinction de la vie ! De même, sans le malaise général, sans les douleurs contusives, sans la tendance au repos et le dégoût qui accompagnent la gastrite, sans la douleur ou le sentiment de pesanteur épigastrique et les paroxysmes fébriles qui surviennent après l’ingestion des aliments, sans la soif et l’appétence instinctive des boissons adoucissantes ou acides , cette affection, toujours grave, se montrerait encore plus souvent mortelle. Il y a donc ici une loi vitale qui modifie le sens du goût, qui provoque la soif, qui détermine le malaise et qui force le malade à garder le repos et à suivre un régime convenable pendant que la nature, qui se multiplie, expulse, neutralise ou détruit l'agent morbifique qui entretient tout ce désordre! D autre part, suivez un malheureux goutteux au milieu d’un des paroxysmes de cette cruelle affection, et vous le verrez passer successivement par toutes les douleurs qu’occasionnent la gastrite, l’entérite, l’asthme, la cardite, le catarrhe suffocant, la névralgie pulmonaire et l'encéphalite! Que va-t-il devenir? Il mourra si la nature médicatrice ne vient promptement à son secours! Mais elle se déc ide, et par une loi pathologique, le transport du principe goutteux s’effectue sur une ou plusieurs des articulations du système osseux loco*

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moteur où son action s’épuise sans compromettre la vie; alors tout rentre clans l’ordre, du moins jusqu’à une nouvelle attaque.

Qu’arrive-t-il encore, lorsque des éléments hétérogènes pénètrent dans lorganisme où ils ne peuvent séjourner sans occasionner des accidents graves? La nature se soulève et elle procède à leur expulsion par des moyens entièrement subordonnés aux lois pathologiques. Ainsi voyez ce qui se passe quand des corps étrangers, tels que des aiguilles, des fragments de bois ou des morceaux de verre ont été avalés : la nature s’en empare et, par un art admirable, elle les éloigne des organes nobles. Puis elle les plonge dans le tissu cellulaire qui a peu de chose à redouter de leur action, et au bout d’un certain temps, elle leur fait jour à travers le système cutané qui est dans cette circonstance le lieu d’élection de la force d’expulsion. Si, au contraire, les corps qui ont pénétré dans lorganisme sont trop volumineux, trop lourds, ou trop profondément engagés, la nature les couvre d’un tissu accidentel, espèce de kyste préservateur qui les isole des parties environnantes et les met ainsi dans l’impossibilité de nuire.

Pendant la tourmente des fièvres éruptives, le travail de la nature médicatrice opérant par expulsion , est si net et si patent, qu’on peut en quelque sorte suivre pas à pas le levain morbifique depuis le moment de son entrée dans l'organisme, jusqu’à celui de son élimination par la peau. La plupart des inflammations par cause humorale appartiennent à cette classe de mouvements pathologiques, conduits et dirigés par les lois vitales, et l’on retrouve dans un grand nombre de fièvres dites typhoïdes tout un cortège de phénomènes critiques, qui présente une grande analogie avec celui qui appartient aux fièvres éruptives. Quant aux empoisonnements, ne seraient-ils pas [dus souvent mortels, si une loi d’élimination préservatrice n’organisait et ne dirigeait une foule de mouvements, qui tantôt déterminent 1 expulsion du poison par les vomissements, par les selles, par les sueurs ou pattes urines; tantôt produisent une exhalation intestinale séro-muqueuse, qui enveloppe les molécules vénéneuses, s’oppose à leur action ultérieure et ruine en même temps la phlegmasie qui en a été le premier effet?

Et dans l’apoplexie, que de soins de la part de la nature pour en opérer la guérison! C’est d’abord la formation d un kyste séreux qui emprisonne le sang épanché, et protège ainsi la substance cérébrale alors si délicate ; c’est. ensuite l’absorjttion de la

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sérosité do ce fluide et du caillot résultant de l'hémorrhagie, pour diminuer la compression qui en est l’effet inévitable; c’est enfin la réduction de ce caillot à une certaine quantité de fibrine, qui doit servir à la cicatrisation de la substance cérébrale entamée. Que de prévoyance et d’art de la part de la nature, et combien de leçons dans la contemplation attentive de son travail inimitable !

Des phénomènes non moins surprenants se passent dans les inflammations des membranes séreuses, où le produit sécrété est lui-même un agent morbifique très actif. La nature agit ici sur la composition chimique de cet intrus morbifique, et elle le transforme en un tissu nouveau qui prend insensiblement les caractères de 1 organisation, et finit assez promptement par se naturaliser au sein des organes. Enfin, les mêmes mouvements médicateurs se montrent encore dans une foule d’épanchements purulents qui se dissipent par les sueurs, les urines ou les selles, ou qui se font jour au dehors, à travers le tissu cellulaire sous-cutané, comme on est a même de le voir dans les affections hépatiques ou rénales, où des abcès critiques viennent, en aboutissant extérieurement, terminer favorablement une maladie chronique. Et Jes plaies et les fractures, comment se guériraient-elles sans la loi de cicatrisation et de récorporation ? Tout démontre donc, dans les divers états pathologiques , la nécessité de lois particulières à chacun d eux pour la guérison des affections auxquelles ils ont pour objet de remédier? Oui, et ce sont là des vérités de premier ordre, bien dignes par leur importance de fixer toute l’attention des médecins philosophes. Mais qui donc oserait méconnaître toute l’autocratie et la providence de la nature, et qui pourrait ne pas distinguer avec nous dans la tourmente d’un état morbide, tout un concert de mouvements salutaires sagement combinés, ou pour expulser, neutraliser ou détruire une cause morbifique, ou pour abréger le cours ou la violence d une action morbide, ou pour réparer le mal quelle a produit? Que celui-là, s’il existe, soit à jamais rayé de la liste des médecins dignes de ce nom, car ne comprenant pas les principes de notre art, il ne serait jamais qu’un médieastre éhonté et dangereux.

Il y a deux sortes de lois pathologiques ou médicatrices, savoir : les lois naturelles et les lois artistiques. Les premières dirigent 1 action de la nature médicatrice; les secondes président à I imitation artistique des moyens naturels employés par

la nature; elles constituent l’action médicatrice artificielle et elles servent de hase à la thérapeutique du médecin, c’est-à-dire a I art médical. Nous allons traiter séparément de chacune de ces lois.

Des lois pathologiques naturelles.

La nature agit de trois manières en présence des causes morbifiques : elle procède Ie par expulsion ou élimination de la cause morbifique; 2° par neutralisation ou destruction de cette cause; 3° par récorporation, autrement dit par la réparation du mal occasionné, dans 1 économie, par la cause morbifique ou par les moyens que la nature a employés pour y remédier. Il résulte de là qu’d y a trois lois pathologiques naturelles : la loi d’expulsion ou d’élimination' de la cause morbifique; la loi de neutralisation ou de destruction de la cause morbifique; la loi de cicatrisation, de récorporation et de régénération de l’organisme; cette dernière s’effectue en vertu d’une opération intime de la nature que les anciens appelaient la métasyncrise. Toutefois, il est rare que la nature n’emploie qu’une de ces lois; elle les combine, au contraire, presque toujours, et elle a recours, dans ce but, à des moyens qui constituent ses ressources, et qui varient, en raison de conditions relatives, les unes à la cause morbifique, les autres au sujet affecté, ou au milieu dans lequel il se trouve naturellement ou accidentellement placé.

La loi d’expulsion nous offre trois choses importantes à considérer, savoir : 1° les moyens d’expulsion employés par la nature médicatrice et qui constituent les fonctions éliminatrices naturelles; 2° les instruments organiques ou les appareils vitaux à laide desquels elle parvient à éliminer les agents morbifiques; 3° les voies qu’elle choisit pour opérer cette expulsion.

Les moyens d’expulsion employés par lu nature sont, en procédant par les plus simples, le larmoiement, leternument, la salivation, l’expectoration, le vomissement, la défécation, l’action d’uriner, la transpiration et toutes les excrétions gazeuses, séreuses, muqueuses, pulmonaires, gastriques ou intestinales. Les appareils organiques et vitaux qui mettent ces moyens en exercice, sont, selon les circonstances et suivant les affections, les systèmes glandulaire, musculaire, muqueux, séreux, cutané, cellulaire, sanguin , lymphatique et arthritique.

Le système glandulaire produit le larmoiement, la salivation,

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les sécrétions bilieuses. Le système musculaire produit leternument. le spasme, le hoquet, le vomissement, les convulsions. Le système muqueux produit l’expectoration bronchique et pulmonaire et toutes les sécrétions muqueuses gastro-intestinales. Le système séreux produit les sécrétions séreuses et tous les épanchements qui résultent de son exaltation. Le système cutané produit les sueurs, les éruptions et les exanthèmes. Le système cellulaire produit les œdèmes, les phlegmons, les furoncles, les exhalations suppuratives et les suppurations éliminatrices. Le système sanguin produit les hémorrhagies critiques. Le système lymphatique produit les bubons de la vérole et ceux de la peste, dont le développement est indispensable dans celte maladie. Le svstème arthritique séreux produit 1 élimination de 1 uiee, dont l’excès dans l’économie produit la goutte et le rhumatisme.

Un fait très important à signaler ici, c’est que le travail médicateur, d’expulsion et d élimination qui débarrasse la nature de ce qui la gêne ou de ce qui l’irrite, s’opère, en définitive, par les organes qui, dans l’état de santé, accomplissent le travail physiologique; ce qui prouve que l’action physiologique devient, au besoin, médicatrice, et que les mouvements fonctionnels ont des attributions différentes qui correspondent parfaitement aux besoins divers de l’organisation; attributions pleines de sagesse et d’ordre, soumises à des lois rigoureuses, en dehors desquelles l’économie animale se briserait, pour ainsi dire, à chaque instant.

La nature emploie de préférence, pour expulser les principes ou les matières morbifiques, les voies ordinairement béantes, mais elle sait au besoin en ouvrir de nouvelles; les hémorrhagies critiques ou médicatrices ont lieu par les voies nasales, pulmonaires, gastriques, vésicales, intestinales ou vaginales; l’excès d’urée s’épuise sur les articulations; les suppurations éliminatoires se font dans la péripneumonie par les bronches; dans la pleurésie par les bronches et quelquefois par les parois du thorax; dans l’hépatite, la gastrite et la gastro-entérite par le tube digestif. Dans la néphrite, par les voies urinaires ou par les parois abdominales; dans les inflammations du tissu cellulaire parla peau.

La loi de neutralisation ou de destruction de la cause morbifique a pour objet de neutraliser ou de détruire les causes morbifiques ou l’action morbide produite ou entretenue par elles.

Les principaux moyens quelle emploie dans ce double but varient selon les causes morbifiques, selon les sujets frappés par

ces causes et suivant une foule de circonstances et de conditions diverses, qui rentrent toutes dans ce qu’on appelle l’ordre des indications, de l’opportunité et de l’occasion; ce sont : 1° la turgescence, 1 inflammation et la fièvre, qui modifient et qui cuisent les humeurs; 2° le ptyalisme, qui par son exaltation remplit la bouche d’une eau chlorurée qui, comme un antidote, neutralise ou détruit les principes morbifiques; 3° les névralgies et les névroses qui sont, au système nerveux, en fiait de réaction, ce (pie l’inflammation et la fièvre sont au système sanguin; h° les convulsions qui épuisent l’excès de force vitale, accumulée morbidement, sur le système sensible; 5° l’évanouissement et la mort apparente qui résolvent les sensations douloureuses, et qui empêchent la mort d’arriver par suffocation ; 6" les exhalations pulmonaires, gastriques et intestinales, qui remplissent les voies pulmonaires, gastriques et intestinales, de gaz particuliers qui, en temps d’épidémie surtout, agissent physiquement ou chimiquement sur les agents morbifiques reçus ou développés au sein de l’économie; 7° les sécrétions muqueuses et séreuses, et les suppurations qui enveloppent les principes morbifiques, et les entraînent au dehors; enfin, certains mouvements singuliers des humeurs ou du sang, qui ont pour résultut, de former de véritables principes chimiques, qui agissent dans l’espèce comme des médicaments naturels.

La loi de récorporation ou de régénération tient sous sa dépendance tous les mouvements d’assimilation, de nutrition, de résolution, de dérivation eide révulsion. Il faut rapporter aussi t'i cette loi une foule de moyens médicateurs delà force plastique qui ont pour objet d’opérer, suivant les cas, ces admirables mouvements d’exsudation, de cicatrisation, et de réparation, qui témoignent si bien de la puissance médicatrice delà nature.

La loi de récorporation emploie comme moyens, 1" l'inflammation et la fièvre; 2 l’alimentation inspirée par des goûts et quelquefois par des appétits singuliers; 3° le repos et le sommeil, l’exercice et le mouvement également indiqués par des instincts, par des tendances, et par des entraînements particuliers souvent irrésistibles.

Tels sont les procédés, les moyens, et les voies employés par la force vitale pour guérir les maladies. Tel est l’ensemble des principaux mouvements vitaux, dont l’harmonie préétablie constitue les lois pathologiques naturelles; mais notons-Ie bien, car il s’agit

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ici d’un fait de la plus haute importance : Toutes ces fonctions médicatrices, dont nous venons d’esquisser les lois principales,

toutes ces fonctions vitales d’élimination, de neutralisation et de récorporation, ne s’exercent complètement et efficacement que soub la réserve expresse de certaines circonstances d opportunité et de forces relatives, les unes aux conditions dans lesquelles se trouvent les malades, les autres aux ressources vitales dont ils disposent. Or, après la science de l’opportunité et de l'occasion, l’art de diriger les forces des malades, de les soutenir, de les augmenter ou de les réduire, selon les indications culminantes, est incontestablement le plus délicat et le plus indispensable entre tous ceux qui incombent journellement au médecin. Hippocrate 1 a dit luimême, et il nous a laissé sur l’alimentation, en général, sur le changement de nourriture des gens en santé, sur l’abstineuce et sur le régime dans les maladies aiguës, des pages immortelles qui sont encore, pour les praticiens, de véritables préceptes qu'ils considèrent et qu’ils observent comme autant d’articles de loi.

« Le dérangement brusque du régime habituel, dit Hippocrate, exerce la plus fâcheuse influence sur la santé ordinaire. Bien plus, il est prouvé qu’un mauvais régime habituellement le même tant dans la boisson que dans le manger, vaut mieux qu'un bon régime brusquement improvisé. Or, ceci mérite la plus grande attention; car, si chez ceux qui se portent bien, tels ou tels changements, en telles ou telles choses, opèrent de très grandes différences, comment ces différences ne seraient-elles pas plus considérables chez les malades, surtout chez ceux qui ont des maladies aumës? Ceux qui augmentent intempestivement leur régime, éprouvent de l’incommodité; leur corps s’appesantit; ils se sentent moins forts et plus lourds, ils ont de l’insomnie, des rapports et souvent de la diarrhée. Ceux au contraire qui diminuent leur régime (lorsqu’il n’est que suffisant), se sentent faibles, languissants, inhabiles à l’ouvrage; ils éprouventde la cardialgie; il semble que leurs entrailles pendent, leurs urines sont chaudes et paies, les déjections tendent à devenir brûlantes, la bouche devient amère, les yeux se creusent, les tempes se soulèvent et battent et

les extrémités se refroidissent. »

On tirera de tout ceci celte conclusion : que les grands changements faits à nos habitudes intimes pioduiseot des maladies, tout comme ceux qui arrivent dans la constitution de notre tempérament. Ainsi donc, on ne doit pas prescrire ces abstinences

outrées qui vident entièrement les vaisseaux; il ne faut pas non plus donner de forte nourriture au fort de la maladie et de l’inflammation, ni faire, enfin, un grand changement subit quelconque, en quoi que ce soit.

» Le régime, ajoute Hippocrate, est une chose capitale dans les maladies aiguës comme dans les chroniques, aussi bien que

I observation des rehaussements dans les fièvres et de leurs relâchements pour saisir l’à-propos, pour ne pas présenter la nourriture à coutre-lemps, et pour la donner au moment où elle ne peut pas nuire. La pléthore occasionne incontestablement des maladies très graves, mais l’abstinence rigoureuse et le défaut de réparation en produisent de plus nombreuses et de plus funestes.

II faut donc s’attacher à soumettre les malades à une diète raisonnable, et s’appliquer constamment à la faire cesser à temps opportun. L’alimentation insuffisante produit des maladies, et imprime de grandes modifications aux symptômes, à la marche et à la durée des maladies existantes. Lorsqu’une maladie aiguë est parvenue à sa période de décroissance, la persistance d’une diète absolue! empêche d’arriver à lu résolution, et la transforme en une maladie chronique dont le terme est définitivement éloigné.

» Les médecins se trompent bien souvent dans le régime des maladies : tantôt ils tiennent vides mal à propos les vaisseaux de ceux qui doivent bientôt user d’aliments; tantôt ils font passer brusquement de l’abstinence complète à l’alimentation dans un temps où il faudrait interdire tout aliment solide, et faire observer une abstinence presque absolue à cause de la violence du mal. La nature et les habitudes de chacun produisent de grandes différences dans les maladies, dont la cure ou le mauvais traitement dépendent de la connaissance de ces divers états et de 1 attention à les distinguer. Le mal devient sans doute plus grand, si tandis que la faiblesse du malade est occasionnée par la violence et par la force de la maladie, on lui donne des boissons trop fortes et des aliments solides, croyant qu’il est faible parce q ne les vaisseaux sont vides ; mais on n’est pas excusable, d’autre part, de méconnaître les cas où la faiblesse vient de la vacuité des vaisseaux, et d’exténuer le patient par un régime austère; l’une et 1 autre erreur sont dangereuses. La seconde l'est même plus que la première ; et si quelque autre médecin, ou un particulier, allant chez le malade, voyant ce qui se passe, lui donne à manger ou à boire malgré l’ordonnance de celui aux soins duquel le malade est

confié, on voit alors que le malade se trouve bientôt manifestement mieux. Ce sont de pareils événements qui attirent aux médecins les reproches du peuple. «

« Il est humiliant pour un médecin, dit encore Hippocrate, de ne pas savoir distinguer les accidents qui résultent d un défaut de nourriture et de réparation. Voici donc les symptômes les plus saillants de l’état de faiblesse par abstinence: Les malades deviennent inquiets ; ils éprouvent de l’anxiété et une grande angoisse de la respiration ; ils tombent dans le délire, leur vue se trouble, ils se plaignent de bourdonnements d’oreille, ils s agitent , ils loin des efforts inouïs d’inspiration , comme pour faire pénétrer dans leur poitrine une plus grande quantité d air respirable et réparateur ; leurs extrémités se refroidissent ; leurs urines sont froides et crues ; ils éprouvent des sueurs au cou; leurs sourcils se froncent, des défaillances surviennent; ils jettent leurs couvertures, leurs mains tremblent, leur lèvreinférieure estagitée ; enfin, tout dénote en eux un état de prostration des plus graves et une mort prochaine. Et pourtant tous ces symptômes qui tiennent à un excès de faiblesse, à un défaut de réparation; tous ces symptômes qui sont le produit d’une excitation trop faible du cerveau par un sang affaibli, et qui cèdent comme par enchantement aux bienfaits d’une alimentation prudente et bien réglée; tous ces symptômes, dit Hippocrate, n’appartiennent pas exclusivement à cet état, mais ils forment aussi le cortège de certaines inflammations du cerveau déterminées par des étals pléthoriques. Or, 1 honneut, la gloire du médecin est de savoir les reconnaître et les combattre selon les indications et selon les cas. »

El maintenant que tous ceux qui ont vu et soigné des malades, que ceux qui sont aussi initiés aux principes de la science qu aux secrets de l’art, que ceux-là répètent, pour 1 instruction de tous et pour le grand bien de l’humanité, qu il n y a rien à ajoutei ni à retrancher à cette grande et précise leçon d Hippocrate, qui c?t encore, après vingt-deux siècles, la plus haute expression dogmatique de la médecine pratique.

Si maintenant nous passons de 1 observation à 1 application, de la science à l’art, du principe à la règle, de la spéculation à l’exécution, en un mot. de la théorie à la pratique, nois reconnaîtrons que le médecin, qui n'est en définitive que l’interprète et le ministre de la nature, doit , à ce titre , 1 imiter toujours et s cfloi ( < t de mettre en usage les procédés et les moyens quelle même cm

ploie pour la guérison des maladies. Or, en partant de ce principe fondamental, nous sommes naturellement conduits à ramener toute la thérapeutique à la discipline de trois grandes lois médicatrices, artiticielles ou artistiques, qui répondent exactement aux trois grandes lois médicatrices naturelles dont nous venons de faire connaître le caractère.

Des lois pathologiques artistiques.

Les lois pathologiques artistiques sont celles qui président à 1 évolution et à la succession des phénomènes thérapeutiques que le médecin excite dans l’économie souffrante pour provoquer artificiellement l’action de la nature médicatrice.

Il y a trois lois pathologiques artistiques : la loi d’élimination ou d’expulsion de la cause morbifique; la loi de neutralisation ou de destruction de la cause morbifique ; la loi de récorporation ou de régénération.

La pharmacologie et la pharmacodynamie font connaître 1 esprit de ces lois et les conditions dans lesquelles elles s’exercent ; nous ne traiterons donc pas de ce double sujet, mais nous indiquerons simplement les médications générales et les agents de la matière médicale que le médecin emploie pour exciter artificiellement dans l’organisme les mouvements et les opérations qui constituent l’action médicatrice de la nature.

Trois médications spéciales correspondent aux trois lois pathologiques artistiques; ce sont : la médication expulsive, la médication spécifique et la médication altérante. Elles emploient, comme moyens d’action, trois ordres d’agents médicamenteux , sous lesquels on peut grouper toutes les ressources thérapeutiques; ce sont : les évacuants qui répondent aux indications de la loi d'expulsion ; les spécifiques qui répondent aux indications de la loi de neutralisation et de destruction ; enfin , les altérants qui répondent aux indications de la loi dé récorporation ou de régénération. Étudions chacune de ces médications et leurs principaux agents thérapeutiques.

De la médication expulsive ou éliminatrlce de la cause morbifique.

La médication expulsive est celle qui a pour objet de chasser, par les différents émonctoires de l’économie animale, les agents ou les matières morbifiques qui allèrent les organes ou les lut-

meurs, qui gênent ou qui dérangent l’exercice des fonctions. Cette médication emploie cinq ordres de médicaments, savoir : les vomitifs, les purgatifs, les apopldegrriatisants, les sudorifiques, les diurétiques, les eminénagogues et les apéritifs.

On appelle vomitifs toutes les substances capables d'exciter le vomissement , c’est-à-dire de faire rendre par la bouche les matières contenues dans les organes gastriques et pulmonaires, et par conse'quent non seulement celles qui séjournent dans l’estomac et dans les intestins, mais encore celles qui se trouvent dans le pharynx, dans le larynx, dans la trachée-artère, dans les bronches et dans les poumons.

Les purgatifs sont des médicaments qui ont la propriété d’exciter les selles et de les rendre plus abondantes. Ils agissent de trois manières différentes, tantôt en relâchant les organes gastriques, tantôt en les irritant, tantôt enfin en augmentant l’abondance de la sérosité déjà rendue plus liquide. Il y a trois sortes de purgatifs : les purgatifs doux, appelés aussi laxatifs , minoratifs ou eccopropliques; les pur gatifs moyens, ou cathar tiques; les purgatifs forts, ou drastiques.

On appelle apophlegmatisants les substances capables d’évacuer la mucosité, la sérosité et la pituite qui lubrifient la trachée-artère, les bronches et le tissu cellulaire. Ils prennent ensuite des noms spéciaux en raison des or ganes sur lesquels ils agissent par une sorte d’affinité; on appelle expectorants ceux qui évacuent les matières séreuses contenues dans les poumons et leurs appartenances; on nomme sialagogues ceux qui agissent spécifiquement sur la sécrétion et l’excrétion de 1a salive; enfin, on appelle errhins ceux qui portent leur action sur le système pituitaire.

On divise les expectorants en trois classes, en raison de la manière dont ils agissent sur le système pulmonaire, manière qui répond elle-même aux causes différentes qui ont produit le défaut ou le vice d’excrétion. La première classe comprend les béchiques; la seconde, les expectorants moyens; la troisième, les expectorants forts. Les béchiques conviennent quand le défaut d’excrétion a été causé par une vive chaleur; quand il est entretenu par la sécheresse; quand il tient à un spasme nerveux ou à une irritation inflammatoire. Us agissent en humectant I économie, en relâchant les organes, en détruisant le spasme, en rendant à la trachée-artère, aux br onches ou aux poumons l’humidité ou la sérosité dont ils ont été dépouillés. Les autres ex-

pectorants conviennent dans d’autres cas et seraient contraires dans ceux-ci.

Les sudorifiques sont les agents médicamenteux qui ont la propriété de porter la chaleur à la peau et d’exciter ou de surexciter la transpiration. Il y a trois sortes de sudorifiques : les sudorifiques faibles, légers ou relâchants ; les sudorifiques moyens ou toniques que les anciens désignaient sous le nom d 'elexiphar- 7)icu]ues; enfin, les sudorifiques très forts ou excitants.

Les diurétiques sont des médicaments qui ont la propriété d augmenter, de faciliter et de soutenir la sécrétion et l’excrétion des urines. Il y a trois classes de diurétiques : les diurétiques légers, les moyens et les forts.

On entend par emménagogues des médicaments propres à exciter, à augmenter et à faire dui er l’excrétion du flux menstruel, en agissant spécifiquement sur l’irritabilité particulière de la matrice, qui est la source de I appétit vénérien ( œstrum vencreum ), et I aiguillon nécessaire à la propagation de l’espèce. Il y a quatre espèces d'emménagogues, ainsi divisés en vertu du différent degré de I action qu ils ont de réveiller et de soutenir cette sensibilité utérine spéciale dont 1 exaltation caractérise 1 œstrum venereum et détermine l’écoulement du flux périodique. Ce sont : les emména8°8ues doux et calmants, les anti hystériques, les emménagogues toniques et les emménagogues excitants.

Les apéritifs sont des médicaments qui ont la propriété d’ouvrir les voies excrétoires, de donner aux humeurs plus de fluidité, d’augmenter la sécrétion et l’excrétion des liquides, et de faciliter leur cours et leur expulsion. Il y a trois sortes d’apéritifs : les apéritifs doux ou atténuants ; les apéritifs moyens ou incisifs, et les apéritifs forts ou désobstruants, qui sont eux-mémes subdivisés en désobstruants généraux et spéciaux.

De la médication spécifique, neutralisante on destructive de la

cause morbifique.

La médication spécifique se compose d’agents pharmaceutiques qui, en vertu d une affinité particulière , élective , spécifique ou spéciale, se portent directement .et par une sorte d’action chimiijue sur des principes morbifiques qu’ils allèrent, qu’ils décomposent ou dont au moins ils neutralisent ou détruisent le mouvement. Il y a aussi des spécifiques d’organes, si l’on peut s’exprimer ainsi , mais le nom de médicaments spéciaux leur convient mieux.

Il faut rapporter à la médication spécifique la médication substitutive qui en dépend : elle embrasse la médication homœoputbique et la médication contro-stimulanle.

On regarde comme spécifiques : le mercure, le quinquina, le soufre, l iode, et leurs composés ; on regarde encore comme spécifiques (mais à un degré bien inférieur) : la noix vomique, la sémentine, l’ipécacuanha, la scrofulaire , la vulvaire, le colchique, le cochléaria, la douce-amère, la canne, l’alcali volatil , I anis , le bicarbonate de soude.

On a remarqué de plus que divers agents pharmaceutiques avaient une action spéciale et directe sur certains systèmes d organes, et l’on est parti de là pour leur donner des noms qui caractérisent cette action. C’est ainsi que nous avons des vulnéraires, des céphaliques, des ophthalmiques, des pectoraux, des stomachiques, des hépatiques, des spléniques, des diurétiques, des emménagogues, des sudorifiques, des aphrodisiaques et des antiaphrodisiaques.

De la médication altérante, récorporativc ou réparatrice.

La médication altérante a pour objet de modifier 1 état de l’économie (état corporel ou dynamique) et de le rendre autre qu’il est ou qu’il est devenu. Les médicaments que cette médication emploie ont reçu à cause de cela le nom d’altérants (de alter, autre). Le médecin emploie cette médication pour refaire, récorporer et régénérer en quelque sorte l’organisme affecté morbidement.

Trois médications spéciales répondent à trois états généraux de l’économie, savoir : la médication adoucissante à 1 état de surexcitation; la médication tonique à l’état de sous-excitation; la médication régulatrice à l’état d’excitation irrégulière ou d ataxie. On divise les altérants: 1° en altérants généraux et spéciaux; 2° en altérants des solides; 3° en altérants des liquides; 4° en altérants du fluide nerveux ou de 1 esprit de vie.

Parmi les altérants, les uns élèvent le ton de 1 action vitale, les autres l’abaissent, d’autres enfin le règlent et le fixent; de là une division toute naturelle des altérants en six grandes classes, savoir: — lro classe. Toniques et excitants généraux. — 2' classe. Toniques cl excitants spéciaux. — 3e classe. Asthéniques et sédatifs généraux. — 4'' classe. Asthéniques et sédatifs spéciaux.

UE LA TUOAPLUTiyUE GÉNÉRALE. 63 5

5e classe. Antispasmodiques généraux et spéciaux. — 6e classe. Narcotiques généraux et spéciaux.

Les altérants des solides comprennent: 1° les toniques et les excitants qui élèvent l’action vitale des solides; 2° les débilitants et les sédatifs qui abaissent cette action vitale; 3° les antispasmodiques, les calmants et les narcotiques qui règlent cette action.

Les altérants des liquides comprennent : 1° les inviscanls, qui épaississent les fluides et les humeurs ; 2° les incisifs et les désobstruants, qui leur donnent de la fluidité; 3° les absorbants et les antiseptiques, qui détruisent l’acidité, l’acrimonie et la putridité des fluides et des humeurs.

On compte aussi des altérants du fluide nerveux ou de l’esprit de vie : parmi ceux-ci les uns agissent en augmentant sa quantité et en améliorant sa qualité ; les autres en activant, en ralentissant ou en régularisant sa circulation; quelques uns enfin en anéantissant ou en foudroyant instantanément son action, tels sont : l’acide cyanhydrique et ses composés , tels sont aussi le tonnerre et les décharges électriques.

Altérants. — !ro et 2e Classes. — Toniques et stimulants généraux

et spéciaux.

Il y a trois espèces de toniques : les toniques proprement dits, les astringents et les excitants. On entend par toniques des agents alimentaires ou pharmaceutiques qui ont la propriété de fortifier les organes et de leur donner le ton qu’ils doivent avoir pour remplir leurs fonctions. Il y a quatre espèces de toniques : les cordiaux, les fortifiants, les analeptiques et les corroborants.

Les astringents sont des toniques qui, en fortifiant les organes, en resserrent en quelque sorte la substance, lui donnent plus de compacité et rendent ainsi les sécrétions et les flux moins abondants.

On donne le nom d'excitants à des toniques qui portent le tou des organes au delà de l’état naturel et même jusqu’à un certain degré d’exaltation qui constitue véritablement une espèce de fièvre passagère. On subdivise les excitants en diffusibles et en persistants : les premiers agissent instantanément, mais leur action est éphémère; les seconds, au contraire, agissent plus lentement et leur effet est beaucoup plus durable.

PRINCIPES GÉNÉttAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE.

Altérants. — 8* et 4e Classes. — Asthénii|nc» et sédatifs généraux

et spéciaux.

On désigne ainsi des médicaments qui ont la propriété d’abaisser le ton vital, de relâcher les organes, de tempérer et de rafraîchir les humeurs, et de détruire l’état phlogistique. Les asthéniques comprennent les émollients, les relâchants, les tempérants, les rafraîchissants et les antiphlogistiques.

Altérants. — 4® et 5® Classes. — Antispasmodiques et narcotique*

généraux et spéciaux.

Les antispasmodiques sontdes médicaments qui ont la propriété de régler l’action nerveuse; ils agissent spécialement et pour ainsi dire spécifiquement sur l’irritabilité et sur la motilité, et par conséquent sur l’état musculaire et sur le mouvement. Ilsenchainent l’irritabilité, ils fixent le genre nerveux, ils arrêtent les spasmes et font cesser les convulsions. On les emploie contre l’ataxie générale, contre l’irrégularité ou le désordre de laction nerveuse.

Les antispasmodiques doux et légers prennent le nom de nervins ; on les emploie -contre les vapeurs, contre les attaques de nerfs sans chute ni perte de connaissance. On donne encore aux antispasmodiques les noms d anti-hystériques, quand ils portent leur action sur la matrice ; d anli-hypochondnaqucs, quand ils agissent sur le plexus solaire ou sur les viscères du bas-ventre; & anti-épileptiques, quand ils s adressent au système ganglionnaire tout entier; de tétaniques, quand ils concentrent leur action sur la moelle épinière.

Les narcotiques sont des médicaments qui agissent d une manière spécifique, d’abord, sur la source même de la vie, sur la force vitale et secondairement, sur l’impressionnabilité, sur la sensibilité, et par conséquent sur la sensation et le sentiment qui en dérivent. Les narcotiques diminuent 1 action des puissances internes et externes, et de plus ils enchaînent jusqu a un certain point les facultés de l’esprit par le sommeil.

On emploie les narcotiques contre les douleurs, contre les excès ou les erreurs de l’impressionnabilité , contre les exaltations de la sensibilité, et même contre les fatigues et les tourments du sentiment : inquiétudes, chagrins, terreurs, ou peines de iàtne. On les associe souvent et avec succès aux antispasmodiques ; ils

arrêtent ou ils paralysent les douleurs, ils font cesser les vapeurs, les spasmes et les mouvements convulsifs.

Il y a trois sortes de narcotiques : 1° les calmants, qu’on désigne aussi sous le nom d’anodins ou de parégoriques; 2° les hypnotiques, qu on appelle encore assoupissants ou somnifères ; 3° enfin, les narcotiques proprement dits, ou les stupéfiants.

Parmi les agents pharmaceutiques qui portent leur action sur le genre nerveux ou sur la force vitale, il en est un cpii mérite une attention toute spéciale, c’est l’opium. Il agit à la fois sur la sensibilité et sur l'irritabilité, et à ce titre il est anli douloureux, antispasmodique, calmant, somnifère et stupéfiant; c’est, en un mot, un remède héroïque et presque souverain. L'opium, dit Hufeland, est une substance mystérieuse, extraordinaire, et incompi éhensible dans ses elfets; d réunit toutes les propriétés des remèdes héroïques; il agit sur la source la plus intime de la vie; il peut sauver ou donner la mort quand il est employé d’une manière intempestive; il est le seul qui produise des effets aussi prompts; aucun médicament ne saurait le remplacer; on trouve en lui la réunion unique d’une action excitante et sédative, vivifiante et destructive ; c est un glaive à double tranchant, un don divin entre les mains du maître, et un poison mortel entre les mains de l’ignorant.

Ce coup d’œil sur la thérapeutique est incontestablement très rapide et fort incomplet, cependant il suffit pour attirer l’attention sur les ressources précieuses d’une branche importante de la médecine, qui a toujours souffert de la tourmente des systèmes, et que la doctrine de Broussais, jetée comme un voile funèbre sur la tradition, a profondément ébranlée, compromise et dénaturée! Mais l’opinion a bien changé depuis celte époque; elle est plus favorable que jamais aux études thérapeutiques : ainsi donc, que les bons esprits prennent confiance, (pie les hommes spéciaux se relèvent et la thérapeutique replacée, par eux, sur ses véritables bases, reprendra bientôt le rang qu elle doit occuper parmi les sciences médicales, par le but qu elle se propose, par les services quelle a déjà rendus, et par tous ceux qu’elle est encore appelée à rendre.

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