‹ Traité de la science médicaleChapitre 42 sur 106 · I)E D’EMPIRISME · texte numérisé non relu

I)E D’EMPIRISME

L’empirisme est un des plus anciens systèmes qui aient existé. Il remonte aux premiers temps de la médecine, à ces époques d’observation muette où les malades étaient exposés dans les carrefours et dans les rues , et recevaient de chaque passant les secours qu’il plaisait à chacun de leur donner sur la foi de quelques souvenirs suspects. Tel fut l’empirisme primitif; quant à l’empirisme magistral , c'est-à-dire aux principes de l’empirisme érigés en doctrine, il eut d’abord pour fondateur Acron d’Agrigenteen Sicile, et ensuite Philinus de Cos, et Sérapion d’Alexandrie, tous les deux disciples d’Hérophile. Ce furent eux qui l'établirent sur ses bases doctrinales, qui le firent connaître et qui propagèrent ses principes.

Ennemis jurés de toute espèce de théorie . les empiriques

proscrivirent entièrement le raisonnement et ne voulurent admettre d’autre guide en médecine que l’expérience absolue , fatale, inaltérable... Faciamus experimentum in anima vili , disaient-ils. Ils avaient à leur sens assez de science, s’ils connaissaient la logique,

; la dialectique, la rhétorique et surtout l'astrologie! Dans leur pratique médicale ils s’attachaient à distinguer les accidents qui tiennent radicalement à la maladie de ceux qui ne lui sont , qu'accessoires; ils considéraient comme le premier devoir du médecin de garder un fidèle souvenir de tous les faits empiriques. Us donnaient le nom de théorème au souvenir des observations, et ils tiraient leurs observations de trois sources principales, savoir : du hasard, des essais et de l imitation ou de l’analogie. Enfin, ils appuyaient toute la médecine sur l’histoire , l’observation et l’analogie; et ce fut cette triple base que Glancias, un des plus fameux d’entre eux, nomma plus tard le trépied de l’observation.

Pendant les beaux jours de cette doctrine on vit plusieurs princes s’occuper de médecine, entre autres Attale Philométor, dernier roi de Pergame, et Mithridate III, roi de Pont.

Ce fut durant le règne de l'empirisme que la médecine et la chirurgie, pratiquées jusqu’alors chez les Grecs par les mêmes individus, furent séparées en trois branches distinctes : la diététique, la pharmaceutique et la chirurgie. La diététique appartenait au médecin : il réglait la diète et le régime, et traitait les maladies internes. La pharmaceutique regardait le pharmacien; c’était lui qui pansait les ulcères, les tumeurs et les plaies, et qui préparait les remèdes. Enfin , la chirurgie, ou la partie manuelle de l’art, était exercée par le chirurgien, qui pratiquait seul les opérations, mais toujours sous les yeux et sous la responsabilité du médecin.

Cet état de choses dura fort longtemps. On disait alors de la médecine quelle consistait dans l’exercice distinct de trois points, à savoir :« Au conseil, selon les préceptes de l'art, pour les maladies intérieures; uu rasoir pour les affections extérieures; et enfin en la confection des potions et des médicaments pour la généralité. » En résumé , c’est faire acte de justice que de dire que les empiriques ont largement apporté leur part de bons offices à la médecine. En effet, ils ont décrit une foule de symptômes avec une très grande exactitude, et ils ont mieux établi que les disciples des autres sectes leo bons et les mauvais effets des médicaments [jnvanlia et /œdentia).

1/(0 RÉSUMÉ DE L’niSTOIRE DE LA MÉDECINE.

On compte parmi les empiriques les plus renommés : 1° Biblas, à qui l’on doit plusieurs ouvrages sur la pharmacie; ‘2° Héraclide deTarenle, disciple de Mandas, qui passe pour avoir fait des recherches très importantes sur les propriétés des substances végétales, minérales et animales, et à qui l’on doit un livre intitulé Nicolas ; 3° INicander, également fameux par un ouvrage en vers, intitulé Theriaca.

Tout semblait, au début, présager un brillant avenir à l’empirisme; il en fut autrement : on le vit s’affaiblir progressivement, et la pente fut si rapide, qu’au temps de Galien les empiriques n’étaient plus regardés que comme des vendeurs de drogues et des charlatans qui ne méritaient ni considération ni crédit.

DU MÉTHODISME PRIMITIF, OU DE LA THÉORIE ATOMIQUE ET CORPUSCULAIRE d’aSCLÉPIADE.

On retrouve les racines philosophiques de ce système (qui enfanta le méthodisme proprement dit) dans les doctrines philosophiques de Leucippe, de Démocrite et d’Épicure. La secte empirique, quoique un peu ébranlée, dominait encore à Alexandrie au temps où Rome, qui avait senti la nécessité d’associer la culture des arts libéraux aux travaux de la guerre, devint le théâtre d »ne révolution médicale très importante. Cette révolution fut opérée par Asclépiade de Pruse en Bithynie, qui arracha ainsi la médecine a la dégradation dans laquelle l avait plongée, à Rome,

un certain Archagatus , chirurgien de profession, que les Romains avaient surnommé le bourreau , à cause des tortures de toute espèce qu il Faisait éprouver à ses malades. Il employait si souvent le 1er et le feu, dit Pline, et il coupait et brûlait ses malades avec une telle cruauté, qu’il devint odieux aux Romains qui 1 avaient d’abord bien accueilli, et lui avaient donné une boutique avec le titre de guérisseur des plaies.

Cette veision sur le compte d Archagatus n’est pas la seule; que qnes anleuis soutiennent qu il lut comblé d’honneurs et de présents à ses débuts à Rome, mais qu’il se montra si hautain et surtout s. ingrat, que Caton lui-même, qui regardait l’ingratitude comme un crime infâme, excita contre lui les hommes marquants ce Rome, qui le chassèrent honteusement de la ville, et ordonnèrent de fermer les temples de la médecine, prétendant que les borna, ns, qui s étaient bien passés de médecins jusqu’au temps d Archagatus, sauraient bien s'en passer encore.

TEMPS DE FONDATION. ,j ^ j

J.es choses en étaient là, quand Ascle'piade parut et jeta les premiers fondements du méthodisme, qui prit les proportions d’un véritable système sous la main puissante de Thémison de Laodicée.

Asclépiade de Pruse en Bithynie se fit médecin, après avoir professé pendant un certain temps la rhétorique et l’éloquence ; il passa d’abord quelques années à Alexandrie; il vint ensuite à Athènes, et il finit par se fixer définitivement à Rome, à peu près au temps de Pompée.

Asclépiade débuta par blâmer publiquement la conduite et la pratique d’Archagatus ; puis, profitant du moment où Lucrèce venait de faire revivre la doctrine d’Épicure, il substitua la philosophie corpusculaire de Démocrite , adoptée par Érasistrate , à la philosophie simple et naturelle d’Hippocrate, qui reposait sur 1 observation , lexperience et le raisonnement, soutenant que le devoir du médecin était de combattre toutes les maladies sans compter sur les efforts lents et incertains de la nature. Plus tard, il se posa orgueilleusement en réformateur, et tournant en ridicule l’expectation et le dogme des jours critiques, il dit hautement que la thérapeutique d’Hippocrate n’était, en définitive, qu'une patiente méditation sur la mort.

loute la théorie médicale d’Asclépiade reposait sur ce principe : 1° qu’exactement semblable aux corps inertes, le corps est composé d’atomes qui s’accrochent , et que les atomes ou corpuscules , en s’appliquant les uns aux autres , forment des pores au travers desquels circulent de nouveaux corpuscules; 2° qu’il résulte de cette condition anatomique que tout, dans l’économie, roule sur la juste proportion des pores avec les atomes ou corpuscules qui doivent la traverser, de telle manière que s’il vient à s établir un vice de rapport entre les uns et les autres, soit en plus , soit en moins, de volume ou de diamètre, la santé s’altère et la maladie commence.

Partant ensuite de ces idées de pores et d’atomes , de passages étroits ou longs, Asclépiade fit une application rigoureuse de ces principes à la médecine. Il professa : 1° que la santé dépend de la juste proportion des pores avec les atomes , auxquels ils doivent donner passage; 2° que la maladie résulte de la disproportion qui • survient entre les pores et les atomes; 3° que toutes les maladies «doivent être rapportées à trois conditions ou états principaux, savoir : à l’étroitesse des pores, à la trop grande largeur des

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porcs , au défaut de proportion des corpuscules circulants. Enfin, en partant toujours de ces principes , il faisait consister presque toute sa pratique médicale dans l'art de maintenir lequilibre des mouvements et de rétablir une juste proportion entre les atomes et les pores qu’ils doivent parcourir.

Asclépiade recommandait la diète, la gymnastique, le vin, les frictions et les moyens naturels. Il avait sur certaines affections

des i lées singulières. Il prétendait que la fièvre et la douleur étaient produites par des corpuscules qui s’arrêtent dans les pores et y forment des obstructions, et que l’ii ydropisie était causée par la dilatation et le relâchement des pores. Les moyen* thérapeutiques qu’il employait méritent aussi d’être rapportés. Avait-il affaire à une fièvre, pendant trois jours il empêchait le malade de dormir, et durant ce temps il lui refusait toute espèce d’aliments solides et liquides, tout, jusqu'à l’usage de l'eau ! Mais, en revanche, à l’expiration des trois jours, il accordait au malade à peu près tout ce qu’il voulait, en partant de ce principe que le devoir du médecin est de guérir les malades sûrement, promptement et agréablement ( tut'o , cita et jucwidè). S’agissait-il d'affections nerveuses, il prescrivait des bains et des frictions. Il faisait coucher les malades dans des lits suspendus dans lesquels on les agitait jusqu’à ce qu ils s’endormissent. Il prescrivait aussi la navigation; contre les obstructions, il employait l’eau de mer mêlée au vin. Contre la constipation opiniâtre, il ordonnait des lavements froids et souvent répétés. Enfin, il fut le premier qui établit la division des maladies en maladies aiguës et en maladies chroniques.

Asclépiade exerça longtemps la médecine avec honneur et succès, avant de songer à écrire. Ce ne fut qu'à la fin de sa carrière qu’il se décida à publier quelques ouvrages dans lesquels il essaya de démontrer la solidité des principes qu’il avait avancés et soutenus avec tant d éloquence dans ses leçons. Ce qui 1 y a de certain, c’est qu’il sut se faire aimer et estimer. El c’est bien de lui que Pline a dit : « Universum prope humannm » genus circumegit in se non modo qunm si coelo am issus adve- » nisset. »

On cite, parmi les disciples les plus distingués d’Asclépiade, i Kicron d’Agrigente ; Arctorius, qui fut le médecin et l’ami d Auguste; ISicoratus, connu par un traité assez curieux sur la catalepsie; et enfin Thémison deLaodieée, qui vécut soixante-cinq ans

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environ avant J. -G., et que l’on regarde généralement, et à juste titre, comme le fondateur du méthodisme proprement dit.

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