‹ Traité de la science médicaleChapitre 44 sur 106 · DEPUIS LA CRÉATION DE L’ÉCOLE DE MONTPELLIER JUSQU’A NOS JOURS · texte numérisé non relu

DEPUIS LA CRÉATION DE L’ÉCOLE DE MONTPELLIER JUSQU’A NOS JOURS

La troisième époque de la médecine est celle des temps de luttes scientifiques , de rénovation et de perfectionnement. Pendant sa durée, l’Europe entière présenta un spectacle admirable : les sciences, les lettres, les arts, 1 industrie, rivalisèrent d’efForls, et tme vie nouvelle sembla circuler de toutes parts dans toutes les sources de lesprit humain.

Dix huit systèmes sont venus pendant cette époque contribuer, par leurs apports, au développement de l’édifice médical. Ce sont: lu l’empirisme de l’école de Montpellier; 2° l’alchimie, la cabale et l’astrologie judiciaire , dont Paracelse fut le fondateur au XVe siècle; 3° l’iatra-chimie , fondée, par Van Helmont, au xvpc siècle; 4° la chimiatrie de le Boë Sylvius ; 5° l’iiippocratisme de Sydenhain ; 6° l’iatro-mathématicisme de Borelli ; 7“ le solidisme de Baglivi; 8° l’analomistne de Théophile Bonet; 9° l’animisn^ de Stahl ; 10° le mécanico-dynamisme d Hoffmann ; 1 1° rjati'tfanéeanicisme de Boerhaave; 12° le jihysiologisme de Cullen; 13° l’organo -dynamisme de Haller et de Bordeu ; 14° la médecine philosophique de Barthez; 15° la doctrine physiologique de Brown; 16° l’organo-vitalisme de Bichat; 17° la doctrine de l’irritation de Broussais; 18° 1 homœopathie d Hahnetuann.

Avant d’aborder l’étude de chacun de ces systèmes, nous crovons devoir jeter un coup d’œil rapide sur l’état de la médecine considérée au triple point de vue de la profession, de la science et de l’art pendant la durée île ci s trois époques qui marquent, en quelque sorte, les différents temps de son développement.

Au point de vue de la profession, la médecine u été d’abord une

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simple routine, un grqssier empirisme; puis une jonglerie, uq métier ; et, enfin, un éltit, un sncpjclqce, une profession libérale, la première de toutes par le but qu'elle se propose et par les sacri-, fipes et l’instruction qu’elle exige de la part de ceux qui l’embrassent sérieusement.

Au point de vue delà science, la rnéçlecine a constamment présenté le tableau d’une tourmente , durant laquelle les vérités médicales les mieux établies par le père de la médecine ont été battues comme un vaisseau livré sans gouvernail à la fureur des vents. Cependant la vraie doctrine est toujours sortie pure et triomphante de toutes ces luttes, et le naturisme hippocratique, qui seul repose sur un principe , qui suffit aux conditions de la science et de l’art, est toujours revenu de siècle en siècle plus éclatant que jamais à la surface des doctrines, comme si tant de révolutions et de combats n’avaient eurpour objet que de l'épurer et de le perfectionner ! Telle est du moins la réflexion qui se présente aux esprits attentifs et réfléchis. Ce qu’il y a de très certain , c’est qu’en méditant profondément sur les principes du vitalisme hippocratique, on est naturellement entraîné à reconnaître que la médecine est infiniment plus avancée, comme science, qu elle ne l’est comme art. Il est de fait que cette conclusion est diamétralement opposée à celle qui est généralement répandue dans le monde et parmi les médecins, mais elle cessera de l’étre le jour oii les savants , mieux éclairés sur les véritables principes de la médecine, s’attacheront scrupuleusement à en faire la morale de leur enseignement et la règle de leur pratique.

Au point de vue de 1 art, la médecine a éprouvé tous les genres de vicissitudes ; elle a subi le joug de toutes les philosophies et de toutes les sciences, et cela devait être, puisque 1 art, dans tous les genres, n’est jamais que le produit plus ou moins heureux des théories appliquées. Néanmoins, au milieu de toutes ces perturbations, elle a fait aussi de notables progrès qu’on peut , en quelque sorte, suivre ou retrouver dans les définitions mêmes qu’on a données d'elle aux diverses périodes de son existence, car chacune de ces définitions est véritablement 1 expression de son état à telle ou telle époque. Ainsi, par exemple, au début, avant la science et avant fart , lorsque la médecine ne consistait que dans la notion du rapport existant entre certains groupes de symptômes et quelques remèdes qui passaient a tort ou a raison pour avoir la propriété de faire cesser ces symptômes ; durant ce

KÉSUMÉ DE L’mSTOlitE DE EA MÉDECINE, temps, on définissait la médecine l'art de guérir les maladies: c’était alors l’époque de son enfance, elle ne s'occupait encore que de l'homme souffrant.

Plus tard, la philosophie, qui embrassait l’universalité des connaissances humaines, éclaira de ses lumières les premiers apôtres de la médecine; elle leur apprit qu’avant de chercher à guérir les maladies de l’homme, il fallait savoir ce que c’est que l’homme malade, et qu’avant d’étudier l’homme malade, il fallait étudier l’homme sain ou bien portant. L’anatomie et la physiologie furent créées, et ces sciences, qui ont pour objet l’étude du mécanisme et du dynamisme de l’homme, prirent aussitôt leur place parmi les branches les plus importantes de la médecine naissante. La physique et la chimie vinrent apporter aussi leurs tributs, et mille trésors versés par elles agrandirent considérablement l’horizon de la médecine. Dès lors on reconnut qu au sein même des divers milieux où l’homme est plongé, il trouve pour sa constitution et pour sa santé des agents utiles et des agents nuisibles, des choses salutaires et des choses pernicieuses. On fit de nombreuses expériences : on examina l’action des divers corps de la nature les uns sur les autres; puis, l’action de tous ces corps sur l’homme, et, enfin, l’action de l’homme sur l’homme lui-méme; puis, à la faveur de l’observation, de l’expérience et du raisonnement, des principes furent découverts, des règles de plus en plus nombreuses furent sagement établies, et peu à peu la collection méthodique et raisonnée de ces principes et de ces règles constitua, en se développant, une nouvelle branche de la médecine qui reçut le nom (Y hygiène, et devint promptement une des plus solides assises de la science et de l’art.

Bientôt, et par un enchaînement bien naturel, cette conquête de l’esprit humain sur lui-même et sur la nature nécessita un second changement dans la définition de la médecine, l’ancienne ne suffisant pas au nouvel état des connaissances médicales. On dressa l’inventaire de toutes les notions acquises, et d’un commun accord on définit la médecine, la science qui a pour objet l’étude de la nature, la conservation de la santé et la guérison des maladies. Tels furent le second temps de la médecine et le tribut de sa jeunesse déjà savante.

On fit alors comme une halte, et les esprits les plus sévères se contentèrent pendant longtemps de cette définition. Mais l’esprit humain, qui, lui aussi, grandit et mûrit, devint chaque jour plus

temps de lutte et de pekfectionnement.

| exigeant ; il sentit qn’il fallait élargir encore l’horizon de la médei cine. Et le génie de Barthez combla bientôt cette dernière lacune.

La médecine fut définie par lui, la science de l'homme sain et malade, et l’on ne fait que développer la pensée du maître en disant qu elle est la science de la vie et qu’elle a pour objet de conserver la santé, de guérir ies maladies, d’améliorer l’espèce humaine, de perfectionner l’esprit de l’homme et de rendre son âme véritablement digne de l’objet élevé en vue duquel elle a été formée.

Cette définition paraîtra peut-être bien ambitieuse au premier abord, mais elle sera mieux appréciée lorsque les temps de la vraie philosophie seront arrivés, et, croyons-le bien, ils ne sont pas aussi éloignés qu’on le suppose. En effet, on a beau répéter que les secrets de la nature sont impénétrables, nous disons, nous, qu'ils sont impénétrés et qu’ils seront pénétrés, puisque déjà l’agent de la nature est connu. Cet agent, c’est l’électricité. Tirons donc de cette conquête tout ce qu’elle renferme, et les destinées philosophiques de toutes les sciences s’accompliront. On reconnaîtra qu'il n’y a dans le monde matériel créé par Dieu qu’une seule cause et qu’une seule loi ; que toutes les sciences sont sœurs et découlent de la même source. Enfin, que dans l’univers l’unité de principe règle partout la variété d’action et l’unité de loi.

Quand on aura logiquement, enchaîné toutes les conséquences qui dérivent de ces principes, il n’y aura plus qu’une seule science; l’esprit humain sera pour toujours affranchi de ses doutes et de ses labeurs; il possédera tous les faits de la science positive ; en un mot, il connaîtra la vérité et il bénira l’auteur de toutes choses de 1 ui avoir ménagé une aussi haute destinée.

EMPItUSME DE l’école DE MONTPELLIER.

L’empirisme fut le premier système qui s’établit à l’école de Montpellier, fondée au xr siècle par des médecins arabes et juifs, et érigée en faculté par une bulle du cardinal de Conrad. La philosophie n’intervint que faiblement dans les théories de cette école naissante, qui devint plus tard la première du monde. Un discutait peu, on généralisait à peine, mais on observait avec soin et l’on expérimentait toujours; enfin, les malades furent en quelque sorte les premiers livres de celle école, qui découvrit des remèdes très précieux, et se distingua constamment par les cures merveilleuses qu elle opéra.

nttsuMii Di', 1,’msToinF, m: la MébfeciNi: .

DU LALCHIM16M1Î.

Albert le Grand, Roger Bacon, Arnaud de Villeneuve, Raymond Lulle et Basile Valentin, préoccupés de 1’dlfcbimie, ou de lande faire de l’or avec des métaux, avaient depuis longtemps songe à faire entrer la chimie dans la médecine, et à établir entre Ces deüS sciences une espèce d association ; quelques uns d’entre eux avaient conçu même l’espoir plus chimérique encore d’obtenir par les moyens de la chimie une panacée universelle, c'est-à-dire une drogue assez fameuse pour guérir toutes les maladies et prolonger la vie aü delà du terme ordinaire. Paracelse accueillit toutes ces idées avec enthousiasme, et sur cfe sujet il dépassa si bien tous ses prédécesseurs, qu’on le surnomma le prince de l'alchimie.

En sa qualité d inspiré, Paracelse professa un souverain mépris pour toutes les connaissances acquises par l’étude et l'observation ; il détruisit de fond en comble toute la doctrine de Galien, et il ne s’attacha qu’à faire ressortir les nombreux avantages que la médecine devait retirer un jour de son union avec l'alchimie. Bientôt la science d Hippocrate fut altérée de mille manières, et dans ses principes et dans son langage, et on la remplaça par un tissu d’hypothèses absurdes qui tinrent lieu de dogmes et de préceptes. Cependant la chimie sortit peu cà peu de l’alchimie, et elle cessa d’être confondue avec cette prétendue science d'Hermès dont Harris avait donné avec esprit cette judicieuse et satirique définition : Ars sine arte, cujus principium est menliri, medium labor are, finis mendicare ,

Paracelse adopta sur l’archée les idées de Basile Valentin, son maître. Basile Valentin désignait sous ce nom, cLpj, archée , le principe ou la cause première de toutes choses. L’archée était pour lui l’agent universel, le principe de vie et la cause de toutes les scènes admirables qui se passent dans l'univers. Paracelse accueillit ces idées sans réserve, et il s’attacha avec un soin extrême à en faire l’application spéciale à la science de l'homme, à la médecine. Ce fut peut-être le meilleur côté de son système, car nous retrouvons dans ses écrits beaucoup d’idées d’Hippocrate, exprimées seulement dans d’autres termes, et à ce point qu'il suffirait souvent de remplacer le mot archcc par le mot nature, pour rentrer complètement dans les principes du père de la médecine. Selon Paracelse, l’archée est un génie qui préside dans l’estomac

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;anx opérations chimico-vitales qui constituent la digestion. C’est i ce génie, d’ailleurs plein de caprices, qui sépare encore dans le • ventricule ce que les aliments renferment de bon ou de mauvais. «Ce maître de l’estomac, comme il l’appelle lui-même, a une tête , et des mains ; il change le pain en sang, et produit toutes les m é tamorphoses qui ont lieu dans la nature chimique des humeurs. Enfin, l’archée est constamment en rapport avec le système planétaire, etparson intermédiaire l'homme est toujours ce que sont les astres; de là les rapports de l’univers avec l’homme ou du macrocosme avec le microcosme.

Aux quatre éléments d’Hippocrate et aux humeurs cardinales de Galien, Paracelse substitua trois éléments etiimiques : le sel, le soufre et le mercure, auxquels il ajouta plus tard le principe tartnreux. Paracelse admettait cinq classes de maladies, qui provenaient, selon lui, de cinq puissances actives qu’il appelait êtres. Ces maladies étaient les maladies de l’être puissant, celles des astres et des vices naturels, les affections frénétiques et les empoisonnements. Mais toutes ces maladies n’inquiétaient nullement Paracelse; il se vantait de posséder un remède universel, qu’il appelait quintessence , au moyen duquel, sans se préoccuper des causes et des signes des maladies, il les guérissait toutes en peu de temps. Paracelse a fait à la médecine l’application de l’harmonie des constellations; il a créé la théorie astrale et le système des cures magnétiques. Il est le premier qui ait mis en vogue la foi en certaines paroles médicatrices, qui a elle même précédé la croyance à l’efficacité des attouchements, que les rois de France et d’Angleterre pratiquaient sur les scrofuleux et les épileptiques en prononçant ces paroles : Rex tanqit te, Deus sanal le. Enfin; ce futeefougueux Paracelsequi,endéversant l’oulragesur tousses rivaux, s’écriait d’une voix frénétique: Arrière, grec, latin, arabe!... et faisait brûler publiquement les ouvrages des hommes célèbres dont le mérite l’offusquait. Néanmoins il est piste de dire que Paracelse a enrichi la matière médicale des remèdes les plus hé roïques. C’est lui cjui a introduit en médecine l’usage du mercure, de l’antimoine, du soufre, du fer et de plusieurs médicaments inconnus ou peu répandus. Cependant, malgré tous ces titres h la reconnaissance, il est probable que la médecine de Paracelse serait restée clans l’oubli, si elle n’eût été reprise plus tard par Van Helmont, qu’on peut regarder comme le véritable auteur de l’iatro-chimie.

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