HISTOIRE DE LA FACULTÉ DÉ MÉDECINE DE MONTPELLIER
Nous allons parler d’une école qui a brillé parmi les plus célèbres, de l’école de Montpellier dont l’histoire a été pendant longtemps l’histoire même de la médecine en Europe. Le plus simple énoncé de ses principes et de ses travaux nous donnera d’elle une grande idée, et nous reconnaîtrons que ceux qui la dénigrent sont, ou des ignorants qui ne la connaissent pas, ou des gens de mauvaise foi qui se font une foi de la calomnier.
L’école de Montpellier a été fondée dans le courant du xie siècle par des médecins arabes et juifs, peu de temps après l’établissement de l’école de Salerne. Toutefois elle n’a reçu sa constitution définitive qu’en 1220, époque à laquelle le cardinal Conrad, légat du pape, lui donna des règlements, et ordonna qua l’avenir nul ne pourrait prendre de grades en médecine, ni exercer la profession de médecin, s il n avait préalablement subi plusieurs examens en presence de l évêque assisté de quelques professeurs. Plus tard, Louis \ 111 adressa, au palais épiscopal, la formule d’un serment de fidélité aux lois du royaume, a\ec ordre exprès aux professeurs de le faire prêter aux licenciés et aux docteurs avant de leur conférer aucun grade. Enfin, dans le
courant de l’année 1289, les diverses facultés de Montpellici furent soumises h une discipline commune, et érigées en Université par Philippe le Bel. L’ordre royal qui portait cette création fut immédiatement confirme par une bulle du pape Nicolas HL Le personnel de la Faculté de médecine fut d abord peu nombreux. Un chancelier et quatre docteurs-régents le composèrent en entier. Gilles deCorbeil, médecin de Philippe-Auguste, Henri de Guintonia (1239), Pierre Guazanhain (1200), Arnaud de Ville-
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neuve (1295), et Girard de Solo (1300), passent, à juste titre, pour les plus anciens maîires de la Faculté de médecine de Montpellier. Bientôt les professeurs de cette faculté s élevèrent contre les prétentions du clergé, et ils s’efforcèrent de contre -Balancer son influence par l’autorité royale, auprès de laquelle ils réclamèrent avec instance la rectification de leurs droits et de leurs privilèges.' Philippe VI de Valois leur rendit pleine et entière justice, et le roi Jean, pour honorer leur compagnie, ordonna qu un bedeau porterait, à la tète de la Faculté, une masse d’argent en témoignage de sa puissance et de son rang. Il est bon de rappeler qu a cette époque la Faculté de médecine de Montpellier fournissait déjà des médecins aux rois et aux papes qui tenaient alors leur siège à Avignon. Le pape Urbain V fit bâtir, pour les médecins, un collège qu’il appela le Collège des Douze. Il créa deux chaires et donna aux professeurs le droit de porter la robe rouge. Louis Xlli et François I" augmentèrent encore les privilèges de la Faculté) Henri IV créa deux nouvelles chaires : l’une d'anatomie et dei botanique, qui fut donnée à André du Laurent, et l’autre de chi-i rurgie et de pharmacie, qui fut occupée par François RanchiuJ De plus, il chargea Richer de Belleva! de faire construire un jardin des plantes. Ce jardin a été, pendant longtemps, le plus beau de l’Europe. Dans le courant du xvne siècle, il s éleva, à l’occasion de Renaudot, docteur de Montpellier, une querelle très vive entre les médecins de Paris et ceux de Montpellier ; les uns et les autres défendirent avec une sorte d’acharnement les prérogatives et les droits de leur école. Néanmoins Renaudot, quoique compatriote et ami du cardinal de Richelieu, perdit sa cause, el le parlement déclara solennellement qu'il fallait être docteur de la Faculté de médecine de Paris pour exercer la médecine dans la capitale. Cet arrêt ne fit que surexciter la colère des deux partis: Courtaud, Magdelain et ïsaac Carquet, médecins de Montpellier, entrèrent en lice avec Guillemeau, Guy Patin, René Moreau et Riolan, et l’on vit de part et d'autre couler à flots et les sarcasmes et les menaces. Quoi qu’il en soit, et en dépit du fameux arrêt du parlement, il y eut toujours des médecins de Montpellier attachés à la cour. De plus, Louis XIV se montra fort généreux pour l'école de Montpellier. U la gratifia de deux chaires nouvelles; il lui donna un démonstrateur de chimie, et il ordonna aux professeurs, aux agrégés et aux docteurs de se réu nir pour former une sorte d’université, une faculté particulière
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entièrement distincte des autres facultés, tout en restant sous la disciplineacadétnique de l'évêque, cjui était de droit chancelier de toutes les lacultés. La Faculté de médecine prit, à dater de cette époque, le nom d’Université de médecine de Montpellier, et elle se distingua aussitôt des autres facultés par des règlements et une discipline particulière. Par suite de ceLie nouvelle organisation, la Faculté vit encore augmenter son personnel. Il se composa de huit professeurs ou dignitaires, dont un chancelier, un doyen et deux procureurs; l’évêque remplissait de droit les fonctions de chancelier. A cette condition près, l’Université de médecine composait réellement un corps à part et tout à fait indépendant. Dans je principe et aux termes du règlement, la place de chaque professeur titulaire était mise au concours, après sa mort; mais il y eut tant d’abus et d’injustices, que l’autorité fut obligée plusieurs fois d’intervenir et d’ordonner aux juges du concours de mettre plus d’équité dans l’appréciation des épreuves. Enfin, au bout d’un certain temps, les mêmes abus s’étant reproduits plus violents que jamais, le concours, cette immense et orgueilleuse déception, fut aboli.
Tels sont les points les plus importants de 1 histoire de la Faculté de Montpellier jusqu’en 1793, époque à laquelle elle passa comme les autres facultés et toutes les sociétés savantes sous le niveau révolutionnaire.