‹ Traité de la science médicaleChapitre 65 sur 106 · Partie scientifique · texte numérisé non relu

Partie scientifique

Au point de vue scientiGque, 1 histoire de la Faculté de médecine de Montpellier embrasse deux grandes époques : la première s’étend depuis sa fondation jusqu’à Bailliez; la seconde, depuis Barthez jusqu’à nous.

Les principes de l école de Montpellier ne sont que la continuation progressive , la conséquence pratique et 1 exécution achevée des grandes vues indiquées par 1 école de Cos... Ohm Cous, nunc Monspeliensis Hippocrates, comme l’a fort bien du Frédéric Bérard. Ses premiers livres furent les livres mêmes de la natuic, c’est-à-dire l’observation patiente et réfléchie des grands faits de la nature vivante, bien portante ou malade. Scs piemieis inutiles furent de sages empiriques plus ou moins éclairés, mais toujours très prudents et quelquefois heureux. Bientôt la elocti inc d llipi o crate et de Gaüen , combinée à la matière medicale des Aiubts, J • •* 'Aminr* médecins un code et une religion qui

30/i RÉSUMÉ DE LH1ST0IRE DE LA MÉDECINE,

les ramena toujours à l’observation de la nature si vantée par le père de la médecine, et qui doit en définitive absorber les meilleures veilles du médecin.

Ces premiers hommes de la médecine s’occupèrent avec un soin particulier de la description des maladies. Parmi les médecins les plus fameux de l’école de Montpellier dont l’enseignement verbal ou écrit a fait école, nous devons citer Gilles de Corbeil, qui a laissé un livre fort estimé, intitulé : De virtutibus medicaminum. Arnaud de Villeneuve, dont les formules et les recettes pharmaceutiques ont formé pendant longtemps le Codex des médecins. Biaise Ermengaud , médecin de Philippe IV, à qui on doit une traduction latine des Cantiques d’Avicenne avec les Commentaires d’Averroès, et un traité sur l’asthme, intitulé : Regimen de asthmate, et attribué à tort à R. Movse. Ermengaud était si habile en fait de diagnostic que Gariel a dit de lui : « Apollinari » laudeclaruitErmengaudus Monspeliensis, qui ex solo vultus in- » tuitu genus et tempus morborum eorumque paroxysmos divina- » ret : quare in illustrium virorum cœtum transcriptus est. » Ber- i nard de Gordon (1307), véritable ministre de la nature et auteur de plusieurs ouvrages, entre autres d’un traité sur les crises et ; les jours critiques : De crisi et criticis diebus algue prognosticandi ] ratione ; d’un ouvrage intitulé : Lilium medicinœ, qui enseigne la manière de traiter toutes les maladies ; d’un traité de thérapeutique intitulé : De decem ingeniis seu indicalionibus curandorum morborum. Gordon est aussi l’inventeur de trochisques qui portent son nom et que l’on a employés pendant longtemps contre l’ulcère des reins et de la vessie. En 13 60, Guy de Cliauliac, le véritable restaurateur de la chirurgie : il a laissé des livres classiques dans lesquels il y a d’exellents préceptes sur le grand art des précautions; on lui doit aussi une très minutieuse description d une peste qui a fait de grands ravages dans le xive siècle. Jacques Sylvius, ou Dubois, qui, de Montpellier, vint à Paris où il lut le premier démonstrateur d’anatomie. En 1566, Rondelet, renommé par ses vastes connaissances en histoire naturelle. En 1 5 8 A, Jouhert, qui a écrit avec un égal succès sur toutes les branches de la médecine, et à qui nous devons le livre intitulé : En eurs populaires ou fait de /a médecine et du régime de soute. Cet ouvrage, dédié à Marguerite de France, première femme de llem i l\ , a été imprime dix fois dans 1 espace de six mois, et il a eu au moins quinze éditions. La plus estimée est celle de

Rouen ; elle est de 1601. En 1609, André du Laurens, dont le Traité d anatomie résumé en quelque sorte tous les travaux anatomiques des anciens médecins de Montpellier. Nous ferons observer à cette occasion que c’est à tort que I on reproche à la Faculté de Montpellier de dédaigner l’anatomie. Loin de là, l’école de Montpellier a toujours cultivé et professé cette science avec un soin particulier; mais, à la vérité, elle n’a jamais voulu lui accorder de suprématie sur les autres branches de la médecine

Du reste, notons -le bien, ce fut à Montpellier que l’anatomie humaine fut d’abord enseignée, grâce à Henri IV, qui dota la Faculté d’une chaire d’anatomie. Enfin, Sylvius, qui le premier professa l’anatomie à Paris, était de Montpellier, d’où il avait été appelé pour enseigner Cette science dansla capitale. En 1655, Lazare Rivière publia sur la médecine un livre qui a été pendant longtemps le bréviaire des professeurs. On cite encore les deux Bauliin, Richer de Belleval, Chicoyneau et Magnol, dont les livres sur l’anatomie et la botanique ont obtenu le plus grand succès. Matte père et fils, et Arnaud Fonsorbe, démonstrateurs de chimie. Chirac et Astruc, dont l’enseignement en physiologie, en chirurgie et en pharmacie, a été pendant longtemps européen. Imbert Haguenot, Lamure et Venel, dont les titres sont connus de tout le monde. Enfin, Pierre de Lisbonne, devenu archevêque de Prague, cardinal et pape. Claude Moulins, premier médecin de Louis XL Adam Fumée, médecin de Charles VH, de Louis XI,deCharles VIII, et qui, grâce à son mérite, fut nommé garde des sceaux. Il était à la fois poète, médecin, mathématicien et historien. Louis XI, qui l’est imait beaucoup, le chargea plusieurs fois de négociations fort déiicates , et en 1492 Charles VIII lui confia les sceaux de France, qu il conserva jusqu’à sa mort, qui eut lieu en 1494, Michel Nostradamus ; François Rabelais , auteur de l’histoire de Gargantua et de Pantagruel ; Jean Chapelain , médecin de Henri 11; Pierre Milon, médecin de Henri IV; Jean Hcrvard , médecin de Louis XIII ; François Vautier, et Antoine d’Aquin , médecin de Louis XIV ; Charles de Barbeyrac, médecin du cardinal de Bouillon ; Raymond Vieussens , à qui nous devons un Traité de névrologie.

Plus près de nous, nous citerons Sauvages, de Lacaze et de Bordeu , cpii ont puissamment contribué à la gloire de l’école de Montpellier. Sauvages, qu'on peut citer comme un véritable encyclopédiste, fut le premier on Europe qui attaqua de front le

mécanicisme. Il mit tous ses efforts à ramener les esprits, égarés dans le champ des hypothèses , à l’observation pure des phénomènes et des faits qui , logiquement systématisés, fournissent à la médecine des corollaires aussi sûrs qu’utiles ; il prouva futilité des théories; il démontra que les causes sur lesquelles on appuie les théories doivent être rigoureusement expérimentales. Il fit comprendre tous les avantages de la médecine clinique et la nécessité de rattacher la science à une seule théorie. Il modifia l'animisme de Stahl ; il essaya de le combineraumécanicisme,eteri le présentant ainsi sous un jour nouveau, il ouvrit la voie au vitalisme de Bordeu et de Barthez. On doit à Sauvages un Traité de nosologie, qui est incontestablement le plus fameux qui ait paru dans ce genre. Lacaze est., à proprement parler, l’auteur de la physiologie. En effet, il l’a rendue véritablement expérimentale , en fixant le génie de l’observateur sur l’observation même de ce qui se passe en nous dans l’état de santé et dans 1 état de maladie. Malheureusement il se laissa entraîner au delà de ses principes , et gâta son ouvrage en mêlant aux faits de l’observation les hypothèses les plus arbitraires, puisées un peu partout, et particulièrement dans les idées mécaniques du temps. Lacaze a encore servi la science en faisant apprécier l importance de l’étude attentive des agents extérieurs sur l’économie vivante, agents que les anciens semblaient avoir écartés du champ de l’observation en leur donnant le nom de choses non naturelles.

Bordeu compléta l’œuvre de Sauvages et de Lacaze, et il fit faire un pas immense à la science. D’abord il continua la réforme importante entreprise par Sauvages et Lacaze; puis il renversa le mécanicisme qu’ils avaient ébranlé , et il appela l’attention des savants sur l’observation directe des phénomènes vitaux, physiologiques et pathologiques. Mais tandis que Sauvages n'envisageait les forces de la vie que dans les phénomènes qui les expriment, et dans la cause première et intelligente qui les régit, Bordeu les considéra en sus dans les organes d'où elles dérivent, dans les rapports quelles ont entre elles et dans les modifications qu elles présentent dans les divers systèmes de 1 économie. Continuateur de Van Helmont, il féconda les aperçus profonds de ce grand génie sur la vie propre îles divers organes et sur leur influence particulière dans l'état de santé et de maladie. Enfin , en dernière analyse , il subordonna tous les actes de 1 économie animale a la sensibilité modifiée , selon lui dans

chaque organe a qui elle donne pour ainsi dire une .vie spéciale. En d’autres termes, Bordeu signala la sensibilité et la motilité comme des propriétés radicales, comme des forces propres à la fibre animale, et partant comme des attributs caractéristiques de la matière vivante, qui nonobstant reçoit de lame ses plus hautes facultés. Les idées de Bordeu vivent encore dans ses écrits , et on les retrouve dans les livres de ses disciples, Robert Fouquet et Desèze. De plus, Bordeu a été le promoteur de la médecine organique , et Ion doit le regarder aussi comme le fondateur de la physiologie organique, non pas précisément telle qu’elle a été présentée sous le rapport des éléments anatomiques et des propriétés isolées inhérentes aux tissus organiques, mais sous le point de vue beaucoup plus vaste et plus philosophique de la considération des forces vives qui donnent la vie aux organes, qui les rendent sensibles et mobiles et aptes par conséquent à remplir la grande fonction de la vie. Bordeu a sous ce rapport ouvert la routeàBichat. En effet, en suivant ses traces et en matérialisant en quelque sorte les idées de Van Helmont, Bichat nous a donné une histoire complète des tissus primitifs. Il a prouvé que chaque tissu était partout identique, et qu il présentait partout les mêmes propriétés vitales et les mêmes sympathies. Il a montré comment tous les tissus élémentaires, en se combinant entre eux, forment nos différents organes. Enfin, il a prouvé que les tissus simples pouvaient être malades isolément, qu'ils excitaient alors des sympathies particulières, et que le devoir du médecin était de chercher à découvrir les organes souffrants et de rattacher tous les symptômes à la lésion de ces organes. Bichat, inspiré par Bordeu, a donc combiné la pathologie à la physiologie et ouvert à son tour la voie que Broussais a parcourue ensuite en répandant sur la médecine un si vif et si fugitif éclat.

En résumé, Bordeu a ramené les esprits à l’hippocratisme, qu'd a perfectionné , et il a resserré scientifiquement la chaîne qui liait l'école de Montpellier à l’école de Cos. Telles ont été, patordre de succession et jusqu’à Bordeu, les idées médicales de l’école de Montpellier. Ainsi donc, et pour nous résumer encore,

1 observation et l’empirisme d'abord , puis 1 emjmisme raisonne; et successivement le naturisme d Arnaud de Villeneuve, 1 animisme de Gordon, de du Laurens, de Rivière, de de la Chambre , l’animisme modifié et le nosologisme de Sauvages, et enfin la doctrine organo physiologique de Bordeu: teile fut aussi la série

RÉSUMÉ DK LHISTOIRK DE LA MÉDECINE, non intetTOinpue de professeurs célèbres, d’auteurs excellents et de praticiens habiles qui ont agrandi la médecine au point de vue de la science et de l’art. De leur concours il s’est formé une école justement célèbre par le grand nombre de savants qu’elle a produits et par l’énorme quantité de bons ouvrages qui sont sortis de son sein. Ce qui distingue surtout cette école, c’est la foi qu elle a en elle, c’est sa fidélité religieuse aux principes de ia médecine. En effet, alors que toutes les autres écoles médicales se laissaient envahir par le torrent impétueux des sciences physiques et chimiques, l’école de Montpellier a su défendre le fond de ses principes théoriques et pratiques, et elle est restée constamment attachée aux dogmes impérissables qui l’ont toujours dirigée dan- les voies de l’observation de la nature agissante et réagissante. Aussi on l’a toujours vue s’avancer prudemment dans le sillon tracé par le père de la médecine, et faire chaque jour quelques pas en avant dans cette voie de la vérité. Et, notez-le bien , cette marche méthodique et progressive a pour cause essentiellement efficace le commun accord de ses membres, qui, tous animés du même esprit et partant tous du même point pour arriver au même but, se sont toujours efforcés d’associer leurs idées, d’enchaîner leurs travaux, et de les coordonner d’après les principes et les instructions d Hippocrate. Enfin, à Montpellier, tout jusqu à la cérémonie du doctorat, tout jusqu’à l’acte de triomphe, comme on l’appelait autrefois, contribuait à resserrer les liens de confraternité scientifique qui doivent réunir les disciples d’une même école dans une seule et même communion de principes et de vues. On présentait au récipiendaire les ouvrages d Hippocrate, en l’exhortant à se bien pénétrer des maximes qu’il contient; on lui répétait que tous les principes qu’il avait puisés au sanctuaire, il les retrouverait dans ce livre sacré; puis, on lui remettait l'anneau de docteur, et on lui faisait prêter le serment d Hippocrate, cette solennelle expression de sentiments si élevés et si nobles qui résume en quelques mots tout ce que la charité, le sacrifice et la vertu peuvent enfanter.

L’ère nouvelle de l’école de Montpellier date incontestablement de l’apparition de Barthez dans son sein et de la publication de ses œuvres immortelles. En effet , Barthez , en appliquant avec prudence les méthodes philosophiques de Bacon à l’élude, à la vérification et à la constitution de la médecine, a donné à cette science une nouvelle impulsion et créé en quelque sorte sa philo-

Sophie. On peut ajouter que le mot principe vital à l’aide duquel il a formulé le grand fait de la vie est devenu entre ses mains comme 1 épée d Alexandre ; car, à la faveur de ce mot, il a pour ainsi dire tranché le nœud gordien de la médecine, comme jadis Hippocrate, avec le mot ?iatu?'e, qui est absolument identique, a fondé aussi la philosophie de la médecine pratique en créant les méthodes naturelles, analytiques et empiriques qui éclairent d’une triple lumière les épaisses ténèbres de la médecine pratique.

Après Barthez vint Grimaud. Ce fut un des plus ardents défenseurs de l’animisme. Fidèle aux principes de Stahl, il rattachait tous les phénomènes vitaux et moraux à un seul principe, à l ame. Il essaya d’augmenter la doctrine de Barthez; mais il ne fit réellement que la spiritualiser. Dumas parut ensuite. Il adopta, pour l’étude de l’homme, les méthodes et les préceptes de Bacon et de Barthez; mais, ail lieu de considérer, avec ce dernier, les propriétés vitales comme les facultés du principe vital (ou de la force vitale) d’où elles découlent, il les rattacha, ainsi que la vie, à l’organisation, c’est-à-dire au tissu, à la matière, à la substance propre des organes; puis, après avoir ainsi matérialisé la vie, il rattacha toutes les maladies à des lésions organiques agissant comme causes. Que dirons-nous de Bérard? — Frédéric Bérard, qu’on met, à juste titre, au nombre des maîtres de lécole de Montpellier, a été aussi un des plus savants médecins de l’Europe. Les services qu’il a rendus à la science sont immenses. Il a coordonné et mis en relief les travaux de ses prédécesseurs; il a exposé avec une merveilleuse lucidité le caractère et l’esprit des différentes doctrines médicales; il a fait ressortir les immenses avantages de la philosophie médicale, et il a montré la médecine dans tout son jour après l’avoir dégagée des fausses richesses qui altéraient et obscurcissaient sa pureté. Enfin, il a écrit, sur les rapports du physique et du moral, un livre qui suffirait seul à sa réputation.

Quoiqu’il soit très difficile et fort délicat de parler des contem porains, nous ne pouvons traiter de l’école de Montpellier sans faire mention d’un de ses membres les plus célèbres, de M. le professeur Lordat, qui est généralement regardé comme laine de cetle école et la personnification la plus brillante de son esprit, de sa pensée et de sa parole. M. Lordat s est constamment proposé de ramener les esprits aux sages et prudentes habitudes d un éclectisme philosophique, et en s’efforçant toujours de faire prédomi-

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ner le dogme de l’uniié vilale et morale, d a imprimé à la science de l’homme un caractère élevé qui la ramène, comme autrefois, aux proportions nobles et pures d’un véritable sacerdoce. M. le professeur Lordat regarde l’économie animale comme étant composée d’un mécanisme et d’un dynamisme; et il pose expressément en principe que la science de l’homme a pour objet l’élude de l’agrégat matériel et des causes actives qui animent cet agrégat: c’est-à-dire, l’étude de l 'élément matériel ou corporel et l’étude de l’élément métaphysique ou spirituel. Puis, d’accord en cela avec saint Augustin, qui reconnaissait dans l’homme trois parties distinctes, le corps, l’esprit et l’âme, il admet également en nous trois éléments, savoir : l 'agrégat matériel, la force vitale et la puissance psychique ou le sens intime. Selon 1 illustre professeur, la force vitale et la puissance psychique sont toutes deux' de l’ordre métaphysique, mais elles ne sont pas de même nature. La force vitale est- périssable et susceptible de caducité, la puissance psychique ne l’est pas; elle est, au contraire, essentiellement perfectible. Enfin, les causes de l’ordre métaphysique sont, selon M. Lordat : 1° la force vitale des végétaux, des bétes et de l’homme; 2° l’instinct, l’intelligence et la raison ou le sens intime !

Mais ce n’est point assez d’indiquer sommairement les principes du maître, on nous saura gré de donner ici une sorte de résumé de l’enseignement de M. le professeur Lordat, enseignement qui sert en quelque sorte de programme à l’école de Montpellier.

M. le professeur Lordat adopte en philosophie le baconisme newtonien, autrement dit la méthode inductive expérimentale. Il pose en principe qu’il faut reconnaître autant de causes différentes qu il y a de groupes d’effets différents, et que dans la recherche des causes il faut aller jusqu’à la puissance où il n’y a plus de parties, où il n’v a qu’unité; enfin, jusqu’à la source où Hippocrate arrivait par la pensée, L rà àucpeT. Il y a deux ordres de causes qui agissent dans le monde, savoir: 1° des causes physiques, nécessaires, infaillibles, aveugles, qui opèrent ratione enlis ; 2° des causes métaphysiques, autonomes, spontanées, contingentes, toujours poussées vers un but, et qui agissent ratione moris. La physiologie est la connaissance de toute la nature hu-

maine, considérée comme cause de tous les faits hygides et morbides de la vie. Elle méritera ce titre le nom d 'anilirojtolofjic. L’an-

thropologie a pour objet trois ordres de faits. Les faits de l’ordre physique, de 1 ordre vital , et de l’ordre intellectuel ou noologique. Hippocrate avait dit: Le corps animé diffère du corps inanimé par la présence d une cause qui opère le phénomène temporaire de la vie. Cette cause vivifiante, cest 1 Évoppwv. Elle joue un grand rôle dans l’économie, mais il ne faut pas la confondre avec une autre cause qui vit avec elle, mais qui n’est pas elle : avec l’intelligence , avecle yjufh, qui est Lune immortelle et responsable. Et cette connaissance expérimentale du dynamisme humain avait été la base de la médecine depuis Hippocrate jusqu’au milieu du xvir siècle, où elle fut ébranlée par les écrits de Descartes. M. Lordat, à l imitation de Barthez, fait prévaloir dans son enseignement Vidée d’Hippocrate, et il est secondé dans cètte grande entreprise par toute l école de Montpellier. Suivant M. Lordat, l’homme est composé d’un agrégat matériel et d’un dynamisme. Le dynamisme de l’homme est double; il se composé d’une force vitale et d’une force intellectuelle, qu’il appelle le sens Intime. La force vitale unit l’agrégat matériel au sens intime. La doctrine dé l’alliance de ces deux puissances est l’objet solennel de 1 enseignement didactique de Montpellier. La vie est le phénontèùe temporaire qui se passe depuis le premier moment de l’existence de Fagrégat matériel jusqu’à l’extinction du principe animateur renfermé dans cet agrégat. La force vitale, c’est l’esprit de vie d où découle tout le pouvoir zoologique ;-le principe d’intelligence, c est le sens intime, c’est le yvwpj. L homme est engendré, et non fabriqué, non manufacturé : « Genitum, non factum, consubstantiali «patri.» L’homme offre bien l’image d une instrumentation, mais quelque chose meut cette instrumentation , et ce quelque chose , c’est Y esprit de vie, c’est Va force vitale. Ainsi il ÿ a dans 1 homme un domaine et un propriétaire double :1e domaine, c est 1 agi égal matériel , c’est l’organisation ; le propriétaire double, c est la lorce vitale et l’âme pensante, qui exécutent de concert le grand phénomène de la vie. Mais une âme pensante ne petit résider dans un agrégat matériel que lorsque celui-ci est vivant et agissant. La force vitale y pourvoit. Son premier acte est d anitnei 1 agrégat matériel , son second soin est de se former des serviteurs fidèles, des organes,

des instruments. Quand tout estdisposésuivant lordredela nature,

l’âme entre en fonctions au sein du corpsqu elle anime, et 1 homme estlibre. La dualité du dynamisme est parfaitement démontrée par M. Lordat, et la doctrine de l’alliance des deux puissances delà

312 RÉSUMÉ IJE l/ HISTOIRE UF LA MÉDECINE,

vie devient, par son enseignement, une source profonde de vérités. La force vitale agit sans le savoir, et cependant elle va droit à un but déterminé, au but de sa nature; elle surmonte l’obstacle, elle répare ses pertes , elle entretient et soutient la maison de l’esprit. Le sens intime , au contraire , n’a dans la matière que des aptitudes, et il ne parvient à savoir certaines choses que par l’étude , l’expérience et une lente réflexion. La force vitale s’épuise et s’éteint avec les années; la force intellectuelle, au contraire, se perfectionne avec le temps. Mais elle ne vieillit pas, elle ne périt pas, elle disparaît , elle est immortelle. La science est la mère de l’art; les faits sont les aliments de lame : lame suffisamment nourrie engendre la science, et la science façonne les faits en art. Enfin, l’anthropologie est toute la science de la médecine. La thérapie en est l’art, et l'intimité hiérarchique de l’anthropologie et de la thérapie constitue le premier précepte didactique de l’école de Montpellier. Tel est l’esprit de la doctrine scientifique de Montpellier; quant à la pratique médicale des maîtres de Montpellier, le bel ouvrage de M. le professeur Golfin sur la pharmacodynamie peut être considéré comme la plus haute et la plus fidèle expression de leur manière artistique. Là, sur cette terre médicale qui a vu naître et fleurir les méthodes thérapeutiques de Barthez , tout se fait d’après les lois , les procédés et les règles de la nature en action , prise pour guide et pour modèle, et il en résulte que dans ces contrées la médecine, toujours bienfaisante , jouit encore de cette grande renommée qui lui valut le surnom d 'art salutaire que la sagesse et la reconnaissance des nations lui donnèrent autrefois.

En résumé, l’école de Montpellier ainsi constituée par de grands maîtres, auxquels se rattachent par leur enseignement et par leur pratique tous les professeurs et tous les médecins de la cité hippocratique; l’école de Montpellier, disons-nous, représente dans le passé comme dans le présent une université médicale qui a sa philosophie, son esprit, ses méthodes. Sa philosophie consiste à classer méthodiquement les faits que présente l’économie vivante dans l’état de santé et dans l’état de maladie, à les coordonner en raison de leurs ressemblances ou de leurs différences réelles ou sensibles, en étudiant attentivement ces faits en eux-mêmes, et non pas dans des analogies physiques ou chimiques, et à les rattacher enfin comme à leur dernière raison à un fait principe qui les domine et les explique tous, parce qu’il les produit. La

philosophie médicale de Montpellier prescrit en outre d’étudier expérimentalement les lois qui président aux actes de cette cause initiale, source véritable de tous les phénomènes vitaux, physiologiques et pathologiques. L’esprit de l’école de Montpellier est à la fois expérimental et philosophique, et son système dogmatique est constitue de momèie a admettre tous les phénomènes physiologiques et pathologiques, et toutes les indications thérapeutiques. Il tend surtout à réunir sous une seule et même forme théorique les résultats sagement combinés de l’observation et de l’expérience. Enfin , on peut dire de la doctrine médicale de Montpellier, qu’elle est, en dernière analyse, l’union méthodique et systématique de tous les faits médicaux, opérée d’après les principes et les règles de la philosophie baconienne.

Pour les médecins de l’école de Montpellier, la science de l’homme est l’ensemble des faits vitaux réduits en lois générales. La vie est la cause et non le fait, ou le résultat de l’organisation, et celte cause, quelle qu’elle soit, préexiste à l’organisation. L école ne se prononce pas sur la nature de la vie. C’est simplement pour elle une cause inconnue dans son essence, et produisant des effets très connus, réglés par des lois appréciables, par l’observation et le raisonnement. En un mot, la vie n’est qu’un fait généralisé et la somme de tous les faits absorbée dans une sorte d’unité.

L’école de Montpellier associe le solidisme à l’humorisme. Elle admet des affections anatomiques et des affections humorales, des affections générales et des affections locales, et elle tient compte à la fois des forces radicales et spéciales; enfin, elle est animée d un grand esprit de conciliation et d’éclectisme ; mais, tout en choisissant les faits, elle les coordonne constamment, et son œuvre principale est de les rattacher toujours aux principes de la doctrine mère, au vitalisme, qui, bien compris, constitue la science méthodique des forces vitales, de leurs rapports et de leurs lois. L école de Montpellier a continué les travaux idéologiques de l’école de Cos : elle a fixé et généralisé des idées jusque-là vagues et isolées ; elle a systématisé les vues des praticiens les plus célèbres; elle a réduit en lois des principes que tout, le inonde suivait avec ou sans connaissance de cause; elle a donné des formes absolues à des principes généralement admis; elle a popularisé une doctrine qui est l’expression scientifique et artistique la plus élevée des plus grands maîtres de la science et de l’art; enfin elle

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a constitué une ccole, et c’est de celle école et de celle d’Édimbourg que sont sortis les médecins les plus célèbres de tous les temps et de tous les pays. Ce qui assure encore à l’école de Montpellier la reconnaissance et l’admiration des générations présentes et futures, c’est l’heureuse et sage application qu’elle a su faire des méthodes baconienne et newtonienne à la science des êtres vivants; c’est sa constitution comme corps savant et comme école; c’cst le consentement unanime de ses maîtres toujours unis scientifiquement et toujours d’accord sur les dogmes fondamentaux de la science et de l’art. En d’autres termes, c’est par son puissant enseignement dogmatique ; c’est par 1 esprit général de ses méthodes philosophiques et l’unité de ses principes; c’est par la recherche, la vérification et la coordination de tous les principes de la médecine-science et de la médecine-art ; c’est par la recherche historique des vérités médicales et par la haute et savante critique des doctrines générales, que la Faculté de médecine de Montpellier s’est toujours montrée à la tête des autres facultés, et qu’elle a constamment influé sur la marche de la science médicale dont elle a scellé les vérités, augmenté les lumières et assuré les progrès.

Et qu’on le sache bien, l’opinion que nous énonçons est celle des esprits le plus haut placés dans la magistrature des sciences. Ce sont des hommes d’État, des ministres qui ont rendu solennellement à l’école de Montpellier cette justice que nous ne faisons (pie répandre aujourd’hui. Tous ont reconnu que la supériorité de son enseignement avait pour cause sa philosophie et les travaux auxquels elle s’est constamment livrée pour perfectionner la sciencedudynamislnehumain, et tous ont répété que les cours de Montpellier étaient les seuls qui offrissent dans les doctrines un ensemble parfait et une unité réelle et féconde.

Enfin, un grand maître de l’Université a dit, eu parlant de cette école : « Que la Faculté de Montpellier conserve donc son esprit particulier, son esprit à part, ce qui fait que l’Europe sait ce que c’est que l’école de Montpellier. Cette considération si forte, si légitime, nous l’acceptons pleinement. Enfin, qu’on sache bien qu’il y a quelque part dans le monde une école qui, à côté des éléments physiques de la science, s’occupe aussi des intérêts d’un autre ordre; (pii a su, avec une admirable supériorité, sans cesser de former des médecins, faire des philosophes, des hommes qui ont toujours rattaché à la nature insensible la nature sensible et

ipalpahle, et les choses humaines et terrestres aux choses supérieures et divines. » Et le ministre qui a dit cela, c’est un esprit éminemment supérieur, c’est M. le comte de Salvandy, toujours présent quand il s agit de nous , et dont chacun doit conserver un souvenir intime pour tout le bien qu’il a fait à notre profession, d’une manière si digne, si éclairée, si chevaleresque et si noble.

Continuons donc l’œuvre de Bordeu et de Barthez, et dans ce but attachons-nous à faire connaître, dans les termes les plus simples, toutes les lois de la vie et particulièrement les lois vitales médicatrices. Nos devanciers ne se sont guère occupés que des causes et des symptômes des affections; occupons-nous des phénomènes et des lois de la réaction. A nous donc la science de ces admirables réactions vitales par lesquelles les malades échappent à la violence du mal; à nous la science de l'action médicatrice de la nature. C’est sur ce vaste et salutaire terrain de l’homme réagissant et se guérissant par les lois de sa propre nature que nous appelons la génération laborieuse qui se presse dans les sentiers de la médecine. Qu elle soit attentive à notre voix sincère; et maintenant quelle sait comment on meurt et comment la nature nous lue, quelle apprenne à l’école traditionnelle comment la nature nous guérit et nous sauve. Ce nouveau champ est plein de richesses; descendons-y tous, eL bientôt nous acquerrons une bonne renommée par des grandes et utiles découvertes.

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