HISTOIRE DE LA FACULTÉ DE STRASBOURG
La Faculté de médecine de Strasbourg a la même origine que ses deux sœurs, les Facultés de Paris et de Montpelliei. Cinq années de révolution avaient détruit tout ce qui existait encoie de 1 ancienne université de Strasbourg, qui avait toujours été une université allemande et protestante. Elle datait du xvi siècle, c’est-à-dire du temps de la réformation. La Faculté de médecine, qui en faisait partie, avait toujours joui d une grande renommée,
( i) Cette notice n’est point de nous. Séparé depuis vingt-cinq ans de la Faculté le Strasbourg , dont nous avons suivi les cours alors que nous étions attaché t l’hôpital militaire de cette ville, nous nous sommes adresse à une notabilité cienlilique , à un professeur éminent pour obtenir de son obligeance quelque, lûtes sur l’origine, renseignement et I esprit de la Faculté. Oi, nous avons leçu d( lotre savant confrère un travail si méthodique et si complet, que nous avons
aensé devoir le faire insérer textuellement dans l’intérêt du lecteur.
l)r lin. A.
316 nÉSUMÉ DE LHI8T0IBK DE LA MÉDECINE.
elle étaiL au niveau des écoles philosophiques et juridiques qui étaient fréquentées par tout ce que l’Allemagne et même la Russie avaient de plus distingué en lait d'hommes politiques et scientifiques. Après l’annexion de l’Alsace à la France, Strasbourg, qui est encore resté pendant quelque temps ville libre, continuait à professer en allemand et en latin; et même après la reddition de cette capitale de l’Alsace, rien n’avait été changé dans l’enseignement, parce que Strasbourg, par capitulation, avait conservé ses principaux privilèges de ville libre. La révolution de 89 fit bientôt cesser une anomalie si étrange et incorpora définitivement l’Alsace à la France, en traitant celte province comme toutes les autres qui faisaient partie de la République.
Trois écoles de médecine seulement furent créées par l’arrêté du 23 frimaire an III. Paris, Montpellier et Strasbourg obtinrent le privilège de les posséder. Strasbourg, situé il la frontière qui était alors le théâtre sanglant de nos guerres avec l’étranger, était une ville désignée par sa position et par ‘son antique renommée universitaire , où une école destinée à former de bons médecins d’armée devait être érigée. Cette ville offrait d’ailleurs toutes les ressources nécessaires : de beaux hôpitaux civils et militaires, des amphithéâtres de cours, des cabinets d’anatomie et d'histoire naturelle, des bibliothèques considérables. On ne s’occupait guère alors de la santé du public en général, mais les défenseurs de la patrie avaient un trop grand besoin des secours de l'art sur le champ de bataille et dans les hôpitaux pour les oublier. D ailleurs plus de six cents chirurgiens attachés au service des armées avaient péri sans être remplacés. Cette détresse fut signalée à la tribune par Fourcrov, et le \h frimaire de l’an III parut la loi sur les écoles de santé de la République.
Le nombre des professeurs et adjoints de l’école de Strasbourg était fixé à douze, plus le directeur et le conservateur des collections. Les chaires étaient distribuées de la manière suivante : anatomie et physiologie (Laulh, Be'rot adjoint), botanique et matière médicale (Hermann, Gorey adjoint), hygiène et pathologie (Tourtelle, Lombard adjoint), clinique interne et thérapeutique (Coze, Rœderer adjoint), chirurgie et accouchements (Flamant, Barbier adjoint), chimie médicale (Nicolas, Hecht adjoint). L’école s’ouvrit le 21 pluviôse par un discours de M. Lorenty, directeur. Mais dès les premiers pas on fut arrêté par le mauvais vouloir des autorités locales, qui refusèrent de livrer les amphithéâtres,
•et ne voulaient pas permettre aux professeurs et aux élèves l’enitrée des hôpitaux civils et des bibliothèques. Profondément dégoûtés, plusieurs des membres de l’école se retirèrent volontairement. On délivrait, en attendant de meilleurs temps, des certificats d’aptitude après des examens incomplets. Ce ne fut qu’en l’an VIII qu’on commença à procéder à des examens réguliers. Cinq thèses furent présentées en cette année, et six en l’an IX. A partir de ce moment seulement l'école était définitivement instituée.
Le personnel de l’école de santé était composé de médecins et de chirurgiens militaires auxquels on avait reconnu du mérite. Deux seulement des anciens professeurs de la Faculté, celui d'anatomie (Lauth) et celui de matière médicale (Hermann), y furent incorporés. Le personnel fut en partie renouvelé pendant le consulat, et lors de la création de l’Université de France et de l'érection des écoles spéciales en facultés, en 1809, les adjoints devinrent professeurs, et les chaires furent dédoublées. C’est alors seulement que l’enseignement devint complet et que l’école prit une véritable importance. En 181è,laFaculté fit l’acquisition de Fodéré, qui fut nommé à la suite d’un brillant concours, mode de nomination établi par l’empire, et aboli de nouveau après la restauration. En 1815, le nombre des chaires était réduit à onze, par la mort de M. Yillars, professeur de botanique; en 1819, Cuvier fit établir une chaire d’anatomie pathologique pour Lobstein, anatomiste distingué, depuis longtemps attaché à l’école. En 1821, à la suite de la retraite de M. llochard, M. Coze fils fut chargé du cours de pharmacie et de chimie pharmaceutique. En 1828, l agrégation fut instituée à la Faculté, et les premiers titulaires furent nommés par le gouvernement.
En jetant un coup d’œil rétrospectif sur ce que 1 on peut appeler l’ancienne Faculté, c’est-à-dire l’école de médecine pendant les trente premières années de ce siècle , on voit que 1 enseignement s’est insensiblement perfectionné dans toutes ses parties. La physiologie, cette base de l’édifice médical, était professée par un homme d’un grand savoir et d’un excellent jugement, un condisciple de Richerand , un élève de Bichat , par Bérot. Sa physiologie était positive , mais il ne séparait nullement les propriétés vitales des organes, et reconnaissait un ressort supérieur qui met la matière en mouvement. L anatomie était décrite avec talent dans 1 ancienne Faculté ; son représentant dans la nouvelle , Lauth, possédait à fond la matière. La pathologie interne, un
instant professée par 'Pour telle, était devenue en 1801 le partage d’un médecin de l’armée d’Italie, ami et traducteur de Spallanzani , Tourdes, qui continua cet enseignement jusqu’au moment de sa retraite en 1844. La chirurgie était enseignée par Caillot, un élève de Desault et de Boyer. Coze était chargé de la clinique médicale. Lobstein, qui le remplaça en 1821 et continuait en même temps l’enseignement de l’anatomie pathologique, était sur le point de former école, lorsque la mort l’enleva en 1835. Il faisait jouer un grand rôle au système nerveux et au fluide nerveux , dont il a cherché à démontrer l’existence. Pour lui, il y avait des désordres fonctionnels et des maladies organiques; son Anatomie pathologique, publiée en 1829,1e prouve. L’art des accouchements était exposé par Flamant, qui a occupé sa chaire pendant quarante ans. Ses leçons ont eu assez de retentissement pour qu'il ne soit pas nécessaire d’en parler plus au long. iNestler avait remplacé Villars dans la chaire de botanique et a passé pour un botaniste distingué.
Vers 1830, les professeurs de F école spéciale de médecine et de la première Faculté, arrivés la plupart à un âge très avancé, payèrent successivement leur tribut à la nature, et aujourd hui le personnel est entièrement renouvelé. Plusieurs des nouveaux professeurs ont même déjà succombé, à un âge où l'on pourrait espérer qu’ils jetteraient de l’éclat sur le corps auquel ils appartenaient. Tels sont Goupil et Alexandre Lauth : le premier, professeur de médecine légale ; le second, professeur de physiologie. M. Bégin, pour lequel une chaire avait été créée en 1835, s’est retiré en 1840, pour occuper un des premiers postes de la chirurgie militaire.
Aujourd'hui la Faculté est composée de quatorze professeurs et six agrégés. Deux seulement des professeurs titulaires sont d’une nomination antérieure à 1830, MM. Coze et Ehrmann. L’anatomie est enseignée par M. Ehrmann, successeur de Lauth. Depuis la mort de Lobstein (1835), on a joint à cette chaire celle d’anatomie pathologique. M. Küss est chargé de la physiologie depuis la mort d’Alexandre Lauth. La pathologie et la thérapeutique générales sont exposées par M. Stœber ; cette chaire est de création récente. La pathologie interne et la clinique médicale sont enseignées alternativement par MM. Forget et Schiityenberger, successeurs de Lobstein etdeTourdes (le père) ; la pathologie et la clinique externes successivement par MM. Sédillot et Ri-
gaud. La médecine opératoire est démontrée par M. Marchai (chaire créée il y a quelques années ). L’obstétrique et la clinique d'accouchement sont dévolues à M. Stoltz , successeur de Flamant. M. Tourdes (Gabriel) est chargé de la médecine légale; M. Rameau, de l’hygiène. MM. Coze, Caillot et Fée, professent la pharmacie et la matière médicale, la chimie et la botanique.
Il existe, en outre, à la Faculté d’autres enseignements qui ne figurent pas sur les programmes de Paris et de Montpellier; ce sont: 1° celui des maladies des yeux; 2° celui des affections cutanées ; 3° celui des maladies des enfants. M. Stœber est chargé de la clinique des maladies des yeux. Ce professeur a l’ait une étude spéciale de ces maladies, ce dont fait foi son Manuel , publié en 183â. Celle des maladies cutanées et syphilitiques est faite alternativement par M. Stœber et parM. Marchai. Les maladies des enfants sont confiées à M. l ourdes. Enfin , le professeur de physiologie, M. Küss, a une clinique des vieillards.
Autrefois l’administration des hôpitaux n’avait abandonné à la Faculté que le premier étage d’un bâtiment mesquin , au fond d unecour, pour y établir les cliniques. On y était évidemment trop à l’étroit, et l’enseignement pratique en souffrait beaucoup. Ce n est que depuis vingt et quelques années que , grâce au doyen Caillot, mais surtout à son successeur, M. Coze, la Faculté s’est éiabfiedans le grand hôpital, et aujourd’hui elle a à sa disposition tous les services (moins deux salles de médecine desservies par des médecins pris en dehors de la Faculté) d’un hôpital général dont la population de malades est de plus de 800 âmes, et le mouvement considérable. Cet hôpital acquiert de plus en plus d importance par l’augmentation toujours croissante de la population de la ville et l’agrandissement des hospices.
Le musée d’anatomie pathologique a été le premier établi en France. Enrichie successivement j .• a r les soins des professeurs et des chefs des travaux anatomiques, notamment de Lobstein et d Alexandre Lauth, cette collection est aujourd hui une des plus belles de l Europe, et bien au-dessus de celle de Paris, qui est, a la vérité, de création plus récente. La bibliothèque de la faculté, riche surtout en littérature étrangère, est une des plus complètes de ce genre.
Les moyens d instruction médicale sont donc largement développés ii Strasbourg, et la ville offre a la jeunesse studieuse toutes les occasions possibles de faire de bonnes et de fortes études.
L’école supérieure de pharmacie tient aujourd’hui un rang distingué parmi les écoles de France; la chimie et la toxicologie y sont particulièrement bien cultivées. Il y a aussi peu de cabinets d’histoire naturelle qui puissent rivaliser avec celui de la ville. Enfin, Strasbourg est, après Paris, la seule ville de France où toutes les facultés se trouvent réunies.
Si l’on se demande quels sont les ouvrages capitaux que la Faculté de médecine a produits depuis son institution, on voit qu elle ne brille pas par le nombre des publications, mais peutêtre par la solidité des principes qui y sont exposés. Il n’est cependant aucune partie de la science sur laquelle les professeurs de la Faculté n’aient écrit. Un seul s’est distingué par le grand nombre de ses productions: c’est Fodéré, le créateur de la médecine légale en France. Ce vénérable professeur, vivant plus de la vie intellectuelle que de la vie pratique, a peut-être fait gémir la presse trop souvent, mais qui oserait nier la valeur de ses productions? L 'Anatomie pathologique de Lobstein, le premier essai moderne de ce genre, n’a pu être achevée avant la mort de son auteur; mais le premier volume, renfermant 1 anatomie pathologique générale, fait voir dans quel esprit sage et éclairé il aurait été terminé. Lobstein a publié plusieurs mémoires considérables de médecine pratique. Sa belle monographie sur le grand nerf sympathique mérite une mention particulière. Qui ne connaît les travaux des Lauth père et fils, en anatomie et en physiologie: de Tourdes père, Forget, Stœber, en médecine; de Bégin et Sédillot, en chirurgie; de Flamant et Stoltz, en accouchements et maladies de femmes; de Tourtelle, en hygiène; de Masuyer, en chimie; de Villars, Nestler et Fée, en botanique, etc.?
La Faculté de Strasbourg a-t-elle adopté une doctrine médicale particulière; se distingue-t-elle, sous ce rapport, des Facullés de médecine de Paris et de Montpellier?
Tout ce qui est sorti de l’école de Strasbourg n’est pas empreint du même esprit. La raison en est fort simple. La Faculté de Strasbourg s’est recrutée partout, à Paris, à Montpellier et à Strasbourg. Les élèves de Paris ont apporté les idées organiciennes : le matérialisme parisien ; ceux de Montpellier ont timidement exposé les doctrines extra-scientifiques et métaphysiques du Midi. L’école de Strasbourg, formée par les professeurs recrutés sur les lieux, n’a pas d’opinion exclusive. Un peu plus polyglotte que celles de Paris et de Montpellier, elle professe géné-
râlement une doctrine mixte, c’est-à-dire ce qu elle croit vrai. Comme l’abeille, elle butine partout, et forme, de ce quelle a recueilli, un seul tout, et n’adopte l’exagération d’aucune école. Elle n’est pas matérialiste, car elle ne croit pas que l’arrangement des oiganes sulfise pour expliquer leur action, et nue les maladies ne consistent que dans le dérangement des rouaoes de la machine humaine. Elle n’est pas spiritualiste, car elle considère l’intégrité de la machine comme une nécessité pour le jeu régulier de ses rouages. Elle reconnaît une matière animée, qui, pour manifester son existence, a besoin de deux éléments, l’un matériel, l’autre insaisissable, et elle pense que le dérangement de la matière peut provenir de deux sources : d’un dérangement du ressort qui l'anime, et du défaut d’harmonie des organes. On appellera peut-être cela de Y éclectisme; pour la plupart des membres de la Faculté de Strasbourg, c’est une vérité.
On peut dire que la Faculté de l’Est résume dans son enseignement les doctrines de Paris et de Montpellier, qu’elle ne les admet exclusivement ni les unes ni les autres. Nous devons à la vérité de dire qu’elle penche cependant plus vers l’organicisme parisien que vers le nébulisme de Montpellier. Elle aime voir clair, le plus possible. Le voisinage de l’Allemagne a moins d’influence qu’on ne pourrait être tenté de le croire sur l’enseignement de la Faculté; ce qui tient à ce qu’une partie des professeurs ne lisent pas dans la langue d’outre-Rhin , et que l’autre partage trop le positivisme français pour se laisser entraîner à ce que l’Allemagne a de trop hypothétique.
notice sur les cliniques.
La clinique (x)ivr/, lit) est la démonstration de la médecine au lit même du malade. On lait remonter le premier enseignement clinique à rétablissement des hôpitaux a Alexandrie et à Bagdad , mais la clinique est beaucoup plus ancienne; en effet, Hippocrate se faisait accompagner de quelques disciples, qu il laissait chez les malades pour exécuter ses ordres et lui rendre compte de ce qui pourrait se passer pendant sou absence. Or, 1 enseignement qu’il leur donnait sur lieu était un véritable enseignement clinique. C’était encore de la clinique que les anciens faisaient lorsqu’ils exposaient les malades sur la voie publique, comme cela se pratiquait chez les Égyptiens, chez les Babyloniens et chez les Grecs , au rapport d’Hérodote, de Slrabon et de I I utarque.
Enfin , les vers (le Martial à Symmaque prouvent assez, non seulement l’existence, mais encore l'état de la clinique dans ces temps reculés.
I.anguebnm, sed tu ébrnitatus protinus ad rno Venisti centurn, .Syrninache, discipuli-.
Oentum me tetigere manus acjiiilone gelatæ;
Non habui febrèm, Symniache, «une habeo.
Que cette dure leçon ne soit pas perdue, même aujourd’hui , et que nos rudes percuteurs veuillent bien se rappeler que les lois de l’humanité bien entendues exigent impérieusement qu on ait, même dans les plus petits détails, les plus grands ét les plus constantségardspour les malheureux qui viennent avec confiance chercher des secours dans nos hôpitaux.
Voici, par ordre de création , le tableau des principales cliniques: Première clinique, fondée en 1185, à l’école de Salerne, par Garioponthus; deuxième, en 1578 , à Padoue , par le professeur Albert Bottoni ; troisième, en 1578, à Utrecht, par Guillaume Straten; quatrième, en 1658 , à Levde, par François Sylvius de le Boë, auquel Boërhaave succéda en 1714; cinquième, en 17 l 5, à Rome, par.Lancisi ,à l’hôpital du Saint-Esprit ;sixième, en 1720, à Edimbourg, par Monro, Home, Whytt , Gulien , Bell etDuncan; septième, en 17 53 , à Vienne, Vau Swieten, nommé par Marie Thérèse, et qui eut pour successeurs de Haen , Storck, Stoll , Hildenbrand; huitième, 1770, à Pavie, par Borsieri, Tissot, J.-P. Frank, Hildenbrand, Scarpa; neuvième, en 17 87, à Halle, par Ch. Red; dixième, en 17 9 4, à Paris, par Desbois de Rochefort, Corvisart, Le Roux, Dubois, Petit-Radel ; dixième clinique chirurgicale, à Paris, par Desault, Boyer, Pelletan, Dupuytren (notons, cependant, qu’avant cette époque il y avait déjà en France une sorte d’enspignement clinique dans les hôpitaux militaires); onzième, en 1801, à Montpellier, par Haguenot, Baumes, Fouquet , Pétiot; douzième, en 1805, à Barcelone, par Salva; treizième, à Pétersbourg, par J.-P. Frank; quatorzième clinique, eu 1805, à Wilna, par J. Frank.
Aux doctrines médicales dont nous avons parlé il faut ajouter celles qui occupent en ce moment l’esprit méditatif et un peu extatique de I Allemagne. Les voici telles que nous les trouvons énumérées dans un fort beau travail que nous devons à la plume consciencieuse et savante de M. le docteur S. -J. Otterbourg : 1° École de l’histoire delà nature; 2° école anatomique et doctrine
NOTICES HISTOIllQUES. S2S
des crases; 3' doctrine des mues [ma user- théorie) ; h° doctrine de 1 irritation spinale; 5°ecole de Radetnacher ou domine de l experience médicale; 6" méthode de thérapeutique spécifique; 7° hydrothérapie. L’examen de ces écoles ou doctrines démontre d une manieie péremptoire que I Allemagne est constamment entraînée par deux tendances principales bien propres l une et l’autre à assurer la marche du progrès artistique. La première a pour objet une étude incessante du diagnostic des étals morbides. La seconde consiste dans des efforts nombreux, toujours dirigés vers la thérapeutique. Nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs de méditer l’ouvrage du docteur Otterbourg; ils y trouveront des idées neuves et fécondes, et ils se sentiront parfaitement disposés à reconnaître avec l’auteur que les écoles dont il nous entretient ont contribué an perfectionnement de l’art de guérir en Allemagne; qu’elles ont porté la science dans les rangs des simples praticiens, et fait jaillir la lumière 'à où planaient jadis 1 obscurité et I erreur. De ces principes à l’application particulière des doctrines allemandes il n’y a guère qu’un pas; mais il faut le faire très prudemment et sous la réserve expresse de l’esprit hippocratique.
NOTICE SUlt I. A ClIIRUltGlE.
La chirurgie a eu , comme la médecine, ses temps fabuleux: Cliiron, Ulysse, Achille, Patrocle, Machaon et Podalyre, qui étaient, dit-on , au siège de Troie, furent les chirurgiens de ces premiers temps. On divise l’histoire de la chirurgie en six grandes époques : la première époque s étend depuis Hippocrate jusqu’à Celse, au ietsiècle de 1ère chrétienne; la deuxième époque depuis Celse |usqu àGuyde Chauliac, au xivc siècle ; la troisième époque depuis Guy de Chauliac jusqu’à Ambroise Paré, au xvte siècle; la quatrième époque depuis Ambroise Paré jusqu’à l’établissement de l’Académie de chirurgie en 1731; la cinquième depuis l’établissement de l’Académie royale de chirurgie jusqu’à Desault (1770);etla sixième époque depuis Desau! t j usqu à Loyer, en 1800. Saint Louis, François 1er et Louis XV, ont été les patrons et les bienfaiteurs de la chirurgie. Saint Louis a fondé le premier collège de chirurgie, à la sollicitation de Jean Pitard (au xiit” siècle). Louis XV a fondé le deuxième collège de chirurgie et I Académie royale de chirurgie à lu demande de Ma résiliai et de la Peyronie. Les grands chirurgiens de diverses nations qui ont illustré leur
32/* I lit S U M É 1)E L HlüTOIItE DE LA MÉDECINE.
patrie sont, parmi les Grecs: Era<istrate , Gorgias, Sostrate; parmi les Romains: Celse, Asclépiatle, Arétée; parmi les Arabes: Albucasis et Sérapion. A partir du xin' siècle au xixe, l’histoire proclame Jean Pitard, Guy de Chauliac,' Jean de Vigo, Bérenger de Carpi, Fullope, Ambroise Paré, Pigray, Fabrice de Hilden , Scultet, Mauriceau, A. Louis, J.-L. Petit, Hanter, Garengeot , Bell, Desault, Pibrac, Fabre, Lecat, Sabatier, Percv, Sue , Béclard , Larrey, Boyer, Dupuytren , Ricberand.
SOUCHES PHILOSOPHIQUES DES PltlNCIPALES DOCTRINES MÉDICALES.
Un peut rapporter toutes les doctrines philosophiques à quatre systèmes principaux dont on retrouve les traces dans la plus haute antiquité. Ces quatre systèmes sont: 1° le matérialisme, fondé par Thalès ; 2° le spiritualisme, fondé par Pvihagoi e : 3° le scepticisme, fondé par Gorgias et Pyrrhon ; k° l’éclectisme, fondé par Potamon. Quatre écoles ont professé ces systèmes, savoir: 1° l’école ionienne, fondée par Thalès et Anaxagore, le matérialisme ; 2° l’école italienne, fondée par Py tbagore, le spiritualisme ; 3° l’école éléa tique, fondée par Xénophane , le scepticisme j h° lécole sophistique, fondée par Gorgias, léclectisme. Thalès s’efforça de substituer un système de physique aux anciennes cosmogonies poétiques. Le caractère distinctif de l école ionienne fut de chercher, dans un principe unique et matériel l’explication de l’univers. L’eau était, selon Thalès, le principe de toutes choses. Anaximène et Diogène d’Apollonie appartinrent à cette école. Pythagore, ainsi nommé parce qu il ne prononçait jamais que des oracles aussi vrais que ceux d’Apollon Pvthien, Pythagore représentait la divinité comme la source de toute chose, et l’âme humaine comme une émanation de l ame divine répandue dans l’univers. Il considérait la science des nombres comme la clef de toutes les explications. Il eut pour disciples Empédocle et Tirnée. Son école était située à Crotone, dans la grande Grèce, au midi de l’Italie. Xénophane s’attacha à rechercher la cause et l’essence des choses ; ses disciples se divisèrent en métaphysiciens et en physiciens. On compte parmi les premiers Parménide, Mélissus, Zenon, et parmi les seconds Leucippe et Démocrite. Gorgias se vantait de soutenir avec un égal avantage le faux et le vrai, le pour et le contre. Ses disciples se faisaient une industrie de ht parole, et lui-même passait pour le plus habile des dialecticiens. C est de l’école de Gorgias qu’est sorti le scepticisme qui
NOTICES IlISlOIllQUtS. 325
no croit ni aux sens, ni à la raison, cl qui soutient qu’il n’y a rien de réel, rien qui puisse être connu et véritablement défini.
Dans les premiers temps de la science, les questions philosophiques ne s’agitaient que dans l’école et ne se répandaient pas au delà du sanctuaire. 1 haies et Pylhagore ouvrirent la route de l’émancipation intellectuelle et de l’indépendance. Socrate parut: il prêcha la morale et la vertu, et il ramena les esprits dans les voies de la raison que le scepticisme leur avait fait perdre. Il eut pour disciples Platon et Aristote. Le premier professa le spiritualisme, et le second le matérialisme; mais ni l’un ni l’autre ne furent exclusifs dans leurs enseignements (1). Le temps de la scolastique arriva, tout alors lut imposé d’autorité par la théologie. Enfin, au xvne siècle, Descartes etBacon ramenèrent les esprits à I indépendance. Descartes préconisa la méthode psychologique ; Bacon recommanda , au contraire, la méthode inductive ou scientifique. L’unet l’autre favorisèrent la méthode expérimentale. En résumé, toutes les doctrines médicales peuvent être rapportées à trois souches principales qui leur ont pour ainsi dire servi de racines ; ce sont : 1° le matérialisme, le spiritualisme et le scepticisme, qui ont produit l’organicisme, le vitalisme et l éclectisme.
Les différentes formes du matérialisme ont été professées par Thalès , Leucippe , Démocrite , Aristote, Épicure et Lucrèce. De ce matérialisme philosophique sont sortis le solidisme et 1 humorisme. Le solidisme est représenté par l’atomisme d Asclépiade de Pruse, le méthodisme de Thémison de Laodicée , 1 iatro-mathémalicisme de Borelli , le solidisme de Baglivi et lanatoinisme de Th. Bonet. L’humorisme est représenté par le galénisme et I arabisme, par l’alchimisme de Pdiazès, d’Ali-Abbas et de Paracelse, par la chimiatrie de le Boë Sylvius. Le spiritualisme de Pythagore, de Zénon et de Platon a donné naissance au naturisme d Hippocrate, au pneumalisme d’Athénée, à l’archéisme deVan Helmont, a l’animisme de Stahl et de Claude Perrault, au vitalisme de Barthez. Enfin, le septicisme de Gorgias a produit toutes les doctrines vagues, incertaines, indécises, flottantes, qui, empiriques ou sceptiques, peuvent être rapportées toutes à un laux éclectisme .
(i) Platon fonda l’école platonicienne, ou Académie, ainsi nommée du jardin d’Académus, où il enseignait sa doctrine. Aristote fonda l'école péripatéticienne , ainsi appelée parce qu'il professait en marchant et que ses disciples philosophai en se promenant avec lui. Zénon professait sous un pm tique ,T0*)j 't venu le nom de stoïciens, donné a scs disciples.