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DE LA NATURE DE L’HOMME ET DE SES FACULTÉS

L’homme est une intelligence servie par des organes.

(de Bonald.)

La nature de l'être est ce qui le fait, ce qu’il est par son type originel, sa substance corporelle et virtuelle et ses facultés. Il Y a deux manières de se faire une idée de la nature de l’homme : la première, c’est de remonter aux sources et de consulter les textes, les opinions et les définitions : telle est la méthode scientifique; la seconde, c’est de descendre dans sa propre conscience, de s’étudier et de se juger soi-même aux rayons de cette lumière intime, qui, selon l’apôtre saint Jean, illumine tout homme: :< Lux vera » quæ illuminât omnem hominem venientem in hune mundum. » C’est la méthode psychologique.

En fait de sources, la première, la plus pure et la plus sûre, c’est la Bible; or, voici ce qu’enseigne la Genèse au chapitre II, verset 7 :

« Le Seigneur Dieu forma donc l’homme du limon de la terre, » (e limo lerrœ ), et il répandit sur son visage un souffle de vie (et » inspiravit in facicm ejus spiracu/wn vitæ), et I homme devint vivant » et animé (et factus est homo in animam viventem). »

Ainsi, aux termes de la Genèse, l'homme est une dualité com-

posée du limon de lu terre et du souille de vie, autrement dit de terre et d’esprit.

Après le livre de Moïse, le livre d’Hippocrate, nffàfwrc»; mdpvirov, est sans contredit celui qui jette le plus de lumière sur cette grande question. Suivant le père de la médecine, l’homme est un ensemble de parties contenantes, de parties contenues et d'extraordinaires. Les parties contenantes, contenta , partes moventes, constituent les solides; les parties contenues, continenlia , partes motæ , forment les liquides; les esprits ou extraordinaires, enormonla , spiriius influi, sont ce qu’on appelle les impondérables. Dans cet appareil vivant, dit Hippocrate, les solides font office de rouages, instrumenta; les liquides alimentent les rouages, et les extraordinaires, impetum facientes, donnent l’impulsion et la direction à l'ensemble et mettent le tout en mouvement. Mais ni les solides, ni les liquides, ni les esprits, ne composent exclusivement l’animal vivant : il est le produit de l’union, de la combinaison et du mouvement des solides, des liquides et des esprits, euntes in circulum. Enfin, selon Hippocrate, l’esprit gouverne sa propre maison, et il n’y a dans l’économie qu’un seul effort et qu’un seul consentement : consensus unus, conspiratio una. Ainsi, selon Hippocrate, la nature de l'homme se compose d’un agrégat matériel et d’un dynamisme, enormon , qui anime cet agrégat. Mais le dynamisme est double, et il y a une grande différence entre les esprits ou enormonla. L un est périssable et l’autre ne l’est pas. U désigne le premier sous le nom de yie «ç, nature: c’est l’esprit de vie, le principe actif de tous les phénomènes et de tous les mouvements. Il donne à l’autre le nom de yvwfxrj : c’est le principe de l’intelligence, c’est l’intelligence pure, c’est ce que nous appelons l'àme. Telle est en physiologie l’idée-principe du dynamisme de 1 homme. On peut la résumer en disant que le corps vivant diffère du corps inanimé par la présence d’un double principe qui opère en lui le phénomène de la vie et de la pensée.

Après Hippocrate et par ordre chronologique, viennent Platon et Aristote, cesdeux disciples fameux de Socrate. Platon , qu'on appelait le Cygne de l'Académie et que l'on a depuis surnommé le Divin, Platon enseignait que l’homme est composé de mature et dame, et que cette âme est elle-même composée de deux parties, l’une corporelle et périssable, l’autre incorporelle, spirituelle et immortelle. Il admettait également trois principes dans l’univers: Dieu, la matière, et l'idée, substance incorporelle.

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Aristote, disciple de Platon, continua l’œuvre de son maître, mais par une inspiration singulière et dans le dessein religieux de faire Dieu encore plus grand, il lui ôta la providence. Dieu c’est l’ordre par excellence, c est I éternelle bonté, c’est le bien suprême auquel l’univers est attaché, mais c’est l 'immobile pensée. Dieu se pense lui-même et ne fait l ien ; la nature au contraire ne pense pas et fait tout, ratione entis. Cependant Dieu seul possède l’éternité, l’immutabilité, l’immatérialité. Toutes les formes de la vie se ramènent à deux chefs principaux: au mouvement et à la pensée. Tout être se définit par sa forme, et c’est dans la forme et dans l acté que réside la nature des êtres. La nature est à la fois un principe de mouvement, de translation, d’accroissement ou d altération dans un sujet qui est ce qu’il est par lui-même et non accidentellement. La nature est la forme ou l’essence, l’acte, le but, la fin et le principe du mouvement; mais l’âme est aussi la forme et l’essence des êtres, leur fin et le principe de mouvement qui se produit en eux, La forme et la nature des êtres ne sont donc qu une seule et même chose, et par conséquent la nature d’un être animé est en définitive sa forme. Dans le système d Aristote, le mot forme est le synonyme de cause active ou motrice. Le corps est matériel , d lui faut un principe qui lui donne l'essence et l’unité; ce principe, c’est 1 âme. En s unissant au corps, l ame le complète, le rend un et vivant. Elle est 1 entéléchie, c està-dire la forme achevée de ce corps, qui , avant d être pénétré par elle, n’avait lu vie qu’en puissance. « Anima est forma corporis « viventis in potentia. » Bien qu’Aristote s étudie a confondre en un seul principe la nature et I âme, il est forcé lui-même de les distinguer dans ses explications. Ainsi on peut voir qu il reconnaissait en tout être une nature , ou un principe actif , organisateur et moteur, et un principe intelligent et appréciateur, qui est l ame proprement dite, ce qui prouve que notre vie morale a deux principes, la nature et la pensée, comme il le dit lui-même dans sa Métaphysique. L’âme comprend deux puissances: la puissance scientifique et la puissance logistique; la première s adresse à ce qui est nécessaire, et la seconde à ce qui est contingent. La puissance scientifique de l’âme comprend: 1" 1 intellect put ou 1 entendement ; 2° la science. L’intellect contemple I éternel directement, la science ne le saisit bien que par la démonstration.^ Lame ne se confond pas tout entière avec la nature. La iiatme il est pas plus séparable du corps que la forme n est séparable de la ma-

3f)& PIUNCII’I.S GÉNÉRAUX UE LA SCIENCE MÉDICALE.

tière. L’intellect an contraire n’a point d’organe et n’est attachéà aucun; il peut se séparer du reste de l’être, comme 1 éternel se sépare du périssable. L’intellect vient du dehors; quand il réside dans l'homme il y est comme une substance à part. L’homme est formé d’une matière, d’une force ou cause active et d’un intellect; lorsqu’il meurt, la matière se détruit, et la force active se dissout : mais 1 intellect survit à l’une et à l’autre ; il n’est sujet ni à la corruption ni à la mort; il est immortel , il est divin, puisque par essence Dieu est l’intelligence pure et l’intelligible lui-méme. ( Mêtapliys ., XII.)

Ainsi, selon Aristote, l’homme est composé : 1° d’une substance corporelle ; 2° d’une forme ou principe actif, entité substantielle et périssable; 3° d’un intellect impérissable. La nature de l’homme c’est l’homme même; l’intellect est plus qu’humain. Sans la nature l’intellect n’arriverait pas à l’acte , mais la nature ne meut pas l’in tel lect, ne le produit pas et n’est pas la source de ses pensées ; l’intellect c’est le principe divin lui-méme descendu dans l’humanité. Les Pères de l’Église, qui traitent de la nature de l’homme, ne se sont guère occupés que de son dynamisme. Selon les uns, ce dynamisme est double; selon les autres, il est simple ou unique. Selon saint Thomas d’Aquin , le sublime docteur, fange de l’école, il n’y a dans l’homme qu’une âme douée seulement de deux puissances distinctes: par une de ses facultés elle anime et vivifie le corps ; par l’autre elle comprend et raisonne. Cette âme intellectuelle de son essence suffit à tout, à la vie végétative , sensitive, instinctive et intellective.

« Cum anima non utmotor tantum, sed ut forma uniatur corpori, » impossibile est in uno homine esse duas animas , per essentiam » differentes; sed una tantum est anima intellectiva , quæ vege- » tativæ et sensitivæ et intellectivæ officiis fungitur. Dicunt aliqui » quod in nobis aliud est spiritus et aliud anima, ponentes sic » duas animas in homine : unam scilicet quæ animat , perficit et » vivificat corpus ; aliam vero habens intellectum quo intelligi- » mus. Sed hæc sunt reprobala in dogmatibus Ecclesiæ. Unde » sciendum quod hæ non differunt secundum essentiam , sed se- » cundum potentiam. »

Selon saint Paul, au contraire, le moral de l’homme est complexe, c’est une dualité. Saint Augustin reconnaît dans l’homme le corps, l’esprit et lame. Pour prouver l’immortalité de lame, et â son occasion , il pose en principe qu’il y a dans l'homme une

âiue inaisonnable et périssable, et une âme raisonnable et impérissable. De plus , il admet trois ordres de causes de vie. La première est commune à l’homme et aux animaux ; c’est par elle cpie tout animal croît, se conserve et entendre son descendant. La seconde est l’âme irrationnelle qui met les animaux et l’homme à même d’éprouver des sensations et d’exécuter certaines actions en rapport avec ces sensations. La troisième cause de vie est l’âme raisonnable; elle est propre à l’homme , elle le spécifie et elle se caractérise par ses œuvres, qui sont les arts, les lettres et ies sciences. Enfin , l’âme humaine est susceptible de quatre degrés de perfection, qui consistent dans la manière de sentir et de comprendre le beau, le bon, le divin, et d'apprécier un état particulier de béatitude qui appartient exclusivement et à titre de supériorité aux âmes qui possèdent l’éternelle paix. En résumé, les pères de l'Église grecque reconnaissaient la distinction établie par Platon entre l’esprit et lame : « Non est idem mens et anima :

» aliud est enim quo vivimus, aliud quo cogitamus. » Et, en effet, il est bien différent de vivre et de penser par l’esprit, ou de vivre et de penser par le cœur ( le cœur ici cest lâme , cesl la conscience); et c’est dans ce sens que le prophète Jérémie a dit, avecune raison profonde ; « Desolatione desolata est omnis teiia ,

» quia nemo est qui recogitet corde. »

Toutes ces opinions sur la nature de l’homme régnèrent sans conteste jusqu’au temps de Descartes, époque à laquelle ce célèbre émancipateur de la pensée arriva a cette conclusion, que le corps est uni à une intelligence divine , raisonnable et impérissable; mais que le corps en tant que substance agit en vertu de propriétés physiques et organiques, sans avoir besoin d une foi ce distincte ou étrangère , détruisant ainsi le principe même de la doctrine d’Hippocrate qui admet dans 1 homme une nature acti\e subordonnée à lame raisonnable ; nature inférieure par conséquent, et qu’il regardait comme un chaud fort actif muni d’éther (éther, iù, Oào), ainsi nommé, parce qu’il est dans son essence de se mouvoir toujours. L’avénement du cartésianisme fut pour les idées médicales et psychologiques une source de déviations et d’erreurs. Le principe hippocratique fut oublié, dénigre ou repoussé, et les écoles se séparèrent en sectes rivales Les unes , avec 1 ecole de Paris , promulguèrent avec éclat le nouveau système; les autres , avec l’école de Montpellier, luttèrent avec énergie contre cette étrange usurpation, et défendirent comme un

patrimoine la j>liilosopliie d’Hippocrate <?t la tradition légitime. Néanmoins l'étude de l’instrumentation fut dogmatiquement posée comme le point de départ de la science médicale, et tout dans l’économie animale fut rapporté comme cause ou cornnje effet à l’état absolu de l’organisation. Enfin, entre ces deux sectes rivales on vit surgir une secte moyenne qui, en admettant que pour le médecin tout est matériel et commence aux organes , reconnut cependant qu’au-dessus de l’organisation et du jeu des organes il existe une cause spirituelle, une âme dont 1 essence est inconnue et se dérobe à tout examen. Cet éclectisme complut aux méticuleux faciles; on l’adopta, et il régit encore la plupart des médecins de notre temps. Ainsi tous, à quelques exceptions près, reconnaissent pour base de la médecine le point de départ anatomique, mais parmi eux les uns regardent l’organisation comme la cause première absolue et directe de tous les effets , tandis que les autres ne la considèrent que comme une cause secondaire relative et indirecte. Pendant le paroxvsme du cartésianisme, Backius, Glisson, Bohnius, Haller et Blumenbach publièrent sur l'irritabilité, la sensibilité, la contractilité, la plasticité et la force vitale ( nisus formativus), une foule de travaux qui eurent pour résultat de prouver qu’il se passe au sein de léconomie des phénomènes vitaux réglés par des lois qui diffèrent essentiellement de celles qui président aux phénomènes physiques. Mais aucun de ces savants investigateurs n’eut la pensée philosophique de rapporter toutes ces forces à une pui-sance, à une cause unitaire dont elles ne sont que les causes secondes, les facultés et les effets.

C’est alors que Barthez fit paraître son bel ouvrage de la science de l'homme , où tout conspire à démontrer la dualité du dvnaraisme humain. Les vrais ressorts de notre organisation ne sont pas, dit-il, ces muscles, ces artères, ces veines que l’on décrit avec tant d’exactitude et de soins, mais il réside des forces intérieures dans les corps organisés qui ne suivent pas les lois de la mécanique grossière que I on a imaginée et à laquelle on voudrait tout réduire. Ces forces vitales se rattachent toutes comme dépendances à une cause unique que je nommerais le principe vital. principe qui a les rapports les plus intimes avec une cause supérieure et morale qui est l'âme proprement dite. «Du reste,ajoute-t il, ce nom de principe vital n'indique, à mon sens, que la cause, quelle qu’elle soir, de la vie, et l’on peut le remplacer, si l'on vent, par les

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autres mots : cause de vie, puissance vitale, être vivant, système vivant et même par un X algébrique. » Le livre de Barthez produisit une grande sensation à l’école de Montpellier, dans le midi delà France et dans un grand nombre d’universités étrangères. Mais sa doctrine ne prévalut pas à Paris. Elle trouva même sur le seuil de l’école une puissante individualité, Cabanis, qui, en opposition avec ses principes, proclama hautement que l’homme n’est que substance; que cette substance est à la fois matière et ouvrier; que le mécanisme anatomique est tout ensemble cause efficiente delà vie bestiale et de la vie humaine; et enfin, que le moral de 1 homme n’est qu’un point de vue de son physique. Cabanis fut suivi, dans cette voie, par Bichat et par Broussais. Et, de nos jours, beaucoup de médecins sont encore les sectateurs attardés et les petits descendants de cette forte pépinière de grands hommes ! Pourtant l’idée d’Hippocrate n’a point succombé sous les coups de tant d’athlètes vigoureux. Elle a souffert sans doute; elle a été plus ou moins étouffée ou menacée, mais elle a toujours trouvé des défenseurs fidèles, surtout dans l’école de Montpellier, où elle a été reprise dans ces derniers temps avec autant de vigueur que de précision et d’éloquence par M. le professeur Lardât.

Suivant notre célèbre maître et ami Bécamier, la nature de l’homme est complexe. C’est un tabernacle vivant qui sert temporairement d’asile à un esprit. Cet esprit, c’est le moral sentant, pensant et jugeant. Il se compose d’éléments d’essence éminemment opposée, savoir: d’un principe organique inhérent au corps, et d’un principe hyperorganique indépendant et libre, qui ne saurait, en aucune façon, être soumis à la nature. Ainsi il v a dans l’homme deux puissances : une puissance physiologique ou animale, et une puissance physiologique ou spirituelle; 1 une caractérise Ihomme physiologique, et 1 autre, I homme moral créé à l image de Dieu. Enfin, dans cet admirable office de 1 être,

I homme physiologique n’est qu’un animal humain, associé à une puissance spirituelle et presque divine qui s on sert, comme 1 œil se sert d’une lorgnette, et l’oreille d un cornet acoustique (Bécamier, Conférences intimes).

Selon M. Lordat, la constitution humaine se compose de trois éléments distincts, savoir : d un agrégat matériel, dune lorce vitale instinctive, et d’un esprit ou âme pensante, seule capable d intelligence. M. Lordat insiste, comme sur un point capital et .

propre à son école, sur ce fait que le dynamisme humain se compose de deux puissances essentiellement distinctes, qui ne sont pas deux facultés d’une même cause unitaire, mais qui sont, au contraire, deux puissances essentielles et séparées dans la nature du pouvoir humanitaire. M. Lordat invoque, à l’appui de cette séparation delà nature humaine en trois principes, la consécration du sens intime des Pères de l’Église et des livres saints. Il prouve aussi qu’elle est inscrite dans les chefs-d'œuvre de 1 art, et il nous la montre dans le tableau de Michel-Ange représentant la création, et dans un bas-relief du père P»affel, célèbre jésuite, qui a pour objet la fabrication des hommes par Prométhée. Procédant aussi par l’étude analytique des expressions employées par la Bible dans la peinture qn’clle nous fait de la création, il démontre encore que les mots gapliar , nephrec et nec^ameh dénotent positivement l’existence de trois principes en l’homme. Ainsi le mot gaphar{pulvis, humus) indique la substance brute et matérielle dont la créature a été faite. Le mot nephrec {anima per cjuam corpus vivit ), véritable synonyme de nature, ou force vitale, s’applique également à la brute et à l’homme, et représente l’esprit de vie. Enfin, le mot nechameh ( spiritus Dei vitam et sapientiam probans) n’est employé qu’en parlant de Dieu et de l’homme, et il désigne Pâme raisonnable et immortelle, véritable envoyée de Dieu auprès duquel elle doit retourner.

En analysant l’esprit de ces différentes définitions de la nature de l’homme, on peut les rapporter aux quatre expressions suivantes: 1° L’homme est une substance corporelle; cette substance esta la fois matière et ouvrier; elle forme les organes dont elle a besoin, et la vie est le produit brut de cette organisation (Cabanis et l’école matérialiste qui remonte à Épicure, et qui, en principe, adopte avec lui cette formule : Tangere enim et tangi , nisi corpus, nulla potest res). 2° L’homme est composé d'un agrégat matériel, plus d’une âme pensante, substance différente et distincte de la matière. Mais cette âme n intervient pas dans le jeu des fonctions matérielles ou organiques. Ces fonctions s’opèrent en vertu des lois physiques et sans la coopération d’un intermédiaire (Descartes, l’école de Paris et toutes les sectes organi* ciennes). 3° L’homme est le produit de la combinaison ou de l’alliance d’un agrégat matériel animé par une cause de 1 ordre métaphysique, par une âme unitaire, douée de deux puissances, savoir : d’une puissance animatrice et créatrice, qui vivifie et

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développe le corps, et d une puissance intelligente qui lui est associée et qui comprend, qui raisonne et qui veut. Cette âme suffit, à elle seule, à la vie végétative, sensitive, instinctive et intellective (saint Thomas d’Aquin , plusieurs sectes religieuses et l’Église romaine). k° L’homme est composé : 1» d’un agrégat matériel ; 2° d’une force vitale instinctive, aliénable et périssable, qui anime et qui vivifie temporairement cet agrégat; 3“ d’une force intellectuelle et immortelle, qui est lame raisonnable et responsable (Moïse, Hippocrate, Platon, Aristote, saint Paul, saint Augustin et l’école de Montpellier).

Maintenant ces grandes peintures de la nature de l’homme suffisent-elles à tout et satisfont-elles complètement les esprits très exigeants? Nous ne le pensons pas. Nous croyons , au contraire, qu’en descendant dans son for intérieur, qu’en procédant parla méthode psychologique , c’est-à-dire yzrYexamen de soi , par soi, on peut au moins ajouter à ces définitions quelques traits de nature à les élucider. Il résulte, selon nous, de cette recherche comparée et raisonnée :

1° Que tous les êtres organisés sont pénétrés d’uneforce vive qui les anime et qui préside aux mouvements de composition et de développement qu’ils exécutent. Cette force, c’est la fo j’ce vitale, c’est la nature d Hippocrate. Elle est commune aux végétaux , aux animaux et à l’homme.

2° Qu’il existe chez les animaux, surtout chez ceux d’un ordre élevé, un principe qui les éclaire et qui fait qu’ils connaissent les êtres et les objets qui les environnent, et au milieu desquels ils sont appelés à vivre et à servir. Ce principe, c’est le pneuma des anciens, c’est le d’Hippocrate, c’est l’âme périssable, c’est 1 esprit des animaux; il est commun à l’homme et aux bêtes, avec cette différence qu’il est beaucoup plus développé chez le premier que chez les seconds.

3° Qu’il existe chez l’homme , et chez l’homme seulement, un principe qui le fait être moral et qui le caractérise. Ce principe , c’est le moi humain, c’est la conscience, c’est lame raisonnable, responsable et immortelle; c’est le , c’est l’étincelle ou la lumière divine dont parle saint Jean , et qui illumine l’homme ; c’est la voix de Dieu qui parle en nous, selon saint Paul, ôXSyoçroü Qeoü. Enfin , c’est l’esprit de Dieu , yvûfw , qui fait connaître à notre esprit , Trvtÿfjia, ce que nous sommes, d’où nous venons, où nous allons; ce que nous devons el ce qu’on nous doit.

Maintenant deux problèmes se présentent : 1° ces diverses puissances sont-elles des entités distinctes et particulières, ou simplement des facidtés differentes d’un seul et même principe essentiellement perfectible? 2° Ce principe est-il matériel et périssable, immatériel ou immortel? Le « vtO/i* est-il une pure matière? le est-il iin pur esprit?

Il ne nous appartient pas de résoudre ces questions délicates: nous dirons seulement que cette distinction de la matière et de l’esprit nous paraît être le produit d’un débat bien subtil! En effet, que savons-nous de la matière et de l’esprit? Qu'est-ce que la matière , où commence-t-elle, où finit-elle? Qu’esl-ce que l’esprit pur, chez l'homme surtout? Ne serait-ce pas le produit ascétique d’une aspiration hyperbolique et d’un illuminisme outré ? Et d’ailleurs, comme l’a dit un des hommes les plus vertueux et les plus éclairés du xvme siècle , Charles Bonnet, de Genève, quand il serait vrai que la matière pense, ne faudrait-il pas encore s’humilier devant celui qui aurait voulu qu’il en fut ainsi ? Est-ce que les Pères de l’Église n’appellent pas l’âme humaine une substance? Est-ce que de grands philosophes n’ont pas cru l ame matérielle? Tenons-nous-en donc aux dogmes de la religion, sans • chercher à approfondir les derniers mystères de notre nature. Croyons fermement en Dieu, à 1 immortalité de lame, à la vie future, et ne cherchons point à déchirer un voile qui couvre des merveilles que notre frêle existence ne saurait peut-être entrevoir sans se briser. Soyons pieux , soyons justes , miséricordieux, confiants, et ne cherchons rien au delà du cri de nos cœurs et des termes de la révélation ; en un mot, en ces sortes de choses sovons de bons croyants plutôt que de faux savants.... Mais quelles que soient la nature et la source de notre entendement, chacun de nous sent et comprend qu’il est doué de facultés très précieuses, perfectibles encore par une éducation choisie et par un exercice bien dirigé; facultés de l’esprit, du cœur et de l’âtne, qui , réunies dans l’homme seulement , fortifient à son profit le sens moral quel qu il soit. Perfectionnons donc ces facultés, car elles fécondent les fruits de notre être, fruits selon lesquels nous sommes justes ou injustes, bons ou mauvais, dignes ou indignes d’une autre vie toute pleine d immortalité ; cultivons notre esprit qui connaît, notre cœur qui aime, notre âme qui se connaît, qui sait qu’elle se connaît et quiconnaîlDieu. Et en cultivant, en perfectionnant ces facultés qui sont en nous et qui tendent par leur nature supérieureau bien, au beau

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