‹ Traité de la science médicaleChapitre 70 sur 106 · DK LA NATURE DE L HOMME · texte numérisé non relu

DK LA NATURE DE L HOMME

et au juste suprêmes , nous arriverons par la vertu à cet état désirable qui doit, selon l’Écriture, attirer et fixer le regard de Dieu.

Ainsi le corps de 1 homme est le produit de ses propriétés vitales, physiques et chimiques; son esprit est le fruit de ses facultés intellectuelles , c est-à-dire de ce par quoi il connaît; son âme est le li'uit de ses facultés morales, c’est à-dire de ce par quoi il a conscience du bien et du mal , et connaît quil se connaît , comme l’a parfaitement établi le savant secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences , M. Flourens. Enfin , le corps animé est le sanctuaire de l’âme, l’esprit en est le ministre , et le corps, l’esprit et l’âme forment, par leur mystérieux ensemble , l’être humain raisonnable , libre et responsable.

Mais, sachons-le bien, l’homme intelligent, 1 homme spirituel, n’est pas encore l’homme proprement dit. L'homme véritable et complet, c’est l’homme moral. Or c’est la collection de nos idées intellectuelles qui nous fait homme d’esprit; c’est la collection de nos idées morales qui nous constitue homme moral ; et l’esprit et l’âme sont et la cause et le produit de leurs facultés, comme la raison est à la fois la puissance de raisonner et le produit de cette puissance. L’esprit de l’homme est la fleur qui doit amener le fruit, et le fruit, c’est la moralité effectuée. Mais beaucoup d hommes sont moissonnés dans leur fleur et n’arrivent pas jusqu’au fruit, et bien des fruits ne mûrissent pas et ne vont pas a la table du maître. C’est ce que l’esprit saint a indiqué quand il a dit en parlant du royaume des deux : Il y aura beaucoup d’appelés et peu d élus.

Ainsi ne confondons pas l’esprit avec l’âme, ni les facultés de l’esprit avec celles de l àme. D’aucuns ont de 1 esprit et n ont pas d âme, et la folie de l’esprit enchaîne chez eux la sagesse de I âme, en les perdant et en les dénaturant: Quos Deus vult perdere, demental! L’esprit s’exerce sur les choses du corps, et lame sur les choses du cœur et de Dieu. La sensibilité de 1 esprit est matérielle, celle de l’âme est spirituelle; 1 amour de 1 esprit est sensuel, l’amour de l’âme est platonique; la raison de I esprit est laborieuse et limitée, celle de l âme est spontanée et infinie; c est la conscience, c est un chef-d’œuvre de logique innée et d inspiration ! L’esprit est sujet aux affections, aux maladies, à la folie, à la mort; l’âme est invulnérable, inaliénable et impéi issable. L’âme est l’être humain, l’être par excellence, 1 être de Dieu et à l’image de Dieu : c’est le moi. Elle seule peut diie . Je suis, et ce

corps et cet esprit sont à moi et ne sont pas moi. Et en effet, l’esprit n’est en réalité que le ministre et le serviteur du moi. Enfin le corps et l’esprit s’éteignent avec la vie, du moins temporairement [credo carnis rcsurrectionem). L’âme, au contraire, survit à la dissolution des parties et, comine un bon germe, elle se développe dans un monde nouveau où elle revit sous le regard de Dieu. Enlevez cette espérance, éloignez ce bonheur si facile à acquérir en écoutant le cri de la conscience et en suivant les lois qui règlent l’exercice de la moralité, basée elle-même sur la charité, le sacrifice et la résignation, et vous détruirez d’un coup le devoir, le droit, la société humaine, c’est-à-dire la civilisation tout entière. Nous soumettons ces commentaires sur la nature complexe de l’homme, ses facultés et ses moyens au jugement des hommes éclairés, et nous déclarons d’avance que si les esprits qui ont le droit d’en décider trouvent nos conjectures hasardées ou imprudentes, nous sommes prêt à les abandonner et à les retirer. Bien plus, nous reconnaissons qu’en de si hautesmatières, une voix isolée n’a guère de consistance, et qu’il faut en appeler à la conscience des conciles dontla moralité et le savoir ont seuls le droit de prononcer. Or, comme sous ce rapport nous ne connaissons pas d’autorité plus auguste et plus élevée que celle de l’Église, c'est à elle que nous renvoyons comme à un juge souverain.

Avant de finir ce chapitre, nous dirons à ceux qui pourraient nous reprocher d’avoir introduit la philosophie religieuse dans un livre de médecine, que nous n’avons fait en cela que remplir un devoir, attendu qu’il est impossible d’aborder la question saisissante de la nature de l’homme sans loucher aux idées philosophiques, morales et religieuses, puisque l’homme lui-méine ne serait rien s’il n'était un être intelligent, et surtout un être moral et religieux.

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