‹ Traité de la science médicaleChapitre 71 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Spirilus intus olil, totani que infusa per aitus Meus agitai molcm...

(Virgii.e.)

Oc la vie.

Le mot vie, en latin vita , vient du grec(3:’o;, d’où dérive le verbe vivre. La vie a été considérée tour à tour comme une

cause, un effet, un état, une loi. Elle est regardée comme une

L)E LA VIE El' DLS LOIS VITALES. 37 3

cause par 1 école de Montpellier et les vitalistes en général; elle est pour eux la source-et la force de l’organisme. L'école de Paris, au contraire, et toutes les sectes d anatomistes, de matérialistes et d anatomo-pathologistes qui partagent ses errements , ne voient dans la vie qu un effet, le produit ou le résultat de l’organisation. Selon M. le docteur Blaud, de Beaucaire, la vie n’est ni une cause, ni un effet; elle est purement et simplement l’état de l’organisation. Enfin, pour M. le docteur Cayol , la vie est une loi; elle émane d’un législateur, et elle ne saurait être l’effet ou le résultat de l’organisation, attendu qu’elle existe dans le germe avant toute organisation. On pourrait répondre à notre savant maître, que s’il est de fait que la vie préexiste à l’organisation , il n’est pas moins avéré qu elle ne préexiste pas à la matière, puisqu’elle émane ou se dégage d’un point matériel, quelque délié, quelque subtil qu’on le suppose; mais nous passerons outre pour le moment. Quand on réfléchit au sens et à l’esprit de chacune de ces expressions , on est frappé d’une chose : c’est que toutes sont bonnes et vraies à certains égards, mais qu’aucune d’elles cependant n’est complète, et que pour se faire une idée juste de la vie, il faut les faire entrer toutes dans une seule et même définition.

Tous les corps sont pénétrés d’une force vive qui les anime , qui les met en mouvement, et en vertu de laquelle ils se développent, se perfectionnent et se détruisent. Cette force active, c est la vie, c’est la cause du mouvement, c’est le mouvement. Or cette force est une cause, car une cause est le plus haut degré de l’existence, puisque c est l’existence agissant et manifestant son pouvoir. Donc la vie, dans le sens le plus absolu et le plus abstrait, est une force, et cette force est une cause; ce qui fait que I on peut dire que la vie est partout où elle se manifeste la cause du mouvement qui la dénote et qui la constitue avec tous ses phénomènes. Les anciens la considéraient comme un souffle, et ils pensaient qu’on rendait ce souffle avec le dernier soupir. Enfin, le mouvement agissant comme cause produit certaines évolutions que I on est convenu d appeler les phénomènes de la vie. Or la vie, considérée sons ce rapport, peut être definie , un ej [et , un résultat, un état, une loi. Il est infiniment probable que la cause que l’on nomme la vie est matérielle, mais sa substance est si ténue et si subtile, qu elle est en quelque sorte incorpoi elle ; c est un fluide ou un esprit, comme le calorique, comme la lumiète , et leur source commune l’électricité : c est ainsi que 1 ont com-

37 h MttÿClPES GÉNÉIt AUX DK KA SCIENCE MÉDICALE,

pris les plus /'rancis physiciens, et c’est pourquoi ils ont donné le nom de fluide électrique et de fluide nerveux à la cause inconnue des phénomènes de la vie, voulant désigner par ces mots le dernier état des forces tangibles, sinon impondérables, du moins impondérées. La vie, considérée comme phénomène, est simple, composée ou compliquée en proportion de l’organisation même des corps qu’elle anime. C’est seulement quand on l’examine chez les êtres complètement organisés qu’on peut la définir au point de vue de son état : une collection de phénomènes qui se succèdent pendant un temps limité; car dans les êtres d’une extrême simplicité d’organisation, les phénomènes qu elle produit sont infinilEsgnt obscurs. Dans les êtres qui occupent le degré le plus élevé de l’échelle de l’organisation, l’esprit de vie agit sur la substance qui forme leur mécanisme; ce mécanisme entre en action, et tous les phénomènes qui en résultent constituent par leur succession l’état de vie proprement dit, qui devient ainsi un effet plus ou moins compliqué, suivant que les rouages de l’organisme le sont eux-mêmes davantage; alors on voit surgir une foule d actions et de réactions qui ont pour point de départ le plus simple mouvement, et pour terme tous les prodiges de la pensée.

Quant à l’essence du principe qui, agissant comme cause, produit tous ces effets, personne ne la connaît. La vie, comme puissance, rentre fatalement au nombre des causes premières dont l'observation attentive constate l’existence et détermine les phénomènes et les lois, mais dont la nature intime se dérobe constamment à nos recherches. La vie est sous ce rapport l'énigme sublime du Créateur. Ce qu’il y a de certain, c'est que nous sommes pénétrés de vie et plongés dans la vie, c’est que nous nageons en quelque sorte dans ce fluide animateur que les anciens appelaient déjà Y éther, le feu vital, la chaleur infuse. C’est que toutes nos parties sont animées, comme disait Hippocrate: Animantur anima Hum partes omnes. En effet, il n’v a pas de matière qui n’ait en elle son degré de force ou d’action qui est comme une particule du principe animateur. Mais cette action ne se soutient qu’autant quelle est apte à fixer l'esprit île vie extérieur, l’éther, qui, comme le fluide lumineux et le calorique, pénètre sa substance, pour en soutenir l’état pendant un temps plus ou moins long. Et la preuve qu'il en est ainsi, c'est que la vie s’éteint souvent au sein du mécanisme le plus complet, anatomiquement parlant, par Cela même que le mécanisme est devenu fortuitement inlra-

ilbile à fixer l’esprit de vie animateur. Ainsi donc la vie n appartient pas d'une manière absolue à l’individu cpii en jouit, il nen a que l'usufruit... C est une liqueur d’immortalité qu’on rend comme on l’a bue dans la coupe inépuisable du temps; elle a besoin d être souvent renouvelée et elle se perd en se communiquant. La vie, selon l'expression d’Hippocrate, est l’esprit qui anime la maison: ■n Jwyrj Sioixer vov TatÛTrjc oTxov. Mais cet esprit se dérobe aux investiga-

tions du scalpel et du microscope, par cette raison que tout ce qui entame ou désunit la vie la détruit. Llle ne se montie qua lu pensée, et encore à cette condition que la pensée, constamment attentive, sache elle-même l’attendre, l’étudier ou la suivre dans tonte la série des êtres animés depuis l’homme jusqu’au polype, depuis le grain de sable jusqu’aux masses stellaires. En résumé, notre agrégat matériel est pénétré de 1 esprit de vie, et cest par cel esprit qu’il se développe et qu il s accroît. Aussi laut-il le ménager comme une ambroisie précieuse, car chacun de nous n en possède qu’une certaine quantité, et plus il en dépense, moins il lui en reste. Quant à l’essence de cet esprit de vie, quant à sa nature, nous l’avons déjà dit, nous ignorons ce quelle est; mais est-ce que nous connaissons l’essence de quelque chose? Contentons-nous donc d’en apprécier les divers états, les mouvements et les lois. Nous savons que la vie est en tout et partout : attachons-nous à découvrir ses manifestations, ses lois de conservation, de réaction, de durée et de terminaison. Signalons médicalement les conditions hors desquelles elle ne saurait ni se produire ni se soutenir, et physiologiste seulement, disons physiologiquement que l’explication scientifique du jeu de 1 organisation devient assez facile à donner du moment que l’on admet l’existence et l’action d’un fluide nerveux électro-vital, et que l’on raisonne ensuite expérimentalement par voie de comparaison et d’analvse. En effet, en procédant par induction, par analogie et par déduction, on finit par reconnaître que le fluide nerveux est à la matière organisée ce que le fluide électrique est à la matière inorganisée, et que la force vitale n est en dernière analyse que de l’électricité animale, d’où il résulte que I nnervation est à la science de la vie organique ce que 1 attraction es a la science de la vie inorganique. D’autre part, il est bien ce. ta... que la vie seule donne la vie. Ainsi , par exemple, prenez un œuf d’oiseau ou de reptile , un œuf quelconque , soumettez-le a toutes les conditions d’incubation; puis, attendez. Qu arnvera-t-.l? U

arrivera très certainement que si cet œuf n’a pas été fécondé par le mâle, c’est-à-dire que s’il n’a pas reçu l’étincelle vitale, qui est comme le feu sacré de Promélhée, il se pourrira sous la poule chargée de le couver, et qu'au lieu d’un être organisé et vivant, vous ne trouverez, après quelques jours d’incubation, qu’un amas putride d’humeurs fétides en pleine décomposition. Et nous le répétons, tout cela se fera parce que la vie seule allume la vie chez les êtres disposés à la recevoir, et que c’est vraiment l’électricité vitale qui agit aussi comme cause efficace dans ce congrès de deux êtres vivants dont les rapports opèrent 1 incarnation d’un nouvel être. Ainsi donc la substance organique est apte par sa composition et par une certaine force qui lui est propre à devenir vivante dans toute l’acception du mot ; mais pour commencer cette action, pour s’accroître, se perfectionner et se développer, elle a besoin de l’impulsion fécondante, c’est-à-dire de l'électricité du mâle qui agit ici comme étincelle électrique. Or cette électricité n’est pas formée de rien, comme on a pu le dire et l’écrire, mais elle est toute pleine d’une substance très subtile et invisible, ex matériel invisa.

Et quelle est en dernier ressort cette matière invisible, cette électricité vivante? C’est du fluide nerveux. Mais que dis-je fluide nerveux? à ces mots toute une légion de contradicteurs va se dresser. Cependant nous avons trouvé ce mot dans les meilleurs auteurs, dans Newton, dans Gaubius, dans Reid , dans Humboldt. Selon Newton, l’éther qui remplit le monde est la cause des mouvements électriques, des fermentations spontanées, de l’accroissement des végétaux et de la vie des animaux, et chez ces derniers l’éther est très certainement un véritable fluide nerveux. Gaubius dit textuellement : Qui empêche donc de croire que le système nerveux, ou la faculté dont il est doué de régir les sens et les mouvements est animée par un certain fluide, par la dissémination duquel sur chaque partie, chacune remplit les fonctions auxquelles elle est destinée? Et pourquoi ne donneraiton pas alors à ce fluide le nom de fluide nerveux? Eh bien, toutes ces idées sont vraies, et c’est en les adoptant qu’on a admis une matière nerveuse, qu’on regarde comme le principe animateur, la source et la cause à la fois de la sensibilité et de tous les effets qui en dépendent; enfin, c'est en partant de cette théorie qu’on est naturellement entraîné à répéter chaque jour que chacun a son action nerveuse qui agit en quelque sorte à distance, et que

I organisme bien compris est en définitive un appareil électrique cliaigé d un fluide identique avec celui des corps organiques, et pouvant comme eux propager au loin ses effets très compliqués et infiniment variés. ( Voyez pour plus de détails mon Traité de philosophie médicale. ) Du reste, cette théorie est parfaitement développée dans un article remarquable publié par M. Blaud dans la Revue médicale. Voici quelques extraits de cette dissertation sur la puissance vitale.

Hâtons-nous de conclure, dit notre savant confrère: 1° qu’il existe dans les organes deux êtres différents, bien que intimement liés 1 un à 1 autre , savoir : A, la matière , la substance organique qui est impressionnable et qui se meut pour ses actes vitaux, lorsque la puissance vitale y arrive, comme un mobile est déplacé lorsque le mouvement lui est communiqué; comme un corps se colore lorsque la lumière le frappe, ou s’échauffe lorsqu il est pénétré par le principe de la chaleur; B, la puissance vitale, cause essentielle, inconnue dans sa nature intime, de toute impressionnabilité, de tout mouvement vital et en qui seule réside la faculté de les produire; 2° que ce que l’on appelle propriétés vitales, n’appartient point proprement aux organes ; qu’ils n en sont point doués essentiellement, pas plus que la lumière n’appartient aux corps colorés, le mouvement aux mobiles, le calorique aux corps imprégnés de chaleur; mais que ces propriétés dérivent exclusivement de la puissance vitale qui les met seule en exercice, comme il ne peut y avoir de coloration sans fluide lumineux, de mouvement sans moteur et de chaleur sans calorique ; 3° que les organes qui manifestent ces propriétés ne sont que les instruments de la puissance vitale , comme les corps colorés, échauffés, mus, sont les instruments de la lumière, du calorique et du principe du mouvement; k° que les variétés de ces propriétés ne peuvent dépendre que de la structure différente des organes, comme les colorations et les températures diverses ne proviennent que de la nature différente des molécules matérielles, qui réfléchissent plus ou moins la lumière , et se laissent plus ou moins pénétrer par la chaleur ; 5° qu’en dernière analyse, elles ne sont que la puissance vitale manifestée et diversement modifiée par les structures organiques; 6° enfin, que cette puissance a exclusivement sa source dans l’appareil encéphalique.

Ainsi donc on peut dire que la vie, comme expression, est tout entière dans le mouvement; qu elle se compose d’abord d’un petit

37 R l'HlNCII’ES OBNÉKAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE, nombre de* phénomènes qui vont sans cesse en augmentant à mesure que les organes ou les instruments se multiplient et que les appareils vilaux deviennent eux-mémes pins compliqués ; enfin que le champ de l’existence s’agrandit et s’élève à mesure que nous remontons l’échelle des êtres, depuis le dernier ciron jusqu'à l’homme. Ce qui ne veut pas dire cependant que la vie, comme puissance, soit moins remarquable chez les petits êtres que chez les plus grands; reconnaissons plutôt que dans cette sublime ordonnance de la nature, chaque cire est également admirable et également bien organisé pour atteindre le but auquel il est destiné par le Créateur.

En résumé, toute l’histoire de la vie physique est dans la connaissance expérimentale des phénomènes produits par la Force vitale, qui est la source de tous les mouvements fonctionnels qui s’exécutent en vertu des lois vitales, qui sont elles-mêmes physiologiques ou pathologiques, selon que la vie s’exerce bien ou mal, selon que l’être organisé est bien portant ou malade. Enfin, nous terminerons cette dissertation par une définition de la vie que nous devons à M. le professeur Lordat. Elle paraîtra d’abord peutêtre un peu longue et un peu obscure à ceux qui ne connaissent pas l’esprit de l’école de Montpellier; mais à mesure qu’ils se familiariseront avec les principes de l’hippocratisme, ils reconnaîtront que cette définition est la meilleure de toutes, parce qu elle est complète.

« La vie humaine, dit M. le professeur Lordat, est l’exécution des lois, d’une alliance établie entre une âme pensante et une force vitale, puissances de natures diverses, cou nées, procédant des puissances de leurs parents, hypostatiquement unies, collaboratrices, auteurs de l’agrégat matériel qui constitue l'instrumentation des actions communes, qu elles doivent exécuter séparément ou de concert. » Pour nous, la vie est le principe actif et le mouvement qui préside comme cause au développement, à l’accroissement et au perfectionnement des êtres. La vie présente des phénomènes qui se développent en raison de la richesse organique des êtres qu’elle anime. Elle existe chez les minéraux à l’état latent, et ils sont par elle susceptibles d’affinité et de répulsion. Elle se manifeste chez les plantes par tin commencement, d’instinct; elle s’exprime chez les animaux par tout un instinct et par un peu d inteüiijence ou desprit ; enfin, elle abonde chez l’homme par toutes tes choses et surtout par l’âme souveraine. Ainsi donc la vie, c'est

progressivement de l’affinité , de l'électricité, de la force vitale, de l’esprit, de l’intelligence et de l’âme.

Mais, prenez-y garde, nous ne voulons pas dire que l’âme soit matérielle, nous soutenons au contraire qu’elle ne l’est pas flans le sens surtout adopté par les matérialistes. Nous prétendons seulement que la vie, jusqu’à l’esprit, jusqu’à l’intelligence inclusivement, est un fait matériel et nerveux. ‘Puis arrivé là, nous déclarons nous trouver en face d’un mystère qu’il n’est point donné à nos facultés d’expliquer, et dont la solution appartient sans réserve à l’autorité religieuse, à lËglise. Toutefois cette lumière de l’Église nous la portons aussi dans notre âme, et ce que nous cessons de pouvoir saisir par les facultés seules de notre intelligence ou de notre esprit, nous pouvons le demander à la raison de notre conscience qui juge la moralité et la portée des actes de notre intelligence. Or , que nous dit notre conscience de toutes ces choses que nous somme aptes à concevoir, à entreprendre, à exécuter par les forces de notre esprit? Elle nous dit quelles sont bonnes ou mauvaises, selon nos devoirs ou selon nos droits, et nous devons l’en croire, parce qu’elle est aussi digne de foi que les sens par lesquels nous voyons, nous goûtons et nous entendons. Elle nous dit, au sujet de sa propre substance, que ne pouvant pas être rien, elle est nécessairement quelque chose, et que venant de Dieu, elle doit être divine et par conséquent immortelle. Ainsi donc l’âme est le chef-d’œuvre et le but de la création, c’est elle qui nous fait être moral , c’est elle qui est nous , qui préside à tout cé qui est fait par nous et qui nous conduit à Dieu.

Des lois vitales.

Pour bien saisir la théorie des lois vitales, il est important de se rappeler d’abord que pour arriver, en toute chose, à la détermination exacte de la vérité, il faut s attacher préalablement à distinguer trois éléments fondamentaux, savoir : la cause, 1 effet et la manière; c est-à-dire le principe, la loi et le mode d exercice

de la loi. 1° Le principe ou la cause, c est-à-dire le commencement de la question ; 2° la loi ou la puissance exerçant ses eflets, autrement dit le milieu de la question; 3° le mode d exercice de la loi, ou le moyen et la règle, c’est-à-dire la fin de la question. Cela posé, nous ajouterons que dans cette question difficile des lo's vitales, c’est encore par l’observation et la recherche des lois qui gouvernent l’univers qu il faut préluder a 1 observation et a la

380 PUINCIl’ES GÉNÉKAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE.

recherche des lois qui gouvernent l’homme, qui n’est lui-même, comme on l’a dil avec une raison profonde, que l’univers en miniature ou le petit monde. Effectivement, c'est dans le livre de la nature qu’on trouve seulement les grands modèles, et cela parce qu’il n’y a qu’une seule science, celle des effets d’un même principe et de la loi unique qui les conduit; parce que cette admirable harmonie de la nature, dirigée par des lois éternelles, n’est, en définitive, que la volonté du législateur suprême s’exerçant ellemême; parce qu’il n’y a de certain dans l’univers que l’ordre institué par Dieu. Puisqu’il en est ainsi, portons nos regards sur l’univers, et nous reconnaîtrons qu il est pénétré de force et de vie, et qu’il est rempli de phénomènes éternellement soumis à des mouvements infiniment variés et réglés par des lois; nous reconnaîtrons qu’il a un travail pour objet, et que ce travail a un résultat, un but, et qu’d s’exerce pour une fin. Puis, nous reconnaîtrons encore que la force dont l’univers est pénétré est la cause de tous les phénomènes qui le remplissent; que cette cause est en quelque sorte le ministre et l’instrument de la volonté première, et, par conséquent, que tous les phénomènes que nous admirons, bien souvent sans les comprendre, ne sont que les

effets de cette force active exerçant son action en vertu de lois

préétablies. Qu’est-ce donc qu’une loi?

Une loi, dans le sens le plus général, est un ordre de choses établi par un législateur. La loi est inflexible de sa nature; elle est inflexible dans ses mouvements, dans ce qu elle ordonne, dans ce qu elle défend. Aussi l’infraction aux lois physiques entraîne toujours une catastrophe, comme l’infraction aux lois morales, politiques ou religieuses, amène avec elle des regrets, des châtiments ou des peines. Sous un autre point de vue, la loi peut être considérée

encore comme une cause en action exerçant ses effets dans un

but et pour une fin préétablis; on peut alors la définir, la règle naturelle et nécessaire des mouvements et de leurs rapports. Les lois sont naturelles ou humaines, selon qu’elles ont la nature ou l’homme pour auteur. On les divise, selon leur objet et leur fin, en lois physiques, vitales et sociales; elles comprennent dans de vastes cadres les lois mécaniques, hydrauliques et chimiques, les lois physiologiques et pathologiques, les lois politiques et religieuses, et enfin les lois divines que Dieu a gravées dans nos cœurs. C’est par une loi naturelle que le soleil éclaire successivement les différentes contrées du globe; c’est par une loi phy-

sique que la pesanteur s’exerce; c’est par une loi chimique que les métaux se combinent et que les terres se marient; enfin, c’est par les lois Dtales qui président aux mouvements de la vie que nous vivons, que nous souffrons et que nous nous guérissons.

Les lois naturelles ont pour caractère spécial : 1° dette inhérentes à l’existence des choses, c’est-à-dire de dépendre fatalement d’une volonté dont nous ne pouvons saisir que les effets par l’observation, la réflexion et la méditation ; 2° d’être communes .à tous les temps et à tous les lieux; 3° d’être uniformes et invariables; h° d’être évidentes pour tout le monde et pour tous les veux. Si maintenant de 1 univers ou du grand monde, comme l’appelait Hippocrate, nous descendons au petit monde ou à l’homme; si, guidés par l’analogie, nous essayons de faire l’application de ces vues générales, des grands faits de la nature aux faits particuliers et absolus de l’histoire de l’homme dont nous voulons surtout connaître les détails, nous serons irrésistiblement amenés à reconnaître qu’il y a identité parfaite entre les phénomènes physiques et vitaux de l’univers et les phénomènes physiques et vitaux de l’économie animale, et que la seule différence appréciable consiste en ce que tout se fait en grand d’un côté et en petit de l’autre.

Dans le corps humain, comme dans l’univers, tout est régi par •des lois, et rien n’échappe à cette servitude qu’on appelle la déjpendance. Tout, en effet, dans l’économie animale, est conduit par un système qui entretient l’ordre des mouvements, qui imjprime à chaque agent son activité relative, et constitue ainsi une harmonie qui est la fin et le but de l’organisation, et par consé- «quent, de la vie qui s’opère par des mouvements et des renouvel- Uements qui assurent et perpétuent l’équilibre des forces. Mais •quel est le moteur, quels sont le soutien et l’agent de cette admirable ordonnance? On les trouve dans la triple raison d’une cause, «d’une loi et du mode d’exercice de cette loi : or la cause dans d’économie, c’est la force vitale; la loi, c’est l’équilibre des effets «que cette force produit; le mode d’exercice de la loi, c’est le badançement des divers mouvements par voie de compensations

• exactes. Ainsi l’homme est pénétré d’une force vive ou d une ipuissance vitale qui contient en virtualités toute la raison et 1 ordonnance de ses actes. Cette puissance règle les rapports des

• excitants et de l excitabilité, et de l’équilibre des mouvements

• résultent les phénomènes qui caractérisent la vie. ht qu on le

3 8‘2 PnlNClPES OÉNÉIIAUX de la .science médicale. sache bien, celte force n'est pas une insensée, comme on l a dit. Non, il n eutre pas dans la nature d’errer sans mesure et d'agir irrégulièrement et comme par hasard. Mais, au contraire, elle est providentielle de sa nature, et elle suit, dans les manifestations de son action nécessaire, certaines lois fondamentales qui règlent ses mouvements et dirigent le cours et la marche de ses évolutions successives. Ces lois constituent les lois vitales.

Qu’est-ce qu'une loi vitale? On nomme loivilale , l’ordre naturel qui préside comme une volonté à l’origine, au développement, à la succession et à la terminaison des mouvements organiques qui forment par leur ensemble les fonctions physiologiques et pathologiques ; fonctions essentiellement vitales qui ne sont en réalité que l’expression de celle cause active et intelligente que l'on nomme d’un commun accord la nature ou la force vitale. Ainsi donc, médicalement parlant, une loi vitale, c'est l'état de la puissance vitale en exercice, remplissant son but et consommant sou action. On doit rapporter toutes les lois vitales à deux groupes ou chefs principaux qui constituent dune part les lois phvsiologiques, et de l’autre les lois pathologiques ou médicatrices ; les unes et les autres dérivant immédiatement de deux facultés essentiellement dévolues à l’organisme, savoir : de la faculté de sentir et de la faculté de réagir, c’est-à-dire de la sensibilité et de l’irritabilité, qui prennent leur source toutes les deux dans la force vitale, ce primum moyens. En effet, de quelque façon que vous tourmentiez la question de la nature de l’homme, vous serez toujours amené à reconnaître que 1 homme est destiné à jouir de la double faculté de sentir, à i’occasion des agents qui le touchent, et de réagir à la suite des sensations que ces agents lui ont fait éprouver, et cela en vertu d'un ordre préétabli qui met constamment sa nature en rapport d’affection et de réaction avec certains modificateurs créés pour elle, comme elle est elle-même créée pour eux. Vous reconnaîtrez encore que dans tout état morbide 1 économie est à la fois le terme d’une modification passive et d une modification active, ce qui fait qu’en philosophie médicale nous sommes obligés de reconnaître dans les mouvements vitaux deux ordres de phénomènes différents provenant chacun de sources ou de facultés différentes, et constituant les unes les effets de la cause morbifique cl les autres les effets de la nature médicatrice; chose du reste très facile à comprendre, si l’on veut bien se rappeler que chaque cause contient en puissance son effet qu’elle opère

DK LA VIE ET DES LOIS VITALES, en vertu d une loi à laquelle elle obéit fatalement, et dont elle ne s’écarte qu autant qu on vient troubler ou déranger les conditions ou les circonstances dans lesquelles son ;*ction peut seulement et convenablement s’exercer.

Ainsi donc les phénomènes produits soit par la cause morbifique, soit par la nature médicatrice qui se dresse toujours contre les causes morbifiques , tous ces phénomènes, disons-nous, ne sont pas, comme on pourrait le croire, des effets fortuits, sans frein et sans lien , des phénomènes sans motif, sans loi et sans but ; mais ce sont, au contraire, des effets indispensables dont le développement, la succession et la terminaison sont fixés et en quelque sorte coordonnés par des lois préétablies que nous désignons sous les noms génériques de lois vitales.

Les lois vitales se distinguent des lois physiques par des caractères généraux. Elles se distinguent entre elles par la nature des différentes actions vitales auxquelles elles président. Et d’abord on donne le nom de lois vitales aux lois qui règlent l’action des forces vitales, comme on donne le nom de lois physic/ues aux lois qui dirigent les forces physiques. Les lois vitales sont celles qui , sous le nom de plasticité , sensibilité , motilité , innervation , gouvernent le monde organique ou organisé. Les lois physiques, au contraire, sont celles qui, sous le nom à' affinité, polarité , gravitation et attraction , conduisent le monde inorganique ou inorganisé. Ces différentes lois sont essentiellement distinctes, car elles s’exercent par des forces non seulement différentes , mais opposées, et qui se trouvent, à l’égard les unes des autres, dans un état d’antagonisme et de luttes perpétuelles. Pour se faire une idée juste de ces différentes lois, il faut préalablement connaître les forces qu’elles dirigent. Les forces vitales imprègnent les êtres organisés de propriétés et de facultés inconnues aux êtres inorganisés. Elles chassent les matières étrangères ou nuisibles à l’économie du corps ; elles réparent les pertes de lorganisme7 elles s opposent à sa décomposition , à sa putréfaction, à sa mort; elles se réparent elles-mêmes, elles se refont, et elles se portent avec une sorte d’intelligence sur les parties de l’économie qui ont le plus souffert ou qui réclament l’action de leur concours. Enfin, elles s’épuisent avec le temps et elles s’éteignent tout a fait en abandonnant à l’action des forces et des lois physiques les êtres oiganisés qu’elles ont momentanément animés.

Les forces physiques ne font rien de semblable : les coips

38ft PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE,

qu’elles pénètrentsont indifférents au mouvement et au reposais restent constamment les mêmes, du moins pendant des siècles entiers, et c’est ce qui leuwdonne cette inertie radicale qui les fuit résister à tout. Néanmoins les forces physiques exercent une certaine action sur les êtres doués de la vie; elles tendent à les détruire et elles finissent par y parvenir, parce que les forces vitales s’épuisent en leur résistant et s’éteignent avec les années. Les forces vitales sont tantôt défaillantes, indolentes et muettes, tanlôt agacées, exagérées, exaltées. Elles sont susceptibles d’augmentation et d’échec. Enfin, elles mettent les êtres qu elles animent en état de se reproduire de toutes pièces et de créer des êtres semblables à eux. Ainsi , grâce à elles, l’espèce se continue et se perpétue par cette transmission facile de l’usufruit passager de la vie. Les forces vitales sont mobiles , variables et toujours inconstantes dans leur intensité et dans leur durée, parce qu’elles ont leur source au sein de corps continuellement changeants dans leurs éléments, et qu’elles- mêmes varient au gré des circonstances, selon que le sujet quelles animent est jeune ou vieux, bien portant ou malade, heureux ou malheureux. Les forces physiques ont des caractères tout opposés : elles sont uniformes, constantes, calculables et presque immuables, parce quelles proviennent de corps bruts et arrêtés, dont chaque molécule fixée dans sa nature conserve indéfiniment son caractère obtus et indélébile. Les forces vitales construisent et engendrent ; les forces physiques désorganisent et détruisent. Enfin, il y a entre les forces vitales et les forces physiques toute la différence qui existe entre la puissance qui compose et la puissance qui détruit. Et les mêmes rapports se retrouvent entre les lois vitales et physiques qui règlent l’action de ces différentes puissances. Par toutes ces raisons, il y a une physiologie, une pathologie et une thérapeutique pour les êtres organisés, et il ne saurait y en avoir une pour les êtres inorganisés.

Tels sont, en résumé, les caractères généraux et différentiels des forces vitales dominant absolument les lois vitales. Quant à ces lois, on peut les ranger toutes sous quatre groupes principaux qui embrassent les lois physiologiques, hygiéniques, étiologiques, pathologiques ou médicatrices. Elles font connaître, en les réglant, les conditions d’action indispensables à la nature formatrice, conservatrice et médicatrice pour opérer notre conservation ou notre guérison, en vertu de ce principe qui veut que tout agent

n exerce ses ellets que dans des conditions spéciales qui caractérisent les lois particulières de son action. Nous laissons aux physiologistes et aux hygiénistes le soin de faire connaître les lois physiologiques et hygiéniques ; nous renvoyons à la fin de cet ouvrage, au chapitre de la thérapeutique, l’exposition des lois pathologiques ou médicatrices, et nous allons esquisser ici les principaux caractères des lois étiologiques.

Des lois étiologiques.

Nous entendons par lois étiologiques les rapports et les conditions d’action préétablis entre les causes morbifiques et leur objet, c’est-à-dire entre les causes qui ont en puissance la faculté de modifier l’état organique et dynamique d’un être vivant, et les organismes qui , par une aptitude naturelle , sont disposés de manière à être modifiés par ces agents morbifiques et à subir de leur part certaines altérations qui constituent des affections soit organiques, soit vitales. Il résulte déjà de ce que nous venons de dire qu’il ne saurait y avoir de rapports effectifs entre une cause morbifique et un organisme vivant qu’autant qu’il existe entre l’un et l’autre une véritable affinité, une tendance à l’effet; en un mot, une loi de mouvement qui exige pour consommer son action certaines circonstances et certaines conditions. Eh bien, ce sont ces circonstances et ces conditions d’action, ce sont ces rapports et cette double affinité de la cause à l’objet et de 1 objet à la cause, qui forment, par la nature et 1 ordre de leurs mouvements et de leurs tendances finales , ce que nous appelons les lois vitales étiologiques.

Il y a longtemps que la science a consigné ces vérités dans ses archives; il y a longtemps que les bons observateurs ont dit qu un agent morbifique ne peut avoir d action sur 1 économie qu autant que l’économie elle-même est appelée par une certaine aptitude à recevoir cette action; cependant il était réservé à M. le docteui Blaud, de Beaucaire, à ce savant et habile praticien, qui a déjà ajouté de si grandes vérités au vitalisme hippocratique, d élever encore à la hauteur des principes et des dogmes les conditions des rapports nécessaires entre les causes moibifiques et loiga nisation, et de leur assigner un nom, celui de lois étiologiques, qui donne une idée fidèle et complète de cet oïdie de faits. M. docteur Blaud donne le nom d’affinité étiologique a cette tendance réciproque à l’effet qui existe entre la cause morbifique et

386 principes généraux de la science médicale. l’économie animale, et sans laquelle il ne saurait y avoir ni action, ni réaction, ni résultat, ni produit. Cette affinité, dit-il, est tout aussi expérimentalement établie que l'affinité chimique, que personne ne conteste. Les affinités étiologiques constituent les éléments de la loi étiologique, et la loi étiologique est tout entière dans l’ensemble réalisé des conditions et des rapports d’action existant par opportunité entre les causes morbifiques et l’organisme, et en dernier ressort dans la manifestation des phénomènes qui s'opèrent en raison des affinités vitales étiologiques. Ainsi donc on nomme affinités étiologiques les rapports réciproques qui existent entre les agents morbifiques et l’organisation, et déjà on pressent que plus ces rapports sont énergiques et intimes, plus l’action morbifique est elle-même intense et désastreuse.

Les affinités étiologiques prennent leur source dans la force vitale qui pénètre tous les corps et qui est la cause de tous leurs mouvements; elles doivent être étudiées, et dans l’agent qui exerce l’action morbifique, et dans l’organisme quren éprouve les effets. Relativement à l’agent qui exerce l’action morbifique, elles varient dans leur activité, selon sa nature, sa masse ou sa quantité substantielle, et selon son mélange avec d’autres modificateurs qui peuvent augmenter ou diminuer son énergie. C'est ainsi que les poisons septiques, irritants, narcotiques, corrosifs ou miasmatiques, sont plus ou moins actifs, selon que leurs propriétés morbifiques dépendant de leur nature sont plus ou moins prononcées ; que le nombre de leurs molécules agissantes est plus ou moins considérable; qu’ils agissent seuls ou concurremment, ou combinés avec d’autres substances qui augmentent, ou atténuent, ou annihilent leurs effets. Et c’est sur ces variétés d’action qu’est fondée la thérapeutique qui emploie si souvent des substances toxiques pour guérir les maux dont nous sommes atteints.

Parmi les agents morbifiques externes, il en est dont l’action une fois développée cesse après un temps plus 'ou moins long et ne se reproduit plus, de sorte que l’agent lui-même s’y épuise ou s’y dénature de manière à perdre ses propriétés, et par conséquent ses affinités étiologiques : tels sont les principes des maladies sporadiques qui s éteignent dans 1 organisme où ils ont pénétré, et ne peuvent pas se propager à des organisations nouvelles, ou y déterminer les phénomènes morbides primitifs. 11 en est d'autres au contraire qui, en développant l’affection qui leur est propre, sp

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reproduisent on conservent toutes leurs propriétés dans l’orga-: nisrne malade, et donnent lieu, en s’échappant et en pénétrant dans'

d’autresindividus,à une affection identiqueaveccelle qu’ils avaient1

d'abord déterminée. Ce sont les agents contagieux, dont les uns tels que le virus syphilitique, se propagent d’une manière indéfinie, tandis que les autres s’épuisent ou se dénaturent dans ces transmissions successives, comme le virus variolique, ceux delà rougeole, de la scarlatine, qui finissent par perdre leur affinité étiologique, et avec elles la faculté d’agir morbifiquement sur d autres organisations. On doit distinguer encore parmi ces agents ceux qui ont besoin d’un contact immédiat pour se transmettre, comme le virus syphilitique et rabique, et ceux qui, indépendamment de ce moyen de transmission, trouvent dans les corps environnants, dans l’air atmosphérique surtout, des véhicules dont le concours est nécessaire à leur action : tels sont les agents qui produisent la teigne, la morve, la peste, la rougeole, la scarlatine et la variole. Ces trois dernières affections offrent un caractère bien remarquable, c est que le principe morbifique qui les détermine, modifie l’organisation de manière que les affinités étiologiques nécessaires à leur développement n’y existent plus, et quen général ils se montrent sans effet chez les individus qui en ont éprouvé les atteintes. Il est un troisième ordre d’agents morbifiques externes qui agissent sur un plus ou moins grand nombre d individus à la fois, et par conséquent d’une manière générale dépendant de l’uniformité de leur action et des affinités étiologiques qui leur sont propres, et qui produisent ce qu’on appelle les maladies endémiques et épidémiques, ne se transmettant point en général par contact médiat ou immédiat, c’est-à-dire les maladies par infection, telles que les bronchites, les pneumonies, les fièvres intermittentes, les dyssenleries épidémiques, la grippe, le typhus. Les agents de ces affinités ne se conservent pas ou ne se produisent point dans l’organisme où ils ont pénétré comme ceux des maladies contagieuses; ils s’y éteignent ou s’y dénaturent au contraire, de manière que les affections qui en sont les effets ne se propagent pas nécessairement dans d’autres individus, il est encore un autre mode d’action bien remarquable de certains agents morbifiques externes, c’est de n’agir comme les virus morbifiques, par exemple, qu’après avoir séjourné silencieusement pendant plus ou moins de temps dans l’organisme (où ils éprouvent peut-être une élaboration qui est une condition essen-

388 l*KI NCIPK-S GÉNÉRAUX DE I-A SCIENCE MÉDICALE,

tielle de leur activité), de s’y conserver avec toutes leurs propriétés, de se transmettre même par la génération, et de former ainsi des maladies héréditaires par causes externes, comme on le voit dans les affections dépendantes du virus vénérien.

On doit aussi distinguer d’autres manières d’agir non moins dignes d’être observées. Ainsi il est des agents qui portent toute leur influence sur l’ensemble de l’organisation par une affinité étiologique générale, comme les effluves marécageux, les principes des fièvres essentielles et des typhus. D’autres agissent spécialement sur certains organes, et produisent par leur affinité élective les diverses lésions locales et toutes altérations de tissu. Tels sont les virus de la variole, de la scarlatine, de la rougeole, qui portent particulièrement leur action sur le système cutané; tels sont surtout ceux qui séjournent ou se reproduisent dans l’organisme pendant un temps indéfini, se combinant avec les tissus qu’ils ont atteints, les dissolvant par les affinités qui leur sont propres, pour ainsi dire de molécule à molécule, jusqu’à ce que la matière organique vienne à leur manquer, ou que la vie s’éteigne sous leur influence distincte, comme on le voit dans les ulcérations rongeantes, syphilitiques, cancéreuses, gangréneuses, dans la pourriture d’hôpital dont la cause est évidemment externe, puisque les effets ne se manifestent que dans les lieux où l’air est profondément vicié par un trop grand nombre de malades. Considérée sous le rapport de son étendue, de son énergie, de sa durée, l’action des agents morbifiques externes offre un grand nombre de variétés; elle peut être superficielle comme celle du froid, de la lumière, du calorique sur le système cutané, ou profonde comme celle des intoxications diverses. Dans certaines circonstances elle est rapide, irritante ou caustique. D’autresfois elle est au contraire d’une remarquable lenteur. Elle peut aussi être faible ou de courte durée, toutes choses qui dépendent de l’énergie variable des affinités étiologiques qui y président. Enfin, il y a des agents qui exercent leur influence sur l’organisation d’une manière continue jusqu’à ce quelle s’y épuise complètement. Il en est aussi dont 1 action se ralentit ou même s’interrompt périodiquement pour se ranimer ou se reproduire après un plus ou moins long intervalle: tels sont les principes des affections diverses à marche continue, rémittente ou intermittente, plus ou moins graves selon l’énergie de l’action morbifique et l’importance de l’organe où s’effectue la réaction.

Telles sont les actions diverses que les agents morbifiques produisent sur 1 économie, en raison de leur activité, de leur nature et de leurs qualités. Telles sont les lois générales qui président aux rapports des excitants entre eux, et des excitants avec 1 organisation. Nous allons faire connaître maintenant les résistances insolites que 1 organisation oppose à la puissance de ces causes, et les modifications importantes qu elle imprime à leur action en raison de certains modes variés que leurs affinités ordinaires peuvent éprouver sous certaines conditions, et eu égard à certaines circonstances, attendu que si un agent morbifique a la propriété d’agir sur l’organisme, l’organisme à son tour, aa*ussila propriété de modifier ou d’annihiler la tendance de son activité. En effet, les affinités de l’organisme sont sous la dépendance d’une foule de causes diverses, qui activent, neutralisent ou affaiblissent l’affinité et l’activité des causes morbifiques; ce qui nous conduit à dire qu’il y a des conditions défavorables à l’explosion de la maladie, comme il y en a de défavorables à la conservation de la santé.

Les principales influences qui activent, affaiblissent ou annihilent la puissance des agents morbifiques sur l’économie en état d’affinité sont celles qui se rattachent aux conditions relatives à l’âge, au sexe, à la constitution particulière, aux idiosyncrasies, au climat, à la saison de l’année, aux constitutions atmosphériques, épidémiques, médicales, au régime habituel, à la manière de vivre, à la profession, aux combinaisons des agents morbifiques entre eux. Toutes ces causes déterminent dans nos organes des modifications plus ou moins propres à favoriser ou à contrarier l’action des agents morbifiques. De là proviennent ces mille et mille effets divers, chez les différents individus, à la suite d’impressions identiques; ces orages organiques si subits, si violents pour les moindres causes; ou ce silence de tout l’organisme, bien que l’agent morbifique qui agit sur lui soit en général très actif, et le pénètre dans toute sa profondeur. Passons en revue l’influence de chacune de ces conditions.

L’âge est une des causes qui, en modifiant l’organisme, modifient aussi ses aptitudes ou ses dispositions ordinaires à subir par une sorte d’affinité primitive l’action de certaines causes morbifiques qui ne manqueraient pas, sans cette circonstance, leurs effets à d autres époques de la vie. Ainsi, par exemple, il y a désaffections qui ne se montrent guère qu’à certaines périodes de la vie, comme

IS90 PRINCIPES CÉNÉliAUX DR CA SCIENCE MÉDICALE.

Jes convulsions dons l’enfance, l’épistaxis dans lage adulte, les hémorrhoïdes dans lage mûr; c’est également l’âge qui prédispose telle ou telle partie à recevoir de préférence le coup ou le contrecoup des ébranlements morbides, suivant le degré de vitalité que Jes diverses parties reçoivent de la répartition physiologique des forces. Et c’est en raison de son influence que les trois cavités splanchniquesont, pour ainsi dire, leur temps marqué d’affection et de réaction, savoir : la tête dans l’enfance, la poitrine dans lage viril, l’abdomen dans la vieillesse. C’est surtout aux deux époques fameuses de la vie, à la puberté et à l age critique, que l influence de l’â^e se fait le plus ressentir. Ainsi il y a des phénomènes spéciaux qui semblent liés à l’état organique de ces deux grandes périodes comme des effets inévitables le sont eux- mêmes à leur cause, de telle sorte que l’on peut dire que la grande crise de l’enfance a lieu à l’époque de la puberté et celle de la caducité commençante à l’âge de retour. L’âge de puberté dispose les enfants lymphatiques ou scrofuleux aux déviations de la taille, ce qui tient aussi à ce qu’à cette époque de la vie l’accroissement porte essentiellement sur la colonne vertébrale. Mais, la révolution des âges amène aussi, comme par une sortede compensation, des résultats très avantageux. C’est tantôt la cessation d’une maladie existante; tantôt la conversion d’unemaladieen uneautre maladie moins dangereuse. De même lage critique, en interrompant 1 action physiologique des organes génitaux et en préparant leuratrophie, fait cesser presque toujours les phlegmasies utérines et les rend dès ce moment, sinon tout à fait impossibles, du moins très rares. Il faut encore attribuer à des causes modificatrices semblables le remplacement de l’épistaxis par les hémorrhoïdes. Ce changement a pour cause efficiente le progrès de l’âgè, qui remplace l’activité circulatoire des parties supérieures par la prépondérance de la circulation abdominale. Du reste, si vous voulezavoir unevéritable idéedecette transformation des maladies sous 1 action de l age, vous n avez qu à examiner ce qui se passe dans l’affection scrofuleuse. Vous verrez que le vice qui la constitue produit ordinairement des ophthalmies dans la première enfance; des affections chroniques et rebelles des glandes sous-maxillaires dans la seconde enfance; des ulcères longeants de la face chez les sujets qui ont atteint lage de puberté; la carie du sternum chez les adultes; enfin, des tumeurs blanches chez les personnes de quarante à soixante ans. Et en même temps n ous serez encore à même d’ob-

DE LA VIE ET DES LOIS VITALES. 3‘Jl

server que, parmi ces affections, celles quinecèdent pas à l’époque d’une grande révolution critique persistent ordinairement jusqu a l’autre époque et quelquefois même toute la vie.1

L’âge exerce aussi son influence sur le tempérament des réactions qui constituent, à le bien prendre, les véritables mouvements médicateurs de l’économie. Ainsi les réactions sont, en général , impétueuses et convulsives chez les enfants, ardentes et décisives chez les adultes, incomplètes et insuffisantes chez les vieillards. C’est encore à l’influence puissante de l’âge qu’il faut attribuer une foule de phénomènes et d’épiphénomènes qui accompagnent, ou précèdent ou suivent les réactions, et qui sont essentiellement différents, selon que le malade est jeune ou vieux. C’est l’âge qui fait que les réactions générales sont très dangereuses par leur excès même chez les adultes, tandis que ce sont au contraire les phénomènes locaux qui le sont chez les vieillards. Il est bien reconnu que le jeune âge imprime à l’état des humeurs une plasticité qui rend les enfants extrêmement sujets aux affections couenneuses, et qu’il est cause aussi que les fièvres un peu intenses sont accompagnées chez eux d’ischurie, de dysurie et même de rétention complète d urine. Il est notoire encoie que dans les hémorrhagies propres aux enfants la congestion hémorrhagique est ordinairement épuisée par l’écoulement du sang, à tel point que l’organe cesse complètement d’être affecté après la perte de sang ; tandis que chez les vieillards , au contraire, les phénomènes de congestiou persistent encore après la perte de sang, ce qui tient à 1 affaiblissement de la force circulatoiie, et ce qui fait que chez eux les congestions définitivement passives finissent presque toujours par occasionner des affections locales qui passent facilement à 1 état chronique. Enfin, un fait tiès 1emarquable, c’est que chez les enfants les fièvres sont très souvent accompagnées de phénomènes nerveux ei de déliie, tandis que chez les vieillards elles sont plus ordinairement suivies de collapsus. Tous ces faits, tous ces exemples dénotent une chose très importante, à savoir : que sous l’influence des diverses époques de la vie l’économie éprouve des modifications qui réagissent à leur tour sur les affinités ordinaires, et qui font que les causes morbifiques n’exercent pas sur elle, dans tous les temps de l’existence, les mêmes impressions et les mêmes effets. Nous devons ajouter encore que les changements qui s accomplissent dans l’économie à l’occasion de l’établissement des grandes fonc

tiens propres à chaque âge sont encore des causes suffisantes d’une infinité de mouvements consécutifs qui modifient aussi les conditions constituantes des maladies existantes ou les aptitudes au développement des maladies imminentes. Enfin, nous ferons observer que 1 âge exerce une très grande influence sur les phénomènes de la vie, par le fait même de letat incomplet ou imparfait où il met les organes et les fonctions. Il en résulte qu’on est forcé de reconnaître qu’il y a des indispositions et même des affections qui tiennent à des causes organiques ou vitales que les médecins les plus habiles ne sauraient détruire, et qu’ils ne doivent pas même essayer de combattre, mais seulement de contrebalancer ou d’adoucir.

Au nombre de ces causes ou de ces états éventuels , ou inévitables, qui ne sont pas des affections proprement dites, mais qui en offrent cependant le danger, nous devons citer : 1° le développement incomplet de la glotte chez les enfants ; 2° le rétrécissement de la poitrine, l’abondance des mucosités, l’atrophie des poumons et l’ossification des cartilages costaux chez les vieillards. Or ces états anatomiques vicieux entraînent chez les enfants la nécessité de respirer plus fort et plus vite, et cette nécessité devient à son tour une cause d’affaiblissement et d’épuisement qui aggrave encore la difficulté qu’ils éprouvent à rejeter les produits anormaux formés et amassés dans les voies aériennes. Chez les vieillards, ils déterminent l’engouement du poumon qui est souvent chez eux une cause d’asphyxie mortelle. Les incontinences d’urine sont très souvent aussi les effets inévitables de l’âge , mais elles se lient à des états organiques ou vitaux différents : chez les enfants, elles tiennent à ce que l'irritabilité seule de la vessie règle l’excrétion des urines , sans que la volonté y prenne part; chez les vieillards, au contraire, elles tiennent à ce que l’irritabilité de la vessie est détruite et que la volonté a moins d’action.

Nous pourrions citer encore le développement imparfait du tube digestif chez les enfants , et l’atrophie de la muqueuse des intestins chez les vieillards, mais nous reprendrons cette question très importante au chapitre intitulé : Des états anormaux qu'il ne faut pas confondre avec les maladies , et nous nous contenterons de dire ici quily a une infinité de mouvements réputés morbides qui sont parfois très nécessaires , et qu’il y a aussi une grande quantité d’états morbides qui sont complètement inévitables.

Ainsi donc, imperfection des organes ou des fonctions d’une part, et de 1 autre détérioration des organes et affaiblissement ou retrait des fonctions, voilà deux causes capitales d indisposition auxquelles beaucoup de médecins ne font pas assez attention, et même que quelques prétendus médecins ne connaissent pas du tout, ignorants qu’ils sont des conditions des lois de la nature en général et des lois vitales en particulier. Ne perdons jamais de vue une aussi grande leçon, et rappelons-nous que l’organisme ne prélude souvent à son développement successif que par des exagérations ou des imperfections qui se calment ou se redressent d’elles-mêmes à la longue, et que l’on aurait tort de considérer comme de véritables affections morbides. Nous venons de voir que chaque âge a ses affinités particulières qui se rattachent en quelque sorte à son état organique présent , comme un effet à sa cause. Nous venons de prouver que les principes qui déterminent ces affections ont vraiment des affinités étiologiques avec les âges, tandis que d’autres s’y montrent sans action, contrariés qu’ils sont par des résistances éventuelles de l’organisme; nous devons dire maintenant que le sexe imprime aussi des modifications puissantes aux affinités propres des agents morbifiques , c’est-àdire que les causes morbifiques générales n’exercent pas toutes les mêmes effets sur les personnes de sexe différent. Ainsi , pour ne parler ici que de la femme, il est certain que son organisation nerveuse, irritable et plastique tout à la fois , la prédispose plus que l’homme à l’action des causes qui produisent des congestions sanguines, des affections nerveuses et convulsives, des productions anormales, ou bien encore toutes ces réactions hystériformes qui font le désespoir des ultra-thérapeutes.

Les constitutions individuelles, les états organiques particuliers, soit naturels, soit acquis, ainsi que les idiosyncrasies ou excentricités propres à chaque individu, sont encore autant de causes qui modifient essentiellement les affinités étiologiques des agents morbifiques. C’est à leur influence simple, composée, ou compliquée, qu’il faut attribuer ces résistances opiniâtres que quelques sujets opposent avec une énergie constante aux tendances violentes des causes morbifiques qui exercent, an contraire, efficacement et généralement leur action sur les masses. Comme on est à même de l’observer pendant le cours des grandes épidémies. D’autre part, il est reconnu que les personnes qui ont une constitution éminemment sanguine sont beaucoup plus expo-

394 l'IlINCIi’ES GÈNBHAÜX UE LA SCtKNCE MÉDICALE.

sces que d’au ires ù avoir des inflammations ou des fièvres, tandis que les personnes d’une constitution débile et nerveuse sont plus sujettes aux affections convulsives, aux maux de nerfs, aux affections adynamiques. Et cela se conçoit : c’est que ces constitutions favorisent singulièrement les réactions qui constituent ces prétendues affections; les preuves abondent à l'appui de cette proposition. Enfin, ce sont aussi les tempéraments divers des constitutions individuelles qui font que certaines personnes sont extrêmement sujettes à certaines affections, et très réfractaires, au contraire, à beaucoup d autres. Et c’est ici le cas de dire : Ces modes particuliers de la sensibilité de l'organisme prennent leur source très souvent dans des modifications profondes que l’organisation a éprouvées dans sa nature et dans son affinité vitale, par suite d’affections antérieures qui ont détruit en elle certaines affinités étiologiques, et qui en ont développé de nouvelles.

Les affections étiologiques sont également favorisées, modifiées, altérées ou détruites par le régime et le genre de vie que l’on suit et auquel on est très régulièrement soumis, volontairementon involontairement. C’est ainsi que l’intempérance ou les excès dans le boire et le manger sont autant de causes qui ouvrent, pour ainsi dire, la porte aux maladies: Plus gula quam gladio, selon l’aphorisme de l’école de Salerne. Sous 1 influence des excès favorisés encore par une vie sédentaire ou oisive, on voit apparaître les stases sanguines, les congestions, les engorgements, les inflammations, et ce cortège d’égouts, d’affecùous ou d’indispositions sordides qui étouffent sous la graisse un tas de gloutons qui ne vivent que par le ventre ou pour le ventre. De même, une vie de débauche prédispose fatalement ceux qui s’y abandonnent aux affections typhoïdes et surtout aux maladies épidémiques ou contagieuses. La profession n’a pas moins d’action sur les affections étiologiques; elle les contrarie ou les favorise, selon les cas. Elle est à la fois la source d’une foule de maladies et d’une foule de guérisons. Elle imprime même des modifications organiques si intimes, que l’on peut, jusqu'à un certain point, dire d’un homme qu’il est bien l’homme de sa profession. Voyez le métier, c’est l’homme moralement et physiologiquement.

Les modifications que le climat imprime à la longue à l’organisation humaine et à son ressort sont encore des causes qui agissent diversement sur les affinités étiologiques ordinaires.

Cestà I influence de ces modifications qu il faut rapporter les différences notables que des affections identiques par leurs causes présentent cependant dans des climats divers. Les causes morbifiques sont les mêmes, mais les nutures, autrement dit les organisations, sont différentes. Voilà pourquoi les affections abdominales, et notamment les flux, la diarrhée, la dvssenterie, sont beaucoup plus intenses et plus dangereuses dans les climats équatoriaux que dans les régions tempérées; voilà pourquoi les fièvres intermittentes sont si bénignes dans quelques pays et si meutrières dans d’autres; enfin, voilà pourquoi les affections de poitrine qui moissonnent tant de victimes dans les pays froids et humides balayés par les vents d ouest et de sud-ouest se guérissent et se dissipent très souvent dans les climats secs et chauffés par les vents du midi. Tous ces effets dépendent de la même cause, de l’influence directe du climat, et tout ce que nous venons de dire ici de l’action des climats est exactement applicable à l’action des saisons qui font en quelque sorte de nos pays comme autant de climats périodiques. Nous pouvons en dire autant de la manière d’agir des constitutions atmosphériques qui engendrent à leur tour les constitutions épidémiques et les constitutions médicales, dont le génie, si important à connaître, doit toujours fixer l’attention du médecin praticien, attendu que celui-ci n’a absolument rien à espérer ou à prétendre, s’il ne connaît d avance la cause et la nature des affections régnantes, c’està-dire le génie épidémique actuel , et s’il ne connaît aussi la nature de l’action médicatrice, c’est-à-dire le tempérament de la constitution médicale, qui est elle- même, à le bien prendre, le mode particulier de réaction salutaire que la force médicatrice oppose temporairement à la force morbifique. Avant de faire connaître l’action des diverses constitutions atmosphériques sur 1 économie, nous devons faire observer que ces diverses constitutions atmosphériques, eu modifiant diversement l’organisme, font nécessairement changer les affinités étiologiques ordinaires qui existent entre l’organisme et les causes morbifiques qui agissent sur elles.

La constitution froide et humide produit en général soit des affections catarrhales qui passent facilement a 1 état chronique, soit des affections advnamiques (par soustraction d oxygénation suffisante) cj u i donnent lieu presque toujours à des complications graves, Les réactions qui s’établissent sous son influence sont

presque toujours incertaines, insuffisantes et hors d’état de pouvoir opérer une guérison complète.

La constitution froide et sèche produit des effets tout différents : elle donne lieu au resserrement des vaisseaux sanguins, à des altérations du sang par suroxygénation et à des suppressions de transpiration cutanée auxquelles succèdent comme réactions des angines, des pneumonies, des pleurésies, qui sont regardées à tort par une foule de praticiens comme constituant toute l’affection et l’affection proprement dite, tandis qu’elles ne sont en définitive que des moyens de guérison que la nature des malades oppose aux affections réelles produites par la constitution atmosphérique. Toutefois ces réactions salutaires par le but quelles se proposent ont besoin néanmoins d’étre contenues dans certaines limites et réglées par des lois , sans quoi elles formeraient de véritables complications, et c’est effectivement ce que nous voyons toutes les fois qu elles pèchent soit par excès, soit par défaut ou par irrégularité.

La constitution chaude et humide porte spécialement son action sur le système bilieux. Sous son influence, on voit apparaître des engorgements viscéraux, des ascites, des congestions spléniques et une foule d’autres affections qui déterminent consécutivement des inflammations, des évacuations bilieuses par haut et par bas, et toutes sortes de mouvements anormaux qu’il faut encore classer parmi les réactions. La constitution chaude et sèche amène d’autres affections et d’autres réactions : ce sont des turgescences des humeurs et du sang qui trouvent leurs crises et leur guérison dans des réactions qui consistent en éruptions cutanées, érysipèles, gastrites, gastro-entérites ou dyssenteries.

Dans d’autres circonstances, les constitutions atmosphériques sont exceptionnellement dominées par un génie particulier, c’està-dire par une cause spéciale qui produit en vertu de sanature des effets également spéciaux sur l’état sanitaire de tout un pays et même de toute une contrée. Il y a alors ce qu’on appelle une constitution épidémique, et cette constitution exerce des ravages qui sont parfaitement en rapport avec la violence et la nature sceptique des principes morbifiques. Qu’arrive-t-il alors? Il arrive que la nature médicatrice, modifiée extraordinairement par la constitution épidémique régnante , adopte nécessairement un mode de réaction particulier, un plan de défense, un mode de guérison que les praticiens attentifs saisissent facilement et aux-

-quels ils donnent le nom de constitution médicale. Ces constituttions médicales ont exercé le génie des Sydenham, des Stoll, des IBordeu, des Lepecq de la Clôture, el ils ont écrit des pages admiirables sur ces tempéraments accidentels des réactions. Enfin il est ♦constant, et c’est un fait très précieux, que les agents morbifiques, ♦en se combinant entre eux, modifient mutuellement leurs affinités ■étiologiques et acquièrent ainsi de nouvelles propriétés tantôt salutaires, tantôt funestes, qu’il faut dans tous les cas chercher à reconnaître, afin de pouvoir en tirer parti à l’occasion. En effet, beaucoup de guérisons ne sont dues qu’à cette loi de neutralisation réciproque des affinités étiologiques : et il est évident que nous n’échappons très souvent à l’action meurtrière des causes miasmatiques que par suite de cette action intime des éléments morbifiques les uns sur les autres; action intime qui s’exerce hors de nous et aussi en nous par la combinaison ou le mouvement de tous les éléments ambiants qui pénètrent en nous par les voies de la respiration , de la déglutition , de l’absorption , et qui , se trouvant ainsi en contact avec les éléments morbifiques déjà engagés, neutralisent chimiquement leurs propriétés en perdant également les leurs. En résumé, toutes ces affinités, ces compositions, ces décompositions, ces actions et ces réactions dont l’économie est le théâtre, ne sont, à le bien prendre, que des effets, que des phénomènes, que des mouvements nécessaires ou inévitables ; effets , phénomènes ou mouvements fixés d’avance par des lois qui découlent de l’harmonie préétablie et qui concourent à la maintenir. On comprend alors qu’il n’y a de lumière et de succès en médecine que pour ceux qui, dociles aux leçons de la raison scientifique, savent écouter 1 esprit de ces lois et qui s’attachent à les suivre, à les imiter et à en faire la règle de leur conduite, comme ministres de la nature et de 1 art.

On peut considérer les corollaires suivants comme formant en pathologie autant de dogmes ou de propositions générales et fondamentales :

1° Un agent morbifique quelconque n’agit sur tout ou partie de notre organisation humide, solide ou nerveuse, qu autant qu il y a entre cet agent morbifique et tout ou partie de notre organisation une certaine affinité qu’on appelle a cause de cela affinité étiologique. Cette affinité est réciproque, c est à-dire qu elle est propre à la fois et à l’agent morbifique et a I organisation. 2° L affinité réciproque des agents modificateurs et des parties modi-

!5U8 PRINCIPES GÉNÉRAUX DI. l.A SCIENCE MÉDICALE, fiables ne suffit pas pour que l'action ou le travail étiologique commence; il faut encore que I opportunité d’action exisle de part et d’autre. 3° L’action produite par un agent morbifique est tantôt superficielle ou profonde, éphémère ou durable; tantôt lente ou rapide, continue, intermittente ou rémittente, selon la nature essentielle de l’agent morbifique, selon la disposition actuelle, organique ou vitale de l’organe affecté, et selon les modifications que les causes morbifiques ou les organes éprouvent accidentellement d’une foule de circonstances fortuites ou provoquées.

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