DK LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE
de ces deux mois TzâQoç et Xôycç ; on en fit des synonymes, puis on les employa indistinctement au grand détriment de 1 exactitude classique et de la science. Enfin, quand le goût des classificaiions eut envahi 1 esprit des auteurs, ceux-ci désignèrent sous le nom de nosologie la branche de la médecine qui traite de la classification et le mot pathologie, auquel on imposa pour racine le mot Trotoytü, souffrance, affection, fut employé d’une manière absolue pour désigner la branche de la médecine qui a pour objet la science des maladies.
Ce fut par suite de ces errements que Sauvages, réalisant en quelque sorte la pensée exprimée par l’illustre Sydenham , de composer sur l’observation minutieuse des symptômes une classification méthodique des maladies, publia sous le nom de Nosologie générale son admirable histoire des maladies, dans laquelle elles sont toutes divisées en classes, en genres et en espèces. Depuis cette époque, la nosologie ne fut plus considérée que connue une fraction de la pathologie générale , comme la branche qui traite de la classification des maladies, et le mot nosologie lui-même ne rappelle plus à l'esprit que l’idée d’une classification méthodique semblable à celle des botanistes.
C’est également dans cette acception de classification des maladies que l’école de Montpellier, au rapport de M. le professeur Alquié, emploie encore aujourd’hui le mot tiosologie. Et c’est en partant du même principe que M. Chornel dit textuellement dans scs Eléments de pathologie générale, que la nosologie est la branche de la médecine qui a pour objet la distribution méthodique des maladies en un certain nombre de groupes auxquels on donne le nom de classes, et qu’on divise communément en ordres ou en familles auxquels on rapporte tous les genres et toutes les espèces connus. De plus, M. le professeur Chomel, dans le but sans doute, de donner encore plus d’aulorité à sa définition, fait forcément dériver le mot nosologie de vôîoç, maladie, et de Xiyw, je rassemble, au lieu de Xoyoj, discours. Nous n’objecterons qu’un seul mot t\ celte définition, d’ailleurs très spécieuse, c’est qu’on dit la nosologie, et non pas la nosolégie.
La pathologie générale a reçu plusieurs définitions différentes, voici les plus importantes. Elle est, selon Hufeland, la science des maladies; selon Iiildenbrand, la science des organes malades faisant opposition aux organes sains; selon Pinel, la branche de la médecine qui traite de la classification, des causes, des svm-
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ptômes et du siège des maladies; selon F.-M. Leroux, la physiologie de l’homme malade; selon M. Caizergues, la science des mouvements et des déterminations de la puissance vitale, étudiée dans les actes qui s’éloignent de l’état anormal et qui constituent la maladie; selon l’illustre Barthez, c’est la science qui a pour objet la recherche expérimentale et inductive des actes sagement combinés que le système vivant déploie pour arriver à ses fins de guérison; c’est-à-dire la science des mouvements synergiques dirigés par des lois qui mènent à la résolution, aux adhérences, à l’induration, à la suppuration, et enfin aux modes variés de terminaison des maladies.
En réfléchissant aux diverses acceptions que le mot pathologie générale a reçues, on reconnaît aisément que cette confusion provient de ce que les auteurs l’ont considérée sous des points de vue différents. Effectivement les uns ont vu seulement en elle la science des généralités, des principes et des termes de la médecine ; les autres l’ont considérée comme la science des maladies en général ; quelques uns, enfin, l’ont regardée comme la science des réactions; et pourtant tous ces auteurs sont partis de principes vrais pour établir de bonnes théories partielles, et tous par conséquent ont sur des points différents établi des choses très utiles. Cela tient à ce que la pathologie générale se prête à ce triple examen ; seulement il faut savoir que chaque point de vue réclame impérieusement un nom particulier exprimant un point différent de la question ; or c’est ce que nous allons essayer de démontrer.
Ceux qui regardent la pathologie générale comme la science des généralités et des principes de la médecine voient en elle la science des vérités fondamentales , des préceptes et des dogmes de la médecine, c’est-à-dire qu’ils la confondent avec la philosophie médicale que Bordeu et Barthez ont créée , comme Lavoisier a créé la philosophie de la chimie , comme Linné a créé la philosophie de la botanique. C’est sous ce point de vue très élevé que la pathologie générale a été professée pendant longtemps à Montpellier dans la chaire dite des Inslitutes de médecine , qui a été supprimée ou plutôt réduite à celle d’hygiène en lS2à, et qui a été rétablie en 1835, sous le nom de chaire de pathologie et de thérapeutique générales (1).
Ceux qui considèrent la pathologie générale comme la science
(i) Son véritable titre serait celui de chaire de science médicale, qui domine tout et répond à tout.
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des maladies , prétendent qu elle embrasse tout ce cjui concerne 1 homme malade, comme la physiologie embrasse tout ce quia rapport à l’homme sain et en état, de parfaite santé. C'est ainsi qu’on envisage la pathologie générale à l’école de Paris , et c’est en partant de ce point de vue que M. le professeur Chomel la définie: «la bi anche de la médecine qui a pour objet la connaissance de tout ce qui a liait aux maladies et qui se rapporte à leur histoire; c’est-à-dire la connaissance de leur classification, de leurs causes des symptômes et des signes qu’elles présentent, et des divers traitements qu’elles réclament. »
Enfin, ceux qui la regardent comme la science des réactions, la considèrent comme la branche de la médecine qui a pour objet la connaissance de la puissance vitale, exerçant ses admirables mouvements de formation, de conservation et de guérison, c’est-à-dire comme la science de l’action médicatrice. Telle est la manière de l’école hippocratique, de lecole allemande, de l’école d’Edimbourg; telle est aussi la nôtre. Ainsi pour nous la pathologie générale a pour objet l’histoire de la puissance naturelle, en vertu de laquelle la vie réagit contre tout ce qui blesse l’organisme et porte atteinte ai£jjbre exercice de ses fonctions.
De plus, nous regardons la puissance médicatrice comme la plus haute expression de l’action physiologique, et comme un des modes principaux de la vie, dont la maladie et la santé ne sont que des manières différentes; de la vie dont les phénomènes physiologiques et pathologiques sont liés par les rapports les plus intimes et dont l’étude appartient à la science qui traite de la nature de l’homme, 7rcp'( «pûcrtwîàvQ^oireou. Science qu on ne saurait acquérir qu’à la condition : 1° d’étudier expérimentalement et philosophiquement, c’est-à-dire par la vue des sens et du raisonnement, l’universalité des faits qui se rapportent à l’état sain et à l’état morbide, autrement dit tous les faits anthropologiques, physiques, mécaniques, chimiques, vitaux, affectifs, moraux, intellectuels, physiologiques et pathologiques; 2° à la condition d étudier le mécanisme et le dynamisme qui produisent tous ces phénomènes d après des lois préétablies ; 3° à la condition d’examiner le jeu de 1 économie vivante au milieu de ces principaux rapports avec les agents 'de l’univers; k° à la condition de constater les analogies et les différences qui lient ou qui divisent entre eux tous ces phénomènes ’ vitaux ; 5° à la condition de faire la part qui revient à la physiolo- ■ gie, à la pathologie et à la nosologie : a la physiplogie, c est-à-dire
402 PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE, à la science des faits et des lois de l'état normal ; à la pathologie, c’est-à-dire à la science des faits et des lois de l’état anormal ou de réaction ; à la nosologie, c’est-à-dire à la science de nos affections et de nos maux, à la science des maladies ou de l’état morbide ; 6° à la condition, enfin, d’établir en dernier ressort la législation suprême de la science, en coordonnant légitimement les faits de tous les ordres, et en les unissant d’après les principes de la philosophie, qui fait de toutes les vérités une seule et même vérité.
L'objet de la pathologie générale varie, selon l’auteur que l'on consulte. Pour ceux qui considèrent la pathologie générale comuv la science de la méthode, des principes et des dogmes de la médecine, c’est-à-dire comme la philosophie médicale, cette science a pour objet de rechercher et d’établir les principes généraux de la médecine; d’élucider les points difficiles; d 'indiquer le sens dans lequel les nouvelles recherches doivent être entreprises; de faire connaître l’esprit de la médecine, son degré de certitude et sa philosophie, et d’exposer, en dernier ressort, les grandes vérités qui gouvernent la science médicale. En un mot, pour les auteurs dont nous parlons, la chaire de pathologie générale est la tribune où les grands principe^de la science doivent être exposés, débattus et résolus; puis, consacrés, enseignés et répandus. Or, c’est en ce sens que le professeur Risuenod’Amador a dit : « La pathologie générale vivifie toutes les parties de la médecine; elle juge les systèmes; elle les détruit en les jugeant ; elle se constiiue en les démolissant, et elle voit seule la science de face, tandis que les systèmes ne la voient que de profil. C’est une vue large, élevée, générale, impartiale, qui profite de tout, après avoir tout soumis à son critérium ; qui conçoit la science et ne l’improvise pas; qui dénote les erreurs cachées; qui détruit les espérances illégitimes, et qui fait toujours reprendre à la science son véritable aplomb. » Cette manière de définir la pathologie générale est incontestablement la plus élevée et la plus vaste; mais nous sommes forcé de dire, cependant, que la pathologie générale ainsi comprise est tout uniment la philosophie médicale dans sa plus large
acception plutôt que la pathologie proprement dite Nous
ajouterons que, pour remplir toutes les conditions de son haut enseignement dogmatique et philosophique, la pathologie géné raie ainsi conçue doit nécessairement, après avoir indiqué l’ordre à suivre dans l’étude des sciences médicales, s’attacher spécialement et constamment à indiquer le fait primordial et fondamental
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de la médecine, le fait générateur (principium et Jinis)', c’est-à-diré le fait-pi incipe qui constitue le commencement, le milieu et la fin de la science de 1 homme sain ou malade; en d’autres termes,
1 unité qui contient en germe tous les dogmes de la médecine et toutes les conséquences de ces dogmes, et qui, par cela même, est à la médecine ce que tout fait-principe est à toute science expérimentale qu’il domine. Puis, aprè's avoir dégagé de la multiplicité des faits qui lui sont propres, le fait sur lequel tous les autres s’appuient, la palhologie a encore un dernier mot à donner, c’est la formule même de la science, et cette formule est tout entière dans une simple énonciation ou appellation aphoristique : natura soin medicatrix, qui comprend et explique toutes les autres formules et leurs conséquences.
Pour ceux qui la considèrent comme la science des maladies et de leurs généralités, elle a pour objet l’étude des causes, des symptômes et des signes des maladies; l’observation dé leur siège, de leur marche, de leur durée et de leurs diverses terminaisons ; et, enfin, tout ce qui a trait au diagnostic et au pronostic, à la synonymie, à la nomenclature, à la classification, aux divisions des maladies et jusqu’au langage de la médecine, langage diffus, incompris ou confusément compris, ce qui est pire, comme ledit parfaitement le professeur Requin. Ellea encore pour objet non seulement d’énumérer les causes morbifiques, mais aussi de les étudier dans leur nature, dans l’activité de leurs propriétés et dans la série de phénomènes qui, liés à ces causes, comme des ordres inviolables à une volonté suprême, forment les véritables lois physiologiques et pathologiques trop souvent confondues entre elles, et très improprement désignées sous le nom de symptômes.
Enfin, pour ceux qui la regardent comme la science des réactions, et nous sommes de ce nombre, elle a pour objet de faire connaître l’homme malade et réagissant contre les causes morbifiques à la faveur des moyens de guérison qu’il puise dans les immenses ressources de sa propre nature. En d’autres termes, elle a pour objet de faire connaître l’organisme luttant en vertu de sa loi de conservation contre toutes les causes de trouble et de destruction, et s'efforçant de réparer les pertes qu’elles ont fait éprouver à l’économie, ou de rétablir 1 équilibre qu elles ont fatalement rompu. Ainsi donc, pour nous, vitalistes de 1 école de Bordeu et de Bardiez, la pathologie est, définitivement, l’histoire
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naturelle de l’homme malade , c’est-à-dire la science d’une de ces grandes modifications de la vie que l’on nomme vulgairement la maladie. Quoi qu’il en soit de toutes ces définitions de la pathologie générale, celle de l’école de Paris semble avoir prévalu. Nous devons donc, par une sorte de respect pour la chose consacrée, adopter provisoirement ses formules.
Le domaine de la pathologiÇi\îsj; immense; il embrasse tout ce qui touche de près ou de loin à l’homme malade. Aussi, pour diminuer les difficultés d’une étude qui embrasse tant de choses diverses, on a divisé la pathologie en plusieurs branches destinées chacune à se plier à nos recherches et à se prêter à la faiblesse de notre entendement. Dans les écoles , on divise la pathologie en pathologie générale et spéciale, interne et externe, civile et militaire. On admet encore une pathologie des femmes, une pathologie des vieillards; on est allé même jusqu’à reconnaître qu’il y a autant de pathologies différentes qu’il y a d’appareils ou même d’organes qui peuvent être lésés soit dans leur mécanisme, soit dans leur dynamisme.
La pathologie générale a pour objet la connaissance des maladies considérées dans ce qu elles ont de commun , abstraction faite des traits caractéristiques qui les distinguent. Elle les considère dans les points de contact qu’elles présentent, et dans les liens nombreux qui les unissent. Elle étudie l’action que les puissances morbifiques exercent sur l’organisme, les lois suivant lesquelles les phénomènes morbides commencent, se développent, s’enchaînent, se succèdent, se remplacent ou finissent. Elle constate les altérations soit organiques, soit vitales que les solides et les liquides de l’économie peuvent éprouver dans leur composition, dans leurs mouvements ou dans leurs rapports. Enfin, elle se compose d une étiologie générale, d’une svmptomatologie et d’une thérapeutique générales, et il doit en être ainsi, puisque, en définitive, les notions qu’il faut acquérir sur les maladies se réduisent, en dernière analyse, à la connaissance de leurs causes, de leurs phénomènes ou symptômes, et des moyens curatifs qu’on doit leur opposer et qu’elles réclament. La pathologie spéciale a une sphère moins étendue. Comme la pathologie générale, elle examine toutes les maladies, mais elle les classe en quelque sorte par familles, et elle se contente de les peindre avec la physionomie qui leur est propre, s’attachant surtout à les distinguer les unes des autres, et à indiquer leur développement,