‹ Traité de la science médicaleChapitre 74 sur 106 · DE LA NOSOLOGIE · texte numérisé non relu

DE LA NOSOLOGIE

leur inarche , leur durée et leurs résultats. La pathologie interne ou médicale embrasse toutes les maladies qui réclament les moyens moraux, les agents hygiéniques et pharmaceutiques ; la pathologie externe ou chirurgicale comprend, au contraire, toutes les maladies dont le^traitement exige 1 emploi de la main seule ou armée d’instruments.

En résumé, pour mettre de l’ordre dans cette grande question de la pathologie générale, il serait indispensable, à notre avis, de faire trois parts : une pour la philosophie médicale, une pour la nosologie, une pour la pathologie générale proprement dite. Nous formerons donc trois cadres et nous donnerons à chacun un nom différent. La philosophie médicale embrassera et coordonnera toutes les questions de méthode, d’histoire, de principe, de doctrine et de dogme. Nous substituerons le mot nosologie au mot pathologie, et le cadre de cette branche de la médecine comprendra tout ce qui se rattache directement ou indirectement à la science des affections morbides. Enfin, nous réserverons le nom d e pathologie générale à la science à peine ébauchée des réactions ou des moyens médicateurs que la nature de l’homme oppose aux causes morbifiques ou aux désordres occasionnés par elles. De cette façon , la confusion se dissipera, chaque enseignement prendra un caractère spécial et absolu ; chacun s’entendra et tout le monde nous comprendra et se comprendra.

La nosologie, morborum historia et doctrina , est la branche de la médecine qui traite de l'état morbide; elle comprend tout ce qui a rapport à l’histoire des affections et des maladies , causes, symptômes , signes , etc. La nosologie renferme neuf parties principales et distinctes , savoir : l’étiologie, la nosographie, la pathogénésie, la symptomatologie, la séméiologie, la classification des maladies (improprement nommée la nosologie ), 1 anatomie pathologique, le diagnostic et le pronostic. La nosologie fait connaître aussi la nomenclature, l’essence, la nature et le siège des maladies ; leur marche naturelle, leurs différentes terminaisons, la convalescence, les rechutes et les récidives. Enfin , elle indique les ressources et les lois du diagnostic et du pronostic, et par tous ces renseignements elle embrasse, comme nous lavons dit en commençant, l’histoire entière de 1 état morbide.

Qu’est-ce que l’état morbide? Sous le nom détat moibide, nous désignons un état compliqué dans lequel la nature oppose les ressources de ses forces médicatrices à 1 action destructive de

406 PRINCIPES G l;: N lift AUX l)E GA SCIENCE MÉDICALE, lu cause morbifique, ou à l'altération produite par cette cause morbifique. L’élut morbide est un ensemble de phénomènes ou de symptômes dont les uns ont pour objet la destruction, et les autres lu guérison de l’économie; c’est un effort de désordre contre lequel s’élève la puissance de lu nature; c’est un conflit d’actions et de réactions; c’est le combat de la vie contre les causes morbifiques. Pour étudier avec fruit la question compliquée de l’état morbide, on doit toujours avoir présent à l’esprit ce grand précepte de Galien qui est comme le premier essai de l’analyse appliquée à la médecine : « Primùm dicere oportet quid morbum appellamus; secundo loco, quot sint universi prirni et simplices rnorbi et veluti aliorum elementa; deinceps vero tertio, quot sint ii qui ex eorum compositione perveniunt. » Et Galien a bien raison, car en toute chose, il faut aller méthodiquement du simple au composé et du composé à ce qui est compliqué. En toute chose aussi il faut opérer d’abord par voie d’analyse expérimentale et procéder ensuite par voies de synthèse didactique. Essayons de mettre ces principes en pratique dans la question qui nous occupe.

Dans tout état morbide, il y a trois choses à examiner: la cause, l’effet et la conséquence de cet effet. La cause de l’état morbide, c’est l’agent morbifique; l’effet produit par cet agent morbifique, c’est l’affection; enfin la conséquence de cet effet ou de l’affection, c’est l’effort de la nature qui a pour but l élimination, la neutralisation ou la destruction de l’agent morbifique. Or cet effort de la nature, c’est la réaction, c’est l’action médicatrice. Ainsi donc dans tout état morbide il y a trois éléments principaux, qui sont: l’élément morbifique, l’élément morbide et ( élément médicateur. Il y a deux actions générales : l'action morbifique et l’action médicatrice qui s’exercent en vertu des lois vitales étiologiques et pathologiques.

Ce n’est pas ainsi que la plupart des pathologistes considèrent 1 état morbide. Pour eux, c’est tout simplement un ensemble de symptômes, un groupe de phénomènes morbides : néanmoins ils enseignent que ces symptômes doivent être convertis en signes par la science du médecin à l’effet de devenir ultérieurement une source d’indication, d’expectation ou d’action. C’est une manière sans doute de laisser entrevoir que tous les symptômes ne sont pas également dangereux. Mais il y a encore loin de ce vague enseignement à l’analyse des symptômes et des mouvements

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indicateurs. Il résulte de ce que nous venons de dire que pour bien juger un état morbide, et pour traiter une maladie avec connaissance de causes et raison de conscience, il faut s’attacher à distinguer successivement : 1° la cause morbifique et la nature de cette cause; 2° les effets produits par elle sur l’économie; 30 ]a nature, la force et le tempérament de l’individu malade, c’est-à-dire l’étendue des ressources naturelles qu’en raison de son âge, de ses habitudes ou de sa position il peut opposer aux causes de destruction, toutes choses qui forment autant d’éléments indispensables à saisir préalablement pour arriver à la détermination exacte et judicieuse de l’état de réaction qui constitue lu contre-partie de l’action morbifique et complète ainsi 1 état morbide. Dans tous les cas, on peut avancer dogmatiquement que la nature de toute affection est dans la nature de la cause morbi-

fique qui la produit, comme la nature de toute réaction est dans la nature du sujet qui réagit. Ainsi donc, ce qui ressort particulièrement de l’étude de l’état morbide, c’est que deux groupes de phénomènes opposés, constituant 1 un 1 action, et 1 autre la 1 éviction, entrent comme éléments dans sa composition, et qu’ils ne sont, à vrai dire, que 1 expression de cette double faculté qu a l’homme de sentir et de réagir.

L’état morbide comprend trois degrés différents : 1 indisposition , l’affection et la maladie. L action et la reaction existent dans chacun de ces états, mais elles ne se dessinent complètement que dans la maladie. L’indisposition est cette constitution neutre, constitutio neutra, comme disait Fernel, qui 11 est ni la santé, ni la maladie, mais qui conduit presque toujours de l’une à l’autre. On est indisposé quand on est modifié morbidement dans son état habituel organique ou physiologique. L économie ressent cette modification , mais elle la supporte pendant quelque temps sans réagir, parce qu’il est dans sa nature de tolérer momentanément cet état intermédiaire qui touche de près a 1 affection et qm n’est encore cependant que le premier élément de la maladie, doit rapporter aux indispositions plutôt qu aux alléchons tous états anormaux de l’économie qui se lient soit: 1" au deiangement momentané des fonctions physiologiques, caiactéiisé t parla surexcitation, tantôt par la sous-excitation, 011 P‘,! ration de l’action vitale: 2» à la formation ou à la deformation nécessaires ou du moins inévitables de l’organisme solide ou

humide ; mouvements d’accroissement ou de décomposition qu.

donnent Heu à une infinité de phénomènes étroitement liés aux dispositions, aux conditions, ou états anatomiques et physiologiques qui sont propres aux trois principales époques de la vie : à la jeunesse, à la maturité, à la vieillesse ; 3° à la première apparition, ou au retrait des appareils organiques destinés à l’exercice de quelque fonction temporaire, accidentelle, périodique ou intermittente, comme celles de la dentition, de la première et de la dernière menstruation; U° aux secousses inséparables de l’état de grossesse, de lactation et de sevrage.

Il y a aussi des causes particulières d’indisposition : tels sont les écarts de régime, les vicissitudes atmosphériques et surtout l’emploi mal entendu des six choses appelées non naturelles. Beaucoup d’indispositions sont occasionnées par l'augmentation ou la soustraction des excitants naturels; par l’interruption brusque des habitudes, en un mot, par tout ce qui surprend ou frappe inopinément l’économie. Quelques unes dépendent encore soit de la rétention de ce qui devrait être rejeté ou évacué (comme les humeurs, les urines, les matières fécales), soit du rejet de ce qui devrait être retenu (comme le S3ng, le sperme, la salive); enfin, une constipation opiniâtre, des sueurs rentrées, des écoulements supprimés, des éruptions répercutées et même plus souvent qu’on ne le pense, la guérison intempestive de certaines maladies, sont encore autant de causes très actives d’indispositions qui dégénèrent quelquefois en affections dangereuses. Nous comptons au nombre des indispositions, les rhumes, les catarrhes, les maux de tête, l’anorexie, les flatuosités, les vomissements, les coliques, les diarrhées, les aphthes, les hémorrhoïdes. Nous ajouterons cependant que parmi ces indispositions il y en a beaucoup qui sont salutaires à l’économie, en cesensqu’ellesla préservent d’affections plusgraves.

On appelle affection morbide cet état de la vie dans lequel l’économie affectée passivement par une cause morbifique est le terme d’une lésion organique ou vitale. Ce qui distingue l’affection de l’indisposition, c’est la gravité. Dans une affection, l’économie est plus profondément affectée et plus compromise que dans une indisposition, mais elle supporte encore le mal sans opposer précisément la violence; elle cherche à éliminer, à neutraliser ou à détruire la cause du mal, mais elle n’emploie encore que des moyens faciles, que des ressources simples, évitant, autant que possible, d’ajouter un trouble plus grand à un premier désordre.

DE LÉTAT MOItBIDE. {,Q9

La maladie ( malum adest , le mal est là) est le troisième et le plus haut degré de 1 état morbide; c’est un état complexe dans lequel une affection et une réaction se trouvent en présence. C’est le combat de la nature contre les causes morbifiques. Cest une tourmente de la vie dans laquelle la réaction est en lutte contre l’affection et agit en puissance réparatrice. Alors, la force est opposée à la force, et le spectateur assiste à un combat dans lequel la nature menacée déploie tous ses moyens et toutes ses ressources. Et ce qu’il faut bien savoir, c'est que dans cette lutte de l’agent morbifique contre la nature, l’économie peut succomber de plusieurs manières : tantôt par l’action directe de la cause morbifique, tantôt à la suite des désordres occasionnés par elle, ou bien encore par le défaut même de la réaction de la nature, et le [dus souvent par la violence des excès de la réaction. Et tout cela s’explique : en effet, il est facile de comprendre que la réaction, en s’opérant par les organes, doit très souvent les altérer, ou bien occasionner, dans les humeurs ou dans les liquides, des départs chimiques; ou bien, produire des engorgements et des congestions qui déterminent des réactions secondaires, sources de causes et sources d’effets qui augmentent le nombre des complications et brisent ainsi la vie en voulant la sauver. Ce qui prouve bien, du reste, que l’état morbide est, comme l’avait dit Hippocrate, un cercle où l’on trouve le commencement, où l’on cherche la fin, où les effets deviennent des causes, où les causes deviennent des effets. Ainsi, la maladie est un état composé d’une action morbide et d’une action médicatrice. Et il n’y a point de maladie, mais simplement une affection, là où il n’y a point de réaction. Ainsi, une lésion vitale ou organique ne constitue, pas, à elle seule, une maladie, mais simplement une affection ; et il faut, pour qu’il y ait maladie, qu’une réaction s’établisse.

Pour épuiser la question de l’état morbide, question fondamentale de la science s’il en fut jamais, il nous reste encore à envisager l’homme dans son mécanisme et dans son dynamisme. Or, 1° puisque l’homme est un agrégat matériel , un mécanisme, une organisation, une machine, étudions les altérations , les dérangements, ou les défauts de ces substances solides ou liquides qui composent cette admirable machine humaine; mais n oublions pas qu’il s’agit ici d’une machine vivante entièrement comparable aux forges de Vulcain, dont toutes les pièces étaient animées, et par conséquent étudions les solides et les liquides en

âlO PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCI KM CE MÉDICALE.

tant que vivants, étudions lc*s altérations simples, composées ou compliquées de ces différentes parties constituantes de l'organisme; étudions les lésions organiques matérielles ou physiques de l'homme, machine animale; 2° puisque l'homme est une machine vivante et agissante, étudions les fonctions, les écarts et les dérangements de cette machine animée , c’est à-dire les lésions vitales ou fonctionnelles, les troubles ou les perversions des fonctions de l’économie; 3° puisque l’homme sent , étudions la sensibilité de l’homme et les affections qui se rattachent aux troubles ou aux lésions de la sensibilité; h° puisque l'homme agit, étudions l’irritabilité, c’est-à-dire la faculté en raison de laquelle il agit ; étudions ensuite les affections qui se rattachent aux troubles ou aux lésions de l’irritabilité ; 5° puisque I homme ne sent et n’agit qu’en raison de la force vitale qui 1 anime , examinons d'abord cette force vitale (pii pénètre l’homme et d’où découlent la plasticité, la sensibilité et l’irritabilité, qui ne sont que les facultés diverses de cette puissance vitale; étudions ensuite l'unité de cette force et voyons comment elle peut pécher par abondance ou par défaut, par excès ou par ataxie ; étudions par conséquent toutes les affections qui se lient à des états morbides primitifs de la force vitale (sthénie, asthénie, ataxie); 6° puisque l’homme a la propriété de pourvoir à sa conservation, à sa défense, aux réparations de ses pertes, à sa guérison, voyons comment et par quelles lois il réagit contre les causes morbifiques ou contre le désordre occasionné par elles ; étudions donc les fonctions anormales on accidentelles qu’il remplit en vertu des lois pathologiques; en un mot, étudions la pathologie qui est la science des mouvements de réparation et de guérison ; étudions aussi les vices de la réaction ; et quand nous aurons étudié toutes ces choses, souvenons-nous que l’homme est une intelligence servie par des organes , un être moral qui vit au sein d'une organisation qui est pour lui une hôtesse hospitalière quand elle est saine eütien portante; qui est, au contraire, une marâtre quand elle es|ye Iraq née ou malade. Souvenons nous que l'homme vit aussi par la pensée et par le cœur, et que nous avons à combattre en lui des préjugés, des idées , des terreurs et des plaintes.

En résumé, la distinction philosophique que nous avons établie entre l’action et la réaction a véritablement sa source dans les écrits d’Hippocrate. En effet, le père de la médecine distinguait dans les maladies deux ordres de symptômes, les symptômes pro-

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près et les symptômes communs. Il entendait par symptômes propres ceux qui loca'isent et caractérisent l'affection morbide; il entendait par symptômes communs ceux qui appartiennent à la réaction vitale; et c’est précisément en ce sens qu’il différait des médecins de Guide, qui confondaient en masse tous les symptômes , ceux de l’affection et ceux de la réaction, sans se douter que ces grandes distinctions établies par Hippocrate étaient des sources majeures d’indications thérapeutiques différentes.

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