DE L’ETIOLOGIE, OU DE LA SCIENCE DES CAUSES MORBIFIQUES
Rien de rien, rien sans cause et rien qui u’ait effet.
Aristote.
Le mot étiologie est formé de deux mots, savoir : de al-ûa , cause, et de Xoyo; , discours. Il signifie discours ou traité des causes. L’étiologie est la science qui a pour objet la connaissance des causes qui produisent les effets morbides, ou, comme on dit vulgairement, les faits pathologiques. On nomme cause tout ce qui produit ou concourt à produire un effet; on nomme cause morbifique tout agent capable de produire une affection morbide, ou un état anormal ou pathologique, quel que soit d ailleurs le degré important ou insignifiant de cet état. Il n’y a pas d’étude plus nécessaire que celle des causes morbifiques, attendu que tous les effets morbides sont en quelque sorte contenus dans les causes morbifiques , et qu’au point de vue de la doctrine hippocratique la nature d’un état morbide est tout entière dans la nature de la cause qui le produit ; et, en effet, le vrai mal , le premier et le dernier mal, c’est la cause morbifique ; c est elle qui pioduit l'affection, et avec elle tous les phénomènes particuliers qui appartiennent à cette affection et qui la caractérisent. C est elle aussi qui , par le désordre qu elle occasionne, provoque encore et détermine la réaction médicatrice de 1 organisme dont les p.iéno mènes forment avec ceux de l’affection le groupe symptomatique
que I on désigne sous le nom de maladie.
On peut donc dire de l’étiologie quelle embrasse une grande partie de la philosophie médicale, qui n est a notie sens que la liaison des faits opérée par l’esprit philosophique qui nous mène
412 PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE, du simple au composé, du composé au compliqué , de ce qui est] sensible à ce qui est abstrait, des observations particulières aux observations générales, des observations générales aux principes, et enfin des principes au fait fondamental par excellence et à sa h formule expérimentale. Ainsi donc, c’est la connaissance des causes des maladies, de leur puissance et de leurs lois qui nous conduit à la connaissance de l’état morbide; mais l’étiologie ne peut elle-même être bien comprise qu’autant qu’on est déjà au courant de la doctrine des causes finales. En effet, quand on connaît bien la théorie de cette doctrine générale, qui est d’ailleurs très facile à acquérir, puisqu’il ne s’agit que d’observer et de réfléchir pour en saisir les principes, on parvient aisément à se faire une idée juste de la pathogénie, qui est la science de la génération des maladies. On découvre que chaque cause emporte nécessairement son effet, et, partant, qu elle a son objet, son moyen et sa fin. Or, en observant attentivement ce qui arrive ou toujours, ou le plus souvent, soit dans l’état de santé, soit dans l’état de maladie, on finit par reconnaître à quoi tendent tels phénomènes et tels symptômes, tels mouvements morbifiques et tels mouvements médicateurs ; et alors la connaissance expérimentale de tous ces mouvements classés dans l’entendement et considérés comme l’expression formelle des causes finales en exercice , comme le dessein, le résultat et la loi des causes morbifiques ou médicatrices, cette connaissance , disons-nous , révèle promptement ce qu’il faut faire thérapeutiquement, selon 1 occasion , l’opportunité et les préceptes de l’art.
Du reste, personne ne combat aujourd’hui la doctrine des causes finales, parce que le concert et l’ordre, qui sont partout, démontrent partout leur existence. Jetez les yeux sur l’univers, et vous reconnaîtrez qu une volonté suprême préside à tous les mouvements qui s’y passent, et de toute part vous reconnaîtrez un caractère d’ensemble et d’harmonie. Or, en examinant tant de merveilles, en voyant tant de moyens, si étroitement liés à leur résultat et si merveilleusement coordonnés dans un but définitif, vous conviendrez qu’il est impossible de ne pas rattacher tant de prévoyance à une intelligence cjui est la source de toutes les causes finales, c’est-à-dire de la fin que la nature se propose dans chacun de ses actes ou de ses œuvres.
Il est souvent très difficile de découvrir les causes morbifiques et pourtant cette recherche doit fixer d'abord toute l’attention du
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médecin; car, sans la connaissance de la cause qui produit le mal, il lui serait impossible de rien essayer en fait de traitement, la connaissance de la cause morbifique étant, en définitive, la première source d indication et la base véritable du traitement méthodique, par cela même que tout ce qui est dans l’affection doit nécessairement se retrouver dans sa cause. Les causes morbifiques, dit Fei uel, son t si etioitement 1 lees avec les maladies, qu il est im possible que celles-ci disparaissent tant que celles-là subsistent. Voilà pourquoi ceux qui écoutent la voix de la raison, cherchent d’abord à détruire les causes qui produisent les maladies ou qui les entretiennent, afin de guérir plus aisément le mal qu’elles ont occasionné; mais, pour détruire les causes morbifiques, il faut les connaître, et pour les connaître, il faut posséder la science qui règle les recherches à cet égard. Ne croyez pas cependant qu’en physiologie ou en pathologie, les causes soient toujours causes et que les effets soient toujours les effets : non, ce n’est point ainsi que les phénomènes s’enchaînent dans les opérations délicates de la vie ! Rien n est absolu dans son domaine : ce qui est effet devient cause, ce qui est cause devient effet, et tout se tienL et se lie dans l’organisme; ainsi donc, tout est nécessairement difficile et obscur dans la recherche des causes morbifiques. Mais en revanche, c’est parle talent de briller dans ces découvertes, que se manifeste particulièrement le génie du médecin, parce que le génie seul possède la pénétration nécessaire pour descendre avec intelligence dans chaque circonstance particulière, pour suivre chaque phénomène dans ce qu il a de plus délicat et de plus caché et pour s’élever jusqu’à la notion abstraite de la cause. En un mot, parce c|ue l’homme de génie ne se contente pas de savoir avec tout le monde que les choses existent, mais qu il veut savoir encore pourquoi et comment elles sont ainsi lorsqu elles sont de la nature de celles qui se prêtent à l’explication par la liaison des laits et de leurs rapports. En résumé, la voie pour découvrir lescausesmorbifiques nous est ouverte par l’observation, mais c est au génie du médecin d approfondir ou de reconnaître les causes par leurs effets et d’achever scientifiquement ce que 1 observation a commence.
Les causes morbifiques existent partout: en nous et bois de nous. Elles font partie du bien et du mal que la nature a lépandu de toute part avec une égale profusion. Enfin, pour peu qu on soit habile à saisir la succession des événements pathologiques, on reconnaît bientôt que les plus grands ellets et toutes leurs
PRINCIPI'.S giônkiuhx DR f.A sciknck MÉDICAt.R. combinaisons dépendent souvent de causes très légères en apparence et réciproquement, (pie des causes très violentes expirent quelquefois sans résultat dans des circonstances particulières. On en peut tirer cette conclusion : qu’en pathologie comme en toute chose, il faut savoir déduire de causes très simples, les phénomènes les plus compliqués, attendu que l'observation démontre d’une manière péremptoire que partout le petit peut être 1 élément du grand. Les causes morbifiques se trouvent en grande abondance dans l’atmosphère, quelquefois nous les créons cle toutes pièces au sein de nos organes, et elles sont le produit des mouvements et des combinaisons de la vie. C’est comme parasites du globe terrestre que nous subissons l’influence de l’atmosphère. En effet, comme les animaux et les p'antes, nous ne nous soutenons dans la vie qu’à la faveur des produits du globe: il nous faut son électricité, sa chaleur, son humidité, et avant tout l’air qu’il dispense à tous les êtres organisés, comme leur premier et leur plus utile aliment. De plus, l’homme, considéré comme ctre, est évidemment un composé de matière et d ame, un centre d intelligence, une machine, un amas de solides, de liquides et de gaz, un corps pénétré de mouvement et susceptible d’organisation continue. Et tout cela est impressionnable, c’est-à-dire accessible par l’affinité vitale à l’action des agents modificateurs. Aussi cet ensemble vivant a ses amis et ses ennemis. Et il y a du bien et du mal pour l’âme, pour le corps, pour les solides, pour les liquides et pour tous les éléments qui composent à différents titres l’être moral. Les excitants ordinaires des organes et des fonctions peuvent devenir accidentellement des causes morbifiques. Les vicissitudes de l’atmosphère et du temps, les aliments, les boissons, c’est à-dire les choses les plus indispensables à la vie, peuvent dans certaines conditions se changer en véritables causes morbifiques. L’accélération, la diminution ou l'irrégularité morbide des fonctions, sont encore autant de causes secondaires des maladies; tout ce qui altère le sang ou les humeurs, tout ce qui dérange l’équilibre de l’innervation, rentre nécessairement dans le même cadre. Il y a aussi des maladies déterminées par la suppression de la transpiration; par la rétrocession des maladies cutanées; par la répercussion des humeurs viciées; parla suppression d’exhalations, hémorrhagies ou sécrétions ordinaires. Les passions et les affections de l ame doivent être considérées aussi comme des causes morbifiques; enfin, beaucoup de maux vieil-
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neni de la fatigue et mille fatigues sont inévitables. L’exercice violent ou trop longtemps soutenu du système musculaire, et d autre part 1 inertie absolue, sont encore des causes actives de la maladie. Il en est de même des irrégularités de la fonction de la reproduction, soit en plus soit en moins 5 ainsi les excès vénériens déterminent îles ataxies, des adynamies, des névroses, des défaillances, des anéantissements ou des aberrations de la faculté intellectuelle, des congestions, des apoplexies, des paralysies. Et d’autre part la continence absolue entraîne des désordres aussi graves surtout chez les personnes bien organisées ; l’hystérie, la nymphomanie, le priapisme, l’hypochondrie et la folie, en sont bien souvent les trop déplorables résultats. Enfin, il n’est pas jusqu’aux instruments de la vie dont l’action ou trop active ou trop indolente, ou désordonnée, ne puisse devenir fatale à notre existence : c’est ainsi que beaucoup de fractures sont dues à l’action violente des muscles qui entourent les os, et que notre machine se brise quelquefois sous l’action convulsive des organes destinés à la conserver. Enfin les maladies elles-mêmes engendrent les maladies: l’irritation des organes génitaux produit la chlorose, l’aménorrhée, l’hystérie et la folie intermittente ; l’hystérie produit l’aphonie et la dyspnée; l’inflammation de la matrice produit des palpitations de cœur, des cardialgies, des suffocations, des hémorrhagies critiques. Certaines affections du poumon déterminent des affections du cœur et des gros vaisseaux. La colique néphrétique produit dc-s vomissements opiniâtres qui ne cessent qu’avec les douleurs de reins. Enfin on voit souvent des suppurations internes survenir à la suite des grandes opérations.
On divise les causes morbifiques en causes internes et externes; prochaines et éloignées; principales et accessoires; locales et générales ; positives et négatives ; physiques et chimiques ; vitales et organiques; déterminantes, prédisposantes ci occasionnelles. Tous les auteurs sont à peu près d accord sous ce rapport, mais ils cessent de l’être dès qu’il s agit de donner la définition exacte de ces différentes acceptions. Or ceci nous engage à préciser le sens analytique de ces diverses expressions médicales très importantes â connaître quand on se livre à I étude de la pathologie.
On appelle cause interne , toute cause née au sein des oiganes, tout vice matériel inhérent soit à la qualité , soit a la quantité ou à la constitution des éléments ou des parties de notic corps;
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ou bien encore tout agent, tout principe morbifique ayant sa source au dedans de nous et agissant par sa propre énergie sans ]a participation ou le concours de quelque cause extérieure. On appelle cause externe , tout agent du dehors qui , mis en rapport avec notre économie, la saisii dans l’état de lu plus parfaite santé et produit aussitôt soit une modification organique ou vitale, soit une véritable affection morbide. La cause prochaine ou continente , qu’on ferait mieux d’appeler contenante (parce qu’elle contient en effet la matière de la maladie), est celle qui produit à elle seule la maladie tout entière. Dès qu’elle entre en action, l’affection commence, et elle dure autant qu’elle-méme. Vientelle à disparaître, l’affection s’arrête aussitôt et tout rentre dans l’ordre comme si l’agent du mal était expulsé, neutralisé, décomposé ou détruit. La cause éloignée, qu’on désigne aussi sous le nom de procathartique, est celle qui a une part plus ou moins active dans la production de la maladie, mais qui ne saurait cependant la produire tout entière sans le concours d’une cause plus immédiate. Elle rentre sous ce rapport dans la classe des causes prédisposantes ou occasionnelles qui viennent préparer, favoriser ou précipiter le mouvement des causes prochaines continentes et efficientes qui seules produisent la maladie et en déterminent la nature. La cause principale, ainsi nommée à cause de son importance, est celle qui joue un rôle majeur ou de premier ordre dans la production d'une affection; la cause accessoire est celle qui vient ensuite et accessoirement. La cause générale est celle dont l’action s’adresse à l’économie tout entière et modifie l’organisme dans son ensemble , dans toutes ses parties solides ou humides, en mot, dans toute sa substance. La cause locale, au contraire, est celle dont l’action ne porte que sur une partie de l économie, que sur un point circonscrit, que sur un seul système organique ou humoral. La cause positive est celle qui détermine directement la production de la maladie. La cause négative est celle qui cause le mal par son absence, c’est-à-dire par la soustraction de son action nécessaire,
Les causes physiques sont celles qui agissent mécaniquement par leur poids, par leur volume, par les propriétés de leur état matériel. Les causes chimiques, au contraire (espèces de causes vitales), sont celles qui agissent par leurs propriétés intimes et en vertu d’une loi d’affinité ou d’élection qui les porte à exercer leur action sur des corps appelés à la recevoir par la disposition
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de leur orgamsaliou. Les causes morbifiques île source vitale et qa on appelle à cause de cela les causes viiales, sont celles L résultent des alterations de la force vitale. Elles „e son, point essentielles ou pr.tmt.ves, mais seulement secondaires. 11 en est de meme des causes organiques. Elles consistent dans certains états materiels vicieux dont l'existence est une cause inévitable de desordre ou dafleclion. Les causes déterminantes sont celles qu, font éclater une affection existant déjà en puissance et qui il attend qu une impulsion favorable pour se déclarer. Il y a aussi des causes déterminantes de la réaction : or, les phénomènes de l’affection sont bien différents de ceux de la réaction ; mais les uns et les autres sont en dernier ressort l’expression vitale de loiganisrue alfecté passivement ou activement, et entrant en action sous l’impulsion d’une cause déterminante. Les causes morbifiques déterminantes sont physiques , chimiques , spécifiques , vitales ou organiques. Il arrive encore que certaines maladies ’ que certaines affections ou réactions deviennent consécutivement autant de causes déterminantes de plusieurs autres maladies. Enfin, l’économie engendre aussi des causes déterminantes. C’est ainsi que les vers intestinaux, les hydatides et certains parasites deviennent à la longue la cause de plusieurs affections consécutives, symptomatiques ou sympathiques, après être nés euxmêmes au sein de l’économie , sous l’influence de causes spéciales ou spécifiques. Les causes spécifiques occupent le premier rang parmi les causes essentiellement déterminantes. On appelle cause spécifique celle qui imprime à l’économie une modification intime toujours semblable h elle-même chez les divers sujets; modification tellement liée à l’action de cette cause spécifique, quelle constitue radicalement la nature de la maladie qui ne saurait avoir lieu sans elle, et qui cesse et disparaît avec elle. De plus, l’idée de cause spécifique entraîne l’idée de virus ou de principe virulent ayant la propriété d’affecter l’économie de manière à la rendre propre à transmettre par contagion médiate ou immédiate l’affection dont elle est atteinte. Les causes spécifiques de premier ordre sont les virus et les agents toxiques qui produisent la syphilis, le typhus, la dyssenterie, la variole, la scarlatine, la î ougeole, la fièvre jaune, la fièvre intermittente, la peste, la lèpre et les dartres. Les causes spécifiques de second ordre sont ♦celles qui, comme les premières, produisent des effets identiques -Sti r l’économie, mais qui ne sont pas comme elles fatalement
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contagieuses, c’est-à-dire transmis ddes par un contact direct ou indirect d’un individu malade à un individu jusqu’alors parfaitement sain.
On a imaginé un grand nombre d hypothèses pour expliquer la contagion des maladies. Les uns ont prétendu quelle avait lieu à la suite de l’introduction d un principe matériel dans l’organisme; les autres l’ont attribuée à un mouvement électrique de 1 économie, à une sorte de travail intime ou d’action magnétique; enfin, quelques uns, et Linné est de ce nombre , ont soutenu que toutes les maladies contagieuses sont dues à l’action de certains animalcules qui passent d’un individu malade a une personne bien portante. Il est probable que ces trois modes de contagion existent dans la nature, mais on peut supposer aussi que les maladies contagieuses ont encore d’autres moyens de propagation. Voici, d’après M. le professeur Chôme!, les principales propriétés des principes contagieux dont quelques uns, pour ainsi dire acclimatés dans notre continent, s’y montrent sans interruption ou produisent par intervalles des épidémies plus ou moins graves, tandis que d’autres frappent chaque jour un nombre considérable d’individus sans pouvoir cependant être considérés comme agissant épidémiquement. Les principes contagieux déterminent tous, au moyen d’une série constante de phénomènes morbides, la reproduction de principes semblables à eux-mémes et capables d’exciter les mêmes effets. Ils peuvent se multiplier à linfini , en vertu de ce développement secondaire, aussi longtemps qu ils rencontrent des corps propres à les recevoir. Parmi ces principes contagieux, les uns détruisent pour un temps, les autres pour toujours, la susceptibilité à en être affecté : le typhus et la fièvre jaune paraissent être dans le premier cas; la variole, la scarlatine et la rougeole dans le second. D’autres semblent augmenter plutôt que diminuer cette susceptibilité: telles sont la syphilis et la dyssenterie. C’est-à-dire que quelques maladies contagieuses n attaquent qu’une fois la même personne pendant tout le cours de la vie; que plusieurs d’entre elles peuvent reparaître au bout de quelques années; que d’autres, enfin, se reproduisent plus facilement encore quelles n’ont paru la première fois. On pense que parmi les principes contagieux il en est quelques uns qui sont engendrés sans interruption pendant tout le cours de la maladie, tandis que d’autres ne le sont que pendant une partie de la durée; mais cette opinion n’est pas encore suffisamment démontrée.
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I, action des principes contagieux est également favorisée par des circonstances relatives auxconditions physiques ctpardes circonstances propres aux individus. Ainsi l’excès de chaleur et l’excès de froid sont très défavorables à la contagion, tandis que l’humidité, la piésence d émanations animales et l'absence de la lumière lui sont, au conti aiie, très favorables, De plus , il est prouvé que la peut ou la laiblesse qui accompagnent ordinairement la convalescence, que les excès en tout genre, un sommeil prolongé, les privations et les fatigues, sont autant de circonstances qui favorisent 1 action des principes morbifiques et facilitent la contagion. Les causes prédisposantes sont celles qui impriment à notre constitution une tendance, une disposition particulière en vertu de laquelle, l’opportunité aidant, elle contracte à la première occasion une affection quelconque. Mais s’il y a des causes prédisposantes de l’affection , il y a aussi, il y a surtout des causes prédisposantes de la réaction. En effet, voici ce qui arrive. Les causes prédisposantes modifient lentement l’organisme, elles changent en même temps la nature de ses produits. L’économie supporte d’abord ces légères modifications; mais , au bout d’un certain temps, fatiguée de ce changement et de ses conséquences, elle s’efforce de réagir : alors le travail commence, la réaction s’opère , et c’est à cette réaction que I on donne bien souvent et à tort le nom de maladie. Ainsi donc, parmi les causes que l’on appelle prédisposantes , beaucoup ne sont en réalité que prédisposantes de la réaction. On peut rattacher les principales causes prédisposantes générales à l’état ou à la constitution de l’atmosphère,;'! la nature du climat et des saisons, à l’exposition du pays et à son orientation. Hippocrate nous a donné dans son Traité des airs, des eaux et des lieux une grande leçon dans laquelle le physicien et le législateur ont en quelque sorte trouvé les prémisses de leur science respective. C est là que nous puisons encore les plus purs enseignements sur 1 origine et 1 action des causes prédisposantes générales, car Hippocrate lui-méme la dit, avec une raison profonde : « Quiconque veut connaître lu médecine à fond ne peut négliger cet important objet : 1 atmosphère, les diverses saisons de l’année et ce (pie chacune peut opérer seront pour lui une source constante de méditation. «
Eh bien, après deux mille ans d inscription dans nos archives, ces paroles dogmatiques n’ont rien perdu de leur éternelle verdeur, de leur portée et de leur vérité, et aujourd’hui, comme au
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temps du père de la médecine, ou peut répéter que l’atmosplière et sa constitution jouent un rôle des plus importants en pathogénésie, et qu’on trouve une source abondante d instruction dans l’étude sagement approfondie des influences atmosphériques dominantes et des effets morbides qui résultent de ces influences. Ainsi donc, nous qui voulons connaître les causes prédisposantes générales des maladies, appliquons-nous à bien connaître l’état de l’atmosphère et l’action de l’air, ce pabulurn vitœ, dont on a dit avec tant de raison : Aerestvilœ sic est morborum causa. Étudions le climat, les saisons, les expositions diverses; observons la direction des vents et leur durée: car ceux qui seront éclairés a ce sujet, ceux qui sauront les intempéries, les changements du temps, le lever et le coucher du soleil, et qui auront bien suivi l’ordre d’évolution et de succession de tous ces phénomènes, pourront, en quelque sorte, prédire avec sûreté la constitution médicale de l’année, c’est-à-dire la nature générale des réactions provoquées par la nature des affections qui se développent sous l’action directe de telle ou telle constitution atmosphérique agissant primitivement comme cause morbifique et déterminant ces affections. D’autres, les praticiens du moment, comme dit Lepecq de la Clôture, d’autres se contenteront de chercher la cause des maladies dans un accident fortuit, dans une erreur de régime ou dans l’abus des six choses non naturelles: ils verront avec indifférence et sans critique souffler, pendant des mois entiers, les vents du midi ou du nord, ou bien tomber des torrents de pluie, ou bien régner une sécheresse désolante; ils parleront des épidémies sans s’inquiéter autrement de leurs causes et de leur durée, sans se demander s’il n’y a point eu quelque influence active et générale qui les ait produites. Us ne chercheront pas leur liaison avec le mouvement de ces globes stellaires qui sont suspendus dans l’espace, et qui assurent et règlent le cours des saisons, destinées elles-mêmes par la Providence à donner à la nature le temps de se reposer, de se refaire et de se renouveler! Nous suivrons une autre marche, et nous emploierons tous les moyens qui seront à notre disposition pour apprécier ces causes générales qui frappent à la fois des milliers d’hommes, et les modifient à peu près tous de la même manière. Bien plus, nous essaierons de trouver, par l’observation, la source trop souvent renaissante de ces épidémies terribles qui parcourent successivement les diverses contrées du globe, et sèment partout sur leur passage la
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désolation, 1 épouvante et la mort. Et nous disons avec intention ces causes générales, parce qu’en effet il n’y a que des causes générales, cest-à-dire que des causes communes à tous, qui puissent produire des affections et des maladies qui attaquent, sans exception, les individus de tous les âges, de tous les sexes, de tous les états et de toutes les positions.
Parmi les causes prédisposantes générales, nous devons citer l'air, la lumière, le calorique, le fluide électrique ; les diverses saisons de l’année et leurs vicissitudes, les vents dominants, les révolutions sidérales; les diverses expositions des habitations, les vêtements , les aliments; les affections morales, la politique et jusqu’à la religion des peuples. L’air froid et sec prédispose aux affections nerveuses, aux névralgies, aux apoplexies, aux hémorrhagies et à toutes les réactions caractérisées par le génie inflammatoire. L’air chaud et humide prédispose aux affections muqueuses et catarrhales, aux paralysies, aux débordements lymphatiques, aux affections bilieuses, adynamiques, putrides et typhoïdes. L’air très chaud et l’air très froid prédisposent aux affections nerveuses, aux vertiges, aux apoplexies, aux vomissements cholériques. Les vents qui régnent très longtemps prédisposent également à des affections qui varient, selon qu ils viennent du nord ou du midi, de l’est ou de 1 ouest; selon quel airest en état
de mouvement continuel ou de stagnation. Dans ce dernier cas, l’air occasionne une infinité d’affections adynamiques ou typhoïdes; et selon le professeur Fodéré, de Strasbourg, il serait la cause principale des goitres qui régnent dans les goiges du Valais.
L’état électrique de l’air est aussi une cause prédisposante de maladie; son action, pour peu quelle se prolonge, ouvre la scène à une foule d affections nerveuses qui deviendraient plus giaves, si les orages ne venaient purifier 1 air et rafraîchit 1 économie. Quant à la lumière, tout le monde connaît son action bienfaisante ; on sait aussi que sa privation soutenue prédispose aux affections asthéniques, au scorbut, aux scrofules, aux flux muqueux, l’hydropisie et à toutes sortes d’engorgements ou d étals \ mp tiques. Ainsi donc tels sont les temps, telles sont les ma a les, parmi les causes actives prédisposantes généiales nous evo placer en première ligne les constitutions de 1 année. ous devons donc nous attacher à reconnaître si c est la constitution e l’hiver qui prédomine, ou bien celles de 1 été, de 1 automne ou i
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printemps ; car, selon baillou, les constitutions des temps et des saisons changent si profondément la constitution du corps et de l’esprit, que la matière et l’âme sont telles que les qualités de l’air: « Qualis aer, talis sanguis et anima. »
Les constitutions atmosphériques sont le produit combiné ou le résultat de l’état actif de l’air, de la température et des vents réagissant les uns sur les autres, et formant ensuite, par la prédominance de quelques unes de |eurs qualités, ce que l’on peut appeler le tempérament de l’atmosphère. On divise les constitutions atmosphériques en constitutions des saisons et constitutions de l’année. Lorsque cesconstitutions sont bien appréciées par itn médecin instruit et éclairé, elles deviennent pour lui une source de lumière à la faveur de laquelle il se couvre de gloire et répand le plus grand honneur sur son art. En résumé, on doit considérer comme autant de causes prédisposantes générales : l°Les constitutions atmosphériques diverses, qui font que l’homme du printemps ne ressemble pas à celui de l’automne, ni I homme de l été à celui de l’hiver ; 2° les constitutions épidémiques ; 3°i’exposition des lieux; 4° la qualité des aliments fournis par les différentes parties du globe , qui communiquent des propriétés différentes aux substances végétales ou animales dont l’homme fait sa nourriture habituelle; 5° le climat, la nature du sol et ses exhalaisons ; ■6° les lois ou la nature du gouvernement; les mœurs, les usages, les institutions politiques et religieuses ; les mœurs et les usages des peuples étrangers avec lesquels on entretient des relations; en un mot, le commerce extérieur, qui a été la cause de l'importation, chez nous, de plusieurs maladies qui, comme la syphilis, la petite vérole, ont profondémentaltéré la constitution des habitants de nos contrées, et auquel nous devons aussi une fouled’affections qu’on peut rapporter à l’abus du thé, du café et du chocolat : car il est bien évident que nos buffets, qui plient sous l’abondance des productions fournies par les cinq parties du monde, sont autant de boîtes de Pandore qui, elles aussi, exhalent des maux de toute espèce, en corrompant par la nourriture les sources intimes de la vie. Telles sont les principales causes prédisposantes générales. Quant à ceux qui voudraient connaître à fond l’action diverse de ces causes, vraiment easentielles, nous les renvoyons aux Traités d hygiène: ils apprendront à celte source le parti que l'on peut tirer des modificateurs généraux ou particuliers de l’économie; ils verront les changements heureux qu’on peut imprimera la
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sauté des peuples, en agissant sur certaines causes prédisposantes générales. Ainsi, par exemple, en abattant ou en protégeant les toréts, en saignant les marais, en détournant le cours de certaines eaux, en défrichant les terres, en donnant plus de pente et de vitesse à des eaux qui coulent peu ou mal; en changeant l'exposition des villes, en empêchant qu’on ne les agrandisse outre mesure ou qu’elles ne donnent asile à une population trop nombreuse, véritable source d’une asphyxie commune; en établissant des fontaines ou des bains publics accessibles à toutes les classes; eu construisant des églises, en ouvrant des académies ou des écoles pour la morale, l’instruction et l’éducation de tous ; eu surveillant la qualité des aliments et des boissons ; en favorisant les établissements destinés aux plaisirs delà foule; en opposant avec intelligence et fermeté une barrière insurmontable à l’intro-
duction des maladies exotiques et contagieuses.
On appelle ccuises prédisposantes individuelles celles qui agissent sur des individus isolés et qui leur sont propres. Elles ont pour résultat de préparer l’économie à subir plus efficacement l’action de quelques causes morbifiques qui, sans leur concours, n’agiraient pas au même degré. Enfin, dans une foule de cas, elles ouvrent la voieà l’opportunité, aux maladies, cest-à-dire à cette affinité vitale et spéciale de 1 organisme pour les causes morbifiques, sans laquelle celles-ci ne sauraient exercer une action durable. Les causes prédisposantes individuelles sont infiniment plus nombreuses que les causes prédisposantes générales : cela tient à ce qu’il y a une foule d’agents morbifiques qui atteignent des individus isolés, et qui ne sauraient modifier en masse, au même degré ou au degré suffisant, un grand nombre de sujets réunis. Parmi ces causes prédisposantes individuelles, les unes se rattachent à 1 origine des parents, à 1 âge, au sexe, au tempérament, aux habitudes ou à la profession des individus: les auties, au contraire, existent en quelque sorte hors de nous; elles (ont partie de ce qu’on nomme les agents de 1 hygiène.
Baillou l’a dit avec une raison profonde, on hérite des maladies et des infirmités de ses parents comme on héiite de leui loi tune; bien plus, cette proposition est applicable non seulement aux affections physiques, mais encore aux affections moines. On a donné à ces différentes espèces de maladies le nom te maladies héréditaires. On a remarqué qu’elles sautaient quelquefois une génération et ne sévissaient que sut les g! nu citions sui
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vailles. Elles sont également transmissibles par le père ou par la mère; cependant d’après Hildenbrand et Culien, il paraît que les enfants héritent particulièrement des affections et des goûts de celui des deux auteurs auquel ils ressemblent davantage. Ainsi donc nous puisons avec la vie le germe des affections propres à nos parents, et nous avons tous une prédisposition plus ou moins prononcée à contracter à la moindre occasion les mêmes affections morbides qu'ils ont eux-mêmes subies: ce sont tantôt des lésions organiques, tantôt des lésions vitales ou fonctionnelles. Quelques unes éclatent au moment de la naissance, d autres au contraire n’apparaissent que plus tard, comme si elles étaient fatalement liées à certaines conditions propres à la révolution des âges. Il est à remarquer aussi que les maladies héréditaires frappent ordinairement leurs victimes à l’âge auquel celui de qui iis tiennent ce fatal héritage avait lui-méme été atteint. Puis par une sorte de compensation, il arrive que les remèdes qui ont réussi chez les parents contre cette affection qu’ils ont transmise avec le sang réussissent également chez leurs enfants dans les mêmes
circonstances.
Tous les auteurs répètent que chaque âge a des maladies qui lui sont propres, ou du moins qui se montrent plus fréquemment pendant sa durée que pendant tout autre. Cette assertion est vraie, mais elle mérite quelques commentaires. Et d’abord sont-ce bien, et toujours, et vraiment, des maladies dans toute l’acception du mot, que ces mouvements tumultueux et souvent orageux qui viennent alarmer notre sollicitude à des époques à peu près constantes, et qui sont effectivement étroitement liées à la révolution des âges? Non, nous ne le pensons pas; et quoique le dénoûment soit quelquefois fatal, par suite de l’impétuosité ou de l’inertie de l’organisme ou par toute autre cause, nous persistons à regarder ces mouvements anormaux comme étant le plus souvent de véritables crises qui s’opèrent par une loi naturelle, et pour le plus grand bien de l’économie, qui acquiert ainsi de nouvelles propriétés ou affinités vitales qui lui sont nécessaires pour parcourir la parabole organique qu’il lui a été accordé de décrire sur l’écliptique de la vie. Que sont en effet toutes ces actions et ces réactions qui s’opèrent dans l’économie aux diverses époques des âges, si ce ne sont des mouvements nécessaires tendant à amener des changements notables et indispensables dans notre constitution, qui tantôt grandit et qui marche,
tjui tantôL descend ou s arrête pour s éteindre un jour definitivement? Qu est-ce, si ce ne sont encore des efforts de conservation ou de guérison, opérant leur ouvrage par des crises ou des redoublements, tantôt en séparant, expulsant, ou purifiant ce qui est inutile ou dangereux, tantôt en retenant , consolidant ou assimilant ce qui est utile ou profitable? Qu’est-ce, si ce n’est le début de situations nouvelles pour le mouvement des sens et de l’intelligence ? Qu est-ce, en un mot, si ce n est vivre, puisque vivre c’est marcher, et que les pas en arrière comme les pas en avant rentrent par la volonté providentielle dans l’effort du mouvement continu qui est la souveraine loi ?
Que les esprits vulgaires ne reconnaissent dans le tumulte de tous ces phénomènes que le cri de l’économie affectée passivement, nous le concevons, parce que leur horizon est très borné et qu ils ne vont jamais au delà 5 mais nous comprenons aussi qu il n en saurait être de même des gens éclairés. Ils savent que la loi des événements est dans les causes finales, et que tous les mouvements conspirent à un résultat définitif, qui est la volonté et 1 ordre de la cause qui a tout constitué. Ainsi donc les opérations de la vie ne sont dangereuses que par leur excès, que par leur défaut ou leur anomalie. Elles ont toujours en elles la raison de leur exercice, et ce serait par conséquent agir très imprudemment que de les considérer comme des maladies, bien qu elles en présentent quelquefois le caractère et les allures. Elles se lient à des efforts nécessaires, c’est-à-dire à des besoins de l’économie qui se développe ou qui se décompose, qui se perfectionne ou qui se dégrade, qui s élève ou qui tombe. Telle est la vérité ; et l’on ne fera jamais de bonne médecine, si l’on n’accepte franchement ces principes, qui sont ceux du vitalisme hippocratique.
Quant aux formes diverses de la réaction, elles varient en raison d’une infinité de circonstances. Néanmoins elles prennent presque toujours les types de l’âge et les divers tons du tempérament. Ainsi, dans la jeunesse, par exemple, alors que la vie est partout en exubérance et en effervescence, et que le génie inflammatoire imprègne en quelque sorte l’économie tout entière, les réactions sont ordinairement impétueuses, ardentes et suicomposées d inflammation. Elles prennent, au conttaire, le caractère et la trempe de letat nerveux, si c’est le genre nerveux qui prédomine. Enfin, dans d’autres circonstances, les réactions se mêlent, se combinent et se tempèrent au gré des événements,
l\'l 6 l'IllNCIl'ES GÉNÉUAUX UE LA SCIENCE MÉDICALE.
et mille changements dans l’état des solides ou des liquides viennent encore ajouter à la série des complications nouvelles. La grande difficulté, la grande affaire du médecin est de distinguer au milieu de la tourmente de tous ces phénomènes vitaux ceux qui tiennent à l’affection et ceux qui dépendent delà réaction, les uns et les autres pouvant être alternativement causes ou effets. Examinez ce qui se passe a la première et a la seconde dentition , ce qui arrive à la puberté; analysez les phénomènes et les mouvements qui précèdent, accompagnent ou suivent ces grandes phases de la vie, et vous verrez que tout se fait dans un but arrêté et nécessaire. Vous verrez que la nature s’efforce de pourvoir aux besoins de l’économie croissante par rétablissement de nouvelles fonctions, et que, pour y parvenir, elle emploie des moyens très variés qui ne sont au fond que de véritables haletions accidentelles ou anormales dont le défaut d’harmonie pourrait seul être contraire, et dont les plus grands obstacles sont presque toujoui’s les traitements inopportuns que l’ignorance ou la peur improvisent contre elles. INous en dirons autant de ces croûtes au visage et à la tête, de ces dérangements de corps continuels et de ces fièvres éruptives que I on remarque si souvent chez les enfants. Ce sont des jetées salutaires que la nature opère dans l’intérêt de leur conservation , et ce que l’on pourrait faire de plus préjudiciable à ceux qui en sont affectés, serait, sans contredit, de contenir ou de refouler ces tendances et ces efforts utiles de la nature que l’on ne peut pas toujours imiter ou remplacer quand par des circonstances contraires ils viennent à manquer ou à se supprimer. De même il y a chez les vieillards une foule d’affections qu’il faut respecter parce qu elles sont le double produit des mouvements d’un âge qui n’est déjà plus et d’un autre âge qui va commencer, et aussi parce qu’elles tiennent à des conditions organiques ou vitales que rien ne saurait détruire, mais avec lesquelles l’économie de l’individu affecté finira par s’arranger si l’on ne la contrarie pas, si l’on ne provoque pas des mouvements inutiles ou imprudents, si le vieillard luimême se résigne à supporter le fardeau et les hypothèques légales de sa situation ; en un mot, s’il consent à vivre à la manière d’un vieillard, modo senili. Le tempérament joue un grand rôle dans l’histoire des maladies; aussi, sachons-le bien, ce que l'on nomme si étourdiment une maladie n’est bien souvent que l’exagération ou l’exaltation des fonctions surcomposées des effets du tempe-
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rament qui impriiue son cachet aux mouvements que l’économie opère clans les eues de sa propre conservation. C est ainsi que la réaction cpii a lieu chez un sujet vigoureux et sanguin a toujours pour caractère spécial et différentiel ce que l on nomme le génie inflammatoire ou sanguin, tandis que les mêmes causes morbifiques, en agissant sur un sujet essentiellement nerveux, déterminent au contraire une réaction purement nerveuse. Chez les uns, c est la bile qui déborde à la moindre occasion; chez les autres, c’est le sang qui se précipite; chez quelques uns, ce sont des flux muqueux qui apparaissent. Enfin il y a des sujets qui réagissent peu, mal ou point du tout; et suivant ces différences très marquées, les causes morbifiques produisent des effets qui sont à la fois 1 expression de l’action produite par la puissance morbifique et 1 expression du tempérament de l’individu qui réagit. Puis, comme tout se lie dans l’économie, chaque tempérament prédispose lui-méme à certaines affections spéciales. Ainsi le tempérament sanguin prédispose à la pléthore, aux inflammations, aux hémorrhagies actives et à une foule d’affections qui se rattachent à ces sortes de prémisses morbides. Le tempérament bilieux prédispose aux états gastriques, aux exanthèmes, aux maladies organiques, aux phlegmasies membraneuses, aux flux bilieux, aux dégénérescences cancéreuses. Le tempérament lymphatique prédispose aux affections muqueuses et catarrhales, au scorbut, aux scrofules, aux écoulements chroniques, à l’hydropisie. Le tempérament nerveux prédispose à l’ataxie, aux convulsions , à 1 hystérie et à 1 hypochondi ie. Relativement à la constitution, il est reconnu que les personnes fortes sont plus tôt abattues et vaincues par les maladies que les personnes faibles, et qu’elles sont très sujettes aux affections aiguës, tandis que les personnes faibles sont plus exposées aux maladies chroniques (c’est-à-dire aux affections et aux réactions lentes). En un mot, on peut dire que l’histoire du chêne et du roseau est aussi 1 histoire de l’humanité : ainsi les personnes fortes succombent en général aux fureurs de l’ouragan, et les personnes faibles se ielèvent ordinairement après la tempête.
L’état anatomique, le développement, la force et la disposition des différentes parties; la nature, la quantité et la qualité des fluides, favorisent ou contrarient particulièrement telle ou telle maladie : l'étroitesse de la poitrine prédispose a la phthisie, a quelques maladies du cœur et des gros vaisseaux; les luigos
Il 28 l'MNCIi'ES CGNÉliAUX DK LA SCIENCE MÉDICALE, viscères prédisposent à l'arthrite; l’abondance du sang est la source de la pléthore et d’une infinité de dyscrasies. Les diverses professions, l étal: de fortune ou de misère, sont autant de causes qui prédisposent à des genres différents d’affection. Ainsi, indépendamment des affections qui tiennent à la faiblesse de notre organisation, indépendamment de celles qui sont le résultat de nos écarts dans le régime et de nos excès dans la vie, il y a encore une grande quantité de maladies qui sont le produit de certaines causes qui agissent d’une façon aussi efficace, et quL sont plus meurtrières encore que celles que nous citons, parce que leur influence s’exerce, pour ainsi dire, tous les jours et à chaque instant. Ce sont les maladies auxquelles les métiers ou les arts exposent et livrent continuellement ceux qui les exercent. On peut rapporter leur action à deux grandes influences, principales sources de beaucoup d’autres, savoir : 1° à la qualité délétère des substances employées par les hommes de ces différents métiers, aux exhalaisons de ces substances, aux vapeurs qu elles dégagent; en un mot, à l’action physique ou chimique quelles exercent sur l’économie; 2° aux habitudes vicieuses que les ouvriers des divers métiers sont obligés de donner aux attitudes et aux mouvements de leur corps dont les fonctions sont plus ou moins contrariées par des positions gênantes et quelquefois par des efforts trop violents ou désordonnés. On doit rapporter aux premières les maladies des orfèvres, des miroitiers, des fondeurs, des peintres, des doreurs et des mineurs; et aux secondes, les maladies des tailleurs, des blanchisseuses, des scieurs de long, des sculpteurs, des maçons, des cordonniers, des portefaix. Enfin, et pour le dire en quelques mots, le riche a des maladies auxquelles le prédisposent le luxe, l’abondance, les excès, la satiété et l’ennui; et d’un autre côté, le pauvre est frappé tous les jours par des maladies qui tiennent à la misère, au découragement et à la privation des choses les plus nécessaires à la vie. Ce qui fait que l’on pourrait dire, que pour guérir le riche il faut le faire pauvre, et que pour guérir le pauvre il faut le faire riche.
On doit encore rapporter aux causes prédisposantes individuelles les influences directes des excès, des abus ou des erreurs que l’on commet dans l’emploi des choses dont on use ou dont on jouit. La mauvaise qualité des choses tient aussi son rang dans cette grande catégorie des incompatibilités. Citons encore parmi les causes prédisposantes individuelles : la fréquentation habi-
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I tuelle des amphithéâtres, des hôpitaux, des hospices, des prisons, -des théâtres; le changement de climat ou d’habitation; la forme «et la qualité des vêtements; l’état des lits; l’usage habituel des : bains trop froids ou trop chauds; la malpropreté, l'abus des par- : fums ou des cosmétiques; l’usage de certains aliments et de , certains remèdes ; l’influence de la thérapeutique régnante et des systèmes à la mode; la disproportion entre les matières excrétées et les agents réparateurs; l’état anormal ou la suppression des évacuations naturelles ou artificielles ; l’omission des saignées ou des purgatifs habituels; les exercices violents, trop soutenus, ou trop rares; la distribution mal ordonnée des heures de repas, des temps de travail ou de repos, de sommeil ou de veille.
On appelle causes occasionnelles celles qui, en excitant instantanément l’économie déjà affectée par des causes prédisposantes, font par leur effort éclater immédiatement l’affection sans cependant en déterminer la nature ou le genre. La cause occasionnelle ou excitante est, suivant l’expression de Gaubius, tout ce qui, survenant à la cause prédisposante, la développe et 1 excite, de manière que toutes deux ensemble produisent la maladie, ^i 1 une ni l’autre ne suffitseule pour opérer un résultat, il fautle concours de toutes les deux pour l’obtenir. Si la cause prédisposante manque, l’occasionnelle ne fait aucun mal; et de même, la cause occasion-
nelle reste sans effet si elle n’est favorisée par l’action de la cause prédisposante. Ainsi les causes occasionnelles ont cela de particulier, quelles peuvent déterminer l’explosion soudaine d’une infinité d’affections «sans être la cause réelle d’aucune d’elles en particulier, de sorte que la même affection peut être déterminée par toute espèce de cause occasionnelle, et que la même cause occasionnelle peut déterminer les maladies les plus différentes. Parmi les causes morbifiques internes, il y en a dont le germe a été, pour ainsi dire, déposé chez nous avec la vie, quoique ces causes ne révèlent réellement leur présence qu après un temps plus ou moins long de séjour ou d’incubation. Il y en ad autres qui se lient à une disposition particulière et naturelle de 1 organisme qui prépare ou détruit tôt ou tard tel ou tel genre d affection morbide spéciale; enfin, il y a un très grand nombre de causes morbifiques internes qui sont le produit et comme e
. , • i ... amonts de la vie, de nos habitudes,
résultat nécessaire des mouvements cie ia m, »
de nos écarts, de nos excès, de nos passions onde nos v.ces. Parut,
les agents morbifiques internes, les uns exercent leur art, on sur
l’ensemble de l’organisme et produisent une affection générale; les autres au contraire ne s’adressent qu’à quelques parties seulement, ctn’occasionnent, par conséquent, que des lésions locales. Dans tous les cas, il faut toujours se rappeler qu en détruisant la cause morbifique, on détruit l’affection, et qu’on empêche ainsi la réaction qui, unie à l’affection, constitue la maladie.
Les solides, ou parties contenantes des fluides, ne sont pas ordinairement affectés vicieusement par la présence de ces fluides, alors même qu’ils sont altérés ou malades, mais les fluides et les humeurs mêmes les plus saines deviennent des causes morbifiques très actives pour les parties qui n’ont pas l’habitude de les recevoir, quand elles y pénètrent accidentellement. Il se manifeste d’abord de Firritation, puis on voit éclater des accidents plus ou moins graves. Le sang lui-même, s’il est porté dans des parties qui lui sont étrangères, devient nuisible par ses propriétés physiques et chimiques; la bile et l’urine, épanchés hors de leurs vaisseaux ordinaires, deviennent encore plus nuisibles. Il faut considérer encore comme autant de causes morbifiques internes certains gaz qui se forment spontanément au sein de nos humeurs, et toutes sortes d’altérations de qualité ou de quantité auxquelles elles sont sujettes. Ainsi, par exemple, un départ chimique dans les parties constituantes de la bile, de 1 urine ou de tout autre liquide animal, est incontestablement un principe actif de maladie, et le sang qui est la source principale de nos humeurs devient souvent la cause de beaucoup d affections, soit qu il pèche par excès ou par défaut de quantité, ou qu’il soit altéré ou simplement modifié dans sa composition. Enfin, le genre de vie, 1 âge, les habitudes, la profession, le tempérament, les phénomènes de l’accroissement et de la reproduction, et jusqu’aux réactions que la nature oppose à tout ce qui est contraire à son équilibre, deviennent souvent des causes efficientes des maladies, qui donnent ensuite naissance à de nouvelles affections, à de nouvelles réactions et à des complications nombreuses.
Parmi les causes internes que nous venons d'énumérer, toutes ou presque toutes ne sont bien souvent que le produit de quelque cause accidentelle et primitive, de quelque dérangement dans l'habitude ou dans le jeu des fonctions, de quelque modification dans la qualité des excitants indispensables à l’entretien de leurs mouvements ou au renouvellement de la substance des organes. Mais comme ces premiers dérangements sont presque toujours
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insaisissables ; comme la maladie, on, pour mieux dire, comme la iréaction ne se déclare que sous l'action des causes secondaires,
I formation de gaz, engorgement d’humeurs ou altération de comjposition, on donne le nom de causes morbifiques internes à ces «causes secondaires, parce qu’elles sont pour les meilleurs observateurs le terme au delà duquel il n’y a plus d’horizon. Ainsi des ■ causes pour ainsi dire insaisissables modifient les solides, les liquides ou les fonctions. A la suite de ces modifications, il survient des épanchements, des engorgements, des départs chimiques ou vitaux, des altérations de quantité ou de qualité, des mouvements étranges, des lésions de fonction ; puis apparaissent enfin les réactions : et comme le mal les accompagne, ou du moins comme il devient alors sensible pour tout le monde etqu’il semble être le produit ou la conséquence nécessaire de l’un ou de plusieurs de ces états anormaux que nous venons de signaler, on donne à ces derniers le nom de causes morbifiques internes, quoique
ces prétendues causes ne soient réellement que les effets de certaines modifications primitives, occasionnées par des causes fugitives ou insaisissables. Ici donc, comme dans beaucoup de choses d’un ordre plus élevé , nous ne connaissons pas les causes premières, et nous sommes forcés de nous contenter d apprécier les causes secondes, qui sont encore pour nous des causes majeures, puisqu’elles sont les seules que nous puissions atteindie , saisir et définir. Voici un exemple qui va servir a expliquer la théorie que nous établissons. Supposez qu un homme d un tempérament excessivement bilieux apprenne tout à coup une nouvelle désastreuse, foudroyante; tout aussitôt son système bilieux entre en état d’effervescence, sa bile s épanche et elle passe violemment de ses réservoirs ordinaires dans le duodénum et dans l’estomac où, par son accumulation et la qualité vicieuse de ses principes, elle devient une cause d’irritation. Alors le ventricule se contracte, et .1 fait des efforts inouïs pour chasser au dehors, à l’aide du vomissement, cet hôte incommode qui 1 importune. Il réussit ou il échoue. Dans ce dernier cas, la reaction devient plus forte encore et surtout plus éneigique, et elle cou stitue de ce moment un état pathologique que I on désigne sous le nom de fièvre bilieuse , et qui n’est en définitive ici que le dernier résultat d’une cause morbifique seconde, devenue assez puissante pour déterminer une maladie. On doit ranger aussi parmi es causes morbifiques internes, les vices ou les défauts d’organisa-
tion tics solides, l’exubérance, le défaut ou l’altération des humeurs , toutes les productions anormales, les vers intestinaux, les hydalides, les animalcules; et, d’autre part, les fonctions organiques ou vitales qui sortent de leur type d’activité normale, et toutes les affections internes qui, par leur influence directe ou sympathique, donnent lieu à des lésions organiques secondaires qu’on appelle des complications. On nous dira peut-être que toutes ces altérations des organes ont une cause qui les entretient. Oui, sans doute ; mais une fois établies elles deviennent la source à leur tour de divers effets, et sous ce rapport elles sont positivement des causes. Pourtant il ne faut pas pousser trop loin la recherche et surtout l’explication des causes, car on finirait par dépasser les limites du raisonnable, et cette étude minutieuse et purement scolastique des causes, qui engendre tant de disputes et tant d’erreurs, deviendrait infailliblement plus nuisible qu’utile à un art qui s’appuie surdes observations et surdes faits beaucoup plus que sur des discours. Ce qu’il faut connaître, c’est la nature des causes morbifiques ; ce qu’il faut savoir, c’est comment on les neutralise, comment on les expulse ou on les détruit. Ce qu il ne faut jamais oublier, c’est que l’on meurt par l’excès et par la violence de la cause morbifique ; par l’excès de l’affection qu’elle produit et aussi par l’excès de la réaction quelle occasionne ; et cela parce que l’affection et la réaction s’exercent sur les organes et par les organes, qu’elles usent et changent aussi leurs qualités et leurs rapports. Telle est la cause de ces dépôts et de ces engorgements qu’on voit dans l’économie , et aussi de ces réactions secondaires, sources d’affections et de réactions nouvelles qui deviennent nécessairement la cause d’innombrables complications.
Les causes morbifiques externes sont aussi nombreuses que variées; elles existent partout et sous toutes les formes: elles sont mécaniques, physiques ou chimiques. Il y en a qui coupent, qui déchirent, qui écrasent ; il y en a qui modifient chimiquement nos humeurs. On compte parmi ces dernières les aliments, les boissons dont nous faisons usage et jusqu’aux médicaments que nous employons pour nous guérir. Enfin, il y en a qui, comme la foudre, détruisent la vie en quelques instants.
Pour connaître les causes morbifiques externes, il faut approfondir ce que l’on nomme la matière de l'hygiène, c’est-à-dire la nature et faction de toutes les choses dont on use et dont on jouit
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s, improprement appelées par les anciens les choses non namrelies, et que nous trouvons désignées dans les classiques sous les noms de cire um fusa, applicata, ingesta, excreta , g esta et percepta. Pann. les causes morbifiques appartenant à la classe des circumfusa, on compte les émanations animales, végétales ou minérales, les gaz délétères et tous les agents toxiques qui se trouvent accidentellement ou naturellement dans l’atmosphère soit à l’état de suspension , soit à l’état de division ou de dissolution. D’autre part, les grandes réunions d’hommes ou d’animaux, les amas d’eau dormante ou corrompue, sont encore autant de causes morbifiques externes. Parmi les applicata , tout ce qui détruit, tout ce qui brise, tout ce qui gène la circulation des fluides ou le mouvement des solides, doit être rangé parmi les causes des maladies. Les étofïes, les tissus el les cosmétiques sont aussi, en vertu de quelques unes de leurs propriétés, des causes morbifiques très actives. Les aliments et les boissons; les poisons, que le professeur Orfila a divisés en six classes, en vertu de leurs propriétés corrosives, astringentes, âcres, narcotiques, narcotico -âcres , septiques, sont, parmi les agents qui appartiennent à la classe des ingesta, ceux qui fournissent la majeure partie des causes morbifiques. Les causes morbifiques fournies par la classe des excreta sont beaucoup plus nombreuses qu’on ne pourrait le croire; il faut leur rapporter tous les embarras des matières solides ou liquides retenues ou non excrétées, dont les amas produisent une foule d’affections graves et souvent mortelles. La classe des gesta renferme toutes les causes morbifiques qui tiennent aux excès, aux défauts ou aux irrégularités de l’exercice; à la violence des contractions musculaires, en un mot à tout ce qui a rapport aux modes infinis du mouvement. Enfin la classe des percepta ne le cède en rien aux autres classes en fait de causes morbifiques. C’est à elle qu’appartiennent la joie, la tristesse, l’étude, le travail et les passions, ces sources de tant de bonheur qui tue, et de tant de misères qui étouffent. C’estelle qui comprend les mouvements de la pensée dont le concert ou le désordre embrassent tous les degrés de l’existence depuis le calme jusqu à la stupeur, depuis l’expansion douce jusqu a 1 exaltation furieuse.
Au commencement de ce chapitre, nous nous sommes conformé aux habitudes des auteurs en divisant les causes morbifiques en causes déterminantes, prédisposantes et occasionnelles. Nous avons dû agir ainsi, afin de ne rien laisser perdre des détails
A3 à PRINCIPES GÉNÉRAUX DE DA SCIENCE MÉDICALE, intéressants qui ressortent fie ce mode de classification; mais lions devons déclarer maintenant f|tie cette division, qui offre quelques vues importantes, est très loin en définitive de présenter une grande exactitude. En effet, ce n’est que par une confusion spécieuse que l’on a pu admettre des causes prédisposantes, car les causes que l’on nomme ainsi ne sont en réalité que des causes lentement efficientes. Elles modifient l’économie du moment qu’elles entrent en action ; par conséquent, elles sont réellement efficaces et efficientes, et si elles prédisposent à quelque chose de plus éloigné, c’est seulement à la réaction qui, dans cette circonstance, caractérise l’effort de la nature médicatrice essayant de remédier aux effets lentement produits par ces causes morbifiques. Ainsi donc les causes que les auteurs anciens ont désignées sous le nom de causes prédisposantes générales ou individuelles ne sont en réalité que des causes déterminantes dans toute l’acception du mot, mais ce sont des causes lentement déterminantes, c’est-à-dire des causes qui prennent beaucoup de temps pour organiser un état morbide complet présentant, par conséquent, comme éléments l’action et la réaction : l'action, ou l’ensemble des effets directs produits par la cause morbifique, c’est-à-dire le mal; la réaction, autrement dit la somme des efforts de la nature médicatrice, c’est-à-dire le bien, pourvu cependant que cette réaction ne sorte pas de certaines limites qui constituent son état physiologique.
Dans cet état de choses, nous pensons qu’il est à propos de changer cette classification des causes, en causes déterminantes et prédisposantes, et qu’il faut la remplacer par une division des causes en causes immédiates et causes médiates : en causes immédiates qui produisent immédiatement et sans lacune tous leurs effets, et partant tous les phénomènes de l’action et de la réaction qui forment la maladie; en causes médiates, c'est-à-dire en causes qui produisent pendant un certain temps une modification compatible avec les allures ordinaires de la vie, mais qui finissent à la longue par déterminer la réaction, c'est-à-dire le second élément de la maladie, réaction qui fixe seule l’attention des médecins qui ne remontent pas à la cause de ce phénomène, et ne vont pas en chercher la raison dans l'action persévérante d’une cause morbifique dont les effets tacitement accumulés deviennent la cause de l’état morbide complet. Ainsi donc plus de causes morbifiques déterminantes, prédisposantes,
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occasionnelles ou excitantes, mais seulement des causes immédiates et médiates. On verra avec un peu d attention combien cette division est fondée, combien elle est médicale.
l.es causes morbifiques produisent primitivement des phénomènes d’affection et consécutivement des phénomènes de réaction qui varient selon qu’elles sont physiques, mécaniques, chimiques ou organiques, vitales, fugitives, permanentes ou renaissantes. L’action morbifique varie dans son activité et dans les effets qu’elle produit : 1° en raison de la nature de l’agent morbifique qui la détermine; en raison de sa masse, de sa quantité de substance, et de son mélange avec d’autres agents également actifs qui peuvent augmenter, diminuer ou modifier son énergie; 2° en raison de 1 état physiologique ou pathologique, dans lequel se trouve l’organisme quand l’agent morbifique commence son action, c’est-à-dire en raison de 1 âge, du sexe, de la constitution individuelle, des habitudes, de la manière de vivre, et selon d'autres circonstances, également très importantes, qui se rattachent à l’état de la saison, à la constitution atmosphérique et médicale, à la nature du sol, du climat, du pays. Et comme l'association de ces influences est possible, comme elle peut s opérer dans des conditions très variées et très différentes, il en résulte que les agents modificateurs présentent sans cesse dans leur action des anomalies considérables qui portent autant sur la nature que sur l’intensité des effets produits. De plus, il ne faut pas oublier que l’organisme, en agissant et en réagissant sur les agents morbifiques, leur imprime des modifications qui augmentent ou affaiblissent les affinités étiologiques et électives qui leur sont propres. Si nous analysons les phénomènes que produisent les causes morbifiques, nous reconnaîtrons qu’ils consistent dans une série de modifications, d altérations et de réactions que l’on confond à tort sous le nom de symptômes, alors qu’on devrait les séparer, attendu qu’ils ne sont pas de même nature, et qu’ils ont, au contraire, des tendances particulières qui dérivent directement de leurs causes finales différentes. Nous reconnaîtrons aussi que les agents morbifiques, comme les agents hvgiémques, comme les agents alimentaires et médicamenteux, opèrent dans 1 état des organes et dans les mouvements de la vie des changements notables, à la suite desquels on voit surgir soit une affection morbide, soit une perturbation, soit une amélioration sensible; d’où il résulte qu’il faut s’attacher scrupuleusement
à classer ces différents résultats sous peine de tout confondre: l’effet primitif et l’effet secondaire, l'effet physiologique et l'effet pathologique, l’effet morbifique et l’effet thérapeutique.
L’action morbifique s’exerce sur tout ou partie de l’économie; mais ses effets ne sont pas toujours appréciables : ainsi, par exemple, dans les névroses, les changements qui surviennent dans l’état matériel ne sont pas faciles à distinguer et quelquefois même ils sont impénétrables. L’action morbifique a encore pour résultat d’augmenter, de diminuer ou de perturber I action physiologique ou vitale. C’est ainsi qu’une vive excitation augmente la vitalité des membranes de l’estomac: les fluides abondent, et leur présence exagéréeest àlafois un effet morbideetune cause secondaire de réaction. De^néme un opiatique, en engourdissant la vitalité de l’estomac, frappe aussitôt de stupeur ses divers tissus, suspend la digestion, altère la nature de ses produits, et devient, comme dans le cas précédent, cause d affection, cause de réaction, et par conséquent cause de maladie. Enfin, quand l’action morbifique est soutenue, elle peut faire passer l’économie par les extrêmes de l’exaltation et de la prostration, c’est-à-dire par toutes les alternatives.
Parmi les causes morbifiques, les unes produisent leurs effets immédiatement, telles sont les causes vulnérantes; les autres mettent un temps plus ou moins long avant d’occasionner un résultat apparent. Enfin, entre ces deux extrêmes il y7 a une fouie de termes intermédiaires: ainsi, par exemple, les principes virulents delà rougeole, de la variole et de la scarlatine n agissent ordinairement qu’au bout de trois ou quatre jours, et celui de la syphilis, qui agit habituellement du quatrième au sixième jour, reste quelquefoislfesoupi pendant plusieurs mois. M. le docteur Blaud résume dans les corollaires suivants les lois étiologiques relatives aux agents morbifiques : «1° Un agent externe quelconque n’est morbifique qu’autant qu’il existe entre lui et notre organisation des rapports ou des affinités étiologiques. 2° L'action d’un agent morbifique est en raison directe de sa masse agissante et de son union avec un ou plusieurs autres agents qui ont la propriété d’ajouter à son énergie. 3° Il estdes agents morbifiques qui', introduits dans l’organisme et y ayant exercé leur action, s’y détruisent ou en sont expulsés après avoir perdu toutes leurs propriétés morbifiques, et alors les maladies qu’ils ont déterminées ne se reproduisent plus (maladies sporadiques). h° U en est d’autres qui
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sortent avec toutes leurs propriétés primitives de l’organisme qu’ils ont déjà atteint, et qui, en pénétrant dans d’autres individus, y développent les affections qu’ils avaient déjà déterminées (agents des maladies contagieuses). 5uD’autres, touten conservant leurs propriétés, modifient l’organisation qu’ils ont atteinte de manièie qu ils ne peuvent plus agir sur elle (agents des maladies qu’on 11'a qu’une fois dans la vie). 6° D’autres encore,se conservent dans l’organisme et y séjournentavec toutes leurs affinités pendant uji temps plus ou moins long, sans manifester leur action (virus rabique), etse transmettent par la génération (virus syphilitique). 7Ü 11 en est qui, par une affinité générale, agissent sur un grand nombre d individus à la lois (les agents des maladies épidémiques). 8° Un en voit qui agissent sur toutou partie de l’organisme. 9° L action d un agent morbifique peut être vive ou faible, lente ou rapide, courte ou longue, continue, rémittente ou intermittente. 10° Les divers agents morbifiques sont modifiés dans leur action par une foule d’influences qui en activent, en affaiblissent ou en annihilent les effets. »
ilien n’est plus curieux ni plus important à étudier que le mode de reproduction etde développement des causes morbifiques dans l’économie. Cette étude nous apprend comment une affection primitive locale devient générale, par la propagation de l’agent morbifique qui l’a produite et qui imprègne vicieusement les humeurs de l’économie, comme on est à même de le remarquer dans les diathèses cancéreuse, dartreuse, syphilitique constitutionnelles.
Quelquefois la puissance et l’action de la cause morbifique s’épuisent par les effets qu’elleproduit; alors tout rentre naturellement et successivement dans l’ordre, à mesure que cette cause s’affaiblit et s’éteint. Quelquefois, au contraire, la cause morbifique résiste et persiste, et ses effets augmentent, se compliquent et font éclater les réactions.
Ainsi donc, dans tous les cas, les effets produits par la cause morbifique et entretenus par elle ne sedissipentquepar les efforts ou les mouvements de la vie, mouvements physiologiques ou pathologiques, qui se lient dans l’économie à deux causes en opposition contrastante, savoir : à la cause qui détruit ou qui cherche à détruire, et à la cause qui guérit ou qui tend à guérir. Il résulte de là que ce ne sont pas les symptômes de 1 affection qu il faut combattre d’abord, mais que c’est avant tout la cause qui produit
338 PRINCIPES GÉNÉRAUX UK LA SCIENCE MÉUICAEE. ces symptômes, à moins cependant qu’ils ne soient dangereux ou menaçants par eux-mêmes. Du reste, en détruisant la cause morbifique en temps opportun, on détruit l'affection, et l’on s’oppose ainsi à la réaction qui constitue souvent une seconde affection, et qui demande toujours à être réglée ou surveillée.
Chaque partie de l’économie, chaque humeur a ses goûts, ses préférences, ses appétits, ses affections et en quelque sorte ses amis et ses ennemis, si l’on peut s’exprimer ainsi. Puis cette manière de sentir est à son tour la source d’une action élective, d’une espèce d’affinité en vertu de laquelle chaque appareil ou chaque partie de cet appareil répond d’une manière qui lui est propre à l’appel qui lui est fait. C’est également en raison de cette capacité élective que certains agents morbifiques portent leur influence sur l’ensemble de l’organisme par une affinité étiologique générale, tandis que d’autres agissent spécialement, spécifiquement surquelques organes, sur telle ou telle humeur, et produisent dans ces organes et dans ces humeurs des lésions et des altérations spéciales. Or, le médecin ne saurait attacher trop d'importance à cette étude de l’action élective des causes morbifiques, car c’est là surtout qu’il puisera de grands enseignements qui l’orienteront et le dirigeront ensuite dans sa pratique, ce but suprême où tout notre art conspire sous les inspirations et les leçons de la science. Nous ajouterons qu’en raison de cette action élective des causes morbifiques et des puissances vitales, il survient des incompatibilités physiologiques et pathologiques qui dérivent de l’association , de la combinaison ou de la réaction de certains principes qui modifient, neutralisent ou détruisent mutuellement leur action.
En résumé, il est à désirer qu’on établisse une distinction classique entre les phénomènes qui sont le résultat des causes morbifiques produisant leur effet, et les phénomènes qui proviennent de l’action médicatrice de la nature; car, par une étrange confusion, le mot symptôme , que l’on emploie indistinctement pour exprimer ces deux ordres de phénomènes, est la source éternelle d’une logomachie déplorable, infiniment compromettante pour la science et pour l’art.
DE LA PATHOGÉNÉSIE.