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DE LA SYMPTOMATOLOGIE OU DE LA SCIENCE DES SYMPTÔMES

Kx errore cititis emergit vèrilas quam ex coufus‘one. (Bacon.)

La symptomatologie est la branche de la médecine qui a pour objet la connaissance des phénomènes et des symptômes qui caractérisent les maladies et l’interprétation de ces phénomènes et de ces symptômes, c’est-à-dire la connaissance du langage de la nature. L’histoire des symptômes, telle quelle existe aujourd’hui, laisse beaucoup à désirer, et ce que I on peut faire de mieux, c’est d’oublierpour un instant toutce qui a été fait jusqu’ici, pour recommencer sur de nouveaux frais un travail complet à ce sujet. Ce travail devra surtout avoir pour objet de classer les svmptômes d’après leurs tendances finales: les uns caractérisant l’affection ou l’action morbifique; les autres spécifiant, au contraire, la réaction ou l'action médicatrice; les uns et les autres formant en définitive les éléments ou les deux termes opposés de la maladie proprement dite. Le mot symptôme , en grec sVz-Mpx, est formé de deux mots, savoir: de cùv, avec, et de tùwtm, je tombe, je suis, je marche avec, ] accompagne. Ainsi, d après le sens étymologique, le mot symptôme exprime tout phénomène qui suit une action, qui marche avec elle, cj ui en est le produit, qui Ja dénote, qui la fait reconnaître et la constitue.

Le mot symptôme a été employé de tout temps pour désigner les phénomènes apparents des maladies; cest dans ce sens que Galien a dit du symptôme qu’il suit la maladie comme 1 ombre suit le corps, et que là où il nv a point de maladie, il ne

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saurait y avoir de* symptôme. Suivant M. le professeur Chomel, on doit entendre par symptôme tout changement perceptible aux sens survenu dans quelque organe ou dans quelque fonction et lié à l’existence d’une maladie (on pourrait dire, et lié à l’action d’une cause morbifique dont il est le produit). Il ne faut confondre les symptômes ni avec les phénomènes ni avec les signes : toute action, tout changement qui a lieu dans le corps sain est un sim- j pie phénomène et non pas un symptôme; tout changement qui s’opère dans le corps malade et qui se lie immédiatement à une affection dont il est l’effet, est absolument et véritablement un symptôme. Le symptôme diffère du signe en ce que le signe est une conclusion que l’esprit tire du symptôme, tandis que Je symptôme est simplement une expression, une manifestation. En d’autres termes : le symptôme est un phénomène morbide que tout le monde peut voir et saisir; le signe, au contraire, est un jugement, une induction, une déduction que le médecin seul peut tirer de l’observation des phénomènes ou des symptômes. Il en résulte que dans un symptôme l’homme du monde ne voit qu’un phénomène, tandis que le médecin y découvre des signes qui deviennent ultérieurement pour lui le point de départ, le point d’appui, et comme la règle de sa pratique médicale.

Pour les organiciens, tout symptôme est le résultat absolu d’un état pathologique; c'est l’effet d'une lésion de structure ou le produit d’une altération organique. Pour les vitalistes, tout symptôme a sa source soit dans une modification de la force vitale radicale, soit dans une altération des solides ou des liquides. Voici ce que la raison, guidée parle principe, nous a indiqué sur cette grande question des symptômes que nous avons étudiée au point de vue du vitalisme hippocratique, dont la philosophie domine toujours nos propositions, comme elle domine la science médicale qui lui doit ses développements et ses plus hautes vérités.

Dans l’acception la plus générale du mot, on doit entendre par symptôme tout changement nuisible opéré par une cause morbifique dans le mécanisme ou dans le dynamisme de l’économie animale, c’est-à-dire dans l’état de nos forces, dans la constitution, dans les rapports de nos organes, dans la composition de nos fl u ides ou de nos humeurs. Eu développant cette définition, on peut dire que les symptômes forment cette partie de l’état morbide qui tombe sous les sens soit du médecin, soit du malade, et qui est tellement évidente pour tous qu’elle se présente

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d’elle-mème, et qu’on lu reconnnît sans effort. Ainsi donc, et nous revenons avec intention sur ce point, les symptômes doivent être regardés comme le produit de l’action exercée sur tout ou partie de l’économie par les agents morbifiques; ce sont eux qui suivent la cause morbifique comme l’ombre suit le corps; ce sont eux qui, comme éléments primitifs de la maladie, constituent, par leur ensemble , le principal cortège de l’état anormal ou accidentel que l’on nomme vaguement Y état morbide. En résumé, les symptômes sont l’expression sensible de tout ce qui survient dans l’économie à l’occasion d’une cause morbifique. Et par l’ensemble des phénomènes qu’ils présentent, parleur succession, leur coordination et leur terminaison soumises à des lois rigoureuses, ils forment, en dernier ressort, l’état morbide, cet état si compliqué dont on parle tant et que l’on connaît si peu.

Les symptômes doivent être définis encore au point de vue descriptif et au point de vue étiologique , c’est-à-dire d’après la connaissance que l’on a de leur expression, et d'après la connaissance que l’on a de la cause qui les produit et de la liaison de cette cause avec ses effets. Au point de vue descriptif, les symptômes sont la partie sinon matérielle, du moins évidente de l’état morbide. Ils en sont les traits caractéristiques; ils composent sa physionomie réelle; ils nous mettent à même d’établir les caractères évidents, distinctifs et pathognomoniques des diverses maladies, et ils nous indiquent encore ce qui a été, ce qui est et ce qui sera dans l’état morbide, pourvu qu’éclairés par l’expérience et l’instruction théorique, nous sachions distinguer ce qui est fugitif de ce qui est durable, ce qui lient à la constitution de ce qui n’est qu’accidentel , ce qui est nécessaire de ce qui n est que contingent ou coïncident; enfin, pourvu que nous sachions classer les symptômes et les distrihuer d après leur unpoitance et leur objet final, ainsi que d après I ordre selon lequel ils se pté* sentent, se succèdent, se correspondent, s enchaînent et se teiminent , toutes choses qui rentrent dans la connaissance du mécanisme de l’affection et de la réaction, qui forment, pai lem ensemble, la maladie proprement dite.

Au point de vue médical ou étiologique, c’est-à-dire au point de la liaison et de l’interprétation des phénomènes, de leurs tendances et de leur but, les symptômes doivent être considérés comme les expressions mêmes de la nature dont ils constituent le langage. En effet, chaque groupe de symptômes est un pro-

/|/|8 PMNCIPKS GÉNICBAUX DR l.A SCI K NC K MÉDICALE, gramme qui s’adresse à notre entendement scientifique pour lui révéler soit une douleur, soit un mal, soit un besoin, soit une affection ;d’où il suit que la symptomatologie, philosophiquement formulée dans son ensemble, est la conversation de la nature exprimant elle-même son état. Si les symptômes sont violents, dit le savant professeur Golfin, la nature parle à voix haute et nous avertit, par l’élévation du ton de son langage, que laffection est très intense, qu’elle est grave et dangereuse, que la force vitale médicatrice agit avec trop d’énergie, que les moyens quelle met en œuvre pour combattre les lésions vitales et organiques sont trop intenses, qu’ils peuvent en peu de temps amener de grands désordres, se tourner contre l’agrégat vivant et le compromettre. Mais si, au contraire, les symptômes, loin d’étre véhéments, sont faibles, on peut les confondre quelquefois avec ceux qui, étant modérés, indiquent que la nature se suffit. Il se peut, dans ce cas, que l’opportunité thérapeutique se présente , mais elle est peu prononcée, douteuse, incertaine ; on ne la reconnaît pas, on croit qu’on peut livrer la maladie aux soins de la nature; on reste dans l’expectation, on n’agit pas quand il faudrait agir; le moment favorable passe, le mal fait des progrès, et quand on veut agir, il n’est plus temps de donner des secours qu’on a trop retardés : « Sero medicina paratur. »

Du reste, rien n’est plus difficile que de bien interpréter le langage de la nature, que d'indiquer la raison, la tendance et la fin des symptômes, c’est-à-dire que de convertir les symptômes en signes, et de faire connaître clairement l’indication qu ds présentent; et cela se conçoit, quand on pense que beaucoup de prétendues maladies ne sont en définitive que des symptômes passifs de quelque état chronique méconnu, mais peu dangereux, et que beaucoup de symptômes, par leur exagération et leur exaltation, forment de véritables affections qu’il est important de guérir. C’est sans doute ce qui avait entraîné les médecins de Cnide à considérer chaque symptôme comme formant à lui seul une affection particulière. Constatons encore un fait important sur lequel nous reviendrons souvent: c'est que dans tout état morbide, simple ou composé, il y a deux ordres de symptômes qui figurent comme éléments du mal, et qui, par leur réunion, forment la maladie, comme nous l’avons déjà indiqué dans plusieurs de nos ouvrages, et notamment dans un mémoire intitulé : Un mol sur feint morbide (Paris, 1 8 3 U). Constatons que, parmi les symptômes d une maladie,

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les uns sont I expression ou le produit de l’agent morbifique exerçant son action, et que les autres, au contraire, sont l’expression ou le produit de la nature médicatrice s’efforçant de réagir contre la cause morbifique, afin de la détruire, de la neutraliser, ou de réparer le mal ou le désordre occasionné par elle. Reconnaissons enfin que les symptômes produits par les causes morbifiques constituent en dernier ressort l’action morbifique réglée elle-même parles lois étiologiques , comme les symptômes produits par la nature médicatrice s’efforçant d’opérer la guérison constituent l’action médicatrice réglée aussi par des lois que nous appelons pathologiques ou médicales.

Telle est la vraie méthode philosophique : par elle nous passons successivement de la notion expérimentaleetanalytique des divers symptômes à la notion synthétique et philosophique de la maladie, qui est, en définitive, le produit combiné des divers groupes de symptômes agissant comme éléments, et formant à la fois l'affection et la réaction. Maintenant que l'on considère avec nous les symptômescoinmeétant, les uns le produit de l’action morbifique, et les autres le résultat de l’action médicatrice; ou bien qu’on les considère vaguement comme étant les indicateurs de la maladie, toujours est-il qu’il faut apporter la plus grande importance à l’étude de leur nature, de leur violence, de leur indolence et de leurs modes successifs de coordination et de terminaison , car ce sont ces modes divers d’expression qui révèlent l’état de l’économie, ses souffrances et ses ressources. Ainsi donc les symptômes servent d’interprète à l’économie souffrante, et ils forment le langage de cette force active, qui est la vie et dont la maladie et la santé ne sont que des manières d’être; car, notez-le bien, les symptômes ne sont pas seulement le cri des organes souffrants, mais ils sont aussi le mot delà nature défendant ses droits, et travail huit à sa propre conservation. On peut donc s écrier en les voyant: Voici le mal , et voi là le remède du mal ; car, si les symptômes passifs témoignent du mal que 1 économie su p porte ou subit, en i e van clic les symptômes actifs indiquent très utilement la voie que 1 on doit suivre et les moyens que 1 on doit employer contre les phénomènes morbides, sous la réserve des droits de la natme. Ln un mot, le symptôme c’est tour à tour le cri de 1 organisation qui se plaint et de l’organisation qui se défend, de 1 organisation qui se détruit et de l organisation qui se guérit, de 1 organisation qui souffre et de l’organisation qui réagit. Cette division fondamentale

ti 50 principes généraux dé la scif.ncf. médicale.

est comme la colonne de feu qui éclaire et conduit les fidèles et les

vrais croyants de la médecine.

Les institutionnistes, Boerhaave en tête , divisaient les symptômes en trois grandes classes, selon que Ja modification morbide observée dépendait d’un trouble dans les fonctions , ou d’une altération dans les matières évacuées, ou d’un changement vicieux dans les qualités du corps. Bavle voulait qu’on les divisât en symptômes vitaux et en symptômes physiques. Enfin, on les divise encore en symptômes locaux et généraux, primitifs et secondaires, principaux et accessoires, actifs et passifs, auxiliaires et pathognomoniques, fortuits ou accidentels. Et comme si toutes ces divisions ne suffisaient pas, on a admis encore des symptômes positifs et des symptômes négatifs, des symptômes de la cause, des symptômes de la maladie, et enfin des svmptômes des symptômes!... On appelle symptômes locaux ceux qui apparaissent a l’endroit même où la cause morbifique a exercé ou exerce encore son action. On appelle symptômes généraux ceux qui intéressent plusieurs systèmes à la fois et qui se montrent loin du fover d’action de la cause morbifique, ou du siège de la maladie, comme on dit en terme de médecine ou d’anatomie pathologique. On les appelleaussi symptômes secondaires, parce qu ilssedéelarentsecondairement, du moins dans une foule de cas, car il v a des états morbides qui débutent par des réactions d’ensemble, par des efforts généraux , comme si la cause morbifique excitait par sa violence et le danger de son action un toile rapide et général.

Les symptômes principaux ou caractéristiques soûl ceux qui tiennent le premier rang dans un état morbide, soit par rapport à l'organe affecté , soit par rapport à la fonction qui est dérangée , soit enfin par rapporta l’importance ou à la gravité de leurs effets consécutifs ou inévitables. Les symptômes accessoires sont ceux qui se mêlent aux symptômes principaux et qui compliquent l’appareil sensible de l’état morbide sans l'aggraver notamment. Les symptômes passifs caractérisent l’état de l’économie affectée passivement, comme les symptômes actifs caractérisent l’état de l’économie affectée activement. Il n’est pas toujours facile de distinguer ces deux ordres de symptômes. Les symptômes auxiliaires forment, pour ainsi dire, une variété de symptômes actifs. Ils appartiennent à ces groupes de phénomènes, si mal étudiés et si mal décrits dans les ouvrages , que les anciens appelaient en masse les épigénomènes. On nomme symptômes pathognomonigues

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ceuX qui , seuls ou du moins en n és petit nombre , suffisent pour caractériser une maladie. Le mot pathognomonique est formé de deux mots grecs, savoir : de ir«0oç> qui veut dire mouvement et de yvc qui sert à faire connaître. Il a été donné à certains symptômes si étroitement liés à certaines maladies , que ces maladies n existent jamais sans eux et qu’ils ne se montrent jamais sans cpie ces maladies aient lieu. Ainsi donc les symptômes pathognomoniques, qu on nomme aussi suffisants, essentiels, univoques, sont ceux

qui appartiennent spécialement et absolumentà une affection quelconque qu ils caractérisent ; et ils diffèrent en cela des symptômes communs, équivoques, insuffisants, qui n’appartiennent exclusi- \ ement à aucune maladie et qui n ont jamais qu’une valeur relative ou de probabilité. Disons cependant que les diverses sectes médicales ne sont pas d’accord sur l’importance et même sur l’existence des symptômes pathognomoniques; qu’ainsi, par exemple, les vitalistes sont loin d’avoir à ce sujet les mêmes idées que les organiciens, dont quelques uns voudraient apporter dans la classification des maladies par groupes de symptômes dits positifs la même inflexibilité d’expression et d’exposition que l’on rencontre dans la classification des objets d’histoire naturelle; et que, d autre part, il y a des pathologistes qui nient complètement l’existence et même la possibilité des symptômes pathognomoniques pour les affections médicales! Méfions-nous de ces exagérations et de ces intolérances, et répétons, avec Frédéric Bérard, de Montpellier, qu’il n’y a point de symptômes pathognomoniques , uniques, absolus ou constants, dans toute l’acception duinot; qu’il n’y a pas de symptômes, quelque significatifs qu’ils soient ordinairement, qu’ils ne puissent cependant manquer complètement danscertains cas ;et réciproquement, qu’il n’y a pas desymplômes ordinairement insignifiants qui ne puissent au contraire acquérir une grande valeur par leur persistance et leur mélange avec d autres symptômes qui, [iris isolément, ne signifient rien.

Dans tous les cas, c’est une bien sotte manie que d’inscrire numériquement, sans examen et sans critique, les symptômes les uns à la suite des autres à mesure qu’ils apparaissent, car ils sont loin d’avoir tous la même signification et la même valeur? En effet, des svmptômes et toujours des symptômes jetés sans ordre et sans méthode les uns après les autres n offrent pas plus le tableau d’une maladie que des couleurs répandues sur la toile sans discernement et sans art ne donnent elles-mêmes 1 image

de la personne dont on voudrait reproduire les traits ; que des notes de musique ne produisent un chant, si elles ne sont combinées d’après les lois de leurs rapports naturels et harmoniques. On appelle symptôme* fortuits ou accidentels ceux dont la cause est incertaine, ou, pour mieux dire, mal connue , ce qui fuit qu’on a trop souvent rapporté leur origine au hasard. Les symptômes fortuits ont reçu aussi, et à tort, le nom à' épi phénomènes et de supervenienlia. Les épiphénomènes sont des sous-phénomèncs qui apparaissent pendant le cours d’une maladie, mais qui dépendent d’une cause qui lui est étrangère, quoiqu’elle réagisse quelquefois très énergiquement sur la maladie. Cette cause, cest l'imprudence du malade, la négligence des gardes malades , l’ignorance des assistants; et plus souvent encore cette cause est tout entière dans l’état de la constitution épidémique. Car, notez-le bien, il en est de l’homme malade comme de l’homme sain : tous les deux sont tributaires des vicissitudes continuelles des choses qui l’entourent et tous les deux en subissent les effets. Mais ces intempéries ont encore plus de prise et d’influence sur les malades, parce que leurs forces affaiblies n’opposent plus à l’action des événements qu’une chétive et débile résistance. Du reste, ces sortes de symptômes surajoutes ne laissent pas. quoique fortuits, d’exercer une certaine influence sur la maladie Tantôt ils la compliquent, et, de bénigne qu’elle était, ils la rendent grave ou dangereuse; tantôt ils la convertissent en une autre maladie , ou bien ils dérangent faction des remèdes en rendant difficiles ou nuis les efforts de la nature; tantôt enfin ils font perdre ( occasion , ils accaparent en quelque sorte les moments d’agir, et ils enlèvent ainsi au médecin les ressources de l’opportunité et de l’occasion. Enfin , dans d’autres circonstances ils sont, au contraire. si favorables et si utiles au malade , que ce n est qu’à eux seuls qu’il doit son entier rétablissement.

Les supervenienlia sont des phénomènes étrangers aussi à la maladie, mais ce sont des phénomènes développés par elle, et c est en cela qu’ils diffèrent des épiphénomènes proprement dits. L’apparition de la menstruation avant le terme, 1 accroissement anticipé du corps, les douleurs précoces de la dentition , l’apparition des vers ou des poux, sont autant de choses surajoutées ou survenues qu’on range dans la classe des supervenientia. Sous le nom de phénomènes précurseurs, de préludes, de prodromes, on désigne tous les phénomènes avant-coureurs qui dénotent le

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trouble commençant, le début de l’état anormal de l’économie, et qui se mondent cepnis le moment où les fonctions sont dérangées jusqu à celui où la maladie proprement dite fait explosion. Quoique les phénomènes précurseurs n’aient qu’une importance secondaire a 1 endroit du diagnostic, et cela parce quils manquent tiès souvent et qu ils n offrent dans d’autres circonstances qu une indication très vague, il est cependant très utile de les connaître, parce qu’ils peuvent mettre sur la voie de l'affection qui va se déclarer. En temps d’épidémie surtout, cette circonstance est de la plus haute importance.

Disons maintenant que toutes les maladies ne sont pas précédées de phénomènes avant-coureurs ; que ces phénomènes, lorsqu’ils apparaissent, ne sont pas toujours suffisants pour faire soupçonner le genre de maladie qui va se développer ; que dans certaines circonstances ils apparaissent et persistent même assez longtemps sans qu'une affection se déclare; enfin, que leur durée est très variable, très accidentée, et que leur intensité même ne peut pas toujours donner la mesure exacte de laffection qu’ils précèdent, quoique dans la majorité des cas un prodrome violent et durable soit en quelque sorte le symptôme certain d’une maladie dangereuse et quelquefois mortelle. Du reste, il existe sur cette matière un travail bien précieux de M. le professeur Requin ( Des prodromes , thèse. Paris, 1840). Vous y trouverez une foule de documents importants que vous chercheriez vainement ailleurs.

On appelle symptômes ou phénomènes sympathiques ceux dont la manifestation n’est pas directement l’ouvrage d une cause morbifique en action, mais seulement 1 expression dune loi qui lie si étroitement certains de nos organes entre eux, quils sont tellement solidaires quils ne peuvent être modifiés dans leur sensibilité, dans leur structure ou dans leurs fonctions, indépendamment les uns des autres. En un mot, on appelle phénomènes sympathiques ceux qui résultent de la sympathie des organes sans qu’on puisse les rattacher aucunement soit a une altération, soit à une dégradation matérielle de la partie qui eu est le siège.

Quelques pathologistes admettent des symptômes dm ailes et des symptômes temporels. Les symptômes durables (qu ils désignent aussi et ù tort sous le nom de symptômes perpétuels) sont ceux qui commencent, qui durent et finissent avec la maladie. Les svmptômes temporels sont des symptômes qui lont égale-

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mc'nt partie de la maladie, qui en sont même inséparables , mais qui ne paraissent que dans un certain temps, et non dans tous les temps. Ces symptômes sont très précieux pour établir le diagnostic, en ce qu’ils mettent à même de distinguer les différents temps et les différents degrés de la maladie. Les distinctions tiès abstraites, ou pour mieux dire très utiles, des symptômes de la cause, et symptômes des symptômes, sont aujourd hui et avec raison à peu près abandonnées. Nous croyons cependant devoir les relater ici, au moins à titre d’enseignement historique. Voici les différentes définitions qu’en a données Gaubius dans son livre de pathologie générale, trop peu consulté de nos jours.

« On appelle symptôme de la maladie, l’effet sensible produit immédiatement par la présence de la maladie. Son rapport avec la maladie est absolu; il est le même que celui de la maladie à sa cause; et comme la maladie naît du concours de plusieurs états, elle a aussi coutume d’étre accompagnée de plusieurs symptômes de cette espèce. Les symptômes de la cause sont des phénomènes accidentels qui ne dépendent pas de la maladie proprement dite, mais de la cause qui a produit la maladie. C’est ce qui arrive toutes les fois que les forces de la cause morbifique sont si multipliées, qu’une seule partie d’elles concourt à produire la maladie et devient en conséquence sa propre cause, tandis que l autre partie, mise aussi en action tôt ou tard par l’occasion de la maladie survenue, produit différents effets qui, à la vérité, surviennent à la maladie, mais qui n’ont pas avec elle une telle liaison qu elle ne puisse exister sans eux. il faut donc, pour comprendre les symptômes de la cause, faire attention aux puissances accessoires de la cause morbifique. Prenons pour exemple une plaie faite par un dard empoisonné : si l'on se dit que sa cause est le dard, et que l’affection est la plaie produite par la force mécanique du dard, on a coutume d’appeler symptômes de la cause tous les maux qui sont excités par le virus porté en même temps dans la plaie. On appelle symptôme des symptômes les effets morbifiques qui dérivent les uns des autres alternativement, et qui sont en définitive les symptômes secondaires de quelques symptômes primitifs. Telle est, par exemple, la défaillance qui succède à une hémorrhagie, qui est elle-même le symptôme d’une fièvre inflammatoire. »

Il nous reste à parler des épigénomènes. Sur ce point, les pathologistes sont loin d'être d’accord. Les uns, avec M. Chôme!,

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appellent ainsi certains accidents qui sc manifestent pendant le cours de la maladie, mais cjui dépendent de quelque cause évidente, telle que la négligence îles assistants, limprudence des malades; les autres, avec Zimmermann, et nous sommes de ce nombre, regardent les symptômes dits épigénomènes ou qui naissent sur la maladie (yîvofiac, je nais, ètt<, sur), comme des efforts de la nature, comme des efforts de réaction qui s’opposent à la maladie aussi longtemps que les forces naturelles du corps ne succombent pas sous la violence de la cause morbifique. Tels sont certains dégoûts, quelques envies extraordinaires, quelques mouvements spasmodiques, et dans d’autres circonstances les convulsions, la fièvre, les éruptions cutanées, certaines hémorrhagies, la diarrhée, les abcès, les sueurs abondantes, et beaucoup d’autres accidents qui accompagnent la maladie ou qui se joignent à elle, mais qu’on ne peut pas pour cela laisser passer sans y faire attention, comme s’ils étaient des effets ou des résultats directs de la maladie ou de sa cause, ni comme des symptômes proprement dits, mais qu’on doit plutôt considérer comme les conséquences du combat que se livrent la nature et la cause morbifique. On admet encore des symptômes fonctionnels et des symptômes organiques, selon que les phénomènes qui les constituent sont l’expression d’un trouble fonctionnel ou dune altération organique. Tels sont les divers symptômes que les pathologistes ont inscrits dans les grandes divisions de leurs livies. Hippocrate s était montré beaucoup plus avare de desci iptions , il n’admettait que deux ordres de symptômes, savoir : les symptômes essentiels et les symptômes non essentiels, et cette paicimonie valait incontestablement beaucoup mieux que toutes les superfétations de ses successeurs. « Dans toutes les maladies, disait-il, il v a des symptômes constants et inséparables; il y en a d’autres qui sont très variables et indifférents. Or cela suffit a une division. On classera parmi les symptômes essentiels ceux qui naissent directement de la maladie et qui se lient étroitement à sa cause. On classera parmi les symptômes non essentiels ceux qui peuvent se trouver dans une maladie , ou n’y pas paraître sans que pour cela l’espèce de maladie varie. Les piemieis on avec la maladie une telle liaison qu’ils se montrent aussitôt qu elle a lieu et à mesure quelle se développe. Us ont pour ainsi dire en elle leur raison nécessaire. Les seconds ont, au contiaiie, si p •< de rapports avec la maladie, quils peuvent inditféi éminent a\

à 56 PRINCIPES GÉNÉRAUX OU OA SCIENCE MÉDICALE.

lieu ou ne pas avoir lieu. » Voilà la bonne manière d’Hippocrate, il s’y est toujours montré fidèle ; et dans ses admirables écrits aphoristiques il a marqué ce qui est constant comme autant de règles de l’art, et il a laissé à la pénétration de l'observateur les choses inconstantes, qu’il n’a jamais rangées dans ses maximes, mais qu’il a indiquées seulement comme des sujets d attente.

Dans les efforts que nous ferons toujours pour marcher dans la voie droite et sûre qu’IIippocrate a tracée, et pour imiter autant que possible sa simplicité si pleine d’abondance, nous croyons pouvoir dire que tous les symptômes doivent être groupés en deux classes comprenant les symptômes passifs ou morbides, et les symptômes actifs ou médicateurs. Nous entendons par les symptômes passifs tous ceux qui témoignent de I état de l’économie affectée passivement. Nous donnons, par opposition, le nom de symptômes actifs à ceux qui constituent les efforts que fait la nature pour venir au secours de l’économie frappée ou affectée passivement. De cette manière, nous répondons, en quelque sorte, au double effet produit par la double faculté que l’homme possède de pouvoir être affecté et de réagir ensuite à cette occasion. De plus, cette analyse des effets qui se montrent dans l’économie à la suite de l’action exercée sur elle par les agents morbifiques nous conduit naturellement à considérer l’état morbide comme étant composé de deux groupes de phénomènes bien distincts, à savoir : de ceux qu’il faut attaquer, et de ceux qu’il faut, au contraire, respecter, et souvent même appeler et favoriser. Or, le point le plus important de pathologie, c’est de distinguer le commencement et la fin de l’affection, le commencement et la fin de la réaction, et de pouvoir dire avec connaissance de cause : Voici les phénomènes de l’affection, et voilà les phénomènes de la réaction ; ils commencent ici et ils s'arrêtent là. Nous convenons que cette appréciation est souvent d’une difficulté immense ; mais, par le fait, elle est indispensable et elle peut seule nous conduire à de précieux résultats. Effectivement, en admettant cette division et le principe qui la domine, on est conduit à grouper autour de la cause morbifique tous les phénomènes primitifs, et autour de la cause active, que nous appelons nature , tous les symptômes consécutifs ou généraux. Or, c’est là un travail capital. Ainsi ce qu’on appelle phénomènes précurseurs, prodromes, phénomènes primitifs, tout cela forme un ensemble qui est l’expression de l’économie affectée passivement

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par la cause morbifique. Et tout ce que l’on nomme symptômes généraux nest, au lond et presque en totalité, que l'ensemble des e loi ts de conservation et de guérison organisés parla nature, qui veille à notre conservation.

Et vraiment 1 homme n est pas une simple machine fatalement soumise à l’action des causes morbifiques, mais bien, au contraire, il a en lui tout ce qu’il faut pour repousser la cause morbifique, pour adoucir le mal qu’elle entretient, et même pour réparer le dommage qu’elle a produit. Or, sous ce rapport, Gaubius a eu raison de répéter avec le père de la médecine, qu’il y a entre toutes les parties une conspiration mutuelle, un concours par lequel elles constituent un tout qu elles lâchent de conserver intact en y contribuant chacune pour leur part. C’est pour cette raison que la nature humaine, si impressionnable et si facilement offensible, peut néanmoins, à force de ressources toutes vitales qui lui appartiennent, non seulement résister aux causes morbifiques, mais encore lutter contre elles, opposer la force à la force, et même réparer tous les désordres inséparables d’un pareil conflit. Mais il arrive quelquefois qu’elle dépasse son but, et alors le trouble qu’elle excite devient une nouvelle cause de mal ajoutée aux désordres que produit la cause morbifique.

Nous ne saurions trop appeler 1 attention sur ces phénomènes actifs des maladies, sur cette seconde partie, ou pour mieux dire, sur cette contre-partie de l’affection trop souvent confondue avec ' elle, et à cause de cela énergiquement combattue comme elle.

En effet, voyez la différence : les phénomènes passifs sont le produit de la cause morbifique, et les phénomènes actifs sont, au contraire, le produit de la nature médicatrice. Nous devons encore faire remarquer que bien que ces mouvements actifs et salutaires ne se montrent pas toujours sous la même (orme dans la même maladie, ils ne laissent pas pour cela d exister. En effet, ils s’exercent dans les profondeurs de l’organisme, et ils sont souvent suivis de guérisons extraordinaires que 1 art lui-même ne saurait obtenir. Ce sont eux qui constituent les combats que la nature entretient pour sa propre conservation, et il est rare qu ds fassent défaut complètement. Voilà donc les symptômes que le médecin doit surtout connaître dans leur nature et dans leur mesure, à l’effet de ne point se laisser entraîner à de folles inquiétudes sur des accidents qui ne peuvent avoir qu exceptionnellement Tin résultat fâcheux, et afin de ne pas s’opposer inconsi-

A58 I'HINCIPES OÉNÉIt AUX l)lî LA SCIENCE MÉDICALE.

dérément on systématiquement à des efforts snluiaires organisés et conduits par lu nature, dont il doit toujours être l’imitateur et le ministre. Il résulte de tout ce que nous venons de dire, que tous les phénomènes décrits avec tant de complaisance par les auteurs, que tous ces symptômes primitifs dont l’exposition et la définition embrassent le tiers au moins de tout livre de pathologie générale, ne sont, philosophiquement parlant, que les effets de l’économie affectée passivement par l’action d’une cause morbifique quelconque; que certains éléments de la maladie, dont ils forment seulement une partie capitale, partie mal connue, mal étudiée, et surtout mal interprétée; et qu’ils ont pour antagonistes les symptômes consécutifs et tous ceux qui ont pour objet réglé par la nature, de contre-balancer leur action, et de modifier et de réparer le mal qu’ils auraient pu produire. Au demeurant, pour conduire à terme la solution complète d’une question aussi intéressante et aussi difficile, il faudrait s’attacher à expérimenter sur des masses l’action de toutes les causes morbifiques; et Ion serait encore arrêté par les idiosyncrasies, par les inopportunités, par certaines répugnances; en un mot, par mille circonstances qui, en changeant les conditions de rapport, jetteraient nécessairement de l’embarras et de la confusion dans l’exécution d’une pareille entreprise. Cependant la marche est toute tracée : il faut savoir quelles sont les modifications qu’une cause quelconque imprime à l’économie? Quelles sont les conséquences nuisibles ou salutaires de ces modifications? Et dans le premier cas, quels sont les moyens que la nature oppose à ce trouble ou à ce désordre? car, s’il est en médecine une vérité bien établie, c'est que l’homme est une machine à vivre, et qu’en vertu de celte destinée, il n’y a pas dans l’économie de lésion à laquelle la nature ne sache, dans l’abondance de ses ressources, opposer un remède ou un moyen salutaire.

Ainsi donc, reconnaître l’utilité de l’étude des symptômes, c’est reconnaître la nécessité impérieuse d adopter pour leur exposition un ordre au moyen duquel ceux qui ont entre eux une analogie d’expression et de but soient, autant que possible, placés les uns cà côté des autres, de manière à pouvoir former par leur réunion des groupes distincts et significatifs : or, pour arriver à ce résultat, nous pensons qu’on ne doit pas hésiter à suivre la méthode proposée par le professeur Chomel ; c’est lapins rationnelle et la meilleure. Elle consiste à décrire successivement : 1° les fonctions

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de relation; 2° les fonctions assimilatrices; 3° les fonctions de la génération. On rapporte aux premières 1 habitude extérieure, la locomotion, la voix et la parole, les sensations, les affections de lame, les fonctions de l’esprit, le sommeil et la veille. On rapporte aux secondes la digestion, la respiration, la circulation, la chaleur, les sécrétions. Enfin, on rapporte aux troisièmes ce qui a trait aux fonctions génératrices de l’homme et de la femme, et par conséquent tout ce qui se rattache à la sécrétion du sperme, à 1 impuissance, aux menstrues, aux lochies et à la sécrétion du lait.

Nous ne ferons pas l’énumération des innombrables symptômes fournis par les trois grandes classes que nous venons d indiquer, car ce travail se trouve partout et sous les mêmes formes, dans tous les livres de pathologie générale etspéciale. Nous rappellerons seulement, relativement à la classification des symptômes, ce que Galien disait déjà de son temps, au sujet de la classification des signes, qui ne sont à nou e avis que la raison des symptômes : « Ad signa quæ pertinet pars in tria distribuitur : in cognitionem » præteritorum , in contemplationem præsentium, in præsagitio- » nem futurorum. » (Galien.)

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