‹ Traité de la science médicaleChapitre 79 sur 106 · DE L'ACTION MORBIDE OU DE L'AFFECTION · texte numérisé non relu

DE L'ACTION MORBIDE OU DE L'AFFECTION

Unicuique morbo non ficlilia, scd cerla et proprie

(Baguti.)

nulura est.

Toute maladie est composée de deux groupes de symptômes qui, comme deux éléments distincts, déterminent son existence et la caractérisent. L’un de ces groupes constitue l’action morbide ou l’affection ; l’autre constitue la réaction , c’est-à-dire l’action médicatrice de la nature.

L’action morbide est le produit de l’agent morbifique; c’est le trouble matériel ou fonctionnel déterminé par la cause morbifique et rendu sensible par des symptômes. L’action morbide commence du moment qu’une cause morbifique, en rapport d’affinité avec tout ou partie de l’économie, entre en exercice et produit son effet. L’action morbide est essentiellement destructive ; elle ouvre la scène du désordre et elle engage la lutte dont l’économie devient promptement le terme. Elle a pour résultat d’altérer les conditions matérielles et fonctionnelles de l’économie; de détruire la vitalité des solides et des liquides; de troubler l’exercice ou l’harmonie dos fonctions, et de produire ou de simples modifications ou des affections proprement dites.

L’affection produite par l’action morbide, causée- elle-même par un agent morbifique quelconque, est susceptible de revêtir une foule de nuances qui constituent les variétés de son caractère. Sa nature, comme celle de la réaction dont nous parlerons plus tard, participe toujours, et de la nature propre de l’individu malade, et de la nature particulière de l’agent morbifique. L’une et l’autre sont liées par les lois de l’affinité, favorisées ou contrariées par les circonstances de l’occasion ou de 1 opportunité , et tout ce qui existe dans l’affection se retrouve nécessairement

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dans la cause qui l’a déterminée et dans la nature du sujet qui la subit. Enfin, la maladie naît de l’affection, mais elle est complétée par la réaction qui lui imprime son véritable caractère.

Ainsi donc, sans cause morbifique, point d’action ou de mouvement morbide; sans action morbide, point d’affection; sans affection, point de réaction; sans réaction, point de maladie. Prenons pour exemple la pneumonie. Qu’y voyons-nous? Une affection et une réaction caractérisées par des symptômes qui leur sont propres. L’affection consiste dans la congestion déterminée par l agent morbifique. La réacLion se fait par l’inflammation qui est un mouvement vital et salutaire organisé par la nature médicatrice. La congestion est produite par l’afflux insolile et persistant des fluides blancs et rouges altérés et fixés par une cause morbifique sur tout ou partie du poumon. La réaction est l'œuvre de la force vitale s’efforçant de détruire la cause morbifique ou le mal occasionné par elle. Une foule de mouvements synergiques la secondent dans son action.

Des modifications et des lésions morbides.

On nomme modifications les diverses manières d’être, ou les modes différents d état dont les corps sont susceptibles et qui sont compatibles avec leur nature particulière. Les modifications morbides consistent dans de simples changements opérés soit dans l’état organique, anatomique ou chimique des solides ou des liquides, soit dans l’état dynamique ou fonctionnel des organes. On peut ranger parmi les modifications morbides, les congestions, les engorgements, les dilatations anévrismales, les dilatations ou les rétrécissements des vaisseaux en général ; les dilatations des artères, des veineset même des organes ; enfin, les endurcissements, les ramollissements, l’atrophie et l’hypertrophie des organes, et mille changements soit de consistance, soit de qualité ou de quantité, que les liquides peuvent éprouver. Les fonctions peuvent aussi être modifiées dans leur rhythme ordinaire, et pécher par excès, par défaut, par irrégularité ou par perversion d’action.

On appelle lésion tout état passif de l’économie survenu à la suite de l’action d’un agent morbifique, et consistant soit dans la détérioration des solides, soit dans l’altération des liquides, soit dans un dérangement important opéré dans la continuité, la structure, la conformation, la situation, ou les rapports des organes ; soit dans une modification vicieuse survenue dans les pro-

Z*68 PRINCIPES généraux de la science médicale. priétés normales ou dans les fonctions ordinaires des organes. Ainsi donc, tout dérangement dans l'action 'des organes constitue une lésion, et toute affection de leur substance solide ou liquide constitue également une lésion. Il résulte de là que chaque partie de l’économie est exposée à subir des lésions d’action et des lésions de substances, des lésions vitales et des lésions organiques. Voilà donc la division naturelle des lésions dûment établie. Nous ajouterons, pour compléter le tableau, que dans les mouvements de la vie, les lésions fonctionnelles entraînent souvent des lésions organiques; et réciproquement, que les lésions organiques entraînent à leur tour des lésions fonctionnelles.

On doit entendre par lésion vitale toute lésion, soit des forces ou des facultés vitales, soit de l’action vitale elle-même, phvsiologique ou pathologique; les forces vitales peuvent pécher par excès, par défaut ou par perversion, voilà les véritables lésions vitales, voilà les lésions vitales essentielles. Cependant, s’il était prouvé que les forces vitales ne sont, comme nous le pensons, que le fluide nerveux en action, ces sortes de lésions rentreraient nécessairement dans la classe des lésions de substance ou des lésions organiques, sans cesser de constituer des lésions organiques d’un ordre plus élevé, d’un ordre en quelque sorte métaphysique, si l’on peut s’exprimer ainsi.

L’action vitale physiologique ou pathologique peut être dérangée dans son mouvement ordinaire par une foule de causes accidentelles ou persistantes ; les troubles et les modifications qui en résultent constituent les lésions d'actions vitales proprement dites. Elles sont caractérisées par des changements notables dans l’exercice des fonctions. Ces changements consistent dans l'augmentation, la diminution ou la perversion, soiL des fonctions organiques ou de nutrition, soit des fonctions animales ou de relation. A la classe des fonctions de nutrition il faut rapporter: 1° la digestion, qui imprime aux aliments et aux boissons une élaboration intime, qui les vitalise et les rend alibiles ; ' 2* l’absorption, qui transporte la matière alibile dans le torrent de la circulation ; 3° la respiration, qui convertit le sang veineux en sang artériel ; h° la circulation, qui verse le sang dans les profondeurs de l’organisme et qui le présente à toutes les parties qui s en emparent; 5° la nutrition, qui, comme une chimie vivante, préside à l’accroissement des organes et répare leurs pertes ; 6° les sécrétions et les excrétions qui, les unes forment des humeurs

DK L. ACTION MOlllilDE.

utiles à l’économie, les autres poussent au dehors, par des voies différentes, les débris surabondants ou nuisibles de la nutrition. A la classe des fonctions de relation il faut rapporter les sensations, les mouvements, la voix et la parole. Les sensations nous avertissent de la présence, de l’état, ou de l’action des êtres ou des corps. Les mouvements nous approchent ou nous éloignent de ces êtres, ou de ces corps. Enfin, la voix et la parole nous mettent à même d’entrer en rapport les uns avec les autres, et de nous communiquer nos impressions, nos réflexions et nos pensées. A ces fonctions il faut joindre encore les fonctions de la génération, par lesquelles l'homme se reproduit et perpétue son espèce. Elles comprennent la gestation , l’accouchement et la lactation.

Les lésions vitales essentielles consistent dans les lésions, soit de la force vitale radicale, soit de la plasticité, soit de la sensibilité ou de la contractilité, qui en dépendent. Nous rapportons aux lésions organiques des solides, les fractures, les luxations, les contusions, les plaies, l’ulcération et la gangrène. Les lésions humorales consistent dans des altérations physiques et chimiques des humeurs ou des liquides, qui donnent lieu, selon les cas, tantôt à des calculs dans la vessie ou dans le foie, tantôt à la formation de fausses membranes, tantôt à l’endurcissement du tissu cellulaire des nouveaux-nés,etc., etc. Car, notez-le bien, toutes nos humeurs ont comme nos solides leurs ennemis particuliers ou leurs causes morbifiques intimes, qui, en agissant sur elles en vertu de certaines affinités spéciales, produisent dans leur composition des altérations, soit par addition ou par soustraction de composition, soit par intoxication, qui deviennent à leur tour la source de mille affections diverses.

Des productions morbides.

M. Rochoux a parfaitement classé les productions ou formations nouvelles qui naissent au sein de l’économie ou dans la trame des organes. Il en a créé deux genres principaux. Dans le premier genre, il place les productions inorganisées; dans le second, il range les productions organisées. Il subdivise ce second genre en deux sous-genres : le premier sous-genre comprend ce qu'il nomme les tissus accidentels analogues; le deuxième sous-genre renferme les tissus accidentels hétérologues. Voici

le tableau de ces productions de nouvelle formation si intéressantes à connaître.

Genre premier : Productions inorganisées. — Ce genre présente comme principales espèces : 1° L’accumulation morbide, tant locale que générale, de sérosité ou de graisse dans les tissus ou cavités naturelles. 2° Les dépôts pigmentaires de couleur variée qu’on observe dans les nævus, les éphélides et autres colorations de la peau, des membranes muqueuses ou d organes encore plus profondément situés, dépôts avec lesquels les mélanoses présentent une grande conformation de développement, comme l’ont prouvé les recherches de Laënnec et de Breschet. 3° Les concrétions osso-terreuses qu’on rencontre principalement entre les tuniques artérielles dans l’épaisseur de certains cartilages. ô°Les sécrétions gazeuses observées depuis quelque temps avec attention et désignées sous le nom de pneumatoses. 5° L’exsudation de lymphe coagulable, susceptible d’éprouver des transformations ultérieures fort importantes à bien connaître.

Genre deuxième : Productions organisées. — La plupart de ces productions sont généralement désignées sous le nom de tissus accidentels. Quelques anatomistes les considèrent comme des organes développés et végétants au milieu de nos tissus. Certains vont plus loin; ils voient en eux de véritables animaux: J. Adams est de ce nombre ; mais la fausseté de cette opinion saute aux yeux, et, pour le démontrer, il suffit de faire observer que, si le nom d’organe appartient exclusivement à des instruments formés pour exercer une action vitale physiologique ou pathologique, on ne saurait, sans enfreindre la règle de l’exactitude et de la saine logique, l’appliquer à des productions morbides, quelque bien organisées qu elles puissent paraître, car non seulement ces productions n’accomplissent aucune fonction, mais encore elles portent obstacle à beaucoup de fonctions.

Premier sous-genre. — Le premier sous-genre renferme tous tissus analogues à ceux dont le corps humain est composé. Ce sont : 1° les tissus accidentels, cutanés, séreux, muqueux, ligamenteux et ses variétés; 2° les tissus cartilagineux, osseux, vasculaires et cellulaires, ainsi nommés à cause de la grande ressemblance que tous les tissus accidentels présentent avec les tissus normaux. Néanmoins, selon l’observation très juste de M. Rochoux, les tissus accidentels analogues ont bien rarement la perfection d’organisation des tissus normaux auxquels on les compare. Cest ce

UE l’action morbide. ' 1

qui a fait admettre des tissus demi-analogues, comme les cicatrices cutanées imparfaites, les ossifications pierreuses ou terreuses, les productions cornées imparfaites, etc. ISous ajouterons que le tissu vasculaire et le tissu cellulaire ont la part la plus fréquente dans la formation des tissus accidentels, et que les productions érectiles sont presque entièrement dues au tissu \asculuire, et les tumeurs et les kystes, au tissu cellulaire.

Le deuxième sous-genre renferme les tissus hétérologues ou sans analogie avec les tissus naturels. Ce sont : 1° les tuber cnles ; 2° la mélanose; 3° le squirrhe; U° la cirrhose; 5 la scléiose. Toutes ces productions sont remarquables en ce qu elles sont toujours semblables à elles-rnèines partout oii elles se montrent, et que plusieurs d’entre elles ont les unes pour les autres une espèce d’affinité qui les rapproche et qui fait que souvent elles se confondent : c’est ainsi que l’encéphaloïde et le squirrhe, les tubercules et la mélanose, se trouvent parfois mêlés ensemble.

Le danger, la gravité et 1 imminence morbide des lésions oign niques et des productions de nouvelle formation dépendent . 1 de leur état de simplicité ou île complication; 2° des ressources que la nature ou l'art peuvent leur opposer, et particulièrement du rang que l’organe affecté occupe dans l’économie, et du rôle plus ou moins important auquel il est appelé à concourir. Comment se forment les lésions organiques, on n en sait rien, et ce serait en vain qu’on invoquerait ici les lumières de 1 anatomie pathologique pour résoudre ce problème; car, en définitive, celte science ne s’occupe que de faits accomplis et consommes.

Parmi les lésions organiques de l’ordre des formations nouvelles, il y en a quelques unes qui, une (ois développées, î estent stationnaires, ou qui du moins nont qu un accroissement tiè.-> lent; il y en a d’autres, au contraire, qui s accroissent constamment ou qui éprouvent des altérations plus nuisibles encore que

ne pourrait l’étre leur accroissement.

Parmi ces dernières, les unes se ramollissent et se londent en liquides hétérogènes, délétères et morbifiques, qui sont replis par l’absorption, et produisent dans l’économie les plus graves désordres. Ainsi le cancer, après avoir été longtemps une adèction locale, devient, par son ramollissement, une soin ce constamment active d’affection générale; d autres, comme le squirrhe et lencéphaloïde, jouissent de la funeste propriété de sétendrede proche en proche, et de rendre semblables à eux-mêmes, par

à 7 2 PIllNCIPKS GKNiiltAUX DL i.A SCIENCE MÉDICALE,

une sorte de contagion lutenle, les tissus avec lesquels ils se trouvent en rapport. Enfin, les productions qui ont pour base le tissu cellulaire acquièrent très facilement un volume immense; et comme toué ces corps de nouvelle formation ne possèdent pas la perfection d’organisation des tissus primitifs, il en résulte qu’ils deviennent très souvent le terme de dégénérescences profondes (jui entraînent la perte des malades.

Les effets consécutifs produits par les lésions organiques sont très variés. Quelquefois les lésions organiques occasionnent, dans l’exercice des fonctions, un désordre si profond et si brusque, que la vie ne peut se soutenir, et que la mort vient dans un temps plus ou moins rapide mettre un terme, souvent désiré, à ces grandes douleurs et à ces mouvements incompatibles avec l’existence. Quelquefois, au contraire, lorsque les lésions organiques marchent lentement, on est à même d observer un dérangement graduel dans l’organe lésé, et par contre-coup, un trouble plus ou moins notable dans les fonctions auxquelles cet organe contribue comme instrument de la vie. Puis on voit apparaître successivement les différentes phases d’un état morbide plus ou moins grave et résultant naturellement des embarras et des encombres que chaque fonction successivement lésée apporte à l’accomplissement du mouvement vital auquel tous les organes doivent coopérer, chacun à sa manière, par des procédés qui relèvent des lois primordiales.

B>es affections proprement dites et des parties affeetées.

Nous avons déjà démontré ailleurs que sous le nom de maladie on confondait une foule d’états qui ne méritent pas ce titre : qu’ainsi, par exemple, il ne fallait pas regarder comme des maladies, mais seulement comme de simples modifications ou comme des lésions quelques altérations matérielles qui s’opèrent dans l’état anatomique de l’organisation , ainsi (pie certains changements qui surviennent dans le mouvement ordinaire des fonctions. Nous ajouterons qu’il faut ranger dans la même catégorie tous les mouvements ou états insolites qui se lient aux modifications que l’économie de l’homme doit éprouver dans son organisme ou dans son dynamisme par suite de la révolution des âges, révolution qui ne cesse d’avoir lieu depuis la naissance jusqu’à la mort, et qui s’opère à la fois dans les solides, dans les liquides, dans les forces vitales sensitives et motrices.

ut; l'action mohbide. /i7 3

Quelles affections peuvent causer les agents morbifiques? Les agents morbifiques peuvent causer: 1° clés affections vitales; 2° des affections anatomiques ou organiques; 3° des affections physiologiques; U° des affections pathologiques.

Les affections vitales sont celles que les causes morbifiques produisent en exerçant leur action sur les sources, sur les forces memes de la vie, et consécutivement sur les facultés vitales dont l'harmonie d action constitue la santé. Or la force vitale radicale et par excellence, c’estle fluide nerveux, et le fluide nerveux peut être détruit à sa source , ou ralenti , ou précipité dans son expansion, dans son écoulement, dans sa circulation; il peut aussi être augmenté ou diminué dans sa quantité. Voilà donc autant d'affections vitales différentes ? D’autre part, de la force vitale radicale découlent secondairement des forces ou facultés secondaires qu’on a nommées impressionnabilité , sensibilité , contractilité , plasticité. Eh bien, ces forces sont sujettes aux mêmes modifications que les forces radicales, et elles peuvent, par conséquent, constituer autant de nouvelles affections vitales qui prennent naturellement le nom d’alfections de la sensibilité, de la contractilité et de la plasticité.

Les aifections anatomiques sont celles qui résultent d’un vice ou d un défaut congénial ou accidentel d’organisation , soit qu’il manque aux instruments de la vie, aux solides ou aux liquides de l’économie une pièce, un rouage, un élément ou une humeur utiles; soit que cette pièce, cette humeur, ce rouage ou cet élément soient viciés ou altérés dans leurs forces, dans leur quantité ou dans leurs qualités, dans leur composition ou dans leurs propriétés générales, qui sont subordonnées aux lois de la physique et de la chimie ; car, comme l’a dit Barthez avec une raison profonde: «Les mouvements, qui sont les derniers effets des organes vivants, peuvent être soumis aux lois de la physique et de la mécanique. Et de même les humeurs, qui sont formées par les diverses digestions et sécrétions, peuvent être soumises aux lois de la chimie et de l’analyse chimique. » Nous devons admettre encore avec l’illustre professeur de Montpellier que les mouvements du principe vital qui produisent ou renouvellent dans un ordre constant les fonctions nécessaires à la vie, ainsi que les lésions de ce principe qui constituent l’essence des maladies, sont par rapport à nous absolument différents des causes productrices des mouvements qui ont lieu dans la nature morte, tels que ceux qui règlent les lois de la mécanique ou qui sont déter-

klk PRINCIPES GÉNÉRAUX UE LA SCIENCE MÉDICALE.

rainés par les lois de la chimie. En effet, comparez à des liquides ordinaires ces humeurs chauffées par la vie qui agissent les unes sur les autres en vertu des lois générales de la chimie'vi vante; ou bien ces solides, ces instruments vivants et vibrants qui s’émeuvent convulsivement sous les ébranlements de laine; ou bien encore ces organes que la colère et la joie arment et désarment tour à tour, et vous verrez qu’un hiatus immense les sépare encore du jeu le plus complet de la plus admirable machine sortie de la main imitatrice de I homme. Et nous le disons même, cette orgueilleuse et froide anatomie que vous caressez si \iveinenl aux premiers jours de vos études médicales, serait infailliblement une science dangereuse et perverse si , en dernier résultat, elle vous donnait des idées contraires à celles que nous émettons ici ; car, selon la belle idée de Stalil : « Tout est vie dans l’économie; la vie totale de l'homme est composée de la vie particulière de chacune de ses parties, et le corps n’est que 1 assemblage complexe et merveilleux d’une infinité de ressorts continuellement travaillés et mis en mouvement par l’universelle puissance de la vie. »

Les affections physiologiques consistent dans un dérangement quelconque opéré dans le mouvement normal de la vie (rhytbme ordinaire), dans la mesure ou le ton des actions vitales, rhythme ou ton qui peuvent être augmentés, diminués ou pervertis; et comme nous l’avons déjà dit. ces affections peuvent avoir lieu indépendamment de toute altération matérielle ou anatomique proprement dite.

Les affections pathologiques sont caractérisées par le mode vicieux des mouvements conservateurs ou médicatems qui peuvent pécher soit par excès, soit par défaut ou par irrégularité. Il y a affection pathologique toutes les fois que le travail spontané et médicateur de la nature s’exerce en dehors des lois du mode ou des voies qui lui sont prescrites. G est ainsi que la fièvre, qui est, de l’aveu de tous les hippocratistes, un des moyens de guérison le plus constamment employés par la nature, peut elle-même

dévier de son état normal et constituer de la sorte une véritable

affection pathologique.

Toutes les parties de l’organisme peuvent être dérangées , lésées ou akérées : ainsi les centres vitaux , les forces vitales et les facultés qui en sont 1 expression ; ainsi le fluide nerveux, le sang, tous les solides et toutes les humeurs.

DE l’action morbide. 67 5

Les affections morbides consistent : 1° tantôt dans le dérangement ou l’altération des principes élémentaires ou des parties constituantes de l’organisme (parties fluides, humides ou solides), altération ou dérangement qui peut être accidentel , acquis , consécutif ou symptomatique ; 2° tantôt dans l’altération delà forme ou de l'état du mécanisme animal, cest-à-dire dans l’altération ou l’état défectueux des organes, ou dans la composition viciée des humeurs agissant comme des véhicules indispensables à l’exercice de la vie; 3° dans l’altération d’action du jeu du mécanisme animal, c’est-à-dire dans des vices d’action ou de fonction que (passez-nous l’expression) nous appellerions volontiers des vices d orchestration , parce que cette expression , quelque pittoresque qu’elle puisse paraître, répond exactement à l’idée que nous nous en faisons ; U° dans le défaut d’équilibre des différentes parties, c’est-à-dire des solides aux solides, des humeurs aux humeurs, des fonctions aux fonctions.

Ces affections et ces altérations peuvent être déterminées par la soustraction des excitants nécessaires au dynamisme vital ; par l’augmentation de ces mêmes excitants; par l’action des causes morbifiques ; par l’expulsion des choses qui devraient être gardées ; par la rétention des choses qui devraient être rejetées; par l’inaction ou l’exagération, la soustraction ou la surexcitation des fonctions en général ; par la suppression de quelque affection utilement invétérée, de quelque hypothèque médicale, si l’on peut s’exprimer ainsi ; enfin , par la présence de parasites ou d’éléments morbifiques indigènes. Il est à propos de dire que toutes ces modifications deviennent souvent la source d’affections consécutives qui provoquent des réactions qui sont elles-mêmes des affections d une autre nature, des affections médicatrices. Il résulte de là que tout ce qu’on appelle en bloc maladie ou état morbide peut être rapporté soit à des affections proprement dites, soit à des réactions, soit à des efforts exagérés ou insuffisants de réaction, soitàdes phénomènes insolites qui se lient, les uns à des mouvements nécessaires ou inévitables de développement ou de décroissement organiques, les autres à des phénomènes qui accompagnent accidentellement les grandes époques de la vie , et qui constituent les mouvements critiques de la puberté, de la menstruation, de la grossessse, de l’accouchement, de la lactation et de la cessation des règles.

Maintenant nous récapitulons et nous disons : 1° Nos solides

47(3 PilliNCIl'ES GÉNKUAUX DU LA SCIENCE MEDICALE, peuvent être affectés clans la constitution et dans l’agrégation de leurs éléments; donc il y a des vices ou des affections de composition élémentaire ou moléculaire. 2° Nos solides, considérés comme instruments de la vie, peuvent être lésés dans leur conformation, c’est-à-dire dans leurs parties considérées comme des rouages du mécanisme instrumental; donc il y a des affections anatomiques, des défauts de conformation , autrement des affections organiques. 3° Nos solides peuvent éprouver des modifications dans leurs propriétés vitales; donc il y a des affections vitales des solides. Nos solides peuvent être troublés, dérangés, affectés dans les fonctions qu’ils remplissent; donc il y a des affections fonctionnelles des solides.

Il y a donc pour les solides : 1° des affections de composition moléculaire ; 2° des affections anatomiques ou organiques; 3° des affections vitales ; 4° des affections fonctionnelles.

De même nos liquides peuvent : \ 0 être affectés matériellement, physiquement, chimiquement dans la composition ou l’agrégation de leurs éléments; donc il y a des affections organiques, physiques et chimiques des liquides. 2° Nos liquides peuvent être modifiés dans leurs propriétés vitales ; donc il y a des affections vitales des liquides. 3° Nos liquides peuvent être affectés dans leur mouvement fonctionnel ; donc il y a des affections fonctionnelles des liquides. Il y a donc, pour les liquides, des affections organiques, physiques et chimiques , des affections vitales et des affections fonctionnelles.

Tous ces organes sont animés; ils vivent, ils agissent dans leur intérêt et dans celui de l’ensemble; ils sont tous pénétrés de vie, et cette vie ils la doivent à la force vitale , source perpétuelle et transmissible de toute vie et de tout mouvement. Nous devons donc étudier la force vitale, radicale, et les affections qui résultent des modifications et des altérations qu elle peut éprouver. Enfin, nous devons étudier aussi la sensibilité et la contractilité qui dérivent comme autant de facultés de la force vitale, et qui sont comme elle sujettes à un grand nombre d’affections.

En résumé, nos forces, nos solides et nos liquides sont sujets aux mêmes affections , et toutes ces affections peuvent être rapportées : 1° à des vices ou à des affections élémentaires de composition moléculaire; 2° à des vices de constitution et de conformation, c’est-à-dire à des .affections matérielles ou organiques ; 3°à des affections vitales ou essentielles; 4° à des affections fonction-

DF. l’action MOI! BIDE. /|7 7

nelles locales; 5° à des affections générales qui troublent l'harmonie des fonctions et le concert de la vie, consensus omnium.

Les affections des solides consistent en des lésions organiques ou physiques, en des lésions vitales admissibles, quoique inexpliquées, en des lésions fonctionnelles. Les affections des liquides consistent en des altérations matérielles ou physiques , en des altérations vitales ou chimiques, en des troubles fonctionnels. Aux altérations matérielles des liquides il fautrapporter : 1° toutes les altérations de quantité, savoir : la ténuité, l’abondance, la dissolution, la ténacité, l’épaississement ; 2" toutes les altérations de qualité, savoir : l’acrimonie, la cachexie, la cacochymie, la toxie, la putréfaction des humeurs, les dyscrasies et les flatuosités. Aux altérations vitales et chimiques des liquides il faut rapporter les altérations de plasticité, les vices de température et toutes les anomalies d’électricité vitale. On rattache ordinairement aux troubles fonctionnels les vices de circulation et tous les accidents morbides qui en dépendent, tels que la rétention des liquides qui devraient être expulsés, et l’expulsion des choses qui devraient être retenues, et, partant, les flux, les hydropisies, les congestions. Tous ces états peuvent être primitifs ou secondaires; ils deviennent très souvent la cause déterminante d’affections composées et compliquées.

Des affections des solides.

Rappelons d’abord : 1° que nos parties contenantes comme nos parties contenues , que nos solides comme nos liquides , peuvent être également affectés; 2° que ces deux espèces de parties ont leurs qualités particulières qui les rendent propres chacune à quelques fonctions, etque ces qualités peuvent aussi être altérées ; 3° qu’il y a une certaine relation ou proportion de partie à partie, de qualité à qualité ; relation et proportion qui, lorsqu’elles sont dérangées, changent naturellement les rapports des organes et l harmonie des fonctions.

Le corps est composé de liquides et de solides, et les diverses proportions qui existent entre les uns et les autres constituent les nombreux degrés de consistance qui forment la différence de cohésion que 1 on remarque entre les diveises pai ties.

De toutes les affections des solides, les plus simples, celles que l'on peut en quelque sorte regarder comme élémentaires, appui tiennent évidemment aux al te ru tions de cohéi en ce ou de cohésion.

La cohérence peut pécher de deux manières, par excès ou par défaut : dans le premier cas, il y a dureté ou roideur des parties; dans le second, il y a mollesse ou relâchement. Nous ferons cependant observer que la cohésion nécessaire aux parties n’est la même, ni dans tous les organes, ni dans toutes les parties, ni à toutes les époques de la vie. En effet, c’est plutôt une proportion harmonique qu’une mesure absolue qui règle pour chaque partie le degré convenable à la cohésion, qui est elle-même proportionnée aux mouvements et aux opérations à exécuter. Néanmoins cette réserve une fois établie, nous devons reconnaître qu’il y a pour chacune de nos parties solides des degrés en quelque sorte arrêtés, dont le changement devientune cause suffisante d’altération ou de dégradation. Nous en dirons autant de la cohésion des liquides, qui non seulement doivent être contenus et retenus dans leurs vaisseaux propres, mais qui doivent encore être dirigés dans leur circulation et transformés par la vie dont ils sont pénétrés en toute sorte de produits accidentellement nécessaires à la conservation et à l’entretien de l’économie. Nous rapporterons aux vices de cohésion, l’altération de consistance ou la liquidité morbide des fluides, le relâchement et la flaccidité des parties solides, l’inertie des parties élastiques, et la flexibilité des os. On donne le nom de parties contenantes aux parties solides du corps humain. On compte parmi elles, des muscles, des tissus, des membranes, des ligaments, des vaisseaux et des viscères: et toutes ces parties, qui diffèrent par leur grandeur, leur figure, leur conformation et leur direction, sont destinées à donner des formes à l’économie, à recevoir, à contenir, à charrier età séparer les différentes humeurs utiles à la conservation de la santé, et d’autre part à expulser, à rejeter au dehors par des voies ouvertes à cet effet les matières ou les principes nuisibles à l'économie. Les os forment, par leur ensemble, la charpente animale ; ils soutiennent ou protègent les autres organes, dont ils assignent la position respective et auxquels il s fou missent des points d insertion; ils s’arrondissent en voûte, ils se creusent en bassin, ils s’élèvent en pyramide, selon qu’ils doivent protéger les viscères ou former des membres. Les muscles ont reçu d'autres attributions: ils exécutent les mouvements partiels et généraux, et ils couvrent le corps humain de ces revêtements, auxquels il doit sa force, sa beauté, sa majesté. Après les os et après les muscles, on compte les viscères, les vaisseaux et les nerfs qui se partagent les fonctions les

de l’action morbide. hl 9

plus délicates et les plus compliquées. Puis, dans les interstices que les solides laissent entre eux, on trouve le tissu cellulaire, organe solide aussi, mais qui, par son élasticité et sa consistance lanugineuse, semble en quelque sorte avoir été créé pour servir de coussin à tous les organes qu’il protège véritablement de ses réseaux vivants.

Les affections organiques des parties contenantes consistent dans des vices accidentels ou congéniaux, relatifs à la dimension, à la conformation, ou à la capacité des organes, des vaisseaux ou des viscères ; on peut rapporter la plupart de ces affections à la dilatation, à l’écartement ou à la division des organes ou de leurs parties. La dilatation peut affecter toutes les parties du corps, les grandes comme les petites, les viscères, les canaux, les sinus. Elle a lieu lorsque les parois des cavités sont trop éloignées lesunes des autres. Elle peut être occasionnée par divers agents étrangers, mais elle est souvent causée aussi par l’action mécanique ou chimique que lesfluides contenus exercent sur les parois des organes contenants: la trop grande quantité de matière amassée, ledéfautde circulation des liquides, la diminution de l’élasticité des parois, sont au tant de causes qui peuvent produire la dilatation. U ne fois établie, elle donne lieuà de terribles méprises, en simulant des tumeurs sur lesquelles des chirurgiens ignorants ou trop empressés ont porté trop vite le bistouri, ce qui est toujours regrettable, même lorsqu’on a affaire à des tumeurs, parce que la nature se charge presque toujours d obvier aux plus grands inconvénients et de rendre nos maux supportables. C’est ainsi que, dans le cas qui nous occupe, elle empêche souvent la rupture des parois dilatées en les couvrant intérieurement, ou extérieurement, d’une couche membraneuse qui prévient d’abord le déchirement des parties et qui les fortifie ensuite par une addition successive de nouvelles couches membraneuses et plastiques. D’autre part, l’existence de ces fausses tumeurs nous explique la cause et la fin de certaines hémorrhagies critiques, de certains flux qui parfois préoccupent considérablement lesdemi-pratieiens. Ils sont le produit, le résultat et l'effet des efforts combinés de la nature qui évacue de la sorte certaines congestions passives formées par un amas de sang ou d’humeurs dans quelques cavités tellement obstruées et dilatées, qu’on les prendrait pour de véritables tumeurs.

L’écartement se produitlorsquelesfibres qui constituent le tissu

f|80 PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE.

des cavités sont assez relâchées ou distendues pour former entre elles des interstices béants qui laissent échapper l’humeur ou le liquide qui devraient être contenus ou retenus. La division a lieu lorsque, par suite de la destruction, de la cohésion des parties, les parois des cavités se séparent. Cette division peut être occasionnée soit par un agent mécanique, tranchant ou contondant, soit par une distension forcée entretenue par le poids et l’abondance des liquides contenus, soit par un vice des humeurs, ou bien encore par un virus qui détermine peu à peu, mais d’une manière incessante, l’érosion des parties.

Les parties contenantes ne sont pas sujettes seulement à des affections dépendantes de l’augmentation ou de la dilatation des cavités ; elles sont exposées aussi à des affections qui consistent dans le rétrécissement ou l’oblitération des cavités. Les affections par rétrécissement des cavités peuvent être rapportées toutes aux espèces suivantes : à l’obstruction, à l’engouement, au resserrement, à la compression, à l’affaissement, à l’adhésion. L’obstruction est l’état d’un organe creux obstrué par une matière amassée et trop épaisse pour pouvoir circuler. Ce qui cause l’obstruction, c’est tantôt une humeur saine poussée, par hasard, dans des conduits accidentellement dilatés, mais destinés cependant à ne recevoir que moins de liquides ou que des liquides moins consistants; c'est tantôt une humeur morbide ou altérée, devenue visqueuse, purulente ou granulée; quelquefois c est tout simplement la présence, dans certains vaisseaux, d’une pierre ou d’un gravier, d’un corps étranger, ou de certains parasites; enfin, le volvulus et l’invagination des intestins peuvent être aussi la cause des obstructions. L’engouement est l’état des parties gorgées de liquides stagnants, altérés ou non altérés dans leur composition. L’engouement, sur lequel Rumphius nous a laissé un fort beau travail, est Uv cause peu étudiée d une infinité d’affections secondaires. L’étroitesse du passage peut être occasionnée par plusieurs causes, entre autres par l’épaississement des parties contenantes, par le refoulement des parois sur elles-mêmes. La compression ressemble beaucoup à l'étroitesse ; elle est souvent occasionnée par des tumeurs. L’affaissement consiste dans le rapprochement des parois des cavités les unes sur les autres; il a très souvent pour cause l’absence ou la diminution notable et soutenue des liquides contenus dans les vaisseaux, c’est-à-dire la déplétion lente ou subite. L’adhésion des parties se manifeste

DK 1. ACTION MOJIBIDK. f,H 1

à la suite «Je la compression, de l’affaissement et de la contraction des parties; elle arrive surtout à la suite de la destruction d’une cavité. Mais, disons-le bien, toutes ces affections sont souvent aussi les compagnes naturelles de l’âge avancé et comme les conséquences inévitables des changements anatomiques qu’il occasionne dans les parties; elles deviennent ensuite de nouvelles causes d’affection par l'obstacle quelles apportent à la circulation, par les modifications qu’elles impriment à la chaleur vitale, et par la langueur dans laquelle elles jettent toute l’économie, langueur qui amène mille accidents, et qui cause parfois jusqu a la mort.

Ce serait peut-être ici le cas de passer en revue toutes les affections qui se rattachent ou qui se lient soit à des dispositions vicieuses des parties, soit à des états anatomiques anormaux, affections qui consistent en des changements accidentels ou acquis des parties : changements de nombre, de grandeur, de conformation, de situation, d’union ou de proportion; changements qui font que l’économie, étant saine d’ailleurs, devient cependant le terme d’accidents très graves qui dépendent de ces changements ou de ces lésions organiques. Cependant nous ne ferons qu’indiquer rapidement ces sortes de lésions organiques, parce que leur histoire appartient plus particulièrement à la chirurgie, et que nous ne devons nous occuper ici que de la médecine proprement dite. Pourtant il est un fait sur lequel nous devons insister et que nous aimons à rapporter souvent : c’est que la nature est si admirable dans ses œuvres et dans ses prévoyances, qu’elle a voulu que ces dispositions vicieuses du mécanisme animal n’arrêtassent pas toujours le jeu des fonctions né- 'Cessaires à la conservation de la vie.

Parmi les affections véritablement organiques, nous devons signaler les fractures et les plaies, le mauvais assortiment des j parties, où les vices d’union comprenant la connexion, l’adlié- ■sion morbide, la séparation des cartilages et des épiphyses, le ■déchaussement des dents, la faiblesse des articulations, les luxat lions, les hernies, les situations vicieuses des viscères, l’obliquité de l’orifice de la matrice, l’arrêt des testicules dans le ventre ou

1 aux aines, l’invagination des intestins, puis une foule de simples difformités qui, ne portant guère que sur la forme, ne doivent occuper qu’accidentellement le médecin.

Mais qu’une fracture soit le produit d’une cause mécanique ou

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de l'action musculaire ayant agi trop fortement sur des os devenus friables par les progrès de l’âge; qu’elle ait été déterminée par le scorbut, la variole, la carie, ou par toute autre cause, elle n’est pas moins pour l’organisme une cause fertile en accidents qui peuvent résulter soit de l’irritation des parties voisines blessées ou contuses, soit de l’impossibilité dans laquelle se trouvent tes os, ces muscles ou ces vaisseaux de remplir les usages auxquels ils sont destinés. Ces accidents secondaires forment ce qu’on appelle les accidents ou les effets consécutifs II en est de même pour les plaies. Qu’elles aient été produites par de simples entailles, par une coupure ou de toute autre manière, elles n’entraînent pas moins un changement notable dans les parties solides ét humides et jusque dans les fonctions du mécanisme animal. Et nous disons avec intention, un changement des parties solides et liquides, parce que, quoique séparables par la pensée qui les étudie et les analyse isolément, tout état morbide compromet à la fois les solides et les liquides, attendu que toutes les parties de 1 économie sans exception sont le produit d’un mélange de sec et d'humide dont la combinaison dans des proportions différentes fait seulement qu’une fraction de ces deux parties élémentaires est accidentellement inférieure ou supérieure à l’autre en quantité: ce qui prouve péremptoirement que ces mots solides et liquides, que ces expressions, la solidité et la liquidité , ne désignent en réalité que des qualités relatives. En effet, la solidarité entre les solides et les liquides est si grande, qu'en les considérant au point de vue nosologique, on peut dire que les uns naissent, croissent, finissent et recommencent par les autres, et réciproquement. Il faut rapporter encore aux affections organiques des solides les vices de formation ou d'organisation, la privation des parties, leur renversement, leur transposition, et enfin l'induration et le ramollissement.

Des affections des liquides.

L’état normal des liquides n’est pas moins indispensable au maintien de la santé que celui des solides, et il est bien constant que le libre exercice des fonctions dépend autant du bon état des liquides que de celui des solides. Quand nos liquides sont modifiés physiquement ou chimiquement dans la composition ou dans l’agrégation moléculaire de leurs éléments, ils subissent des altérations qui deviennent à leur tour des causes morbifiques plus ou

de l’action morbide. 483

moins actives. La différence qui existe entre les solides et les liquides ne consiste guère que dans le degré différent de cohésion de leurs éléments de composition, car les solides ne sont, à le bien prendre, que des liquides épaissis. Chaque liquide du corps humain a sa consistance et son degré de cohésion exactement proportionnés aux fonctions qu’il doit remplir. Toutefois cette différence de cohésion varie toujours en chaque sujet en raison de son âge, de son sexe, de son tempérament et de ses habitudes, attendu que l’économie forme pour elle-même, pour ses propres besoins et par les forces vives de la vie, les liquides ou les humeurs qui lui sont nécessaires aux différents temps de son existence.

L’excès et le défaut de cohésion sont les deux états principaux auxquels on peut rapporter les affections de consistance des liquides, et ces deux vices organiques et primitifs des humeurs peuvent affecter ou une seule humeur, ou plusieurs humeurs, ou toutes les humeurs. Rien n’est plus utile à connaître que les différents degrés normaux ou anormaux de fluidité des humeurs; car les propriétés qu’ont les fluides de se mouvoir, de circuler, de se mêler et de se combiner, sont entièrement subordonnées à leurs différents degrés de consistance qui ont également uneaction tics active sur les sécrétions, sur les excrétions, et en général sur toutes les préparations que les humeurs doivent subir pour les besoins de 1 économie animale et de ses fonctions. L’épaississement des fluides a pour cause tantôt un mauvais régime, tantôt des sueurs excessives ou des marches forcées. Enfin la fièvre, l’inquiétude, les affections tristes, sont encore autant de causes qui amènent l'épaississement des fluides, épaississement qui, une fois déterminé par une cause quelconque, entraîne naturellement après lui la stagnation des humeurs et 1 obstruction des organes. La fluidité morbide des liquides peut dépendre soit d’une diète trop prolongée, soit d’une alimentation aqueuse ou trop ténue. Quelquefois elle est causée par des agents toxiques, par l’abus des aliments salés ou fumés, par de grandes évacuations, par le défaut de ton des solides, par l’abus des boissons chaudes, ou bien encore par un séjour prolongé dans des lieux humides ou bas. Du reste, quelle que soit la cause de la fluidité et de la dissolution des humeurs, du moment qu’elle existe , elle devient consécutivement une cause presque inévitable d’hydropisie, de tumeurs froides, d’engorgements glanduleux , d’écoule-

>i8à pkincii'Es uénéuaux de la science médicale. menls muqueux ou séreux, d’aplitlies rebelles, d’ecchymoses, de diarrhées interminables, et d’une foule de troubles graves qui se déclarent dans les fonctions propres à la nutrition, à la circulation, aux sécrétions et aux excrétions.

Après les affections de cohésion des humeurs, nous devons parler des affections de qualité des humeurs. Ces affections consistent dans des altérations de composition qui impriment aux humeurs des propriétés morbifiques ou toxiques. Au premier rang de ces vices d’humeurs, il faut ranger d’abord l'acrimonie. (Nous employons volontiers ce mot, parce qu’il a une signification vague qui convient à un état encore trop indéfini des humeurs.) Cet état particulier des humeurs consiste dans la propriété qu elles acquièrent de vicier les liquides, de ronger les solides, de détruire leur cohésion, de causer de la douleur aux parties sensibles et de porter jusqu’à la convulsion l’exaltation des parties contractiles. L’acrimonie est presque toujours occasionnée par l’abus des aliments àcro-aromatiques, salins et spiritueux, que le luxe et la mode jettent à profusion sur nos tables.

Il y a plusieurs espèces d’acrimonies. Elle peut être causée par les mauvaises qualités des aliments, des boissons ou des médicaments; par les venins, les miasmes pestilentiels ou les virus. Elle se déclare aussi lorsque le corps n’est pas suffisamment revivifié par une alimentation convenable. Elle peut être occasionnée encore par l’action combinée de la turgescence des humeurs et de l’élévation excessive de la température du corps ; par la stagnation des humeurs, par l'irrégularité des mouvements dont dépendent les fonctions de la digestion, des sécrétions et des excrétions. Elle est encore le résultat de l’engorgement ou du séjour trop prolongé des liquides dans des vaisseaux où ils ne doivent rester que momentanément. (C’est ainsi que, chez les personnes trop chastes, le sperme passe souvent à l’état d’acrimonie.) Elle peut dépendre aussi du mélange hétérogène des humeurs saines avec des produits qui devraient être rejetés comme la matière excrémenlitielle, et certains sels dont la présence importune ou altère les humeurs. Enfin, elle survient par suite du rejet de quelques matières utiles, qui par leurs qualités douces et tempérées modifient et délaient les matières peccantes. On reconnaît l’acrimonie des humeurs aux prurits, aux douleurs et aux spasmes qu’elle occasionne. Ce qu'il y a de très fâcheux, c est que l’acrimonie d’une seule humeur suffit pour altérer le sang, et que

DE L ACTION MOIilil DE.

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celui-ci une fois alléré devient la source de la corruption de toutes les humeurs qui émanent de lui. Il arrive souvent que l’acrimonie des humeurs dégénère en putridité. Celte putridité peut être encore favorisée dans son développement par le genre de \ie, par un traitement mal établi, par le défaut d’aliments, par des émissions sanguines répétées coup sur coup, par un air malsain, par une diète trop sévère, par la suppression des excrétions, ou par toutes ces causes réunies, qui naissent de la non-observation des règles de l’hygiène, et engendrent ces maladies terribles que l’on confond en masse sous le nom d 'affection typhoïde, nom plein d’erreurs et d’un vague admirable. L’acrimonie putride d'une humeur agit sur toutes les autres humeurs. Elle les dissout, les irrite, les altère, les rend toujours impropres et très souvent fatales à l’économie, dont elle empoisonne les sources. En effet, elle donne de la fluidité h ce qui est épais, elle pourrit ce qui est liquide; elle irrite, elle ronge et elle détruit les solides, et amène de la sorte, comme nous l’-avons déjà dit, des affections générales putrides, malignes ou ataxiques, affections presque toujours contagieuses, qui ne cèdent quelquefois ni à la nature, ni à l’art, ni à l’art et à la nature réunis.

Il est très vrai que chacune de nos humeurs a dès propriétés particulières qui la rendent propre à remplir telles ou telles fonctions auxquelles elle est spécialement destinée ; mais de même que nous pouvons dans certaines circonstances sentir et agir d’une manière insolite, anormale, bizarre, sans que notre existence soit le moins du monde compromise, de même nos humeurs peuvent être altérées jusqu’à un certain degré dans leur qualité sans que l'équilibre et l’harmonie des fonctions soient dérangés d’une manière dangereuse pour la santé: c’est un fait sur lequel il est utile de fixer l’attention des praticiens.

Du sang et des affections du sang.

Le sang est incontestablement le premier cl e nos liquides, et le liquide par excellence. C’est l'âme de la chair, selon l’expression profonde de Moïse. Il est, de l’aveu des physiologistes, la source de toutes nos humeurs, et s’il n’est pas la vie elle-même, il est du moins un produit direct et essentiel de la vie; car, selon l'observation très judicieuse de Gaubius: •< Qui (pie ce soit dans l’univers, ni la science, ni l'industrie, ni la nature, ni l’art, ne sauraient rien

produire de semblable en dehors du corps animal. « Enfin, selon. Bordeu, le s an;; est une chaire coulante.

Il est peut-ctre aujourd’hui plus difficile que jamais de parler scientifiquement, du sang, non pas que les lumières nous manquent, bien .nu contraire, mais parce qu'elles nous inondent de toutes parts et nous éblouissent. Aussi c'est à peine si, après tant de travaux consommés et apportés par des hommes très consciencieux et très éclairés, on peut se faire une idée complète du sang. En effet, la plupart des théories se contrarient, et en présence de tous ces systèmes qui se heurtent et qui se neutralisent, i homme prudent et attentif s’abstient, et attend pour se prononcer qu’une main habile ait mis toutes ces choses en ordre et chaque chose à sa place.

Le sang a été étudié sous deux points de vue différents. Les anciens, pour qui l’observation attentive et patiente des phénomènes généraux de la vie et de toutes les expressions de la vitalité a toujours été l’objet d’un culte spécial, les anciens, Hippocrate et Galien en tête, ont particulièrement étudié le sang au point de vue de ses propriétés actives ou vitales. Ils ont du moins commencé par là, et ce n’est que consécutivement et comme complément d’études, qu’ils se sont attachés à examiner ses qualités anatomiques ou physiques. Les modernes, et leur temps remonte à la fin du xvite siècle, ont suivi une autre marche. Moins soucieux de connaître les propriétés vitales du sang, ils se sont contentés de préciser le nombre et la nature de ses principes constituants. Cest ainsi qu’ont procédé Malpighi, Leeuwenhoeck, Stevens, et ils ont été bientôt débordés dans ce genre d’investigation par leurs successeurs les néo-cadavéristes et les néo-humoristes dont l’espèce est si exubérante.

D’autre part, pour MM. Muller, Delafond, Gavarret et Donné, savants d’ailleurs très estimables, l’élude microscopique du sang est une affaire capitale. Systématiquement dédaigneux des théories vitales, ils soumettent le sang et les humeurs à toutes les épreuves des instruments de physique et de chimie; ils inscrivent avec un soin minutieux toutes les circonstances et les souscirconstances numériques, physiques, hydrauliques, mécaniques et chimiques qui se rattachent à son histoire; ils creusent les atomes avec une patience incroyable, et ils se préoccupent surtout de la composition du sang et de la configuration plus ou moins heurtée de ses globules, sans attacher une grande importance à

DE LACTION MORBIDE.

sa vitalité. Pourtant la vitalité du sang est un fait culminant, car ce sang qui nous anime s’éteint lui-même et se dissout du moment qu'on le sépare de l'organisme qui le contient. Ce serait même en vain qu'on chercherait à ly replacer, il ne recommencci ait jn mais ses opérations délicates et mystérieuses; jamais, disons le mot, il ne redeviendrait vivant. Son principe disparait comme un souffle après la mort, et comme tous les principes on ne le saisit pas. D’autre part, il est constant que l’état matériel du sang et tontes ses alterations physiques exercent une action importante sur ses propriétés vitales. Or, quelle induction philo-ophique tirerons-nous de ces faits très constants? La plus naturelle et la plus simple, à savoir, que les anciens et les modernes ont bien vu les choses, mais que placés à des points de vue différents, et absorbés pour ainsi dire chacun par leurs idées, ils ne les ont en quelque sorte vues que d’un œil , attendu que le seul moyen de se faire une idée complète sur ce sujet, c est d envisager la question sous toutes ses laces, c’est d’étudier à la fois la matérialité et la vitalité du sang, et d’en explorer la nature organique et dyna-

mique.

Le sang estime humeur vivante composée de sérum, de fibrine etde matière colorante. Le sérum est le véhicule propre du sang ; il tient en dissolution la fibrine et quelques sels; il Lient en suspension des globules qui renferment une matière colorante et du fer. Ainsi donc, du sérum, des sels, de la fibrine, des globules, une matière colorante et du fer, tout cela échaulfe, rendu sensiule et mobile par la vie, voilà le sang. Le sang a une odeui Inde et nauséeuse, que beaucoup de personnes ne peuvent suppoitei , sa température moyenne est de âO degrés centigrades. Hoffmann et Quesnav évaluent à 30 livres la quantité de sang contenue dans le corps humain.

Le sérum est un liquide transparent et jaunâtre, composé . 1° d’albumine; 2" d’une matière grasse cristallisa ble découverte j.'ar Chèvre ul ; 3° d’une matière huileuse; U° d une manière extractive, 5° d’osmazôme; 6° de cholesterine, et enfin de difféients sels, savoir : de chlorure de soude et de potasse, de sous-carbonates de chaux, de magnésie et de fer. Le sérum a l odeur du sang, auquel il sert de véhicule, comme nous l’avons déjà dit.

La fibrine est la partie solide du sang. Elle est molle et blanche, légèrement élastique, insipide et inodore. C est elle qui forme le caillot sanguin que l’on aperçoit lorsque le sang est refroidi. Elle

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retient, en se conciliant, les globules du sang et une partie du sérum. Quelquefois la fibrine se coagule dans les vaisseaux sanguins pendant la vie, mais cela n’a lieu cependant qu'aux heures d’agonie; la fibrine n'est, selon quelques chimistes, que de l’albumine modifiée.

Les globules, que l’on nomme aussi les corpuscules microscopiques, constituent dans le sang une troisième matière animale. Ils ont été découverts en 1665 par Malpighi. Leeuwenhoeck avoue ne les avoir reconnus que quelques années plus tard, en 1673. Us ont été, depuis, l’objet des études constantes de Spallanzani, Fontana, Herwson et Boerhaave, et plus près de nous, de MM.Raspail, Prévost, Dumas, Delafond, Gavarret, Andral, Lecanu, Denis, Lhéritier, Muller et Donné.

Le globule sanguin est une petite vésicule formée d’albumine liquide et de fer. Selon Leeuwenhoeck, chaque globule de sang représente environ la centième partie d’un grain de sable. Les globul es de sang sont rouges et lenticulaires; M. Delens prétend qu’ilsjouissentessentiellement de propriétés vitales, et MM. Rossi et Bellingeri affirment avoir constaté en eux des propriétés électriques. Us sont formés, selon M. Lecanu: 1° d’hématosine, à laquelle le sang doit sa couleur et qui compte le fer parmi ses principes constituants; 2° d’une matière animale analogue à de l’albumine. D’après MM. Millier et Donné, les globules sanguins sont parfaitement distinctsde la fibrine. Enfin, ensusdes globules rouges, le sang contient encore des granulations et des globules blancs, semblables aux globules muqueux. Voici, d’après MM. Gavarret et Andral, le tableau exact des diverses proportions quantitatives des principes constitutifs du sang humain. Sur mille parties de sang, on trouve trois parties de fibrine, cent vingt-sept parties de matière globulaire, dans laquelle l’héruatosine nereprésenle que deux et demi ; soixante-huit parties d’albumine, combinée dans le sérum ; douze parties de matière solide organique ou inorganique; sept cent quatre-vingt-dix parties d’eau. L augmentation de la fibrine peut s’élever jusqu’à dix et demi; la diminution de la fibrine peut aller jusqu’à 0,9. Le maximum pathologique pour l’albumine du sérum est de 92; le minimum pathologique pour l’albumine du sérum est de 53. Le maximum pathologique pour les globules du sang estde 185 ; le minimum est de 21. Le maximum pathologique pour l’eau est de 915; le minimum est de 7 2 5. U résulte des expériences de M. Gavarret :

inc l'action moiibiok. Zi 8 y

1" que c’est particulièrement en raison de la prédominance ou de la diminution des globules que la quantité d’eau diminue ou augmente; 2° que le sang est plus aqueux chez les femmes que chez les hommes; 3° que l’eau existe en petite quantité dans le sang des individus sanguins ; qu’elle est en excès, au contraire, chez les sujets très nerveux; que toute cause qui diminue la masse du sang diminue en même temps la proportion des globules en augmentant celle de l’eau, ce qui entraîne nécessairement un double effet : la moindre plénitude des vaisseaux sanguins et l’appauvrissement et la fluidité du sang qu’ils renferment; 5° que les globules constituent la partie essentiellement organique et vivante du sang; 6° enfin, qu’il est bien plus facile d’appauvrir le sang et de ruiner les ressources vivifiantes de l’économie (pie de reconstruire le sang et d’augmenter ses propriétés plastiques ; autrement dit, qu’il est bien plus facile de priver le sang de ses globules que de reproduire ces globules dans l’économie, quand elle en a été privée.

Tels sont les résultats, très précieux, que les modernes ont obtenus à l’aide de moyens fournis par la physique et par la chimie; ils sont, sans contredit, très importants, mais il faut cependant savoir admirer la sagacité des anciens médecins qui, en procédant par de simples méthodes, soutenues par une minutieuse observation, sont parvenus aussi à formuler des principes vrais et d’utiles préceptes.

Les anciens savaient, comme nous, que le sang est composé de trois parties distinctes : de sérum, de fibrine et de matière colorante. Ils savaient que de l’eau et des sels prédominent dans le sérum; (pie du gluten existe dans la fibrine, et que la matière colorante est due à la présence du fer : fait cependant contesté de nos jours par M. Lhéritier, qui pense aussi que la différence de couleur entre Je sang veineux et le sang artériel ne dépend pas de l’oxygène, qui ne joue dans l’artérialisation qu’un rôle secondaire, mais qu’elle est due à l’action des sels sur l'hématose. Quant à la couleur du sang veineux, il l’attribue à l’action de l’acide carbonique, qui, lorsqu’il est chassé par l’air introduit dans les poumons pendant l’inspiration, permet au sang de passer du noir au rouge, au moment où les sels peuvent agir librement sur la matière colorante. Les anciens attribuaient la fluidité du sang au sérum; ils attribuaient son épaississement, ou la formation du caillot, à la fibrine, et de plus, nous le dirons quand nous devrions faire sourire de pitié la froide raison des microscopomanes, les

anciens admettaient encore dans le sang une autre partie, une partie délicate et volatile qu’Hippocrute lui-même avait reconnue et désignée sous le nom d'esjjril île sang. C’est une espèce de vapeur très subtile ayant une odeur li és fade et sui generis. Quand on reçoit cette vapeur dans un bassin, que l’on recouvre immédiatement d’une cloche froide, elle forme presque aussitôt en se condensant une humeur incolore, ni alcaline, ni acide, qui ne diffère de l’eau que par sa viscosité et son odeur animale. Cette vapeur produit des phénomènes qui varient en raison de son abondance, de sa raréfaction, ou de sa densité. Ainsi, pur exemple, et toujours selon les anciens, dont nous aimons à reproduire les idées, lorsque le sang est très échauffé, celte vapeur devient plus abondante et elle se répand comme un souffle dans les espaces vides de la chair.

Les anciens avaient reconnu qu’il existe entre les parties constituantes du sang une proportion, un rapport harmonique qui contribue essentiellement à la santé. Toutefois cette proportion , selon eux, peut varier beaucoup sans que la santé soit altérée d’une manière notable, et il n’y a réellement qu une disproportion trop grande, trop durable, ou trop opposée au tempérament particulier du sujet , qui puisse donner lieu à une affection; et encore ajoutaient-ils avec Fernel : « Humoruin affeclus, eliamsi » contra naturam sint, morbos non dieimus. » Selon les principes qu’ils nous ont légués, lorsque le sérum prédomine dans le sang, l’économie est sujette aux écoulements blancs, aux épanchements séreux , à la chlorose , aux hydropisies ; quand c’est la fibrine au contraire qui prédomine, elle produit 1 état pléthorique, et consécutivement les engorgements, les congestions, les obstructions et toutes les affections qui tiennent à la densité et à l’épaississement du sang et des humeurs. Enfin, ils rapportaient à cet état du sang la croûte pblogistique, le corium pleurétique ; en un mot, la croûte rougeâtre qu’ils ont nommée couenne inflammatoire , et qui forme cette couche pseudo-membraneuse qui couvre la surface du caillot lorsque le sang est épais, échauffé ou enflammé. Pour M. Donné, la couenne n’est que de la fibrine privée de globules. De Haen prétend que la forme tics vases dont on se sert pour recevoir le sang et que la manière dont le sang coule de la veine ont la plus grande part dans la formation de celte couenne; mais c’est une erreur, tout dépend de la nature et surtout de la vitalité du sang. Enfin , et toujours d’après les anciens , l’excès de ma-

DE LACTION MORBIDE. A91

tière colorante produit des chaleurs morbides , des étouffements internes, des suffocations, des gonflements considérables, et jusqu à l'inflammation du sang dont I histoire a été laite de nos jours d’une manière très remarquable par MM. 1 .héritier et Piorry.

Après avoir profité de toutes ces notions éparses transmises par les anciens et par les modernes , M. Andral a cherché à luire un résumé de tontes ces connaissances acquises, et, sous le titre d 'Essai cT hématologie pathologique, il a produit un ouvrage dans lequel il s’efforce d’élever un système général de pathologie humérale. Malheureusement , au moment où nous écrivions ces lignes, M. Andral n’a encore publié qu’une partie de ses travaux, et nous sommes par conséquent dans une ignorance complète de ce qui doit nous advenir à 1 endroit des conclusions de ce professeur toujours si prudent, lorsqu il s agit de formuler des niées docliinales et des préceptes. M. Andral se propose de déterminer la nature et le traitement des maladies d après la connaissance expérimentale des caractères appréciables du sang , et comme il est plein de patience et de volonté, il arrivera certainement a quelque résultat très utile. Jusqu ici M. Andral sest livré, de concert avec M. Gavarret, à 1 étude des qualités physiques du sang. Il a examiné sa couleur, sa chaleur, sa densité, sa constitution chimique. Armé d un excellent microscope, il a pu assister jusqu aux moindres rencontres moléculaires des principes constituants du sang. Or il résulte de ses recherches, qu il faut rapporter toutes les altérations du sang à trois causes principales : 1° à la disproportion entre les éléments constituants du sang; 2° aux altérations chimiques ou physiques de ces éléments; 3° à l’intervention de principes hétérogènes parmi les matériaux qui le composent. Le sang peut se présenter, sous le rapport de ses globules, sous deux états différents et contraires qui constituent l’un la pléthore et l’autre l’anémie. U y a aussi celte différence entre la fièvre et l’inflammation, que dans la fièvre la fibrine n’augmente jamais de quantité, quelle que soit d’ailleurs la proportion des globules, tandis qu’il n’y a pas d inflammation sans augmentation de fibrine. Quant à 1 anémie, elle est caractérisée par une grande diminution dans la quantité des globules rouges. Il est aussi à remarquer que la phthisie et le cancer s’accompagnent toujours à leur début de 1 état du sang particulier à l'anémie. Une fois établis théoriquement, ces principes sur l’état quantitatif et proportionnel des globules sont

692 pniMJii'KS u: Mi ii aux ni. i.a suitxufc; meuicall. devenus une source importante d’indications thérapeutiques. Il est généralement reconnu aujourd’hui qu’il faut saigner et saigner abondamment les malades, lorsque dans une maladie quelconque le nombre des globules excède considérablement le chiffre ordinaire, et qu’il faut, au contraire , avoir recours aux excitants et aux toniques lorsque les globules sont en nombre insuffisant. Cependant, dans le traitement des fièvres, on n’agira pas avec le même empressement, parce qu’il est prouvé que la proportion des globules peut varier beaucoup sans devenir pour cela une source radicale d’indication. Enfin , comme dans les névroses le sang est presque toujours fort pauvre, on doit s’abstenir de saigner et de débiliter ; on doit, au contraire, avoir recours aux excitants et aux toniques. En résumé, le sang est une humeUr vivante qui, en tant que vivante, échappe au scalpel et à l’action des réactifs chimiques. Le sangse décompose et s’altèredu moment qu’il est sorti du corps vivant. Il est sujet à des affections diverses : ainsi à des affections vitales et organiques, à des altérations de constitution moléculaire et de quantité, enfin à des altérations de qualité. Puis, toutes ces affections pouvant réagir les unes sur les autres, il résulte que les affections vitales produisent parfois des affections organiques, et réciproquement.

Aux affections vitales il faut rapporter toutes les modifications d’électricité vitale; aux altérations de constitution moléculaire ou organique on rapporte, avec M. le professeur Delafond de l’école vétérinaire d’Alfort, la diarémie et la diastasémie, qui consistent, l’une dans la diminution des globules et la ténuité excessive du sang, l’autre dans la séparation des éléments constitutifs du sang. On compte, parmi les altérations de quantité, la pléthore et l'anémie, qui ont souvent pour cause déterminante l'addition ou la soustraction des excitants ordinaires du sang. Enfin, on rapporte aux altérations de qualité toutes les altérations du sang que le professeur Piorry a rangées dans deux grandes classes sous les noms de toxicohémie et de typhoémie. La première comprend les affections produites par un poison végétal ou minéral ; la seconde renferme celles qui sont causées par un agent putride, parmi miasme on poison animal.

Les altérations du sang ne sont pas seulement dangereuses patelles mêmes, mais elles le sont encore par les conséquences qu’elles entraînent : ainsi la pléthore sanguine cause presque toujours des hypérémies, des flux , des congestions, des inflam-

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mations, des hémorrhagies actives et des apoplexies. L’anémie détermine, au contraire, des chloroses, des flux séreux , des diarrhées rebelles, des hydropisies, des entozoaires et une infinité d hémorrhagies passives. Enfin, la méloémie, ou l’état septique du sang, est la source de mille affections consécutives, au nombre desquelles il faut placer la fièvre putride ou typhoïde, le charbon, les scrofules, le cancer, la syphilis, les affections gangréneuses, et une foule de maladies dans lesquelles le sang semble agir comme un venin ou comme un poison.

Des affections des sucs sécrétés.

Le sang est véritablement la source commune de nos humeurs. Mais une fois formées, ces humeurs, tout en restant exposées aux affections de la source commune, sont sujettes aussi à une foule d affections qui leur sont propres. Ainsi la lymphe et le suc gastrique sont sujets à des affections particulières, et, d’après les expériences du docteur Stevens , non seulement le suc gastrique a des propriétés très actives qui le prédisjmsent à une foule d’altérations , mais il est reconnu que ses propriétés varient dans chaque espèce et que sa faculté digestive est élective et parfaitement en rapport avec les aliments qui conviennent aux diverses espèces animales. C'est ainsi que le suc gastrique des animaux carnivores dissout parfaitement les substances animales et n’a que peu d’action sur les substances végétales , tandis que le suc gastrique des herbivores dissout, au contraire, les substances herbacées et n exerce que peu ou point d effet sur les produits animaux. La bile a aussi ses propriétés, ses altérations, ses affections ; elle est sujette à la fluidité, à l’épaississement, aux concrétions, à l’acrimonie. Selon Haller, on trouve beaucoup jdus souvent des concrétions calcaires dans la vésicule du fiel que dans la vessie. Les rapports sont environ de un à sejat. Le lait, la graisse et le sperme sont également sujets à des vices de quantité et à des vices de qualité. Les humeurs peuvent devenir aussi des causes de maladie par les vices mêmes de leurs mouvements de circulation, par leur changement de place, par leur transport ou leur présence sur des parties ou dans des parties qui ne sont pas faites pourelles. Siles humeurs, d’ailleurs saines, sont dans une propor- 1 tion trop forte relativement aux solides , elles peuvent à la longue | produire des maladies , et le même résultat a également lieu si ce ■ sont les solides qui se trouvent trop volumineux relativement à la

Z|9â PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE.

quantité d’humeurs. Dans le premier cas, il y a pléthore d'humeurs; dans le second, il y a défaut ou insuffisance d'humeurs. La proportion trop forte des liquides constitue des affections pléthoriques qu’on peut diviser : 1° en pléthore à la masse, ou pléthore aux vaisseaux ; 2° pléthore au diamètre, ou pléthore respective. Quelquefois à la pléthore se joignent encore les qualités viciées des humeurs; c’est alors une complication très fâcheuse. Il y a aussi une fausse pléthore, ou plénitude au volume, qui tient non pas à la surabondance du sang, mais à la raréfaction, c’est àdire au volume augmenté que présente le sang raréfié. Cette fausse pléthore est souvent occasionnée par une trop grande chaleur produite dans le corps par l’air, le feu , les bains, ou bien par des aliments âcres ou des boissons trop échauffantes , par des fièvres ardentes ou inflammatoires , par des exercices violents ou trop prolongés , ou enfin par de fortes passions de l’âme.

La disette de sang est aussi une source fréquente de maladie. Lorsque la perte de sang a lieu brusquement et surabondamment, elle cause la mort, à moins que la nature ne produise une syncope qui, dans ce cas, a évidemment pour objet de faire cesser le danger et d’éloigner la mort, en arrêtant momentanément le cours du sang. Dans d’autres circonstances et lorsque la perte du sang est moins considérable, le sang qui reste dans l’économie a une tendance excessive à s’altérer. Une abstinence trop rigoureuse et surtout trop prolongée peut ajouter encore à la gravité de cet état. Quoi qu’il en soit, dans les diverses circonstances, la nature, qui est toujours admirable dans ses prévoyances Ol dans ses efforts, la nature empêche, autant qu il est en elle et par une espèce de contraction spasmodique des parties solides, que les pertes de sang ou d’humeur ne causent la vacuité des vaisseaux. Ne soyons donc pas si prompts â combattre svstématiquement toutes les attaques de nerfs; car il y en a beaucoup qui n’ont d’autre objet et d’autre but que d’empêcher la vacuité des conduits nerveux. Et d’autre part, ces salutaires attaques, ces mouvements spasmodiques, ont aussi la propriété de renouveler le fluide nerveux et d’assurer sa circulation. Sachons aussi que la pléthore est très fréquente chez les personnes maigres, et que l’embonpoint est aussi gênant que la pléthore elle-même.

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