I)F. L’ACTION MORBIDE
Des uflections produites par la sortie «les fluides hors de leurs vaisseaux.
Chaque humeur a ses réservoirs particuliers et ses canaux dans lesquels elle est, en quelque sorie, domiciliée; or, lorsque, par une cause quelconque, une humeur vient à sortir de ce que nous appelons son lit, elle produit, entre autres affections, des affections par erreur de lieu. Ces affections forment quatre classes: 1° affections par erreur des fluides circulants; 2° affections par erreur des fluides engagés; 3° affections par erreur des fluides séparés; 4° affections par erreur des fluides épanchés.
Le sang, la graisse, la hile, l’urine, toutes les humeurs, enfin, peuvent passer accidentellement des parties qui sont faites pour les contenir dans des parties destinées à d’autres usages. Or, quand cela se présente, il en résulte toujours, dans un temps plus ou moins éloigné, des affections plus ou moins graves qui constituent les affections de la classe que nous désignons sous le nom à affections par erreur de lieu. Les affections par erreur des fluides engagés ont lieu lorsqu’une humeur portée dans un canal étranger, et ne pouvant le traverser, le bouche, et se forme à ellemême un nouveau passage, ainsi qu’aux autres fluides : il y a d’abord stagnation, puis obstruction ; enfin, il se forme des engorgements, des tumeurs, des ulcérations, des fistules, et quelquefois des inflammations. Mais ces inflammations peuvent être salutaires; elles sont alors médicatrices. Les affections par erreur des fluides séparés viennent à la suite du rejet hors du corps d une humeur utile ou récrémentitielle, telle que le sang, le chyle on la bile'; dans d’autres circonstances, c’est une humeur excrémentitielle ou inutile qui est rejetée, mais elle est rejetée par des voies qui ne sont pas destinées à cet usage, et il en résulte nécessairement un dommage plus ou moins grand.
Dans les affections par erreur des fluides épanchés, ou par effusion, les fluides, seulement épanchés, ne sortent pas du corps, mais ils sont reçus dans les interstices des parties où ils agissent à la manière des causes morbifiques. L’écartement, le relâchement ou la division des parois des vaisseaux sont autant de causes auxquelles on peut rapporter 1 épanchement des liquides, ha nature des fluides épanchés joue un grand rôle dans 1 affection qui en résulte, ainsi que la ddatation ou 1 étroitesse des cavités naturelles où les liquides s’épanchent et sont reçus.
I.orsijiie le sang sorti de ses vaisseaux se répand, par erreur de lieu, dans les parties voisines, il se forme des ecclivmoses, des éruptions, des tumeurs sanguines, des hémorrhagies internes; quand c’est la lymphe qui déhorde, elle produit des hvdropisies: enfin, lorsqu’une humeur corrompue, iclioreuse ou sanieuse, séjourne un certain temps dans les interstices des parties, elle produit presque toujours des engorgements, des abcès, des fistules, des ulcères, des fièvres lentes, et quelquefois la gangrène. Il n’est pas jusqu’à l’air contenu dans le corps qui, en pénétrant dans les cavités, et surtout dans le tissu cellulaire, ne produise des affections qui donnent lieu tantôt à des tumeurs aériennes et élastiques, tantôt à des emphysèmes ou à des tympanites. Il y a aussi des affections qui se déclarent lorsque la matière nutritive ou les molécules alihiles arrivent aux organes en trop grande quantité, ou bien lorsqu’elles s’adressent à des parties qui ne devraient pas les recevoir. Cette erreur de lieu de la matière nutritive altère vicieusement la substance des parties, et produit des changements dans la texture et la consistance normale des solides : les muscles se transforment en tendons, les parties molles se changent en os, et les os eux-mèmes se convertissent quelquefois en parties molles.
Dos uHcclions produites par le uioiivemcnt anormal des humeurs.
Toutes nos humeurs subissent deux sortes de mouvements, savoir : un mouvement intime ou moléculaire que nous appellerions volontiers un mouvement électrique, et un mouvement de progression, de translation, autrement dit, un mouvement -circulatoire. Ce dernier appartient à la masse; le premier appartient au contraire à la molécule organique. Nous n avons pas de notions bien précises relativement aux modifications du mouvement vital ou moléculaire, mais nous sommes mieux éclairés sur le mouvement circulatoire. La circulation peut être, ou troji rapide, ou trop lente, ou irrégulière; il se peut que les fluides s’engagent dans une fausse direction. Il est à remarquer aussi que la ténuité et l'épaississement extrême des liquides sont autant de causes qui favorisent les vices ou les défauts de circulation. La circulation peut être précipitée par l’action trop énergique des solides, secondée elle-même par différentes causes morbifiques, physiques, mécaniques ou morales. Une fois déterminée, l’exaltatiou de la circulation produit ordinairement l’augmentation de
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]a chaleur, la raréfaction des humeurs, la dissipation des parties les plus subtiles, 1 épaississement des plus grossières, lâcreté des humeurs douces, la dilatation des canaux, et quelquefois leur rupture. Mais, notons-Ie bien, il arrive très souvent que la nature emploie les mêmes moyens pour dompter les crudités, corriger et chasser tout ce qui est nuisible, ou bien encore pour adoucir les âcretés, résoudre les humeurs engorgées, détruire les obstructions et guérir ainsi les affections qui altèrent ou qui minent l’économie.
Les causes opposées produisent les effets contraires; de là, 1 alanguissement de toutes les fonctions, leur suspension , et par suite une foule d affections chroniques. La surabondance des humeurs produit la dilatation, le relâchement, l’écartement et la division des parois des vaisseaux. Ces effets ont souvent pour cause un défaut de proportion entre les forces motrices et la résistance des organes. Quand un agent morbifique exerce son action sur une partie et y attire un surcroît d’humeurs, il se produit deux choses bien différentes: la partie engorgée souffre de son engorgement et la partie dégorgée souffre au contraire de son dégorgement. Ces détails paraîtront peut-être bien naïfs à quelques uns ; néanmoins nous croyons devoir les faire connaître, parce qu’ils ont, selon nous, leur importance. Il arrive souvent aussi que la nature excite avec intention des irrégularités d’action à l’aide desquelles elle opère comme avec des remèdes des cures que le mouvement régulier des humeurs ne saurait produire. Il faut donc ranger ces irrégularités et ces perturbations apparentes au nombre des efforts auxiliaires de la nature qu’un médecin éclairé et expérimenté ne doit jamais confondre avec les phénomènes passifs, mécaniques ou chimiques occasionnés parles causes morbifiques.
Des affections ilu genre nerveux.
^appelons d’abord que, par un art mystérieux, l’économie animale travaille sans cesse en elle-même, sur elle-même et avec ellemême; que toutes les parties qui composent notre organisation sont pénétrées de vie et pourvues de propriétés qu'on peut rapporter à trois modes d’expression de la force vitale, savoir: à la : sensibilité, à l’irritabilité, et à la plasticité, d’où dérivent : le senti- : ment, ou la faculté de sentir; le mouvement, ou la faculté d’agir; la • récorporativité, ou la faculté de réparer ses pertes, facultés qui
constituent par l’harmonie de leur ensemble cette grande fonction qu’on appelle la vie, et dont les attributs principaux sont le sentiment et l’action qui l’élèvent par une sublime ordonnance jusqu’à la pensée , jusqu’au raisonnement. Ajoutons que ces facultés de sentir et d’agir s’exercent véritablement comme si elles étaient en nous le produit d’un travail électrique, et que parmi les phénomènes qu elles présentent , beaucoup ont une analogie frappante avec ceux qu’on produit à volonté dans les laboratoires de physique et de chimie. Disons plus, disons que la plupart des phénomènes de la vie ne sont que des phénomènes d’électricité animale produits et entretenus par un fluide particulier, électrique ou nerveux, sécrété et renouvelé par l’organisme.
Ce fluide, dont le premier aura vient comme une étincelle animer et vitaliser la matière amorphe de nos auteurs dans l acté essentiellement électrique de la copulation, ce fluide, disonsnous, a une constitution homogène; mais pour agir il se sépare en deux courants, l’un majeur ou positif, l’autre mineur ou négatif, qui, comme le sang artériel et veineux, se répandent dans toutes les profondeurs de l’organisme et déterminent par le jeu de leurs doubles mouvements tous les phénomènes magnétiques de la vie. Et qu’on ne vienne pas nous reprocher de faire des hvpothèses, car nous croyons à leur utilité et nous les considérons comme des leviers puissants et très actifs, lorsqu’elles sont fondées sur de hautes et sages probabilités, et quelles s’appuient sur l’analyse rigoureuse et sur des faits placés par l’expérience à la tête de tous les faits. Elles sont alors comme l'expression positive d’une vérité de sentiment, d’une seconde vue, d’une révélation, d’une intuition.
Maintenant que nous avons en quelque sorte matérialisé les actes de la vie, nous allons essayer de formuler quelques propositions qui dérivent comme conséquences des principes mêmes que nous avons ou reconnus ou émis.
La force vitale est le principe de la vie; l’action nerveuse est le premier moyen de la vie, la source et la solution de tous les autres. De la force vitale découlent directement la sensibilité, la motilité et la plasticité, qui sont ses différentes manières d etre et en quelque sorte ses produits. Par les facultés qui dérivent de la sensibilité, l’économie sent et éprouve d une manière qui lui est propre l’action des agents modificateurs. Par les facultés qui dérivent de la motilité, elle entre en mouvement, elle oppose la
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force a Ja force el elle repousse ce qui lui est contraire. Par les propriétés qui dérivent de la plasticité, elle répare scs pertes matérielles ou de substance.
L’existence du fluide nerveux considéré comme source, cause et soutien des phénomènes de la vie, est un fait qui, entrevu d’abord par Aristote. Calisthène et Zénon, a pris depuis le caractère d’une vérité démontrée sous l'autorité de Van Helmont, de Paracelse, de Frédéric Hoffmann et de Newlon , dont les vues sont confirmées tous les jours, comme on peut s’en convaincre, par les travaux importants de Bogros et de MM. Turc, Durand de Lunel et Bernard. Il résulte de cette vérité, désormais acquise à la science, malgré quelques résistances creuses et insignifiantes, qu il existe pour le genre nerveux des affections par pléthore et par anémie nerveuses, ainsi que des affections par vice ou erreur de circulation nerveuse.
En partant de ces principes, nous classerons, ainsi qu’il suit, les affections nerveuses :
1° Lésions organiques des organes producteurs ou conducteurs du fluide nerveux, autrement dit, lésions matérielles des organes ou des appareils nerveux. 2° Affections nerveuses essentielles ou vitales, c’est-à-dire modifications d’action électrique, d’action interne de la force vitale, cause première ou productrice de 1 action nerveuse. 3° Vices de proportion dans la quantité de fluidenerveuxordinairementdépartie aux organes ; pléthore ou vacuité des organes nerveux; congestion nerveuse ou accumulation de fluide nerveux sur un organe ; anémie nerveuse, anesthésie ou abolition de l’action vitale. h° Vices de circulation du fluide nerveux, exactement semblables à ceux des humeurs et du sang.
Telles sont les affections primitives du genre nerveux; nous les nommons ain>i, parce qu’elles se déclarent les premières, et quelles sont la source d’une infinité d’affections secondaires. C’est ainsi que la pléthore nerveuse produit l’éréthisme nerveux; que la vacuité nerveuse produit l’atonie nerveuse et l’anesthésie, qui entraînent à leunsuite l’épuisement général, la consomption,
1 émaciation, la phthisie et le marasme. La pléthore et l’anémie nerveuses peuvent produire encore l’ataxie du genre nerveux qui occasionne une foule de perversions de la sensibilité et de la ! motilité, d’où résultent toutes sortes de mouvements sans objet et i sans but, qui, au lieu de guérir les malades, les fatiguent inutilement et souvent les conduisent à leur perte. Enfin, c’est à tous
PRINCIPE* GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE, ces départs nerveux de la sensibilité, à ces aberrations de la faculté sensitive qu'il faut rapporter ces dépravations qui font que certaines gens recherchent avec passion le laid, le détestable et le puant.
Tous nos organes sont doués de sensibilité, mais indépendamment de cette sensibilité générale qui répond à faction des modificateurs généraux, chaque organe et chaque humeur ont, en quelque sorte, leur sensibilité propre qui ne s éveille que sous 1 influence de certains modificateurs spéciaux. Ainsi le poivre, qui n’a qu’une action très faible sur l’estomac, irrite, au contraire, très violemment la membrane pituitaire; les cantharides affectent spécialement la sensibilité des voies urinaires; le tartre stibié, qui ne produit aucun effet sur les yeux, surexcite, au contraire, la sensibilité de l’estomac; les diverses parties de la langue, sa pointe, son milieu, sa racine, sont irritées spécifiquement, l’une par la coloquinte, l’autre par l’élatérium, la dernière par certaines renoncules; enfin, les rapports établis entre les excitants et l’excitabilité sont tels qu’on peut dire que de même que les corps ne se dissolvent que dans des véhicules spéciaux, de même il n’y a aussi que certains stimulants qui puissent affecter telle ou telle partie du corps. Cette affinité élective, indiquée depuis longtemps par Cygna, médecin de Turin, se manifeste par la manière dont agissent les remèdes évacuants. Ainsi chaque évacuation est si bien déterminée par des agents spéciaux, que les remèdes qui provoquent l’excitabilité des intestins n’excitent pas celles des organes urinaires, et que ceux qui agissent sur la peau, et qui surexcitent la transpiration, ne produisent aucun effet sur les intestins ou sur les glandes salivaires, et réciproquement. Quoi qu'il en soit, faction de ces divers agents n’est pas si constante qu elle ne puisse présenter des variétés très grandes, soumises elles-mêmes à une infinité d exceptions qui i varient encore suivant les individus et les conditions différentes dans lesquelles ils se trouvent. Or, c’est précisément de cette différence d’affinité des parties pour tels ou tels modificateurs que résulte la diversité des goûts et des tempéraments, et aussi la diversité des indispositions, des affections, des réactions et des maladies; c’est encore en vertu dés mêmes lois qu’une plante dont tel animal se nourrit est pour tel ou tel autre un véritable poison : ainsi, la noix vomique tue les chiens, le persil tue les perroquets, la ciguë tue l'homme, et pourtant, comme le fait très
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bien observer AJ. de Sèze, aucune de ces plantes n’est vénéneuse d’une manière absolue; elle ne l’est que pour tel ou tel sujet de telle ou telle espèce.
Ainsi donc les organes, comme les humeurs, ont des affinités véritables pour certains modificateurs, et ces affinités sont très précieuses ; elles déterminent consécutivement des mouvements ou des appétits instinctifs qui pourraient être d’un grand secours, s’ils n’étaient trop souvent modifiés, chez l’homme, par les préjugés ou les raisonnements; il n’en est pas de même chez les animaux, ils s’y abandonnent et ils s’en trouvent fort bien.
Rien ne témoigne mieux de la vie des humeurs, reconnue par Harvey et par Hunter, que les altérations soudaines qu elles reçoivent des passions violentes. Boerhaave rapporte qu une nourrice, ayant fait teter son nourrisson pendant un accès de colère, celui-ci fut atteint presque aussitôt d’une attaque de nerfs qui se reproduisit plusieurs fois, à un tel point qu’il devint épileptique.
Un autre auteur cite également l’histoire d un jeune homme qui, s’étant mordu lui-même dans un transport de colère, se donna la rage et mourut peu de jours après. Mais ce qui dénote la grande impressionnabilité de nos humeurs, cestl alteration même que le sang subit sous l’action de certains agents toxiques : ce sont les suites désastreuses de piqûres faites avec des instruments de chirurgie imprégnés de matières putrides; c est 1 inutilité même des expériences tentées hors du corps, sur le cadavre, de nos humeurs. Il résulte encore de l’étude attentive des phénomènes de la sensibilité que cette faculté a ses rémissions et ses exacerbations; qu’elle commence , qu’elle se retire , qu elle augmente, qu’elle diminue, qu elle s’affaiblit, disparaît et renaît sans aucune altération appréciable dans les organes : d où Ion peut arguer avec quelque fondement qu’elle n’est point inhérente à l’état de l’organisation physique, mais quelle dépend de la présence d’un fluide qui s’y trouve en excès ou en défaut , et qui circule, ou trop vite ou trop lentement, ou irrégulièrement.
Il arrive quelquefois, par un artifice singulier, que ce n est plus la volonté qui gouverne et conduit les actes de la sensibilité des organes, mais que c’est, au contraire, la sensibilité des organes qui modifie ou régit morbidement la volonté.
Il est encore un fait bien avéré , c’est qu en raison de la sensibilité qui les pénètre, chaque organe, chaque humeur a scs goûts, ses appétits, ses instincts comme un animal, lancjuam h animal
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essct. Enfin, il est reconnu f|ue lorsque l’impressionnabilité d'une partie est excitée extraordinairement, cette surexcitation suspend ordinairement l’action des parties avec lesquelles elle a quelques rapports : voilà pourquoi les femmes qui allaitent cessent d’être réglées; pourquoi l’excès d’une sécrétion en tarit une autre; pourquoi une douleur plus forte fait laite une douleur plus faible; pourquoi une impression morale peut suspendre instantanément le cours des règles. Enfin , voila pourquoi l’irritabilité des parties précordiales détourne le sang de son cours habituel et le porte violemment sur d’autres organes, sur la poitrine ou sur le cerveau.