CHAPITRE XL
DES MODIFICATIONS ET DES AFFECTIONS INÉVITABLES CONSIDÉRÉES A TORT COMME DES MALADIES.
Islam naturæ rerum contemplationem, quamvis non facial medicum, apliorem Lamen medicinæ reddere.
(Celse.)
On doit mettre au nombre des modifications ou des affections considérées à tort comme des maladies, tous les mouvements et tous les états organiques qui se lient à la révolution des âges et qui ont pour objet d’amener les changements qui doivent s’accomplir dans la constitution de l’économie aux trois grandes époques d’accroissement, d’état, de décroissement; changements qui consistent soit dans le développement de nouveaux organes et l’établissement de nouvelles fonctions , soit dans l’anéantissement ou l’atrophie de ces organes et dans le retrait inévitable de leurs fonctions. Ainsi donc on ne doit pas regarder comme des maladies les phénomènes et les mouvements qui servent de préludes ou de préparation aux grands mouvements de la puberté , ni les prodromes qui annoncent la cessation de certaines fonctions, ni les phénomènes qui accompagnent ou qui suivent leur cessation complète.
• Les mouvements de formation et de déformation sont de tous les temps et de toutes les époques de la vie : telle est la loi de la nature organisée. L’organisme ne reste pas stationnaire un seul instant; au contraire, il est toujours en mouvement, et dans ce
DES MODIFICATIONS HT DES AFFECTIONS INÉVITABLES. 503 mouveuienl il décrit en quelque sorte une parabole. Ainsi chacun de nous monte dans la vie, s’arrête un moment et redescend. Il en résulte que l’économie est l’objet de deux mouvements également naturels: l'un d’ascension et de composition organique, l’autre de chute ou de décomposition organique. Pendant la première époque, l’économie accomplit toutes les opérations d organogénésie ou de composition anatomique ; pendant la seconde, elle subit toutes les altérations qui sont les conséquences de la vieillesse et du retrait des organes. Il s’ensuit que parmi les mouvements de la vie les uns sont nécessaires et les autres inévitables. Les mouvements nécessaires sont ceux qui ont pour objet d’agrandir, d augmenter et de perfectionner le champ de 1 existence. Les mouvements inévitables sont ceux qui se lient à la chute organique de l’économie qui doit fatalement s’opérer, puisqu il entre dans les volontés de la nature que nous cessions de vivre et même que nous mourions tous les jours en détail.
Les mouvements de la vie qui ont un but final et fonctionnel, que I on confond trop souvent avec des maladies, sont, pour les mouvements nécessaires d’organogénésie et de développement, tous ceux qui se lient à l’établissement des fonctions de la respiration et de la circulation , et à la suppression des organes vasculaires propres à la circulation intra-utérine, pour la première enfance ; à l'évolution de la première et de la deuxième denlition, pour la seconde enfance ; à la manifestation de tous les phénomènes propres à la puberté et aux nouvelles fonctions qu elle produit, pour l adoiescence ; au ralentissement et à la suppression des fonctions de la génération et à l’atrophie consécutive des organes etdesappareilsqui servaient à l’accomplissement de ces lonctions, pour l’âge du retour; à tous les mouvements de retrait et de décomposition , tels que la chute des dents, l’atrophie et l’anéantissement des ovaires et des testicules, l’ossification des artères, pour la vieillesse. Ainsi donc , on ne vit pas de même à toutes les époques de la vie, mais on vit successivement à la manière d’un enfant , d’un adolescent , d’un jeune homme et d’un vieillard , et par conséquent on aurait grand tort de regarder comme des maladies une foule d’états ou de mouvements accidentels ou éphémères, qui sont en définitive les manières d’être inévitables ou nécessaires de l âge auquel ils apparaissent.
En s’appuyant sur ces idées très philosophiques on a reconnu que les mouvements les plus tumultueux se passent à la tète chez
50/i l'HlINCIl'KS CKXKHAl X UK LA aUKXCK MKÜICALK.
les enfants, à la poitrine chez les adultes , au ventre et au basventre chez les hommes et chez les vieillards. On a reconnu aussi que chaque période de lu vie est caractérisée par «les tendances et des mouvements particuliers qui , en raison d’une loi naturelle, ont aussi leurs résultats prévus et inévitables. Dans la première période de la vie, dans la période d’accroissement, c’est le système vasculaire artériel qui prédomine : c’est le temps de la plus grande puissance de la plasticité; tous les tissus sont pénétrés de sucs , la vie est en pleine exubérance; enfin toutes les parties du corps croissent, se développent et se perfectionnent. C est aussi le moment où le système lymphatique est le plus riche et le plus développé; il est, pour ainsi dire, dans un état de turgescence complète ; enfin, c est le temps où la constitution muqueuse domine sur la constitution sanguine, et cet état se prolonge jusqu’à l’âge de quatorze ans, époque à laquelle la constitution sanguine reprend le dessus et produit de nouveaux phénomènes.
Pendant cette première époque de la vie I impressionnabilité est d’une excessive mobilité, et il en résulte que les moindres causes excitent chez les très jeunes enfants des mouvements automatiques irréguliers et nerveux, favorisés encore par l’état du cerveau, qui n’est pas assez fort ou assez développé pour coordonner ses mouvements. Néanmoins ces mouvements automatiques, parfois convulsifs et toujours si effrayants en apparence, sont presque toujours beaucoup moins dangereux qu’on ne Je suppose généralement.
La période d’état de la vie se fait remarquer par le développement complet des organes et par l’établissement définitif des fonctions, par l’équilibre des parties et l’harmonie de l’ensemble, par la pondération des forces et l’exercice régulier des puissances vitales qui jouissent alors de toute leur énergie.
Le troisième âge de la vie, ou la période de décroissement, termine et complète la parabole qui est, selon nous , l’image de la vie, et pendant cette période beaucoup de mouvements fonctionnels sont opposés dans leurs formes , dans leurs expressions et dans leur but final, à ceux de lage correspondant, c’est-à-dire à l’âge de l’accroissement. En effet, les fonctions, si actives et pour ainsi dire si turbulentes {tendant le premier âge, ne s’exécutent [dus que difficilement et avec lenteur; l’exubérance du système artériel disparait et elle est remplacée par la prépondérance du système veineux. Le système capillaire perd aussi sa turgescence,
DES MODIFICATIONS ET UES AFFECTIONS INÉVITAUCES. 505 la circulation se ralentit, les sécrétions deviennent moins actives; les organes contractiles sont privés de leur ressort et de leur énergie; les organes perméables se distendent outre mesure et laissent engorger leurs vaisseaux; les tissus se dessèchent et se fendent ; les fluides perdent leur consistance ordinaire, ils s épaississent ou se liquéfient et ils forment des dépôts de diverses natures. Les organes de la vie de relation tombent à leur tour dans l’atonie et dans l’impuissance; ils s’affaiblissent de jour en jour ; la sensibilité et la contractilité s’éteignent ; enfin, la peau se dessèche, les cheveux et les dents tombent ; tous les organes et tous les appareils s atrophient, les fonctions s’arrêtent et la mort s avance tous les jours davantage jusqu’à ce qu’elle ait détruit la machine tout entière.
Ainsi donc, à toutes les époques de la vie, il y a une foule de maux qui ne sont primitivement que des mouvements nécessaires ou inévitables, et non jjas des affections, bien qu’ils puissent donner lieu consécutivement à des affections par leur exagération , leur défaut ou leur perversion. Plein de ces idées, nous allons passer en revue quelques uns de ces états anormaux en apparence si effrayants ; nous trouverons parmi eux des hémorrhagies, des exhalations et des inflammations aiguës que l’on rattache dogmatiquement à toutes sortes de maladies, telles que la gastrite, la colite ou la gastro-entérite.
Il y a des hémorrhagies morbides, des hémorrhagies fonctionnelles, et des hémorrhagies critiques ou médicatrices; autrement dit, les hémorrhagies peuvent être l expression,soitd’uneaffection morbide qu elles caractérisent, soit d’une fonction ou d’un mouvement fonctionnel qu’elles accomplissent, soit d’une crise ou d un travail salutaire qu’elles constituent. Ne perdons jamais de vue cette classification médicale des hémorrhagies, car dans 1 exercice de la médecine, il n’est pas moins dangereux de guérir un malade d’une hémorrhagie utile que de l’abandonner à l’action destructive d’une hémorrhagie morbide.
Les enfants nouveau- nés sont sujets à une affection qu’on appelle entéro-hémorrhagie : est-ce un état morbide jnoprement dit? est-ce un état dangereux? Non; il se lie presque toujours à la prépondérance naturelle du système artériel à cet âge; par conséquent, il ne faut pas, en pareille circonstance, abuser des remèdes, d’autant plus qu’il y a des cas dans lesquels cette hémorrhagie est déplétive et, par cela même, médicatrice de
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l’état d’hypérémie, auquel sont exposées les membranes muqueuses intestinales, surtout chez les sujets appartenant à des mères d’une constitution éminemment sanguine. Pendant 1 adolescence, les hémorrhagies nasales sont très fréquentes; elles tiennent alors à la prépondérance de la circulation capillaire vers la tête. Mais dans ce cas, comme dans le précédent, elles sont déplétives, et l’on doit par conséquent les respecter. Les femmes sont sujettes, pendant une partie de leur vie, à une hémorrhagie fonctionnelle périodique. Cette hémorrhagie peut devenir fâcheuse par son excès. Mais, en général, on a beaucoup plus à redouter sa suppression brusque et intempestive que sa surabondance. A l’âge de retour, etpendant la vieillesse, on est exposé à des entérohémorrhagies, à des hématémèses, à des hématuries, à des flux hémorrhoïdaux ; mais ces fausses affections n’ont guère de gravité qu’autant qu'elles dépassent certaines bornes, ou qu elles durent trop longtemps. L’entéro-hémorrhagie est souvent, chez les vieillards, un état inévitable; elle se lie à une congestion des vaisseaux de la membiane muqueuse des intestins, avec cette particularité qu’elle ne dépend pas, comme chez les enfants, d une hypérémie active de la muqueuse intestinale, mais qu elle est, au contraire, le produit d’une congestion passive, qui tient à la fois, et à la prépondérance de l’état veineux, et au ralentissement de la circulation.
. Les vieillards sont sujets à des hématuries qui sont souvent nécessaires et même médicatrices. Elles se lient à l’état d’injection dans lequel se trouvent, chez eux, les vaisseaux veineux de la muqueuse de la vessie; cet état existe aussi chez la femme, où il est favorisé par les congestions qui succèdent ordinairement à la suppréssion de la menstruation.
Leshém n’rhoïdesne se montrent guère que chez des individus de trente-cinq à quarante ans; elles sont presquetoujours un bienfait de la nature; elles dépendent de l’activité de la circulation, plus grande à cet âge dans les vaisseaux abdominaux. Chez les femmes, leflux bémorrhoïdal remplace souvent les hémorrhagies naturelles mensuelles : dans ce cas, ellessontpresque toujours salutaires, en ce sens qu elles soulagent l’économie par la déplétion qu elles opèrent. Il arrive très souvent que la cessation des règles donne lieu, surtout chez les femmes sanguines, à un étatpathologique et presque inflammatoire assez compromettant, sinon pour leur vie, du moins pour leur santé. Dans ce cas, les héraorrhoïdes viennent
UES MODIFICATIONS ET UES AFFECTIONS INÉVITABLES. 507 en aide à la constitution accidentelle de la femme, et l’hémorrhagie, cjni en est le résultat, s’établit d’autant plus facilement qu il y a, du côté des vaisseaux abdominaux, une tendance aux fluxions et comme un état de congestion déterminé par le retrait du tribut menstruel.
Dans la première enfance et même dans les premiers jours de la vie extra-utérine, l’enfant est sujet à une ichthyose, qui n’est que l’exagération ou l’exaltation du travail de desquamation et de renouvellement de l’épiderme. Dans la vieillesse, au contraire, l’homme est sujet à une autre affection de la peau, qui est le résultat de la diminution ou de l’extinction de la circulation capillaire tégumentaire. Les enfants sont exposés, dans les premières années de leur vie, à des boutons et à des feux au visage, qui ne sont réellement nuisibles que par leur quantité ou leur trop longue durée. Du reste, la cause de ces éruptions plastiques qui inquiètent si souvent les parents est tout entière dans l’excessive activité des cryptes sébacées, dont l’action de sécrétion est favorisée par l’exaltation du système sanguin, toujours prédominantàcette époque de la vie. Ainsi donc ce ne sont pas ces efflorescences ou ces concrétions de matière sébacée brunâtre et presque adipocireuse qui se forment fréquemment sur la tête, sur les tempes, ou sur le front des enfants, qu’il faut combattre ou arrêter localement; mais c’est la constitution générale qu’il faut modifier et diriger à l aide des divers moyens de l’hvgiène; c’est surtout l’alimentation qu’il faut surveiller, car les croûtes au visage sont presque toujours occasionnées par l’usage d un lait, ou trop épais, ou trop abondant, ou altéré. Il arrive souvent que la nature se débarrasse par ces croûtes des principes âcres du lait fourni par des nourrices trop fortes, trop bien nourries, ou su jettes à des diathèses morbides.
Les diarrhées du premier âge sont bien différentes de celles qui ont lieu dans la vieillesse. Elles dépendent de causes différentes qu’il est urgent de connaître et de bien apprécier. Tantôt la diarrhée est fonctionnelle, tantôt elle est morbide, tantôt enfin elle est critique, dépurative , révulsive ou médicatrice. Examinons.
La diarrhée est fonctionnelle : 1° lorsqu’elle se lie au développement des cryptes muqueuses intestinales; 2° lorsqu’elle est occasionnée par la turgescence vitale que subissent les follicules gastro-intestinaux, turgescence qui coïncide ordinairement avec
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l'éruption tics premières dents, et qui est encore précipitée et augmentée par l’état alors très actif de la circulation capillaire dans les organes digestifs. Ces sortes de diarrhées ont ordinairement pour caractère d’être extrêmement muqueuses. La diarrhée est morbide lorsqu’elle est provoquée ou entretenue soit par une cause morbifique, par un mauvais lait ou par des aliments mal appropriés aux forces digestives. Elle tient très souvent à ce que, perdant de vue qu’avant la première dentition le tube digestif ne peut guère supporter que du lait, qui est le seul aliment qui convienne à son organisation à peine ébauchée, on s’obstine à donner aux enfants des soupes et des bouillies qui chargent leurs organes sans nul profit pour l’économie, qui cherche toujours à s en débarrasser par des selles copieuses qui occasionnent elles-mêmes des diarrhées. La diarrhée est souvent produite par le lait d une nourrice trop âgée ou par celui d’animaux trop forts.
Dans d’autres circonstances, la diarrhée qui atteint les entants parvenus à l’époque de la première dentition a un autre caractère et un autre but. Elle est comme une espèce de crise révulsive qui, en se fixant sur les intestins, a pour objet d’épuiser le trop-plein de la vie et de ruiner le travail inflammatoire qui s’opère du côté du cerveau ; elle est alors essentiellement médicatrice. Dans ce genre de crise, les enfants ont ordinairement les pommettes ardentes et comme frappées d’un rouge très vif; la matière diarrhéique a aussi un caractère particulier, elle est d’un vert foncé. La diarrhée est symptomatique ou sympathique, lorsqu elle est produite par l’extension de la turgescence du cerveau aux autres parties de l’économie et particulièrement à la muqueuse gastrointestinale. Elle est très souvent chez les vieillards le résultat d’un écart de régime, d’une mauvaise digestion ou d’une digestion incomplète. Elle est quelquefois aussi le produit de matériaux insuffisamment élaborés et excrétés à l’état liquide, par suite du mauvais état des dents, de l’atrophie des cryptes mucipares intestinales, ou de la privation de salive nécessaire à la mastication, privation qui se rattache dans ce cas à l’atrophie des glandes salivaires. Beaucoup de lienteries mortelles n ont pasd autres causes chez les vieillards.
Les enfants et les vieillards sont sujets à des incontinences d’urine, mais la cause est bien différente pour les uns et pour les autres: linconlinence d’urine lient chez les enfants a ce que la volonté n’est pas encore développée ; elle tient chez les vieillards
DES MODIFICATIONS ET DES AFFECTIONS INÉVITABLES. 50 9 à ce qu’elle se relire ou s’affaiblit. Dans la première enfance, la présence seule de l’urine, en excitant les contractions des muscles de la vessie alors très impressionnables, suffit pour déterminer l’écoulement de ce liquide sans que la volonté y prenne aucune part. Plus tard, lorsque la volonté se développe, lorsqu’elle essaie en quelque sorte ses droits sur la contractilité, les enfants peuvent jusqu’à un certain point, ou lâcher ou retenir leurs urines et ré gler pour ainsi dire les heures de la miction. Mais leur volonté est encore bien incertaine, leurs organes sont bien ignorants; ils n’ont pas encore l’habitude de les diriger, et il en résulte que pendant leur sommeil, et en l’absence de l’attention commençante, ils obéissent instinctivement aux impressions déterminées par l’action topique de l’urine sur les muscles contractiles de la vessie ; ils urinent donc, et quand l’incontinence s’ensuit, elle tient à ce que la volonté chez eux n’est point encore assez ferme ni assez ordonnée. Chez les vieillards, les mêmes effets se présentent, mais ils tiennent à d’autres causes : chez eux la contractilité et la volonté se retirent en même temps, et I incontinence a lieu par cette double cause. Quelquefois aussi à l’incontinence d’urine succède la rétention, qui est encore dans ce cas un effet inévitable: elle peut tenir à ce que l’impressionnabilité est diminuée, ou bien encore à ce que la vessie, distendue par l'âge, demande pour l’expulsion des urines un effort que les organes trop affaiblis n’ont plus la force d’exécuter.
La formation des calculs vésicaux, si commune chez les enfants et chez les vieillards, a souvent pour causes des conditions qui se lient à l’état anatomique et fonctionnel des organes. Elle est déterminée chez les enfants par l’étroitesse du canal de l’urètre et par la petite quantité d’urine qui séjourne dans la vessie. L’étroitesse de l’urètre empêche l’expulsion des concrétions qui viennent des reins ou qui se forment dans la vessie, et la petite quantité d’urine qui se trouve dans la vessie ne produit pas un courant assez fort et assez rapide pour entraîner ces concrétions. Dans la vieillesse, au contraire, la formation des calculs vésicaux est favorisée par l’agrandissement de la vessie et par la difficulté d’uriner, qui tient, entre autres causes, à l’action trop faible des muscles. Du reste, chez les enfants comme chez les vieillards, la constitution chimique des urines entre pour beaucoup dans la formation des calculs vésicaux; elle en est même en quelque sorte la cause efficiente : ce qui prouve qu’il y a des indispositions,
des lésions, des affections el des maladies qui ne peuvent éclater
que pendant certainespériodes delà vie.
Les hydropisies sont des affections passives, souvent inévitables. Elles résultent d’exhalations vicieuses ou de lésions de sécrétion. Elles peuvent être occasionnées par des inflammations et par toutes sortes de mouvements, qui favorisent les lésions de sécrétion ou d’exhalation séreuse. Chez les enfants, elles sont secondées par la grande activité de la circulation cérébrale et par l’état ordinaire d injection générale des méninges. Chez les vieillards, les œdèmes et les hydropisies tiennent au contraire à l’asthénie seule, aux obstacles à la circulation et à 1 altération des organes qui concourent au jeu de la circulation. Elles sont encore favorisées par l’affaiblissement des fonctions des reins et de la peau, fonctionsquel'on peut surexciter avantageusement dans ce cas, au point de faire quelquefois avorter des hvdropisies commençantes.
La constitution chimique des humeurs, très variable selon les âges, prédispose également à des affections particulières : ainsi, par exemple, il est bien démontré que l'état saburral des voies gastriques est souvent une cause active d’affections vermineuses. Faut-il en tirer la conséquence que les vers se forment constamment au sein de la saburre? Ce serait peut-être préjuger singulièrement. Dans tous les cas, il est certain que la formation des vers est essentiellement favorisée par des vices de sécrétion particuliers à l’enfance.
L’inflammation est la réaction la plus constante de l'économie. Elle est de tous les âges. Pourtant l’état général des enfants et les conditions de leur organisation les prédisposent particulièrement à ce genre de réaction. La nature l’emploie contre la plupart de nos maux et particulièrement contre les congestions, contre les amas muqueux ou bilieux, contre les miasmes et les venins, contre toutes les matières viciées qui obstruent les premières voies, enfin contre les cachexies strnmeuses, scorbutiques ou syphilitiques, qui deviennent secondairement la cause de si grands désor. dres. De plus, l’excès de sécrétion des cryptes muci pares, des cryptes sébacées et des follicules intestinaux, entretient quelquefois des réactions inflammatoires de la peau ou des muqueuses que l’on doit regarder aussi comme fonctionnelles. Le travail d’accroissement qui s’opère dans les organes digestifs pendant tout le premier âge est encore une cause d inflammation fonc-
DES MODIFICATIONS F.T DI S AFFECTIONS INÉVITABLES. 511 iiounelle. Ainsi pendant le premier âge l’appareil digestif augmente chaque jour en longueur et en largeur; ses valvules conniventes s’agrandissent, ses cryptes mucipares se développent, ses villosités s’allongent et se multiplient. Or, ce travail entraîne nécessairement des changements dans le mode de sécrétion, et ii en résulte d'abord des amas d’humeurs et des congestions, et consécutivement des inflammations qui ont pour objet de résoudre toutes ces congestions et de dissoudre les matières inutiles ou dangereuses. Ainsi donc, parmi toutes ces inflammations qu’on dit si redoutables, il y en a les deux tiers au moins qu’on doit favoriser, et c’est ce que nous affirmons, nous autres hippocratistes qui voyons succomber chaque jour tant de victimes à la suite des soins qu’on a pris d’étoulfer médicalement chez elles les efforts et les mouvements médicateurs d’une inflammation franche, légitime, nécessaire.
Dans I âge moyen de la vie, l’appareil digestif est moins irritable et les réactions inflammatoires sont moins fréquentes aussi de ce coté. Chez les vieillards, au contraire, la susceptibilité du tube digestif recommence; mais elle tient à d’autres causes, et les réactions, lorsqu’elles se déclarent, ne sont pas opérées par les mêmes organes. Il est à remarquer aussi que les affections gastrointestinales occasionnent presque toujours chez les enfants des réactions consécutives ou des affections secondaires qui ont en quelque sorte leur raison d’être dans l’extrême susceptibilité de leur système nerveux et dans l’espèce d’exaltation de leur système circulatoire. Si de ces principes généraux nous passons maintenant aux applications , nous dirons que le travail organique inflammatoire nécessaire pour l’évolution des dents, des os maxillaires et des glandes salivaires devient souvent par son exagération même une cause d’inflammation fonctionnelle, et que beaucoup de stomatites n’ont pas d’autre origine. Nous ajouterons que quelques unes sont déterminées aussi par l’excès de sécrétion des cryptes mucipares bucco-pharyngiennes.
Ainsi donc, depuis l’époque de la première dentition jusqu’à la puberté, les enfants sont sujets à des inflammations aphtheuses de la bouche, à des diarrhées muqueuses, à des leucorrhées, à des eczémas humides qui affectent tantôt le cuir chevelu ou le front, tantôt les oreilles, le menton ou les joues; en un mot, à toutes sortes d états accidentels anormaux qui ne constituent pas des affections proprement dites, mais qui sont de simples mou-
vemcnts dépuratoires ou dos résultats d’organogénésie qui s’opèi*o 11 1 au milieu des organes. Et ce qui prouve surabondamment ce que nous avançons, c’est qu’au déclin de la vie tout ce système crypteux esL frappé d’atonie et d’atrophie dans toutes ses parties, et cela par un mouvement en retour, par un mouvement de chute qui correspond parfaitement, mais dans un sens opposé, au mouvement de l’évolution ascendante, de l’évolution en progrès du premier âge. Voilà pourquoi , au dernier terme «lu mouvement parabolique de la vie, on ne voit plus ces affections aphtheuses et intestinales dont nous parlions tout à I heure; elles ne sont plus de saison, si l’on peut s’exprimer ainsi, et d autres affections les remplacent. Nous ne prétendons pas dire pour cela cpie les vieillards ne soient pas sujets à des affections intestinales ; : nous soutenons seulement que ces affections sont dune autre espèce et quelles reconnaissent d’autres causes. En effet, les diarrhées des vieillards sont séreuses plutôt que muqueuses, et elles proviennent non pas d’une sécrétion exagérée de mucus, mais d’un excès d’exhalation. Chez les enfants, au contraire, la diarrhée est tellement muqueuse qu elle présente souvent l aspecl de flocons.
Le coryza, la bronchite, les affections couenneuses ont souvent pour origine l’acte dévolution des fosses nasales; voilà pourquoi tant de bronchites et de laryngites, en quelque sorte périodiques, commencent à la première dentition et ne se terminent réellement qu’à l’époque de la puberté; et ce qui prouve (pie beaucoup de ces affections se lient à 1 état de turgescence vitale nécessaire à l’organogénésie, c’est qu elles cessent aussitôt que la nature a terminé de ce côté son œuvre de développement organique. On peut aussi, du moins jusqu’à un certain point, considérer le croup comme un produit des mouvements et des actes d’organogénésie particuliers au jeune âge. Il est favorisé à cette époque de la vie par l’activité extrême du système capillaire, par la plasticité du sang, par l’exaltation des sécrétions crypteuses et par la tendance singulière que la phlogose conenneuse de la gorge semble avoir à se propager à tout le système des voies aériennes, comme l’a parfaitement démontré M. Bretonneau, de Tours, (pii compare ce travail à celui de l’érysipèle ambulant.
On se rend parfaitement compte des laryngites qui ont lieu au temps de la puberté par le développement extraordinaire que prend le larynx à cette époque. Il est infiniment probable qu’elles
DIS MODIFICATIONS K T DES AFFECTIONS 1 N l£ VIT A Kl. ES. 3 I 3 ont poui objet de concourir ou mouvement, vital indispensable à la consommation de ce grand travail d organogénésie. La vieillesse enti aine d autres affections et d’autres réactions : elle amène d'abord l’état muqueux et passif des bronches, et ce flux muqueux, agissant ensuite comme le ferait un corps étranger, détennine consécutivement des bronchites qui compliquent ordipairement les maladies des vieillards et qui s’exaspèrent pour la moindre cause; souvent même les choses ne s’arrêtent pas là, et les bronchites dont nous parlons deviennent ultérieurement la cause de plusieurs affections du cœur, très fréquentes chez les sujets catarrheux, et qui tiennent chez eux aux secousses imprimées au système vasculaire par les accès de toux. Le grand affaiblissement de la circulation et de l’exhalation produit aussi chez les vieillards des amas d humeurs et des congestions muqueuses qui donnent lieu a des affections locales, qui ne sont en réalité que des réactions fonctionnelles ou médicatrices. Puis tous ces états sont encore favorisés par l’épaississement des humeurs qui sont plus difficilement expectorées par suite de l’affaiblissement des muscles. La pneumonie fonctionnelle s’explique également bien chez les enfants et chez les vieillards. Elle est occasionnée chez les enfants par des congestions pulmonaires produites par 1 exaltation de la circulation. Elle est chez les vieillards le résultat de 1 atonie des appareils muqueux et circulatoires qui occasionnent des engorgements qui ne peuvent être détruits que par l’inflammation.
Le catarrhe vésical est favorisé, chez les vieillards, par la disposition anatomique du bas-fond delà vessie et par l’affaiblissement que 1 âge apporte dans les forces vitales, particulièrement dans la contractilité; il est favorisé aussi par la congestion veineuse qui donne lieu si souvent à l’hémorrhagie vésicale sénile, congestion qui a son siège à l’extrémité intérieure du rectum. Enfin, une lois établi autour de la prostate et dans les tissus propres du col de la vessie, le catarrhe vésical détermine une inflammation fonctionnelle qui s’étend presque aux reins, et dont les efforts, par leur exagération, peuvent ajouter encore aux dangers du mal.
Le catarrhe vaginal auquel les petites filles sont sujettes dans 1 intervalle des deux dentitions est le résultat du travail qui s opère dans le système crypteux, et qui a pour objet d’imprimer
toutes ces parties une excitation nécessaire au mouvement
d'organogénésie.De même, beaucoup d’écoulements blancs, beaucoup de sécrétions séreuses ou muqueuses, dépendent de la ; surexcitation communiquée aux organes sécréteurs ou exhalants! par la turgescence nécessaire à laccomplissement de certaines fonctions périodiques. Toutes ces affections sont, pour ainsi dire, actives ou par excès d’action vitale. Dans la vieillesse, au contraire, les mêmes affections se représentent, mais elles sont passives, et elles ont lieu parce que l’énergie vitale n’existe plus au degré suffisant. Enfin, c’est par une inflammation réellement fonctionnelle que s’opèrent la cicatrisation de l’ombilic et l’oblitération des vaisseaux ombilicaux; mais quelquefois aussi par son excès coïncidant avec la mauvaise nature des tissus, cette inflammation devient ultérieurement la cause d'ulcérations dangereuses et de phlébites.
La fièvre, que nous considérons comme une fonction pathologique utile et médicatrice, est très commune chez les enfants, et assez rare chez les vieillards. En revanche, elle dure peu et elle est peu dangereuse chez ceux-ci, tandis qu'elle est plus grave et plus tenace chez ceux-là. Certaines conditions anatomiques et physiologiques expliquent parfaitement la fréquence de la fièvre chez les enfants : la grande perméabilité de leurs tissus, leur impressionnabilité excessive et leur extrême mobilité sont autant de causes qui fomentent chez eux les réactions; aussi ont-ils la fièvre pour rien, tandis qu’il est souvent très difficile de la provoquer et de 1 obtenir chez les vieillards. Elle est accompagnée, chez les premiers, de la surexcitation des organes gastriques et encéphaliques; chez les seconds, au contraire, elle se surcompose d’accidents comateux et de collapsus, entretenus par des congestions sanguines passives qui sont le résultat presque inévitable de la prépondérance toujours croissante du système veineux.
Les névroses ont ordinairement pour élément une grande exaltation de la sensibilité. Elles tiennent, entre autres causes, surtout au défaut d’énergie du système musculaire et sanguin, et au défaut de proportion entre la propriété desentiret celle de réagir. Elles se lient aussi aux mouvements d’accroissement et d état de la vie. Fréquentes à 1 âge de puberté, elles disparaissent presque toujours à I âge de retour. Elles tiennent encore à ce que la volonté n’est point assez forte pour régler et coordonner certains mouvements qui s’exercent incessamment saus but et sans suite,
DES MODIFICATIONS ET DES AFFECTIONS INÉVITABLES. 515 sousl influence de mille causes diverses. Puis, une fois déclarées, les mouvements anormaux qui les caractérisent se reproduisent d’abord, parce que l’économie a la faculté de répéter périodiquement les mêmes actes, et ensuite parce que l’irritabilité s’accroît toujours par la répétition des actes qu’elle produit. C'est dans la seconde enfance que la nature s essaie à la locomotion; elle met dans ce but à contribution deux systèmes différents, savoir: l’appareil nerveux incitateur et producteur, et l’appareil musculaire qui est l'agent direct et l’instrument du mouvement; mais ces deux systèmes ont également besoin d’être réglés par la volonté, qui est chargée de proportionner les effets et les moyens au but que l’économie se propose d’atteindre. Or, si la volonté fait défaut, les mouvements s’en ressentent, et ils s’accomplissent avec plus de promptitude que d'énergie et de suite. C’est ainsi que la chorée est quelquefois le résultat de l’état de faiblesse des organes qui ne sont pas soutenus et dirigés par la volonté. Quelques névroses tiennent aussi à l’état d’irritabilité dans lequel le système nerveux se trouve accidentellement; dans ce cas, elles sont presque toujours passives ou affectives.
On explique la formation d’une infinité de tissus anormaux par des vices ou par des altérations de nutrition. Dans ce cas, on peut prévenir le mal par une observation rigoureuse des lois de l’hygiène. La turgescence du système lymphatique prédomine dans 1 enfance, et disparait a I âge de puberté, époque à laquelle elle est remplacée par celle du système artériel; les sécrétions muqueuses sont également propres à l’enfance. Ou peut donc, en réfléchissant à toutes ces conditions anatomiques et physiologiques, se rendre compte dune foule dalfections qu’il serait imprudent de combattre, et qui se terminent d’elles-mêmes, après la tourmente critique des âges.
Les déviations de la taille tiennent, entre autres causes, à ce que 1 accroissement du corps s’opère inégalement ù la puberté, surtout chez les jeunes filles. En effet, plus des deux tiers de la hauïeur gagnée dans un temps donné appartiennent au rachis, comme on peut aisément s’en convaincre, en mesurant d’abord le sujet assis, puis debout. De plus, à cette époque de la vie, le rachis est tiès flexible, et il en résulte que les cartilages intervertébraux deviennent p'us facilement extensibles qu’en tout autre temps; néanmoins ces accidents sont encore plus communs chez les enfants lymphatiques et scrofuleux que chez les autres. La ca-
cliexie sénile est le symptôme du dernier état de détérioration. Elle lient à la dessiccation des tissus, à l’affaiblissement du système musculaire, à l'ossification des artères, à 1 atrophie des organes, à l’épaississement des fluides et à la coagulation du sang, toutes conditions qui rendent la circulation et la nutrition tellement languissantes quelles ne suffisent plus aux besoins de la vie.
Nous avons dit que les déviations rachidiennes tenaient, chez les jeunes gens, à l’accroissement rapide et inégal des cartilages et des os vertébraux; nous ajouterons quelles sont produites, ou du moins secondées chez les vieillards par l atrophie inégale des cartilages intervertébraux.
Il résulte de toutes ces propositions, que ce que les médecins appellent les maladies des âges, ne sont pas des maladies proprement dites, mais seulement des évolutions organiques indispensables ou inévitables, qui ont pour objet d’amener des changements dans les parties solides, dans les liquides, dans les forces vitales, et dans les fonctions.
Nous pouvons tirer un profit immense de toutes ces considérations. En effet, nous savons maintenant que, sans être malades précisément, chacun de nous est appelé à vivre successivement à l’état d’enfant, à l’état d’adolescent, à l’état d’homme, à l'état de vieillard, et, par conséquent, àsubir les différentes manières d étre de ces divers états. Nous savons aussi que chaque âge de la vie, en nous conduisant au terme où tout doit aboutir, nous expose à mille indispositions, qui ne deviennent de véritables affections que par leur excès, parle mauvais traitement ou par le traitement inopportun que nous leur opposons, entraînés que nous sommes par la folle idée de vouloir guérir ou trop tôt ou trop vite ce qui n’a pas besoin détre guéri, mais seulement d étre surveillé, conduit, dirigé. Du reste, Hippocrate établissait déjà, de son temps, une différence capitale entre les symptômes et la maladie: les symptômes étaient pour lui des phénomènes notables, tandis que la maladie était le résultat d’un concert d’action provoqué par la nature dans un but salutaire.
Retenons donc, dans l’intérêt des malades et pour le succès de notre pratique médicale, que l’entrée dans la vie est signalée par des indispositions que l’habitude et les progrès de l’âge font disparaître successivement: qu’ainsi, par exemple, la santé de 1 enfant se fortifie à mesure qu’il s’accoutume à vivre dans le nouveau
MODIFICATIONS ET UES AFFECTIONS INÉVITABLES. 517 milieu où il est plongé; et qu’il s’habitue à respirer et a digérer, à mesure qu il se débarrasse du méconium et des mucosités, dont ses poumons, son estomac et ses intestins, sont gorgés dans les premiers temps de son existence. Retenons que dans la seconde enfance il y a une foule d’affections qui tiennent soit à la faiblesse des organes (viscères, articulations, os); soit à l’abondance, ou à la disette des humeurs ; soit à l’imperfection des appareils organiques et de leurs dépendances; soit à l’insuffisance delà volonté, qui ne sait pas encore régler l’exercice ou le mouvement de certaines fonctions; soit à l’exaltation ou au défaut de la sensibilité ou delà contractilité; soit à l’activité exubérante de la circulation ou bien à l’accroissement ou au développement trop brusque ou trop lent des parties ; en un mot, à une foule de conditions qui apparaissent à un certain âge et qu’un autre âge efface. Retenons que beaucoup d indispositions, parmi celles qui accompagnent la puberté, sont causées, ou par l’abondance et l’impétuosité du sang, ou par le défaut contraire, et qu’elles peuvent tenir aussi au développement incomplet des parties génitales ; rappelons-nous que les affections de l’âge mûr ont souvent pour causes ou pour éléments l’épaississement inévitable du sang, l’embonpoint et la surabondance des humeurs ; qu’un grand nombre d’affections dépendent, chez les vieillards, du dessèchement des solides, de la rareté, de l’altération ou de l’affaiblissement des humeurs, deladiminution ou de l’abolition des forces vitales, sensitives ou motrices; sachons qu’il y a des indispositions particulières aux vierges, aux nouvelles mariées, aux femmes enceintes, aux femmes en couches, aux nourrices, aux femmes qui ont atteint l’âge critique, et aussi aux femmes qui arrivent ou trop tôt ou trop tard à ces états, à ces fonctions suprêmes auxquelles la nature a soumis les personnes du sexe. Enfin, n’oublions jamais que le genrede vie, la profession, les mœurs et les habitudes sont autant de causes qui, pendant ces différentes époques, agissent encore comme des conditions très actives.
L état incomplet ou imparfait des organes est, comme nous lavons déjà dit, une cause d indisposition ou de complication de maladie, mais il ne constitue pas une maladie proprement dite. Citons des exemples. L’étroitesse de la glotte, chez les enfants, est une circonstance fâcheuse, en ce qu’elle rend l’occlusion plus facile et plus dangereuse dans les affections où la muqueuse du larynx est tuméfiée. Elle l’est encore en ce quelle oppose une ré-
518 ritlNCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE,
sistance à la sortie des mucosités qui devraient être rejetées, et qui occasionnent, de la part de 1 économie, des réactions plus fortes et plus soutenues; mais, malgré cela, l’étroitesse de la glotte ne doit pas être considérée comme une maladie, mais simplement comme un vice organique, et rien de plus.
Chez les vieillards, certaines conditions anatomiques viennent compliquer aussi quelques scènes morbides. Ainsi, l’étroitesse des poumons, l’ossification des cartilages costaux, le rétrécissement de la poitrine, sont autant de causes qui rendent difficile, impossible ou lent le rejet des humeurs, dont l’accumulation est quelquefois une source d’affections et toujours une complication grave. Parfois, aussi, le développement impai faitdu canal digestif et de scs déjoendances est la véritable cause de certaines diarrhées lientériques, qu’on est souvent à même de rencontrer chez les enfants; et par une sorte d’opposition, l'état sénile des mêmes organes, l’atrophie de la muqueuse intestinale et des glandes mucipares, occasionnent chez les vieillards des lientéries, des coliques, et des vents.
Faisons remarquer encore que certaines actions physiologiques ou pathologiques ne peuvent s’exercer qu’autant qu elles sont secondées par une ferme volonté. Telle est, entre autres, faction d’expectorer, de rejeter les urines ou les matières fécales. Aussi qu’arrive-t-il, quand la volonté fait défaut, en pareille circonstance? Il arrive parfois de grands accidents; ils ont lieu citez les enfants parce que la volonté n’existe pas encore, et chez les vieillards parce que la volonté n’existe plus ou n’a pas assez d’énergie. C est en réfléchissant à toutes ces considérations pratiques, que le médecin peut asseoir un pronostic vraiment médical, et reconnaître s’il a affaire à une indisposition, à une affection, à une maladie, ou seulement à des opérations d’organogénésie ou de désorganogénésie; si telle ou telle affection peut être guérie, si elle peut l’être tout entière ou seulement en partie; si les forces delà nature suffisent pour obtenir la guérison, ou s'il faut employer les ressources de l'art; enfin, si l'affection surpasse les efforts réunis de la nature et de l’art. Puis, cette grande méthode nous apprend encore que la nature suscite souvent des mouvements irréguliers, mais que ces mouvements ont un but, une tendance, une fin, et que, lorsqu ds sont bien diriges, ils aboutissent ordinairement à un résultat favorable; et, par conséquent, qu'il faut favoriser les tendances de la nature quand elles sont
DfcS MODIFICATIONS ET DES AFFECTIONS INÉVITABLES. 519 salutaires, et savoir respecterencore certains mouvements vicieux lorsqu ils sont devenus familiers par une longue habitude.
Et maintenant quil nous soit permis de le dire : Si nous comptons autour de nous tant de victimes humaines, il faut s’en prendre à 1 ignorance , dans laquelle une foule de médecins, d’ailleurs fort instruits, se trouvent à l’endroit des lois générales qui conduisent la nature. U faut s’en prendre aussi à la fausse prudence des familles, qui exige qu’on agisse d’une manière efficace, tantôt sur le mouvement critique de l'adolescence dont elle voudrait précipiter l’époque, tantôt sur le mouvement encore plus critique du retour, dont elle voudrait éternellement retarder le terme. Enfin, il faut se rappeler que mille catastrophes ont lieu parce que nous nous laissons effrayer par une sollicitude mal entendue, et qu en présence des indispositions les plus simples, nous craignons toujours de ne pas faire assez, ni assez bien, ni assez tôt, ni assez vite.
Dos lésions organiques nécessaires.
Parmi ces affections nous citerons l’anévrisme , Ihypertrophie, la chlorose et la fistule à 1 anus , qui sont considérées comme des affections salutaires par des hommes d’une grande science , par Guattani et par MM. Piorry et Trousseau. Guattani dit textuellement dans son excellent ouvrage De externis anevrysmalibus manu chirurgica mel/iodice pertractandis (Ilomæ, 1772), « que l’anévrisme est souvent une lésion tellement nécessaire et médicatrice , que si des moyens mécaniques rendaient impossible la dilatation anévrismale, l’économie serait en danger et finirait par succomber. »
D’autre part, il est certain que dans quelques circonstances et par un art qui n’appartient qu’à elle, la nature prévient la rupture de certains anévrismes , en obviant au danger de leur amincissement, au moyen d’un revêtement quelle forme autour d’eux à l'aide de couches membraneuses : or, quelle ne serait pas l'erreur de ceux qui, trop confiants au stéthoscope et jugeant des choses vitales par leurs oreilles , prendraient ces revêtements salutaires pour des affections organiques, alors qu ils ne sont que des modifications accidentelles , que des additions de conformation très utiles?
M. Piorry a démontré qu’en cas d’absence ou de perforation de la cloison du cœur, l’hypertrophie des cavités droites est un état
5 2 ü l’ItlNCÜ'ES Gli.NÉlUUX DE LA oCILNCL MLO/CALt.
ougano-pathologique nécessaire , indispensable même pour assurer le mouvement et le jeu de la circulation. Il a prouvé aussi que toutes les fois qu’il existe un obstacle mécanique à la progression du sang, obstacle qui résulte dans le (dus grand nombre des cas du rétrécissement des ouvertures du cœur, il est extrêmement avantageux (pie le cœur augmente à la fois et de volume et de force. Or, c’est précisément ce qui a lieu dans 1 hypertrophie, qui, dans ce cas d’abord et dans beaucoup d autres , doit à cause de cela être complètement respectée. M. le professeur I’iorrv soutient encore que 1 hypertrophie et la dilatation du cœur sont presque toujours les conséquences de quelques obstacles à la circulation existant ou dans les orifices, ou dans les vaisseaux, ou dans les organes, et il eu lire celte conclusion qu’elles sont utiles dans ce cas à l’exercice des fonctions. Nous sommes donc, dans cette circonstance, autorisés par les vues de ce savant observateur à classer lhyperlrophie et la dilatation plutôt parmi les accidents favorables que parmi les lésions organiques.
Selon M. le professeur Trousseau, la chlorose est une affection favorable cl prophylactique dans certains cas. Elle empêche ou elle ralentit l’explosion de la phthisie pulmonaire , en plaçant l’économie dans des conditions telles que les causes occasionnelles ont moins d’action sur le développement des tubercules. Nous ajouterons, d’autre part, qu’il y a une foule d’observations savamment recueillies qui prouvent que la fistule à l’anus est parfois un émonctoire naturel établi par la nature médicatrice, et (iue sa guérison a souvent déterminé l’explosion subite d’une phthisie pulmonaire mortelle. Enfin , il y a une infinité de mouvements fonctionnels qui , avec toute l’apparence du mal, aboutissent en dernier ressort à des résultats très salutaires à l’économie. Ces mouvements appartiennent à la classe des réactions dont nous nous occuperons plus tard.
Faisons remarquer encore que, chez les jeunes enfants, beaucoup d’actes fonctionnels qui exigent le concours du système musculaire empruntent les formes convulsives propres aux mouvements de cet âge, et que ces mouvements irréguliers tiennent tout simplement à ce que l’équilibre organique et le rhythme vital ne sont pas encore établis entre les forces sensitives et motrices et la volonté qui doit les régler. Voila pourquoi le hoquet et les convulsions sont si communs chez les enfants ; voilà pourquoi la toux, le pleurer et le rire prennent si souvent chez
DLS MODIFICATIONS ET DLS AFFECTIONS INEVITABLES. 52 1 eux le cuiactère spasmodique. Parmi les affections inévitables <|u il laut simplement adoucir ou rendre supportables, nous devons citer l’ascite des vieillards : elle tient à la vieillesse et elle est parfaitement en rapport avec elle; car, comme M. le professent 1 iorry 1 a fort bien lait observer, elle a souvent pour point de dépuit une hypertrophie causée par un rétrécissement produit lui-même par une affection des artères.
Dans ce chapitre nous avons eu pour objet de fixer l’attention sur ce point de doctrine très important, qu’il y a une foule d’indispositions et d’affections réputées morbides et traitées comme telles qui ne sont que des mouvements organisateurs ou inévitables qu’on ne doit pas combattre, mais qu’il faut, au contraire, respecter tout en les surveillant. Réfléchissez à ce point de vue que nous vous signalons, adoptez-Ie, arrétez-vous-y, et vous au- Jez sous la main une mine féconde à exploiter. En effet, rien n’est plus gros d avenir, rien ne présente plus de champ à l’esprit qui réfléchit que cette façon de considérer la pathologie. Nous vous a\ons indiqué le chemin et le but ; engagez-vous dans cette voie nouvelle, dépensez y votre force et votre savoir, et vous en recueillerez les plus grands avantages.
Jusqu ici on na parlé que vaguement et timidement de la nature médicatrice; on ne s’est point attaché à rapprocher dogmatiquement tous les faits qui attestent sa puissance ; on ne s’est point appliqué à en présenter le système. Eh bien, que ce travail s accomplisse, car c’est à cette condition seulement qu’on élèvera la science médicale à la hauteur d’un monument durable dont nous désirons que ce livre soit dès aujourd’hui une des pierres d’attente.
Ainsi donc, au lieu de nous épuiser à chercher cadavériquement comment la nature abat les êtres vivants, attachons-nous, au contraire, à reconnaître par quels efforts et par quels moyens elle les guérit. Posons le principe, les actes et les lois de toute guérison. En un mot, faisons une bonne histoire de tous les faits de la nature conservatrice et médicatrice, et nous ferons quelque chose de plus utile que tout ce qui apparaît journellement sous les sombres livrées de l’anatomie pathologique dont la voix ne murmure guère que les tristes exploits de la mort !