DE L’ACTION MÉDICATRICE OU DE LA RÉACTION
Natura invcnit sil<i vias dod ex cogiUiione. et ioerudita existons facii rjuæ expediunt. (Hipp.)
On ne saurait se faire une idée juste de l’action médicatrice, si l’on ne savait d’abord et parfaitement ce que c’est que faction morbide. C'est pourquoi nous allons revenir encore sur ce que nous avons déjà dit à ce sujet.
L’action morbide, ou 1 affection, est un des temps, un des éléments de l’état morbide; c’est le groupe de symptômes qui exprime la modification imprimée à 1 économie par une cause morbique quelconque; or, comme toute cause contient son effet, il en résulte que l’action morbide est tout entière dans la cause qui la produit, et que sa nature proprement dite tient à Ja fois, et de la nature de la cause morbifique qui lui a donné naissance, et de la nature de l’économie qui en subit l’effet. D’autre part, l’action morbide ne s’établit que dans des circonstances données et lorsqu’il y a une certaine affinité entre la cause morbifique et l’économie; or, cette loi est très importante à connaître, car elle nous fournit le moyen de troubler l affection, en faisant naître des conditions qui lui sont défavorables, ce qui, soit (lit en passant, constitue une des plus grandes ressources de la thérapeutique raisonnée.
Ces deux expressions, action morbide et affection morbide, sont en quelque sorte synonymes; l’une et l’autre indiquent l’état de l’économie affectée passivement dans ses organes ou dans ses fonctions : c’est-à-dire l’état de J économie souffrante rendu appréciable par des phénomènes et par des mouvements que l’on nomme symptômes et qui ne sont que le cri des organes affectés, que l’écho réfléchi du trouble ou du désordre opéré dans l économie par une cause morbifique qui.exerce son action à travers la sensibilité et par la sensibilité. L action morbide ne dure qu’autant que la cause morbifique qui la produit est en rapport avec les forces de l’économie. Dans le cas contraire, c’est-à-dire quand la cause morbifique est trop violente ou trop délétère, elle épuise rapidement la faculté de sentir et de réagir, et elle détruit tout
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ensemble les humeurs, les tissus, les forces vitales, et elle consomme ainsi la perte des malades. Nous ne saisissons guère que les effets de 1 action morbide; quant au travail qui les produit, il nous échappe presque toujours. Ce que nous savons, c’est qu’il a pour résultat ordinaire d’altérer ou de détruire nos tissus, de décomposer nos humeurs et de ruiner nos forces.
L action médicatrice est un des deux éléments qui composent tout état morbide: c’est l’ensemble des phénomènes de réaction; c’est le groupe des symptômes conservateurs ou médicateurs; c’est le contre appareil de l’action morbide; c’est la nature médicatrice exerçant son action sur l’affection; en un mot, c’est la nature aux prises avec le mal qu elle s’efforce de réparer. Nosologiquement parlant, l’action médicatrice est un mouvement fonctionnel, un acte vital simple comme la vie, et compliqué comme elle, qui relève de la puissance radicale, et qui a pour objet soit d’expulser un agent morbifique, soit de neutraliser son action, soit de réparer le mal qu il a pu produire dans les organes ou dans les fonctions; ce qui indique déjà qu’il y a des réactions expulsives ou éliminatriccs, des réactions neutralisantes et récorporatives. L’action médicatrice prend sa source dans la constitution et dans les forces mêmes du malade. Elle est, ou du moins elle doit toujours être en rapport avec l’action morbide.
L’action médicatrice est simple, composée ou compliquée; elle produit des mouvements qui ont pour objet, les uns d’indiquer le mal, les autres de le détruire ou d’en réparer l’effet. Ce sont tantôt des sueurs, des éruptions, ou des dépôts ; tantôt des inflammations, des hémorrhagies, des hydropisies, des expectorations, des vomissements, ou bien des excrétions surabondantes d’urine ou de matières fécales; toutes choses que Ion combat trop souvent comme des accidents fâcheux, alors qu’il faudrait les respecter, les favoriser prudemment, ou du moins les diriger médicalement. Néanmoins il y a des circonstances où les mêmes états sont purement et absolument morbides; il faut donc, dans ces circonstances, les combattre, les réprimer, les étouffer. Du reste, c’est au médecin qu i] appartient exclusivement d’indiquer ces différents cas, parce que lui seul est ù même de juger et de décider la question, en analysant sévèrement les dépositions du diagnostic anatomique et du diagnostic médical : du diagnostic anatomique qui révèle l’état de 1 économie affectée passivement; et du diagnostic médical qui indique, au contraire, l’état de
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l'économie affectée activement, c’est-à-dire le mode de réaction ou de médication adopté et suivi par l’organisme luttant activement contre la cause morbifique, ou le mal produit par elle.
Toute action médicatrice est réglée par une loi qui préside au développement, à la succession et à la terminaison des mouvements fonctionnels qui lui sont propres. D’autre part, pour que l’action médicatrice remplisse tout son objet, il faut qu’elle soit exécutée par les organes les plus convenables et les plus aptes à cet objet. Il faut qu’elle soit en rapport avec l’action morbide et les effets de cette action. Il faut enfin qu elle dure assez de temps pour opérer tout le bien quelle est appelée à produire; car, comme l’a dit le docteur Blaud, de Beaucaire, une réaction plus ou moins éloignée de l’organe dans lequel elle doit s’exercer pour se montrer efficace serait sans effet comme sans but : tardive, elle serait inutile; prématurée, elle serait nuisible. Enfin, elle ne serait pas moins vaine ou dangereuse, si elle s’arrêtait trop tut, ou si elle était trop longtemps prolongée. Il faut donc quelle soit assujettie à des lois qui en règlent le siège, l époque, la nature, l’intensité, la marche, le mode, la durée ; et c’est ce qui a lieu en effet, comme le démontre l’ordre constant des phénomènes morbides dans les différentes espèces pathologiques; de sorte que l'on peut conclure que ces phénomènes sont déterminés par des lois invariables qui y président, et que, par conséquent, ces lois existent incontestablement, et qu’elles sont pour l’objet de la puissance conservatrice d’une nécessité rigoureuse.
Toute action médicatrice s’opère en vertu des lois vitales; elle varie en raison de la cause qui l’a produite et des organes chargés du travail de la réaction. De plus, l’âge, le sexe, la manière de vivre, la constitution, la profession, le climat et la saison viennent à leur tour imprimer une foule de modifications à l’action médicatrice, et c’est ce qui explique toutes ces variétés et toutes ces anomalies apparentes qu’on rencontre dans l’exercice de la médecine, et (pii font souvent le désespoir des meilleurs praticiens. L’action morbide a pour résultat de désorganiser les tissus, de détruire les organes, d’altérer les luimeurs, d’épuiser la vitalité. L’action médicatrice, au contraire, a pour but de combattre l’agent morbifique, de s'opposer aux tendances de son action destructive et de réparer le mal qu’elle a pu faire. Ainsi l’action morbide est destructive, et l’action médicatrice est réparatrice; l’action morbide c’est le mal, l’action médicatrice c’est le bien;
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l’action morbide ouvre la scène, c’est le commencement de l’état morbide; l’action médicatrice complète cet état et le termine. Ainsi l’action morbide ne forme pas à elle seule ce qu’on appelle une maladie, mais elle est simplement un de ses éléments, elle est comme son premier degré ; l’action médicatrice ne constitue pas non plus la maladie, mais elle est également un de ses éléments, elle en est le deuxième degré; enfin toutes les deux ensemble, par leur opposition et leurs luttes, constituent la maladie proprement dite. Ainsi donc la maladie naît de l’état morbide, mais elle n’existe complètement que par la réaction, et il faut, pour qu’il y ait maladie , qu’une action morbide et une action médicatrice consomment leur travail. Quand l’action morbide n’est pas suivie de l'action médicatrice, le danger est immense ; quand il n’y a plus d’action médicatrice, les ressources de la vie sont éteintes et la mort est inévitable. L’action morbide et l’action médicatrice prennent l une et l’autre mille formes différentes, puis de leurs rapports naissent les maladies diverses et leurs variétés nombreuses.
L’action morbide est produite par la cause morbifique, l’action médicatrice est produite par la force vitale; elles parcourent ensemble leurs différentes phases , elles sont même très souvent dans les rapports exacts de la cause à l’effet. Une fois que l’action médicatrice est établie, l’état morbide est constitué, et alors la maladie poursuit sa marche. Cette marche est lente ou rapide, simple ou composée, régulière ou irrégulière, selon les circonstances. En général la réaction est égale à l’affection en intensité et en durée. Pourtant de même qu’il y a des individus cpii s’emportent pour rien , et par le fait seul de l’impétuosité de leur caractère, de même il y a des organisations qui réagissent pour rien par suite de l’exubérance ou de l’exaltation de leurs forces. Si l’action morbide est plus forte que l’action médicatrice, le malade succombe ; si au contraire, l’action médicatrice est plus forte que l’action morbide, la guérison a lieu. Cependant l’action médicatrice peut aussi devenir destructive par son excès même. L’affection et la réaction donnent souvent lieu par leurs mouvements à des produits nouveaux et à des altérations organiques qui agissent comme des causes morbifiques, et qui déterminent consécutivement des réactions nouvelles : on compte parmi ccs produits beaucoup de congestions et des dégénérations organiques. Il arrive souvent que la réaction dure au delà du terme
nécessaire pour la production de la guérison; mais c’est toujours un mal, car, pour que la réaction soit efficace, il faut qu’elle ne pèche ni par excès, ni par défaut, ni par irrégularité.
La puissance de l'action médicatrice est démontrée : 1° par la faculté qu’a l’organisme de réparer ses pertes, en transformant: les matières alibiles en matières vivantes destinées à remplacer les matières qui se dissipent par l’exercice de la vie ; 2® par la propriété qu’il possède aussi de cicatriser ses plaies et de fermer ses blessures; 3° par la faculté qu’il a d’altérer, de détruire et d expulser, après les avoir décomposés, les agents morbifiques les plus violents et les plus délétères. L’action médicatrice est tantôt expulsive ou élémentaire , tantôt neutralisante ou altérante , tantôt cicatrisante ou récorporante, selon qu elle produit I expulsion des principes morbifiques, ou qu elle détruit, neutralise ou altère ces principes morbifiques, ou bien quelle répare le mal occasionné par eux^Toutes nos parties sans exception concourent et par dopent à l’action médicatrice. Cependant les systèmes Tasculaire, cutané, cellulaire, muqueux, musculaire et glandulaire sont ceux qui prennent la plus grande part aux mouvements de réaction.
Parmi les ressources de faction médicatrice nous devons citer : l°une foule de mouvements automatiques, d’instincts, de goûts, d’appétits ou de dégoûts qu’il faut savoir respecter et favoriser; 2° l’habitude qui, comme une seconde nature, adoucit beaucoup de maux, rend plus supportable les affections les plus douloureuses, et suspend même l’action des poisons comme l’histoire de Mithridate nous en offre un exemple. En effet, il arrive souvent que, sous le bénéfice de la nature, les malades éprouvent des dégoûts invincibles pour des aliments ou pour des remèdes qui leur seraient présentement nuisibles, tandis qu’ils subissent un entraînement irrésistible pour des choses qui ne leur conviennent que par exception et dans le moment actuel. D’autre part, il est bien reconnu qu’en cherchant à guérir certaines affections que l’habitude a rendues supportables, on s’exposeà faire éclater une foule d’affections beaucoup plus graves que celle qu’on essaie à tort de combattre.
La fièvre est un des plus puissants moyens de guérison employés par la nature ; l’art n'en a pas de plus précieux, soit pour prévenir certaines maladies, .soit pour les guérir. Mais la fièvre a toujours besoin d’être surveillée et dirigée, car elle peut elle-
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même déterminer consécutivement une foule d’affections. C’est en vertu d'une loi de l’action médicatrice que s’établissent les éruptions et les suppurations éliminatrices ; les hémorrhagies, les diarrhées, les expectorations et les urines critiques; les adhérences salutaires, les cicatrisations et les récorporaMfens. Enfin , il n’est pas jusqu’à la gangrène que l’action médicatrice ne puisse guérir! Ainsi donc, alors même que l’art succombe , on peut encore compter sur la nature.
L’érysipèle est quelquefois aussi un moyen médicateur. Voici ce que dit à ce sujet M. le docteur Louis Barre, professeur agrégé d^la Faculté de médecine de Montpellier :
« Je ne puis résister au plaisir de citer un fait qui prouve 1 heureuse influéhce que peut exercer un érysipèle sur la terminaison des maladies internes. Ce fait a eu lieu à Saint-Éloi. Le nommé Récipion présentait tous les signes d’une méningite avec épanchement. Sa maladie avait résistéà toute sorte de moyens, et il semblait voué à une mort certaine lorsqu’on vit paraître à la face un érysipèle qui envahit cette région et tout le cuir chevelu 7 et y détermina une tuméfaction énorme! Dès ce moment, tous les symptômes cérébraux disparurent; fexanthème parcourut rapidement et régulièrement toutes ses périodes, et dix jours après son apparition le malade était en pleine convalescence. »
C’est encore à faction médicatrice qu’il faut rapporter tous ces mouvements merveilleux qui ont pour résultat de produire tantôt des articulations nouvelles partout où deux surfaces osseuses sont en contact immédiat; tantôt de nouveaux canaux circulatoires quand la nature ou l’art ont obstrué les anciens ; tantôt enfin la formation de certains os, comme les recherches du docteur Heine le démontrent.
Telles sont les principales ressources de l’action médicatrice ; tels sont, si Ion peut s’exprimer ainsi, les remèdes naturels qui suffisent ou qui suffiraient à l'homme s’il était plus attentif au cri de la nature et moins enclin à chercher bien loin ce qui est en quelque sorte pour lui à hauteur d’appui. Du reste, les ressources delà nature ont été non seulement les premiers fondements de 1 art de guérir, mais elles sont encore aujourd’hui et plus que jamais, du moins pour les bons esprits , les grandes réserves du médecin. L’art médical est entièrement appuyé sur elles, la science aussi; et Ion n’est réellement médecin utile et habile qu’autant qu’on sait diriger et conduire les forces admirables de
... jr
528 P II I NCI PUS GKNKIIATX 1>K I.A SCII-XCK M KI)IC AIK. la nature, suivant les conditions ei les événements relatifs au malade et à la maladie.
La chimie est venue éclairer de ses vives lumières l’histoire médicale de l’action médicatrice. En effet, il résulte des expériences quiaont été faites par le docteur Coze, professeur et doyen de la Faculté de Strasbourg, que la nature, qui tend toujours à se débarrasser de ce qui lui est contraire ou nuisible, a véritablement des voies de prédilection pour l’expulsion de tel ou tel principe dangereux ou morbifique. Le célèbre professeur de Strasbourg affirme: 1° que les substances volatiles, introduites dans l’économie, tendent à être éliminées par les appareils organiques qui donnent dans l’état physiologique des sécrétions gazeuses ou des vapeurs, c’est-à-dire par les poumons et par la peau; 2° que les substances qui renferment des principes identiques avec ceux qui font normalement partie d’une sécrétion sont éliminées par les organes qui président à cette sécrétion ; 3° que les substances qui entrent dans la composition d’un organe, étant données comme médicaments , se portent vers ce même organe; h que parmi les matières étrangères à la constitution normale des solides et des fluides de l’économie animale, il en est qui obéissent dans leur action à ce qu’on pourrait appeler leur caractère chimique général ; qu’ainsi les substances acides sont rejetées par les sécrétions acides, etc. Or, si l’on réfléchit à tous ces faits de la nature médicatrice attestés par un homme très consciencieux et d une haute valeur scientifique, on ne peut se défendre d admettre qu’une cause générale agissant comme cause dirigeante préside constamment à tous ces mouvements, à tous ces phénomènes, et que les divers effets de cette cause qui discipline tous les actes vitaux constituent inviolablement les lois vitales proprement dites.
L’action médicatrice est sujette à des erreurs. Il arrive souvent que trop forte ou trop faible , trop rapide ou trop prolongée , ou bien dirigée sur des parties peu convenables, ou entreprise par des organes affaiblis ou surexcités ou par des appareils incapables, elle s’ajoute au mal, devient souvent plus terrible que lui et quelquefois même occasionne la mort du malade ! Mais tel est aussi le sort des meilleures choses, et les plus belles victoires coûtent du sang !
Dans quelques circonstances, le vice de la réaction lient à ce que la force vitale fait sans motifs des efforts très violents. Elle provoque alors ces mouvements tumultueux que Van llelmont
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.appelait les (tireurs et les folies de l’archée : exorbitationes, jurons arc/iei... Dans d’autres cas, la réaction augmente le mal parles altérations matérielles tju elle produit, altérations qui durent plus longtemps que le désordre occasionné par la cause morbifique. Quelquefois elle contracte des habitudes de durée qui sont un mal par elles-mêmes. Enfin, comme les fonctions physiologiques, les fonctions pathologiques sont incessamment exposées à mille vicissitudes et conditions variées qui peuvent les modifier favorablement ou défavorablement, d’où il résulte qu’on peut troubler les mouvements de l’action morbide et de l’action médicatrice, comme on peut déranger les mouvements de la santé. Or tout ceci témoigne assez de l’étendue et de la difficulté de notre art : ors longa, comme disait Hippocrate. Aussi, pour se reconnaître dans un pareil dédale, il faut remonter des effets aux causes, des causes aux lois, des lois aux principes, voilà pour la science; il faut remonter ensuite des causes et des effets morbides aux indications thérapeutiques , et des indications thérapeutiques aux méthodes thérapeutiques, c’est-à-dire aux moyens curatifs, pharmaceutiques, chirurgicaux et médicaux : voilà pour l’art.
Dans tout état morbide, il y a des efforts nuisibles et des efforts salutaires. Le premier devoir du médecin est de chercher ce •qui est naturel et ce qui ne l’est pas; ce qui est affection ou réaction, état de santé ou de maladie; ce qui est nuisible ou salutaire, nécessaire ou inévitable, selon les diverses conditions de temps, de lieu, d’habitude, d’âge ou de tempérament. Puis, si l’état du malade se complique et s’aggrave, le médecin doit s’attacher à distinguer si le mal est curable ou incurable; s’il l’est en partie ou en totalité; s’il l’est par la nature seulement ou par la nature aidée de l’art. Enfin le médecin doit pouvoir indiquer d’avance les maladies qui sont plus fortes que l’art; celles qui sont audessus de l’art et non de la nature; celles qui sont au-dessus de la nature et non de l’art; celles enfin qui cèdent aux efforts fie la nature et de l’art combinés. Il résulte de toutes ces considérations sur les forces de la nature et de l’action médicatrice, qu’il y a des malades plutôt que des maladies, et par conséquent qu’on 'doit moins se préoccuper du siège des maladies que des organes 'ou des appareils qui opèrent les réactions. Du reste ce mot <lc •Slége, appliqué à la maladie, n’est guère exact qu autant qu’il • s’agit soit des altérations organiques produites par les causes
530 PRINCIPES GÉNÉRAUX l)E LA SCIENCE MÉDICALE, morbifiques, soit des altérations matérielles occasionnées par les réactions, mais il ne convient nullement quand ori veut désigner l’action morbide ou laclion médicatrice; car, dans ces diverses circonstances, il n'y a point de siège, dans l’expression anatomique du mot, mais il y a seulement un foyer d'affection ou un foyer d’action médicatrice. L’action médicatrice est simple, composée ou compliquée. On peut partir de là pour établir trois classes des réactions, savoir : des réactions simples, des réactions composées et des réactions compliquées.
Les réactions simples comprennent tous les mouvements simples, indicateurs du mal ou auxiliaires de la nature médicatrice, mouvements ou effets qui se manifestent par la douleur, par le soupir, le bâillement, le ris, léternument, le hoquet, 1 action d’étendre les bras, l’appétence ou le dégoût pour certains aliments, pour quelques boissons, ou pour des remèdes; par la toux, le spasme, le vomissement, l’évanouissement et enfin par une foule de mouvements automatiques instinctifs.
Les réactions composées embrassent la classe entière des inflammations et des fièvres qui, à elle seule, comprend les deux tiers de certains ouvrages de nosologie; puis une grande partie de la classe des névralgies et des névroses.
Les réactions compliquées comprennent tous les mouvements prophylactiques, palliatifs et médicateurs qui composent, d une part, ce que nous appellerions volontiers les affections qu'il est dangereux de guérir; et de l’autre, les affections utiles, c’est-àdire certaines affections que l’on doit toujours respecter et quelquefois entretenir ou favoriser.
Avant de prouver que nos douleurs sont très souvent des états salutaires, nous croyons devoir fixer l'attention sur un fait important, à savoir : que la santé imparfaite est notre lot et notre partage ordinaire. En effet , la santé parfaite est comme le bonheur parfait; elle est représentée dans la vie de l’homme par la ligne verticale dans l'oscillation du pendule, ligne qui n'a pour elle qu’une position et un instant, tandis que la santé imparfaite, ligne faiblement oblique, et la maladie, ligne fortement oblique, ont pour elles un nombre infini d’instants et de positions! Mais en toute chose, l’imperfection légère est supportable. La santé n’échappe pas à cette règle. Quelques indispositions ne l’altèrent pas, de même que quelques nuages ne suffisent pas pour troubler la sauté de l'atmosphère; or, l'atmosphère toujours changeante
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et mouvante, c’est l'image de la vie toujours changeai^ ,et tou jours en mouvement.
De In douleur.
a Dnlor armrissimum nnturæ plmrmncnm œgro vita prospicit.» (SYDENHAM.)
Dans tout état morbide, c’est l’action morbifique qui ouvre la fièvre; mais c’est ordinairement la douleur qui annonce cet état. Elle veille comme une sentinelle avancée à notre propre conservation, et son but est de nous avertir de la présence de l’agent morbifique et de son action. C’est ainsi que la nature fait tout concourir à son but, tout jusqu’à la douleur, qui est souvent le dernier excès du plaisir, comme le plaisir est le commencement de la douleur.
La douleur débute par un simple prurit, par une démangeaison, un malaise vague, un sentiment profond et irrésistible d’inquiétude, puis elle devient, en raison des circonstances, en raison de l’âge ou des parties qui en sont le siège, tantôt gravative, pongitive ou tensive; tantôt contondante, mordicante, rongeante, aiguë ou déchirante.
La douleur est, selon le cas, idiopathique, essentielle, sympathique, locale, générale, critique. Elle produit deux sortes d’effets généraux : des effets passifs ou affectifs et des effets actifs ou médicateurs. La douleur guérit et la douleur tue : elle donne ou retient le courage. Virescit vulnera virtus. Elle est souvent un remède, et toujours la gardienne active de la vie. Si elle est trop brusque, elle peut foudroyer la vie en un instant; si elle est trop violente, elle jette lame dans une inquiétude déchirante; elle occasionne les angoisses, les délires, les convulsions, la paralysie, la gangrène ou la mort. Si elle est continuelle, elle détruit l’existence peu à peu, comme la goutte d’eau détruit le rocher, non pas en tombant fortement, mais en tombant toujours! Elle ébranle le système nerveux dont elle épuise le fluide; elle cause des spasmes, elle attire les fluides à la manière des ventouses, elle trouble ou arrête la digestion, elle en corrompt les produits, elle allume la fièvre.
Chaque douleur produit des effets qui lui appartiennent : Lu douleur de tête ôte l’appétit, donne des nausées, et détermine quelquefois le vomissement; la douleur des yeux produit le même effet ; la douleur d’oreille empêche d’avaler. La douleur est parfois indicatrice du mal : celle de l’épaide indique une affection du foie.
53‘2 PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE, celle du sein, une affection de la rate, celle du genou, une affection du mésentère, enfin, celles delà têteetdu sein, lorsqu’elles persistent ensemble, annoncent souvent une affection de la matrice.
Mais la douleur est aussi un remède, et souvent, un remède très héroïque. La nature semble l’avoir mêlée à ses moyens conservateurs, comme elle a mêlé dans l’air l’oxygène etlazote, c’està-dire l’élément actif de la vie au germe empoisonné de la mort. La douleur est parfois le remède de la douleur. Elle ranime le feu vital au foyer même de la vie, elle donne de la force, elle déplace la sensibilité excessive, en portant l’irritation sur des parties moins nobles et moins essentielles à la vie. Tantôt elle fixe sur un endroit convenablement choisi une humeur vague ou errante; tantôt elle atténue une douleur violente, en l’épuisant par une irritation révulsive.
Ainsi donc, la douleur, qui nous inspire tant d’effroi, est parfois un bien suprême et souvent une des plus grandes ressources de la nature. Bien plus, sans elle nous ressemblerions à ces blocs de marbre qui bravent l’éternité des siècles, mais qui ne vivent pas. Enfin, la douleur nous révèle le concert de la vie, et elle nous montre l’accord des moyens les plus opposés avec le but principal, avec le maître but de la nature, qui est la conservation de la vie. Il résulte de ces faits qu’il faut surveiller la douleur, la modérer ou l’exciter, selon les cas, mais qu’il ne faut l’arrêter complètement qu’autant qu’elle dépasse certaines limites. Une chose, du reste, très consolante, c’est que les grandes douleurs ne durent pas et que l’habitude émousse promptement le trait des petites douleurs. Les grandes douleurs finissent vite, dit Hippocrate, parce qu’elles refroidissent ou tuent la partie lésée, tandis que les douleurs lentes l’enflamment. Montaigne a reproduit plus tard cette proposition dogmatique dans son langage nerveux et concis : « Une vive douleur, dit- il, ne dure pas longtemps; elle met bientôt fin à soi ou à toi. «Effectivement, les grandes douleurs ne sauraient durer, parce qu’elles épuisent et tarissent la source de la sensibilité, et que l’économie, pour souffrir comme pour jouir, a besoin de refaire ses forces par le repos.
C’est le cerveau qui sent et qui juge la douleur. Dolores fiunt in sensuel intellectu , a dit Aristote. Mais le cerveau ne sent la douleur qu’autanl qu’il jouit de toute son intégrité, comme Galien l’a formellement exprimé dans cet aphorisme frappant de vérité: Qui dolentes aliquid corporis parte dolorem non sentiunt, iis mens
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œgrotat. Il est donc probable que l’enfant ne souffre point dans le sein de sa mère, parce que son cerveau est encore trop faible et trop imparfait, et qu’il faut un certain développement organique pour sentir même la douleur.
Il n’estpas nécessaire pour souffrir que les agents de la douleur soient très énergiques ; il suffit que la sensibilité soit modifiée, augmentée, diminuée ou pervertie. Il suffit que nous soyons affectés dans l’état de nos forces, soit en plus, soit en moins, et encore l’acuité de la douleur dépend moins de l’état de la partie affectée que de l’idiosyncrasie de cette partie. Déplus, nos parties ont une sensibilité inégale et, en chacune d’elles, la faculté de sentir ne répond pas à tous les moyens d’excitation. En un mot, il y a pour nos solides, comme pour nos liquides, une espèce de sensibilité élective.
En général, les transitions brusques sont des causes de trouble et de douleur ; il ne faut pas s’exposer, sans précautions, à l’action d’un foyer ardent lorsqu’on a eu grand froid; il ne faut pas manger abondamment quand on a jeûné longtemps, ou que l’on a un très grand appétit. Il ne faut pas boire avec avidité, quand on a grand soif. En un mot, il ne faut jamais surprendre la nature, car le coup qui nous frappe brusquement, quoique faible, est souvent plus dangereux que les perturbations les plus graves, qui s’opèrent sous l’action insensible du temps, attendu que les fonctions se plient assez facilement au nouvel état du corps et que le mal, lui-même, s’efface sous faction lente et mesurée de la nature toujours active et toujours médicatrice. L’art emploie souvent la douleur, tantôt pour réveiller la sensibilité qui s’éteint, tantôt pour attirer et fixer le mal sur un point moins important. Elle est d’un grand secours dans les affections soporeuses avec résolution des forces; souvent même dans ce cas elle est le seul moyen qu’on puisse employer avec succès contre les maladies. Toutes nos parties peuvent recevoir, dans ce but, l’action de la douleur, mais, comme les intestins sont les derniers organes mourants, c’est sur eux qu’il faut porter les derniers coups dans les cas graves et désespérés. Les révulsions, tentées de ce côté, sont presque toujours efficaces, et leur effet est parfois suivi d’un succès complet. La peau se prête merveilleusement aussi à la dé rivation, et pour obtenir ce résultat, on l’excite, on la rubéfie, on détruit son épiderme, on va même jusqu’à détruire l’épaisseur de son derme, parla brûlure.
?>3 h PltlNCU’ES GÉNÜHAÜX Üli LA SCIENCE MÉDICALE.
Il faut une grande habileté pour employer la douleur avec succès. Il faut surtout savoir se régler sur la nature, car on ne S'égare pas avec elle et son conseil est toujours le meilleur. Prenons-lc donc pour modèle, et nous verrons que, régulière jusque dans ses anomalies, elle gradue la douleur dans sa violence, autant que dans sa durée. Elle la jette par intervalles et elle lui imprime un caractère d’autant plus aigu, qu’il est moins durable. Or, notez-le bien, il y a une bien grande leçon dans cette prudente lenteur de la nature. Dieu veuille qu elle ne soit pas perdue pour certains opérateurs, trop impatients, qui mettent toute leur confiance dans la pulpe de leurs doigts! Qu’ils se rappellent que les douleurs produites par l’art doivent être ménagées comme celles de la nature; qu’il est dangereux d’opérer trop vite, et que dans le cas où la douleur est trop aiguë, on parvient à diminuer le danger qu elle entraîne, en prolongeant la durée de l opération. C’est pour avoir oublié de mettre en pratique ces documents précieux que beaucoup de chirurgiens ont vu périr subitement, et en quelque sorte sous l’instrument, des malheureux qu'avec plus de prudence, ils auraient peut-être arrachés à la mort. Il est à remarquer que ce sont surtout les hommes très robustes qui périssent de la sorte; c’est qu’une salutaire défaillance ne vient point à leur secours : or la défaillance, c’est la sensibilité qui se sauve et qui nous sauve.
Ce serait sans doute ici le cas de parler des moyens anesthésiques, en si grande vogue aujourd’hui ; mais nous nous contenterons de dire que nous croyons avant tout à futilité de la douleur, même sous le coup des grandes opérations chirurgicales, et nous nous abstiendrons quant actuellement de prendre port à un débat fameux, dont la dernière et suprême solution pourra malheureusement se faire attendre encore bien longtemps !
Cependant, grâce aux bel les expériences deM. Flourens, de l’Institut de France ; grâce aux savantes leçons pratiques du docteur Lucien Baudens, inspecteur du service de santé des armées, il est presque impossible aujourd’hui d’éprouver de graves mécomptes dans l’emploi du chloroforme : on peut donc oser un peu plus d’endormir la douleur, mais que ce soit toujours en suivant avec la plus minutieuse et la plus constante attention, les effets progressifs de l’agent anesthésique, parfois si cruellement rapides...! et en ayant les veux toujours fixés sur cette échelle de la vie, si bien notée parle célèbre secrétaire perpétuel de l'Académie dès sciences.
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Selon M. Flourens , l’action cîu chloroforme se porte directement aux lobes cérébraux et le patient perd d'aborcl connaissance; elle s’étend de la au cervelet, et il perd l'équilibre de ses mouvements ; elle gagne les racines postérieures de la moelle épinière, et il perd le sentiment ; elle arrive aux racines antérieures de la moelle épinière, et il perd le mouvement ; enfin, elle atteint la moelle allongée où la vie se concentre, et, à un degré de plus, il s'éteint!! (1).
Le soupir, le bâillement, le hoccjuet, le ris, l'éternuaient, lu toux, l’action d’étendre les bras, sont des mouvements médicateurs du genre le plus simple; ils raniment l’économie en excitant l’action du poumon et le jeu de la circulation. La nature donne à l’aide du soupir un calmant à la chaleur suffocante, un aiguillon à la circulation, un soulagement à l'inquiétude, un remède a la difficulté de respirer, et de plus, elle augmente encore la puissance de la vie en favorisant l’accès de l’air vital. Le bâillement produit les mêmes effets, seulement comme il est plus long et plus prolongé que le soupir, il en résulte qu’il est encore plus salutaire et plus promptement médicateur. L’action d’étendre les bras agit à peu près de la même manière : elle donne à la circulation plus de mouvement et contribue de la sorte à dissiper les engourdissements. La toux est également un mouvement médicateur: elle expulse par l’expectoration tout ce qui, par sa qualité ou par sa quantité, pourrait irriter les poumons, ou opposer un obstacle au libre exercice de la circulation : ce qui prouve combien est grande l’erreur de ceux qui ne voient dans la toux qu un svmplôme, ou qu’une affection toujours identique. Loin de là, la toux est au contraire une réaction qui s’élève contre tout ce qui peut affecter passivement la trachée-artère, le larynx, le poumon, le pharynx ou l’estomac. Ainsi un air irritant, la chaleur, le froid, et même la présence dans l’estomac de matières acres ou corrompues, sont autant de causes morbifiques auxquelles la nature dans sa réaction oppose la toux. Elle est encore déterminée par la sécheresse des parties membraneuses imparfaitement recouvertes de mucus, ou bien par le rapport mutuel des parties, c’est-à dire par les sympathies. Mais la toux devient souvent un mal par son excès. Dans ce cas elle occasionne des secousses qui
(i) Ou est autorisé à employer le chloroforme dans les grandes opérations • i° quand la force de la douleur l’emporte sur la foice physiipte du malade, a" «giand l'immobilité du malade est une condition essentielle de I opeialioo.
536 PRINCIPES GÉNÉRAUX UE LA SCIENCE MÉDICALE, dérangent le mouvement de la respiration , échauffent le sang et précipitent la circulation outre mesure ; quelquefois elle provoque des hernies, des avortements, des congestions et des suffocations. L’éternument est aussi un moyen médicateur; il chasse, il dissout le corps nuisible, et il est très utile sous ce rapport dans les affections des yeux, de la gorge et du nez, en expulsant la matière morbifique qui affecte douloureusement ces parties. Telles sont les principales réactions simples; elles se mêlent souvent aux réactions composées ou compliquées.
Quelques mouvements automatiques instinctifs et certains ébranlements nerveux forment, avec les névralgies, les inflammations et les fièvres, ce que nous appelons assez arbitrairement les réactions composées... Le besoin de marcher est très souvent instinctif chez les malades, et il constitue un assez bon moyen de guérison. En effet, l’exercice , qui n’outrepasse pas la mesure des forces, imprime de la vigueur aux organes, leur donne au moins du ton, et détruit les douleurs légères. C’est pourquoi Asclépiade voulait qu’on balançât les malades dans un lit suspendu, lorsqu’ils ne pouvaient eux-mêmes prendre de l'exercice et se donner du mouvement. Et vraiment, la nature nous met sur la voie et par l’instinct nous donne en ceci de très bonnes leçons. En effet, que fait-on quand on s’est hçurté contre un corps dur? On agite et l’on secoue instinctivement la partie blessée. Que fait-on quand on souffre d’une violente migraine? On porte instinctivement la main à son front et on le presse fortement. Enfin, quelle est l'attitude des personnes qui éprouvent de violentes coliques? Elles se courbent sur elles-mêmes, et elles se serrent fortement le ventre. Eh bien, tous ces mouvements automatiques sont, en définitive, instinctifs et salutaires, car la compression est, sinon le remède infaillible, du moins le calmant le plus sùr de ces sortes de douleurs. Or, c’est sans doute par une imitation réfléchie de ces mouvements irréfléchis que les anciens avaient coutume d ordonner la compression de la tête, dans la céphalalgie, et de faire appliquer, dans ce but, des ligatures sur les maxillaires inférieurs et sur les tempes. Van Swieten guérissait les spasmes nerveux des extrémités par la compression, et Théden employait les mêmes moyens contre les ulcères variqueux. La compression est très salutaire encore dans quelques douleurs aiguës et inflammatoires. On est parvenu, par son secours, à calmer des douleurs réputées au-dessus des ressources de la nature.
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Certains ébranlements nerveux doivent être considérés non seulement comme des conditions indispensables à l’exercice complet de la vie, mais encore comme de précieux moyens médicateurs. Nous en appelons, sous ce rapport, à la science et à l’expérience de Girtaner, de Brown et de La Case. Ils nous enseignent que, pour vivre, il faut des sensations et des mouvements, et que, dans l’état de maladie, il faut souvent avoir recours à l’exagération même du sentiment et de la sensation pour recouvrer la santé. Ainsi, le médecin est à même de puiser de grandes ressources dans l’excitation de telle ou telle sensation, de telle ou telle affection morale ; et ceci nous laisse déjà entrevoir qu’il doit y avoir des visions et des folies utiles. Or, s’il en est ainsi, et nous sommes très disposé à le croire , la manière d’exciter les passions et d’en diriger l’effet médicateur deviendra un jour tout un art, et l’on provoquera, par des moyens actuellement trop négligés, certains spasmes et certains mouvements nerveux qui agiront comme des remèdes. Alors l’aphorisme de Boerhaave sera plus souvent écouté : Non semper quœrencla est medicina ex mciterie medica et per pharmaca Ç Boerhaave).
Les mouvements tumultueux de l’inflammation et de la fièvre sont bien souvent des excès nécessaires à la guérison des maladies ; la nature les emploie pour expulser les causes morbifiques, pour corriger les humeurs, pour purifier et pour cuire les crudités, pour adoucir les âcretés, pour résoudre les engorgements, détruire les congestions et dissoudre les obstructions ; en un mot, pour parvenir à son but solennel, qui est toujours la conservation de la santé et la guérison de la maladie. Le spasme constitue quelquefois un état morbide, mais c’est, en quelque sorte, par exception, car le plus souvent il est, comme Hoffmann et Gaubius l’ont fait observer, un des moyens dirigés par la nature, pour détourner, repousser ou détruire le mal ou la cause du mal. Nous en dirons autant des convulsions, qui ne sont que des spasmes prolongés, et des espèces de fièvres nerveuses.
Nous donnons le nom de réactions compliquées à ces mouvements combinés auxquels presque tous les appareils organiques concourent, à différents degrés, par une sorte d’insurrection, et qui ont pour but de détruire tantôt une dyscrasie invétérée, tantôt une action morbide permanente; ou bien une habitude vicieuse de l’organisme; ou bien encore, un état morbide aigu ou chronique. Ges soulèvements généraux de l’organisme ont été reconnus
538 PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE, et bien jugés par Hippocrate, par Asclépiade, par Celse et Galieu, parmi les anciens; par S ta h I , Hoffmann, Raymond, Lorv et Dumas, parmi les modernes.
Ces réactions forment, en se combinant, des mouvements qui varient, selon les circonstances, et ces consentements, ces insurrections unanimes et salutaires que nous appelons ici maladies , pour nous conformer à l’acception généralement consacrée, constituent tantôt des affections prophylactiques et tantôt des affections curatives. Les premières ont pour objet d empêcher l’explosion de quelques maladies graves; les secondes ont pour but de lutter contre certaines affections aiguës ou chroniques qu’elles seules peuvent guérir: il s’ensuit que les unes doivent être considérées comme des affections qu’il serait dangereux de guérir, tandis que les autres forment une classe à part de maladies utiles qu'il ne faut jamais essayer de guérir. Il résulte encore de là que, dans ces diverses circonstances, l’art du médecin consiste moins à juguler les maladies, comme le vulgaire se l’imagine, qu’à les traiter selon les règles de l’art, c'est-à-dire qu’à les conduire habilement , en favorisant les mouvements qui se montrent selon les lois médicatrices de la nature {quæ secundum naturam ), et en combattant, au contraire, les efforts qui se montrent en opposition avec les tendances ordinaires de la nature {quæ prœler naturam). Telle est, sur ce point, la vraie science médicale; elle a toujours été comprise ainsi par les plus grands maîtres, et nous l’avons constamment retrouvée, sous une forme ou sous l’aulre, dans les meilleurs ouvrages. Gaubius a dit, après une longue et consciencieuse pratique de la médecine : « Il y a des maladies qui ne troublent pas les fonctions vitales; or, ou elles sont incurables, ou il y aurait du danger à les guérir, parce que du moment où elles sont devenues familières, par une longue habitude, elles ne peuvent plus nuire, et elles peuvent, au contraire, être très utiles. »
Parmi les réactions prophylactiques, nous devons citer les mouvements pathologiques qui amènent en temps d'épidémie des sueurs abondantes, des hémorrhagies, des flux de ventre salutaires. La gale, les éruptions dartreuses et même la. syphilis sont quelquefois aussi d’excellents préservatifs contre les maladies régnantes, c'est-à-dire contre les agents toxiques qui produisent les épidémies ; et l'on peut ajouter que beaucoup de médicaments ne nous guérissent réellement qu’en nous rendant malades, c'est-