UE LA MALADIE
la marche de la nature au lieu de la faciliter. C'est ainsi que l’école de Montpellier comprend aussi le mot maladie. Selon M. Cayol, toute maladie est une réaction de l’organisme contre une cause accidentelle de trouble.- On appelle aussi maladie, tout dérangement dans les organes ou dans leur action. Enfin, selon d’autres auteurs, la maladie c’est une lésion survenue soit dans les conditions chimiques, physiques ou mécaniques de l’organisme; c’est l’imperfection des fonctions normales de l’homme ou une altération de l’état matériel de ses éléments; c’est une lésion de l’organisme amenant par suite un trouble dans les fonctions; c’est l’état opposé à la santé; c’est l’état malsain du corps; c’est une affection de la vie; c’est la lésion d’un ou de plusieurs organes ; c’est le trouble ou le dérangement soit des fonctions, soit des organes ou des humeurs, soit dans la totalité du corps humain, soit même du principe auquel on rapporte la poésie!
On a encore défini la maladie, tantôt d’après la cause qui la produit ou d’après le siège quelle occupe ; tantôt d’après un seid symptôme, ou d’après l’altération supposée, connue ou entrevue, des humeurs ou du sang. Puis chaque doctrine régnante a modifié l’acception du mot maladie. Ainsi, du temps du mysticisme, la maladie était représentée comme une punition des dieux ; leur vengeance en était la cause première, et l’on regardait la maladie comme l’expression de leur colère. Sous le règne du dogmatisme, chaque dogme en faveur fut appelé à donner tour à tour le premier et le dernier mot de la santé et de la maladie ; sous celui du solidisme toutes les définitions prirent leur appui et leurs termes dans la mécanique et dans la physique; sous celui de 1 humorisme, toute maladie avait pour cause l’altération des humeurs ; sous celui du pneumatisme, le pneuma, les airs et les vents donnèrent la solution de tous les faits et de toutes les défini lions pathologiques ; sous celui de l’empirisme, l’observation vulgaire engendra mille définitions grossières ; sous celui du scepticisme, peu s’en fallut qu’on ne doutât de l’utilité des définitions et des formes du langage; sous celui de l’éclectisme, les définitions prirent les couleurs d’un habit d’Arlequin , on mit un peu de tout dans les moindres explications ; sous celui de Brown , toute maladie consistait dans la faiblesse des solides et la pauvreté des liquides; sous celui de Broussais, toute maladie consistait dans les diverses formes de l’inflammation devenue en quelque sorte un nouveau Protée ; sous celui de l’organisme, la lésion de l’organisme expli-
5V2 PRINCIPES GÉNÉRAUX UE LA SCIENCE. MEDICALE. quait tout, et les définitions empruntèrent leurs.expressions aux sciences j»Iiy.sif|ues ; sous celui de l'animisme, l ame était le tvpe de toutes choses, et toutes les définitions offraient un caractère mystique. Enfin , sous le règne du vitalisme, qui a constamment survécu à tous les systèmes et qui reparaît sans cesse sur leurs ruines , la maladie est considérée comme une réaction de la vie , comme un effort de la nature opéré et dirigé contre une cause morbifique dans le but de la détruire, de conserver l’organisme et de réparer les pertes qu'il aurait pu éprouver.
Que dirons-nous de toutes ces définitions si différentes, si heurtées et si souvent opposées? Nous dirons que toutes énoncent une partie de la vérité, mais qu’aucune, excepté la définition des vitalistes, ne la donne tout entière; que toutes sont à la fois exactes sous quelques rapports et infidèles sous d’autres; enfin , qu’il n’y en a pas qui remplisse toutes les conditions imposées par la logique , qui veut que toute bonne définition indique tout ensemble la nature, le moyen et la fin de la chose définie. Ainsi donc, entre toutes, la définition donnée par Barthez est incontestablement la seule vraie. En effet, elle relève du fond même de la médecine, elle prend sa source dans ses plus utiles enseignements, et elle est aujourd’hui universellement approuvée par tous les maîtres de la science et de l’art; ils en font la devise de leur pratique, la dernière raison de leur conscience et la base fondamentale de leur enseignement. Cette définition repose sur la notion expérimentale que nous avons des ressources de la nature médicatrice, c’est-à-dire de cette force intérieure et providentielle qui préside à tous les mouvements de la vie, force ou puissance en vertu de laquelle elle éloigne ce qui lui est nuisible et attire ce qui lui convient. Or, c’est pour obtenir ce résultat, que la nature organise pendant la tourmente d’un état morbide des mouvements nécessaires souvent très compliqués, et parfois des mouvements héroïques qu’on ne peut attribuer ni à la cause du mal, ni à l’action des remèdes, mais à un instinct particulier qui a pour objet de défendre la vie et qui dans ce but organise une série de mouvements qui tendent si visiblement à la guérison que nuis autres ne seraient plus convenables, ni mieux adaptés au genre de maladie et à l’état présent du malade, qui comprend , comme nous l’avons dit très souvent, toutes les conditions relatives au sexe , à l’àgc , au tempérament, aux habitudes , aux occupations et aux idiosyncrasies.