‹ Traité de la science médicaleChapitre 86 sur 106 · U F. LA MALADIF · texte numérisé non relu

U F. LA MALADIF

Quant à la définition de M. Cayol , la maladie est une reaction de la vie contre une cause de trouble , la maladie est une fonction accidentelle , elle est parfaitement juste, mais elle n’est pas complète , car elle ne fait connaître que l’action médicatrice , c est-àdire que le rôle de la nature dans cet état complexe que Ion nomme maladie, et elle laisse dans le vague relativement à l’affection qui, de concert avec l’action médicatrice, constitue la maladie proprement dite. Quoi qu’il en soit, elle a le grand mérite de fixer l’attention sur un des temps les plus importants de la maladie, sur le temps de la réaction si peu connu du reste du plus grand nombre.

Avant Hippocrate, et pour les médecins des premiers temps, les phénomènes de toute espèce que les divers symptômes révèlent dans l’économie souffrante, n’étaient que des phénomènes passifs, affectifs, destructeurs, que des maux dans toute l’acception du terme, que des désordres pleins de dangers qu’il fallait en toute circonstance et combattre et détruire. IS’entrevoyant pas, ne reconnaissant pas la contre-partie de létat morbide , celle ijui constitue les phénomènes actifs ou médicateurs , ils ne saisissaient ni la liaison ni le but d’une foule de mouvements et de phénomènes qui, au milieu du désordre apparent, tendent incessauvrnent à un résultat heureux au rétablissement de la santé. Pour eux, par conséquent, toute la médecine consistait dans la notion empirique du rapport existant entre tel ou tel état morbide considéré en masse, et tel ou tel médicament qui était réputé posséder la propriété de le guérir.

Avec Hippocrate, l’horizon médical prit tout à coup un tout autre aspect. A force de réfléchir sur la constitution de l’état morbide, Hippocrate reconnut le bien à côté du mal, et de ce moment tout devint clair et palpable. Il proclama le fait de la nature médicatrice, comme le fait culminant et fondamental de la médecine. Il démontra que la santé comme la maladie n’étaient que deux manières d être de la vie, et il prouva que 1 homme n’avait pas seulement le fatal privilège de sentir et de souffrir, mais qu'il avait aussi la faculté de réagir activement et utilement contre ses impressions et ses souffrances, et qu’il possédait tout ce qu’il lui fallait pour se guérir. A la vérité, Hippocrate na pas donné une définition complète de la maladie, mais le premier entre tous il en a signalé les éléments ; car, après avoir livré à l’admiration de tous ses magnifiques peintures des maladies, il a

5àà PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE,

dit : « Il y a au sein de nous-mêmes un principe, une force, une nature ( Moppwv), qui est l 'âme de loua nos mouvements. Cetle puissance est formatrice, conservatrice et médicatrice; c’est elle qui guérit les douleurs, les blessures et les maladies. Or nous devons surtout nous attacher à distinguer, à interpréter et à imiter son action; car celui-là seulement est médecin, c’est-à-dire le vrai ministre de la nature, qui sait distinguer au milieu de la multiplicité des mouvements et des phénomènes ce qui appartient à l’affection et ce qui appartient à la guérison; ce qui est utile ou contraire; ce qu’il faut craindre ou ce qu il faut espérer; enfin ce que l’on doit respecter et ce que l’on doit repousser. » Hippocrate a dit encore: «Si la nature se suffit à elle-même contre le mal ou la cause du mal, le médecin doit rester spectateur; si, au contraire, la nature fléchit, s’il est à craindre quelle ne succombe, le médecin doit venir à son aide; si elle répugne, il ne doit rien entreprendre. »

Il résulte donc des premiers enseignements du père de la médecine que tout n’est pas désordre ou danger dans ce qu’on nomme les maladies, et, par conséquent, que le véritable rôle du médecin prudent et éclairé se réduit à observer, à imiter et à diriger la nature dans les maladies d’après les leçons qu’il a reçues d’elle-même dans les diverses circonstances. En un mot, il est constant que la médecine est à la fois et la science de la vie et l’art de diriger prudemment les forces et les moyens de la nature, et que c’est dans la nature de l’homme et dans l imitation des actes de cette nature que se trouvent la règle et le principe de toute médecine. Cependant Hippocrate a dit aussi : « La nature dans les maladies est sujette parfois à des erreurs, à des écarts et à des excès; il faut, par conséquent, apprendre à les connaître pour les combattre et pour en triompher. Il faut connaître les moyens, les ressources et les limites de la nature; et quand le médecin est suffisamment éclairé sur toutes ces choses, il jouit de l’immense avantage de pouvoir marcher franchement à un but certain et évident. »

Que ceux qui débutent dans la carrière difficile de la médecine étudient donc attentivement la nature, le cours et l'état des maladies, et dans toutes ils reconnaîtront au milieu d’une tourmente réelle, une tendance à l’ordre et partant un but et des mouvements salutaires, là où trop de médecins ne voient qu’une série de phénomènes passifs ou destructeurs, qu’une suite d’acci-

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