‹ Traité de la science médicaleChapitre 91 sur 106 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

de la marche naturelle des maladies, de leur TERMINAISON. — DE LA

CONVALESCENCE , DE LA RECHUTE , DE LA RÉCIDIVE. — DE L’ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

Le médecin qui ignore la marche naturelle d’une maladie est comme un homme .privé de la vue : il ne sait où il va, ni où elle va. (àlibeet.)

Par ces mots, la marche des maladies , on désigne les modes suivant lesquels apparaissent, s’établissent, se coordonnent, se succèdent et se terminent les phénomènes ou les symptômes qui dénotent et constituent les maladies , phénomènes ou symptômes qui sont la manifestation de quelques modifications organiques ou dynamiques commencées ou accomplies dans tout ou partie de l’économie.

La marche des maladies comprend le type des actes morbides, la forme infiniment variée de ces actes morbides et les périodes que présentent les mouvements qui les caractérisent, le tout constituant le cours des maladies ( morborum decursus). Du reste, les lois de la nature sont si constantes, qu’on peut en quelque sorte prédire les divers symptômes et les divers événements des maladies, si leur cours n’a pas été interrompu ou troublé. Telle est la base du pronostic ou de l’art de prédire les événements dans les maladies. Hippocrate excellait dans cet art, et il apportait une si grande attention à observer tout ce qui se passait et jusqu’aux moindres circonstances, qu'il annonçait 1 issue des événements avec une probabilité qui était la certitude même; il lui arrivait même de prédire aux personnes qui se portaient bien les : maladies qu elles devaient avoir un jour.

On donne le nom de type à l’ordre suivant lequel les phénomènes et les symptômes des maladies se montrent, se succèdent, se coordonnent, s’atténuent et s’exaspèrent. Le type est continu ou périodique ; il existe avec ou sans exaspération. Il est continu, lorsque les symptômes, nés de leurs causes, marchent sans interruption depuis le commencement jusqu’à la fin de la maladie; il est périodique, lorsque ces symptômes apparaissent et disparaissent par intervalles. On dit que la maladie est continente, quand elle conserve une intensité égale pendant toute sa durée; on dit, au contraire, quelle offre des exacerbations, quand sa

marche présente une intensité inégale ou heurtée. Enfin , ou clonne le nom de paroxysme, d'exacerbation et de redoublement à l’exaltation ou à l’exaspération des symptômes, et l’on donne celui de rémission à la diminution ou à la cessation momentanée de ces mêmes symptômes.

Les maladies périodiques sont caractérisées par des accès ou par des attaques : on nomme accès , la réapparition des phénomènes ou des symptômes qui servent de cortège à l’état morbide • ils sont caractérisés par un frisson auquel succède un état de chaleur remplacé lui-même par un état de sueur plus ou moins abondant. Les attaques ne présentent pas les mêmes phénomènes: elles consistent simplement dans le retour instantané et parfois très violent de certaines affections, telles que la goutte, l’épilepsie et l’apoplexie. Les accès sont essentiellement propres aux fièvres intermittentes et rémittentes qu’ils spécifient. Ils ont pour caractère absolu ce qu’on nomme des stades, c’est-à-dire des temps de froid, de chaleur et de sueur dont la succession a quelque analogie avec les trois périodes ordinaires d’une affection aiguë, à savoir: la période d’accroissement, la période d'état et la période de décroissement. Le frisson répond au début du mal, la chaleur à son intensité et la sueur à sa terminaison. Il est à remarquer qu’il arrive souvent qu’un ou deux stades manquent tout à fait dans des fièvres intermittentes les mieux caractérisées. On donne le nom d'apyrexie ou d' intermittence à l’intervalle qui sépare les accès des fièvres intermittentes. La durée de l’intermittence devient ensuite la base que l’on adopte pour distinguer la fièvre qui est appelée quotidienne, tierce ou quarte, selon que les accès qui la constituent se montrent tous les jours ou d’un jour l’autre, ou seulement une fois sur trois jours. En d’autres termes, on admet en pathologie trois types intermittents radicaux : le type quotidien, le type tierce et le type quarte; lesquels peuvent encore être doubles ou doublés, et présenter sous ce rapport des variétés très nombreuses. Dans le type quotidien les accès ont lieu tous les jours, et chaque accès ressemble à celui qui le précède par la violence, par la durée et par les principaux symptômes. Dans le type tierce, les accès se correspondent de deux jours en deux jours. Dans le type quarte, ils se correspondent de trois jours en trois jours. Il arrive souvent que les maladies intermittentes reparaissent à des intervalles irréguliers • on ditalors qu elles sont atypiques ou erratiques, Enfin les maladies

présentent encore un autre type qui semble tenir le milieu entre le type continu et le type intermittent : c’est le type rémittent. Ce I dernier participe à la lois des affections intermittentes et des affections continues : comme les premiers, il offre des accès composés de frisson, chaleur et sueur; comme les seconds, il a des symptômes qui durent pendant tout le cours de la maladie. On peut, en partant de là, considérer les fièvres rémittentes comme des affections continues surcomposées d’accès intermittents simpies ou composés.

Une maladie est aiguë, lorsque les phénomènes sensibles ou les symptômes qui la caractérisent offrent dans leur développement et dans leur succession une marche rapide coïncidant avec un état d’exaltation ou d’exaspération. Une maladie est chronique, lorsque les symptômes qui la dénotent se développent, s’accroissent et se succèdent avec lenteur, et conservent pendant la durée de leur cours un caractère indolent. Ainsi donc ces mots, maladies aiguës, maladies chroniques, indiquent à la fois les divers caractères d’exaltation ou d’affaissement, de rapidité ou de lenteur, que les maladies présentent soit dans leur cours, soit dans les différents tempéraments de leur action. Toute maladie a un rhythme et une marche qui lui sont propres, comme ella a une physionomie qui lui appartient et qui la caractérise. Néanmoins il faut beaucoup de sagacité, d’habitude et de tact, | pour bien apprécier l’ordre de développement et de succession des phénomènes morbides, d’autant plus qu'une infinité de circonstances, au premier rang desquelles on doit placer le régime et les agents pharmaceutiques, exercent la plus grande influence sur la durée et sur la marche des maladies. De ces influences résultent les modifications qui se présentent dans leurs cours, et qui se lient également aux dispositions particulières des sujets, c’est-à-dire au tempérament, à la constitution des malades, à leurs habitudes, à leur caractère, à leur profession, à leurs passions, toutes choses qui exercent une action très puissante sur la réaction, c’est-à-dire sur l’action médicatrice naturelle.

Les maladies offrent ordinairement une succession de phases que l’on nomme périodes. Chacune de ces périodes est marquée par un changement permanent dans la marche des symptômes dont l’intensité augmente, reste stationnaire ou diminue; et ce changement doit effectivement être permanent pour caractériser

l)E LA MANCHE LES MALADIES, une période, car sans cette condition il ne formerait qu’un paroxysme ou une rémission, tandis que les périodes constituent le temps ou les phases que les maladies doivent successivement parcourir. On n’est pas définitivement fixé sur le nombre de périodes qu’il faut admettre dans les maladies. Quelques auteurs en reconnaissent quatre; d’autres, avec Hildenbrand, en comptent jusqu’à huit; enfin, beaucoup de pathologistes pensent, avec le professeur Landré-Beauvais , qu’il n’y a réellement que trois périodes ou phases dans les maladies : la période d’accroissement, la période d’arrêt et la période de décroissement. Selon ces auteurs, la première période répond à celle que les anciens appelaient la période de crudité; la seconde répond à la période de coction ; la troisième, à la période de crise ou de terminaison.

La première période s’étend depuis l’instant où la maladie commence jusqu’à celui où les phénomènes, ayant acquis toute leur intensité, semblent cesser d’augmenter. La seconde période est celle où les symptômes sont parvenus au degré de leur extrême et dernière violence. La troisième période est celle où les symptômes, tout en diminuant, deviennent néanmoins l’expression du sort qui attend le malade ; c’est le temps où la maladie aboutit à la guérison ou à la mort. Notons cependant que ces trois périodes ne se dessinent pas toujours très franchement dans les maladies, et que lors même quelles existent, elles ne sont pas toujours sensibles pour lout le monde. Nous ne comprenons pas dans ces trois périodes ce que l’on nomme l’invasion ou le début de la maladie. L’invasion d'une maladie, initium morbi, est le début même de cette maladie; elle est très fugitive dans les affections aiguës, et nullement appréciable dans les maladies chroniques ; elle est marquée tantôt par un mouvement nerveux, tantôt par une défaillance, par une hémorrhagie, par une syncope, par des nausées; tantôt par un tremblement continuel, par une altération notable de la physionomie et des traits, qui sont en quelque sorte renversés, et le plus souvent par un frisson dont la durée et la violence peuvent jusqu’à un certain point éclairer le pronostic.

La durée des maladies, morbi mora, est excessivement variable. Il y a des maladies qui ne durent qu’un instant, comme Je choléra et l’apoplexie dont l’action est souvent foudroyante. Il y en a d’autres au contraire qui durent huit jours, quinze jours, vingt et un jours, un mois, six semaines. Enfin, quelques unes persistent

pendant des années entières, et quelquefois pendant toute la vie. J Les affections rhumatismales sont de ce nombre. Quelques mala- * dies se guérissent d’elles-mémes, d’autres ne guérissent que par les ressources de l’art, certaines exigent le concours de la nature et de l’art ; enfin, il y en a qui ne cèdent qu'aux progrès du temps et aux révolutions des âges. Il y a une infinité de circonstances qui peuvent modifier la marche ordinaire ou naturelle des maladies : il faut connaître toutes ces circonstances afin de ne pas rapporter aux unes ce qui appartient aux autres; mais ce qu’il faut connaître avant tout, nous l’avons déjà dit, c’est la marche ordinaire, c’est la marche naturelle des maladies entièrement abandonnées à elles-mêmes, car sans cette connaissance préalable on ne manquerait pas d’attribuer au traitement ou à des événements fortuits ce qui tient tout simplement aux lois ordinaires de la nature.

En thèse générale, on ne peut consciencieusement employer . les méthodes thérapeutiques qu’autant qu’une maladie étant donnée, on sait positivement par l’expérience et par le raisonnement, par la théorie et par la pratique : 1° comment, dans les circonstances présentes, la maladie qu’on a à traiter se terminerait, si elle était complètement livrée à elle-même; 2° comment elle se comporterait sous les bénéfices de l’art aidant la nature, c’est-à-dire par les ressources de la thérapeutique médicale et chirurgicale. En d’autres termes, on nepeut aborder le traitement des maladies qu’autant que l’on sait comment la santé se dérange; comment les maladies se guérissent naturellement, et comment elles nous tuent accidentellement ou nécessairement.

L’âge, le sexe, le tempérament, les habitudes ordinaires delà vie, sont autant de conditions qui exercent une influence particulière sur la marche et la durée des maladies. Les révolutions diurnes exercent aussi une action très marquée. Le matin est en général le temps de la rémission et celui de la plus grande actfv i té médicatrice; le soir est, au contraire, celui du paroxysme ou de l’exacerbation : il résulte de là que c’est le matin qu’on doit employer les remèdes qui agissent par absorption, tandis qu’on doit administrer, le soir, les préparations calmantes. Notons aussi que les mouvements inflammatoires et l’état de pléthore sont plus prononcés au soleil levant; que les douleurs syphilitiques ■ sont plus aiguës pendant la nuit; enfin, que les maladies avec réaction s’aggravent pendant le jour, et que les maladies avec !

I)E LA MAltCHE DLS MALADIES. D8 1

prostration s’exaspèrent, au contraire, pendant la nuit. Les vicissitudes atmosphériques, l’état des vents, l’humidité, la sécheresse, la chaleur et le froid, ont aussi une grande influence sur la marche des maladies. Il en est de même des changements de saison : et plus ces changements sont brusques, plus ils sont dangereux. C est à tort que l’on nie l'influence des astres sur le cours des maladies; il est bien prouvé, au contraire, que la présence ou 1 absence du soleil ou de la lune, que l’état des équinoxes ou des solstices, exercent sur notre constitution saine ou malade une impression et une modification plus ou moins profondes ! Bâillon, Sydenham, Lepecq de la Clôture ont constaté cet ordre de faits, et 1 on trouve dans leurs ouvrages d’excellentes preuves à l’appui de ce que nous avançons. L’état du corps et de l’esprit, les habitudes de la vie, la nature du régime, ses erreurs et ses écarts, 1 état de vacuité ou de grossesse, le mouvement des règles, la puberté ou l âge critique, sont autant de circonstances cpii modifient la marche ordinaire des maladies. Enfin, au nombre des agents qui exercent une influence puissante sur la marche des maladies il faut mettre encore les remèdes et les différentes méthodes thérapeutiques. En résumé, il y a des maladies si constantes dans leur marche, que le médecin peut facilement et dès le début assigner l’époque de leur terminaison; il y en a d’autres, au contraire, dont le mouvement est si heurté, si accidenté, si incertain, qu il ne saurait rien prédire, s’il est prudent et soucieux de sa propre réputation.

Les variétés que les maladies présentent dans leur durée et dans leur marche prouvent , d’une manière incontestable, combien il est utile de se livrer à l observation attentive de leurs mouvements, mais c’est une étude très difficile, très délicate et fort longue; car, s’d ne faut qu’un instant pour apercevoir en masse les phénomènes sensibles des maladies, il faut, au contraire, beaucoup de patience et de sagacité pour saisir les différences, les tendances diverses, et en quelque sorte la raison des mouvements qui les caractérisent. Il faut surtout beaucoup de pénétration pour connaître à fond la marche régulière et nécessaire de cet ensemble de causes et d effets, de mouvements salutaires et de mouvements nuisibles qui, par leur réunion, leurs rapports et leurs luttes contrastantes, constituent définitivement ce que 1 on nomme l'état morbide , ou simplement la maladie. Du reste, il y a eu de tout temps des médecins attentifs et fidèles a la voix de la na-

ture, qui ont parfaitement compris la véritable portée de l'art; ceux-là disent et répètent sans cesse : Vous devez, avant tour, conserver le flambeau de la vie ; vous devez soulager, consoler et ne jamais nuire. Vous ne devez rien essayer sans une raison suffisante et ne jamais oublier que la nature change souvent une maladie incurable en une maladie curable; que ce n’est pas le médecin, mais que c’est la nature qui guérit les maladies, et que, lorsqu’on agit sans des raisons suffisantes et des indications précises, on crée des obstacles, et l’on trouble le travail salutaire de la nature par quelque chose d’intempestif ou d’irrationnel. Et ce sont les plus grands médecins qui tiennent ce langage; nous pouvons citer : Hippocrate, Galien, Houllier, Fernel, Duret, Baiilou, Svdenham, Barthez. Or, tant de noms fameux ont une bien grande autorité, et l’on est en droit de penser que la vérité se trouve où ils ont attaché leur devise. Aussi, quand tous ces maîtres s’écrient: Livrez-vous à l’observation, il est bien évident qu’ils entendent dire : Livrez-vous à l’observation de la marche naturelle de la maladie, c’est-à-dire à l’appréciation logique de l’évolution terminale et finale des actes qui constituent les maladies. Ce qu’il v a de très important à connaître relativement aux maladies, c’est leur cause, leur nature, leurs tendances; c’est la raison de tous les actes cjui se succèdent, s’enchaînent et se coordonnent. Ce qu’il faut savoir, c’est si la maladie doit être traitée, et, si elle doit l’être, comment et dans quel moment elle doit l’être; s’il faut agir sur la cause morbifique, sur les phénomènes ou sur les symptômes qui en sont l’effet ou l’expression ; s’il faut avoir recours aux spécifiques ou aux remèdes simples; enfin, s’il faut combattre l’affection ou la réaction isolément, ou toutes les deux ensemble.

Le professeur Caizergues l’a dit avec une raison profonde, ce n’est qu’après avoir bien médité sur la marche que suit la nature dans les divers états morbides, qu’il est possible de déterminer l’utilité, 1 insuffisance ou le danger des actes qu elle produit et les indications qui doivent avoir pour but de les favoriser lorsqu ils sont utiles, de les suppléer quand ils sont insuffisants, et de les eombai tre lorsqu ils sont dangereux. Suivons donc la marche de la nature, c’est-à-dire observons, mais n’imaginons pas, car nous n’avons pas le droit de commander à la nature, et celui qui s’arroge le litre de législateur à cet endroit est un orgueilleux ; u un sot.

DE LA MANCHE DES MALADIES. 3oA

Suivre attentivement la marche naturelle des maladies et la bien observer, voilà le commencement de la médecine. Pourquoi donc ne se conforme-t-on pas à celte loi? Ne su f(it— il pas de placer le malade dans les simples conditions de 1 hygiène et d attendre, ù l’abri des perturbations des remèdes, 1 action délicate du temps et de la nature? Oui , sans doute ; mais attendre et toujours attendre, c’est ce qu’il y a au monde de plus difficile pour certains médecins, et surtout pour les gens du monde les plus éclairés, qui ne sauraient se résigner à temporiser et à compter sur les ressources de la nature et du temps.

Quand on connaît bien la marche naturelle des maladies, on est moins orgueilleux de ses succès et moins attristé de ses reveis. On sait comment la nature tue et comment elle guérit. On sait comment on peut se rendre utile. Puis, à la laveur de 1 observation, l ignorance se nettoie et avec elle disparaissent ces divisions scandaleuses qui compromettent l’honneur de la médecine. Etudions donc la marche naturelle des maladies, elle nous apprendra : 1° que les affections présentent de grandes différences dans leur caractère, dans leur marche et dans leur durée ; 2° que 1 affection et la réaction ne sont pas toujours dans des rapports exacts ; qu’une affection morbide a des degrés , tandis qu une réaction a des phases ou des périodes ; 3° que les affections nées d’une même cause ne présentent pas toujours les mêmes phénomènes et les mêmes symptômes chez tous les individus; U° que beaucoup d’affections sont, comme nos goûts, en rapport avec les besoins de notre âge et les changements qui s’opèrent dans notre constitution , changements de mille espèces que les hommes peu expérimentés prennent trop souvent pour des affections et qu ils traitent en conséquence, alors qu’il est de la dernière prudence de ne rien faire ; 5° qu’une infinité de cures attribuées pompeusement à l’action des remèdes sont tout simplement le résultat de la marche naturelle des maladies, ce qui , soit dit en passant , devrait bien diminuer le crédit et la confiance absurde que tant de gens accordent aux thérapeutiques heurtées ou experimentales! 6° que chez les enfants beaucoup d’affections se guérissent par les sim pies mouvements de la nature, tandis que chez les vieillards les mêmes affections ont besoin d être secourues pai l’art, qui dirige, d’après I expérience et 1 observation, les mouvements de la force médicatrice ; 7° qu il y a une infinité de mouvements considérés à tort comme des affections, qui sont, nu cou-

584 PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE, traire, des mouvements nécessaires au développement ou au retrait des organes, c’est-à-dire à la formation ou à la déformation organiques; que ces mouvements accidentels peuvent effectivement occasionner des malaises , des dérangements, des indigestions momentanées, et même certains troubles assez graves eu apparence, mais qu’ils ne vont pas plus loin, quand on ne fatigue pas la nature par des remèdes inutiles ; 8° que 1 état incomplet des organes se mêle souvent comme une cause puissante d aggravation à la plupart des affections des enfants et y apporte véritablement un embarras physique. Qu’ainsi , par exemple, 1 étroitesse de la glotte rend chez eux l’occlusion des voies aériennes presque inévitable dans les affections du larvnx et complique ainsi ces maladies. Et, pourtant, qu’y faire ! Essayez donc de remédier, par tous vos procédés et vos moyens thérapeutiques, à un état physique qui tient à une cause organique dont l’effet ne peut céder qu’aux mouvements de la vie , amenant eux-mémes le développement des organes. Essayez aussi de guérir avec des pilules ou avec des saignées ces étouffements profonds auxquels les vieillards sont sujets et qui menacent constamment leur existence : vous n y parviendrez pas, car ces étouffements et ces suffocations se lient soit au rétrécissement de la poitrine , soit à 1 ossification des cartilages costaux, soit à 1 atrophie des poumons ou à ces trois causes réunies; et tous ces vices organiques sont au-dessus des ressources de la nature et de l’art !... Il en serait de même si vous vouliez traiter, ce qu’on appelle traiter, les congestions pulmonaires sanguines et passives auxquelles sont sujets les enfants nouveau -nés; car ces congestions tiennent chez eux au défaut de développement des organes de l’appareil circulatoire qui entraîne comme conséquence l’exercice imparfait de la circulation pulmonaire ; et, dans ce cas , comme dans beaucoup d’autres, la nature seule peut refaire ou compléter son ouvrage. C est en vain qu’on voudrait s’opposer aussi à certaines diarrhées lientériques aussi communes chez les enfants que chez les vieillards. Elles tiennent, chez les premiers, à un état incomplet d’organisation ou de développement du tube digestif. Elles tiennent, chez les seconds , où elles se compliquent de météorisme, à l’atrophie de la muqueuse gastro-intestinale et à la disparition d’une grande quantité de valvules commentes, et elles échappent par celte double origine aux traitements les mieux entendus.

L’observation attentive et réfléchie de la marche naturelle des

maladies nous apprendra encore que la succession des âges et les mouvements des grandes fonctions qui se rattachent comme conséquences à cette succession modifient essentiellement les affections qui se déclarent pendant leur tourmente, favorisent ou contrai ient le développement de certaines crises, et prédisposent aussi à dauties maladies sur la marche et la durée desquelles ils exeicent une grande influence; que chaque âge change le siège, le foyer, le mode et la forme des affections et des réactions: ainsi, par exemple, que le vice scrofuleux se traduit dans la prennèie enlauce par lophthalmie; à la deuxième dentition, par 1 engorgement et quelquefois par I ulcération des glandes sousmaxillaires; à la puberté, par des plaies rongeantes à la face; à la fin de 1 adolescence, par la carie des os et surtout par la carie du steinum; enfin dans 1 âge mûr, par des tumeurs blanches, par des alleetions des articulations : ce cpii prouve aussi que le vice hum or al est partout et toujours le même, et que le siège principal seul et les formes du mal sont changés; que l’état d’enfance imprime atout état morbide, affection et réaction , un caractère d acuité et de rapidité qui est propre à cet âge et qui se trouve compensé plus tard par la chronicité et la lenteur des actes qui le reproduisent chez les vieillards; qu’une infinité de mouvements spasmodiques et épileptiformes ont pour origine un défaut de rapport harmonique entre les divers organes, et particulièrement entre les agents de la locomotion et l’encéphale: ce qui fait que les afiections de ce genre durent quand même autant de temps qu il en faut pour que 1 organisme parvienne à consolider les organes et à régulariser leurs rapports ; que Y éruption des dents a une influence intercurrente sur les affections déjà existantes; qu’elle en fait éclater quelques unes, qu’elle en guérit d’autres; que le travail organique qui amène et juge cette importante crise de la vie imprime un caractère d exaspération à toutes les autres fonctions morbides, conservatrices ou médicatrices, d’où dérivent une infinité de phénomènes symptomatiques et sympathiques, et P* esque autant de réactions tantôt fatales, tantôt salutaires ; que les systèmes sympathiques et muqueux prédominent ordinairement pendant 1 enfance et jusqu’à l’âge de puberté, époque à laquelle le système sanguin prend à son tour la suprématie; que toutes les maladies subissent I influence des conditions jdiysiologiques de I âge du malade, ce qui a fait dire avec infiniment de l'aison quil y a des malades plutôt encore que des maladies; que

586 l’HINCil’ES GÉNÉUAUX UE LA SCIENCE MÉDICALE.

chez les enfants l'épaississement du mucus, la formation des fausses membranes et désaffections couenneuses se lient essentiellement à la plasticité clés fluides et à la propriété qu’ont les humeurs de passer facilement à l’état d’épaississement par suite de l’activité extraordinaire du système artériel capillaire et de la nature du sang qui est très riche à celte époque en principes organisâmes, et qui est au contraire pauvre, liquide et froid à lépoque opposée de la vie, où sa fluidité occasionne chez les vieillards des congestions passives , des épanchements et des hvdropisies; qu’une hémorrhagie est tantôt cause, tantôt effet ou symptôme de maladie; tantôt épiphénomène, tantôt moyen «le terminaison ou crise de maladie; tantôt enfin moyen de traitement ou remède; que la puberté constitue une des époques les plus critiques de la vie; quelle imprime momentanément un caractère d’acuité à toutes les maladies existantes; quelle rend curables des maladies jusqu’alors incurables; qu elle exaspère parfois les affections incurables; enfin qu elle rend souvent chroniques, mais en revanche plus supportables, les affections qui n’ont pas cédé à l’influence de son action, comme si elle les faisait en quelque sorte pénétrer plus intimement dans 1 organisme, en assujettissant l’équilibre des fonctions au rbythme de ces alfections? que les affections qui se lient à l’action nouvelle dune époque climatérique persistent quelquefois jusqu à l époque d’une nouvelle révolution , ce qui fait que beaucoup d affections qui se prolongent ainsi jusque dans la vieillesse deviennent des infirmités habituelles, sinon nécessaires, du moins inévitables, à ce point qu’il pourrait être dangereux d’essayer à les guérir, soit parce qu’à un certain âge l’économie ne se prête plus que très difficilement à de nouvelles combinaisons d équilibre, et que 1 .habitude est devenue aussi pour l’organisme comme. une seconde nature, soit parce que les fonctions n’ont plus assez de vigueur pour accomplir ou supporter de grands changements ; que Y âge critique , l âge do retour a, comme la puberté, le privilège de faire éclater ou d’arrêter certaines maladies, ou bien encore de convertir quelques affections en d autres affections; qu ainsi, par exemple, lorsqu’on n'a pas abusé des secours de la thérapeutique et de ses moyens chirurgicaux ou pharmaceutiques, il arrive souvent «pie 1 âge critique suspend les affections utérines jus* qu alors existantes , qu il les modifie ou les rend au moins plus supportables et plus rares jusqu’à l’époque encore éloignée a la-

quelle l'atrophie des organes les rend définitivement impossibles. Cette vérité a été proclamée par üordeu. Il dit dans ses ouvrages que l’époque de la puberté et celle du retour amènent des crises favorables à la guérison des affections propres à 1 enfance et à lage mûr; et il n'a été sous ce rapport que le continuateur de Pline et de Pythagore, car on trouve le germe de ces vérités dans les écrits de ces premiers précepteurs du genre humain à qui nous devons la doctrine fameuse des années climatériques, des jours heureux et malheureux, des crises et des jours critiques, en un mot de toutes les théories qui s’appuient sur cette première théorie, que le nombre forme le principe de toutes choses, que les phénomènes de la nature ne sont que des imitations des nombres, et que si dans l univers tout n’est pas créé par les nombres, tout du moins se fait selon les nombres. L'observation de la marche naturelle des maladies nous apprend encore : que les affections qui débutent à l’époque d’une révolution importante de l’économie, à la puberté, par exemple, ne se terminent que lorsque ce temps de crise est terminé et qu’il y a une infinité d’épi phénomènes accidentels et d’indispositions que l’on traite souvent comme des affections alors qu’ils ne sont au fond que des phénomènes inséparables des mouvements de formation et de déformation ;qu’i7 y a des affections chroniques qui durent fortlongtemps, mais que ces affections se modifient et qu elles se transforment toujours avec les années et deviennent ainsi plus supportables; qu’un- état morbide quelconque se surcompose presque toujours des phénomènes actifs ou passifs propres à l’âge pendant lequel il éclate , et que telle est la cause de tous ces épiphénomènes des maladies qui, par leur exagération même, peuvent devenir secondairement des alléchons dangereuses. Telle est aussi la source d’une foule de diarrhées rebelles, de convtdsions et de phénomènes hystériques qui font explosion au temps de la puberté et au temps plus orageux encore de l’époque critique! L’observation apprend aussi (pie la prépondérance d’action d’un appareil en élaL d’exaltation vitale à l'époque à laquelle une affection accidentelle se déclare se mêle toujours aux mouvements de cet état et le surcompose. G est ainsi que la surexcitation des organes encéphaliques aggrave chez les enfants toutes ces affections concomitantes et donne lieu au délire et aux convulsions qui surviennent au milieu de leurs affections les plus simples; c’est encore ainsi que l'état nerveux imprime un caractère hystérique

à la plupart des maladies des femmes. L’observation de la nature nous apprend encore cpie la science médicale est établie sur ses véritables bases, mais que l’art médical est encore très incertain.

Tel était le sentiment d Hippocrate. Il est sage, dit-il, d’avoir des doutes sur l’efficacité du traitement que l’on prescrit aux malades, et l’on doit même, bien souvent, se garder d’assurer que 1 le remède que l’on conseille est le seul convenable, et même que lui seul a produit la guérison, quand cette guérison a eu lieu, car les circonstances de toute espèce qui entourent les maladies nous i forcent évidemment à avoir cette défiance. Effectivement, au point de vue de la pratique, la médecine repose trop souvent sur de 1 simples tâtonnements, sur des règles incomplètes et, par conséquent, le meilleur moyen d’éviter l’erreur, c’est de se renfermer dans le doute philosophique; dans ce doute, qui est le fruit de l’examen comme il en est le principe, et qui a le double avantage de nous faire approfondir les questions et de nous arrêter sur le bord d’une infinité de choses dangereuses à entreprendre.

Voici ce que l’observation attentive de la marche naturelle des maladies nous enseigne relativement aux affections proprement dites. Voyons maintenant ce qu’elle nous apprend relativement aux réactions. Elle nous prouve : 1° qu’une affection ne saurait durer longtemps sans occasionner une réaction; 2° que certains agents morbifiques ne nous foudroient que parce qu’ils ne laissent pas à la réaction le temps de s’organiser; 3° que nous réagissons contre les agents morbifiques et leurs effets dans tous les âges de la vie, mais que nous réagissons de diverses manières et souvent par des moyens très opposés; â° que chez les enfants les réactions se déclarent pour la moindre chose, quelles éclatent brusquement et qu’elles sont presque toujours accompagnées ou surcomposées d’accidents nerveux; 5° que chez les enfants la forme convulsive est, en quelque sorte, naturelleou automatique, quelle se produit à leur insu et malgré eux, tandis quelle est favorisée chez les adultes par la crainte ou par l’émotion; G" que la réaction affecte spécialement deux formes principales : la forme inflammatoire et la forme nerveuse; qu elle est inflammatoire quand c’est le système circulatoire, le cœur et les gros vaisseaux sanguins dont l’action prédomine; qu elle est nerveuse quand cette prépondérance appartient au cerveau et aux centres nerveux; 7° que la réaction peut pécher par excès, par délaut ou par irrégularité; qu elle est imparfaite et insuffisante chez les

sujets épuisés, et que c’est très souvent à ce défaut de réaction qu’il faut attribuer toutes sortesd’affections qui durentlongtemps, qui se terminent mal, et quelquefois même par la perte du malade ; qu elle est au contraire très énergique et très violente chez les sujets dont la force ou la puissance de la ]eunesse est exaltée par un régime très excitant; 8" que la réaction fébrile (inflammatoire ou nerveuse) exaspère tons les étals morbides organiques existant au moment où elle se déclare; qu’elle surexcite les mouvements fonctionnels normaux ou anormaux, ainsi que tous les phénomènes qui se lient aux mouvements d’accroissement ou de décomposition de l’organisme; 9° que les réactions guérissent parfois des états morbides devenus habituels, qu’elles en font éclater d'autres, et qu elles amènent souvent comme épiphénomènes 1 augmentation et même l’exaltation des phénomènes propres à l’âge auquel se trouve le maladequand elles apparaissent ; 10«qu’ellesimprimentun caractère d’acuité à tous les mouvements d’organogénésie et à l’exercice des fonctions ; 1 1° que chez les enfants les réactions générales sont accompagnées de mouvements nerveux de délire, de convulsions et souvent aussi de dysurie et d’ischurie, qui tiennent à des mouvements trop violents qui, en augmentant la circulation, tarissent par contre-coup les sécrétions; 12° que chez les vieillards, au contraire, beaucoup de réactions sont accompagnées d’affaissement, d’accablement, de coma, d’asthénie, qui surcomposent vicieusement l’état de dépérissement qui a pour cause, souvent irrémédiable chez eux, l’imperfection des fonctions nutritives. Il est constant, d’autre part, que le collapsus redoutable qui accompagne leurs maladies n’est encore que l’exagération de l'élat physiologique qui leur est propre. Ce sont aussi les progrès de l’ùge qui font que les vieillards tombent dans l’assoupissement ou le sommeil, après avoir ou mangé ou marché.

L’observation nous apprend encore que les fonctions pathologiques, ou les réactions, sont aussi indispensables au maintien de la vie que les fonctions physiologiques; que ce sont elles qui amènent les crises, qui jugent les maladies, qui déterminent la formation du cal, la cicatrisation des plaies, la récorporation des chairs et la régénération des tissus; qu à la suite des mouvements nécessaires qui coopèrent aux évolutions d organogénésie ou qui les accompagnent, il survient accidentellement des affections morbides (pii déterminent des réactions qui, par leur excès, leur

f)9ü PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE, défaut, ou leur irrégularité, aUgmëlitent, diminuent ou pervertissent les mouvements naturels, et donnent lieu àdes mouvements symptomatiques, et surtout à des mouvements sympathiques, qu’il faut bien se garder de confondre avec des accidents morbides; » qu’une réaction peut continuer vicieusement son mouvement au delà du terme opportun, c’est-à-dire, au delà de la destruction de la cause morbifique ou du mal occasionné par elle, et devenir ainsi u ne cause d’aggravation morbide; qu’une infinité de tumeurs, de dépôts, ou d’abcès (dans l’aisselle, dans l aine on dans le foie), qui se forment sur les différentes parties du corps où ils viennent aboutir, ne sont que les produits de certaines réactions latentes qui ont pour objet d’expulser de l’économie des principes de mauvaise nature qui s’y étaient formés ou introduits; que très souvent les affections persistent au delà du temps quelles devraient durer, parce que les réactions ne sont pas assez énergiques ou assez soutenues, ou bien encore parce qu’elles sont inopportunes ou vicieuses!

Voilà ce que l’observation attentive et la connaissance approfondie de la marche naturelle des maladies nous apprennent relativement aux affections et aux réactions qui composent 1 état morbide ; nous allons voir maintenant ce que produit l'ignorance de la marcbe^aturelle des maladies.

L’ignorance de la marche naturelle des maladies est la double cause de la considération dont jouissent les médecins et de la déconsidération qui les atteint. C’est elle qui fait et défait les réputations, et qui donne le mot de tant de titres usurpés et de tant de célébrités incroyables ; c’est elle qui coule dans l'opinion le bronze des colosses et l’argile des pygmées ; c’est elle qui est la cause la plus ordinaire de cette confiance absurde et abondante que tant de gens accordent aux remèdes et aux charlatans, et la source non moins ridicule de cette haute idée qu’une infinité de praticiens vulgaires conçoivent d’eux-mêmes et des prétendus miracles qu’ils opèrent ; c’est elle, enfin, qui accrédite les doctrines les plus bizarres et les méthodes thérapeutiques les plus extravagantes.

Maintenant si nous réfléchissons à tout ce que nous venons d’exposer, nous reconnaîtrons que l’art existe en chacun de nous; qu’il y a été déposé par la nature, et que l’éducation et la culture ne font en dernière analyse que le développer et le faire sortir; et par conséquent que, disciples de la nature avant tout, nous

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