‹ Traité de la science médicaleChapitre 92 sur 106 · DK LA TERMINAISON DES MALADIES · texte numérisé non relu

DK LA TERMINAISON DES MALADIES

devons écouter ses leçons et les mettre à profit dans toutes les circonstances opportunes qui se présentent. Etudions donc la nature et la marche naturelle des maladies ; étudions-la surtout au lit des malades, dans ces vastes foyers qu’on appelle les cliniques, dans les hôpitaux, dans les camps, dans les familles, à la ville, à la campagne, partout, dans les diverses contrées du globe, dans tous les climats, sous tous les degrés de longitude et de latitude ; lisons ensuite les ouvrages dans lesquels l’histoire des maladies a été fidèlement écrite par des observateurs consciencieux et éclairés, et nous arriverons ainsi au but délicat auquel nous aspirons tous, à la connaissance de la vraie médecine, de la vraie science et de la véritable pratique.

De la terminaison des maladies.

La terminaison des maladies ( morborum eventus ) a lieu de trois manières différentes : par le retour à la santé , par une autre maladie , par la mort. La terminaison des maladies par le retour à la santé s’effectue, tantôt à la suite d’une crise favorable, tantôt par résolution, c’est-à-dire à la suite d’une amélioration successive et graduelle. Dans ce dernier cas, les fonctions rentrent peu à peu dans l’ordre naturel , la physionomie reprend l’expression qui lui est propre, les évacuations se rétablissent, le sommeil devient plus tranquille, et le malade éprouve de jour en jour un sentiment intime de bien-être qui ne lui laisse aucun doute sur son prompt rétablissement. Quand, au contraire, la guérison tend à s’opérer par des crises, il arrive souvent que le malade semble encourir le plus grand danger. Parfois même le mouvement critique offre un état d’exaspération qui prend les formes de la tourmente morbide la plus dangereuse; mais ce n’est, très ordinairement, qu une simple apparence à laquelle le médecin éclairé ne doit s’attacher que faiblement, car il sait d’avance où conduit et où aboutit un pareil travail pathologique. En conséquence, loin de paraître inquiet, il doit au contraire rassurer le malade et les personnes qui l’entourent, en leur annonçant, en leur prédisant en quelque sorte le résultat salutaire de cette crise. A cette occasion, nous recommandons l’étude patiente et approfondie de cette grande doctrine des crises, qui remonte aux temps fameux de la médecine, et qui a eu de nobles partisans dans tous les siècles. Mais nous avons déjà abordé cette question dans notre

Traité de pathologie médicale , et c’est à ce livre que nous renvoyons nos lecteurs, ces deux ouvrages devant se compléter.

La terminaison des maladies par la mort est souvent précédée d’un cortège de destructions qu’on appelle 1 agonie. Elle a lieu quelquefois h la suite de crises incomplètes ou pernicieuses; elle arrive aussi par l’cpuisement des forces vitales; enfin, elle est très souvent l’œuvre des malades imprudents et des médecins qui accèdent à leurs désirs. La terminaison des maladies par une autre maladie a lieu tantôt par métastase, c'est-à-dire par le transport de l’affection d’un point sur l’autre, tantôt par la transformation de l’état morbide. On dit de la métastase quelle est heureuse ou malheureuse, selon que l’affection qui la constitue est plus ou moins dangereuse que celle à laquelle elle succède. La métastase a lieu plutôt dans les maladies aiguës que dans les affections chroniques. Elle est en quelque sorte propre aux affections produites par des causes internes, ou du moins c’est par exception que les autres affections se terminent par métastase.

De la convalescence.

Le mot couva lescence [convalescentia ,analepsis)x\zn\. d econvalesco, croître en force. La convalescence est l’état intermédiaire à la maladie qui finit et à la santé qui recommence. C est le moment vague et incertain qui se trouve entre la maladie qui n existe plus et la santé qui n’existe pas encore. Mais il est extrêmement difficile d’indiquer exactement où finit l’état de maladie, où commence l’état de santé. Le malade le plus ignorant en sait souvent autant, à ce sujet, que le médecin le plus instruit. Il sent sa convalescence; il en est averti par ses propres nerfs et par un sentiment de bien-être et d’espérance qui succède rapidement en lui à un sentiment de découragement et de malaise. Parmi les signes de la convalescence, il y en a qui sont communs à toutes les maladies; il yen a d’autres qui n’appartiennent qu'à quelques unes. On reconnaît la convalescence aux signes généraux suivants : à la cessation des symptômes les plus alarmants, à la disparition complète de la fièvre, à la disparition de toute douleur idiopathique ou sympathique; à la cessation de la soif, au retour de l’appétit; au rétablissement normal des excrétions, de la sueur, de l’urine, des matières fécales, des menstrues; au sommeil durable, tranquille et réparateur; au désir de sortir, d’aller respirer

Dû I..V CONVALESCENCE.

au grand air, de reprendre ses habitudes et de recommencer ses travaux ordinaires. Voici les signes communs à toutes les convalescences; les autres signes varient, comme les affections auxquelles ils se rapportent. Ainsi, par exemple, après les phlegmasies de l’estomac, après les gastrites, de douloureuse mémoire, si communes autrefois et si rares aujourd’hui, la langue perd peu à peu sa teinte rouge ardent, prononcée surtout à la pointe ; elle s’humecte, elle se débarrasse des enduits de diverses nuances qui la recouvrent; la bouche cesse d’être pâteuse; elle redevient fraîche et douce, et le besoin de reprendre des aliments se fait sentir, en quelque sorte, à tout moment. Cependant, nolez-le bien, car ce sont là encore des symptômes de convalescence : le repas le plus léger, les aliments les plus faciles à digérer, occasionnent encore une certaine pesanteur, des tiraillements d’estomac et quelquefois des nausées. Et d’autre part, le pouls s’élève et la chaleur se fait sentira la peau, et surtout à la paume des mains. Mais tous ces phénomènes ne sont que momentanés, ils diminuent de jour en jour, et ils finissent par disparaître complètement. A la suite des maladies du cœur, et pendant la convalescence de ces maladies, d’autres phénomènes se manifestent. Le pouls revient lentement à l’état normal, et se régularise; cependant les convalescents se plaignent encore d essoufflement, et ils restent longtemps sujets à des palpitations et à des frissons. Les deux phénomènes qui se montrent le plus constamment dans toutes les convalescences, sont : 1° un grand sentiment de fatigue; 2° une excessive exaltation de la sensibilité générale. L’un et l’autre dépendent de l’état des forces plus ou moins épuisées par le travail pathologique ou par le traitement que le malade a subi. T. a durée de la convalescence varie depuis quelques jours jusqu’à une ou plusieurs semaines. En général, elle est plus courte chez les enfants et chez les adultes que chez les femmes et les vieillards: Elle est plus longue en automne et pendant l’hiver qu’au printemps et pendant l’été; dans des pays bas et humides que dans les pays secs et élevés. Cependant ces règles sont sujettes à de nombreuses exceptions qui se rattachent : les unes à des conditions relatives à la nature de la maladie, a sa gravité, au temps qu elle a duré; les autres, à la constitution du sujet, à son tempérament, à ses habitudes, à sa profession et a son état physique ou moral; enfin, il est reconnu qu une diète trop sévère, qu’un régime trop excitant, que «les évacuât. uns

59/i Principes généraux de la science médicale. naturelles ou artificielles trop abondantes, sont autant de causes* qui retardent et prolongent la convalescence.

La convalescence a pour résultat ordinaire, ou du moins pour q objet le rétablissement complet de la santé. Cependant il arrive ! quelquefois que la maladie, momentanément interrompue para les efforts de la nature , par ceux de l’art ou par tous les deux ] réunis, reparaît tout à coup et quelquefois même avec des symptômes plus alarmants ! Dans d autres circonstances elle est remplacée par une maladie nouvelle qui résulte de 1 imprudence du malade. En tout cas, le médecin ne doit pas se hâter d annoncer ' la convalescence, mais il est de son devoir de la diriger toujours 1 avec la plus grande attention. Il n’est pas rare, en elfet, de veilles malades succomber pendant la convalescence par suite de la négligence qu ils apportent à la stricte observation des lois de l’hygiène. D’autre part, on peut affirmer, en s’appuyant sur une infinité de faits presque vulgaires, que Ton meurt très souvent par suite de la plus légère imprudence pendant la convalescence, ce qui dénote qu’elle est, jusqu’à un certain point, plus dangereuse que la maladie. On trouve chez les anciens d’excellents préceptes pour diriger médicalement les mouvements difficiles de la convalescence. Celse et Galien nous ont laissé à ce sujet de précieuses instructions : ils nous recommandent de placer les convalescents dans une chambre vaste, sèche et bien éclairée ; de renouveler l’air très souvent et de maintenir la température à un degré modéré. Du reste, rien n’est plus salutaire aux convalescents que l’insolation et le séjour à la campagne. Les distractions douces et variées produisent aussi d’excellents effets; mais c’est surtout le régime alimentaire qu’on doit surveiller et régler, si l’on veut éviter les rechutes et les récidives. En conséquence on permet peu d’aliments et on les choisit parmi ceux qui plaisent aux malades et qui leur réussissent le mieux , fussent-ils d’ailleurs classés parmi les plus indigestes ; car il y a des appétits singuliers, des estomacs étranges et des instincts capricieux qu il faut respecter. On doit se montrer aussi très difficile sur le choix et sur la quantité des boissons. Enfin , c'est durant la convalescence'qu il faut surtout se rappeler ce fameux aphorisme de l’école de Salerne : Plus gula quàm gladio. Autrefois on ne manquait jamais de purger un malade pendant ou après sa convales- ] cence ; aujourd’hui on ne le purge j)as du tout, c'est un très grand ] tort ; et dans cette circonstance , comme dans beaucoup d'autres , i

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