DES RECHUTES ET DES RÉCIDIVES
le propre du sage est d’adopter un terme moyen : inmedio talus ibis.
Des rechutes et des récidives.
Un entend par rechute ( morbi rcapparitio ) le retour d’une maladie pendant la convalescence, c’est-à-dire la réapparition d’une affection qui était terminée, mais dont la convalescence n’était pas entièrement achevée. Les rechutes ont lieu très souvent par la faute du malade et quelquefois par la négligence ou l’inexpérience des assistants. Les rechutes ont lieu par la faute du malade, lorsqu’il s’expose imprudemment au froid ou aux vicissitudes de l’atmosphère; lorsqu’il reprend trop tôt ses habitudes ou ses travaux; lorsqu’il n’est pas assez sévère sur son régime alimentaire ; lorsqu’il s'abandonne à des émotions trop vives. Les rechutes arrivent par la faute du médecin quand il suspend trop brusquement le traitement et qu’il serait urgent de le continuer encore pendant quelque temps apres la disparition complète des symptômes , comme c’est du reste passé en principe et en loi dans le traitement des fièvres intermittentes, des affections scrofuleuses et des affections vénériennes; ou bien, lorsqu’il s’attache uniquement à juguler les symptômes les plus saillants par une médication débilitante, quand il devrait, au contraire, détruire par des spécifiques la cause spécifique elle-même, ou la diathèse qui entretient des symptômes qui durent ordinairement tant que la cause qui les a produits n'est pas détruite; enfin, lorsqu’il n’emploie pas tous ses efforts pour détruire ou du moins pour modifier d’une manière efficace et durable les prédispositions ou les tendances morbides que quelques sujets ont pour certaines affections , telles que la goutte , la constipation opiniâtie ,
l’apoplexie.
Il v a des affections , telles que les fièvres intermittentes , qui semblent plus sujettes que d’autres aux diverses rechutes : elles ont lieu ordinairement dans la seconde semaine pour les fièvres intermittentes tierces, et dans la troisième pour les fièvres intermittentes quartes. C’est donc un fait important qu’un praticien attentif ne doit jamais perdre de vue. Les rechutes sont très rares à la suite de la pleurésie et de la pneumonie; elles n’ont jamais lieu dans les fièvres éruptives : ainsi la rougeole , la scarlatine, la variole n’ont pas de rechutes. On peut retomber malade pendant la convalescence d’une de ces fièvres , mais 1 éruption qui cou-
siitue le symptôme vraiment pathognomonique des fièvres éruptives ne reparaît jamais. La rechute étant, à proprement parler, la réapparition de la maladie, il en résulte que les symptômes qui accompagnent et caractérisent les rechutes sont exactement les mêmes que ceux qui constituent et caractérisent l’affeclion. La durée des rechutes est, en général , beaucoup plus longue que celle de l’affection première. Les rechutes sont ordinairement accompagnées d’une grande faiblesse qui ajoute encore au danger qu elles présentent, et quand le malade ne succombe pas à leur violence, il est rare qu’il ne tombe pas dans un état d’abattement et de découragement qui complique défavorablement sa position.
On reconnaît une rechute : 1° au malaise dont le sujet se plaiut tout à coup, malaise qui débute ordinairement par un frisson très intense, qui se reproduit ensuite à plusieurs intervalles; 2° aux symptômes qui apparaissent et qui sont absolument les mêmes que ceux de la maladie qui avait disparu momentanément, avec cette particularité cependant que les symptômes ordinaires sont en quelque sorte sur-composés de nouveaux symptômes qui se rattachent à l’affection nouvelle de quelque partie de l’économie consécutivement atteinte. Dans tous les cas, il faut bien se garder de confondre les rechutes, soit avec des accidents éphémères ou des épiphénomènes qui peuvent survenir pendant la convalescence, soit avec des maladies nouvelles qui se greffent en quelque sorte sur celles qui vient de finir, soit enfin avec des récidives proprement dites.
On prévient les rechutes: 1° en détruisant radicalement la cause active de la maladie; 2° en écartant avec soin les circonstances qui pourraient contrarier la convalescence ; 3° en suivant avec une exactitude minutieuse toutes les lois et tous les préceptes de l’hygiène; k° en ne laissant revenir le malade à son régime et à ses habitudes ordinaires que par des degrés insensibles et comptés.
On nomme récidive le retour d’une maladie entièrement guérie, et qui réparait une seconde ou une troisième lois après le rétablissement complet du malade, régulièrement opéré à la suite d’une bonne et entière convalescence. Il y a entre la rechute et la récidive celte différence que la rechute a lieu avant que la convalescence soit terminée, tandis cpie la récidive ne se montre qu’après la cessation complète de la maladie; la
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rechute et la récidive ne sont en réalité que la réapparition d une seule et même maladie. Les récidives ont lieu par le fait de plusieurs causes différentes. Tantôt elles sont le résultat dune nouvelle exposition à l’action des causes spéciales ou spécifiques de la maladie; tantôt elles tiennent à une prédisposition particulière du malade, en raison de laquelle il. est pour ainsi dire fatalement sujet à telle ou telle affection. Les symptômes des récidives sont les mêmes que ceux de la première affection. Quant à leur durée, elle est ordinairement plus longue. Toutefois il est rare qu’elle offre plus de dangers. On prévient les récidives en modifiant le tempérament du malade et ses prédispositions à contracter l’affection dont il a déjà été atteint, et en détruisant les causes occasionnelles qui sont capables de déterminer cette affection. On trouve dans ce cas des ressources immenses dans les moyens de l’hygiène. Du reste, il y a aussi des récidives utiles et heureuses , si l’on peut s’exprimer ainsi : ce sont celles qui se lient à un état particulier du système vivant, à raison duquel 1 économie a besoin de subir une affection médicatrice. Parmi ces affections, nous citerons certaines fièvres éphémères ou intermittentes, certaines hémorrhagies , quelquefois la diarrhée, et enfin le rhume, le rhumatisme et la goutte, qui deviennent si nécessaires à la constitution acquise de certains individus, que leur exjilosion est en toute lettre une bonne fortune dont ils doivent se réjouir, loin de se plaindre, attendu que ce mode passager de réaction est véritablement un effort pathologique, une action médicatrice de la nature qui les délivre d'un mal j^lus grave et quelquefois même les arrache à une mort certaine.
Do l'anatomie pathologique.
L’anatomie pathologique est la science qui traite de l’état anormal des organes. Elle fait connaître : 1° les variétés, les défauts de conformation, de texture, de situation et de rapports que les organes ou les tissus peuvent présenter durant la vie; 2° les altérations organiques appréciables après la mort et qui ont été produites soit par l’état morbide, par 1 affection ou la réaction, soit par les progrès de 1 âge ou par le retrait de la vie qui livre la machine animale à l’action destructive des agents physiques et chimiques.
Telle est la définition la plus exacte de l’anatomie pathologique. Elle nous révèle une chose très importante, savoir : que la
598 PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA SCIENCE MÉDICALE, dénomination d’anatomie pathologique est infidèle en ce sens que toutes les altérations ou dégradations des organes ne sont pas le résultat d’un travail pathologique dans la véritable acception du mot, mais bien souvent les simples effets de l’âge ou de la mort.
Les médecins de nos jours font en général une trop large part à l’anatomie pathologique: à les en croire, elle embrasse toutes les altérations matérielles , physiques , chimiques et microscopiques des solides et des humeurs, et elle donne le dernier mot de toutes les maladies, attendu que toute maladie consiste dans une lésion ou dans une altération organique qui constituent sa cause et sa nature. Cette manière d’envisager l’anatomie pathologique est erronée et pleine de danger, surtout par les conséquences qu elle entraîne en thérapeutique. Nous ne nions pas que dans quelques circonstances le mal, sa nature et sa cause, ne consistent dans une altération matérielle et organique qui s’est développée à la longue dans l’économie, ou bien qui a toujours existé comme vice d’organisation ou comme défaut de conformation; mais nous soutenons que toutes les maladies n’ont pas pour point de départ un vice matériel, une lésion organique ou un défaut de conformation, et que, parmi les symptômes qui les dénotent, les uns sont le résultat d’une cause morbifique exerçant son action, les autres le produit des efforts que la nature entreprend pour se débarrasser de ce qui lui est nuisible; d’où il résulte que l'on commet une erreur bien déplorable en confondant comme on le fait si souvent les maladies elles-mêmes avec les dégénérations des organes ou des tissus qui n’en sont que les suites fâcheuses.
Si nous considérons maintenant qu’on attribue très souvent la cause de la mort à des états en apparence pathologiques qui ne sont en réalité que des effets cadavériques, c'est-à-dire que de simples changements occasionnés dans la nature des solides et des liquides par la cessation graduelle de la vie; si nous nous rappelons qu’il y a en tout état morbide deux ordres de symptômes à examiner, les symptômes de l’affection et ceux de la réac-
tion ; si nous sommes d’ailleurs bien persuadés que les lésions matérielles sont tour à tour causes et effets, effets et causes d’une infinité d’accidents pathologiques, nous reconnaîtrons combien Théophile Bonnet s'est trompé lorsqu’il a cru pouvoir révéler par le scalpel les causes cachées de toutes les maladies, et combien son exemple a été préjudiciable à Morgagni, qui, dans son enthousiasme, n’a pas craintd’annoncerqu'ii pourrait non seulement
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indiquer la cause des maladies, mais encore la nature et le siège de toutes les maladies. Voilà cependant comment de déviations en déviations, et après avoir d’abord cherché sagement et consciencieusement à reconnaître et à constater sur le cadavre les changements et les altérations nombreuses que l’action morbide on pathologique apporte dans l’état des solides et des liquides, on est arrivé, de chute en chute et par un déplorable abus de la méthode, à l’idée absurde de faire dépendre les maladies des changements ou des altérations organiques qu’elles-mêmes produisent, et qui ne sauraient être par conséquent les causes de ces altérations, de ces dégradations et de ces maladies, puisquilg en sont au contraire les résultats éventuels, accidentels ou inévitables.
Soyons plus raisonnables et reconnaissons désormais, avec les meilleurs observateurs, que la connaissance la plus étendue des altérations matérielles n’offre encore qu’un enseignement secondaire, comme le docteur Ribes l’a démontré dans son beau Traité T anatomie pathologique. Quoi qu’il en soit, 1 anatomie pathologique est, sans contredit, une source d’instruction , et par conséquent tout médecin doit se livrer avec ardeur à son étude; car celui qui ignorerait l’état anormal des organes et qui ne saurait de combien de vices de conformation, de combien d’altérations morbides et de dégradations chacun d’eux peut être atteint , celui-là , disons-nous , n’aurait très certainement que des idées très inexactes et très confuses sur une infinité d’affections. Mais l’anatomie pathologique ne doit pas pour cela absorber tous les moments du médecin ; car, à côté des avantages incontestables qu’elle présente, elle offre aussi beaucoup d’inconvénients ; nous pourrions même ajouter qu elle a fait beaucoup de mal a la médecine. En effet, elle a corrompu son langage dans ce qu’il avait de plus élevé; elle a de plus compromis et arrêté les progrès de la thérapeutique en faisant perdre de vue le pouvoir de la nature médicatrice, et surtout en substituant d’une manière absolue l’observation du cadavre ou du mort à 1 observation de 1 homme vivant et réagissant ; enfin , elle a jeté une déplorable confusion dans la nosologie en signalant comme de véritables affections certains vices organiques nullement dangereux pour la vie dont les organes se suppléent mutuellement. Si nous remarquons ensuite que les organes malades ne sont pas, même quelques instants après la mort,, ce qu’ils étaient pendant la vie, et cepen-
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que les remèdes et les moyens thérapeutiques doivent être dirigés; si nous nous rappelons aussi qu’on ne saisit pas toujours le moment précis où les lésions organiques se forment et qu’on ne con- I naît qu’imparfailement l’influence qu elles exercent sur la marche des maladies; si nous pesons toutes ces considérations , nous serons certainement forcés de reconnaître que l’anatomie pathologique, si vantée par quelques enthousiastes , est encore loin de mériter la place qu’on s’efforce depuis si longtemps de lui assigner parmi les sciences médicales. Bien plus, nous avouerons quelle ne serait rien ou presque rien, si la médecine, par ses lumières et ses méthodes, ne venait ranimer tous ces organes éteints, et alors nous répéterons , avec M. le professeur Requin, « qu’en ce qui concerne la thérapeutique, il est bien évident que les inductions d’anatomie pathologique le cèdent, et de beaucoup, aux données de 1 expérience clinique, et que ce n est pas en fouillant dans le cadavre des victimes de la syphilis ou de la fièvre intermittente pernicieuse qu’on a découvert les admirables propriétés du mercure et du quinquina, pas plus que ce u’est dans la contemplation des pustules varioliques que Jenner a puisé l’idée de la vaccine. »
Il y a bien loin, sans doute, de ces conclusions aux paroles pompeuses de quelques fanatiques qui ont pu dire dans leur enthousiasme, « que la médecine tout entière est dans l'anatomie pathologique; que celui qui est au courant de cette science sublime, la seule véritable, lit dans les profondeurs du corps souffrant comme un habile physionomiste lit sur le visage les passions qui ravagent l’intérieur, et que, par une prévision bien supérieure à celle des plus beaux génies de l’antiquité, il annonce , sans jamais se tromper, la nature et le siège du mal et les remèdes certains qu’on doit lui opposer. Oui , sans doute, il y a bien loin de nos conclusions à ces folles peintures, mais la vérité est avec nous et l’hyperbole est de leur côté.
Maintenant faut-il, ainsi que le propose M. le professeur Re- | quin dans son excellent livre de Pathologie médicale , faut-il diviser l’anatomie pathologique en deux parties, et confier à l'une, à l’anatomie pathologique proprement dite, 1 examen des altérations j et des dégradations physiques des solides, et à l’autre, à la chimie ■ pathologique, l'étude chimique des humeurs, en se fondant sur sur ce fait incontestable, qu'il est infiniment rare que le même J individu soit également habile à la pratique des dissections et à ,
de l'anatomie pathologique. Cül
celle des manipulations chimiques , pour qu il ne subsiste pas forcément une distinction naturelle, d une part , entre 1 anatomie et la chimie de l’état pathologique, et de 1 autre , entre 1 anatomie et la chimie de l’organisation normale? Oui, nous nous rangeons complètement de l’avis de notre savant confrère, et nous disons que la division qu’il propose nous paraît d’autant mieux fondée, que l’anatomie pathologique ne s’occupe que du mort et ne fait guère qu’augmenter l'étalage muet des exhibitions cadavériques, tandis que la chimie pathologique analyse souvent les humeurs encore vivantes, et ajoute ainsi quelques lumières à celles de la symptomatologie.
En résumé, nous sommes convaincu qu’on consacrerait moins de veiiles à l'étude de l’anatomie pathologique, si Ion savait mieux combien il y a de lésions , même très graves, compatibles avec un certain degré de santé et même avec la vie ; si 1 on savait que l’on vit longtemps et qu’on atteint quelquefois le terme ordinaire de la vie avec îles lésions contre lesquelles on emploie souvent des traitements qui n’améliorent nullement 1 état du malade, et qui, au contraire, précipitent sa perte !
îsousciterons, comme autant d’états ou d’affections compatibles avec la vie : 1° le défaut ou l’ablation de certaines parties du cerveau ou du cervelet; 2° le déplacement des organes et la transposition des viscères ; 3° le ramollissement du coeur ou du cerveau ; U° la pétrification du cœur; 5° l’ossification des artères; 6° l’hypertrophie du cœur; 7° la fistule à lanus; 8° 1 épilepsie, l’hystérie, la catalepsie, et une foule d affections nerveuses plus effrayantes et plus douloureuses que dangereuses; 9° les tubercules dans le cœur, dans le cerveau, dans le foie, dans la rate, dans les testicules, et même dans les poumons, oit la suppuration existe très souvent sans que la vie du malade soit compromise, puisqu’on a trouvé des fontes tuberculeuses et des cavernes chez des sujets morts par accident, et chez lesquels on était loin de supposer un pareil état; 10° les cancers des diverses parties, et même les cancers de la matrice et du sein ; 1 1° les diarrhées rebelles ; 1 2° les fièvres intermittentes, qu’il est souvent très dangereux découper trop tôt; 13" les pertes sanguines, évacuations utérines ou hémorrhoïdales ; 1 hn les fleurs blanches; 15 les éruptions dartreuses, la gale, et la teigne; 16° certains catarrhes et quelques asthmes; 17° les ulcères aux jambes, les fistules anciennes.
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IJ’aulre part, il est certain que l’économie animale a le privilège de s’accoutumer ù l’action des agents morbifiques les plus actifs, voire même à l’action des poisons, et qu’il arriverait souvent dans la pratique médicale des accidents très graves à la suite des traitements inopportuns ou mal dirigés, si la nature médicatrice ne possédait une force supérieure à l’ignorance et aux extravagances des hommes.