‹ Traité de la science médicaleChapitre 95 sur 106 · DE LA MANIÈRE U* EXAMINER I.ES MALADES. G · texte numérisé non relu

DE LA MANIÈRE U* EXAMINER I.ES MALADES. G

venable aussi que le médecin ne fasse à son malade que îles questions très simples et qu’il ne les lui adresse que dans les termes les plus clairs et les plus connus. C'est ainsi que procèdent les hommes de mérite , et il n’y a réellement que les charlatans qui se complaisent à employer de grands mots et de lourdes phrases. En thèse générale, pour établir un diagnostic exact et rationnel, il faut demander au malade, à ses parents ou aux assistants quelles sont les maladies qu’il a éprouvées; quelles sont les circonstances ou les causes qui ont occasionné ou déterminé ces maladies. Il faut se mettre au courant des divers traitements que le malade a subis et des effets qu’il en a obtenus. Il faut examiner ensuite la tête , le cou , la poitrine, le cœur, les poumons , l’abdomen , l’estomac, le foie , les reins , la vessie , les membres ; il faut demander au malade ce qu’il ressent à ces diverses parties et à quoi il pourrait comparer ce qu’il ressent. Après ce premier et rapide examen , on tâte le pouls, on ausculte la poitrine, on palpe le ventre, on s’assure de l’état des sécrétions et des excrétions; on examine les crachats, les urines, les déjections; on demande si le malade est sujet au rhumatisme, à la goutte, aux hémorrhoïdes. S’agit-il d’une femme, on s’informe de l’état de la menstruation et de tout ce qui s’y rattache. Enfin, on s’adresse encore au malade pour recueillir de lui-même des renseignements sur la nature de son sommeil , de ses songes , de ses craintes, de ses espérances; on le questionne sur la nature de sa sensibilité, sur ses mouvements instinctifs et sur ses appétits dont lui seul peut rendre un compte fidèle ; enfin , on s assure en dernier ressort de l’état de ses fonctions et de ses facultés intellectuelles et morales. Mais, nous l’avons déjà dit, tout cela demande à être fait avec ordre, avec intelligence et méthode, et cette méthode et cet ordre constituent un art assez difficile, l’art d’examiner et d’interroger les malades, dont les règles ont été parfaitement établies par le professeur Chomel.

Quelques médecins ont l'habitude de commencer leur examen en interrogeant anatomiquement, et suivant l’ordre de leur position naturelle, tous les organes contenus dans les trois cavités splanchniques, selon qu’ils appartiennent à la tête, à la poitrine ou à 1 abdomen. Cette méthode est , à notre avis , vicieuse et dangereuse , en ce qu elle force à séparer par la pensée des organes cjui concourent à une même fonction et qu elle empêche de saisir les différents symptômes de manière à les réunir pour former des

tableaux capables de devenir la source d’indications rationnelles. • Nous préférons la méthode du professeur Chornel : elle consiste à étudier physiologiquement les modifications que présente chaque fonction, quelle que soit d’ailleurs la région du corps où se trouvent les organes qui concourent directement ou d’une manière éloignée à son exercice. On examine d’abord les fonctions de relation (animales) ; on passe ensuite à l’examen des fonctions de nutrition (organiques). Les premières embrassent tous les mouvements vitaux qui ont pour objet de nous mettre en rapport avec les objets extérieurs ; les secondes comprennent les mouvements vitaux qui se rattachent aux besoins de la conservation et à la propagation de l’espèce; enfin, on termine par l'examen des fonctions génératrices.

Les fonctions de relation comprennent, l’habitude extérieure, la locomotion, la voix et la parole, les sensations, les affections de l’âme, les fonctions de l’esprit, le sommeil et la veille. Les fonctions assimilatrices comprennent, la respiration, la digestion, la circulation, les sécrétions ; enfin, les fonctions génératrices ont pour objet tout ce qui a rapport à l’excrétion du sperme, pour l'homme ; et tout ce qui a trait à la menstruation, aux lochies, et à la sécrétion du lait pour la femme.

Voici maintenant comment on procède : On jette d’abord sur le malade un coup d’œil [rapide et cependant assez pénétrant pour se former une idée de sa physionomie, de sa constitution, de son embonpoint, de l’atlitudequ’il adans son lit; des mouvements qu’il peut ou qu’il ne peut pas exercer. Ensuite, on le découvre et l’on examine la couleur de sa peau et la fermeté de ses chairs; on tâche aussi d’apprécier l’odeur que la peau exhale. On regarde s il n’existe pas quelque cicatrice, ancienne ou nouvelle, sur le corps, aux bras, aux jambes, ou à la région inguinale. Si le malade est privé de tout ou partie d’un membre, on doit s’assurer de la cause qui a amené cet état. S il accuse une douleur, on le prie d’v porter la main et d’indiquer quelle est la nature de cette douleur, son étendue et son siège; à quoi il pourrait comparer la sensation qu elle lui fait éprouver; on lui demande si cette douleur est passagère, continue, ou périodique; si elle redouble le soir, et surtout la nuit; si la pression l’exaspère, si la chaleur lui convient, si le froid lui est favorable ou contraire; enfin, on examine avec soin la couleur, la température, la forme île la partie souffrante.

Si la tête est le siège du mal, on examine l’état de ses parties

1)E LA MANIÈRE l) EXAMINER LES MALADES.

osseuses et charnues, on regarde s’il n’existe pas quelque tumeur; si c’est le thorax, on examine sa conformation, et 1 on procède à une recherche plus complète, à 1 aide de la percussion et de 1 auscultation ; si c’est l'abdomen, on a recours au plessimètre, et 1 on cherche ensuite à se rendre compte des lésions internes, a laide du toucher, de la mensuration, et des pressionsgraduées ; le doigt, le stylet, la sonde et le spéculum sont employés, suivant les cas, pour explorer les différentes cavités, accessibles à ces moyens d’investigation. On tâche de savoir si les progrès du mal ont été lents ou rapides, avec ou sans exaspération; si les phénomènes ont été les mêmes depuis l’invasion ; s’ils ontcessé momentanément ou s’ils se sont montrés sans interruption ; enfin, s’il enest survenu d’autres. Puis, quand, à l’aide de ces modes divers d’exploration, on est parvenu à constater une affection organique, dans une partie quelconque de l’économie, on étudie successivement tout ce qui se rattache à l’éiat de cette partie, considérée comme un des rouages de la mécanique animale.

Après l’examen de l’état local on passe à l’examen de l’état général; on s’assure successivement de l’état du pouls, de la chaleur, de la sensibilité, et surtout de l’état des forces vitales, et nous le répétons encore, ce diagnostic de 1 état général est bien plus important pour la thérapeutique que le diagnostic de l'état local, car c’est lui, en définitive, qui conduit aux indications majeures, et qui fixe sur la nature du traitement qui consiste, tantôt dans l’emploi des antiphlogistiques, tantôt dans celui des antispasmodiques, des toniques ou des purgatifs, c’est-à-dire dans 1 emploi des médications générales, qui répondent pathologiquement, non pas à telle ou telle affection locale, mais aux quatre états morbides généraux de l’organisme, c’est-à-dire à la pléthore, à 1 atonie, à l’état nerveux, et à l’étal humoral, qui tiennent tous les autres sous leur dépendance.

.En ce qui concerne l’examen du pouls et de la chaleur, nous vous renvoyons aux livres spéciaux des auteurs qui ont écrit sur l art sphygmique ; c’est dans les écrits de Galien, de Solano de Lucques, de Nihel, de Fouquet, et surtout de Bordeu, que vous trouverez tout ce qui a été observé et découvert sur la nature du pouls, et sur les indications majeures qu’il présente, dans 1 état de santé et dans celui de maladie.

On reconnaît l’augmentation des forces, 1° à la coloration vermeille et ardente de la peau, apparente surtout au visage et aux

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endroits où les membranes muqueuses viennent s'épanouir : 2» a la fermeté des chairs, à l’élévation de la chaleur et du pouls, à sa dureté; 3“ à la couleur foncée de l’urine et des matières fécales, qui sont ordinairement plus rares et plus dures. La diminution des forces est caractérisée par l'altération des traits, par leur expression fatiguée, par la pâleur de la peau, et l’abaissement de sa température; par la faiblesse du pouls; par l’abondance et la ténuité des matières excrétées; par l’état de l’urine qui est froide, blanche et décolorée; enfin, par le découragement du malade, sa nonchalance, sa grande impressionnabilité au froid, parles défaillances et les hémorrhagies auxquelles il est sujet. L’abolit ion ou la suspension complète des forces est assez rare et ne saurait durer ; elle a pour symptômes les pertes de connaissances répétées. La perversion des forces est caractérisée par un désordre plus ou moins durable dans le développement et la succession des phénomènes, qui en déterminent ordinairement la mesure et l’état. L’oppression des forces est un état de faiblesse apparente, coïncidant avec une exaltation sourde des forces, occasionnée par leur concentration. Il est assez difficile de reconnaître, au premier abord, si l’on a affaire à l’oppression ou à la diminution des forces, parce que les symptômes sont à peu près les mêmes dans les deux cas. Cependant, on y parvient, en se reportant aux diverses circonstances qui ont précédé la maladie; aux causes qui l’ont déterminée, au traitement qui a été employé, et aux conditions relatives à la constitution et au tempérament du malade. Ce qui éclaire surtout le médecin, en pareille circonstance, c’est le changement que des hémorrhagies spontanées on provoquées apportent à la manière d’être de la maladie, et surtout à l'état du malade. Si ce dernier se trouve plus fort après les avoir éprouvées, qu’il ne l’était auparavant, il n’y a plus de doute, la faiblesse n’était qu’apparente et le malade était, par conséquent, sous l'action de l’oppression des forces ; si, au contraire, les hémorrhagies ont considérablement affaibli le malade, il est notoire qu’on avait affaire à un véritable état de faiblesse, à une diminution des forces, et il est urgent d’y remédier. Quoiqu'il en soit, dans tous les cas difficiles ou douteux, alors surtout que le temps presse à cause de la gravité de la maladie, le médecin ne doit pas craindre de brusquer en quelque sorte l’événement et d’employer qnelque moyen explorateur. Eu effet, comme le chimiste, il peut, lui aussi, avoir recours à ses réactifs, et à l’aide d’une petite saignée, ou d’un peu

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