‹ Traité de la science médicaleChapitre 97 sur 106 · DU PRONOSTIC · texte numérisé non relu

DU PRONOSTIC

il faut noter : le calme de l’esprit et du cœur; le retour aux ide'es douces, à la confiance, à l'espérance, à la sérénité; un sommeil paisible et naturel, ni trop court, ni trop long; la mélancolie de l’expression, ou du moins une altération peu sensible de la physionomie; un peu d’appétit, moins de soif; une bonne voix; des selles de plus en plus régulières ; la respiration libre et profonde; l’envie de se lever, de prendre l’air, de marcher; et enfin, l’état toujours régulier du pouls qui reprend son rhythme et sa force ordinaires. Parmi les principaux signes fâcheux, on compte : le découragement, l’abattement, la perte des forces, ou bien une vigueur extraordinaire succédant tout à coup à une prostration extrême; le marasme, les évacuations continuelles, l’œdème des extrémités, le sommeil léthargique, les syncopes répétées, une soif ardente et continuelle ; le tremblement de la langue; la difficulté d’avaler; le météorisme; le vomissement continuel de matières noires ou pultacées; le hoquet ; le pouls petit, irrégulier, insensible, intermittent et confus; la chaleur mordicanie; les hémorrhagies passives; les urines rares et noires rendues involontairement; les sueurs excessives et froides. M. le^ofesseur Chomel cite comme des signes de mort à peu près certains : 1° le crocidisme qui consiste, selon lui, dans une agitation automatique et continuelle des mains et des doigts, qui tantôt semblent chercher des flocons dans l’air, et tantôt roulent sur eux -mêmes; 2° la carphologie qui résulte du soin que le malade semble prendre d’enlever le duvet des couvertures ou des draps, 3° une faim vorace qui survient brusquement pendant le cours d’une maladie aiguë sans amendement de l’ensemble symptomatique;

la difficulté de la déglutition, lorsqu’elle a lieu pendant le cours de maladies qui n’ont pas leur siège dans les organes qui excitent cette fonction; 5° le bruit que font entendre les boissons lorsqu’elles arrivent dans l’estomac où elles semblent tombent comme dans un corps inerte; 6° le décollement de la peau h l’endroit où les sangsues ont été appliquées.

On peut encore augurer très mal du malade, si le pouls redouble de force; si, chez un adulte, par exemple, il monte au delà de cent cinquante pulsations par minute; si le nombre des respirations s’élève ù cinquante ; si le hoquet survient sans amendement; si les sinapismes et les vésicatoires ne produisent plus leur effet. D autre part, une altération notable de la physionomie au début d’une maladie aiguë annonce presque constant-

l’HIXCII’ES GÉNÉKAtjX JjJi LA StilENCE MÉDICALE.

ment des symptômes ataxiques ou adynamiques, pour le cinquième ou le neuvième jour. Une altération profonde survenant tout à coup pendant le cours de la maladie annonce la mort prochaîne. Il n y a plus de doute sur ce terrible résultat, quand le malade présente les symptômes particuliers à cet état de la physionomie que l’on nomme la/ace hippocratique. Voici les svrnp. tomes tels que le père de la médecine les a décrits : la peau du Iront est dure, tendue et sèche; les tempes sont creuses ; les veux ternes, pulvérents et enfoncés; le nez aigu et effilé; le visage ci eux, tei i eux, retiré et plombé ; les lèvres froides et pendantes ; les oreilles rétractées et froides. Quelquefois les mouvements convulsifs de la face avec trismus, le strabisme, le rire sardonique, et les soubresauts des tendons surcomposent encore cet état. Quand cet ensemble de symptômes se montre, dit Hippocrate, on peut hardiment prédire la mort pour un temps très rapproché, a moins cependant que ces symptômes 11e se soient établis peu à peu, et que le malade n’ait été épuisé par de longues veilles, par un flux de ventre, ou qu il soit resté trop longtemps sans manger.

Il «y a rien d absolu dans la science du pronostic, tout, au contraire, est relatif, et l’on ne doit jamais l'établir sur la simple indication d’un ou deux symptômes, mais sur l’ensemble des symptômes, et d après l’ordre de succession et de coordination qu ils présentent. Car, comme l’a fort bien dit M. Chornel, les signes n ont de valeur réelle que par l’appui réciproque qu’ils se piêtent. Puis, dans toutes les circonstances et sous les conditions même les plus défavorables, il faut toujours se rappeler cet adage plein de consolation : Ubi vita, ibi spes , où la vie existe encore,

1 espérance 11e doit point défaillir. Ces mots dits à propos et avec une foi vive, ont quelquefois, et comme par enchantement ranimé de pauvres malades sur lesquels on 11e fondait plus d’espoir; tant il est vrai qu on ne saurait mesurer l'action mystérieuse du moial sur le physique, et 1 influence puissante de ce magnétisme abondant qui se confond avec la vie, et qui lie les individus par les lois de 1 électricité vitale, comme les astres eux-mémes sont enchaînés dans leurs rapports merveilleux, par cette autre électricité des masses, qui est encore la vie en action.

Pour porter un pronostic régulier, il faut avoir égard à la cou stitution, au tempérament, au genre de vie du malade; à la saison de I année pendant laquelle la maladie a lieu ; au climat dans lequel vit le malade, au régime qu'il a suivi, au traitement qu'il a

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