DU PRONOSTIC
subi. Mais ce qu’on doit surtout prévoir afin de s y opposer à temps, c’est l’augmentation du mal et son extension à des organes jusqu alors restés sains; c est 1 influence des conditions atmosphériques et du traitement sur la maladie; cest le retoui du mal après qu’il a cessé; c’est sa dégénération en altérations organiques plus ou moins redoutables. Ce que le médecin consciencieux et honnête doit toujours éviter de faire, cest d enflei auprès du malade et surtout auprès des parents et des assistants le bulletin officiel des chances défavorables, afin de mettre sa responsabilité à l’abri dans le cas où le malade viendrait à succomber, et de passer pour un guérisseur habile et même pour un sauveur, si malgré tant de prédictions sinistres, faites par un excès de prudence, il parvenait à guérir le malade d une affection taxée d’avance dans la famille et dans le public, d’une incurabilité radicale. On évitera aussi de tuer et de guérir régulièrement sur les journaux de très nobles clients , qui n ont d autres affections que celles qu’ils doivent subir comme tributaires de l’enfance, de la vieillesse et de la vie.
L’art du pronostic olfre de grands avantages au malade et au médecin. En effet, le malade est d’autant mieux traité que le médecin est lui-même plus au courant de tout ce quil doit craindre ou espérer, de la cause morbifique , de l’affection produite par elle, des effets de la nature et des ressources de l’art. Si le médecin prévoit le danger, il déploie tous ses efforts pour le conjurer, ou du moins pour en adoucir les effets et les rendre plus supportables; s’il reconnaît au contraire que la nature va droit son chemin, quelle marche régulièrement malgré les apparences qui trompent la foule, il se renferme dans une sage expectation, et, malgré ce qu'on en peut dire, il ne prescrit aucun traitement, parce qu’il sait qu’en pareil cas tout remède seraiL inutile ou dangereux. D’autre part, le médecin habile dans l’art du diagnostic est le seul qui puisse conserver quelque tranquillité d esprit dans l'exerciffe de la médecine. En effet, son expérience a cet endroit vient rassurer sa confiance et affermir son courage, et sans elle au contraire il vivrait dans une anxiété continuelle, et chaque jour lui jetterait en expiation les plus dangereuses épreuves.
L art du pronostic est celui qui fait le plus d honneui au médecin dans l’esprit des gens du monde, qui bien qu incapables d’apprécier avec connaissance de cause la justesse d un diagnostic
quelconque, peuvent neanmoins reconnaître cl Après leurs jiro* près sens, l’exactitude et souvent la difficulté d'un jugement porté d’avance sur la marche, le danger et la durée des maladies qu’ils ont été à même d’observer, et dont le médecin leur avait annoncé les événements et la fin. C’est ainsi que Galien se couvrit de gloire, lorsqu’il prédit à Eudème le caractère de la fièvre dont il devait être atteint, la nature de la crise qui jugerait cette fièvre, le jour où cette crise aurait lieu et 1 époque de la terminaison complète de la maladie. El comme Zimmermann l’a fait judicieusement observer, ce fut surtout par l’habileté de son pronostic, qu’flippocrate mérita à Athènes le premier honneur après Hercule.
En îésumé, dans les cas douteux en fait de pronostic et de diagnostic, il faut suivre le précepte de Siahl, et rester dans les genéi alités, uianecis in genevatibus : voilà la règle, et tout convie à la suivre, d'abord l’intérêt du malade, puis l’honneur de l'art, et enfin le soin de sa propre réputation. On doit être circonspect dans l’intérêt du malade, parce que trop de préoccupation conduit à l’erreur, et qu’en médecine pratique les erreurs sont déplorables. On doit être circonspect pour l’honneur de l’art, parce qu’on ne saurait trop redouter de publier les faits malheureux qui livrent la médecine aux sarcasmes des gens du monde et à la dérision des mécréants. Enfin, on doit être circonspect dans l’intérêt de sa piopre réputation, attendu que si rien ne concilie plus vite au médecin la confiance de son malade, que la confirmation par l’événement du pronostic qu’il a porté, rien non plus, et par une conséquence légitime, n est plus fatal à sa renommée que les erreurs dans le pronostic qu’il a publiquement établi.
Attachez-vous donc à former votre esprit à l’art du pronostic, vous parviendrez ainsi à inspirer à tous une confiance méritée, et vous vous distinguerez de ces tristes disciples qui n’ont pas même confiance dans leurs propres forces, parce que la médecine n a jamais été entre leurs mains qu’infidèle ou cruelle. Du reste, ils sont plus conséquents qu’ils ne le paraissent au premier abord, car, pour peu qu’on les suive au lit du malade, ou qu’on les entende discuter sur les principes de la science, on reconnaît promptement qu’ils ont bien raison de ne pas ajouter foi au métier qu’ils exercent.