‹ Traité de la seconde dentition :Chapitre 6 sur 9 · II · texte numérisé non relu

II

qu’on dit n’avoir eu qu’une dent, occupant toute la mâchoire (i).

Qu’opposerons-nous à ceux qui nous assurent qu’une des filles de Mithridate avait deux rangées de dents, et qu’il en était de même de Thimachus? Que répondre encore à ceux qui nous dirent que trois rangées armaient les mâchoires d’Hercule , ainsi que celles d’un des enfans de l’anatomiste Colomb? Nous répondrons qu’on verrait encore ces phénomènes se reproduire, si les dentistes n’avaient l’attention de faire à tems l’évulsion des dents temporaires, dont les racines ne se trouvent pas entièrement, ou même du tout absorbées, lors de la sortie de celles de remplacement. Car si l’on n’en agit ainsi , celles-ci viennent tantôt en dedans, tantôt en dehors; ce qui présente réellement un nombre extraordinaire

(i) Ne serait - il pas même possible que le texte des anciens eût été défiguré par les traducteurs? Ainsi Feslus appelle Prussias , 3Ionodous , ri ayant quune dent à la mâchoire supérieure, mais il ne dit pas que cette dent occupait toute cette mâchoire. Nous ne voyous, hélas î aujourd’hui que trop de personnes auxquelles il n’en reste pas davantage. Au reste , le tartre amassé sur les dents par défaut de soin , les réunit par fois tellement , que des gens peu attentifs pourraient bien croire encore qu’elles ne forment qu’un seul et même corps.

de dents solides. Dernièrement j’ai fait observer cette bizarrerie à plusieurs élèves, sur une fille de douze ans, à laquelle j’ai enlevé les quatre incisives temporaires, dont les racines étaient intactes, quoique celles de remplacement fussent poussées en dedans y et non loin d’elles. Au reste, cette double ou triple rangée ne pourrait exister qu’à la partie antérieure de la bouche , pai’ce qu’à cette portion seulement, les dents se renouvellent. Ne devons-nous donc pas être surpris de voir un moderne reproduire sérieusement, au dix-huitième siècle , les contes d’une troisième dentition complette à l’âge de quatre - vingt ou cent ans , ainsi que le rapportent Mutianus , Aristote , Mentzélius , etc.?

Peut-on ne pas sourire de la bonhomie d’un ancien auteur, qui dit avoir vu dans la bouche d’un enfant une dent d’or y plaisante jonglerie dont un médecin n’eût pas dû être la dupe.

Enfin beaucoup de personnes rapportent de prétendus exemples d’enfansou d’adultes, auxquels on a ôté des dents qui déjà avaient été renouvelées, et qui cependant ont été remplacées une deuxième et même une troisième fois.

Toutes ces erreurs ont pris leur source : i°. Dans l’ignorance populaire ; n°. Dans le

ïnanque d'habitude des médecins, qui jusqu’à nos jours , se sont généralement assez peu occupés de la dentition ; mais il est tems de se pénétrer de la fausseté de semblables assertions , afin de ne pas imiter ces propagateurs de contes absurdes , dont la crédulité n’a que trop servi d’excuses aux ignorans qui ont enlevé des dents érosées , faisant espérer à leurs victimes quelles seraient bientôt remplacées par d’autres plus jolies ; mais, au grand chagrin des crédules , et à la honte des opérateurs, elles sont encore à venir, et en les attendant , il faut avoir recours aux dents factices.

Cependant la nature , quelquefois avare , se montre prodigue de tems à autre. Il y a des personnes qui ont des dents surnuméraires. J’ai remarqué à l’hospice un enfant dont la première dentition offroit six dents incisives à la mâchoire inférieure : lors de la mue, elles n’ont été remplacées que par quatre. Dans mes dissections, j’ai encore trouvé plusieurs de ces irrégularités. ( V . Jig. 5o. )

J’ai aussi rencontré des personnes avant cinq incisives adultes, (i) trois canines ou

(i) Je viens d’enlever une de ces doubles dents à un neveu d’un des premiers valets - de - chambre de S. À. R. Monsieur.

cinq bicuspidées , au lieu du nombre ordinaire.

Enfin , la pratique nous offre des dents intercallaires , qui sont de petits avortons places entre les dents incisives centrales ou entre d’autres , mais rarement elles ont la forme appartenante à la série de dents au milieu de laquelle on les rencontre. Le 22 juillet 1818, M. Debray, jeune chirurgien-; dentiste , m’amena un enfant de neuf ans , présentant une moyenne incisive entre les deux centrales supérieures. Avant qu’il l’ôtât, j’en ai levé le modèle en cire , et on peut en voir le dessin à la fîg. 49«

Il y a des dents jumelles , ou à double couronne. J’ai disséqué un très-jeune sujet où j’ai trouvé une incisive de lait , présentant cette particularité.

Les racines de quelques dents sont par fois si intimement enlacées , qu’on a vu deux dents enlevées en voulant faire l’évulsion d’une d’elles. Fox a fait graver une quantité de ces sortes de petits phénomènes.

Enfin on voit une autre singularité. Nous avons eu à l’hospice des Orphelins, un enfant de huit ans , évidemment scoz’butique , qui n’avait, m’a-t-on dit , jamais eu de dents temporaires. Cet enfant ayant été envoyé à la campagne, et y étant mort, je n’ai pu vérifier si

les germes des dents de remplacement exis-< taie nt. Fauchard cite un fait à-peu-près analogue. Au reste , M. Beaumes , dans son excellent traité de la première dentition , rapporte qu’un huissier de sa connaissance , nommé Vaizon, (commune de St. -Gilles), n’a jamais eu aucune dent. V alla rapporte également, que, de son tems, Phérécrates n’avait jamais eu de dents (i). Toutes ces choses, quoique rares, n’ont rien qui choque le bon sens. Ils se sont offerts à des observateurs contemporains. Mais , quant aux fables , laissons aux poètes le plaisir d’en amuser les oisifs , au nombre desquels les médecins ne doivent point se rencontrer.

La masse des faits avérés que j’ai rapportés, doit servir de base au médecin, pour établir une méthode certaine de diriger l’arrangement

(i) Dussai-je être accusé d’une opiniâtre incrédulité, je confesse que j’ai peine à croire au manque congénial et absolu de tous les germes des dents temporaires et adultes , parce que j’ai vu , dans divers hôpitaux où j’ai été attaché, plusieurs enfaus très-jeunes, dont une grande partie tombait à la suite d’une ulcération cancéreuse ou scorbutique des gencives , qui entraînait encore la mortification d’un plus ou moins grand nombre de germes ; d’où je conclus que ceux sur lesquels on a observé une absence totale de dents , pouvaient Lien n'eu avoir été privés que par une cause semblable.

des dents permanentes. En effet, la nature porte tous ses soins pour élargir le cercle alvéolaire ; elle combine divers moyens pour arriver à ce but. Récapitulons - les succinctement : i°. Accroissement en tous sens, des os maxillaires } relatif à celui des autres os du corps : 2°. Porosités très - remarquables des diverses parties des os maxillaires aux endroits où ils doivent plus particulièrement s’agrandir; savoir : antérieurement depuis la ligne médiane , jusqu’à la première molaire temporaire , et postérieurement depuis la deuxième molaire, jusqu’à l’apophyse coronoïde : 3°. Six petites matrices imbriquées, renfermant chacune une dent qui baigne dans un fluide agissant à la manière des coins pour dilater toutes les parties environnantes : 4°* Désimbrication progressive de ces matrices , à mesure que le cercle s’agrandit : 5°. Développement d’un appareil chargé d’absorber tout ce qui peut s’opposer à l’odontocie : 6°. Sortie dés dents d’après un des ordres naturels que j’ai décrits, sauf quelques variétés.

Nous verrons, dans l’article suivant, quel parti nous pouvons tirer de la connaissance de ces divers phénomènes.

Méthode naturelle de diriger l} arrangement des dents adultes.

Puisque la sortie progressive de chaque série de dents est une des lois du créateur , pourquoi tant de dentistes auteurs conseillentils , par esprit de système , de suivre une marche différente ? Pourquoi trouve-t-on tant de surdents chez les enfans de la classe aisée , qui sont ceux dont la dentition est la plus soignée, tandis qu’elles sont si rares chez les indigens , qui n’ont guère recours aux gens de l'art, et qui s’en rapportent entièrement à la bonne nature? (i) Une partie de ces dentitions vicieuses, que nous rencontrons si fréquemment dans la société, ne serait-elle point due au système perturbateur admis par les dentistes ? Ce système n’est - il pas plutôt appuyé sur un

(i) Nous voyons se renouveler continuellement les enfans à l’Hospice des Orphelins , et dans ce grand nombre , il s’en trouve très-peu dont les dents soient mal rangées ; cependant la plupart sont délicats , leurs organes sont affaiblis par la longue privation d’une nourriture suffisante ; ce qui devrait les disposer à une denture irrégulière , en nuisant au développement général.

raisonnement fautif, que sur l’e'tude de l'anatomie, et de la physiologie des dents et des mâchoires ? Ce sont ces questions importantes que je vais tâcher de re'soudre , en jetant un coup-d’ocil sur le système adopté et recommandé par des hommes dont les ouvrages sont très-répandus.

Parmi eux , Fox s’étant très - positivement expliqué à ce sujet, et son opinion étant partagée par beaucoup de praticiens, je rapporterai ce qu’il en dit.

<r L’irrégularité des dents permanentes est )> le plus ordinairement occasionnée par la ré- » sistan.ce qu’opposent les dents temporaires » les plus voisines ; ce qui arrive toujours si les ;) dents temporaires sont petites et rapprochées » les unes des autres : car les dents permaj) nentes incisives étant beaucoup plus larges » que les temporaires , elles requièrent plus de

i) place : mais comme l’espace résultant de la » mue des temporaires est trop étroit pour le » placement régulier des permanentes , celles- » ci sont exposées à Se presser contre les » dents voisines, ce qui les détourne de la

j) bonne direction . » il continue :

« II est bon ici d’observer de quelle ma-

)) nière les os maxillaires croissent. Prenons )> l’inférieur pour exemple, a!în de montrer la

» différence entre les dents temporaires et les T> permanentes ».

« Lorsqu’un enfant a obtenu toutes ses dents » temporaires , les mâchoires croissent en gé- » néral très - peu dans la partie quJelles » occupent, (i) Dans ceux qui font exception ci » cette règle , les dents temporaires s’écartent » de bonne heure les unes des autres , et ceux- » là n’ont pas besoin du secours de l’art ».

Fox, et tous ceux qui pensent comme lui, considèrent donc les dents temporaires comme nuisant à l’arrangement régulier de celles de remplacement, et au lieu de trouver que l'élargissement de la partie antérieure des os maxillaires soit naturel , ils les regardent comme un fait rare : en conséquence, ils en agissent ainsi qu’il suit:

Chez un enfant de six à sept ans , auquel

(i) Il est facile de s’assurer de la fausseté de cette assertion ; prenez un compas , et ayant mesuré la distance d’une conoïde à l’autre sur un adulte , comparez-la sur plusieurs enfans de cinq ans dont le cercle vous semblera très-bien développé : vous trouverez que la même tangente prise sur un adulte , est plus longue de l’épaisseur d’une dent. En effet , par quelle fatalité les os maxillaires, qui ont tant besoin de se prêter à l’arrangement des dents , seraientils privés de la faculté de se développer dans tonte leur étendue , ainsi que tous les autres os ?

une ou deux dents incisives centrales poussent, ils ôtent non-seulement les dents centrales de lait qui doivent être remplacées ; mais encore ils enlèvent les latérales, parce que les dents permanentes qui se présentent, sont un tiers plus larges que celles qu’elles doivent remplacer ; et ils pensent que l’évulsion de quatre dents de lait, est le seul moyen d’obtenir un espace suffisant pour en placer deux adultes.

( y- fi§- 22 et 2 5- ) (i)*

Quatre incisives temporaires ayant été enlevées , pour en placer deux adultes , ils sont forcés de faire l’évulsion des conoïdes , ou canines de lait, lorsque les incisives latérales s’annoncent. ( Voyez fig. 24 et 2Ô. )

Rappelons présentement que, dans le plus grand nombre des cas , ce sont les bieuspidées qui sortent avant les conoïdes (2). ( V. fig . 28. )

(1) Voyez l’Ouvrage de Fox, les Mémoires de la Société Médicale d’émulation , et d’autres auteurs modernes. Voyez également la physiologie des dents où Fauteur a aussi combattu l’erreur que je signale de nouveau ici , quoique je l’eusse déjà fait dans mon Odontologie.

(2) Voyez ma Thèse, en 1806; Fox, en i8i5; mon Odontologie, en 181 5 j l’Anatomie de Marjolin , l’Anatomie et la Physiologie des dents , par M. Serres , en 1817 , etc. etc.

La mue des molaires temporaires s’opère donc, et les bicuspidées arrivent.

Le dentiste qui a suivi cette marche , termine ici les extractions de dents temporaires; cinq de chaque côté de la ligne médiane ont été enlevées , à l’une et à l’autre mâchoire , dans l'intention de faire place à quatre de la deuxième dentition; celles-ci occupent ainsi très à l’aise toute la partie du cercle qu’on leur a livrée ; de sorte que les bicuspidées et les incisives se trouvent presque eu contact.

( V. fig. 29. ) Cependant , de douze à treize ans, la nature gratifie l’enfant des dents c«- rimes oti conoïdes , dont la place a été envahie par celles qui les ont précédées. Où se placeront-elles? Il est facile de le deviner: ce sera en dessus ou en dedans du cercle dentaire : alors elles constitueront ce que l'on appelle des sur-dents , ( même figure ) que la plupart des dentistes trouvent plus expéditif d 'ôter que de ramener dans le rang , ou bien iis enlèvent les premières bicuspidées, pour faciliter ces nouvelles venues.

Beaucoup de jeunes gens dont la dentition a été ainsi conduite , après avoir supporté l’évulsion de vingt dents temporaires encore très - solides , évulsion faite dans l'intention d’arranger celles de deuxième pousse , ont fini

par

par être privés des quatre conoïdes , qui sont les dents les plus fortes , et qu’ils auraient peutêtre conservées toute leur vie, ainsi que l’on a occasion de l’observer dans un grand nombre de vieillards, chez qui elles restent les dernières,; Ceux qui conduisent ainsi la dentition, tombent donc dans l’embarras qu’ils voulaient éviter j car , leür intention était d’empêcher les sur-dents > et elles ont été précisément lé résultat de leurs opérations .

Le savant professeur Desgenettes a dit des gens toujours prêts à donner des drogues t i( Que les médecins sont plus nécessaires aub JourdJhui pour les défendre que pour les » ordonner ».

Il en est de même des dentistes et parens des enfans qui sont toujours disposés à sacrifier les dents temporaires, sous le plus léger prétexte.

Les difformités qui en résultent ne sont point attribuées à cette pratique ; on les met sur le compte du peu de largeur supposé des mâchoires j de sorte que des praticiens , d’ailleurs très^distingués , commettent chaque jour les mêmes fautes , de la meilleure foi du monde.

Quoi qu’il en soit, la nature qui tend toujours à rétablir l’ordre troublé accidentellement , régularise quelquefois la denture des enfans , malgré les défectueuses manoeuvres du deu*

liste ; car les sur-dents n’ont pas , heureusement, toujours lieu, même en suivant le système à! évulsion prématurée des dents temporaires , si la nutrition générale opère l'agrandissement de la mâchoire , et sur-tout si les dents adultes sont de médiocre largeur j ou bien encore si les conoïdes poussent avant les bicuspidées , ( F. Jig. 3o. ) parce qu’alors il y a suite de la sortie des dents, dans l’ordre de leur position. Mais comment le deviner, et doit-on baser une méthode sur des espérances qui peuvent être déçues ?

Il est donc indispensable d'envisager la dentition sous ses différens aspects, afin de n’aider la nature que si elle ne peut seule accomplir ses œuvres. C’est alors seulement que le médecin n’est esclave, ni des systèmes, ni des préventions, ni de la routine , et qu’il ne s’expose point à des chances qu’il ne peut prévoir ; le but où tend le chirui’gien est le placement des dents adultes : mais peut-il l’effectuer par la seule évulsion des temporaires?

La présence de ces dents forme-t-elle l’unique obstacle ? A-t-on suffisamment étudié la diversité des arcs maxillaires dont l’étendue et le développement étant susceptibles de varier accidentellement , présentent réellement la difficulté à surmonter?

Les auteurs de chirurgie dentaire ont » ils Connu l’irabrication constante et naturelle des dents pendant leur formation? Ont-ils vérifié que tant que celles de remplacement sont encore au-dessous des gencives , il n’y a point de contact entr’elles et les temporaires , et que , d’après cela , celles-ci ne peuvent nuire à la sortie des autres, qu’au moment où cë contact dévient possible ? Ont-ils observé l’ingénieux moyen employé par la nature pour détruire les dents dont la présence cesse d’être utile ? Il ne me paraît pas qu’aucuns d’eux aient approfondi ces diverses questions; car ils auraient bientôt senti que leur système était essentiellement vicieux; ils se seraient aperçus que plus on ôte de dents temporaires , plus les mâchoires se rétrécissent, au lieu qu’il faudrait les faciliter et quelquefois même les forcer de s’agrandir. L’examen minutieux des phénomènes variables qui se manifestent lors de la mue des dents temporaires , m’avait d’abord conduit à ces réflexions ; mais ce n’est qu’après avoir recueilli une immense quantité de faits, pendant douze ans, dans divers e'tablissemens publics, renfermant une grande quantité d’enfans des deux sexes, de toutes sortes de classes et de tempéramens , que j’osé attaquer le système admis par des auteürs ?

( iS* )

d’ailleurs s&vanS , mais qui ont erré en éta-* blissant, contre le vœu de la nature et contre toute raison, la nécessité d’opérations répétées > douloureuses > inutiles , et souvent dangereuses .

La méthode naturelle que je Vais exposer, en diffère essentiellement, puisque, d’après elle; tous les soins du chirurgien tende ut uniquement à favoriser l'agrandissement du cercle maxillaire, et que la présence des temporaires est considérée comme étant très-nécessaire, jusqu’à une époque déterminée ( i) j il est d’ailleurs prouvé que quelle que soit la largeur des dents de deuxième pousse , et quand même leur nombre serait plus grand qu'il n’est d’ordinaire, elles auront toujours une tendance à se bien ranger , si l’arc maxillaire s’évase pro-* portionnelleinent, soit naturellement, soit par le secours de l’art. ( V. Jig. 43 et 44- )

Mais il est essentiel de savoir qu'il existe , dans certains individus , des prédispositions qui empêchent ou retardent le développement des os maxillaires ; et qui font que quelle que soit la méthode que l'on suive , on n’aura pas la satisfaction de voir la denture se régulariser; telles peu volumineuses d’ailleurs que soient

(i) Ce sentiment est aussi celui de Gariot, Traité des maladies de la bouche, page 214.

les dents. En conse'quence , le me'decin doit s’assurer, par l’inspection du sujet, si la seconde dentition peut s’exécuter avec aisance , ce qui est présumable quand l’ensemble des faits ci-dessous énumérés se rencontre,.

i°. Lorsqu’un enfant de sept ans environ, chez lequel les dents temporaires s’ébranlent, est d’une bonne constitution; qu’il n’a point eu de maladies graves dans les trois ou quatre premières années de sa vie, et que tous ses membres sont bien développés.

2°. Lorsque les mâchoires affectent une forme plutôt arrondie qu’ elliptique , que les dents primitives présentent un bel arrangement , que le palais ne décrit pas une voûte triangulaire; semblable « la fig. 32 bis , mais offre une concavité applatie et régulière, ( V, fig. 32. ) qu’enfïn la mâchoire inférieure ne dépasse pas la supérieure.

3°. Lorsque les dents temporaires sont plutôt larges qu’étroites, et plutôt écartées que serrées.

4°. Lorsque les dents, si elles étaient primitivement serrées , se séparent depuis quelque tems les unes des autres ; effet qu’on observe , dès l’âge de quatre à cinq ans, signe certain que la mâchoire prend de l’accroissement.

5°. Lorsque cet écartement s’opère avec harmonie , et simultanément , sur les deux

mâchoires j car s’il n’a lieu qu'à l’une seule , pt particulièrement à l’inférieure , on doit craindre que la denture opposée ne soit proéminente.

6°. Lorsqu’entre cinq et six ans, on verra paraître quatre molaires permanentes , dont les dimensions n’auront rien d’extraordinaire j çar, dans le cas contraire , on doit craindre que toutes celles qui viendront ensuite, ne partagent cet excès de volume.

7°. Lorsqu’entre l’àge de sept à huit ans, les incisives temporaires s’ébranlent peu-à-peu, et qu’en portant le doigt dans l’intérieur de la bouche, on ne rencontre point de saillie , parce qu’alors il est présumable que les dents de remplacement se sont enfoncées au - dessous des racines temporaires , et qu’elles en détermineront l’absorption complette. ( V. Jîg. 21.)

8°. Lorsque celles - ci, prêtes à muer, se prouvent poussées en avant, ou soulevées par celles qui doivent les remplacer, et qui se présentent immédiatement au-dessous. ( Voyez Jig. 20 D. )

90. Lorsque toutes les dents temporaires auront été maintenues chacune à leur place, et qu’aucune maladie n’en aura occasionné la çhûte ou l’évulsion prématurée.

io°. Lorsque l’ébranlement et la chûte na-

turelle des temporaires, se font dans l’ordre et aux époques ordinaires de la mue de chaque se'rie de dents chez l’espèce humaine; ordre et e'poques que nous avons signalés précédemment.

Le médecin aura soin d’examiner si les mâchoires de l’enfant n’ont point une disposition à affecter des formes particulières à celles des parens; car souvent, ainsi que je l’ai dit, on trouve dans une famille toute entière une denture décrivant exactement le même arc ; ce qui ne contribue pas pour peu à établir la ressemblance de la physionomie. Il est boa qu’il sache encore distinguer les trois positions ordinaires de l’os maxillaire inférieur, relativement au supérieur.

Ainsi, i°. Lorsque le menton est court, et que la mâchoire supérieure est bien arquée , la série des six dents supérieures passe audevant des six inférieures , à la manière des ciseaux. ( Voyez fig. 54- )

2°. Lorsque le menton est un peu plus alongé, et que les dents sont courtes , les deux dentures tombent à plomb sur l’autre sans se croiser. ( Voyez fig. 55. )

5°. Si le menton est très-long , et que l’os maxillaire supérieur soit peu développé dans son arc antérieur, les six dents inférieures

passent eu avant des supérieures, ainsi qu’il en est pour les dogues et quelques espèces de singes. ( Voyez fig. 36. )

Énfin il y a une espèce de torsion d,e l’une pu de l’autre mâchoire , et quelquefois de foutes les deux, qui fait que les dents temporaires supérieures antérieures recouvrent les inférieures, d’après la meilleure disposition; tandis qu’à commencer de la ligne médiane, les semblables dents de l’autre côté, rentrent en dedans des inferieures ; il est probable , dans ce cas , que si l’on n’y obvie , la même disposition se reproduira pour la seconde dentition. ( Voyez fig. 37. )

Après avoir fait cet examen préliminaire , le médecin tirera son pronostic, et il avertira les parens de ce que la dentition de leur enfant offrira de particulier, afin que les irrégularités qui pourraient subvenir , et qu'il n’est pas en ça puissance d’empêcher, ne lui soient point imputées.

Quoique dans certaines circonstances embarrassantes où il y avait vice de conformation , j’aie cru utile d’apporter quelque modification à la méthode que je vais décrire , je pense qu’on doit rarement s’en écarter.

Supposons ( fig. 22 et 25. ) qu’une dent incisive centrale 3 de deuxième dentition, a

ébranlé fortement la centrale temporaire , ou qu’elle soit venue en arrière , j’ôte seulement celle-ci, quand même sa voisine se serait trouvée ébranlée par l’appareil absorbant de la centrale adulte. Je fais l’évulsion de l’incisive latérale temporaire , lorsque par son arrivée aux bords alvéolaires , la latérale adulte exige , à son tour , la place que celle - là occupe.

( r.fig. 24. )

Les deux nouvelles dents sont toujours plus ou moins obliquement situées , et souvent portées plus ou moins en dedans de la bouche : mais nous avons vu que cette disposition est naturelle dans tous les sujets où l’absorption n’a pas été du même pas que le développement de la dent remplaçante, et l’expérience apprend qu’elles se redressent ordinairement d’elles-mêmes , peu-à-peu et à mesure quq l’enfant grandit.

Le sujet ayant atteint l’âge de dix ans environ , pousse de chaque côté la première bicuspide'e. ( Voyez fig. 28. ) En conséquence, si la petite molaire de lait ne tombe pas d’elle-même , j’en fais l'évulsion ; ce à quoi l’enfant consent avec d’autant moins de répugnance , qu’elle chancelle ordinairement. Bientôt après , la deuxième bicuspidée remplace la deuxième molaire primitive ’f enfin ces dents étant en place , les

eonoïdes de lait, dont je me suis bien gardé de faire le sacrifice , sous aucun prétexte , ne sont ôtées que lorsque les remplaçantes s’annoncent. Alors celles-ci, dont les places ont été soigneusement conservées , s’intercalent entre les incisives et les bicuspidées, à la manière des coins , et elles parviennent avec d’autant plus de facilité dans l’alignement des autres, qu’on sait que ces dernières étant plus étroites que les deux qu’elles ont chassées, peuvent en se tassant, céder un peu de place à la conoïde. ( Voyez

fig- 28. )

S’il arrive que ce soient les canines , qui devancent les bicuspiclées , ( V.fig. 3o. ) je me conduis en conséquence en ôtant celles dont l’ébranlement m’avertit de ce qu’il faut faire (i).

Par la méthode que je viens de décrire , le chirurgien-dentiste n’a eu besoin que d’être, pour la plupart du terns, tranquille observateur de la mue des dents ; puisque souvent les temporaires tombent d’elles-mêmes, et lorsqu’il a cru devoir aider la nature, on voit qu’il n’a ôté qu’une seule dent pour qu'il s’eu plaçât une autre : de sorte qu’en suivant cette marche , il ne s’est point exposé à ébrécher un

(i) Pour éviter des détails ennuyeux , je renvoie à la description des figures.

sujet dont une dent d’ adulte aurait oublié de se développer ; ce qui se rencontre assez fré-? quemment (i). Chaque temporaire a donc été ménagée jusqu’à l’époque de sa chute naturelle.

Ainsi cette méthode est fondée sur le principe que toutes les vingt dents temporaires , devant être remplacées par un pareil nombre d’adultes, chacune d’elles ne forme de véritable obstacle , qu’au moment où celle qui doit Jui succéder commence à se montrer, et au lieu de considérer les voisines comme s’opposant à l’arrangement de celle qui arrive , et cherche à s’intercaler entr’elles; je les regarde comme offrant des points solides contre lesquels cette dent s’appuie , forçant ainsi la mâchoire à s’élargir : mais si ce dernier effet n’a pas lieu, je pense qu’il est bon d’employer une force mécanique afin de l’exciter , sur-tout lorsque l’enfant a été privé de bonne heure de quelques-unes de ses dents temporaires , ou bien même si l’on s’aperçoit que celles de remplacement menacent de conserver l’obliquité vicieuse quelles affectent, étant trop

(i) Je connais plusieurs personnes chez lesquelles les deux incisives latérales ne sont jamais venues , dans ce cas les canines avoisinent quelquefois les grandes incisives , d’autres fois les incisives latérales temporaires persistent. ( Voyez fig. 5a. )

pressées par les voisines dont le tems de la mue n’est pas encore arrivé. Ainsi, dans un assez grand nombre de cas, j’ai obtenu cet évasement à l’aide d’un fil dont j’ai enlacé à la fois les dents temporaires et les adultes, il se gonfle par l’humidité , fait effort sur chacune d’elles, et reporte bientôt à sa place celle qui semblait prendre une mauvaise direction. Ce procédé est simple , et lorsque le dentiste a placé la ligature une ou deux fois en présence d’une personne intelligente , il peut lui en confier le renouvellement. D’autres fois , des petits coins de bois sont employés avec le même succès (i). En général, la traction doit être graduée, de manière à laisser à l’os maxillaire, le tems de céder à l’impulsion.

Il ne faut pas perdre de vue ce principe physiologique, qu’en tirant une dent d'un côté, l’alvéole s’agrandit , et qu’il se développe une petite fluxion, causant une gène supportable, si elle est légère , mais qui dégénère en douleur, si on ne sait pas ménager la sensibilité des parties; ainsi donc, il faut accorder à la nutrition tout le tems qui lui est nécessaire pour opérer l’absorption de l’alvéole du côté

(i)Auzeby, dans un ouvrage rempli d’erreurs, a cependant indiqué ce bon moyen.

èù la dent doit être reportée,* tandis que la paroi opposée se rapprochera insensiblement , et que d’ailleurs l’exhalation fournissant le suc osseux qui en comble le vide , rendra impossible une nouvelle déviation.

Les déviations des dents d’une largeur ordinaire , sont communes chez les enfans faibles , où en général l’absorption des racines temporaires s’opère difficilement, et chez lesquels l’agrandissement du cercle maxillaire est très-4 lent.

Les déviations causées par la largeur excessive des dents non compliquées de vice de conformation des mâchoires , sont également assez fréquentes , et elles exigent diverses opérations, suivant les cas.

Lorsque chaque dent n’est qu’un peu trop large, on doit, avant d’employer la traction par le moyen des fils , passer une lime trèsfine entre plusieurs dents ; par ce moyen on obtiendra en totalité l’espace d’un quart ou d’un tiers de dent , ce qui est ordinairement suffisant: mais faisons le sacrifice d’une dent, plutôt que d’entamer trop fortement les autres, dans les cas où la largeur de ces os paraîtrait extraordinaire , et particulièrement s’il existait ie moindre défaut de conformation des mâchoires. Lorsque le vice est très-manifeste, je

trouve prudent d’ôter les dents hors de rangj et de ne pas tenter de les conduire dans le cercle. Au reste, on ne doit point se hâter de faire ces évulsions , parce que la mâchoire s’élargit quelquefois lorsqu’on l’espère le moins : de sorte que , de plusieurs dents que l’on avait Soupçonnées devoir être ôtées un jour, le sacrifice d’une seule devient suffisant: en temporisant on n’encourt donc qu’une chance favorable. Je n’ai jamais eu qu’à me louer d’en avoir agi ainsi , résistant même aux demandes réitérées des personnes chargées du soin des enfans qui se trouvaient dans ce cas.

Ce n’est, en conséquence, qu’après avoir parfaitement reconnu qu’on ne pourrait dans aucun tems ramener les dents mal rangées, que je lue résous à les enlever, et je ne pratique ordinairement cette opération que vers l’âge de quinze ou seize ans, parce qu’alors seulement l’arc antérieur de la mâchoire n'est plus guère susceptible d'agrandissement.

Dans les autres circonstances où on est contraint , pour régulariser la denture , d'enlever quelque dent, il en est qu'il faut ôter de préférence : ainsi, tous les dentistes s’accordent à extraire une petite incisive centrale ou latérale tout-à-fail hors de rang ; il en est de même d'une conoïde dans le même cas, à moins que

la bicuspidée ne soit malade : mais en general on doit préférer de sacrifier une de celles-ci , pour placer une incisive ou une conoïde, quand on peut espérer de ramener ces dents avec facilité (i).

Lorsque je présume qu’après l’arrangement il doit résulter une petite brèche , du sacrifice indispensable d’une dent, je préfère enlever la deuxième bicuspidée, pour faciliter le placement de la conoïde ; mais alors il faut reculer la première bicuspidée par le moyen d’un fil qui la porte vers la grosse molaire. De cette sorte, l’espace vide se trouvera très -éloigné du devant de la bouche.

L’évulsion d’une première grosse molaire cariée , ne me parait guère susceptible de favoriser l’arrangement d’une conoïde, mais elle est avantageuse pour celui d’une bicuspidée tardive. Tous ces cas demandent de la prudence, et peuvent compromettre la réputation de l’opérateur qui n’aurait pas bien jugé.

Il est cependant deux exceptions à cette espèce de règle générale, elles sont relatives aux cas guivans :

i°. Lorsque les mâchoires d’un enfant, eri-

(i) Voyez le Dentiste de la Jeunesse, par M. Duval.

tore munies des dents de la première denti* tion , présentent le vice que l’on désigne sous le nom de menton de galoche. ( V. jig. 36 et 3j. )

3°. Lorsque le rétrécissement vicieux de la inâchoire supérieure est tel , qu’il n’y a aucune espérance qu’il puisse être corrigé.

Alors j’en agis ainsi : j’enlève aussi-tôt qu’eïleâ Sont poussées, une ou deux petites incisives centrales inférieures de remplacement , cette opération arrête, en quelque sorte , le développement de la mâchoire diacranienne qu’il était à Craindre de laisser passer au-devant de la crânienne; et à mesure qiie les dents Suivantes sortent, je les rapproche de la ligne médiane et les y maintiens avec un fil de soie , jusqu’à ce que celles de la mâchoire supérieure aient franchi en avant. Quoique j'eusse senti tout ce qu’avait de délicat cette opération , et quelle responsabilité pesait sur ma réputation , je l'ai exécutée deux fois, et elle a été couronnée d’un plein succès.

On voit que; dans les deux cas ci-dessùs, je fais le sacrifice précoce de dents nouvellement repoussées , sans attendre que la dentition soit terminée , parce qu’alors le développeraient vicieux de la mâchoire se serait opéré, tandis au contraire qu’il est essentiel de le prévenir,

Il m’est arrivé, plusieurs fois, de ramener* sans sacrifier aucune dent, deux conoïdes qüi étaient entièrement sorties de la ligne circulaire, par suite des mauvaises manœuvres cfu’on. avait suivies , lors du renouvellement de là dentition , et qui avaient suspendu le développement du cercle alvéolaire ; mais avant d’entreprendre ces opérations importantes, je m’étais bien assuré qu’il n’y avait pas vice de Cornformation des mâchoires ; j’avais également observé que les dents n’étaient que d’üne largeur* ordinaire , et qu’enfin le sujet n’avait pas plus de dix-huit ans. Ainsi , quelle que Soit la Cause dfe la déviation des dents, elle est toujours accompagnée du rétrécissement relatif du cercle alvéolaire ; mais est-ce en enlevant les dents de lait , qu’il deviendra plus large? Et s’il eSt bien prouvé que l’on peut déterminer l’agrahdissement de la mâchoire, en y attirant une plus grande nutrition, doit-on hésiter de recourir à ce dernier moyen ?

Sachons donc tirer parti de nos connaissances physiologiques pour donner un contour agréable à la denture ; mais n’oublions pas que les vices de conformation auxquels l’art n’a point opposé à tems ses ressources, doivent souvent être respectés , et que les efforts que nous Çmploirions pour les corriger , pourraient^

en trompant nos espérances, être préjudiciables au. sujet.

Ahl que Vidée du beau et du merveilleux ne nous séduise pas ! a dit, à ce sujet, le judicieux M. Duyal.

Cependant, si le vice de conformation de la mâchoire est peu sensible , et que d’ailleurs les dents soient plutôt étroites que larges, et plutôt écartées que serrées, on pourra, avec espérance de succès, en user comme dans les déviations simples par défaut de développement; c’est ce qui se rencontre plus ordinairement à la mâchoire supérieure, qu’à l’inférieure.

D’après ces observations , par lesquelles il est évidemment démontré que le problème à résoudre, est d’agrandir la mâchoire , dans le cas où la nature ne le fait pas elle-même , on conviendra que le sacrifice des dents temporaires est au moins inutile ; et qu’enfin on ne doit avoir recours au moyen extrême de l'évulsion de quelques dents adultes hors de rang, que lorsqu’on n’a plus d'espoir que l’accroissement effacera ou diminuera les défectuosités, ou qu’enfin des moyens mécaniques sagement employés auront été infructueux. La Jig. 55 présente un exemple de déviation par largeur excessive. Ce sont les dents d'une mâchoire inférieure , qui sont chacune d'un tiers au

moins plus larges que d’ordinaire ; et bien qu’il n’existe pas de vice de conformation des os maxillaires , la denture néanmoins est trèsirrégulière. Le moyen le plus sage de la régulariser1 , serait l’évulsion de quelques dents hors de rang. Mais on verra aussi, en examinant la fig. 43 > que quelle que soit la largeur des dents, elles se rangeront bien, si le cercle maxillaire s’agrandit en proportion. Enfin oit pourra vérifier sur la fig. 44 j qu’on a eu tort d’enlever les conoïdes temporaires pour placer les incisives , puisqu’à la mâchoire supérieure elles se sont très-écartées , et qu’il né reste plus de place pour les conoïdes de remplacement , qui pousseront nécessairement en surdents , ainsi qu’il en est à la mâchoire inférieure sur laquelle on a pratiqué aussi des évulsions prématurées.

Ces dessins sont levés au compas sur des enfans que je puis présenter aux hommes de l’art qui seraient incrédules.

L’irrégularité des dents présente d’autres faits assez bizarres; ainsi l’on voit quelquefois le côté latéral d’une dent être vers les lèvres ; ( V . fig. 48. ) on en remarque encore dont la partie inclinée , ou face linguale, est entièrement tournée du côté des lèvres ; on en voit aussi sortir très-haut sur les gencives , où très-

en arrière dans le palais (i). ( V. fig. 27.

Combien est blâmable la précipitation que mettent quelques dentistes, à faire l’évulsion de certaines dents sorties contre nature, puisqu’en empêchant une difformité , ils en occasionnent une autre;

J’ai vu plusieürs sujets sur lesquels on a ôté des dents repoussées de cette sorte , et qui sont brèche-dents pour toujours. On ne doit en agir ainsi , que si la dent est manifestement une de ces surnuméraires appelées intercalaires. ( Voyez la fig. 49. )

Je ne conseille pas, néanmoins, de les laisser dans la situation où elles se présentent; l’art n’est pas dénué des moyens propres à corriger ces défectuosités.

Lorsqu’une des six dents antérieures est entièrement tournée de devant en arrière , on peut lui faire exécuter un mouvement de rotation sur son axe , en appliquant dessus la couronne une espèce de clez moulé sur la forme exacte de cette dent , préalablement isolée des autres à l'aide d’une lime.

On ne verra pas sans intérêt , cette petite machine que j’ai employée avec succès * toutes les fois qu’un cas de cette nature s’est présenté

(i) Fauchard, Bourdet , Jourdain, Fox, etc. etc.

dans ma pratique. ( V. la fig. 48 qui la repris sente , ainsi que son application. )

Il y a encore des transpositions des germes, ce qui fait qu’on rencontre de tems à autre, une petite incisive à la place d’une grande , ou une canine à la place d’une petite incisive. Fox a fait graver plusieurs de ces abex’rations. M. Miel en a présenté récemment deux exemples à la société médicale d’émulation (i).

J’ai vu, plusieurs fois, deux dents posées l’une au-devant de l’autre, quoiqu’appartenant à la même dentition, dans un cas semblable où je trouvai deux petites incisives qui n’étaient ni l’une ni l’autre dans le cercle , mais dont l’une des deux était surnuméraire , je fus assez embarrassé pour choisir celle dont il convenait de faire le sacrifice, parce que celle qui est la véritable surnuméraire, a ordinairement une racine moins longue que l’autre, tandis au contraire que souvent elle a une jolie couronne.

J’ai encore observé dernièrement une autre bizarrerie: c’étaient les deux conoïdes temporaires qui étaient restées en rang, quoique les conoïdes de remplacement fussent sorties et bien rangées à leur suite ( V. fig. 5o bis. ) ,

(0 Voyez le N°. VIII des Mémoires de cette Société, $oût 1 8 1 7 , et la fig, 5o.

ainsi que les bicuspidées , de sorte que la jeune personne dont la bouche présente cette particularité, a quatre conoïdes très-solides, et sans que l'arcade dentaire en soit défectueuse. On conçoit que j’ai donné le conseil de n'enlever aucune dent.

Je n’essayerai point ici de décrire toutes les différentes machines inventées pour corriger les diverses déviations des dents, j’ai fait graver seulement celles qui sont en usage aujourd'hui , et recommandées par des hommes de mérite.

Fauchard, Bourdet, et même Laforgue, ne conseillent, pour ramener les dents déviées, que l'application de plaques d’os ou de métal , percées de trous dans lesquels on passe des fils de soie. ( V, fig. 45. )

Par la luxation on redresse aussi depuis longtems les dents déviées. Les anciens se servaient de la pince droite ; les modernes lui ont substitué le trètoir , espèce de levier très-puissant : mais cette opération demande de la prudence et de la hardiesse de la part du chirurgien , ainsi que du courage de celle du patient.

On trouve dans l'ouvrage de Fox le dessin d'une plaque , dans laquelle sont des trous placés d’espace en espace , vis-à-vis les séparations des dents, afin de pouvoir y passer des fils de soie.

Aux deux extrémités de cette plaque sont

fixés deux petits tasseaux d’ivoir, de l’épaisseur d’environ une ligne , et de la largeur des dents molaires entre lesquelles elles doivent être placées. ( V. Jig. 45 , a et b.)

La plaque posée en place couvre la face antérieure ou labiale de s dents , qu’on y attache l’une après l’autre.

M. Duval parle d’une plaque en goûtière , qu’on employé depuis une vingtaine d’années: mais il n’en donne ni la description ni le dessin. C’est probablement une espèce de petit dez fait en pente, et qui, placé sur la dent déviée en dehors, est disposé de manière à heurter, à chaque occlusion de la bouche, les dents de rencontre; j’ai vu cette petite mécanique employée par un dentiste ; mais elle a l’inconvénient d’ébranler autant la dent correspondante que celle qui est déviée.

M. Catalan (i) a imaginé un instrument basé sur les mêmes principes , et avec lequel on peut redresser plusieurs dents antérieures inférieures déviées en dehors. Cet instrument, tout ingénieux que je le trouve, ne me paraît d’une application avantageuse, que dans les cas où les dents supérieures sont déviées aussi en

(i) Voyez le Dictionnaire des Sciences Medicales, article Déni.

dedans, et sur - tout lorsqu’il n’y a pas de vice inné de conformation des mâchoires. ( fié- 46 et 46 bis. )

Jamais je ne me sers présentement des divers moyens dont je viens de parler. Les plaques employées sans tasseaux s’enfoncent dans les gencives et tourmentent beaucoup les enfans ; il s’amasse entr’elles et les dents , des parcelles d’alimens qui prennent une mauvaise odeur ; d’ailleurs elles sont très-désagi’éables à la vue. En conséquence, j’use d’un moyen très-simple et qui consiste i°. Dans l’application d’un petit grillage métallique moulé sur la forme de deux dents molaires inférieures d’un seul côté ; ce qui, en empêchant la bouche de clore, suspend le contact des dents. 20. Avec un fil de soie ou de lin, j’enlace les dents de telle sorte, que je parviens, en assez peu de tems, à conduire la dent, ou les dents déviées, dans le cercle dont elles doivent faire partie.

Je calcule l’action du fil , de manière à ce qu’elle agisse exclusivement sur l’endroit où elle est nécessaire ; et si la dent est déviée en dehors , je fais le nœud du fil sur elle , ce qui tend encore à la repousser en dedans. Enfin, je combine les moyens d’empêcher la ligature de monter sous les gencives, et je la renouvelle tous les deux ou trois jours. J’ai très - fréquemment

occasion d’user de ce procédé, et toujours avec un succès constant , même quand plusieurs de ceux dont j’ai parlé ci-dessus, avaient été employés vainement. ( V. fig. 4.7. )

Peut-on, sans inconvénient, limer les dents antérieures lorsqu’elles sont très-rapprochées, afin de leur donner plus de grâce? Voici la demande qu’adressent aux praticiens un grand nombre de personnes.

Cette question peut être considérée sous deux points de vue, X agrément et l’ utilité (1).

Pour l’ agrément , chacun en se faisant une idée de la beauté qu’il rapporte à ses goûts particuliers, il devient impossible de tailler les dents de manière à ce que leurs formes plaisent à tout le monde; car tel les aime courtes , d’autres un peu longues ; celui-ci les préfère serrées, cet autre, écai-tées , etc. Nous ne pouvons disconvenir même que , telle forme de dents convient à la physionomie de telle personne , et qu’elle ne conviendrait pas à telle autre. Enfin, outre les goûts particuliers, il en est de généraux à certaines nations. C’est ainsi qu’aux Indes on les préfère noires , et qu’on les teint pour cet effet avec diverses préparations. Plusieurs peuplades taillent leurs

(1) "Voyez le Dentiste de la Jeunesse, par M. Duval.

dents antérieures en pointes aiguës; d’autres s’en font extraire une , pour prononcer leur langage suivant leur fantaisie, etc.

Quel que soit le goût des Européens pour la nouveauté , le chirurgien - dentiste qui voudrait introduire ces modes bizarres , ne réussirait certainement pas.

En France, comme dans les pays voisins, on est assez d’accord sur l’ensemble de la beauté de la denture. Blancheur, uniformité, sont deux beautés qui ont excité la verve des poètes anciens et modernes (i).

S’il m’était permis d’émettre mon sentiment sur l’agrément de la denture, sans contrarier celui des autres, je dirais que les six dents antérieures de chaque mâchoire étant séparées seulement de l’espace qui convient à l'introduction d’un cure-dent de plume, ont quelque chose de plus gracieux que celles qui sont trèsrapprochées les unes des autres, et qu'il est d’ailleurs plus aisé de les tenir propres.

(i) Martial et beaucoup d’anciens auteurs, et récemment M. Duval dans son opuscule ayant pour titre , Conseils des Poètes anciens sur la conservation des dents • et enfin M. Lemaire, dans son joli petit Ouvrage dédié aux Dames , ont rassemblé une certaine quantité de pièces de vers ou la beauté des dents est célébrée.

Sous le rapport de Futilité , celui où le médecin doit s’arrêter plus particulièrement, les avis sont encore partagés.

Les uns prétendent que les dents séparées naturellement, sont moins susceptibles de se carier, parce que des particules d’alimens ne peuvent pas séjourner et se putréfier dans leurs interstices.

Il n’est rien de moins certain , que ceux qui ont les dents naturellement écartées , soient exempts de les voir se gâter, et si on le présume , c’est que cette sorte de denture est la plus rare; néanmoins, parmi ceux qui en ont une semblable, on en trouve où la carie se fixe également. Ainsi donc, l’isolement des dents n’en est pas un préservatif assuré : mais il offre seulement le moyen de s’en apercevoir plutôt, et personne, jusqu’ici, ne me paraît avoir reconnu la véritable cause de la carie des dents trop serrées , parce que les savans ont tant de fois répété que ces corps étaient inorganiques , et qu’ils n’admettaient aucune circulation dans leur tissu, que les dentistes euxmêmes, tout en ayant des preuves du contraire , n’osaient contrarier leurs maîtres. Il est tems que des expériences positives fassent tomber l’erreur. L’os de la dent est sensible, et même très-sensible : daus un autre tems

j’en rapporterai beaucoup de preuves. Aujourd’hui, je dois me contenter d’en citer une seule. Lorsqu’on a limé une dent de manière à enlever la couche émaillée, si on passe un corps dur sur l’os dénudé, le sujet éprouve une sensation des plus pénibles. Ce phénomène s’observe particulièrement sur les dents qu’on raccourcit; et plus le sujet est jeune, plus le sentiment est pénible. Il est même beaucoup de personnes qui ne peuvent supporter l'ablation de l’extrémité d'une dent. Chez beaucoup de celles sur lesquelles elle a été exécutée , la dent est douloureuse au contact des corps froids, pendant un tems plus ou moins long, et jusqu’à ce que le phosphate calcaire apporté ait formé une cicatrice osseuse,

La nutrition s’opère donc dans les dents comme dans tous nos autres organes, celles qui sont trop serrées se carient dans les points où elle est interceptée par la pression, et où précisément aucunes particules d’alimens ne peuvent s’introduire. La cai'ie commence alors par la mortification de quelques cristaux de l’émail dans lesquels la circulation se trouve empêchée par la compression ; ainsi l'extrémité d'un doigt serré avec une corde, meurt, et la gangrène se développe ; ainsi encore , deux branches d’arbres fortement pressées l’une

ëontre l’autre , s’altèrent et se carient ; mais un de nos doigts ne se putrifiërait pas , en l’entretenant même long-tems dans des matières en décomposition. En conséquence je crois qu’il est bon de séparer les dents serrées, tant pour en faciliter l’arrangement régulier , que pour favoriser la circulation qui se fait dans l’émail; Je pense également qu’il est utile d’enlever les portions anguleuses , qui empêchent certaines dents de se porter dans le cercle. Au reste les opérations de pure précaution , peuvent être retardées jusqu’à l’àge de quinze, seize, ou dix-sept ans, parce qu’à cette époque de la vie , les dents ont acquis un dégré de dureté et d’accroissement suffisant pour qu’elles soient moins sensibles à l’action de l’instrument j et que , d’ailleurs , ainsi que je l’ai dit dans le cours de cet Ouvrage , le cercle maxillaire ayant acquis à-peu-près son étendue antérieure, il n’y a plus d’espérance que ces dents s’alignent sans le secours de l’art.

On n’a conçu de la répugnance pour la séparation artificielle des dents , que par l’opinion où l’on est généralement , que l’émail est nécessaire à leur conservation. Assurément l’auteur de la nature peut avoir eu l’intention de garantir ces os , en leur accordant une couche dure , polie , et peu sensible , qui

empêche les alîmens, le froid, le chaud, etc. * d’agir sur la substance même de la dent : cependant la principale destination de l’émail semble être de rendre plus difficile l’usure des os qui n’en sont que recouverts chez l’homme, mais qui l’admettent dans l’intérieur même de leur substance, chez les animaux destinés à vivre de végétaux très - résistans. Tel est le cheval , l’éléphant, le morse, etc.

Si l’extrémité d’une dent incisive se trouve rompue dans une chute , ou par un caillou rencontré dans des légumes, ou bien encore, si on raccourcit des dents trop longues, etc.; elles ne se carient jamais par suite de ces ablations , a moins que le ganglion n’ait été mis à découvert , ou que la commotion n’ait entraîné des accidens graves.

Dans les espèces de caries, reconnaissant pour cause une lésion extérieure, on est forcé de limer ou de buriner (i) une partie considérable de la dent ; et ce travail , au lieu de lui nuire, garantit ce qui est sain ; donc une portion de l’émail peut être enlevée , sans danger ,

(i) Voyez mon Odontologie , où j’ai proposé ce moyeu qui a de grands avantages sur la lime , en ce qu’on enlève la carie sans faire de brèclies désagréables à la Vue*

et si les dents qui ont été limées se gâtent encore après cette opération , il faut en chercher la cause dans une disposition particulière du sujet; c’est le sentiment de tous les chirurgiens-dentistes les plus distingués de l’Europe.

Plusieurs dentistes réputés ont (i) conseillé d’enlever quelques dents de seconde dentition , pour donner un peu plus d’aisance aux autres ; ce moyen me répugne et ne me paraît pas recommandable. J’estime qu’une bonne dent est un trésor qu’il faut conserver ; car celle qu’il vous plaît d’ôter eût peut-être duré davantage que celle que vous avez conservée , et je ne me résoudrais jamais à ce sacrifice , dans la seule intention de donner de l’aisance à des dents déjà bien rangées ; quelques traits d’une lime fine me semblent donc préférables : mais j’observerai, à ce sujet, queles limes épaisses et larges dites à dentistes , ne sont pas propres à la séparation des dents non cariées , parce qu’on est obligé de commencer l’opération par le bord tranchant de la dent, et que rarement on peut arriver jusqu’au collet sans couper la gencive , alors il reste une espèce de coin qui s’oppose au rapprochement désiré. Je leur substitue donc

(i) Voyez Bourdet , Gariot , page 217, et autres auteurs.

( lèo )

depuis long - tems avec avantage, de petites limes minces et pointues , dites à évider (i) qui me permettent d’exécuter la séparation, en commençant près les gencives pour gagner le bord tranchant de la dent.

Il n’est pas moins avantageux de raccourcir les dents incisives et conoïdes trop longues, et plus d’une personne a dû l’usure, la carie ou l’ébranlement et la cbûte des correspondantes à la longueur contre nature de quelques dents. En effet, supposons celles d’en bas dans ce cas , elles frappent continuellement les supérieures à leur talon , elles les fatiguent et y déterminent un sentiment douloureux qui attire bientôt une phlegmasie du périoste , ou du ganglion central, d’où naissent divers accidens.

J’ai vu quelques personnes dont les dents antérieures inférieures, après avoir chassé en avant les supérieures, enfonçaient leurs tranchans dans la gencive et la faisaient saigner à chaque occlusion de la bouche. Il en est de

(i) Je dois ce moyen à mon père, ancien cliirurgiendentiste de la cour de Suède. Je fais fabriquer mes limes rue Ge’rard-Boquet , N°. 4 ? à Paris , chez Raoul , dont la trempe l’emporte même sur celle des Anglais.

même

même des dents supérieures qui hachent ieS gencives inférieures.

Dans tous ces cas, dont il est sage de prévoir les suites, il faut conseiller de faire raccourcir les dents d’une longueur plus qu’ordinaire. Au reste , je ne puis trop le répéter , il n’arrive point que cette opération nuise aux dents sur lesquelles on la pratique, soit avec la lime, soit avec la pince coupante.

D’après ce que je viens de dire , qui n’est que le fruit de la plus stricte expérience, la lime conduite avec prudence , n’est point pour les dents un instrument dangereux , son emploi est quelquefois inutile, mais jamais il n’occasionne la perte de ces organes.

Si le bel arrangement et la régularité des dents donnent beaucoup de grâce à la physionomie , ils sont encore d’une telle importance pour la santé, qu’on ne saurait trop les favoriser, ou les déterminer. Lorsque la symétrie des deux arcades dentaires a lieu , elles tombent à plomb l’une sur l’autre , et la mastication s’exécute facilement; mais si quelque dent est hors de rang , et qu’elle heurte la correspondante, elle la rend douloureuse, elle l’ébranle, et le souffrant est forcé d’avaler ses alimens avant qu’ils soient suffisamment pénétrés de salive, d’où résultent des digestions laborieuses*

On observe encore que le calcul s'amasse plus aisément sur des dents mal rangées, et qu’il les déchausse ; enfin les gencives comprimées par le trop grand rapprochement de ces organes , s’engorgent et saignent avec facilité. L’enlèvement du tartre guérit momentanément, mais l’évulsion d’une des dents et le redressement des autres , peuvent seulement empêcher la récidive.

Dans tous les cas , on doit faire en sorte de prévenir l’accumulation de cette crasse nuisible et dégoûtante , qu’on voit à regret déparer la bouche de tant de personnes du monde. J'en connais qui croiraient manquer de propreté , si, chaque jour, elles ne nettoyaient les diverses parties de leur corps avec des savons et autres cosmétiques ; mais qui , par une négligence impardonnable , oublient d'accorder les moindres soins à leurs dents, et qui les laissent se couvrir d'un enduit jaunâtre dont les couches superposées finissent par acquérir une épaisseur considérable. Il existe même quelques individus qui tirent vauité de l’insouciance qu'ils affectent pour la conservation de ces précieux organes, et qui, dédaignant nonseulement les secours du chirurgien-dentiste, ne leur accordent pas même les soins que la décence exige : cependant les diamans que

certaines personnes étalent si vaniteusement $ valent-ils une bouche fraîche et bien ornée ; et croient - jelles racheter, par l’éclat de leur toilette, le dégoût qu’inspire une haleine désagréable ?

Pourquoi ce savant, dont l’esprit égale l’instruction , s’exprime-t-il avec tant de difficulté ? C’est que Id carie ou le tartre Font privé de la moitié de ses dents ; celles qui lui restent sont menacées d’une chute prochaine. Il est vrai qu’il ne s’aime pas assez pour les faire nettoyer , et encore moins pour faire remplacer celles qui lui manquent : mais, ne doit-il rien faire pour ses auditeurs que des jets continuels de salive obligent de s’ essuyer le visage à tout instant , ou de se tenir à une distance respectueuse ?

Assurément l’homme qui prend de sa personne des soins trop minutieux, devient pour la société un être insupportable ; cette faiblesse ne peut guère être excusée que chez le sexe aimable dont l’extérieur charme et entraîne le nôtre : mais l’excès en tout est contraire au bon goût. Tout en bannissant une conduite efféminée , nous ne devons pas craindre d’être accusés de coquetterie en entretenant toüs nos organes dans leur état de santé naturel. Si nous

ne voulons rien faire pour plaire , tâchons au moins de ne pas être dégoûtans :

Quid , si prœcipiam , ne fuscet inertia dentes ,

O raque susceptd manè laventur aqud?

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