‹ Traité de la seconde dentition :Chapitre 8 sur 9 · ISI · texte numérisé non relu

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possible de prendre la nature sur le fait, en analysant d’abord l’urine d’un animal qui n’au^ rait encore été soumis à aucune expérience; et de détourner ensuite un des uretères pour en recueillir, qui viendrait du rein seulement, afin d’en faire également l’analyse ? Par le moyen que je propose , on pourrait apprécier les additions que supporte ce liquide en séjournant dans la vessie, et on connaîtrait les qualités des sels terreux qui y sont déposés par la muqueuse de cette cavité , comme il en est de la salive qui , lorsqu’elle arrive des glandes , est limpide et savoneuse, mais qui devient filante, salée et quelquefois acidulé en se mélangeant avec le mucus de la bouche. Ainsi donc , de meme que je crois qu’il est démontré que le tartre est fourni par la muqueuse buccale } je pense que les calculs du rein et de la vessie , ainsi que le sédiment si abondant par lequel certaines maladies sont jugées , proviennent de la muqueuse urinaire. Cette opinion peut donner lieu à des considérations dans lesquelles je ne puis m’étendre dans cet ouvrage.

Par exemple la goutte affecte plus particulièrement les articulations, et y détermine souvent l’inflammation. J’ai disséqué par curiosité plusieurs goutteux récents ; leurs sinoviales n’étaient qu’enflammées. Mais lorsque cette

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pialadie était ancienne , il y avait depot de substance calcaire. Les capillaires de ces membranes ont donc déposé les matières topha^ cées ; celles-ci sont donc l’effet, et non la cause de l’inflammation chronique dont les articulations des goutteux sont le siège.

Enfin la hile ne contient pas d’adipocire , quoiqu’on en trouve dans les calculs de la vésicule : donc la membrane muqueuse sécrète cette matière qui la garantit de l’action irritante du fiel , ainsi que cela a lieu pour l’exhalation du cérumen des oreilles , parties où l'on a encore rencontré des pétrifications. Dans les oiseaux, la matière de la coque des œufs est fournie par une sécrétion particulière de la membrane de l’intestin.

Dans les rumina ns un petit morceau de bois, n’ayant pas été digéré dans l’estomac , et dont le séjour s’est prolongé, soit dans le ventricule, soit dans les intestins, détermine une irritation lente , suivie d’une exhalation salino-terreuse , qui , en s’accumulant et se fixaut à ce corps étranger, donne lieu à la formation des bézoards. Enfin n’est-il pas évident qu’on trouve dans l’estomac des écrevisses , de petites masses calcaires qui sont fournies par la membrane qui tapisse cette cavité ?

C’est le mode de formation de ces sortes de

concrétions chez les animaux qui m’a conduit à ces diverses réflexions touchant celles qu’on rencontre dans les difféi'entes parties du corps humain, et particulièrement dans la vessie. Eu effet, on trouve souvent à leur centre, des corps étrangers introduits accidentellement dans cette cavité par le canal de l’urêtre , or un petit caillou, par exemple, n’a pu changer la nature de l’urine , il n’a pu augmenter la quantité naturelle de l’acide urique, etc.; mais il a irrité la muqueuse urinaire qui s’est enflammée, qui a contracté une affection catarrhale et qui a exhalé des sels tei'reux , hase du calcul enveloppant le corps étranger.

Si on opère le sujet , la maladie se reproduit rarement , parce que la cause n’existant plus , l'irritation de la muqueuse cesse , et que d’ailleurs l’opération change le mode de sensibilité de la vessie ; mais si le catarrhe est passé en habitude , alors il peut y avoir récidive.

Si les reins étaient chargés par la nature , non-seulement de sécréter l’urine , mais encore de séparer du sang les sels terreux qu’on y découvre lorsqu’on fait l’analyse de celle qui vient de la vessie , l’opération de la taille ne serait qu’un moyen momentané d’appaiser les horribles souffrances du malade , et jamais il ne suffirait pour le guérir radicalement j car,

à peine un calcul serait-il extrait, et la plaie cicatrisée, que l’urine déposerait de nouveau de la matière calculaire $ ce qui nécessiterait d’opérer tous les six mois ou tous les ans , pendant toute la vie : ou bien on serait obligé de tenir le malade à un régime sévère et peu nourrissant, auquel peu d’individus consens tiraient à se soumettre, et même qu’ils ne pourraient supporter.

11 me semble donc que toutes les différentes pétrifications qu’on rencontre dans tant de tissus divers de l’économie , reconnaissent un même mode de formation indépendant de toute suspension préalable de terre calcaire dans un fluide , et qui en serait précipitée par une opération chimique : d’après cela je pense que les matières salines contenues dans le sang artériel , pénètrent par suite d’une affection locale chronique, dans les capillaires des divers systèmes , dont les bouches exhalantes les laissent sortir.

Je terminerai ces aperçus par faire observer que l’opinion que j'ai conçue depuis longtems , touchant le mode de formation des (calculs en général, me paraîtrait se rapprocher de celle de Hunter, ce qui peut y donner un certain poids. Ce célèbre chirurgien a même dû faire dans sa patrie , un travail particulier

sur cet objet, mais s’il l’a publié, je n’ai pu encore me le procurer.

Au reste, quoique les idées que je viens d’émettre , aient pris leur source dans l’intime conviction où je suis qu’elles sont vraies en ce qui regarde le tartre buccal, et bien qu’elles diffèrent de celles des physiologistes , d’après lesquelles M. Magendie , en France , et M. Marcet, en Angleterre , viennent de publier de trèsbons Traités; le premier sur la gravelle , et le second sur les calculs vésicaux ; j’observerai néanmoins que les moyens qu’ils indiquent pour prévenir ou guérir les maladies calculaires , seraient également ceux auxquels <on devrait avoir recours pour empêcher la formation du tartre , si l’on n’avait pas l’avantage de pouvoir appliquer sur la membrane muqueuse de la bouche , les remèdes locaux propres à en combattre l’amoncellement. Au reste , fout régime tendant à diminuer la quantité des sels terreux qui entrent dans la composition de nos parties, sera un préservatif des oclontolithles , ainsi que des autres calculs»

Réflexions sur les ciccidens qui se manifestent -pendant le développement de la deuxième Dentition. — Affections locales qu’il est essentiel de distinguer de celles qui résultent d’un vice général. — Asténie des enfans.

L’époque de la deuxième dentition est pour l’homme , comme pour les animaux chez lesquels elle a lieu , le moment ou ils cessent d’être enfans pour devenir adultes.

De même qu’un pilote habile, assis tranquillement près du gouvernail, sait éviter les rochers, le médecin philosophe peut, par une sage manœuvre, faire franchir à l’enfance le passage quelquefois orageux qui la sépare de la virilité.

Quoique la mue des dents soit une opération naturelle, elle est souvent précédée ou accompagnée d’aecidens locaux ou généraux. Presque toujours, la partie de la gencive qui environne la dent qui va muer , est légèrement enflammée, une faible irritation s'y annonce même long-tems avant, et quelquefois encore de petits abcès s’y forment; mais on ne les observe le plus souvent , que si la dent

temporaire s’est cariée. On a aussi, de tems à autre , occasion de remarquer la dissolution maladive de la paroi antérieure de l’alvéole, et la sortie à travers la gencive , de l’extrémité de la racine de la dent temporaire. ( V.fig. 22. ) Au reste, ces petits accidens exercent rarement une influence fâcheuse sur les dents de remplacement, à moins qu’ils n’aient été accompagnés de carie de l’os maxillaire, et occasionnés par quelque maladie générale.

Enfin ils se manifestent plus particulièrement à certaines époques de la vie ; ainsi l’ossification des bicuspîdées , commençant entre trois et cinq ans, on obserye que les enfans de cet âge sont sujets à des mal-aises que l’on ne peut attribuer qu’à cette cause. Ils sentent dans les mâchoires un prurit obtus qui les rend hargneux quoiqu’ils n’éprouvent pas précisément de douleur fixe. Il arrive , même fréquemment , que les molaires , dites de lait , se carient, que leur périoste s’enflamme, et qu’il s’établit sur la gencive de petites fluxions suivies de fistules d’ailleurs peu inquiétantes. Il paraît donc que le développement de la dent de remplacement qui s’opère entre les racines de la temporaire , donne lieu à ces phlegmasies. Si les enfans sont amenés dans cet état chez le chirurgien-dentiste , celui-ci ne doit négliger

aucun moyen de les soulager, sans en vente à l’évuîsion. En conséquence , il fera saigner la gencive avec la pointe d'une lancette, il conseillera de la frotter avec quelque résolutif calmant, afin d’éviter de faire une évulsion d’autant plus douloureuse, que les molaires temporaires ont, à quatre ou cinq ans, des racines très-fortes ; ( V oyez fig. 20 bis. ) Les pareils ne sauraient donc trop se pénétre^ du service qu’ils rendent à leurs enfans , lorsqu’ils leur font visiter la bouche dès l’àge le plus tendre , parce qu’il est essentiel dç soigner les dents dites de lait , de manière à empêcher, s’il se peut, la douleur de s’y manifester. On a tort de penser que l’enfant peut en être privé , sous le prétexte que , devant tomber un jour , il est indifférent qu’il les perde plus tôt ou plus tard. L'enfant auquel on ôte les dents de bonne heure , mâche difficilement, et les organes digestifs en souffrent. Il faut donc employer tous les moyens possibles pour les lui conserver jusqu’à l’époque où elles doivent être remplacées. Mais il arrive trop souvent que, faute d’y avoir fait attention, la carie de ces dents détex’mine 1 irritation du périoste , puis celle de la gencive ; ce qui oblige d’en venir prématurément à l'opération, afin d’empêcher la formation d’abcès considé-

râbles > ou qu’une fistule ne s’établisse sur quelque pai’tie de la face. Dans ces cas importait , la carie de la mâchoire , et la mortification du germe d’une ou de plusieurs dents , sont à «craindre; il serait donc imprudent de temporiser: l’évulsion de la molaire de lait qui cause le mal , est indispensable. Lorsqu’elle est faite , on trouve les racines de cette dent environnées d’un périoste épais , fongueux , et exhalant du pus , dont il était très-urgent de tarir la source. D’après ces remarques, on voit que, quoiqu’il faille ménager les dents temporaires autant qu’il est possible, il y aurait de l’impéritie à ne pas en savoir faire le sacrifice, lorsque leur présence peut entraîner des accidens dont la gravité l’emporte sur la perte d’une ou même de plusieurs. Mais si l’on fait cette évulsion dans un âge tendre, on peut offenser, ou même enlever le germe de la bicuspidée , ce qui privera l’enfant d’une dent adulte. îl est sur-tout possible que cet accident ait lieu en ôtant une molaire temporaire supérieure , parce que ses racines, au nombre de trois, sont souvent trèsrecourbées et convergent les unes vers les autres. ( f oyez fig. 20 bis. )

Parmi les exemples que j’ai recueillis d’enfans dont quelques dents bicuspidées ne se sont pas renouvelées j parce que l’évulsion des molaires

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temporaires avait été faite dans un âge tendre , je choisirai ceux qui se rencontrent dans l’hospice des Orphelins, attendu qu’ils sont vus nonseulement par moi , mais encore parce que je les ai fait observer aux élèves qui suivent ma visite.

Augustine Brunet, âgée de onze ans, d'une bonne constitution, eut les quatre molaires temporaires de la mâchoire inférieure, attaquées de caries ; un chirurgien en fit l’évulsion , la jeune fille n’ayant encore que quatre ans. Une de ces molaires a été remplacée , il y a six mois, par une bicuspidée, mais le bord alvéolaire où devraient venir les autres, est trèsaminci et anguleux; ce qui me fait présumer qu’il n’y a pas d’espérance que les autres dents de cette série ornent jamais la bouche de celte enfant.

A cet exemple pris dans un établissement public, j’en pourrais joindre plusieurs autres puisés dans ma pratique journalière ; car, après avoir été obligé par des considérations importantes, de famé l’évulsion prématurée de quelques dents molaires de lait, j’ai deux fois trouvé entre leurs racines, le germe de la dent sous-jacente. Cependant lorsqu'il n’est point enlevé, et que l'accroissement de la dent con-

tinue, quoique la lésion du canal osseux que nous avons appelé Iter dentis , et la déchirure de l’appendice de la matrice ayent eu lieu, la cicatrisation de la mâchoire peut opposer par la suite un grand obstacle à la sortie de la bicuspidée, et l’appendice, sur lequel se prononce l’appareil absorbant , ayant été dilacéré , ou même anéanti, la destruction de cette cicatrice ne se fera que très-difficilement et pourra même ne pas s’effectuer. On sent qu’il en résultera des accidens graves, qui ne pourront cesser que lorsqu’on aura pratiqué la perforation artificielle de la cicatrice osseuse ; car , de cette opération peut dépendre la vie du malade. Jourdain en donne deux exemples. Il en rapporte encore plusieurs , d’enfans qui sont morts à la suite de symptômes nerveux provenus de Y odontocie des bicuspidées , devenue impossible par une cicatrice osseuse ; (i) il y ajoute la judicieuse réflexion que beaucoup de ces petits êtres sont victimes d* affections semblables non reconnues.

En général, j’ai observé que l’évulsion intempestive d’une dent temporaire , retardait l’odontocie de celle qui doit la remplacer. Ainsi une petite demoiselle , âgée de cinq ans.

fi) Essai de la formation des dents, pag. 5o.

a laquelle on avoit ôté, je ne sais pourquoi, i°. une incisive centrale; 2". les deux incisives latérales ; 3°. les quatre premières molaires , n’a encore aucune de ces dents revenues, quoiqu’elle ait neuf ans > que la mue des incisives d’en bas se soit bien exécutée, et que celles-ci soient remplacées , ainsi que la dent grande incisive supérieure qui lui avait été laissée. Quant aux bicuspidées , le bord des gencives étant très-aminci, il se pourrait quelle en fût privée pour toujours. Si l’opérateur qui a fait tout ce ravage en eût connu les conséquences , assurément les parens de cette pauvre enfant n’en seraient pas réduits aux regrets (1).

Je viens de voir une jeune demoiselle de dix-sept ans, ayant de très - belles et fortes dents , à laquelle un chirurgien-dentiste anglais enleva , lorsqu’elle n’avait encore que cinq ans

(1) Malheur à ceux qui tombent sous la main téméraire des dentistes qui n’ont point fait d’études anatomiques. Arracher des dents et en mettre, voilà eu quoi ils font consister leur métier. Un de ceux-là étant allé un jour dans une pension de jeunes demoiselles, ôta tant de dents temporaires, en disant qu'il en pousserait d’autres , et jugeait qu’il fallait encore tant en ôter , que la maîtresse épouvantée trouva à propos de faire cesser ce petit carnage.

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et demi , deux dents centrales incisives temporaires de ia mâchoire inférieure, sous le prétexte de faciliter la sortie d’une centrale de remplacement ; mais celle qui devrait remplacer une des dents qui a été si prématurément ôtée, ne paraît pas devoir jamais se montrer; car la gencive est comprimée, et il existera toute la vie line brèche très - désagréable. Il est probable qu’en enlevant la dent temporaire, on aura offensé celle de remplacement ou déchiré les membranes qui l’enveloppent, ce qui l’a fait avorter.

Ce serait dépasser de beaucoup les limites que je me suis prescrites, et entrer dans les détails d’une foule de maladies, que de traiter ici de celles qui se manifestent pendant le cours de la formation et de la sortie des organes dont nous nous occupons. Je dois cependant faire quelques remarques sur les affections auxquelles les enfans sont plus sujets, pendant les dix ou douze premières années de leur vie , et qui , par conséquent, ont quelque liaison avec ia dentition. Quoique les mâchoires soient alors le centre d’un travail très -actif, qui semble fixer vers la tète une plus grande quantité de fluides, je suis loin de présumer que le développement de la deuxième dentition puisse seul déterminer cet afflux ; mais comme

il peut l’augmenter, il est bon de ne pas perdre de vue que dans ces momens , les congestions sanguines sont plus fréquentes dans differentes parties du cerveau; que les hémorragies nasales, sur-tout, sont très - ordinaires ; que le ptialisme muqueux , et quelquefois sanguinolent, s’observe chez les enfans faibles; que les engorgemens des glandes, particulièrement de celles du col , ainsi que de celles qui avoisinent les mâchoires , sont très-ordinaires. Ces engorgemens ont des caractères particuliers, qui les distinguent de ceux qui sont de la nature des écrouelles. Chaleur et douleur sont le partage des premiers ; indolence et presque insensibilité sont l’apanage des seconds.

Les maladies des yeux, des oreilles, les éruptions croûteuses du cuir chevelu , les petites dartres farineuses de la face sont autant d’affections qui se manifestent pendant Yodontophie , et qui disparaissent souvent aussi-tôt qu’elle est terminée.

Pendant les deux premiers septénaires de la vie , le travail de la dentition complique donc fréquemment les maladies, et d’autres fois, il en est compliqué. Aux époques du développement des dents , et à celles de la mue , il est souvent très - avantageux de détourner par quelques mbyens, soit internes, soit externes,

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l’irritation dont la bouche est le siège, et qui se manifeste par le gonflement et l’exhalation sanguinolente ou muqueuse des gencives, que les parens et même quelques médecins prennent à tort pour des affections scorbutiques. Enfin certains enfans ont des migraines, des anorexies, qui ne tiennent qu’à un agacement nerveux de l’intérieur des mâchoires. Les dents se chargent alors plus aisément de tartre, la mastication se fait mal , en raison de l’ébranlement des dents temporaires , et chez plusieurs l’estomac digère avec difficulté. Il est nécessaire d’enlever le tartre , parce qu’il augmente l’irritation des gencives ; d’ailleurs cette petite opération les dégorge du sang superflu.

Il faut, en conséquence, bannir ce scrupule adopté sans raison : qu’on ne doit pas toucher aux dents des enfans , avant qu’ils n’aient quatorze ou quinze ans. Les opérations d’agrément peuvent seulement être retardées jusqu’à cet âge; mais il faut user des remèdes quand, leur emploi est nécessaire , et ne pas permettre à la carie de détruire une partie des dents, avant que le moment soit arrivé où la routine ne s’oppose plus à ce qu’on emploie les moyens de Y arrêter ; car alors on peut répéter ce vie/l adage : <c Après la mort du malade j le recours au médecin . »

La collection d’observations que je possède sur le sujet dont je m’occupe ici, m’a dèmontrè que les accidens qui dépendent spécialement de Yodontocie (i), se développent plus particulièrement à l'instant où la couronne de la dent est prête à franchir l’orifice extérieur de l’appendice du sac ou matrice dentaire. Pour la première dentition , il parait que la pellicule épidermoide qui ferme l’ouverture gencivale, se rompt difficilement chez quelques petits enfans ; et que dans la deuxième odontocie, le séjour prolongé d’une dent temporaire, dont la racine n’a pas été suffisamment dévorée à l'époque de la mue, forme un obstacle mécanique. Enfin il semble naître des accidens de ce que l’absorption de la partie de la gencive qui couvre les molaires de l’une et l’autre dentition , ne s’est pas effectuée dans un teius donné (2).

Le 10 juin i8i5, étant appelé près d’un enfant âgé de cinq ans et demi , qui avait été attaqué tout-à-coup de convulsions, sans cause connue , j’appris que depuis quelques jours, il avait éprouvé un saiguement de nez.

( j) Ceci est applicable à la première dentition comme » la deuxième.

<2) Voyez l’Ouvrage de Gariot, sur les maladies de la Louclie.

et qu’il se plaignait , quoique faiblement, de douleurs dans les gencives. J’examinai la bouche , et j’aperçus une première molaire permanente d’en bas prête à sortir. Je débridai immédiatement la gencive; au bout d’une demiheure, tous les symptômes convulsifs cessèrent; le lendemain les pointes de cette dent étaient visibles. Quatorze jours après, les mêmes accidens se manifestèrent de nouveau ; les bains qui avaient été vainement employés la première fois, ne réussirent pas mieux celle-ci. Ayant été réclamé une seconde fois , et présumant que la permanente de l’autre côté, dont un tubercule semblait prêt à se montrer , pouvait causer les maux de l’enfant ; je fis la section de la gencive, ainsi que j’en avais agi pour sa parallèle. Les’ accidens ayant cessé, ne se sont plus renouvelés (i).

(i) Quoiqu’il n’entre pas dans mon plan de m’occuper en ce moment de la première dentition , je ne dois pas laisser échapper l’occasion de communiquer une remarque dont les praticiens peuvent tirer de grands avantages. Ainsi que je viens de le dire , les accidens dépendant exclusivement de Vodontocie, se manifestent pendant l’espace de tems que la dent emploie à traverser l’épaisseur des gencives , ils ont d’autant plus d’intensité , que la dent est plus près de V ouverture buccale du col de la matrice dentaire , fermée par l’épiderme de la membrane ma*

La seconde oclontocie difficile, peut encore y donner lieu lorsqu’elle s’opère avec trop

queuse : de sorte qu’il est probable que la dilatation forcée de ce canal , et l’opposition de l’épiderme qui refuse de se diviser , pour livrer passage à la dent, donnent lieu à des symptômes fâcheux. La compression du tronc nerveux dentaire ne me paraît pas néanmoins pouvoir en être le résultat , parce que les parois de l’alvéole sont ossifiées à l’époque de l’odontocie : mais l’irritation du ganglion , dont une partie n’est pas encore osseuse à cette époque , peut avoir lieu , et on sait que des titillemens répétés sur des parties même moins sensibles que la pulpe dentaire , détermine souvent des accidens graves. Ainsi la présence des vers dans les intestins , le chatouillement sur certains endroits de la peau , occasionnent des convulsions.

Nous avons vu , le i5 janvier dernier, à l’hospice des Orphelins , un enfant de deux ans , peu fort , mais an» nonçant une bonne disposition à croître. Quoique deux dents incisives seulement fussent sorties à chaque mâchoires , les quatre premières molaires s’annoncèrent à la fois: alors, prurit des gencives , diarrhée, insomnie, convulsions ; pendant une seule nuit V odontocie de ces quatre molaires se fit j dès-lors rémission de tous les accidens : on le croyait sauvé. Peu de jours après , V odontocie des cuspides renouvela les symptômes , mais l’enfant affaibli antérieurement par quinze jours de souffrances , y succomba,

Lorsque les premiers accidens importans se manifestent à la sortie des dents , on ne doit donc point temporiser j le débridement de l'ouverture du col de la

de rapidité; c’est-à-dire, lorsque plusieurs dents sortent à la fois.

J’en pourrais citer quelques exemples; je me bornerai à un seul, pris dans la pratique du savant docteur GalL

Mademoiselle P. ***, nièce d’un de nos

matrice doit être exactement fait ; mais comme elle ne s’aperçoit pas sur les gencives , il est indisj^ensable d’acquérir, par la dissection , une idée précise de sa position , afin de ne pas faire d’incisions douloureuses et inutiles. Cette petite opération peut sauver l’enfant , lorsqu’elle est bien exécutée ; et dans le cas contraire elle aggrave le mal , en faisant naître l’inflammation.

J’ai pratiqué , un certain nombre de fois , cette division , et toujours avec avantage. Si tous ceux qui ont usé de ce moyen , n’en ont pas obtenu le succès qu’ils en espéraient , c’est que V appendice ne leur étant pas connu , ils n’avaient pas débridé le canal , et que l’obstacle n’avait pas cessé d’exister. La connaissance du mécanisme de 1 ’odontocie , est donc très-importante.

Enfin , les dents de lait , encore enfermées dans la mâchoire , sont ainsi que je l’ai déjà observé , placées obliquement , de sorte que , pour débrider le sac , il faut suivre la direction du bord tranchant de la dent à laquelle on veut donner issue , sans quoi , bien que l’instrument ait touché cette dent , l'opération est imparfaite. Dans le cours que je fais chaque année aux élèves des hôpitaux , je leur indique positivement , sur le sujet , l’endroit où il faut faire la petite incision , et la direction qu’il faut lui donner , suivant l’espèce de dent à laquelle il est urgent de livrer passage.

ministres, étant âgée de huit ans, d’une cons-, titution sanguine et très-nerveuse , se plaignait de quelques dents molaires de lait, dont les couronnes étaient presqu’entièrement détruites. Les souffrances n’étaient pas suffisantes pour déterminer l’enfant à faire ôter ces dents. Bientôt un peu de toux, la pupile dilatée, l’irritabilité exaltée , l'insomnie firent avoir recours au médecin qui ordonna des caïmans , et s’attendait à combattre les accidens subséquens. Cependant, continuation des mêmes symptômes , sans qu’il fut possible de reconnaître une maladie caractérisée. Il survint plusieurs redoublemens fébriles par jour, puis le délire nocturne.

Pendant la rémission, plaintes de douleurs dans les dents.

M. Gall fit alors l’inspection de la bouche : en ayant reconnu le mauvais état , et apercevant le sommet de plusieurs dents adultes , qui s’engageaient entre les débris des temporaires, il conseilla qu’on m’appelât. Il me parut évident que la seconde oclontocie en s’opérant avec trop de promptitude, déterminait les accidens; en effet, une grande incisive droite, les deux moyennes incisives , et quati’e bicuspidées , présentaient leurs couronnes à l'ouverture des appendices des matrices dentaires. L’absorption

des racines des temporaires n’avait pas eu , en quelque sorte, le tems d’être faite, et plusieurs de ces dents étaient poussées en avant , par celles qui venaient en arrière. Les gencives qui les environnaient, étaient rouges et sensibles.

Je fis l’évulsion de deux des dents qui me parurent former le plus d’obstacles. Dès ce même jour, cessation delà lièvre, de sorte qu’on ne jugea plus nécessaire de tourmenter l’enfant , qui d’ailleurs avait mis beaucoup d’opposition à nos désirs.

Quatre jours après , renaissance des accidens primitifs: nouvelle visite de ma part; évulsion des deux molaires temporaires, qui me semblèrent s’opposer à la sortie des bicuspidées ; alors diminution de tous les symptômes , et peu de jours après , convalescence parfaite. Cette intéressante observation peut guider en pareille occurrence , et prouve combien Y oclontocie influe sur la santé de quelques enfans.

Mais les adultes eux -mêmes ne sont pas exempts des accidens qui résultent de la sortie des dents : celles dites de sagesse eu causent de très-graves, et que beaucoup d’auteurs ont mentionnés. On voit des abcès , des engorgemens, des glandes et des gencives, des gonflemens des parties qui composent les joues ,

des phlegmasies de la muqueuse buccale, des fistules, des resserremeus de mâchoires, des névralgies qui n’ont cédé que lorsqu’on a eu fait l’évulsion de ces dents. L’opération est , dans ces cas , une des plus difficiles de la chirurgie. On est donc trop heureux lorsque le simple débridement des gencives suffit.

Il existe une maladie assez rare dans la classe aisée, et qui est très -commune dans celle des indigens. Elle se manifeste particulièrement vers l’époque de la mue des dents. Sei’ait - elle de nature cancéreuse ? Elle s’observe sur des enfans qui paraissent sains , aussi bien que sur ceux qui ont des scrophules, ou des affections scorbutiques.

Serait-ce une maladie particulière , encore inconnue ? M. Dnval a déjà signalé cette disposition ; j’ai souvent l’occasion d'observer parmi la grande quantité d’enfans qui se renouvellent sans cesse à l'hospice des Orphelins, les singulières complications de cette affection, qui sont modifiées suivant le degré de force, le sexe et l’idiosyncrasie des sujets. Chez les uns, les lèvres et les gencives sont d’un beau rose animé; chez d’autres, les lèvres sont rosées, quoique les gencives soient pâles; ou bien les unes et les autres sont rougeâtres , et très-gonfléés. Quelquefois encore les gencives

sont pâles et les lèvres foncées ; d’ailleurs aucun symptôme de scrophules ou de scorbut; souvent même l’enfant est robuste et paraît se bien porter.

Il commence par éprouver une chaleur et un prurit incommode aux gencives , elles s’ulcèrent autour du collet des dents temporaires ; celles - ci se déchaussent , s’ébranlent un peu. Si les accidens persistent, le mal se propage ; une douleur brûlante se fait sentir dans quelques endroits de la membrane buccale qui tapisse les joues ; des ulcérations, d’une plus ou moins grande dimension, s’y forment. A ces maux se joignent chez quelquesuns , le gonflement douloureux des glandes qui entourent la mâchoire inférieure, l’entier déchaussement, et la chute des dents temporaires non cariées,, et dont les racines sont souvent environnées d’un tartre jaunâtre et muqueux. J’ai même vu des portions d’alvéoles s’exfolier, puis la guérison s’opérer presque naturellement. Enfin chez quelques-uns il se manifeste des signes d’affection scorbutique; alors on observe des taches violettes à la peau. Quelles qu’aient été la gravité et la durée des lésions locales , j’ai remarqué que si les enfans atteignent leur septième ou huitième année , leurs dents de remplacement ne sont point en-

dommagées parla cause qui a fait perdre les primitives; elles sont seulementmal rangées, à cause du manque de développement des os maxillaires, ce qui annonce que pendant la maladie l’ossification générale s’est opérée avec indolence.

Des engelures d’un mauvais caractère sont encore l’apanage de ceux-ci, leur peau est terreuse , ou blafarde , et il en est dont les chairs sont molles, l’œil morne, l’habitude du corps langoureuse, et enfin qui ont des eugorgemens réellement scrophuleux. Ayant cru reconnaître dans ces cas que la faiblesse générale dépend de celle des organes digestifs dans lesquels l’absorption se fait mal, d’où résultent divers dégrés d’altération dans les propriétés vivifiantes des liquides , j’emploie avec succès les amers et les toniques en poudre, tels que le kina , la petite centaurée, etc.

Pour le traitement local des gencives, je coxiseille l’usage de collutoires acidulés ou dans lesquels je fais dissoudre quelques grains de sulfate de zinc. Si ces moyens ne suffisent pas , je fais cautéi’iser chaque jour les ulcérations avec le nitrate d'argeut fondu. Beaucoup guérissent par ces remèdes simples ; mais j’ai été par fois obligé d’avoir recours au cautère actuel, dont j’ai tiré de plus grands avantages. Cependant plusieurs dans lesquels la

maladie e'tait plus invétérée, ont succombé après avoir éprouvé les accidens suivans : Gonflement général de toute la membrane buccale, ulcérée d’un côté seulement, prostration des forces, pouls petit, rougeur de la joue affectée , avidité pour les alimens, soif dévorante ; puis , au bout de trois à quatre jours , tache gangréneuse ( ressemblant au charbon ) , soit au-dessous de la pommette , soit auprès des lèvres ; agrandissement rapide de cette tache , qui d’abord livide , devient noire le même jour, et qui, parvenue à la largeur d’une pièce de 5 francs , se fend dans le centre , forme un ulcère icoreux , dont les bords blafards se roulent sur eux-mêmes, ainsi que des chairs que l’on soumet à l’action d’un feu très-vif. Tout un côté de la face est bientôt dévoré ; les os sont à- découvert , ainsi que les racines des dents, qui cependant ne se carient pas , mais qui tombent d’elles-mèmes ; une fièvre hétique consume ces malheureux êtres pour lesquels la mort devient un bienfait trop tardif. J’ai vu se passer sous mes yeux cette triste scène , chez deux enfans, dont l’un était âgé de huit ans , et l’autre , qui était une fille * en avait six. La mort les frappa du quinze au vingtième jour après l’invasion des premiers accidens marquants, malgré tous les moyens

rationnels, tels que les toniques, et l'application des caustiques. A ces traits, qui ne reconnaîtra une affection cancéreuse invétérée , avec toute son horrible suite. Cette maladie a été si bien décrite par M. Baron , qu’on ne peut que mettre à profit ses réflexions, et tenter les moyens qu’il conseille d'employer dans des cas semblables (i).

En général, le sexe féminin est plus sujet aux affections de cette nature, que les garçons. Il en est du moins ainsi à l’hospice des Orphelins.

La dissection que j’ai faite de plusieurs enfans atteints de cette maladie à divers degrés* m’a toujours offert les os singulièrement mous. Ceux des mâchoires sur-tout, se coupent trèsaisément avec le scapel. Le phosphate calcaire y est par conséquent en très-petite quantité, mais leurs dents paraissaient n’en être pas moins dures; en pressant sur l'extrémité tranchante de celles qui sont sorties, on les sent fléchir et rentrer en quelque sorte dans les mâchoires. Quelques auteurs m’ont paru rapporter ces espèces de maladies au genre sci'Gphules ; mais par des raisons que je me trouve forcé de détailler, je ne crois pas que cette

(i) Voyez le Bulletin de l'Ecole de Médecine de Ps. is , i S i G , page 1 56.

opinion puisse être adoptée , parce que le siégé de celle-ci est primitivement dans les lymphatiques , d’où elle peut se propager à divers systèmes, tandis que le genre d’affection dont je viens de suivre le développement, a le- sien dans les organes de la nutrition, et dans les fluides qui leur sont apportés. D’ailleurs, dans les commencemens de la maladie , la plupart n’ont aucuns engorgemens qu’on puisse raisonnablement regarder comme de nature scro* pbuleuse, mais ils peuvent survenir à mesure qu’elle fait des progrès et porte le trouble dans toutes les sécrétions.

Cette mauvaise disposition que je suis souvent à portée d’observer dans l’hospice auquel je suis attaché , est quelquefois innée dans les enfans, d’autres fois ils l’acquièrent parce qu’ils ont éprouvé les plus grandes privations de nourriture. Dans le premier cas, ils sont mélancoliques , et végètent long-tems sans se plaindre d’aucun mal ; leurs deux dentitions sont très-tardives, les os de la mâchoire , ainsi que tout l’individu, ne se développent qu’avec une excessive lenteur , la membrane de la bouche et les lèvres sont pâles , la salive très-muqueuse , ces enfans sont maigres , et leurs chairs sont molles ; ce qui me fait adopter le mot d ' asténie , pour désigner cet état , car il peint le manque

de force qui existe dans tous les systèmes de ces petits êtres dont la nutrition se fait avec une peine extrême , sans qu’il soit possible d’en attribuer la cause à une lésion distincte de quelques organes considérés isolément.

Il parait donc exister ici un défaut de vitalité dans tous les appareils , ce qui fait que l’enfant dépérit chaque jour , les fonctions naturelles se remplissant avec une sorte de nonchalance. 11 n'a point d’appétit , il est souvent constipé , d’autres fois il a la diarrhée, mais il n’a point de fièvre, il est craintif , et nerveux, et a l’air chagrin; enfin, il inspire un sentiment de compassion. 11 semblerait que l’hématose ne peut se faire; car, dans ces sujets, le sang est pi'esque décoloré et très - séreux. Doit - on , d’après cela , trouver étonnant que les exhalans organisateurs des os , n’y trouvant presque point de terre calcaire , leur fournissent une matière sans consistance, acidulé , et plutôt destructive que réparatrice.

L’exercice au grand air , le vin généreux , quelquefois même un peu de liqueur alcoolique , une nourriture peu abondante , mais prise parmi les viandes succulentes , font partie du régime qu’il est indispensable de faire suivre dans ces cas. Il faut bannir le lait et les alimeus acides ou aqueux. J’ai constamment employé , - avec

avec succès, pour animer leur vitalité, les jus des plantes crucifères , V oxicle noir de fer , la petite centaurée , la gentiane et le kinci en poudres , mais à ce dernier médicament, je crois utile d 'unir l’opium, qui en diminue l’action sur les organes digestifs.

Je bannis l’usage des tisannes , qui en général fatiguent l’estomac ; les purgatifs et les exutoires ne sont également employés qu’avec beaucoup de circonspection , et seulement lorsqu’il existe quelques raisons de déplacer une irritation portée sur quelqu’organe intérieur.

Je crois avoir dit plus haut que , pendant le cours de Yodontophie , beaucoup d’eufatis éprouvaient des engorgemens des ganglions lymphatiques qui environnent les mâchoires, et même de ceux du cou. Comme ils sont de deux sortes, il est essentiel de savoir distinguer ceux qui sont le résultat d’une irritation sympathique, de ceux qui sont réellement scrophuleux : il est à remarquer qu’il est une seule époque à laquelle il soit possible de les reconnaître ; cette époque est celle où la cause déterminante agit: car, si l’engorgement s’est prolongé , et qu’il soit passé à l’état chronique, on ne peut arriver à leur étiologie , qu’en re-

montant au moment de l’invasion , et aux symptômes qui se sont manifestés alors.

Les engorgemens des ganglions par irritation sympathique , s’annoncent toujours par un sentiment doulour’eux , non-seulement dans l’endroit qu’ils occupent, mais encore qui s’étend assez loin aux environs. Ce sont les lymphatiques qui entourent les glandes salivaires qui commencent à se gonfler, et non les salivaires elles mêmes , comme on le dit communément, ces dernières pouvant néanmoins être affectées consécutivement. Si l’irritation se communique aux lymphatiques du cou , alors le malade éprouve un sentiment de gêne le long de leur trajet , et qui produit ce que l’on appelle torticolis. 11 y a même rougeur de la peau ; cependant tous ces symptômes diminuent peuà-peu, et l’engorgement se dissipe ordinairement sans beaucoup de peine. Mais chez les sujets où la réaction fibrillaire n’a pas lieu suffisamment et dans un tems donné , l’inflammation disparait, et l’engorgement passe à l’état chronique. C’est alors qu'il est facile de le confondre avec celui qui est de nature scrophuleuse ; d’autant plus que les médecins ne sont consultés, la plupart du tems, que lorsque les gonflemens dont il est question , sont arrivés au point d’avoir la même indolence.

Les antiphlogistiques et les adoueissans doivent être employés contre ceux-ci, qui, au reste , disparaissent très - souvent d’euxmêmes peu de tems après s’être manifestés.

Cependant, s’ils arrivent à l’état chronique, on ne peut guères en obtenir la résolution que par des médicamens capables de réveiller l’énergie vitale qui semble engourdie dans ces ganglions. Ainsi les frictions locales avec de la laine brute, le calomélas pris à petites doses ( par exemple quatre grains chaque jour , pendant quelques semaines), réussissent dans beaucoup de cas.

J’ai dû signaler ici ce genre d’affection n’ayant rien de commun avec celui qui constitue les écrouelles , se manifestant également sur un certain nombre d’enfans , pendant le développement de leurs dents secondaires.

Placé , par la nature de mes fonctions , dans une position avantageuse pour observer et traiter des engorgemens scrophuleux qui accompagnent souvent la dentition secondaire , je saisirai l’occasion qui se présente aujourd’hui, d’exposer mes réflexions sur ce sujet. Cet ouvrage étant d’ailleurs destiné à ceux qui s’occupent de médecine dentaire, j’espère qu’on ne les trouvera point hors de propos, puisque l’on ne saurait trop rassembler de signes qui

puissent les faire reconnaître , attendu que le traitement qui leur convient , diffère entièrement de celui qu’il faut employer dans le cas précèdent.

On a appelé scrophules , des engorgemens du système absorbant, sans manifestation de signes inflammatoires. On les a attribuées à une foule de causes , essentiellement différentes, au nombre desquelles la dentition n’a pas été oubliée.

Ensuite on a avancé qu’elles donnaient lieu à une grande quantité de maladies qui n’ont souvent que très -peu d'analogie avec elles: de sorte que, d’après quelques auteurs, les scrophules seraient de véritables Profilées.

Si on ne considère les engorgemens dont il est question, que dans un hôpital, par conséquent sur des individus où cette affection a influé sur la vitalité de divers systèmes, on est véi’itablement enclin a penser avec M. Lepeltier, que cJest une disposition particulière à tous les solides organiques. Mais celui qui est placé dans un hospice où les enfans ne sont admis qu’autant qu’ils ne sont point dans un état de maladie très-avancée, est à portée de suivre le développement des scrophules et de trouver que leur étiologie et leur séméiologie sont encore loin d’être parfaites.

Voici quelles sont les observations qui m’ont conduit à ces remarques. Elles sont recueillies aux Orphelins , et peuvent être vérifiées par les hommes de l’art. Sur un assez grand nombre d’enfans attaqués d’engorgemens indolens des ganglions lymphatiques, des environs des mâchoires et du cou, il en est dont les constitutions sont très-variées : les uns ont des lèvres fraîches, des gencives vermeilles, des dents courtes, bien rangées, d’un émail solide; ils ont un caractère jovial : leur peau est belle et ferme , leurs membres bien développés , etc.

D’autres présentent une peau brune, les lèvres foncées , l’œil terne , et le caractère concentré ; d’autres ont tous les signes que les auteurs ont accordés aux constitutions qu’ils appellent scrophuleuses; peau étiolée, gonfler ment des lèvres , œdématié de la figure et de quelques parties du coi’ps , caractère indolent , etc; Enfin il s’en rencontre dans tous les tempéramens intermédiaires; et, ce qui est remarquable dans toutes les classes de la société, quoiqu’il soit vrai de dire que les scrophules sont plus fréquentes dans les classes pauvres, et dans les pays très-humides , que partout ailleurs.

Ces aperçus offrent de profonds sujets de méditation , pour comparer sans prévention les diverses explications que de grands mé-

decins ont données du mécanisme de la formation des scrophules.

Sauvages , Cullen et un grand nombre de savans praticiens de nos jours, tels que MM. Baumes (i) , Hêbreard (2) , Pinel ( 5)j Salmacles (4), en ont traité comme d’un vice particulier , susceptible de se porter sur différens tissus. M. Lepeltier (5) , donnant encore plus d’extension à leurs idées, semble admettre qu’une foule de maladies sont de nature scrophuleuse.

M. Broussais (6), beaucoup plus circonspect, croit que c'est une maladie purement accidentelle , et qui consiste dans une espèce de phlegmasie propre aux vaisseaux et aux glandes du système absorbant ; d'où résulte une lésion de leurs fonctions, non par faiblesse, ainsi que ses prédécesseurs l’ont dit, mais au contraire par sur-excitation.

Lorsque tant d’hommes célèbres ont argumenté sur un point de pathologie aussi délicat, il semblera probablement assez étrange

(1) Mémoire qui a remporté le prix de la Société de Médecine.

(2) Essai sur les tumeurs scrophuleuses ) 1803.

(5) Nosographie philosophique.

(4) Maladie de la lymphe.

(5) Traité complet des maladies scrophuleuses, 1818.

(6) Examen de la Doctrine Médicale, p. 141 à 147-

( ai5 )

que j’ose donner aussi mon sentiment. Je le ferai, néanmoins, dans l’intérêt de mes élèves, et désirant, si je me trompe, qu’une sage critique vienne dissiper mon erreur.

L’opinion la plus ancienne , et qui paraît la mieux fondée , est celle-ci , que les scrophules y dans leur état de simplicité , ont leur siège dans le système absorbant. Mais les absorbans sont de trois ordres. Le ier. appartient à Y assimilation immédiate , le 2e. à la décomposition des solides , le 3e. à Y assimilation médiate. Cependant il paraît que la nature les a liés par des rapports tellement intimes , que les physiologistes n’ont pas cru devoir en faire des systèmes séparés, quoique les fonctions de chaque espèce soient bien différentes.

Ceux qui servent à Y assimilation immédiate ont leurs bouches ouvertes dans le canal digestif. Ils se nomment chylifères. Ils se rendent dans un ordre de ganglions appelés mésentériques, destinés à travailler le produit de la digestion.

Ceux qui servent à la décomposition , sont situés dans l’épaisseur même de nos solides , quelle que soit leur mollesse ou leur dureté.

Les troisièmes ont des bouches placées sur toutes les superficies et dans toutes les cavités. Ils se rendent dans des ganglions répandus dans

toutes les parties du corps, où ce qu'ils ont recueilli supporte des changemens qui le rend susceptible de rentrer dans le torrent de la circulation, sans y causer de désordre. Les intestins eux-mêmes ont donc deux espèces d’absoi’bans , ceux qui servent à l’assimilation, et ceux qui entrent dans leur propre substance, comme organes soumis à la loi de décomposition. L’intégrité des premiers est essentielle, afin que par eux le sang puisse recevoir son grand moyen de réparation : aussi leurs lésions même légères entraînent la prompte altération de ce fluide, d’où résulte une nutrition vicieuse des solides , et de - la leur faiblesse.

Les affections des autres n’entraînent pas des effets aussi rapidement funestes , parce que , si les fluides qu’ils charient sont viciés par des substances qu’ils ont pompées sur les surfaces, les principes délétères en sont atténués dans le long espace qu’ils ont à parcourir avant de se mêler au chyle , et que les bonnes qualités de celui-ci neutralise, ou même étouffe les autres dans les cas ordinaires. La sensibilité organique des vaisseaux absorbans chylifères, sera troublée , si l’on introduit dans le tube alimentaire , des substances que la nature 11’a point destinées à servir à notre alimentation. D’abord, les bouches absorbantes répugneront de s’en

saisir : peu-à-peu cependant, elles s'habitueront à leur présence, elles finiront même par s’en emparer; elles les introduiront dans les vaisseaux blancs, qui les porteront aux ganglions mésantériques : mais, arrivées là, et devant y séjourner plus ou moins de tems pour subir l’élaboration indispensable afin qu’elles soient versées dans le chyle , ces substances nuisibles épi’ouveront nécessairement une nouvelle opposition de la part de ces ganglions qui refuseront, en quelque sorte, de les élaborer. De-là, irritation et gonflement de ces organes, qui, si les mêmes causes agissent pendant un certain tems, deviennent malades, et perdent l’aptitude à remplir leurs fonctions. Tel est, je crois , le mécanisme du développement de l’affection mésantérique , ou carreau des enfans.

Le même me semble avoir lieu dans la formation des scrophules sous-cutanés, et des organes profonds admettant de nombreux ganglions lymphatiques ; mais il y a cette différence que la cause efficiente , au lieu de léser les organes de la digestion, agit sur les absorbans extérieurs du corps. L'impulsion a donc lieu , tant dans les vaisseaux chylifères, que dans les lymphatiques proprement dites, de la circonférence vers le centre circulatoire, et leurs maladies proviendront: i°. Ceux du

canal intestinal par les ingesta y 20. Ceux des surfaces extérieures par les cippliccita. Ce système de vaisseaux n’exécute point la nutrition : ce sont les exhalans qui sont chargés de cette importante fonction, ce que Bichat a si clairement démontré dans son Anatomie générale (i). Or les exhalans sont la terminaison du système artériel; ainsi donc, s'il est bien reconnu que les scrophules ont leur siège dans les absorbans, on ne peut dire que les scrophules sont un vice de la nutrition; je ne crois pas pouvoir offrir de preuves plus certaines de ce que j’établis, que les remarques que j’ai déjà faites plus haut : qu’on rencontre des scrophules sous-cutanées dans les meilleures constitutions.

Mais si la cause scrophulatrice agit par le moyen des ingesta : le sang sera rapidement apauvri, et en effet, c’est ce qui s'observe sur les sujets qui ont des engorgemens mésantériques.

Au résumé , une faiblesse constitutionnelle de la contractilité des vaisseaux et ganglions mésantériques , ou bien , l’usage d’alimens capables de troubler leur sensibilité organique , causera leur engorgement.

(1) On lira avec intérêt l’article lymphatiques du Dict. des Sciences Médicales, qui a été traité de main de maîtres , par MM. Adelon et Chaussier.

Le séjour dans les lieux prives d’air et de la bienfaisante lumière du soleil, et tout ce qui empêche ou suspend la transpiration insensible, feront refluer cette humeur excrémentielle dans les lymphatiques.

L’absorption de matières hétérogènes, telles que la crasse terreuse qui s’amasse sur la peau , des gens du peuple qui ne se lavent point, ou qui conservent trop long-tems du linge sale , donnera lieu aux scrophules extérieures, puis graduellement à celles des organes plus profondément situés, en raison des nombreuses anastomoses des vaisseaux absorbans.

Si cette explication paraît exacte, et basée sur la physiologie , on conviendra que beaucoup d’auteurs se trompent en attribuant à un vice scrophuleux des maladies entièrement opposées , par exemple , l’osteo-malacie et la formation des tubercules calcaires, qui me semblent résulter de deux affections bien distinctes des exhalans nutritifs.

Nous devons donc chercher les raisons des scrophules , ou des engorgemens mésentériques, i°. Dans la disposition idiopcttique née ou acquise des absorbans , chez certains individus. 2°. Dans l’application de la cause productrice qui se rencontrera , soit dans les i fige s ta , soit dans les applicata .

En effet, tous les habilans d’une contrée où les engorgemens de ce genre sont endémiques , n’en sont pas affectés , et tous ceux qui sont soumis à Faction des causes, ne les contractent pas. En conséquence , les deux circonstances ci-dessus , sont indispensables pour que l'affection strurneuse se développe dans un sujet.

Appelons l’expérience à notre secours, et voyons ce qui se passe autour de nous.

De plusieurs enfans nés et élevés par des parens qui ont eu, ou n’ont pas eu de scrophuîes, un seul en est attaqué , cependant le régime est le même pour toute la petite famille, il y a donc chez celui-ci seulement une circonstance de tempérament qui l’y a disposé.

D’un autre côté , j’ai connu un père et une mère ayant eu des scropbuîes, ainsi que sept enfans sur neuf qu’ils avaient ayant changé de pays, et cessé d’habiter la Hollande, où cette maladie est fréquente , ils sont venus dans le midi de la France, apportant deux enfans en bas-àge. Ceux-ci élevés sous un ciel serein, n’ont point d'écrouelles.

Ces deux exemples , que je pourrais appuyer de divers autres tirés de ma pratique, me font présumer que la matière de la transpiration

insensible (i) condensée sur le corps, par le froid, même au travers des habits, et repompée par les bouches absorbantes , détermine les engorgemens des ganglions, non-seulement chez les enfans , mais encore chez tous les adultes dont la peau délicate est très-perspirable , quel que soit d’ailleurs le régime de vivre : mais ils sont nécessairement moins fréquens dans ceux qui opposent aux causes débilitantes dont ils sont continuellement environnés, un régime tonique , une vie active et au soleil , au moyen descruels les organes conservent la faculté de repousser ce qui nuit à l’économie : cependant s’il y a continuité dans l’application de la cause, les absorba ns seront lésés dans une grande étendue de leurs ramifications. Bientôt les exhalans participeront à leur état de souffrance, et l’économie de la nutrition en sera dérangée : car, telle est la fragilité des êtres organisés, que lorsqu’un système est troublé dans ses opérations, tous ceux qui ont des rapports avec lui, éprouvent bientôt des dérangemens dans les leurs. La bonne nutrition ne me paraît donc empêchée que consécutivement lorsqu’il existe des engorgemens des chylifères ou lymphatiques.

(i) L’homme perd , par ce moyen, beaucoup de sels terreux, de i’eau, des matières acides et alkalines.

L’attention des physiologistes ne saurait trop être fixée sur les lésions du système exhalant , ne serait-il pas possible que toutes les soi-disant dégénérescences tuberculeuses osseuses, qu’ou rencontre dans tous les tissus de l’économie , ne soient que le produit de l’exhalation ? On peut suivre de point en point la formation de quelques-unes de ces concrétions, en les étudiant sur celles que l’on rencontre sous la langue , et qu’on appelle grenouillette . D’abord, un petit sac se développe, il s’y accumule un mucus assez limpide qui n’étant point en contact avec l’air atmosphéi’ique , ne peut se dessécher; cependant, peu-a-peu'ce mucus se trouve remplacé par une masse calcaire très-dure. Comment s’opère ce phénomène ? Rien ne me paraît plus simple. Tandis que d’une part, les fournissent ; lesabsorbans emportent.

Le mucus éprouve les changemens d’une liqueur dont on évapore la partie la plus fluide ; l’épaississement a lieu, un meliceris se forme donc; puis un athérome. Enfin celui-ci devient une véritable pétrification, d’autrefois cependant l’exhalation calcaire a lieu immédiatement , ainsi qu’il en est pour la formation du tartre et de certaines pierres trouvées dans d’autres parties. Dans ces cas les exhalans jouent le principal rôle, et les absorbans le secondaire.

Qui peut assurer qu’il n’eu est pas ainsi dans la formation des tubercules? ainsi une irritation quelconque détermine l’engorgement d’un ganglion lymphatique , la sensibilité des exhalans qui entrent dans la composition de ce ganglion , se trouve mise en jeu , ils fournissent plus que d’usage , ils épaississent les parois des vaisseaux , ou bien ils charient une matière qui leur était étrangère ; de-là tous les désordres qui sont la suite de l’exhalation , soit d’un véritable pus , soit d’une matière plus compacte.

Rétablissez la sensibilité organique de ces vaisseaux , ils ne fourniront plus de matière morbifique , et les absorbans interstitiels rétablissent les dimensions primitives de l’organe. Car telle est leur énei'gie , qu’ils dessèchent les matières molles , ou dévorent les corps les plus durs pour rétablir l’ordre.

Ces diverses considérations me portent à penser qu’il n’y a point de vice scrophuleux , et que des parens attaqués de cette affection, ne la transmettent point nécessairement à leurs enfans ; néanmoins , comme il est bien prouvé que ceux-ci sont disposés à contracter des maladies analogues à celles de leurs parens, je crois que s'ils sont placés sous l’empire des causes capables de les faire éclore, elles se

développeront avec plus de facilité que chez d’autres : mais, si ou les y soustrait, ils en seront préservés.

Les mêmes considérations me conduisent à conclure qu’elles ne sont pas le résultat d’un vice de la nutrition , quoiqu’elles puissent influer consécutivement sur elle.

Enfin, je crois qu’il serait essentiel de 11e pas laisser dans le même ordre, les maladies des ganglions chylifères , et celles des lymphatiques, le ramollissement des os et les dépôts froids des articulations , etc.

Il est une autre idiosynci’asie qui me semble être improprement attribuée à une affection scorbutique. On la rencontre aussi bien dans les enfans appartenais à la classe aisée de la société , que dans ceux qui , privés des premières nécessités de la vie , végètent douloureusement au milieu des besoins. Chez ces enfans, les gencives sont gonflées, elles saignent facilement ; les lèvres sont rouges et épaisses, le nez et les joues deviennent marbrés au moindre froid ; il leur survient des engelures dans divers endroits ; cependant ces sujets n’ont aucune tendance au scorbut, et 011 ne peut l'attribuer à une altération des qualités des fluides : leur sang, au lieu d'être séreux, est plutôt trop chargé de parties rouges :

il est épais et n’a aucune ressemblance avec celui qui est le résultat des affections scorbutiques réelles, où il existe, adynamie de tous les systèmes , liquidité du sang , ainsi qu’une diminution manifeste de ses propriétés vivifiantes ; car , quoique les expériences chymiques faites sur le sang des scorbutiques , n’aient pu démontrer en quoi il était différent de celui de l’homme en santé, cependant il n’en est pas moins avéré que dans cette maladie , les propriétés de ce fluide subissent des altérations notables ; ce qui ne démontre que trop l’insuffisance des instrumens des arts pour nous aider dans nos recherches sur le piûncipe de la vie , et prouve la nécessité dans laquelle sont les médecins de s’éloigner de tous les systèmes exclusifs ; car , au lieu d’en élaguer seulement ce qui est mauvais, on les culbute entièrement, et on perd ce qui en est bon. C’est ce qui est arrivé à ceux des humoristes , des solidistes , des Browniens, etc.

J’ai remarqué que plusieurs jeunes gens nés avec la constitution dont j’ai parlé plus haut, ayant été obligés d’aller à l’armée , soit dans le midi , soit dans le nord de l’Europe ; après avoir supporté toutes sortes de fatigues, ont enfin été faits prisonniers de guerre : dès-lors, déposés dans des prisons ou transportés sur

les pontons anglais , entourés de malheureux qui périssaient par les ravages qu’exercent dans ces lieux impurs, les maladies scorbutiques; soumis au même régime de vie que leurs compagnons d’infortune , ils n’ont cependant point été atteints de scorbut. Rendus à leurs familles par les bienfaits de la paix , ils ont continué à se bien porter.

Je connais d’autres personnes qui , avec une semblable disposition des gencives , ont un esprit ardent , actif , et n’éprouvent d’autres accidens qu'une abondance prodigieuse de tartre , qui cause l'ébranlement successif des dents et en détermine la chute ; mais aussi-tôt qu’elles sont tombées , les gencives se raffermissent , et l’engorgement se porte sur celles qui restent, jusqu'à ce que les mâchoires en soient entièrement dégarnies ; alors l’affection disparaît.

D’après ces exemples , il est certain qu'on abuse du mot affection scorbutique ; car l’homme sur lequel elle existerait réellement, serait sans doute celui chez qui cette affreuse maladie se développerait avec plus de facilité; mais puisqu’il n’en est point ainsi, cet engorgement des gencives ne peut être considéré que comme étant de nature simplement variqueuse et propre à certains individus très-sanguins.

Àu reste , il se remarque sur des sujets d’une sensibilité nerveuse, assez différente ; je l’ai observé sur des enfans et des adultes vifs, et sur des sujets indolens.

En conséquence, c’est à tort que M. Laforgue, auquel d’ailleurs la chirurgie dentaire doit un bon Traité, a avancé que tous ceux qui présentent une semblable disposition , sont entachés de vice scorbutique à divers degrés. ( V. sa Buccamancie. ) Il semble avoir confondu les individus dont le sang est abondant et très-rouge , et dont le système capillaire en est très-distendu constitutionnellement avec ceux où ce fluide a perdu une partie de ses qualités. Je crois seulement, avec beaucoup de médecins, que le sang n’est point le même chez les individus de constitutions différentes ; qu’il diffère en couleur et en consistance, et que si la partie rouge s’y trouve en abondance , elle pénètre dans les capillaires des gencives et des lèvi'es ; mais je ne pense pas que cet effet ne puisse être que le résultat d’une disposition scorbutique.

Je suis loin de nier cependant l’existence des affections de cette nature ; j’ai même l’occasion d’en observer quelques - unes sur les orphelins : mais alors aux signes constans que l’on remarque à la bouche, s’en joignent de

plus certains. L’enfant est paresseux, les joues sont constamment pourprées , la figure pleine, et comme bouffie , les chairs molles , les membres partageant cette disposition , le sang y stagne au moindre froid, ces sujets sont peu irritables. La diarrhée sanguinolente, ainsi que des hémorragies passives , les exposent sans cesse à périr. On voit sur leurs extrémités des plaques bleuâtres que le moindre froissement entame , et où naissent des ulcères très-difficiles à guérir; enfin si l’on abandonne ces maladies à elles-mêmes, le scorbut se déclare, et conduit ces malheureux êtres au tombeau.

Ces enfans, qu’on ne rencontre guère que parmi les pauvres, ont été élevés avec des alimens de la plus mauvaise qualité; tels que des salaisons , des légumes , et des racines indigestes. Beaucoup périssent avant la terminaison de la dentition. C’est donc faute d'avoir bien étudié les caractères propres à des affections essentiellement différentes , mais dont quelques symptômes ont de l’analogie , qu’on a si souvent recommandé les anti - scorbutiques, lorsqu’on a remarqué sur les gencives un gonflement sanguin , dont la cause est fréquemment locale : de sorte que ceux auxquels on les ordonne, se croient menacés et même atteints du scorbut; crainte puérile,

contre laquelle j’ai opposé des faits tires de l’expérience.

J’ai recueilli nombre d’observations qui m’ont convaincu que les spécifiques désignés sous le nom d’anti-scorbutiques, sont nuisibles dans les affections que je viens de signaler comme n’étant point de nature scorbutique > et qui sont particulières à certaines constitutions où la partie rouge prédomine dans le sang. Ces remèdes excitent davantage le transport de ce fluide vers les capillaires , ils exhaltent la sensibilité qui , dans la plupart de ces sujets, n’est déjà que trop prononcée.

Ainsi, l’enlèvement du tartre buccal, le frottement avec une brosse capable de produire des saignées locales, les collutoires acidulés; les limonades , et le petit - lait pris intérieurement, sont les véritables moyens à opposer à cette disposition qui d’abord trèsremarquable pendant la mue des dents , diminue sensiblement lorsque la deuxième dentition est terminée, mais qui ne s’efface jamais entièrement. Quant à l’affection essentiellement scorbutique, le kinkina, les crucifères , le vin généreux , etc. , sont des remèdes dont l’action reconnue n’a pas besoin d’apologistes. D’ailleurs, il n’entre point dans mon sujet de m’occuper ici de cette maladie.

D’après ce que je viens d’exposer, il est facile de s’apercevoir que les conseils du médecin et du dentiste, sont également nécessaires pendant Yodonlocie : heureux lorsque , dans quelques circonstances, l’un peut suppléer à l’autre ! L’art de conduire la dentition est donc le domaine du dentiste médecin , et non celui d’un artiste înécanicien.

Séméiotique Buccale .

Après avoir suivi les dents secondaires dans tous leurs dégrés de formation , les avoir vues se placer aux bords alvéolaires, et avoir jeté un coup-d’œil sur les affections qui se développent pendant ces diverses époques, et qui peuvent par conséquent avoir quelques rapports avec Yodontophie , il me reste , pour remplir la tâche que je me suis imposée, à examiner quels sont les signes qui indiquent que ces petits os peuvent durer toute la vie, ou bien n’avoir qu’une existence passagère.

Pour arriver à cette connaissance , il faut faire une longue étude des diverses constitutions originelles des eufans , puisqu’elles influent nécessairement sur le tempérament qu'ils auront dans 1 âge adulte.

Or, je tâcherai de démontrer que c’est par l’inspection des dents que nous pouvons reconnaître si la constitution née était bonne ou mauvaise : c’est une vérité importante et dont le médecin peut tirer de grands avantages dans la pratique.

Mais les dents ne sont pas les seuls organes que nous devions interroger. L’examen de toutes les parties de la bouche et des fluides qu’elle contient , doit être fait également, pour s’assurer de l’état présent de la santé , et pour apprendre si la constitution née a éprouvé quelques changemens , soit en bien , soit en mal. Ce que je dis ici , n’a rien qui puisse surprendre ceux qui réfléchiront que les organes buccaux n’en sont susceptibles qu’autant que quelque révolution lente s’est opérée dans l’organisme (i).

Si nous feuilletons les Traités de Séméiologie , nous y trouvons détaillés avec soin les signes des maladies ; nous y rencontrons aussi quelques idées générales sur ceux qui font reconnaître la santé , prise dans toute l’acception de ce mot : mais nous y cherchons eu vain

(i) J’en excepte le cas où une maladie locale a causé quelque ravage : ce que reconnaîtront facilement ceux qui méditeront cet article.

les signes , non moins précieux de la sanie relative à chaque constitution , auxquels on distingue cette situation particulière d’un sujet qui nage en quelque sorte entre la santé et la maladie , et qui n’arrive à celle-ci qu’après avoir passé par tous les états intermédiaires qui les séparent. Ceux - ci ne peuvent être reconnus qu’à l’inspection de la bouche , et ils n’ont encore été mentionnés que par des chirurgiens-dentistes intelligens. Je crois rendre service à mes lecteurs, en leur épargnant la peine de recourir aux ouvrages dans lesquels ils sont répandus, parce que malheureusement certaines vérités incontestables s’y trouvent noyées dans des hypothèses que les connaissances actuelles en physiologie conduisent à repousser ; mais , en élagant des rameaux inutiles , faisons en sorte de ménager les bourgeons qui doivent produire des fruits.

M. Daniel Lobstein , médecin à Bordeaux, vient d’enrichir la littérature médicale d’une traduction de la Séméiologie de l’oeil , par le docteur allemand Lcebenstein-Loebel. Cet intéressant ouvrage est un monument qui atteste combien l’étude spéciale des changemens qu’éprouvent certains organes, peut jeter de lumières sur la distinction des maladies : mais , pour completter cette séméiologie, il eût été

nécessaire d’y joindre l’examen de l’œil, dans l’état de santé relatif à chaque constitution.

Mahon, dentiste doué du génie de l’observation , a pensé que l’homme ne pouvait naître avec une foi’te constitution, à moins qu’il ne tînt la vie de parens dont la santé fut parfaite , et dans la force de l’âge.

Néanmoins il reconnaissait que l’enfant provenant de tels parens, pouvait s’affaiblir par un alaitement de mauvaise nature , ainsi que par les maladies qui sont si fréquentes dans les premières années de la vie.

Il reconnaissait encore qu’un enfant né de parens faibles , pouvait devenir fort ; mais qu’il conservait toujoui's des signes certains de sa constitution primordiale : puis, de conséquence en conséquence , et entraîné par son imagination , il crut pouvoir deviner les inclinations des hommes par l’inspection de leurs dents.

Enfin le même auteur assurait qu’il pouvait par cette espèce de physiognomonie , deviner quels étaient le tempérament des parens, et l’état de leur santé à l’époque de la conception.

Il s’exprime ainsi : « L’enfant tient-il la vie » de parens mal-sains? il aura les dents de » lait d’un émail pâteux y elles seront atteintes

» et surchargées d’une vapeur noirâtre -, et » elles s’altéreront en peu de tems par une » carie humide et pourrissante ».

(( Lorsqu’il n’y a que de la faiblesse ou » de la délicatesse de la part des parens } l’é- » mail des dents de lait est bleuâtre , et elles » sont disposées à une carie sèche , qui ordi- » nairement fait peu de progrès et occasionne » rarement de la douleur ».

« Ce n’a été, continue-t-il, que par une » constance opiniâtre à observer très-exac- » tement les différences que j’ai remarquées » sur les dents d’un grand nombre d’indi- » vidus, que j’ai acquis ces premières con- » naissances, qui ne pouvaient d’abord être » que des conjectures , et qui sont devenues » depuis, en s’accroissant de jour en jour, » des diagnostics sur la certitude desquels » j’ose me flatter de ne pouvoir plus être » trompé. Je me fais un plaisir de rendre » compte ici d’une partie des moyens que j’ai » employés pour parvenir à ce point qui était » le but de mes recherches ».

« Lorsque j’ai aperçu quelques signes, » comme par exemple des raies nuancées sur » les dents de lait et sur celles de remplacement » de divers enfans, j’ai mis toute mon appli- » cation à en chercher la cause, et quand j’ai

» cru l’avoir trouvée , j’ai interrogé les » mères qui ont presque toujours confirmé » mes pressenlimens. J’ai été ensuite plus » loin; d’après des supputations qui m’ont » paru très-vraisemblables, j’ai hasardé de » leur fixer l'époque à laquelle une forte » crise ou une forte peine leur devait être )> arrivée à tel mois de grossesse , et j’ai eu la » satisfaction de voir que j’avais rencontré » juste ».

ce Mes espérances, fondées sur les mêmes » procédés, ont été couronnées des mêmes » succès sur les adultes dont les dents, par » leur seule inspection , m’ont encore donné » un autre avantage non moins précieux que » les premières, celui de connaître assez or- » dinairement s’ils sont nés de parens forts, » faibles, ou âgés, et même si la mère ayant » eu plusieurs enfans , ils ne sont pas du » nombre des derniers, etc. (i) »

Si Mahon eût éclairé son empirisme de dissections répétées , il eût reconnu avec Hunter, Blake, Mouro , Fox, Bunon, que les dents de deuxième pousse ne commencent à s’ossifier que vers le sixième mois après la naissance : par conséquent la bonne ou mau-

(i) V. Mahon, le Dentiste observateur.

vaise santé des parens , au moment de la conception , ne peut influer sur la plus ou moins grande bonté des dents de remplacement de leurs en fans, puisqu’elles ne se forment réellement qu’après la naissance. Ce qu’en dit Hippocrate, est très -juste, quoi qu’en ait dit M. Baumes (i) : il ne s’agit que de l’interpréter convenablement. Il reconnaît trois générations de dents, c’est-à-dire, trois époques d’ossifications. La première émane du sang pendant que le fœtus est encore dans la matrice ; ce sont toutes les temporaires qui sont déjà en partie ossifiées lorsque V enfant arrive au monde. La seconde généi'ation de dents, celles qui se forment du lait , d’après le père de la médecine, se composera des incisives et des conoïdes de remplacement, ainsi que les premières molaires permanentes qui commencent à s’ossifier pendant la durée de V alaitement , que la nature semblerait avoir fixé à deux années. Enfin la troisième génération des dents, celle qui se forme des alimens solides, suivant l’expression du divin vieillard , comprendra les bicuspidées , ainsi que les deuxièmes et troisièmes molaires permanentes : car on sait que ces dents s’ossifient de la troisième aunée à

(i) Traité de la première dentition.

la douzième. Il est certain que si Hippocrate est l’auteur du livre de dentitione , il avait des idées assez justes des époques de la formation des dents , et comme il est probable qu’il avait quelques notions d’ostéologie, il peut avoir acquis ces sortes de connaissances sur des têtes sèches d’enfans morts à divers âges.

Il en est cependant des dents comme de plusieurs autres parties du corps, qui ont une grande ressemblance avec celles des parens. Ainsi on voit des personnes qui ont la mâchoire mal conformée, et les dents mal rangées, comme leurs pères et mères : mais quant à la solidité, elle semble dépendre de la bonne santé de l’enfant dans les premières années de la vie , et de la qualité de la nourriture qui lui a été donnée. Si elles sont mauvaises comme celles de ceux qui leur ont donné le jour , c’est que la constitution née ne s’est point améliorée; et dans ce cas on observe que le tempérament de l’enfant ayant beaucoup d’analogie avec celui de ses parens , n’a pas varié pendant l’accroissement. Cela s’observe particulièi'ement sur les sujets qui ont été alaités par leur mère , ou par une nourrice dont le tempérament était semblable. Il est donc trèsprudent que celle qui a des dents constitutionnellement mauvaises, s’abstienne de nour-

rir , et que cette importante fonction ne soit confiée qu’à des femmes qui en aient d’excellentes; c’est par ce moyen seul qu’on évitera de transmettre à l’enfant un héritage des plus fâcheux.

Une des choses les plus essentielles, ce me semble, est de pouvoir distinguer sans hésitation ce qui arrive lorsque le sujet passe de l’état de santé à celui de maladie ; mais celui qui se porte bien ou à-peu-près , ne consulte pas les médecins : il en résulte que ceux-ci dirigent plus particulièrement leur attention sur l’homme définitivement malade : tandis que les chirurgiens-dentistes réclamés à tout instant par les mêmes personnes en santé, s’occupent spécialement des moyens d’en reconnaître l’état.

N’en est-il pas de même des hommes de l’art qui se sont appliqués à d’autres genres d'études? Gallien dut sa gloire à la connaissance du pouls; les médecins de certains peuples sont obligés de s’en rapporter à ce seul guide, puisqu’on ne leur permet pas de voir le malade , quand c’est une personne du sexe. Fouquet, médecin de Montpellier , trop promptement enlevé à la science , n’eut-il point passé

( aîg)

pour magicien, s’il eût vécu trois ou quatre siècles plutôt (i)?

Il est des cas sur-tout où les médecins ne Sauraient trop s’assurer par des signes certains , si la bonne constitution présente est innée, ou si elle est acquise : par exemple , lorsqu’il s’agit de choisir une nourrice étrangère : le médecin peut-il être trop scrupuleux ? L inspection d’un sein où la glande est bien prononcée , indique seulement qu’il y a du lait ; ce lait qui est bon aujourd’hui , peut devenir mauvais dans peu de teins : mais l’examen des diverses parties de la bouche , indiquera ce qu’il est si important de savoir : car l’alaitement étant une cause de débilité, celle qui a été faible anciennement, doit avoir de la propension à le devenir encore; et dans ce cas, le lait, de bon qu’il paraissait d’abord, deviendra bientôt séreux et de mauvaise qualité.

Ayant été souvent consulté pour le choix d’une nourrice, j’ai toujours fait une grande attention à l’état constitutionnel de la bouche, et toutes les fois qu’un enfant, né de parens affaiblis, ou dont les dents étaient trèstendres, a été confié à une bonne nourrice, elle lui a procuré de bonnes dents et un bon

(i) Essai sur le pouls, deuxième édition, 1818

tempérament, à moins que quelque maladie grave n’ait rendue vaine cette précaution.

Mais, je ne saurais trop le répéter, une femme fraîche et d’un solide embonpoint, dont les lèvres sont rosées , qui est grande et bien faite, peut en imposer par son extérieur, son sein peut être gonflé par un lait d’une apparence parfaite, et avec tout cela, elle sera une médiocre nourrice , sur-tout de l’enfant d’une autre.

La Séméiotique buccale seule peut apprendre au médecin si cette femme doit à ses parens cette belle carnation , ou si elle lui est survenue par suite d’un régime bien entendu. J’ai recueilli des faits importans sur ce sujet, et j’ai obtenu de quelques femmes qui avaient eu pendant un tems un grand intérêt à le cacher , l’aveu qu’elles n’avaient pas toujours été aussi bien portantes qu elles le paraissaient au moment où elles sollicitaient de l’emploi.

Qu’on ne croye pas cependant que je veuille dire que toute femme qui a d'excellentes dents, est indubitablement bonne laitière ; la constitution même la plus parfaite est susceptible de se détériorer. On voit donc que pour bien juger de l’état passé et présent de la santé , il faut rassembler tous les signes

qui

qui peuvent conduire à cette connaissance , et même pour l’acquérir, il faut s’être exei’cé long-tems à ces sortes de recherches; car, de même qu’une belle carnation peut égarer notre jugement , de jolies dents pourraient être prises pour de bonnes dents , ce qui est bien différent. Cette remarque est très - importante dans la pratique, parce que l’enfant alaité par une femme qui a des dents de mauvaise nature , en a très - fréquemment de semblables. J’appuierais ces vérités d’une foule de preuves , si elles n’étaient tellement ostensibles qu’il me semble superflu de les rapporter ici.

Le médecin peut également tirer de grands secours de l’inspection de la bouche , sous le rapport du régime : car lorsqu’il est requis de tracer des règles d’hygiène privée pour l’éducation physique des enfans, peut-il admettre un même mode? N’a-t-il pas alors le plus grand intérêt à s’assurer de la nature de la constitution innée de chacun des sujets pour lesquels on réclame ses conseils , afin de leur faire donner une nourriture appropriée à la force de leurs organes? S’en rapportera- 1- il seulement à l’inspection superficielle du visage , à sa pâleur , à la couleur de la peau , toutes choses si variables ? Aura -t- il égard à la réplétion

ou à la maigreur du sujet , à l’état du pouls? etc. Assurément il tirera de toutes ces choses de bonnes inductions: mais, l’examen minutieux de la bouche lui donnera, sans nul équivoque, le moyen d’assurer son jugement; parce qu’outre ce que nous savons déjà des dents , nous verrons que la muqueuse de cette cavité recevant sa couleur du sang , varie suivant l’état de ce fluide.

Sous le rapport de la médecine légale : lorsqu’il s’agit de choisir parmi un nombre d’hommes capables de supporter les fatigues de la guerre , n’est-il pas nécessaire d'avoir des indices certains de les reconnaître? Or, la couleur des dents, la plus ou moins grande abondance du tartre , et sa consistance : la nuance de la muqueuse buccale , la nature du fluide qu’elle sécrète , sont autant de signes infaillibles qui ne peuvent être simulés, et qui néanmoins ont été négligés, parce que les médecins chargés de l’examen des recrues, ne les avaient point étudiés. Aussi M. Laforgue observe-t-il que dans ces tems malheureux où chaque famille se voyait enlever tous les ans un ou plusieurs enfans, il périssait une plus grande quantité de jeunes gens dans les hôpitaux, que par le fer ennemi. La Séméiotique bue-

cale à l’etat de santé relative , est donc trèsimportante sous plusieurs rapports.

Quoi qu’il en soit des connaissances que peut acquérir un praticien par une longue habitude d’obsei'ver les changeniens que la maladie , ou même une disposition à la maladie apportent dans l’exercice des fonctions de quelques organes, il est au moins aussi avantageux de pouvoir deviner ce qui s’est passé autrefois dans tout le système. En effet, le médecin appelé , pour une légère indisposition , près d’un sujet qu’il ne connaît pas , peut-il s’en fier uniquement à l’état sabural de la langue ? Son aspect ne varie-t-il pas singulièrement? N’est-il pas notoire que certaines personnes l’ont continuellement rouge, blanche , jaune ou noirâtre ? J’ai eu occasion , ainsi que bien d’autres , de faire ces remarques sur des personnes qui l’avaient toujours ainsi, sans que pour cela elles fussent même sujettes à aucunes de ces indispositions si ordinaires dans le cours de la vie.

Le battement du pouls ne peut-il tromper le médecin, lorsqu’il est réclamé pour la première fois? Est -il le même sous l’influence de tous les tempéramens ? Bat-il avec régularité chez tous les sujets à l’état de santé qui leur est propre? Les gens de l’art savent le contraire.

Les hommes naissent donc souvent avec des dispositions qui leur sont particulières, et avec d’autres qu’ils tiennent de leurs parens ; celles* ci constituant les affections héréditaires. Enfin les tempéramens sont modifiés par mille circonstances au milieu desquelles ils peuvent se rencontrer , et qui leur sont entièrement étrangères.

Les organes se trouvent par conséquent susceptibles de diverses modifications etchangemens; celui qui a été très -robuste pendant vingt ans de sa vie, peut, après une simple transpiration supprimée, une dartre rentrée, une siphilis mal traitée , se trouver conduit au marasme le plus complet. Combien donc l’extérieur n’en impose - t - il pas! Lu homme grand, et en apparence très-fort, est souvent d’une faible constitution : de même tel autre est maigre et petit , et dont cependant toutes les fonctions se remplissent avec aisance.

Si le médecin appelé auprès d'eux dans un cas maladif, n’explore pas tous les signes qui puissent lui indiquer positivement la constitution innée de ces individus , n’est-il pas à craindre qu’il hésite sur les moyens qu'il est préférable d’employer , et même qu'il ne se trompe sur le choix? Cet accident n’arrivera pas s'il a recours à l’inspection de la bouche.

seule boussole qui ne peut jamais égarer le praticien.

Dans nos ouvrages modernes, la séméiotique buccale considérée dans l’état maladif, me paraît incomplette ; mais celle qui s’occupe de la santé relative à chaque individu , manque entièrement.

Jetez un coup-d’œil sur les lèvres de plusieurs hommes qui disent être dans leur état naturel, l’un les a pâles, l’autre rosées, l’autre rouges, l’autre jaunâtres; l’un les a minces, l’autre les a épaisses, un autre les a rouges sur leurs bords , tandis qu’elles sont trèspâles en dedans de la bouche : celui-ci les a sèches, celui-là humides, etc. 11 en est de même de la membrane muqueuse buccale et particulièrement des gencives, sur lesquelles on peut remarquer les mêmes différences.

Afin de pouvoir apprécier la valeur des signes qui se rencontrent à la bouche et aux organes qu’elle contient , il est nécessaii'e de les étudier avec cet esprit philosophique qui exclut nonseulement toute prévention, mais encore il faut se résoudre à vérifier ce qui en a été dit par des praticiens qui ont dirigé long-tems leur attention sur ce point important ; qu’ils soient décorés du titre de médecin , ou qu’ils soient simplement chirurgiens-dentistes.

11 est bon aussi de prendre en main les écrits des séméïologisles , et d’examiner s’ils n’ont rien omis de ce qu’il est très-avantageux de savoir.

Il est encore essentiel de s’assurer s’il n’existe pas des signes à la bouche, qui ne peuvent être remplaces par aucuns autres , lorsqu’il s’agit de décider de l’état présent des membranes muqueuses et du sang artériel.

Ce sang contient les matériaux nécessaires à l’accroissement et à l’entretien de tous nos organes; chacun d’eux y pompe ce qui convient à son organisation particulière , soit pour se l’approprier , soit pour eu extraire quelques principes , d’où résultent ses fonctions. L’état de santé de chaque organe , est relatif à la qualité du fluide dont il est entretenu, et ses produits le sont nécessairement à son intégrité. En conséquence, la santé générale résulte de celle de tous les systèmes , l'une influe sur l’autre : pour que la première soit parfaite , il faut que tous les rouages soient sains , souples et doués d'une sensibilité qui ne pèche ni par faiblesse , ni par excès de force : il faut que les organes qui composent les systèmes digestif, circulatoire et nerveux, exécutent leurs travaux sans trouble. Pythagore définissait la santé : « Le bon état de la constitution. » Mais

une parfaite harmonie existe-t-elle souvent? Et lorsqu’elle a lieu , est - ce jamais d’une manière durable ? Que de causes tendent à la troubler. D’ailleurs, de même que la beaulé est idéale et relative , la santé générale ne peut que l’être également; elle diffère suivant le sexe,

1 âge et l’idiosyncrasie. De cette dernière est découlé le système des tempéramens qui diffèrent si étonnamment entr’eux , et qui présentent néanmoins tant de points de contact.

Je n’essayerai pas de décrire les signes auxquels on les distingue, on sait qu’on ne peut y parvenir qu’assez difficilement , à moins que leurs caractères ne soient parfaitement tranchés , ce qui est extrêmement rare. Ajoutons encore, qu’ils varient non- seulement d’individu à individu ; mais aussi sur le même , vu à diverses époques de son existence.

Les médecins n’ont donc pu considérer l’homme en santé que sous l’influence de tel ou tel tempérament, et de tous, le meilleur ayant paru être celui qu’on appelle sanguin, on s’est habitué à regarder ceux qui s’en éloignent comme ayant le moins favorable ; de - là , autant de sortes de santés qu’il y a de tempéramens , dont les nuances sont infinies ; car on ne peut pas supposer que les organes qui fabriquent les fluides, ainsi que

ceux-ci qui alimentent à leur tour les solides ÿ soient dans un même état chez des individus de constitutions ou de tempéramens différens.

Vans-Wieten dit dans les aphorismes de Boerrhaave , qu’il a commentés : <r Que le sang » tiré imprudemment de la veine d’une jeune » fille chlorose est presque tout blanc, mais que » la malade étant mise à l’usage de Y acier, » les oscillations des parties solides se renou- » vellent, les vaisseaux réagissent avec plus » d’efficacité sur les humeurs, la bouffissure du « visage se dissipe , les lèvres et les joues se ^ peignent d'un rouge vermeil ».

En parlant de la pâleur du sang, à la page 294 ? Vans-Wieten, dit encore : « Nous voyons » éclater et paraître la couleur rouge du sang » dans tous les endroits où la peau manque , » à travers les vaisseaux des membranes ; » par exemple, à la langue , aux gencives , » dans l'intérieur de la bouche , du nez , etc. » Quand les parties citées ont une couleur pâle , » c’est une preuve que la viscosité qui injicie » le sang , n’est point d’une nature inflam- » matoire, mais du caractère d'une pituite » épaisse (1). »

(1) Les anciens appelaient pituite ou viscosité, ce que nous désignons aujourd'hui par mucosité , gluten animal , mucus. Ils distinguaient la pituite naturelle ou chaude , de la pituite morbifique ou froide, telle que les glaires , etc.

Combien de travaux sont à recommencer en chimie médicale ! On a bien analysé la lymphe , le chyle , le sang (i) : mais sontce des analyses comparatives? les a-t-on répétées sur des individus d’âges, de sexes, et de tempéramens différens, ou bien encore sur le même individu à l’état de santé , et puis ensuite dans un état de maladie? C’est cependant le seul moyen d’évaluer les différences et les changemens que peuvent éprouver nos fluides, dans une foule de circonstances.

En attendant les résultats de travaux qu’il serait si important d’entreprendre, nous ne pouvons que reconnaître ce qui frappe nos yeux; ainsi nous savons que le sang est susceptible de différences physiques marquantes ; car, ainsi que l’observe Vans - Wieten , la couleur et les autres qualités du sang varient à l’infini. Pour les apprécier, il faut donc en faire une étude toute particulière ; et celui qui s’y livrera, fera nécessairement des remarques qui sont échappées à la plupart de ses confrères.

Or , l’examen de la membrane , dont la bouche est tapissée , et la plus ou moins grande quantité du fluide qu elle fournit à la salive , nous mettront à même de reconnaître

(i) Le sang artériel étant celui qui sert à la nutrition , c’est sur lui que l’on doit diriger ses recherches, et non pas sur celui des veines.

la prédisposition des organes digestifs et pulmonaires , et souvent même leur situation présente.

L’inspection des lèvres et des gencives nous indiquera avec certitude et sans pratiquer de saignée , quelle est la consistance du fluide qui porte la vie à tous les organes. L’absence ou la présence du tartre seront également prises en considération pour apprécier l’état des membranes muqueuses ; l’observateur dirigeant ensuite son attention sur les dents, y apprendra si le tempérament actuel du sujet est celui auquel la nature semblait l’avoir destiné primitivement, ou bien s’il est l’effet de quelque circonstance heureuse ou fâcheuse , survenue pendant le cours de la vie.

On sent facilement combien il faut de tems , de patience et d’étude pour acquérir l'habitude de distinguer sans hésitation , les changemens que peuvent avoir éprouvés les diverses parties de la bouche : il faut donc y exercer continuellement ses yeux ; car , lorsqu’il faut apercevoir les différentes nuances dont une couleur est susceptible, rien ne peut les remplacer; enliu il faut bien connaître les affections simplement locales dont la bouche est susceptible, pour ne pas se tromper dans l’étiologie. J’ajouterai encore que le pronostic est d’autant plus cer-

tain, qu’on connaît le sujet depuis plus de teins, et je puis répéter en m’occupant des signes qu’on rencontre dans la cavité buccale, ce que Baillou disait du pouls : Qu’il est nécessaire de le connaître dans l’état de santé , sans quoi on ne peut manquer de commettre des erreurs. Combien de gens changeraient moins souvent de médecin, s’ils se pénétraient bien de cette vérité ?

Il n’est pas besoin d’apporter de preuves pour convaincre que la membrane buccale qui fournit un calcul mou , abondant et sans consistance, n’est pas dans le même état que celle qui n’en exhale point, ou bien qui en produit à peine un qui est sec, rare et dur.

Je crois avoir démontré précédemment que le tartre qui encroûte les dents , n’est pas un dépôt de la salive parotidienne , ainsi qu’on le dit ; mais qu’il est le résultat d’un changement dans la vitalité des exhalans, des membranes muqueuses qui se laissent parcourir par la terre calcaire , laquelle s’échappe ainsi des capillaires sanguins, ce qui ne peut cesser, que si on change le mode actuel de sensibilité de ces vaisseaux , à l’aide d’un traitement approprié.

Je rappelerai ici ce que j’ai déjà dit de la salive, à la page 170. « Lorsque ce fluide a

séjourné quelques instans dans la bouche , il y acquiert de nouvelles qualités , suivant la constitution de chacun, et suivant l'intégrité ou la lésion de la membrane muqueuse ou de quelques - uns des organes quelle recouvre ».

<c Dans les sujets qui se portent le mieux , dont l’estomac et le poumon sont très-sains, la salive semble rare , parce quelle descend dans l’estomac presqu’aussi-tôt qu’elle a été fournie par les glandes qui la sécrètent. Elle ne reste dans la bouche que le tems qui lui est nécessaire pour se mélanger avec une très - petite quantité de mucus buccal, et absorber une certaine portion d’air atmosphérique qui la rend mousseuse. Cette salive étant crachée dans un vase d’eau , surnage d’abord , puis elle se mêle bientôt presque entièrement à ce liquide ».

« Au contraire, la salive d’une personne dont le système muqueux fournit beaucoup, est filante et lourde ; elle ne se charge que de très-peu d'oxigène , elle contient de grandes proportions d’azote et de soufre; elle tache l’argent. Lorsqu’on la dépose dans un bassin l’empli d'eau , elle va au fond si le mucilage est à l’excès ; ou elle nage dans le milieu, s’il l’est moins; mais elle ne s'y mêle pas. Chez ces sujets , les glandes salivaires ne fournissent probablement pas plus abon-

damment que chez ceux dont j’ai parlé plus haut ; mais la membrane buccale donne tant de mucus , qu’ils crachent souvent , et ont toujours la bouche très-humide ».

Fesant l’application de ces observations, nous trouvons que ceux dont le système muqueux exhale trop de fluide , ont une constitution infiniment moins heureuse que ceux chez lesquels il produit peu. Il est probable que l’activité qui existe dans cet ordre de membranes , a lieu aux dépens de la vitalité des autres organes. D’un autre côté, le fluide muqueux ayant des propriétés relâchantes, diminue à la longue l’énergie contractile des organes digestifs ; ce qui détermine une mauvaise chylifîcation , et par suite une hématose imparfaite. Le sang de ces sujets est d’autant plus pauvre de matière calcaire, que les muqueuses en excrètent davantage ; car, bien que chez eux le calcul buccal paraît peu abondant, il est facile de vérifier qu’il s’en charie au -dehors une grande quantité: mais étant sans consistance , il descend dans l’estomac, au lieu de s’amasser sur les dents (i).

(i) Les personnes douées du tempérament appelé bilieux, ont beaucoup de calcul buccal j enlevez-le , il ne s’en amassera une autre couche remarquable , qu’au

Si nous arrêtons nos regards sur ce dernier produit de la muqueuse , il nous offre d’amples sujets d’observations. Chez les personnes les mieux portantes, il est rare, sec et noir y partant de celles-ci et descendant aux constitutions ou aux tempëramens moins heureux, on le trouve jaune , sec et peu abondant; chez d’autres, il est mou , jaune et rare ; chez d’autres, il est mou, jaune et abondant sans consistance ; chez d’autres, il est mou, blanc, et peu abondant ; enfin dans les constitutions les plus mauvaises, il est très-blanc , sans aucune consistance, et très-abondant.

Peut-ou dire que ces diverses espèces de calculs renferment les mêmes quantités relatives de sels terreux, et que les exhalans qui les fournissent, jouissent de la même santé, et pouvons - nous mieux juger de l'état du système circulatoire de chaque individu , qu’en examinant les artérioles qui sont situées presque immédiatement au-dessous de l’épiderme de l'intérieur des lèvres : puisque là on peut en quelque sorte regarder circuler le sang,

bout de quelques semaines, ou même de quelques mois ; au contraire , chez les muqueux à l’excès , leurs dents sont enduites chaque malin d’une espèce de bouillie blanchâtre qui n’est que du calcul très-chargé du mucus.

en distinguer la couleur et la consistance ?

Nous verrons plus loin que dans chaque constitution les lèvres présentent des différences notables que le médecin doit connaître.

Nous observerons qu’elles sont minces ou épaisses, rouges, roses, ou pâles suivant les sujets ; ce qui dépend entièrement des qualités du sang artériel qui charie les matériaux propres à l’entretien de toutes les parties du corps. Les changemens que l’on peut remarquer sur ces organes , donnent donc de précieux reuseignemens aux praticiens.

Aussi voyons-nous que plusieurs célèbres médecins, tels que Boerrhaave et Vans-Wieten , n’ont pas oublié de les mentionner, en donnant l’histoire d’affections chroniques.

Les médecins qui attribuent toutes les lésions de nos organes , au manque de ton , ou à son excès dans les solides, ont supprimé le nom de cachexie , parce qu’il avait été inventé par les humoristes pour désigner la mauvaise disposition fluides , cause supposée d’une grande quantité de maladies. Mais ceux qui ne sont point exclusifs l’admettent quoiqu’ils semblent n’oser prononcer un mot réprouvé, bien convaincus cependant par l’expérience journalière , que nos fluides peuvent acquérir de mauvaises qualités. D’ailleurs , puisqu’on

admet des vices scorbutique, scrophuleux, siphilitique, où se nichent-ils, si ce n’est dans les humeurs?

M. Broussais s’est justement récrie de ce qu’on a banni une dénomination qui n’a rien de plus ridicule que mille autres employées dans le langage médical : et celui qui veut peindre l’altération du sang dans le scorbut, et de la lymphe dans les scrophules , peut aussi bien rendre son idée par le mot cachexie , que de dire que ce sont des lésions des solides ou des liquides. Les discussions de ce genre ne sont rien autre chose que des logomachies. Au reste telle suranée que l’on trouve cette expression , M. Laforgue l’a employée pour peindre deux sortes d’altérations du sang: l’une dans laquelle la partie blanche est trop abondante , l’autre dans laquelle la partie rouge est en trop grande proportion.

Nous verrons bientôt à quels signes on peut être certain de ce défaut de proportions dans les matériaux du sang artériel , et 'quelle influence il exerce sur nos solides.

Si nous portons nos regards vers les dents, nous verrons que le volume, la longueur, la couleur en sont très- variables ; chez les uns , elles sont courtes , larges , unies , d'un blanc mat, dures, épaisses vers leurs bords tran- ' chans,

chans , et tournant au jaune en vieillissant , le phosphate de chaux y prédomine, elles sont peu impressionnables ; c’est parmi ces individus que vous trouvez le joyeux convive dont le gaster est toujours prêt à digérer ce que ses dents sont toujours disposées à broyer.

Chez d’autres, elles sont longues, étroites, et comme étiolées, tendres, d’un blanc azuré , minces, et ne persistant presque jamais jusqu’à la vieillesse ; la gélatine y prédomine , elles sont très-irritables ; quelquefois aussi elles sont courtes et étroites : celles-ci appartiennent à l’être charmant dont tous les organes sont aussi fragiles que ses dents, et dont l’estomac ne peut supporter le moindre excès dans le régime ordinaire.

Examinez maintenant tous les intermédiaires de ces deux extrêmes, et vous trouverez des constitutions très - variées , que le médecin attentionné doit savoir distinguer.

Ainsi , ni le pouls , ni la couleur de la peau , ni celle des cheveux ou des yeux, ne le fixeront spécialement; l’examen des dents et des autres parties de la bouche, doit y être joint.

Il saura que ces dents si jolies, d’un blanc bleu, restent rarement pendant toute la vie, mais que si le cas arrive , elles tournent au gris, et que ces sujets sont les moins vivaces,

Quant à celles dont la couronne est courte , dure et jaunâtre, elles existeront encore longtems, même après la destruction par vétusté des individus qui les portent. C’est particulièrement parmi ceux - ci qu’on trouve les centenaires.

Nous devons rèmarquer que la couleur des diverses parties de la bouche , et par conséquent du sang, de même que celle des dents, examinées sur des êtres d’une constitution semblable, mais d'un âge ou d’un sexe different, présentent aussi quelques particularités. Ainsi, chez les enfans et les femmes, il est plus gélatineux et plus fluide que chez lés hommes adultes. Celui du vieillard bien portant est plus épais, et renferme encore plus de terre calcaire.

Enfin, j’observerai qu’on ne peut s’en rapporter à l’inspection des gencives aux environs desquelles il y a beaucoup de tartre damassé. Pour juger sûrement, il faut jeter un coupd'œil sur toute leur étendue ; alors on verra que souvent elles sont très - pâles , non loin d’un endroit où dles paraissent comme enflammées, et même immédiatement au-dessus ou au-dessous, suivant la mâchoire de laquelle on fait l’examen. Il est donc bon d'enlever le tartre ou de le faire enlever, et de ne tirer son pronostic que quelques jours après.

En général, les sujets qui ont constitutionnellement le sang très-rouge, ce qui s’aperçoit à la couleur foncée de toute la lèvre et à la rougeur des gencives , ont les dents épaisses , solides , et qui jaunissent de bonne heure , par l’apport continuel et abondant de la terre calcaire. Il en est de même de ceux qu’on appelle bilieux. Au contraire , ceux qui ont le sang peu coloré, ont les dents plus ou moins bleuâtres et transparentes.

Les personnes d’une bonne constitution , ayant un sang dont les parties blanche et rouge sont bien proportionnées, ont des dents qui tiennent le milieu entre ces deux extrêmes , et les ont par conséquent blanc-laiteux. Il est certain d’après cela, que la partie rouge du sang est celle qui contient les sels terreux dont se nourrissent les os , tandis que c’est dans la blanche que réside la gélatine : d’où il résulte que la solidité de ces organes diffère en proportion de la quantité prédominante de un de ces principes (i).

En effet, Duhamel et Haller nous ont démontré dans leurs expériences sur la for-

(i) Dans toutes mes dissections, j’ai toujours fait les mêmes remarques, non-seulement sur les dents , mais •encore sur toutes les parties osseuses.

mation des os, que ces corps ne prenaient la consistance qu’ils doivent aux sels terreux , qu’à mesure que la partie rouge du sang arrive à quelques-uns de leurs points.

Les recherches que j’ai faites sur le développement des dents , m’en ont présenté autant : la couche superficielle du ganglion rougit avant de devenir osseuse; (i) tandis que tout ce qui est au-dessous est infiniment plus blanc ; bientôt une autre couche rougit et s’ossifie , puis blanchit, et ainsi de suite.

Il est une expérience facile à faire, et qui est digne d’occuper nos médecins chimistes , c’est d’analyser le sang artériel de deux individus du même âge à-peu-près, et dont l’un aurait, dans son état de santé habituel, le sang très-rouge , et l’autre très-blanc ; ce dont je

(i) En ouvrant une matrice dentaire renfermant une couronne de dent en formation , on la trouve souvent toute rouge , et l’email , qui est encore tendre , tellement coloré , qu’on croirait qu’il est imbu de sang. En le laissant sécher , il se fendille et devient blanc comme l’albâtre. L’absorption de ce fluide colorant se fait donc dans l’émail des dents , puisqu’en sortant de la gencive , ces os sont d’une blancheur remarquable : il est certain que ceux qui nient que la circulation a lieu dans les organes dont il s’agit, n’ont pas observé tous les phénomènes qui s’y passent.

propose de s’assurer eu examinant les lèvres et les gencives. Je me trompe fort, ou celui du sujet dont les lèvres et les gencives sont rouges et qui aurait beaucoup de tartre aux dents, contiendrait du phosphate de chaux et autres sels , en quantité infiniment plus grande que l’auti’e , qui au contraire renfermerait davantage de gélatine.

En général, on a remarqué que les peuples qui vivent très-sobrement , sont aussi ceux dont l’état de santé est le meilleur, et chez lesquels les dents sont originairement bonnes. Si parmi eux il se trouve des individus les ayant mauvaises , les lieux humides et froids qu’ils habitent en sont la cause : aussi 11e se carient - elles qu’à la longue et avec peu de douleurs. Les Egyptiens , les Israélites , dont les moeurs nous sont connues , et dont quelques momies sont arrivées jusqu’à nous , avaient d’excellentes dents, ainsi que l’a observé Sprengel; parce qu’ils joignaient à la sobriété, l’avantage d’habiter un pays sec et sans brouillards. Mais, pourquoi remonter si haut, lorsque nous pouvons voir semblable chose sous nos yeux? Les habitans de la Savoie, les Auvergnats, et toutes les peuplades qui vivent de gros pain , qui habitent les hauteurs , et qui enfin exercent beaucoup leurs forces physiques , sont san-

guins et ont en géne'ral de très-bonnes dents, tandis que les habitans des vallées du même pays sont lymphatiques, et en ont de trèsmauvaises.

L’expérience apprend donc que les meilleures dents ne se rencontrent que sur des gens élevés de manière à devenir bien portants, et qui ont conservé cette bonne disposition tout le tems qu’a duré Yodonlophie. Si ces individus ont contracté quelque maladie qui ait changé cet heureux état , ils la doivent à l’abus qu’ils ont fiât de leurs avantages, ou aux circonstances fâcheuses dans lesquelles ils se sont trouvés.

Les dqnts ne sont pas sous l’influence immédiate de la grande circulation. Dans l’état naturel, (i) le sang artériel n’arrive point de suite dans leur tissu propre , ainsi qu'il en est pour

(i) Je dis : dans l'état naturel , parce que dans quelques lésions du tissu des dents, le sang traverse les tubes capillaires du ganglion , sans y subir de changement , et sa couleur rouge pénètre jusque dans la substance osseuse. J’ai fait plusieurs fois remarquer à mes élèves ce phénomène que l’on rencontre sur celles dont on a rompu la couronne en voulant en faire l’évulsion. Si le garglion n’a pas ét.é détruit , il s’enflamme , le sang passe dans les mailles du tissu dentaire , et y forme des stries d’un beau rouge.

les autres os. Ce fluide pénètre à leur centre ; mais arrivé là , il se répand dans le corps ganglionnaire , qui est un organe d’une espèce particulière, dont les fonctions sont de travailler à sa manière les sucs qui lui sont fournis ; d’en extraire la gélatine qui forme les mailles de la dent , et les sels terreux qui leur donnent de la consistance. Ce petit corps, que les auteurs appellent pulpe 3 est doué d’une sensibilité exquise, et par conséquent d’une grande vitalité.

Les dents ne sont donc susceptibles de changer leur état primitif, soit bon, soit mauvais, qu’avec une extrême lenteur, puisqu’elles ne peuvent réellement être considérées que comme des êtres parasites greffés et vivant sur les animaux dont le sang les alimente ; mais qui se l’assimilent de la manière qui leur est convenable , et qu’ainsi elles existent à leur façon. La circulation et le sentiment se font isolément dans la dent : elle est pourvue d’un organe sensitif particulier, et beaucoup plus impressionnable que la ramuscule nerveuse qui établit ses rapports avec l’ancephale ; aussi , la douleur propre aux dents , est la douleur par excellence ; elle ne peut être comparée qu’à ellemême.

La carie dentaire a des caractères qui lui sont propres ; mais elle en a aussi qui lui sont

communs avec celle des os, et je suis étonné que cette affection n’ait pas fixé davantage l’attention des nosographes y car les couronnes des dents n’étant point environnées de substances charnues dont l’ulcération puisse entraîner la carie; cette maladie considérée d’une manière générale , peut y être étudiée à nud : avantage que ne présentent aucuns autres os. La carie des dents èst une affection de leur tissu, et non la simple décomposition propre aux corps inertes , et de même que l’ulcère des parties molles se guérit assez aisément chez l’homme sain , la curation de cette lésion s’opère également avec aisance sur les sujets bien constitués. La carie ne peut être de même nature chez les individus de constitutions différentes, parce que leurs dents n’ont point la même solidité. Ainsi celles qui seront très-chargées de gélatine, seront exposées à l’odonto-malacie j tandis que celles où le phosphate calcaire est en grande proportion, n’en seront pas atteintes tant qu’elles conserveront cet avantage. Mais l’absorption se fesant dans les dents comme dans les autres os, ce que démontre leur ramollissement intérieur, et au-dessous de l’émail, par conséquent sans qu’aucun agent extérieur ait pu agir sur le tissu osseux , il en résulte qu’on peut apprécier les qualités des humeurs par la ua-

ture de la carie qui se manifeste aux dents.

Le ramollissement du tissu intérieur ne peut avoir lieu que par le trouble des fonctions du ganglion central , et ce trouble est le résultat de l’arrivée à ce corps d’un sang artériel, dépourvu des qualités nécessaires pour les entretenir dans un état de santé. Aussi observet-on toujours que les sujets qui avaient eu constitutionnellement de bonnes dents, et chez lesquels par suite de maladies , ces os , de blanc jaune , deviennent d’abord blanc - bleu , puis s’altèrent les unes après les autres, ou toutes ensemble , périssent avant que l’affection ne se soit manifestée à ces os. C’est précisément ce qui arrive à ceux qui deviennent accidentellement pulmonaires, parce que, dans ce cas, la carie ne pouvant être qu’une conséquence de l’affaiblissement général , le malade meurt ordinairement avant que le ganglion central puisse être arrivé à cet état où toutes ses propriétés sont changées (i).

Mais quel que soit même l’état maladif des dents, elles peuvent toujours être consultées comme, des certificats irrécusables qui nous instruiront si le malade doit son état présent

(i) Ceci explique pourquoi certains poitrinaires meurent avec des dents magnifiques.

à une prédisposition, ou si étant survenu pendant le cours de son existence , il dépend d’une cause accidentelle. Dans ce dernier cas , le médecin peut espérer d’améliorer la situation du sujet, puisqu’elle n’est que le résultat d’un trouble momentané apporté dans les fonctions des organes.

L’enfant né , et sur - tout nourri par une mère débile, en conservera des traces plus ou moins sensibles toute sa vie. Une bonne nourriture, des soins infinis sont, il est vrai, d’excellens moyens de le ramener par suite à un meilleur état : il peut même devenir fort en corpulence ; mais son physique n’en imposera qu’au vulgaire. L’inspection de sa bouche apprendra au médecin que ce sujet n’était pas né pour être aussi bien constitué. Les couronnes de ses dents seront minces ; une plus ou moins grande quantité sera attaquée de bonne heure par la carie sans cause locale, et leur couleur primitive qui était bleuâtre , quoique passée avec le tems au jaune clair vers les gencives , conservera toujours quelque chose de sa première nuance à leur extrémité tranchante : d’ailleurs elles seront tendres sous la lime , et très-irritables.

Ceux dont les dents , quoique belles, et dont la superficie est lisse , présentent diverses

nuances entremêlées d’un blanc plus mat, ont eu pendant la formation de l’émail, des alternatives de bonne et de médiocre santé. Ordinairement ces dents ont une couronne alongée , et plusieurs pi’ésentent des marques d'atrophie congèniale. Ces sortes de dents en imposent par une fausse apparence de solidité ; elles se conservent saines jusqu’à l’âge de quatorze à dix-huit ans, ou environ ; puis, à cette époque , un certain nombre se carient , sur-tout lorsque le sujet qui était lymphatique dans l’enfance , continue de l’être à l’adolescence. Cette espèce de dents se rencontre fréquemment dans la classe aisée , où des enfans nés faibles ne sont parvenus à la puberté qu’à force de soins ; ne devant conséquemment leur existence qu’aux attentions soutenues de leurs parens, et au régime tonique que le médecin leur a fait continuellement suivre. Arrivés vers dix-huit à vingt ans , leur santé s’affermit , mais les membranes muqueuses conservent toujours une tendance à s’affecter ; l’amélioration de leur constitution se reconnaît à la couleur plus rouge de la bouche , et particulièrement de l’intérieur des lèvres et du voile du palais : elle se prononce peu-à-peu, à mesure que le sujet s’avance en âge. C’est ainsi que des muqueux étant arrivés au tempérament sanguin , tromperaient.

si quelques marques apparentes d'ërosion sur les surfaces triturantes des premières molaires permanentes, n’avertissaient que la constitution présente est le résultat d’une amélioration.

Celui qui est d’un tempérament où le système muqueux domine , a toujours les dents disposées à une sorte de carie extérieure par cause interne, dont le caractère physique est d’être blanche , molle et très - douloureuse ; ainsi qu’à une espèce d’érosion qui enlève l’émail par écailles , ce qui fait que M. Duval , l’a désignée sous le nom d 'ècorçante (i). Mais la carie pouvant être déterminée par des causes extérieures et indépendantes de la constitution primordiale , il est essentiel de savoir que celle-ci n’attaque ordinairement que quelques dents et souvent même d'un seul côté de la bouche , tandis que celle qui survient par prédisposition, altère presque en même tems toutes les dents parallèles qui commençaient à se développer lorsque le sujet était dans un état maladif. Celles qui s’étaient ossifiées auparavant, ainsi que celles qui se sont formées depuis le retour à un meilleur état de santé , sont bonues. C’est pourquoi on observe

(0 V. Le Dictionnaire des Sciences Médicales , article Dent.

que la série des premières molaires permanentes ou celle des secondes , ou les bicuspidées sont attaquées de bonne heure sur certains enfans, quoique toutes les autres soient fort saines.

En général , plus les dents sont volumineuses , plus la proportion de substance osseuse l’emporte sur la quantité d’émail ; et plus cette couche est mince , plus aussi la carie a de facilité à se développer sur les dents; aussi est-elle plus fréquente dans les petits enfoncemens qui se voient à la surface des molaires, qu’au bord tranchant des dents antérieures , et plus ordinaire sur les côtés latéraux qu’à leurs surfaces. En effet, c’est dans tous ces points que l’émail a le moins d’épaisseur , et par conséquent par où Y ulcère osseux provenant de cause interne , a le plus d’aisance à s’ouvrir.

La carie ne peut se guérir par les seuls efforts de la nature , qu’autant que la constitution du sujet est bonne , ou qu’ayant été telle , après avoir été altérée accidentellement, elle se rapproche de son état primitif. Alors la portion osseuse ramollie se dessèche et s’exfolie ; une couche brune et polie forme la cicatrice. La dent, quoiqu’avec une grande perte de substance , cesse d’ètre douloureuse ; elle reprend sa du-

reté, et peut exister toute la vie, à moins qu’une nouvelle maladie ne l’attaque.

Au résumé , avec une bonne constitution , on a toujours d’excëllentes dents : si elle se détériore pendant le cours de l’existence , les dents tournent peu - à - peu au bleu , et la carie les attaque. Cependant, comme elles conservent leurs formes originaires, et que d’ailleurs elles résistent long-tems à l’espèce de décomposition générale qui a détruit le sujet , on peut reconnaître , même après sa mort, ce qu’a été l’état primordial.

Les dents qui étaient tendres et dont un certain nombre a été détruit , chez celui dont la constitution primitive était muqueuse, prennent peu - à - peu plus de consistance lorsqu’il se l’approche du tempérament sanguin. De bleuâtres qu'elles étaient , elles prennent un ton gris. La carie reste stationnaire, et le sujet qui, pendant un tems plus ou moins long , a été tourmenté par les oclontalgies , les petites indispositions , les mauvaises digestions, les rhumes, etc. , n’éprouvent plus aucûns de ces accidens. Ses lèvres et ses gencives qui étaient pâles , deviennent plus vermeilles, et sa salive abonde moins en mucilage : le sang se charge de parties colorantes. Ces heureux changemens se remarquent avoir

lieu particulièrement chez les personnes du sexe.

Enfin chez les femmes de ce tempérament, les dents s’altèrent pendant la gestation et l’alaitement. Ces deux fonctions affaiblissent toujours momentanément , même les plus fortes; parce que l’enfant absorbe une grande quantité de la substance nutritive , dont une mère, déjà délicate, ne peut être privée qu’au détriment de son propre individu. Ces personnes, qui feraient mieux de ne pas alaiter, mais que des circonstances particulières y obligent quelquefois , ont besoin d’être soutenues par des alimens très-substantiels et de bon vin.

Quoique les dents soient très - compactes , néanmoins elles sont plus susceptibles de maladies que toutes nos autres parties osseuses, par plusieurs raisons. D’abord elles sont les seules qui soient en contact, et pendant plusieurs années avec le produit d’une membrane muqueuse : par conséquent , elles sont exposées à subir quelqu’ altération lorsque celle-ci est affectée. En second lieu , n’étant point recouvertes par les chairs, elles reçoivent diverses sortes d’impressions , qui peuvent leur devenir d’autant plus nuisibles que la partie de l’émail qui s’est formée pendant le cours d’une indisposition, ne doit pas avoir toute la solidité

désirable. D’un autre côté, et par cela même que c’est un corps très-dur, et dont la vitalité est obscure , le moindre trouble dans le mode de nutrition qui lui est propre, entraîne des lésions plus ou moins graves , suivant que le tissu est plus ou moins délicat. Les traces des grandes altérations qu’il a éprouvées, existent donc toute la vie, et les affections congéniales qui ont eu lieu pendant que les dents étaient à divers dégrés d’ossification, peuvent servir à indiquer l’âge auquel le sujet a été malade.

Mais, en étudiant les maladies auxquelles les enfans sont le plus disposés, nous trouvons que celles qui affectent les membranes muqueuses , tiennent le premier rang : or, le médecin dont le jugement ne doit jamais être incertain , qui n’oublie point d'iuteiTOger le malade qu'il voit pour la première fois, et qui s’instruit de cette manière , du tempérament du sujet, doit-il négliger d’explorer les dents où se trouve écrit en caractères ineffacés , le genre d’affection auquel il a été disposé dans son enfance , et qui doit avoir toujours, ou au moins très-long-tems , une grande tendance à se reproduire ?

Ce n’est pas cependant que quelques lésions superficielles de l’émail , ne soient susceptibles

de

de disparaître à la longue ; mais alors elles sont légères ; car , pour peu que la maladie qui les produit, se prolonge, ou que se renouvelant à plusieurs reprises, l’enfant ne se rétablit qu’avec lenteur, les dents adultes présenteront des défauts d’émaillement affectant des lignes transversales plus ou moins profondes , et dont le nombre est en raison des rechûtes. Je renvoie sur ce point, à ce que j’ai déjà dit de l’érosion et de l’atrophie.

Ainsi donc , les marques superficielles de l’émail, ou profondes du tissu des dents, indiquent seulement que le sujet a été tourmenté d’une phlegmasie des muqueuses, et ce n’est point un signe univoque d’affection scorbutique , ainsi que l’a avancé M. Laforgue dans sa séméiotique.

Quant aux caries provenant d’une faible organisation de la dent, elles ont des caractèi’es qui les font reconnaître , et qui ne permettent pas de les confondre avec celles qui ne sont que le résultat de lésions accidentelles et extérieures. Le médecin peut donc tirer de précieuses indications des maladies des dents , tant pour acquérir la connaissance de la constitution du sujet, que pour le traitement qui convient à chaque espèce.

Je connais une dame de trente ans, qui, il

y en a dix , était de la meilleure constitution ; ses dents étaient d’une excellente qualité, ses gencives fraîches, les petits vaisseaux artériels de ses lèvres d’une belle couleur hortensia. Une couche pénible apporta un grand trouble dans l’économie ; la matrice resta malade. Dèslors , pâleur extrême des gencives et des lèvres , sur lesquelles on n’aperçut bientôt plus que quelques vaisseaux rouges , salive très-filante. Un jour elle plaça des sang-sues sans l’avis du médecin, le sang était très-pâle et séreux. La faiblesse générale s’en trouva nécessairement augmentée. Bientôt les dents se ressentirent du défaut d'hématose, elles se tachèrent dans divers endroits ; la carie s'y développa, et toutes tentatives locales pour la borner , furent long - teins infructueuses : elles se gâtaient au - dessous de l’émail en occasionnant des douleurs sourdes , et la carie présentait une large excavation ; une partie du centre osseux de chaque dent était ramolie , le phosphate calcaire en ayant été absorbe^ Quatre furent détruites en très - peu de tems ; mais enfin , la nature secondant les efforts du médecin , rétablit peu-à-peu sa santé. Depuis un an elle va mieux , ce dont les organes renfermés dans la bouche se ressentent. Déjà les vaisseaux de la muqueuse buccale se font

voir en plus grand nombre, le sang n’y a plus cette pâleur qui dénoté la faiblesse : la salive est moins chargée de mucilage , et la carie des dents cessant d’être douloureuse , prend une teinte brune qui annonce qu’elle se guérit. L’estomac et les intestins exercent maintenant leurs fonctions sans peine. Enfin, grâce à la bonne constitution née de cette dame, tout porte à espérer qu’elle échappera à une affection dont beaucoup d’autres seraient victimes malgré tous les secours de l’art.

Ce n’est aussi qu’après avoir recueilli un certain nombre de faits , et les avoir comparés les uns aux autres , après avoir suivi les phénomènes de leur marche , et vu en quoi ils sont semblables à ceux qui se passent dans les dents, que j’ai été conduit à présumer que le ramollissement constitutionnel ou consécutif des os qui entraîne la torsion de la colonne vertébrale chez les enfans d’un tempérament très - muqueux, peut dépendre quelquefois d’une augmentation d’action des absorbans ; mais qu’il résulte, le plus souvent, d’une pénurie de. sels terreux fournis par le système ai’tériel, dont les exhalans ne déposent point une suffisante quantité dans les os. Voilà pourquoi tout ce qui peut favoriser une bonne hématose , arrête les progrès de l’osteo - maiacie. Tels

Sa

sont une nourriture tonique, de bon vin, etc. Au reste, tous les enfans qui se trouvent constitutionnellement dans ce cas , ont le sang très-peu coloré , les dents d’un beau blanc azuré , et se cariant facilement.

Il est donc essentiel de distinguer la constitution originelle , de ce qu’on appelle tempérament.

Il n’y a que quelques dispositions primordiales faciles à distinguer; tandis que les tempéramens présentent tant de nuances , que les auteurs se sont trouvés très-embarrassés pour les classer ; la constitution innée peut rester la même, alors le tempérament résulte de la prédisposition. Mais lorsque celle - ci change durant l’existence , il résulte un tempérament acquis , cependant il ne restera pas moins des indices certains de l’état primitif.

Le tempérament qui sera le produit de X éducation physique , peut varier au point de ne pas être cette année , ce qu’il était l’autre , et vice versa : j’entends donc par bonne constitution , l'heureux état de la santé par prédisposition : et par bon tempérament , le parfait état présent, soit que la constitution primitive ait été favorable , soit qu'elle ait été médiocre , ou même mauvaise. Si cette dis-

tinction entre la constitution et le tempérament, peut être utile dans la pratique, la séméiotique buccale seule y conduit.

Il y a des tempéramens mixtes, qu’il sera impossible de classer , si on n’a recours à l’inspection de la bouche. Les personnes chez lesquelles on les rencontre, ne se plaignent d’aucune espèce d’indisposition habituelle : ainsi toutes les questions qui leur sont adressées par le médecin , ne tournent point à son instruction , et le jettent même quelquefois dans l’embarras. Il ne saurait donc trop étudier chaque signe en particulier, afin que ceux qui sont les moins variables, lui servent à établir son diagnostic. La connaissance qu’on a de l’état primordial, conduit à la distinction du tempérament , parce que telle constitution se change plus facilement en tel tempérament que telle autre. Mais quelle que soit la confiance que j’aie dans les signes qui se remarquent à la bouche pour établir le diagnostic , je pense que dans beaucoup de cas douteux, il ne peut résulter que de l’ensemble de beaucoup d’autres, étudiés sur divers organes ; en conséquence , toutes sémiographies isolées, soit de la bouche, soit des yeux, soit de la face, seront toujours imparfaites, et ne peuvent être considérées que comme

des fragmens dont la réunion seule peut former une bonne séméiotique générale. Qu’on ne s’étonne donc point si je dis quelques mots de ce que j’ai observé sur d’autres parties , et qui contribuent à établir les caractères spéciaux des constitutions dont je vais parler.

M. Spurzheim (1) observe avec justesse, que les auteurs soutiennent encore aujourd’hui quelques erreurs au sujet des tempéramens qui influent, disent-ils, sur les qualités morales des animaux , et particulièrement sur les hommes. Il me semble que cela vient de ce que ces écrivains n’ont pas distingué le tempérament de la constitution ; car celle-ci est nécessairement en rapport avec les inclinations.

Il n’en est pas de même du tempérament qui n’étant chez beaucoup d’êtres vivans en société , que le résultat de leurs occupations journalières, peut changer les dispositions corporelles , sans influer d’une manière remarquable sur les qualités de l’ame; j’en excepte toutefois les cas maladifs. Ainsi donc, le médecin peut encore tirer avantage de l'étude du moral de l’individu pour reconnaître sa constitution originelle.

(1) Phrænologiej page 16 et suivantes, an 1818.

Il n’y a pas de doute que les peuples anciens, tels que les Spartiates , les Celtes, n’aient été' doués de bons tempéramens , parce que l’état sain du père se transmettait auxenfans, et ce précieux héritage était entretenu par des exercices fortifians, et une nourriture salubre. Les constitutions de ces hommes devaient être à-peu-près les mêmes. Les maladies variaient peu et étaient très-rares : aussi la médecine , chez les anciens , semblet-elle n’avoir eu presque à s’occuper que du traitement des épidermes , et la chirurgie avoir été bornée au pansement des plaies de ceux qui étaient blessés à la guerre. Mais le tems ayant changé les habitudes des peuples, le luxe d’un côté et la misère de l’autre ayant remplacé l’aisance de tous, la pluralité des constitutions fut l’ouvrage de la vie civile (i); de sorte qu’on peut en distinguer présentement cinq ; savoir , la Parfaite , la Sanguine 3 la Bilieuse , la Muqueuse, et la Séreuse .

Les signes de la plus parfaite constitution innée , pris sur un sujet de trois ans environ ,

(i) A ce sujet on ne lira pas sans interet le Traité d’Education pliysicpie , par Louis Sinibaldi , traduit de l’italien par M. Bonpart , Docteur-Médecin; an i8i3.

jusqu’à celui de vingt-cinq, sont les suivans; les lèvres roses , tirant au violet , et approchant de la nuance de cette fleur qu’on appelle hortensia ( i ). Elles sont minces et sèches , la langue et les gencives sont un peu plus pâles, comme grenues , fermes , ne fournissant pas de tartre , ou s’il s’en rencontre , il est rare , noir et sec , très- adhérent aux dents; toute la membrane muqueuse qui recouvre les diverses parties de la bouche et de l’arrière bouche , est d’une couleur vive, la salive mousseuse, la voûte palatine est bien conformée, les couronnes des dents soit de la première dentition, soit de la deuxième , sont courtes et d’une largeur moyenne : par conséquent bien rangées , épaisses et d’une couleur blanc mat , d’un émail x'ésistant sous le grattoir ; l’œil est doux et a une certaine expression d’enjouement, la peau de la face n’est pas très-blanche, mais les joues sont légèrement colorées.

Si , en vieillissant , ce sujet se soutient à son état de santé naturelle , toutes les parties de sa bouche se foncent davantage ; ses dents jaunissent un peu, ne se carient pas, restent fermes dans les alvéoles; et souvent elles s’usent jusqu’au niveau des gencives.

(i) Laforgue, Séméiologie Buccale.

C’est ainsi que sont constitue's les athlètes qui en general sont peu exposés aux maladies, à moins que quelque cause spécifique n’agisse contr’eux.

Comme les individus pourvus de cette bonne disposition, jouissent de toute la plénitude de la santé, ils sont très-disposés à abuser des choses qui leur sont agréables ; ainsi ceux qui vivent copieusement, deviennent sanguins ou bilieux vers leurs vieux jours, et souvent même avant d’en être arrivés là , la goutte et la gravelle les attaquent. Leur estomac et les organes génitaux souffrent fréquemment de leur intempérance :

Leurs dents ne se gâtent guères que par cette carie extérieure qu’on appelle sèche , dont les progrès sont très-lents , et que j’ai dit être souvent déterminée par la pression de ces os les uns contre les autres, et qui se guérit facilement d’elle-même.

Si les sujets doués de cette excellente constitution, éprouvent quelque maladie annihilante pendant l’accroissement , leur tempérament devient un peu muqueux , ce qui s’aperçoit à l’état de la salive et à la pâleur des gencives et des lèvres. Le sang vu au travers des artérioles buccales, paraît moins vif.

Auprès de cette constitution , on en trouve immédiatement une autre, dont les caractères sont les suivans, la langue et les lèvres sont épaisses et plus colorées , visiblement humides, les bords sont sensiblement renversés en dehors. Les autres parties de la bouche, que tapisse la muqueuse, sont également très - animées ; les dents sont bonnes, très-fortes, et souvent même d’un volume remarquable , peu susceptibles de carie ; elles sont plus longues que celles de la constitution précédente, et dans la jeunesse elles tirent plutôt vers la couleur azurée , ayant un reflet nacré , qu’au blanc mat. Jusqu’à vingt-cinq ou trente ans , les gencives fournissent peu de tartre , il est brun et sec , la salive est très - chax'gée d’oxigène , l’œil est vif et humecté.

Sur les individus plus âgés , la couleur du sang est encore plus prononcée à la bouche , et notamment aux lèvres qui sont souvent assez grosses : les gencives deviennent sensibles, alors elles produisent du tartre, elles se déchaussent et saignent avec facilité , le sang est rouge cerise, la face est ordinairement trèscolorée.

Dans ces sujets, le système osseux semble prendre un développement particulier, c’est

assez fréquemment chez eux qu’on trouve des os maxillaires saillants, et des dents proéminentes , fortes en couronnes , à racines de longueur extraordinaire , et dont le canal central se trouve bouché de bonne heure par l’ossification de la totalité du ganglion.

Le phosphate calcaire est donc en grande proportion dans leur sang, il en est de même du principe colorant : aussi la plupart des maladies aiguës et chroniques qui les attaquent, sont de nature inflammatoire. Les vaisseaux capillaires les plus déliés qui sont simplement rosés et peu visibles dans les sujets de la constitution précédente , sont très-rouges et très-remplis dans celle-ci. Ils sont également sujets à l’apoplexie, aux phlegmasies chroniques des organes parenchimateux , tels que le foie, etc. Cette constitution est quelquefois si prononcée , que les lèvres sont violettes , alors elle a été appelée très-improprement scorbutique , puisque j’ai démontré par l’expérience , que des individus sur lesquels on remarquait cette disposition , quoiqu’ayant été exposés à la contagion du scorbut , ne l’avaient pas contracté.

On rencontre beaucoup de ces sujets dans les pays de montagnes , et parmi les gens de la campagne élevée j les fièvres dites agioté-

niques et les engorgemens actifs des capillaires sanguins des viscères, se rencontrent particulièrement parmi eux. Les rachitiques nés ont ainsi très - fréquemment une constitution de cette nature (i).

En se de'tériorant , elle se rapproche de la muqueuse ou de la séreuse; dans ce dernier cas , les lèvres sont d'un rouge fauve sur leurs bords, les gencives marbrées, et leurs festons sont violets et flasques.

La constitution sanguine peut être mixte avec la suivante; alors les dents sont courtes, blanc-bleu à leurs tranchans, tandis qu’elles tirent au jaune vers les gencives : celles-ci fournissent davantage de tartre, lequel est sec et jaune. Si ces sujets abusent de leurs forces physiques, en commettant des excès dans le régime , ou bien s’ils se livrent trop à l’étude, ils s’affaiblissent de plus en plus, sont sujets aux engorgemens sanguins chroniques du système capillaire du poumon , et ensuite aux hémorragies passives. La carie qui attaque leurs dents, est le résultat d’une inflammation du ganglion central. Le périoste alvéolo-dentaire ,

(i) C’est une des raisons qui m’a fait dire que le rachitisme et l’osteo-malacie , me semblent être deux maladies très-distinctes.

est aussi très - susceptible d’affections aiguës ou chroniques.

Tous les individus dans lesquels le foie pai’aît exercer une certaine influence sur la santé, sont reconnaissables par la simple inspection de la bouche ; la langue et les bords des lèvres sont d’un rouge qui tient le milieu entre la parfaite constitution et la sanguine ; mais elles ont une teinte de jaune qui se fait sur - tout remarquer en dedans de l’inférieure , et qui s’observe également au voile du palais. La langue de ces personnes est habituellement recouverte d’un léger enduit jaunâtre , le tai’tre est plus abondant que dans les dispositions précédentes ; il est couleur de citron , peu consistant , mais d’autant plus que cette constitution est plus prononcée. Le sang contient une sérosité très - jaune ; les vaisseaux sont peu apparens à la bouche. Les dents de ces sujets sont courtes chez quelques - uns ; mais elles sont , le plus souvent, un peu longues; dans tous les cas, elles sont fortes et d’une couleur de paille; ils les perdent par l’abondance du tartre qui les déchausse, elles sont peu exposées à la carie , et celle qui les attaque fait des progrès lents. L’œil est vif, ayant une teinte de jaune, il semble inquiet, la peau est jaunâtre.

Les maladies qui attaquent le plus ordinairement ces personnes , sont les phlegmasies aiguës des voies digestives ou du poumon, de la rate ou du foie. Cette constitution n’est bien facile à distinguer, et les signes qui la caractérisent à la bouche, ne se prononcent le plus souvent que vers la puberté ; de sorte qu’on pourrait ne la considérer que comme modification de l’une des deux précédentes, et par conséquent comme un tempérament. Au reste, elle se combine très - souvent avec celle qui suit; alors les caractères et la consistance des dents et des autres parties de la bouche sont mixtes; les dents sont plus blanches, et les affections du poumon se rencontrent plutôt dans ces individus , que celles de l’estomac et des intestins.

Les anciens ont appelé pituiteuse , et les modernes muqueuse , une prédisposition qui se rencontre très-fréquemment dans les villes et dans les pays humides. Elle est remarquable par l’irritabilité de toutes les membranes muqueuses, lesquelles jouissent par conséquent d'une extrême vitalité, et exhalent une grande proportion de fluide.

Dans cette constitution les lèvres sont minces , d’un beau rose , les gencives fermes quoique pâles.; les vaisseaux sanguins y sont

peu apparens; la langue et les environs des dents sont enduits chaque matin d’une couche blanchâtre; ces sujets ont peu d’appétit, leur salive buccale est très-filante ; leurs dents jolies, fines, d’un blanc-bleu; il se dépose sur elles une assez grande quantité de tartre blanc, mou et qu’on enlève facilement.

La belle voûte palatine qu’on trouve toujours dans la parfaite constitution, est plus rai'e dans celle-ci ; souvent elle n’est pas assez développée, ce qui fait que, chez nombre de sujets, les dents quoique d’un volume ordinaire , sont mal rangées. Ces petits os présentent fréquemment des marques d’érosion ou d’atrophie congéniales : elles sont très-impressionnables, de sorte que la carie les attaque de bonne heure ; elle est blanche , molle , et fait de rapides progrès. Quelquefois e'est un véritable ramollissement partiel du tissu de la dent. Chez les enfans , la peau est assez ordinairement blanche et fine ; cependant on la voit aussi brune et rugueuse. Ils sont généralement faibles et mous, leur sang est pâle, la nutrition se fait avec nonchalance ; aussi la colonne vertébrale des filles est très - disposée à se courber à l’époque de la puberté ; parce qu’une grande partie des forces vitales se dirigeant alors vers X utérus , il semblerait qu’elles lan-

guissent dans le système osseux auquel elles étaient pourtant si nécessaires.

En effet, une certaine quantité d’observations que j’ai recueillies dans ma pratique de la ville, et dans divers établissemens publics, m’affermissent dans l’opinion que c’est plus particulièrement dans cette constitution que l’on trouve les enfans dont je viens de parler. Chez eux, la vie organique a si peu d’énergie , que si une cause locale vient à agir sur un point avec plus d’activité qu’il n’en avait été jusques-là , la force assimilatrice de presque tous les autres diminue sensiblement. 11 est également probable que les engorgemens ganglionnaires qui se développent sur un grand nombre, pendant l’odontophie , sont dus à la diminution de la sensibilité dans les lymphatiques.

Remai’quons aussi que leur peau étant ordinairement très - impressionnable , la sympathie établie entr’elle et les muqueuses , rend ces individus très-susceptibles de contracter des rhumes , des affections gastriques et intestinales ; ils sont sujets aux sueurs faciles et nocturnes, aux glaires, aux vers, au vomissement de fluide séro-muqueux , etc.

Cette disposition s’améliore , lorsque le sang en prenant de la couleur, établit un tempérament muqueux sanguin: mais si, dès avant

la

la naissance , elle s’est combinée avec Celle qu’on appelle lymphatique , elle établira pour la vie une constitution mixte, qui tiendra de l’une et de l’autre. Dans ce dernier cas , les dents de première et de deuxième dentition, pourront être êrosêes ou atrophiées. Celles de seconde pousse le seront seulement , si la combinaison n’a eu lieu que dans les deux ou trois premières années de la vie : enfin elles ne le seront point, et pourront même être trèsjolies, si la dégénérescence ne s’est effectuée qu’après la septième.

Les affections du poumon sont fréquentes , et peuvent se déclarer de bonne heure chez les personnes de cette constitution ou de ses mixtes. Leurs dents qui étaient déjà d’un blanc remarquable, prennent peu-à-peu une couleur azurée ; elles sont tendres sous la lime , s’agacent facilement ; mais néanmoins , elles ne se carient pas toujours.

C’est faute d’avoir observé les caractères qui font reconnaître ces prédispositions, que Blumenhach a nié que la couleur des dents peut indiquer si le sujet est disposé à la pulmonie. Elle l’enseigne si les autres signes de la constitution que je viens de décrire y sont joints : c’est également à quoi Camper n’a pas fait attention.

Une espèce de constitution qui a beaucoup d’analogie avec la précédente, lorsqu’elle est dégénérée , est celle qui se reconnaît aux signes dont je vais parler ; les gencives sensiblement pâles et luisantes , la langue assez nette , les dents petites , à racines courtes , bien rangées, d’une couleur blanc-gris , peu susceptibles de carie, entourées à leur collet par un tartre très-muqueux superficiellement , tandis que la couche profonde est assez consistante : une salive abondante , filante comme de l’albumine , et que ces personnes disent leur sembler d’un goût salé ou acidulé. La membrane buccale contracte facilement des aphtes : les lèvres sont pâles du côté qui touche les dents, tandis quelles sont rouges et comme tendues sur leurs bords libres, où il se forme souvent des gerçures. Joignez à ces signes, pris seulement à la bouche , ceux du reste du corps : la peau est blafarde , la face , quoique peu volumineuse, est bouffie, les environs des yeux sont infiltrés, le regard langoureux. Si cette mauvaise disposition du sujet ne s’améliore , il est rare qu’il aille jusqu'à la puberté ; mais dans le cas où cela arrive , il lui survient des varices aux jambes, ou des taches de sang extravasé. Dans cette constitution, la sérosité abonde dans le sang, de telle sorte ,

qu’il semble presque dépourvu de matière colorante. Les anciens ont appelé lymphatiques, ceux qui présentent une telle disposition : mais elle est plus souvent un tempérament acquis; les infiltrations, les épanchemens de sérosité , l’ostéo-malacie de naissance , sont le triste partage de ces sujets.

Ce qui peut arriver de mieux à ces individus, c’est qu’en améliorant l’état de leur santé par un bon régime, ils acquièrent un tempérament qui se rapproche du muqueux ou du sanguin desquels -j’ai parlé ci-avant.

Telles sont les constitutions mères que j’ai remarquées, et dont j’ai étudié les principaux traits toutes les fois que je l’ai pu : mais elles ne sont bien tranchées que sur un très-petit nombre de sujets, parce qu’il en est d’elles comme de la physionomie ; tout individu a la sienne , ne ressemblant exactement à aucune autre. Chacune de ces prédispositions est donc susceptible de se mélanger en quelque sorte avec une ou deux autres , d’où il résulte des mixtes, qui établissent des idiosyncrasies infinies; cependant quelles que puissent être les combinaisons, il existe toujours à la bouche des marques certaines qui font reconnaître la disposition prédominante : mais comme il n’arrive pas toujours qu’elles soient très-visibles ,

il est essentiel de ne pas s’en l’apporter exclusir vement à des signes pris isolément sur quelques organes ; car, ceüx-ci, ainsi que les constitutions, étant susceptibles d’éprouver des changemens , soit en bien, soit en mal, il faut promener ses regards sur tout ce qui peut en offrir des indices. Néanmoins celui qui aura exercé son attention sur la séméiotique buccale, et qui ajoutera ses propres remarques à ce que j’ai dit précédemment, reconnaîtra que , soit qu’uue personne ait acquis un bon tempérament pendant l’accroissement , soit au contraire , que la constitution primitivement très-bonne , se soit altérée, les dents sont les seuls organes sur lesquels le médecin puisse espérer de rencontrer des vestiges de la disposition originelle.

Les observations suivantes offriront des exemples de l’avantage incontestable que présente la partie de la séméiotique, dont je viens d’esquisser les principaux caractères.

Une dame, de bonne constitution, et de l'âge de quarante-cinq ans , fut attaquée de cardialgie, et peu de tems après, elle vomit chaque jour une portion de ses alimens. Comme elle maigrissait considérablement, elle consulta d’habiles médecins , qui soupçonnèrent une phlegmasie chronique de l'estomac, et ordonnèrent divers médicamens ; mais ils n’appor-

tèrent aucun soulagement à ses maux. Il lui passa donc par la tête de ne plus avoir recours aux gens de l’art, et de faire usage d’opium gommeux. En peu de tems la douleur d’estomac disparut, cependant le vomissement continua d’avoir lieu tous les jours : quatre années s’écoulèrent ainsi, pendant lesquelles la malade recouvra son premier embonpoint. Ayant bu , un jour qu’elle avait très-chaud , un verre d’eau glacée , elle fut prise d’une fièvre gastrique aiguë, et mourut. J’assistai à l’ouverture du corps ; l’estomac ne présenta aucun signe d’inflammation ancienne ou de squirrosités.

J’avais eu occasion d’examiner plusieurs fois la bouche de cette dame, pendant le cours de son affection , et j’avais obsei'vé que la salive n’était pas muqueuse , que ses lèvres n’étaient devenues pâles que par suite des saignées et du traitement antiphlogistique qui lui avaient été conseillés : mais je n’y remarquais point ce bord rouge qui se voit sur les personnes attaquées d’inflammation du pylore ou du cardia. En conséquence, je soupçonnais que la maladie consistait dans une lésion de sensibilité nerveuse de l’estomac, sans affection organique; l’autopsie confirma cette opinion.

J’ai eu également lieu de faire la même observation sur un homme qui a vomi pen-

dant vingt ans une partie de ses alimens, et qui mourut d’une apoplexie foudroyante , à l’àge de soixante-onze ans ; l’autopsie ne présenta aucune lésion du tube alimentaire.

Une personne qui m’honore de quelqu’affection , et dont la santé m’intéresse vivement, vomit ses alimens toutes les nuits depuis une quinzaine d’années , et ne prend aucune inquiétude de celte situation, qui lui est plutôt désagréable que nuisible : car elle est d’ailleurs d’une bonne santé, et l’état de sa bouche ne présente aucun signe de maladie organique.

Je connais également une dame qui depuis long-tems a une toux que l’on pourrait attribuer à une phlegmasie chronique de la poitrine ; mais comme la salive n’est pas muqueuse , que la bouche est d’un bon rose hortensia, et qu’elle se porte bien d’ailleurs, je pense que la poitrine n’est que nerveuse; parce que j’ai toujours observé que, lorsque le poumon est affecté par fluxion muqueuse , aiguë ou chronique , la bouche annonce la lésion de cet organe par une salive plus filante qu’elle n’était dans la santé.

L’état de la bouche est susceptible de changer non - seulement avec lenteur , mais quelquefois en assez peu de tems. J’ai vu des engorgemens blancs ou rouges des gencives,

la rareté ou l’abondance de la salive ou du mucus buccal, l’exhalation du tartre , etc. , avoir lieu tout-à-coup, et être des avant-coureurs du développement d’une affection de quelque organe intérieur, tels que du poumon, de l’estomac, du foie, etc.

Au reste, bien avant moi, cette remarque avait été faite par Bourde t > chirurgien^dentiste de Louis XV , et on connaît dans le monde , une anecdote qui fit honneur à ce praticien.

Le Roi avait l’usage de faire visiter sa bouche une fois chaque mois. Un jour, Bourdet observa des changemens qui le frappèrent , il courut immédiatement en avertir le premier médecin : celui-ci ne tint aucun compte de l'avis: cependant le Monarque tomba gravement malade, ce qu’il eût peut-être été possible de prévenir si on s’y fut pris à tems.

Avant de terminer ces aperçus sur la séméiotique , j’appelerai encore l’attention des médecins sur deux lésions bien distinctes de la membrane muqueuse buccale ; lésions qui ont été confondues sous la dénomination générique de fluxions : mais qui ne sont pas même décrites par les nosographes (i), quoiqu’elles

(i) Voyez Cullcn , Pinel , Nosographie

Elémens de Médecine-Pratique. — Philosophique. — Seigneur-Gens ,

soient très - fréquentes , et qu'un coup-d’œil dirigé sur elles, eût pu jeter quelque jour sur certaines affections qui ont probablement beaucoup d’analogie avec elles. Cette omission tourne au préjudice de l’art, puisque de toutes les maladies rangées dans l’ordre des phlegmasies des membranes muqueuses, celles de la bouche sont les seules dont nos yeux aient la faculté de suivre le développement, et dont l’étude par conséquent puisse servir de terme de comparaison pour établir la marche de celles qui se manifestent, soit dans l’estomac, soit dans les intestins , soit dans le poumon et autres lieux où notre vue ne peut pénétrer. Cependant , voulant me renfermer dans le cercle que je me suis tracé , je ne place ici cette réflexion que dans lintérêt de la science : c'est à ceux qui exercent tout ce qui la constitue, à s’assurer si les affections de la membrane muqueuse qui tapisse les autres cavités, sont réellement de même nature que celles de la bouche : car alors le système des inflammations et desirritations quis’établitaujourd’hui , supporterait, dès en naissant , d importantes modifications lorsqu'elles seraient considérées dans les membranes muqueuses ; parce

Nosographie generale. — Broussais , Histoire des Phlegmasies , etc.

qu’on serait obligé d’en reconnaître de deux espèces, au lieu d’une seule pouvant avoir divers degrés, ainsi que l’a présenté M. le docteur B?'oussais , qui , d’ailleurs , a démontré que les phlegmasies diffèrent en apparences physiques et en caractères pathologiques, suivant la nature des tissus où on les examine.

Je décrirai donc , d’après l’observation , les deux sortes de fluxions buccales que je rencontre fréquemment dans la pratique. L’une est rouge : elle a son siège dans les extrémités capillaires des vaisseaux sanguins de quelque portion de la muqueuse , ou des parties sousjacentes : je la désigne sous le nom de Bucca lite. L’autre est blanche , elle a son siège dans les criptes glanduleux de la muqueuse, qui semblent en quelque sorte se refuser à admettre la partie rouge du sang , ainsi qu’il en était avant l’affection. Je l’appelle Bucccilèe , pour la distinguer de la précédente.

La Buccalite est inflammatoire, c’est véritablement une phlegmasie de la muqueuse , dans le tissu de laquelle le sang artériel pénètre outre mesure. Les fonctions des criptes muqueux en sont troublées, ou même totalement empêchées dans les premiers momens : ce qui rendrait la bouche entièrement sèche, si les glandes salivaires ne continuaient

de fournir leur fluide ; mais , malgré cela, cette cavité dépourvue de mucus , épreuve une âpreté remarquable d’où résulte la soif; les joues ne sont que peu ou même point gonflées.

Causes. Un coup d’air, après avoir eu chaud, une course rapide dans un tems de brouillards froids, l’introduction d’un liquide glacé dans la cavité buccale ; un rhumatisme inflammatoire, l’odontocie difficile de quelque molaire, ou la périostite dentaire.

S ymptômes. P rentier jour , Bouche âpre et chaude , légère ou grande céphalalgie , rougeur de la muqueuse, gonflement sanguin des gencives, ordinairement d’un seul côté; sentiment de pulsation artérielle dans le tissu de ces parties, chaleur naturelle de la bouche, augmentée et très-appréciable en y portant le doigt; pouls fort et élevé, les urines clames. Si la maladie est violente, il y a prostration des forces.

2e. Jour de l} invasion, Gonflement et rougeur, chaleur et coloration de la face et des lèvres ; celles-ci sont sèches, quelquefois tremblottantes ; les dents enduites d’une matière jaunâtre, visqueuse , œil vif, grande céphalalgie : pouls comme la veille, difficulté d’avaler, complication fréquente d'angine tonsillaire , langue épaisse , d’uu blanc jaune, quelquefois de la toux.

Le 3e. Mêmes symptômes, la langue trèssaburale, d’un jaune manifeste; l’estomac sympathise , envies de vomir, goût amer. Les gencives, quoique très-gonflées, commencent à s’humecter entre le 2e. et le 3e. jour ; peu-à-peu l’exhalation du mucus se rétablit; alors la soif diminue : le pouls est plus souple , la langue se nettoie.

Terminaison par résolution ou par suppuration. Les jours suivans, le malade va de mieux en mieux , les urines se troublent et déposent , les sueurs s’annoncent, alors la convalescence commence : mais les gencives et les joues restent encore quelque tems dans un état d’engorgement qui ne se dissipe que lentement, et même souvent plus d’un mois après. Il en est encore de même s’il s’est formé un abcès aux gencives, lequel a suppuré.

Traitement. Il est rare que l’homme de l’art soit appelé avant le second jour ; en conséquence , la saignée au bras est indiquée , si la personne est forte : mais on y substitue souvent les sang-sues : les Anglais ont même l’habitude de les poser sur les gencives. Lorsque le malade n’en éprouve point de répugnance, j’emploie ce moyen, dont j’ai tiré des avantages sensibles ; sinon je me contente d’y faire quelques mouchetures avec une lancette. La

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soif est appaisée avec de la limonade qui sert en même-tems de collutoire. Lorsque les symptômes gastriques se font sentir, et qu’on voit un peu de relâchement , ce qui arrive vers le troisième jour , il est bon d'exciter le vomissement : dès-lors , le malade marche vers la convalescence , et l’on détermine la résolution locale en fesant frotter les gencives avec une brosse et de l’eau acidulée.

La résolution est donc la terminaison la plus ordinaire de la buccalite. Cependant j'ai *vu plusieurs fois se former de grands abcès critiques aux gencives ou aux tonsilles. Si on fait vomir dans le commencement de la maladie , au lieu d’en tirer avantage , l’inflammation en est augmentée. Ce genre de phlegmasie se rencontre ordinairement sur les personnes d’un bon tempérament, ou sur celles qu’on appelle sanguines et bilieuses. Cette inflammation n’attaque pas toujours la membrane buccale : elle peut établir son siège aux environs ; ainsi elle se fixe quelquefois uniquement dans les tégumens des lèvres ou des joues: alors, ces parties sont très - enflées , très -rouges, très - brûlantes ; les paupières infiltrées, et sensibles au toucher ; les yeux vifs , le pouls fort , la langue rouge ; les gencives saines , ainsi que le dedans des lèvres,

dont les bords libres seulement sont d’une rougeur remarquable. Le siège de la maladie est donc dans les extrémités capillaires des exhalans , tandis que les vaisseaux sanguins, même d’un très-petit calibre , ne sont point affectés.

Deuxième espèce , Buccalèe. Celle-ci a son siège spécial dans les capillaires blancs de la muqueuse buccale , ou du tissu cellulaire de la face. Les extrémités des nerfs , sur-tout , semblent être très-affectés.

Causes. Elles peuvent être les mêmes que celles qui occasionnent la phlegmasie précédente ; mais celle-ci se remarque particulièrement sur les personnes dont le sang est trèsséreux et peu coloré , et qui d’ailleurs sont nerveuses. Dans ce cas, il y a prédisposition : cependant il est trois causes spécifiques qui la produisent , quelle que soit l’idiosyncrasie des sujets. x°. L’usage inconsidéré des médicamens mercuriels ; 2°. L’obturation d’une dent attaquée de carie sanieuse ; 3°. La perforation d’une racine pour y placer une dent factice. Dans ces derniers cas , sur-tout , le système nerveux est immédiatement irrité.

Symptômes. Erétisme des gencives, lesquelles sont très-sensibles, gonflées, luisantes, et comme infiltrées par de la sérosité ; plus pâles

que dans l’état ordinaire ; les dents se chargeant d’un tartre blanchâtre et mou. Douleur profonde , aiguë dans les joues , revenant par intervalle, et ressemblant à des coups d’aiguille; face et lèvres tendues, sensibles, sans rougeur remarquable ; chaleur buccale peu sensiblement augmentée , point de soif salive très-muqueuse et par fois si abondante , que le malade la laisse échapper de la bouche ; si on y met une pièce d’argent, ou s’il crache dans un bassin de ce métal , quelques endroits noircissent : langue blanche , point de mauvais goût, quelquefois de l’appétit, d’autres fois, aucun : pouls fréquent, serré; en général, cette affection est plus douloureuse que la précédente.

Tels sont les symptômes que présente la buccalèe dès le commencement. Ils se continuent jusqu’à la terminaison, en augmentant d’intensité pendant deux ou trois jours; puis la résolution s’opère, et n’est entièrement terminée que vers le neuvième ou dixième jour. Il se forme assez fréquemment, dans cette fluxion , des abcès aux gencives, sans que le malade ait éprouvé le sentiment de battement artériel, ni de chaleur incommode ; j’ai vu de ces abcès assez gros, disparaître d’eux-mêmes.

Traitement. Si la cause productrice est une

de celles que j’ai énumérées en traitant de l'affection précédente , un vomitif donné dès le début, fait tomber soudainement cette fluxion , ordinairement les purgatifs administrés dans les premiers jours de la maladie , la font avorter, ou en abrègent le cours. Un vésicatoire à la nuque , ou derrière les oreilles , diminue l’irritation de la bouche , et facilite la résolution qui est toujours d’autant plus lente que le sujet est plus séreux. La convalescence est en général plus longue que dans le cas précédent. Les parties molles de la bouche conservent souvent , pendant un tems assez long, un empâtement atonique que l’on ne peut dissiper que par l’emploi intérieur de l’oxide de fer , des amers et même du kinkina , sur-tout lorsque quelques légers accès de fièvre intermittente se font sentir : l’ayant vue plusieurs fois succéder à cette affection, chez des personnes délicates. Quoique les gencives soient gonflées , quelquefois même un peu rosées , il faut se garder de les piquer ; car l’érétisme y étant très-prononcé, on augmente la douleur locale ; d’ailleurs il n’en sort presque point de sang. Si l’on applique des sang-sues , l’infiltration des parties augmente , et la marche de la maladie est plus lente.

Les mucilagineux en collutoires, tels que

le lait, la décoction de figues, auxquels on joint un peu de teinture d’opium, doivent être mis en usage. On oint la figure et les lèvres avec de l’huile d’olive , tant que dure l’irritation , et que les douleurs aiguës se font sentir. On aide ensuite la résolution avec des lotions extérieures d’eau aiguisée de vinaigre aromatisé , ou même de spiritueux , tels que l’eau de Cologne, etc. Enfin, les poudres absorbantes de magnésie, de carbonate de chaux, sont très - utilement employées le troisième jour de l’invasion ; on en fait frotter les gencives avec une petite brosse ou une éponge , et on en peut faire prendre intérieurement; enfin il faut ouvrir les abcès de très - bonne heure.

Par fois , l’une ou l’autre de ces fluxions se manifeste simplement à la face, sans que la bouche paraisse être le siège d’aucune irritation , même consécutive. J’ai rencontré ce cas chez des personnes qui avaient un engorgement du sinus maxillaire.

Chez certains sujets , les deux genres da maladies se compliquent en quelque sorte , et le gonflement des gencives , au lieu d’être rouge ou blanc, est rosé. Quant aux symptômes, ils sont également mixtes.

Ces affections peuvent passer à l'état chronique ; la phlegmasie sanguine sur-tout : alors

les

les gencives, qui jusqu’à l’invasion avaient été fermes , et d’une couleur agréable , ne reviennent point à leur premier état; elles restent gonflées et rouges. Elles ne fournissaient point de tartre avant la maladie ; mais dès ce moment elles commencent à en produire une plus ou moins grande quantité, en raison de l’engorgement pei’sistant; il est blanc ou jaune suivant le tempérament du sujet : cependant la partie muqueuse de la salive n’est pas sensiblement augmentée.

Dans la deuxième espèce , la membrane buccale reste également gonflée , mais les gencives sont molles , blanches ou offrant un petit filet rose vif autour de leurs festons. Dès-lors il y a augmentation de l’exhalation muqueuse habituelle , la salive est filante ; il s’amasse autour du collet des dents un tartre blanc mou , plus ou moins abondant , et ne prenant de consistance qu’à la longue.

Quand avant de m’attacher exclusivement à l’étude des maladies de la bouche, j’exerçais les diverses branches de la médecine , j’ai mainte - fois tiré avantage de la connaissance des deux affections ci - dessus , aussi différentes dans leur marche et leurs effets, que dans le mode de traitement qui convient à chacune ; car , lorsqu’à l’invasion d’une maladie

de l’estomac ou du poumon, je rencontrais la sérié de symptômes qui appartient a l’une d’elles , j’en concluais qu’une semblable se développait dans un de ces viscères , et je lui opposais les moyens que j’employais avec succès pour combattre celle avec laquelle je lui soupçonnais de l’analogie. Cette pratique assez simple , m’a constamment réussi.

Enfin, je terminerai, en observant qu'un grand nombre d’histoires d’inflammations présumées de l’estomac ou du poumon , rapportées par Stoll , Boerhaave } Bordeu , Leucadou 3 Pinel , Broussais , et une foule d’autres excellens 'Observateurs , présentent des caractères ressemblant singulièrement à ceux qui font distinguer chaque espèce de fluxion buccale, et que le seul traitement qui ait réussi dans les diverses maladies dont ils font mention , est précisément le même que celui qu’il faut employer pour combattre , soit l'une , soit l’autre affection que j'ai décrites.

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